Beautiful Losers

Le chroniqueur visionne une émission d’Arte de 1997 : Beautiful Losers, ou les pérégrinations vitales de Willy De Ville, Marianne Faithfull et Leonard Cohen, troubadours désespérés, transformés en créateurs inspirés par les affres de la drogue. C’est une ballade triste mais sereine dans les années 60′ qui ont engendré parmi les plus belles pages du Rock’n Roll.

Tout ce petit monde, désormais à l’abri du besoin mais sans ostentation, se penche avec une nostalgie analytique sur un passé fondateur de la musique qui a bercé plusieurs générations depuis. Un passé de désastre et de fracture qui a trouvé son aboutissement dans une création artistique apaisée pour ces survivants quinquas.

A leur écoute on ressent du soulagement d’être présents pour raconter. Il n’y a plus d’amertume face à leur révolte défaite. La poésie a comblé le vide et la perte, la musique a stoppé les artistes au bord du gouffre. L’art a vaincu la déchirure, finalement ! Il a sauvé l’essentiel !
Les voix de notre trio sont doucement troublantes, des voix décavées, usées par l’alcool et la nicotine, extraites des profondeurs de la souffrance qui n’est jamais loin. La légèreté des années 60s a fondu dans leurs expériences tragiques. Leur quête constante pour transcender les peurs de notre siècle s’est libérée dans une énergie revigorante bien qu’un soupçon désabusée, forgée au cœur d’une solitude créatrice qui a pris le pas sur la vie communautaire d’antan.

On sent des artistes matures, en paix avec eux-mêmes, simplement en lutte avec le processus d’écriture et de composition si exigeant, ne voulant rendre des comptes qu’à leur public et à leurs muses. Qu’il en soit ainsi pour encore de longues années !

Derrida / Roudinesco , ‘De quoi demain… Dialogues’.

Sortie : , Chez : . Élévation fascinante dans le monde de la pensée de ces deux grands esprits. L’un est le philosophe de la « déconstruction », l’autre est historienne. Ensemble ils « déconstruisent » les idées et passent notre monde à la moulinette de l’analyse philosophique, historique et psychanalytique. Ils montent à l’assaut des principes et idées reçues sur des sujets aussi divers que la peine de mort, la famille, les violences contre les animaux, les héritages politiques et la révolution, ou l’antisémitisme. Derrida, juif né à Alger, évoque ses origines avec discrétion au hasard des pages. Les références littéraires et philosophiques sont nombreuses et rendent l’ensemble pas forcément évident à suivre pour les néophytes qui sentent tout de même passer le souffle de l’Esprit sur ces débats.

Rocard Francis, ‘Planète Rouge, Mars : mythes et exploration’.

Sortie : , Chez : . Francis Rocard, fils de… et ancien pote du Lycée Montaigne, ci-devant astrophysicien médiatique, m’a dédicacé son livre sur Mars. Un peu compliqué à suivre entre les ellipses orbitales, les glaces carboniques ou le spectromètre de l’hématique, mais suffisamment romantique pour laisser la place aux rêves face à ces espaces aussi sidéraux que sidérants, et reposer la question lancée par David Bowie dans les 70s : Life On Mars?