Bashung – 2008/11/16 – Paris l’Elysée Montmartre

Comme pour conjurer le destin, Bashung organise une série de concerts le dimanche soir à l’Elysée-Montmartre. Il n’est point besoin d’en rajouter face à cette force et cette tendresse, juste des chansons, des chansons et encore des chansons comme il introduira son concert ce soir. Mais bien plus que des chansons, nous le savons tous, une émotion et un héritage. Alors relisons l’une de celle-ci :

À perte de vue
 Des lacs gelés
 Qu'un jour j'ai juré d'enjamber
 À perte de vue
 Des défilés
 Des filles à lever
 Des défis à relever
 Des prix décernés à tes yeux
 À perte de vue
 Dodelinent des grues
 Les pieds dans la boue
 Qui eût cru
 Qu'un jour nos amours
 Déborderaient
 Fassent oublier aux ajusteurs
 La clé
 Plus de boulons
 Pour réparer la brute épaisse
 Ma pute à coeur ouvert
 Trop de cuirassés
 Pas assez d'écrevisses
 Pour une fricassée
 Donnez-moi des nouvelles données
 Donnez-moi des nouvelles données
 Donnez-moi des nouvelles données
 Donnez-moi des nouvelles données
 Donnez-moi des nouvelles données
 Donnez-moi des nouvelles données
 À perte de vue
 Du déjà vu
 Du déjà vécu
 Se précipitent
 À mes trousses
 Qu'en dit le héron
 Il en sait long
 Qu'en dit l'éolienne
 Elle me fait hello
 Voies d'eau dans la coque du Poséidon
 Hamacs éperonnés
 Est-ce un espadon
 L'oeuf d'un esturgeon
 Ou un concours de circonstances
 Qu'aurait engendré ce paysage désolé
 De n'être pas resté
 Donnez-moi des nouvelles données
 Donnez-moi des nouvelles données
 Donnez-moi des nouvelles données
 Donnez-moi des nouvelles données
 Donnez-moi des nouvelles données
 À perte de vue
 Des lacs gelés
 Qu'un jour j'ai juré d'enjamber
 À perte de vue
 Des défilés
 Des filles à lever
 Des défis à relever
 Des prix décernés à tes yeux
 Des prix décernés à tes yeux

Alain Bashung est mort le 14 mars 2009.

Leonard Cohen – 2008/11/26 – Paris l’Olympia

Dans un monde en plein désarroi il est des instants d’harmonie et de pureté qui réconcilient avec la spiritualité et la profondeur, des moments simples animés par des êtres d’exception, de la race des poètes. Leonard Cohen est de ceux là qui pour son retour à Paris après 15 années d’absence a illuminé l’Olympia trois soirées durant. Véhiculant avec lui 74 années de tourments et de beauté, d’expériences et de musique, de mots et de mélancolie, de livres, de poèmes, de dessins et de disques, c’est une véritable légende qui apparaît au milieu de ses musiciens. Le public ne s’y trompe pas qui lui fait une standing ovation avant même la première note d’un concert qui nous entraînera pour trois heures d’introspection au cœur des étapes magiques d’un parcours musical et cérébral qui fut également le nôtre.

Costume noir et chapeau feutre, d’une élégance surannée, il entre en sautillant comme un gamin sur les tapis persans jetés sur la scène. Son groupe est déployé autour de lui, des musiciens affectueux et respectueux : un guitariste flamenco de Barcelone au premier plan assis sur une chaise, trois choristes dont Sharon Robinson co-auteur de ses deux derniers disques et les deux Webb sisters, un souffleur de différents instruments à vent, un deuxième guitariste, le bassiste historique Roscoe Beckes, directeur musical de la tournée, un batteur et un claviériste sur orgue Hammond.

Et dès qu’il entame Dance me to the end of love sa voix grave et vivante envahit le théâtre de nos âmes. Une voix bouleversante qui a traversé cigarettes, alcool et rébellion pour marquer à jamais nos histoires de ses mots qui nous accompagnent depuis toujours. Il promène son corps fluet sur la scène, comme en apesanteur, s’agenouille sur le tapis persan qui a déjà pris son envol pour le royaume des milles et une émotions. Entre deux chansons il porte son chapeau à son cœur pour remercier le public et ses musiciens de « l’incroyable honneur qui lui est fait de chanter pour nous ce soir ». Revenu de tout il porte un regard émerveillé sur « l’immense privilège qui est le nôtre de pouvoir nous consacrer à une soirée musicale quand le monde n’est que chaos. »

Discret, il s’efface pour laisser chacun se mettre en avant à un moment ou à un autre du show. Modeste il s’agenouille pour déclamer ses chansons comme une supplique de sa voix caverneuse, exhumée des profondeurs pour hanter nos âmes. Il récite A Thousand Kisses Deep, il s’empare d’une guitare noire pour reprendre Suzanne, il se recueille dans l’obscurité pour laisser les Webb sisters chanter If It Be Your Will, l’une à la harpe l’autre à la guitare, un pur sanglot ! La musique se déroule lentement, chaudement, tristement, loin de la furie de l’humanité, seulement empreinte de la sérénité et de la réflexion qui exsudent de cet immense poète : If it be your will/ That a voice be true/ From this broken hill/ I will sing to you/ From this broken hill/ All your praises the shall ring/ If it be your will/ To let me sing.

De Montréal à Hydra, de Los Angeles au monastère bouddhiste de Mount Baldy Zen Center (où il a été ordonné moine Zen sous le nom Jikan Dharma « le silencieux »), Leonard Cohen, est un passager du temps, sans remord ni regret, qui termine son dernier show parisien avec Closing Time, I Try to Leave You et Whither Thou Goest. Le public voit arriver le moment de se quitter avec tristesse voulant espérer qu’il y aura encore une étape et que le bout du chemin n’est pas encore pour tout de suite. Un troublant parfum d’adieux émane de ce final. Réunissant une dernière fois l’ensemble de ses musiciens et son équipe technique il termine avec une adresse au public parisien, debout, ému aux larmes, « il y a longtemps que je t’aime. » Les plus jeunes ne connaissent pas la fin de cette comptine enfantine qu’il ne dira pas. Je la leur dédie : « jamais je ne t’oublierai ! »

Set list : First Set Dance Me To The End Of Love/ The Future/ Ain’t No Cure For Love/ Bird On The Wire/ Everybody Knows/ In My Secret Life/ Who By Fire/ Chelsea Hotel #2 Anthem Second Set Tower Of Song/ Suzanne/ Gypsy Wife/ The Partisan/ Boogie Street/ Hallelujah/ Democracy/ I’m Your Man/ A Thousand Kisses Deep (recitation)/ Take This Waltz/ Encore So Long, Marianne/ First We Take Manhattan/ Famous Blue Raincoat/ If It Be Your Will/ Closing Time/ I Tried to Leave You/ Whither Thou Goest

Hachimi Alaoui Myriam, ‘Les Chemins de l’Exil – Les Algériens exilés en France et au Canada depuis les années 1990’.

Sortie : 2007, Chez : L’Harmattan.

Les parcours différenciés de citoyens algériens qui ont fuit la violence de leur pays. Souvent des intellectuels, menacés mais aussi plus aptes à se « recaser » à l’étranger. La langue française les conduit de préférence dans l’un de ces deux pays. Expériences croisées dans l’ancienne puissance coloniale et son cortège de remugles d’un passé agité, ou découverte d’un pays fondé sur l’immigration. Construit autour d’interviews d’un groupe d’exilés, ce livre universitaire raconte ces vies exilées et les sentiments partagés de ceux qui les vivent.