Sanseverino – 2009/12/18 – Conflans Saint-Honorine

Sanseverino en concert à la salle des spectacles de Conflans Saint-Honorine, il fait froid en cette mi-décembre et la banlieue est sombre, mais Sanseverino sait comment réchauffer l’atmosphère, c’est le moins que l’on puisse dire ! Gouailleur-provocateur, il affiche ses boucles d’oreille sur cheveux grisonnants et costume sombre, guitariste hors pair et multi-instrumentistes inspiré, il est entouré d’une bande de rockeux convaincus qui ont hantés les salles de province. Très, très, très bavard, il déverse entre ses chansons un déluge de sornettes aussi foisonnant que les notes de sa guitare grimée en roulotte gitane.

Des mots de loubards à la subtilité ironique, des rimes hilarantes et dérisoires, notre joyeuse bande croque le monde qui nous entoure avec une acide tendresse et s’en donne à cœur joie pour lancer sa poésie désabusée à l’assaut de nos principes bourgeois. Quelques piques acides contre la religion et l’équipée sauvage revient habillée de pourpre telle une procession vaticane, des guitares-crucifix, pour finir un show en forme de balloche du 14 juillet, énergique et décapant.

Quelques semaines plus tard on apprend que Sanseverino sera présent sur la liste Europe-Ecologie pour les élections régionales de mars prochain, en position non-éligible certes, mais voici une nouvelle tribune pour un homme attachant.

Bruguière, entretiens avec Pontaut Jean-Louis & Jean-Marie, ‘Ce que je n’ai pas pu dire’.

Sortie : 2009, Chez : Robert Laffont. Une hallucinante plongée au cœur des grands dossiers du terrorisme de ces 30 dernières années, instruits par le juge Bruguière. On y découvre effarés l’hydre terroriste qui grouille au milieu de nous tous, d’Action Directe au djihad, poussée par des Etats ou des intelligentsia, mondialisée et au fait des technologies, sans remord et bardée de certitudes. L’action terroriste vit son rythme dans la violence, affronte des Etats et des systèmes. Bruguière détaille les mérites du système français qui a bâti un arsenal légal pour lutter contre le terrorisme avec les armes de la Loi, avec l’aide de l’action diplomatique et politique (quelque soit la couleur du gouvernement en place d’ailleurs) et des services secrets afin d’être présent sur les mêmes terrains que ceux qu’il a combattu. On y suit en détail le déroulement, les implications et le jugement d’affaires comme l’assassinat en France de l’ancien premier ministre iranien Bakhtiar ou l’explosion criminelle du DC10 d’UTA dans le Ténéré. C’est affolant d’entre-apercevoir jusqu’où ont pu aller ces organisations terroristes (avec le soutien d’Etats) et… rassurant de savoir que dans une vieille (et riche) démocratie comme la France il y a un Droit et des hommes capables de combattre en son nom pour la sécurité publique. Il reste que le juge, fin politique, peut aussi avoir dit « sa » vérité et manipulé quelque peu la réalité pour en faire de la littérature ou de la politique. Le lecteur anonyme ne peut pas trancher, mais juste constater que les attentats et crimes narrés ont bien existé et, parfois, été condamnés au nom de la Loi en France et dans d’autres pays.

Besson Patrick, ‘Mais le fleuve tuera l’homme blanc’.

Sortie : 2009, Chez : Fayard Roman. Un roman palpitant où s’entremêlent l’Afrique, des femmes, des histoires d’espionnage, dans la moiteur de Brazzaville. Les différents personnages racontent chacun le même récit vu par leurs yeux. Les rwandais hutus et tutsis remettent les pendules à l’heure sur l’origine d’un génocide, la DGSE manipule une ex-agent du KGB à qui Sassou a fait un fils, un ancien militant du PCF n’ayant toujours pas digéré sa culpabilité de colonisateur agit contre sa patrie. Il y a du sang, du sexe, des enjeux politiques, du cynisme, fort peu de sentiments et du vécu.