Louise Attaque – 2006/04/25 – Paris le Zénith

Une grande vague de rock et de tendresse a submergé le Zénith ce soir avec Louise Attaque qui y clôturait une série de deux concerts. Le groupe français recordman du disque rock le plus vendu dans l’hexagone avec 2,5 millions de leur premier opus en 1997, s’est reformé en 2005 pour un nouvel album, A Plus Tard Crocodile, dans la veine des deux précédents.

Adepte des Violent Femmes dont Gordon Gano a produit le deuxième disque, les Louise… se sont tournés cette fois-ci vers Mark Plati, guitariste/ingénieur/producteur que l’on a vu sur scène à plusieurs reprises avec Bowie, pour la coproduction du Crocodile qui les a emmenés à New York pour une partie de l’enregistrement.

Ils nous livrent ce soir un concert plein de bonheur, mené tambour battant par un quatuor régénéré et mature, toujours à l’écart des chemins trop fréquentés mais sachant déclencher l’enthousiasme de salles bondées. Ils affichent une originalité jamais démentie sous la bannière du rock pur, juste atténué par la douceur des textes. Une poésie au fil de l’eau, sorte d’écriture automatique appliquée aux choses de la vie, où il est bien sûr question d’amour et de doutes, sujets tellement propices au jeu des mots manié avec habileté par Gaëtan Roussel, l’âme des Louise : J’vis toujours des soirées parisiennes/ J’voudrais vivre des soirées belles à Sienne et vivre au vent/ A feu/ A cent/ M’ouvrir au sang/ Tu mens…

Et nous voyons ce soir un formidable groupe de scène, sans décorum excessif, juste le son des guitares enluminées par le violon aérien d’Arnaud Samuel, et une incroyable énergie déployée pour leur musique. Les chansons sont toutes jouées en version allongée, prolongeant d’autant notre félicité. Ils ne savent plus s’arrêter ! A minuit nous y étions encore, leurs potes de Dionysos et des Wampas étaient montés sur scène pour la gig des copains, et tout ce petit monde, épuisé, revenait pour un énième rappel.

La princesse naïve aux grands yeux doux qui illustre leurs albums nous tire sa révérence, laissant partir ses princes charmants courir les festivals musicaux de l’été qui s’annoncent Très Louise…

Perry Blake – 2006/04/13 – Paris le Café de la Danse

Concert intimiste de Perry Blake à Paris : cet artiste inclassable nous y déroule ses dernières compositions échappées d’un monde dont il nous entrouvre régulièrement les portes le temps d’un CD. Très attaché et inspiré par la culture française, on lui connaît des collaborations régulières avec Françoise Hardy ou Emilie Simon, c’est donc au Café de la Danse, place oh combien parisienne qu’il nous dévoile son dernier disque The Crying Room. Habillé d’un costume de velours coupé années 30, il est assis au milieu d’un groupe de musiciens français jazzy qui collent complètement à sa musique.

Blake, délaissé par son label, a enregistré son dernier album dans sa maison irlandaise au milieu de nulle part. Une solitude insulaire qui transparaît dans ses notes et son attitude sur scène. On le croirait juste sorti de ses vallées vertes battues par les grands vents marins et peuplées de moutons errants. La musique inspirée par un tel environnement est pleine d’une puissance contenue, la voix émouvante de son compositeur est évidemment follement romantique. Un show basé sur le plaisir musical qui transcende la mélancolie naturelle qui exsude de tempi lents et harmonieux. Et d’ailleurs les musiciens s’amusent en se serrant autour de Blake pour l’emmener dévoiler son âme au-delà de ce qu’il aurait probablement envisagé. Clavier et guitares, percussions jazzy, entourent parfaitement ce musicien délicat et subtil dont les notes perlent comme des gouttes de rosée argentées où se reflètent nos joies et nos tourments. Dieu merci ces créateurs marginaux peuvent-ils encore nous bercer de leurs mélopées autoproduites malgré l’abandon dont ils font l’objet de la part de l’industrie du disque. Une reprise de Georges Harisson termine ce concert avant que Blake ne se retire sur la pointe des pieds.

What did you find in my past life?/ What you’ll find if you come is forgiveness/ What you’ll find if you come is you’re forgiven

Morrissey – 2006/04/11 – Paris l’Olympia

Concert complet (depuis longtemps) à l’Olympia ce soir où Morrissey vient présenter son dernier disque : Ringleader of the Tormentors. L’icône du rock indépendant continue un parcours de grâce musicale dont les étapes sont ponctuées de productions éclairées par ses déambulations à travers la planète, Londres, Manchester, Los-Angeles, Rome depuis un an et l’Irlande, toujours, dont le sang irrigue le terreau si fertile de sa nostalgie pérégrine. En France, il ne fait que passer, mais nous le savons tous, bien sûr cet artiste romantique viendra un jour tremper son inspiration sur les bords de Seine et rejoindre la mémoire de tous les poètes qui s’y sont brûlé les ailes. Morrissey, Paris t’attend, la ville lumière est à toi, et ce soir n’est qu’un avant-goût !

Smoking noir et chemise rose cintrée, Morrissey apparaît, cheveux grisonnants, un pack de musiciens collés à ses notes. Le show démarre sur First of the Gang et s’emballe sur You Have Killed Me puis The Youngest Was The Most Loved : guitares cinglantes, voix cajoleuse qui décroche harmonieusement dans les aigus, claviers nuageux, rythmique majestueuse. Le son est marqué de la patte de Tony Visconti, le producteur sorcier (T-Rex, Bowie, The Stranglers, Rita Mitsouko, et même Marc Lavoine…) de Ringleader…, à la fois foisonnant et ordonné, emphatique et subtil. Tout ce petit monde affiche la nonchalance qui sied aux grands professionnels traînant derrière eux des décennies de route et de composition, l’unité profonde d’un groupe qui a joué les histoires et les humeurs de Morrissey sur toutes les scènes de la planète Rock. Cette apparente facilité laisse l’artiste exprimer librement sa nouvelle félicité romaine déversant sur un public conquis un torrent furieux et pur de romantique élégance.

Sur la pochette du dernier disque on découvre Morrissey en maestro du violon estampillé Deutsche Gramophone, puis en dandy négligemment appuyé sur un scooter dans une rue romaine taguée. Ce sont les images du retour à l’Europe si délicieusement illustré par sa nouvelle inspiration musicale où se mêlent Rome et Pasolini, des harmonies modernes et éternelles, bref du Morrissey enthousiaste qui n’abandonne pas sa marque de fabrique d’une vision amer de la vie, transcendée par la musique comme guide salvateur.

Le show se déroule avec naturel, quelques retours sur les Smiths et sur You Are the Quarry, l’opus américain du retour vers la gloire : Irish blodd English heart/ That’s I’m made of/ There is no one on earth/ I’m afraid of/ And I will die/ With both my hands untied puis le superbe Let Me Kiss You. Une surprise avec la reprise de A Song From Under The Floor Boards de Howard Devoto que Morrissey présente comme écrite avant sa naissance ! Il ne faut tout de même rien exagérer jeune homme, nous nous souvenons d’un concert mémorable de Magazine au Palace en 1980 année où cette chanson a été créée.

Le concert touche au sublime lorsque démarre la basse hypnotique de Life is a Pigsty (La vie est une porcherie) qui nous ramène aux ambiances sombres d’antan : Life is a pigsty/ Life is a pigsty/… / Can you please stop the time?/ Can you stop the pain?/ I feel too cold/ Can you stop this pain/ Even now in the final hour of my life/ I’m falling in love again/ Again/ Again…

Un trop court rappel sur Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me et notre funambule repart pour l’Irlande, prochaine étape de son tour.

Ce soir s’est exprimée la quintessence de ce qu’un artiste intemporel est capable de produire lorsque son âme enfin tend à l’apaisement, désertant la noirceur des Smiths au profit à la sérénité d’un créateur abouti ! On retrouve du Bryan Ferry dans cette évolution personnelle vers toujours plus d’harmonie, le sourire en moins. Les frissons courent sur la peau des spectateurs comme coule la fontaine pure et débordante de cette musique portée par la voix sublime d’émotion de Morrissey dont les créations délicates nous tourneboulent délicieusement dans la joie de partager ces mélodies si pleines de finesse.

Set list

First Of The Gang To Die / Still Ill / You Have Killed Me / The Youngest Was The Most Loved / Reader Meet Author / Let Me Kiss You / My Life Is A Succession Of People Saying Goodbye / Girlfriend In A Coma / I Will See You In Far-off Places / To Me You Are A Work Of Art / Life Is A Pigsty / Trouble Loves Me / How Soon Is Now? / Irish Blood, English Heart / A Song From Under The Floor Boards / I Just Want To See The Boy Happy / At Last I Am Born // Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me

Littell Robert, ‘Légendes’.

Sortie : , Chez : . Les histoires d’espionnage post guerre froide où la CIA ruine la Russie en s’appuyant sur les Tchétchènes, liquide ses propres agents empêtrés dans les personnages successifs, les légendes, que leur forge le service action pour les couvrir. La psychologie se mêle au terrorisme, la manipulation s’ajoute à la folie du pouvoir, la vie humaine n’a plus de sens face aux intérêts supérieurs des Etats et la gestion de l’avenir de la planète. Cela fait froid dans le dos, mais il reste l’espoir que tout ceci ne soit que roman !