Morrissey – 2006/04/11 – Paris l’Olympia

Concert complet (depuis longtemps) à l’Olympia ce soir où Morrissey vient présenter son dernier disque : Ringleader of the Tormentors. L’icône du rock indépendant continue un parcours de grâce musicale dont les étapes sont ponctuées de productions éclairées par ses déambulations à travers la planète, Londres, Manchester, Los-Angeles, Rome depuis un an et l’Irlande, toujours, dont le sang irrigue le terreau si fertile de sa nostalgie pérégrine. En France, il ne fait que passer, mais nous le savons tous, bien sûr cet artiste romantique viendra un jour tremper son inspiration sur les bords de Seine et rejoindre la mémoire de tous les poètes qui s’y sont brûlé les ailes. Morrissey, Paris t’attend, la ville lumière est à toi, et ce soir n’est qu’un avant-goût !

Smoking noir et chemise rose cintrée, Morrissey apparaît, cheveux grisonnants, un pack de musiciens collés à ses notes. Le show démarre sur First of the Gang et s’emballe sur You Have Killed Me puis The Youngest Was The Most Loved : guitares cinglantes, voix cajoleuse qui décroche harmonieusement dans les aigus, claviers nuageux, rythmique majestueuse. Le son est marqué de la patte de Tony Visconti, le producteur sorcier (T-Rex, Bowie, The Stranglers, Rita Mitsouko, et même Marc Lavoine…) de Ringleader…, à la fois foisonnant et ordonné, emphatique et subtil. Tout ce petit monde affiche la nonchalance qui sied aux grands professionnels traînant derrière eux des décennies de route et de composition, l’unité profonde d’un groupe qui a joué les histoires et les humeurs de Morrissey sur toutes les scènes de la planète Rock. Cette apparente facilité laisse l’artiste exprimer librement sa nouvelle félicité romaine déversant sur un public conquis un torrent furieux et pur de romantique élégance.

Sur la pochette du dernier disque on découvre Morrissey en maestro du violon estampillé Deutsche Gramophone, puis en dandy négligemment appuyé sur un scooter dans une rue romaine taguée. Ce sont les images du retour à l’Europe si délicieusement illustré par sa nouvelle inspiration musicale où se mêlent Rome et Pasolini, des harmonies modernes et éternelles, bref du Morrissey enthousiaste qui n’abandonne pas sa marque de fabrique d’une vision amer de la vie, transcendée par la musique comme guide salvateur.

Le show se déroule avec naturel, quelques retours sur les Smiths et sur You Are the Quarry, l’opus américain du retour vers la gloire : Irish blodd English heart/ That’s I’m made of/ There is no one on earth/ I’m afraid of/ And I will die/ With both my hands untied puis le superbe Let Me Kiss You. Une surprise avec la reprise de A Song From Under The Floor Boards de Howard Devoto que Morrissey présente comme écrite avant sa naissance ! Il ne faut tout de même rien exagérer jeune homme, nous nous souvenons d’un concert mémorable de Magazine au Palace en 1980 année où cette chanson a été créée.

Le concert touche au sublime lorsque démarre la basse hypnotique de Life is a Pigsty (La vie est une porcherie) qui nous ramène aux ambiances sombres d’antan : Life is a pigsty/ Life is a pigsty/… / Can you please stop the time?/ Can you stop the pain?/ I feel too cold/ Can you stop this pain/ Even now in the final hour of my life/ I’m falling in love again/ Again/ Again…

Un trop court rappel sur Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me et notre funambule repart pour l’Irlande, prochaine étape de son tour.

Ce soir s’est exprimée la quintessence de ce qu’un artiste intemporel est capable de produire lorsque son âme enfin tend à l’apaisement, désertant la noirceur des Smiths au profit à la sérénité d’un créateur abouti ! On retrouve du Bryan Ferry dans cette évolution personnelle vers toujours plus d’harmonie, le sourire en moins. Les frissons courent sur la peau des spectateurs comme coule la fontaine pure et débordante de cette musique portée par la voix sublime d’émotion de Morrissey dont les créations délicates nous tourneboulent délicieusement dans la joie de partager ces mélodies si pleines de finesse.

Set list

First Of The Gang To Die / Still Ill / You Have Killed Me / The Youngest Was The Most Loved / Reader Meet Author / Let Me Kiss You / My Life Is A Succession Of People Saying Goodbye / Girlfriend In A Coma / I Will See You In Far-off Places / To Me You Are A Work Of Art / Life Is A Pigsty / Trouble Loves Me / How Soon Is Now? / Irish Blood, English Heart / A Song From Under The Floor Boards / I Just Want To See The Boy Happy / At Last I Am Born // Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me