The Rolling Stones – 2005/08/21 – Boston Fenway Park

The Rolling Stones – The Biggest Band

Fenway Park – Boston – 21 août 2005
Stade de France – Paris – 28 juillet 2006

Waiting on a Friend à Roissy ce 20 août 2005 : embarquement sur le Boston express de 11 h, départ pour le concert inaugural de la nouvelle « dernière » tournée des Rolling Stones.

I’m just trying to make some sense/ Out of these girls go passing by/ The tales they tell of men/ I’m not waiting on a lady/ I’m just waiting on a friend!

Les baladeurs jouent en boucle dans l’avion les extraits du dernier disque, A Bigger Bang, chargés sur le web histoire de se mettre en jambes. Au delà de la « fascination du groupe pour la création de l’univers » mise en exergue dans le communiqué de presse, le fan avisé se doute que l’acception érotico-argotique du mot bang n’est pas étrangère au choix de ce titre. Ah ! l’ironie salace des vieux pirates…

Les lectures sont stoniennes bien sûr pour devancer l’ambiance : Rock & Folk livre une interview de Charlie qui parle de Françoise Hardy et des Stones qui doivent « continuer à énerver les gens », Manœuvre chronique le dernier disque à sortir le 6 septembre en lui collant les cinq stars du statut incontournable. Paris Match offre une interview de la fille Richards expliquant que malgré ses allures de dur, son père est un tendre qui lui a appris la vie dans le bon sens. Dans une plus ancienne interview il y a 2 ou 3  ans, à la question « et que diriez-vous à vos filles si elles se droguaient ? », Keith répondait « je leur dirais surtout d’en acheter de la bonne ! ben oui.. sinon, à quoi ça sert un père ? ». Les temps changent.

Nous sommes dans le bain.

Boston, 16 h : un douanier octroie joyeusement son coup de tampon après s’être enquis de la raison de notre séjour aux Etas-Unis : « The Rolling Stones show, of course » ! Le kiosque à la sortie nous délivre la presse locale pleine des rumeurs stoniennes sur le sound check de la veille au Fenway Park, plus interviews et photos de Mick et Keith. Les compères viennent de passer un mois de répétition à Toronto et ont débarqué à Boston où convergent des milliers de fans du monde entier pour cette nouvelle fête du rock. Le gang est dans la ville déjà à l’unisson du « plus grand groupe rock du monde ».

18 h, peu d’animation sur le Fenway Park pour guetter l’arrivée de la bande pour le sound check final. Nous planquons à l’entrée de service du stade mythique du base ball américain, temple des Red Sox. Une dizaine de gros bras black en costumes noirs mangent leur burgers sur le plateau d’un monstrueux camion de l’écurie Truck ‘n’ Roll. Tout ce petit monde mâche du chewing-gum sous les ordres du chef au look de Mickey Rourke accroché à son talkie-walkie. Une trentaine de fans font le pied de grue dans une ambiance sympathique. Le T-shirt qui fait fureur cette année affiche Keith Richards for President  et quand on voit la tête du Keith imprimé sur coton on se dit que l’Amérique aurait été plus détendue avec lui à la maison Blanche.

Des vans noirs aux vitres fumés se succèdent mais pas de vedette à l’horizon, seule la fiancée de Mick, L’Wren Scott, créditée du titre de « costume designer and stylist to Mick Jagger » pour la tournée passera par cette entrée. Une grande bringue new-yorkaise de 30 ans de moins que lui, probablement trop sophistiquée pour emporter l’agrément des fans. Le bruit a couru que certains proches, voire des membres du groupe, l’avaient surnommée Yoko Ono, mais le porte parole officiel de Mick s’est fendu après quelques semaines de tournée d’un communiqué démentant formellement ces rumeurs et affirmant qu’elle était appréciée de tous.

Quand soudain retentissent les décibels de Miss You, tube planétaire de 1978, dans les rues qui bordent le Fenway Park :

I have been haunted in my sleep/ You’ve been the star in all my dreams/ Lord, I miss you,…

Damned ! Les Stones sont passés par une autre entrée ! Le quartier vibre, les badauds sont éberlués, les fans dansent dans la rue …Girl, I miss you… Les langues se délient. Le bitume se fissure. Une joyeuse surprise irradie les passants. …Girl, I miss you…

Les notes des Stones ont atteint le centre ville et la jeunesse bostonienne débarque aux abords du Park. Concert volé, instants partagés dans la ferveur du Game One, le bar des Red Sox, le check se poursuit pour le pus grand plaisir de nos oreilles : et se termine sur Sympathy for the Devil. Les Stones ont l’air prêts pour la fête de demain. Nous y seront.

Dès les derniers Ouh Ouh… du Devil, le ballet des vans noirs ramène tout ce beau monde dans les hôtels de la ville. Darryl et Lisa passent par la porte officielle, les autres font faux bond et doivent utiliser une sortie de service et des véhicules plus discrets.

Décalqués par le décalage horaire, les bières du Game One et les riffs de Keith, les fans européens vont se coucher. Demain sera un autre jour d’anthologie !

Au grand matin, la tête impériale de Mick s’étale à l’infini dans le couloir de l’hôtel en première page du Boston Globe aimablement déposé devant chaque porte de chambre.

La préparation psychologique au show démarre sous des litres de café. La journée inaugurale est donc marquée du signe des Stones. Ce n’est d’ailleurs pas difficile tant la ville parade aux couleurs du groupe. La presse continue d’en faire ses unes : Charlie était hier soir dans un club de jazz de Cambridge, les Stones ont une loge à l’Avalon, célèbre boîte bostonienne pour les pré-concerts. Les fans ont investi la place et affichent sur leTresspass trail leurs T-shirts aux couleurs langoureuses de quarante années de tournée. Les galeries d’art de Newberry Str. ont ressorti les portraits de Mick peints par Wahrol (50 000 USD premier prix, à la portée seulement des vieux fans enrichis…). Ron Wood, que l’on dit désalcoolisé, expose ses toiles dans l’une d’elles. Discussions de ci de là avec les fans dans les rues et l’on se dirige doucement vers le Fenway pour la cérémonie.

Une dernière pose saucisse pépéroni à l’entrée du stade, juste le temps de voir Charlie, seul dans un taxi blanc précédé de deux motards américains de légende, entrer par la porte des artistes. Une manif anti Schwarzenegger devant les boutiques rassemble quelques péquins avec leurs affiches cartonnées « No Sympathy for Arnold ». Schwarzy serait alentour, louant à prix d’or des places dans sa loge pour financer une prochaine campagne. Des avions publicitaires traînent de longues banderoles aux couleurs des Stones dans le ciel bleu et pur de Boston.

La scène est gigantesque, inspirée à Mick par les répétitions de Shakespeare de sa fille qu’il a aidée à faire un exposé sur le théâtre élisabéthain et a appris qu’il y avait à l’époque des spectateurs on stage… Le résultat est surprenant, plus proche de rampes de parking superposées que des loges de théâtre. Un concours SMS lancé le matin a permis de sélectionner quelques dizaines de fans qui assisteront au show accoudés à ces improbables balustrades dominant la scène. Les rampes convergent de chaque coté de la scène vers un écran aux dimensions colossales.

Les Black Eyes Peas assurent la première partie et débarquent sur la scène comme un gang de boxeurs pressés d’en découdre. Une chanteuse blonde au milieu d’un combo black dégorge un rap plutôt agréable à l’oreille avant d’abandonner le champ libre aux derniers roadies préparant l’arrivée des héros du jour.

Le stadium en plein air est « non smoking », les français fument bien entendu et nos voisins américains quémandent des cigarettes avec le doux plaisir de violer la loi…

L’excitation monte en même temps que la nuit tombe. La bande son (approuvée par Mick et Keith) débite un rock assourdi. On tend l’oreille pour reconnaître Should I Stay or Should I Go du Clash puis les White Stripes… coupés dans leur élan par les lumières qui s’éteignent et 36 000 fans qui hurlent leur joie de voir démarrer, là, sous leurs yeux, la 31ème tournée mondiale des Rolling Stones : The Bigger Bang Tour. D’un seul élan, 36 000 sièges se retrouvent piétinés par 72 000 pieds pour permettre à un même nombre d’yeux de découvrir une nouvelle aube se lever sur le monde éternel des Stones et de leurs fans.

L’écran géant diffuse un entremêlement de planètes qui voguent à travers l’éther comme des étoiles filantes : les bases de l’évangile selon Sir Mick sont posées, l’Histoire de l’humanité est rebootée, le Monde recommence. Un double-bang explose au milieu des flammes dans la nuit bostonienne et les Rolling Stones déboulent sur scène accrochés aux riffs de Start Me Up.

A la seconde, 36 000 fans chavirent, oublient la vraie vie et reprennent en cœur avec Mick

If you start me up/ If you start me up I’ll never stop/ You make a grown man cryyyyyyyyyyyy…/ If you start me up…

Jagger est habillé T-shirt noir à paillettes sur pantalon bleu sombre, coiffé d’un chapeau et d’une espèce de gilet queue de pie couleur argenté. Richards déjà un genou à terre à torturer sa guitare de ses gros doigts bagouzés, accumulent veste et chemise informes avec d’improbables locks bigoudants sur ses cheveux longs coiffés d’un passe montagne.

Le couvre-chef de Mick vole dans le stade comme dans un pick off géant quand démarre You Got Me Rocking bientôt suivi de Shattered. Mick a déjà parcouru trois fois le chemin de scène d’un bout à l’autre, offrant ses fameux déhanchements à faire défaillir une none intégriste. Il a aussi pris le temps de caresser son audience dans le sens du poil en félicitant « Boston, the champion’s town ». Asséné du haut de la scène qui domine le strike des Red Sox, un tel slogan ne peut pas faire de mal.

La set list est attrayante. On n’est pas dans une tournée de promotion alors le nouveau disque, A Bigger Bang, n’est pas au centre de ce concert. On est dans un show de tous les bonheurs alors c’est la discographie complète des Stones qui sera parcourue sur un train d’enfer, de Satisfaction en 1965 à Rough Jutice pas même encore dans les bacs. Ce sont les incroyables étapes du parcours agité de ce groupe mythique, passé des feus de l’enfer à ceux de la gloire, guidé par une seule étoile, celle de la musique, même si la comète dollar a essaimé dans sa queue tourbillonnante de bien utiles billets verdâtres.

Plusieurs centaines de chansons n’ont pas asséché une inspiration bluesy, reconnaissable entre toutes. Plusieurs milliers de concerts à travers le monde depuis 40 ans n’ont pas fatigué l’enthousiasme de la bande. Des tournées toujours plus démesurées n’ont pas lassé nos quatre capitaines tenant bon la barre du plus gigantesque show de l’histoire du rock. De la drogue, de la musique, des fâcheries, de la musique, des réconciliations, de la musique, la mort des amis, de la musique, comme ingrédients très solubles dans le plus fabuleux cocktail musical qui soit.

Les shows des Rolling Stones  rassemblent aujourd’hui le meilleur de la technique dans les domaines de l’éclairage, de la vidéo, de la scénographie et, bien sûr, du son. Tout ce fatras techno au service de quatre lascars et de leurs fidèles comparses musiciens. Tous s’amusent comme larrons en foire. Il faut voir Keith plaquer ses accords en souriant dans la fumée de sa cigarette. Il faut se souvenir de Lisa vocalisant sur Night Time is The Right Time, une très belle reprise de Ray Charles. Il faut admirer Mick, habillé tout en rouge tel un cosaque du Don, chantant ce merveilleux blues Back on My Hand sur sa slide guitare. Il faut entendre les coups de sourd assénés par Charlie sur ses caisses pour accompagner la rythmique de Darryl. Pas une fausse note, au propre et au figuré, juste les Rolling Stones qui s’en donnent à cœur joie pour une audience bien sûr conquise.

Tout ceci manque parfois un peu de légèreté, la lourdeur grasse de certains riffs comme les évocations d’une langue pernicieuse en perpétuelles et scabreuses contorsions sur écran géant… Mais nous sommes sur scène avec les Stones, pas dans un salon de thé avec Sa Majesté la Reine, alors ne lésinons pas !

Comme c’est de tradition, une partie du show se déroule au milieu du stade sur la B-stage dont tout le monde se demande quelle forme elle revêtira cette année. C’est le secret le mieux gardé de la tournée. Après le set de Keith, c’est tout un pan de la scène principale qui se déplace vers le centre du stade tel un paquebot majestueux avec Mick en figure de proue. C’est Di Caprio et Windslet sur leTitanic fendant les vagues de l’atlantique en route vers leur futur. Le groupe nous déroule une réjouissante version de Miss You qui enflamme un peu plus les foules : Oooh oooh oooh oooh oooh oooh oooh/ I’ve been holding out so long/ I’ve been sleeping all alone/ Lord I miss you… avant que ne retentisse le légendaire riff de Satisfaction, chanson éternelle interprétée de main de maître par un Mick déchaîné.

Honky Tonk Women marque le retour du Titanic à son port d’attache car les Stones savent inverser l’Histoire, éviter les écueils et continuer à nous faire rêver. Le show se poursuite sur le même rythme et passe en revue tous les classiques attendus et se termine en rappel sur It’s Only Rock ‘n Roll. Les héros nous quittent sous un feu d’artifice après un dernier salut de la bande des quatre.

De retour dans son avion transatlantique le chroniqueur ébouriffé et déjà nostalgique lit le premier tome des mémoires de Bob Dylan, le seul géant de la planète Rock dont l’ampleur des compositions égale celle de Mick et Keith : How does it feel/ With no direction home/ Like a complete unknown/ Like a rolling stone?

Un an plus tard, après une gigantesque tournée américaine et asiatique, un concert rassemblant un million de personnes sur les plages de Rio, un premier show en Chine à Shanghai après l’annulation en 2003 de celui de Pékin pour cause de SRAS, et une chute de cocotier mondialement médiatisée pour Keith, les Rolling Stones sont de retour en Europe et à Paris ce 28 juillet 2006 au Stade de France avec Razorlight en première partie.

Même intro, même ferveur, même Big Bang ! Cette fois-ci on démarre sur Jumping Jack Flash enchaîné avec It’s Only Rock’n Roll. Les riffs endiablés chassent les nuages menaçants et raniment le cœur des juilletistes collés à Paris loin des plages. La set list nous offre un émouvant retour en arrière avec As Tears Go By (1965), Paint It Black (1966), Midnight Rambler (1969) et le lot habituel des Miss You, Brown Sugar, Start Me Up, Honky Tonk Women. C’est notre vie qui défile à nouveau dans nos synapses en même temps que les lignes de la liste, 40 années de Rock comme autant d’étapes de nos mémoires musicales, Paint It Black… I wanna see the sun, blotted out from the sky/ I wanna see it painted, painted, painted, painted black … nous étions au lycée.

Mick chante à corps perdu comme si sa survie en dépendait. Sa performance vocale est éblouissante, sa  voix se bonifie avec le temps avec une incroyable régularité ; jusqu’où ira-t-il ? Il danse sur les charbons ardents tel un lutin démoniaque sur un fil de glace tendu à travers le cosmos.

Keith remporte un franc succès avec son « It’s good to be here, it’s good to be anywhere… » servi avec constance à chaque concert. Et puis il rappelle l’anniversaire de Mick : 63 ans ce 26 juillet 2006. Un spectateur malicieux agite un cocotier gonflable sous son nez pendant qu’il interprète This Place is Empty de sa voix décavée mais si familière.

Cette fois-ci encore, la B-stage a traversé le stade comme un tapis volant avec Charlie le poussah entouré de ses trois califes grimaçants. Cette fois-ci encore les spectateurs éberlués ont vu arriver au milieu d’eux Mick et les siens, déchaînés et adulés, pendant qu’une immense langue bleutée se gonflait sur la scène principale

De retour au fond du stade, Mick grimé en diablotin rouge interprète Sympathy For The Devil pendant que la langue redevenue rouge sur l’écran vidéo se divise en deux appendices fourchus et vibrionnants : Pleased to meet you hope you guess my name/ But what’s puzzling you is the nature of my game/ Ooouh, ooouh/ Ooouh, ooouh…

Satisfaction et feu d’artifice en final, le rideau tombe sur Paris !

Au-delà de la bande son de la génération des baby-boomers, les Rolling Stones ont créé à travers les années l’indéfectible fidélité d’une armée de grognards acquis à leur cause et pour toujours reconnaissants de ces notes et de cette joie fulgurante, chaque fois renouvelées lorsque ces vieux amis montent sur scène :

I’m just trying to make some sense/ Out of these girls go passing by/ The tales they tell of men/ I’m not waiting on a lady/ I’m just waiting on a friend!

Ce soir encore en voyant nos quatre pirates saluer le Stade de France dans leurs tenues chamarrées, la clope au bec, 80 000 personnes, les tympans résonnant de l’écho de Satisfaction, ont eu, comme à chaque fois, le sentiment d’avoir été invitées à une fête privée au cours de laquelle nos hôtes n’ont ménagé ni leurs talents ni leur bagou ni leur bonne humeur pour partager une inoubliable soirée bien loin de la planète Terre.

Alors bonne route à vous les Rolling Stones et à la prochaine : Waiting on friends…

 

Set list Paris 28 juillet 2006

1.     Jumping Jack Flash

2.    It’s Only Rock’n Roll

3.    Oh No Not You Again

4.    She’s So Cold

5.    Tumbling Dice

6.    As Tears Go By

7.    Streets Of Love

8.    Midnight Rambler

9.    Night Time Is The Right Time — Introductions

10.  This Place Is Empty (Keith)

11.  Before They Make Me Run (Keith)

12.  Miss You (to B-stage)

13.  Rough Justice (B-stage)

14.  Start Me Up (B-stage)

15.  Honky Tonk Women (to main stage)

16.  Sympathy For The Devil

17.  Paint It Black

18.  Brown Sugar

19.  You Can’t Always Get What You Want (encore)

20. Satisfaction (encore)

Set list Boston 21 août 2005

1. Start Me Up

2. You Got Me Rocking

3. Shattered

4. Tumbling Dice

5. Rough Justice

6. Back Of My Hand

7. Beast Of Burden

8. She’s So Cold

9. Heartbreaker

10. Night Time Is The Right Time— Introductions

11. The Worst (Keith)

12. Infamy (Keith)

13. Miss You (to B-stage)

14. Oh No, Not You Again (B-stage)

15. Satisfaction (B-stage)

16. Honky Tonk Women (to main stage)

17. Out Of Control

18. Sympathy For The Devil

19. Jumping Jack Flash

20. Brown Sugar

21. You Can’t Always Get What You Want (encore)

22. It’s Only Rock’n Roll (encore)

 

 

 

Roth Philip, ‘Pastorale Américaine’.

Sortie : 1997, Chez : . L’intrusion de la violence révolutionnaire anti-guerre du Vietnam dans une famille américaine modèle : la description des personnages est d’une précision stupéfiante, la plongée dans la douleur et l’incompréhension d’un père désespéré devant la dérive de sa fille est bouleversante. Un grand roman sur l’Amérique du XX° siècle (bien moins manichéenne qu’on veut bien se le dire dans les salons parisiens) confrontée aux séismes de l’après deuxième guerre mondiale : le racisme, la religion, la lutte contre le communisme, l’économie capitalisme, etc. Philip Roth nous donne une vision claire et émouvante d’un pays en manoeuvre permanente au milieu des écueils.

Dylan Bob, ‘Chroniques volume 1’.

Sortie : , Chez : . L’arrivée de Bob Dylan à New York au début des 60’s, il joue dans des caves enfumées, vit à la petite semaine chez des potes et cherche à percer dans la musique folk. L’enregistrement (difficile) en 1987 de Oh Mercy produit par Daniel Lanois, à la Nouvelle Orléans. La signature de son premier contrat chez Columbia Records, la vénération pour Woddy Guthrie et Robert Johnson, la phobie de l’image qu’on lui a collée de porte-parole d’une génération… On suit d’une façon non chronologique les étapes de ce grand poète dont la plume autobiographique se révèle douce, concise et perspicace : « Je n’ai jamais vraiment été plus que ça : un musicien de folk qui scrutait la buée derrière un écran de larmes, dont les chansons flottaient dans une brume lumineuse. »

Houellebecq Michel, ‘Les Particules Elémentaires’.

Sortie : , Chez : . Incroyable roman de Houellebecq dont le cynisme désabusé croque avec tant de justesse la décadence de notre civilisation. On trouve ici la description minutieuse des perversités de l’individualisme triomphant. Deux frères se croisent au hasard de leurs quêtes respectives : l’un à la poursuite du plaisir individuel, l’autre à la recherche d’une humanité clonée, raisonnable « organisant elle-même les conditions de son propre remplacement ». Le premier finira à l’asile, le second se suicidera au faîte de sa gloire scientifique. Houellebecq développe avec une redoutable précision une philosophie de fin du monde faisant preuve d’une créativité dont on se demande toujours si elle est le fruit d’une imagination foisonnante ou d’un réalisme débridé.

Wolfe Tom, ‘Le Bûcher des Vanités’.

Sortie : , Chez : . Un golden boy se trompe de sortie sur l’autoroute, se retrouve dans le Bronx au lieu de Park Avenue sur Manhattan et deux mondes se percutent, l’arrogance de Wall Street contre la démagogie des bas quartiers ou des procureurs élus. C’est un portrait haletant et décapant de l’Amérique des années 80. La vision est sombre et parfois cauchemardesque, mais ainsi va la vie dans nos cités occidentales, autant le dire !