Massive Attack – 2008/07/23 – Arles les Arènes

Massive Attack au théâtre antique d’Arles, voila un programme alléchant que d’allier cette musique de notre temps avec la puissance romaine. Dieu merci nous ne sommes pas affectés aux arènes de la ville, temple de violence et de vulgarité, où les taureaux ont remplacé les gladiateurs, mais où le sang toujours attise la joie primaire du peuple. Non, le concert a lieu dans le théâtre antique d’Arles centre de gravité de la culture millénaire de notre civilisation, haut lieu de subtilité et d’intelligence. Un déplacement dans le sud était donc de rigueur, ne serait-ce que pour patienter jusqu’à la sortie du prochain disque des Massive Attack maintenant reportée à 2009.

Assis sur les gradins de pierre ancestraux, nous sommes prêts pour l’expérience intemporelle d’un nouveau concert de Massive Attack. Ambiance détendue, des gens du coin, des touristes en goguette dans le sud et quelques fans venus pour l’occasion.

Le soleil se couche lorsqu’apparaît Fink et son groupe intermittent bass-batterie, lui assis sur un tabouret joue de la guitare et chante, plutôt agréablement, un folk-rock bien pensé. A découvrir plus avant.

La nuit est noire et les Massive Attack nous invitent à les rejoindre dans ce monde trip-hop dont ils sont devenus les maîtres, tout en puissance et en sophistication. Quelques sons aériens fusent des synthétiseurs, Robert del Naja (3D) et Grant Marshal (Daddy G) s’installent derrière les platines et la rythmique si spécifique, double batteries / bass, s’empare de l’espace en nous plongeant immédiatement dans la violence live de ce groupe d’anthologie qui depuis 25 ans mène sa route à coups d’innovations tranquilles mais sans dévier d’une ligne urbaine et sombre. C’est une nouvelle chanson, All I Want, qui ouvre le bal.

Le propos de ce mouvement trip-hop si bien mené par Massive Attack est de délivrer une atmosphère unique dont la musique n’est qu’un des éléments. Au-delà des notes, des rythmes et des compositions, ce groupe réussit à modeler l’espace et la matière sonore en une fusion physiquement perceptible. Ce sont des fleuves de lave brûlante qui coulent dans nos âmes tiraillées à hue et à dia entre un beat hypnotique et la douceur des voix, spécialement les duos slammés 3D/ Daddy G. Comme toujours on ne les perçoit qu’à peine, cisaillant en ombres chinoises les flux de lumière venant du fond de la scène. Mais la magie de l’outdoor et la dimension humaine du théâtre nous placent au cœur du show.

Horace Andy est toujours du voyage et affrontera une panne électrique à la fin de sa première apparition, coïtus interruptus mal à propos coupant l’élan de sa très belle voix aux trémolos vibrillonants. Deux nouvelles chanteuses renforcent le collectif, Stéphanie, vestale blonde évanescente qui tâtonne sur sa guitare en chantant, merveilleusement, Teardrop, et Yolanda, cantatrice black au coffre impressionnant qui emmène le groupe vers des sommets vocaux, délaissant le style désincarné de ses collègues pour nous envouter d’humanité primale.

Le fond de scène en diodes luminescentes est renouvelé dans son contenu ; y défilent les messages un peu naïfs d’un groupe en rébellion. La forme est toujours percutante de modernité, entre hall d’aéroport et connexion web, diffusant un halo de mystère dans lequel évolue ce groupe félin.

Le show vit sa vie et nous déroule une musique somptueuse servie sur un lit de mystère et de clignotements irréels. Voyage intergalactique dans le feulement des machines, balade introspective au cœur de nos émotions, les impulsions électriques diffusées par ces voix et musiques allument des feus éphémères au hasard de notre cerveau, qui nous font entrer dans celui de ces compositeurs d’exception qui ont si bien compris le son de notre époque et synthétisé le sang de leur épopée.

Est-ce l’intimité de ce théâtre antique ou la sérénité des musiciens, mais ce soir les Massive Attack nous ont paru moins déshumanisés : quelques ratages techniques, de grands éclats de rire, une danse endiablée de 3D sur le final qui nous a menés jusqu’à un big-bang orgasmique… Un dernier rappel sur Karmacoma où notre duo de Bristol se passe la balle : Well leave us in emotional pace/ Take a walk, taste the rest/ No, take a rest/ Karmacoma jamaica’ aroma/ Karmacoma jamaica’ aroma… et nous repartons la tête dans les nuages après cette soirée estivale de toute beauté.

Les Rencontres Arles Photographie occupent agréablement la fin du séjour, demain The Do prendront la suite à Arles mais le TGV pour Paris attend.

Set list : All I want, Marooned, Rising son, Teardrop, 16 Seeter, Kingpin, Mezzanine, Harpsichord, Red Light, Inertia creeps, Safe from harm, Marakesh 1er rappel : Angel, Unfinished sympathy, Dobro 2ème rappel : Karmacoma

Poney Express – 2008/07/11 – Paris la Dame de Canton

Concert de Poney Express ce soir à la Dame de Canton, une jonque amarrée sur un quai de Seine du XIIIème arrondissement. Ladyfingers, troubadour solitaire et drôle, guitariste-compositeur perdu loin de son Amérique natale, fait mieux que chauffer la salle.

Tchou-kou-tchakk, Tchou-kou-tchakk, l’intro musicale est lancée au rythme de la diligence qui fait tanguer la jonque et déjà le cœur de la cinquantaine de spectateurs qui s’agglutinent autour du puits de dérive en acajou. Les 4 de Poney Express entrent en scène, les hommes sont mal rasés et détendus (bass accoustique et batterie), les filles subtiles et bien apprêtées (guitare acoustique-chant et violon). Ces quatre là s’entendent comme larrons en foire, se sourient et se soutiennent, et nous convient à un voyage à travers leur imaginaire poétique et transatlantique.

Anna, blouse à fleurs sur collant gris et boots cowgirl prend sa respiration, ferme les yeux et démarre Les Femmes de Milwaukee, de sa voix brumeuse, a capella : Voir de près l’horizon qui au loin s’étire/ Mille et une raisons de se faire engloutir/ Dans les sables mouvants et ne pas revenir/ Devenir un Yankee/ Dans mes rêves, je suis une femme de Milwaukee. Et soudain, fouette cocher, les poneys entament leur vigoureuse cavalcade sur la piste soulevant un nuage de poussière qui se voit très loin dans la vallée. Le batteur, debout, chapeau de paille de travers, frappe sur ses caisses ; la violoniste, bretelles en bandoulières, ajoute ses cordes en une saveur western ; Anna aligne ses accords (huit allers-retours par mesure) sur lesquels elle pose sa jolie voix avec élégance et naturel ; Robin Feix (bassiste de Louise Attaque), feutre et cravate, un air de Sean Penn sur This Is Not America, s’accroche à son impressionnante bass acoustique.

Une respiration le temps de passer la guitare au bassiste pour une chanson de sa composition et la diligence repart, toujours avec les mêmes chevaux, pas fatigués le moins du monde, la musculature fine, frottées aux longues fuites devant les indiens à l’assaut d’un butin de mots et de notes.

La jonque balance, les guitares gardent l’équilibre et les musiciens poursuivent leur chevauchée légère, celle d’un folk délicieux qui glisse dans nos veines comme un fondant au chocolat dans le gosier. Après un rappel avec Ladyfingers, le groupe débranche ses instruments et vient s’installer au milieu des spectateurs pour nous jouer la balade de Paul, l’histoire étrange d’un fan d’Elvis qui erre dans les rues de Menphis :

Bye Bye Paul/ Ton front se cogne sur le sol, carmin/ Tu tiens entre tes mains/ Bye Bye Paul/ La photo de ton idole/ En sépia satin/ Encore un mort pou rien/ Et demain matin/ Menphis se réveillera sans toi.

C’est fini, la jonque est à nouveau amarrée à la réalité et nous en débarquons, légers et charmés par cette soirée maritime.

Beck – 2008/07/07 – Paris l’Olympia

Beck à l’Olympia. Son dernier disque Modern Guilt est sorti ce jour. La presse nous gratifie de chroniques mitigées sur ce rocker aujourd’hui décevant après avoir été présenté comme un demi-Dieu à ses débuts. Nous l’avions vu pour une excellente prestation juste avant Radiohead au final de Rock en Seine 2007 et l’Olympia de ce soir n’en fut pas moins brillant n’en déplaise à nos versatiles journalistes.

Yeasayer en première partie : guitares, platines et modernité, ouvre le bal. Beck s’ensuit avec ses cheveux filasses sur les épaules, blond-roux, une chemise à gros carreaux noirs et blancs qui lui pend sur les genoux, un gilet chiffonné crypto-baba et de grosses lunettes roses qui seront rapidement emportées par le rythme des premières mesures. Il est épaulé par une guitariste rythmique, mimi tout plein, genre latinos tressautante qui déplie ses doigts fins sur les cordes ; d’un bassiste maigrichon looké instituteur attardé style Costello ; un clavier sur-vitaminé qui danse sur son estrade autant qu’il ne joue et fait choir son ordinateur au début du set, rafistolé ensuite à grand renfort d’adhésif par un roady inquiet, et un batteur-cogneur.

Au milieu de la tourmente déclenchée par ses musiciens dynamiques, notre compositeur californien affiche une imperturbable sérénité, accroché à sa vieille guitare éraflée. Tout valdingue autour de lui avec une joyeuse énergie et Beck dirige cette entreprenante cacophonie avec malice, donnant le ton de sa musique, toute en cassure de rythmes et d’harmonies, assaisonnant cette musique syncopée et nerveuse de solos tranchants.

Sa voix relativement anonyme psalmodie des textes mystérieux, entre rapp et lecture sacrée, sur une rythmique à réveiller les morts. Poursuivant son chemin de traverse, le groupe nous délivre une étrange fusion des influences musicales de son leader : hip-hop, électro, blues et rock. Un artiste original et surprenant qui déclare ne pas être un véritable artiste pop et vouloir plus que tout « faire quelque chose avec David Bowie… un trésor vivant ». On est impatient de cette collaboration espérée. En attendant nous eûmes un concert propre et carré, ingénieux et malin, on ne demandait que ça !

Tardieu Laurence, ‘Puisque rien ne dure’.

Sortie : 2006, Chez : . 120 pages de douleur et de tristesse : un couple perd sa fille de 6 ans, disparue jamais retrouvée, se sépare quinze ans pour affronter l’absence, chacun de son coté, chacun à sa façon. Et au bout de cette séparation elle, en phase terminale d’un cancer, le rappelle pour évoquer ensemble l’enfant disparue. Elle part sur ces souvenirs et lui retrouve le courage qui lui avait fait défaut tout au long de ces quinze années pour ramener sa fille au cœur de sa vie. L’écriture de Laurence Tardieu est précise et émouvante pour décrire l’indicible.

Chandernagor Françoise, ‘La voyageuse de nuit’.

Sortie : 2007, Chez : . Quatre sœurs se retrouvent pour accompagner leur mère jusqu’au terme de sa longue agonie. C’est l’occasion de se raconter leurs histoires, celles du passé qui s’entrecroisent avec le présent, entre Paris, Sidney et l’Ardèche. La vie d’une famille comme les autres qui voit passer le temps, raconté avec l’humour, parfois grinçant, mais toujours tendre, de l’auteur.

Rouaud Jean, ‘Des Hommes Illustres’.

Sortie : 1993, Chez : . La vie ordinaire de l’après 2ème guerre mondiale dans le Bretagne profonde, en plein remembrement foncier. Le chef de famille courre la région à bord de sa 403 de voyageur-représentant de commerce et rejoint femmes et enfants le week-end. Il meurt brusquement dans les bras de sa famille. Le style extraordinairement subtil de Rouaud, ironique et tendre, rend captivante cette histoire banale qui est le tomme II d’une suite romanesque en 5 volumes.