The Dandy Warhols – 2010/07/26 – Paris la Cigale

La Cigale était ce soir l’endroit où il fallait être avec The Dandy Warhols venus jouer à Paris pour présenter un best of dû à leur ex-compagnie de disque-major-business, Capitol. Concert complet et il a fallu acheter un billet à un black-marketeur de trottoir, à un prix à faire reculer Mamy Bettencourt, mais qu’importe.

Une scène vaguement décorée de boules japonisantes et quatre rockers made in United-States venus nous délivrer une bonne dose d’énergie et de sueur sur un boulevard du XVIIIème, entre sex-shops, cars de tourisme et magasins de guitares. Les Dandy sont là pour notre plaisir et ne seront pas avares de leur joyeuse énergie. Courtney affiche une nouvelle coupe de cheveux avec une longue mèche qu’il grignotera durant tout le show. Il nous annonce une soirée très spéciale. Zia est resplendissante derrière ses consoles et sous ses tatouages. Batteur et guitariste solo sont en ligne. La bande des quatre démarre sur Mohammed enchaîné sur We use to be Friends et le ton est donné. La foule ronronne sur la voix grave et sombre de Courntney.

Les choses sérieuses commencent avec The Last High. La scène est envahie de fumigènes, Zia jongle entre claviers, tambourins et chœurs. La Cigale sort ses griffes et grogne de plaisir, la température monte. Et le concert poursuit son chemin vers un paradis musical proche de l’enfer tropical : moiteur torride et profusion délirante qui explosent sur The Last Junky et Bohemian. On ne sait plus à quelle liane se raccrocher, tout glisse et transpire, les défaillances de spectateurs des premiers rangs poussent Zia à demander le calme pour éviter l’anéantissement de certains. Vœux pieux et de mauvaise foi alors que démarrent les premiers riffs de Get Off suivi de . Tout flashe, tous tanguent et la Cigale poursuit une ascension vertigineuse sans savoir où s’arrêter.

Après deux heures de ce rythme, il n’y aura pas de rappel mais l’apparition vaporeuse et épanouie de Zia qui revient seule nous chanter une comptine pour enfants : Daisy Song, a capella, après nous avoir vanté son petit ensemble noir fruit d’un shopping parisien de fin d’après-midi.

Beaucoup pour le plaisir et un peu pour la promotion d’un best of : The Capitol Years ; ils s’en sont donné à cœur joie deux heures durant le temps d’un énergique retour sur quinze années de carrière avec des envolées psychédéliques émouvantes et des morceaux endiablés. Décoiffant !

Set list : Mohammed/ We Used To Be Friends/ Shakin’/ Welcome To The Third World/ You Were The Last High/ You Come In Burned/ I love you/ Now You Love Me/ All The Money Or The Simple Life Honey/ Not If You Were The Last Junkie On Earth/ Bohemian Like You/ Talk Radio/ Godless/ Get Off/ Horse Pills/ Solid/ Wasp In The Lotus/ Boys Better/ Country Leaver/ Every Day Should Be a Holiday/ It’s a Fast-Driving Rave-Up With The Dandy Warhols
Encore : Daisy Song (Zia)

Pete Doherty – 2010/07/07 – Paris la Cité de la Musique

Le sympatique festival Days Off se poursuit avec une remarquable prestation solo de Pete Doherty. Après les Libertines et Babyshamble l’anglais rebelle se produit seul sur scène avec chapeau et guitare électro-acoustique. Son disque Grace/Wastelands, sorti en 2009, a fait un tabac chez la critique musicale. Sur le CD une photo entremêle Rimbaud et Pete dans un patchwork ambitieux… Ange et démon, le rocker sait où prendre modèle.

Reconverti en folk-singer après des années punk de dévastation, on a découvert avec ce disque un artiste accompli que le show de ce soir vient confirmer, si besoin en était.

Il arrive, à l’heure…, sanglé dans un impeccable costume gris assorti à son couvre-chef, chemise blanche, grosse chaîne autour du cou. Un roadie attentionné a posé une bouteille de vin rouge sur l’ampli et voici Pete qui nous emmène pour une balade presque romantique de 60 minutes. Il a l’air un peu perdu, solitaire sur cette grande scène face à un public déjà conquis. Mais après quelques pas timides autour de son micro, le voici à l’oeuvre des riffs sur sa guitare et la magie opère. Il laisse couler les doigts sur les cordes avec indifférence et chante trois extraits du dernier disque: Arcady, Last of the English Roses et Sweet by and by. La voix légèrement brumeuse et délicieusement forcée, il baguenaude sur les planches, se retrouvant à peu près quand il faut derrière son pied de micro pour y clamer des mots étranges et désabusés.

Il tombe la veste après cette superbe entrée en matière, ramasse les petits mots jetés sur scène par ses admirateurs, allume un clope et boit une gorgée, puis se lance dans des reprises de ses précédents groupes, interprétant des titres à la demande. Deux danseuses en tutus viennent tourbillonner sur ses notes, un peu désordre mais dans l’atmosphère du show. La bouteille est partagée avec le public puis remplacée par une nouvelle. Ses pas deviennent peut-être un peu plus hésitants, mais rien ne vient freiner l’inspiration de l’artiste qui promène sa morgue avec délicatesse sur cette scène dépouillée. Une heure à peine et le concert se termine sur Albion des Babyshambles, les danseuses déploient l’Union Jack, et il s’éclipse : Aaa-nywhere in Albion. La presse people le retrouvera le lendemain attablé à un bistrot du Marais alors qu’il était censé faire un sound-check au même moment pour un concert à Nice le soir… qui sera annulé.

Loin de l’électricité et des excès du rock on a l’impression que Pete a trouvé sa voie pour exprimer son âme, avec sa guitare et son chapeau. Un air de chanteur de métro mais un talent immense. Finalement le chroniqueur en est à se dire que la photo de Rimbaud n’était sans doute pas aussi incongrue. Les prochaines étapes sont à suivre de près.

In Arcady, your life trips along/ Pure and simple as the shepherd’s song.

LA SET LIST : ARCADY/ LAST OF ENGLISH ROSES/ SWEET BY AND BY/ FROM BOLLYWOOD TO BATTERSEA/ FOR LOVERS/ YOU’RE MY WATERLOO/ SHEEPSKIN TEARAWAY/ FRANCE/ CAN’T STAND ME NOW/ BLUE MOON/ BACK FROM THE DEAD/ SALOME/ THE GOOD OLD DAYS/ THE LOST ART OF MURDER/ ROBIN HOOD/ SMASHING/ALBION

Arcade Fire – 2010/07/05 – Paris le Casino de Paris

Les Arcade Fire font un passage surprise au Casino de Paris, les places en vente sont parties en cinq minutes pour cette salle de dimension modeste versus l’aura du groupe canadien. Heureusement quelques ebayeurs ont du surplus pour satisfaire les retardataires.

Le prochain album The Suburbs est annoncé pour la rentrée. Les Arcade viennent sans doute tester si leur extraordinaire popularité française est restée intacte. La réponse sera au-delà de leurs espérances !

Au fond de la scène un vaste écran est posé sur pied, style drive in, les instruments sont étagés sur deux niveaux, le tout un peu à l’étroit. Pas de première partie, les canadiens arrivent à 20h30 pour installer leur joyeuse confusion musicale. Win affiche le drapeau haïtien sur son blouson, Régine cheveux longs et bouclés, Dock marteens et robe vaporeuse, Richard et sa chevelure rousse dégoulinante, les deux filles aux violons, et les autres ; le groupe entamme sur deux nouveautés plus intimes, à découvrir, avant d’attaquer Laika qui bouscule le Casino et replonge les fans dans l’incroyable profusion qui fut la marque de fabrique de Funeral, le disque légendaire qui a fait ce groupe en Europe. Les huit sont en ligne sur le devant de la scène, Régine à l’accordéon place sa ritounelle de guinguette, et tout le monde déclame : Our older brother bit by a vampire!/ For a year, we caught his tears in a cup/ And now we’re gonna make him drink it/ Come on Alex, don’t die or dry up!/ Our mother shoulda just named you Laika! Enchaînement sur No Cars Go et la température du Casino prend 5° d’un coup. Le public ne se tient plus, il a retrouvé l’incroyable énergie communicative du groupe qui choisit ce moment pour calmer le jeu et chanter le mélancolique Haïti, rappelant son engagement pour l’ile caraïbe dont la famille de Régine est originaire.

Retour sur The Suburbs avec quelques nouveaux morceaux, dont le très beau Suburban War, qui précèdent l’enchaînement détonnant de Power Out et Rebellion Lies, attendu de tous, qui marque comme toujours le point d’orgue du show : fusion débridée des guitares hallucinées, des violons rassurants, des batteries furieuses, des textes fous et des voix déchaînées.

Le concert se poursuit et se termine avec Intervention (dédié à François Chevallier, compagnon et producteur d’Emilie Simon, collaborateur des Arcade, décédé l’an passé de la grippe A) et Wake Up. Il n’y aura pas de deuxième rappel.

Bien sûr nous n’avons pas retrouvé ce soir le sentiment de stupeur nouveau monde balancé lors de la découverte sur scène en 2007 de ce groupe à l’Olympia et Rock en Seine. L’effet de surprise s’est légèrement dilué, d’autant plus que les nouvelles compositions semblent relever d’une inspiration différente, plus sereine, dont il faudra s’imprégner progressivement à l’écoute de The Suburbs dès sa sortie. Mais on reste pour sûr face à un groupe impressionnant dont les performances scéniques ne doivent pas cacher la richesse des textes et de la musique. L’incroyable patchwork des personnalités de ces musiciens, des instruments et des compositions, assemblé dans une musique tellement originale relève toujours de l’exploit et produit un son tout à fait original et délirant. Bref, de la création et de la joie à l’état chimiquement pur.

Set list : Ready to Start/ Modern Man/ Neighborhood #2 (Laika)/ No Cars Go/ Haïti/ Empty Room/ The Suburbs/ Suburban War/ We Used to Wait/ Neighborhood #3 (Power Out)/ Rebellion (Lies)/ Month of May/ Keep the Car Running

Encore: Neighborhood #1 (Tunnels)/ Intervention/ Wake Up

Emilie Simon – 20100702 – Paris la Cité de la Musique

C’est l’été qui annonce la saison des festivals pour notre grand bonheur. La Cité de la Musique nous offre une très jolie programmation pour son Days Off.

Emilie Simon fait l’ouverture ce soir. Exilée aux Etats-Unis elle a publié The Big Machine l’an passé, un agréable disque qu’elle va jouer ce soir dans la salle de Pantin. Habillée d’une robe verte à paillettes, collant noir, béret vert rétro avec pétales de fleur en flèche, une longue natte sur le coté, les épaules façon boa et toujours son appareillage électronique sur le bras gauche comme une armure style Mad Max qui lui permet de mixer sa voix. Elle est installée derrière un clavier délicatement décoré bois et dorures, avec une pieuvre naïve face aux public, et nombre d’excroissances d’appareillages électroniques variés. Un platineur-percussionniste, un batteur, un bassiste et une percussionniste (avec de drôles d’instruments) l’accompagnent, mais elle occupe définitivement le centre de la scène.

Le DJ ouvre le show seul avec un set de percussions délivré à partir d’une bonbonne à eau minérale sonorisée, il faut quand même inventer un tel instrument… et nous ne seront pas au bout de nos surprises technologiques ! Emilie et les autres se mettent en place alors que les derniers effluves sonores de la bonbonne se dissipent dans l’atmosphère et là, et là, et là… laissez vous porter par le charme qui fait immédiatement succomber la salle entière.

Emilie joue les morceaux de The Big Machine dans un charmant concert électro-pop, énergique et subtil. Sa voix est merveilleuse, à la fois sucrée et agile, tendre et virtuose. Elle monte en octaves avec une incroyable souplesse de diva. Ses compositions sont toutes en ruptures : les tonalités changent soudainement alors que s’envolent ses trémolos ; les mesures se brisent sur le mur des boîtes à rythmes ; l’électronique fait se mouvoir et superposer les sons étranges. Un light show intelligent donne à l’ensemble une touche de magie venue des galaxies.

Et lorsque s’éclipsent les musiciens elle s’empare d’une guitare acoustique et à défaut de pied de micro s’agenouille devant un spectateur du premier rang qui lui tiendra le micro à bout de bras pour chanter la très bouleversante Fleur de Saison : Condamnée chaque année à l’amnésie/ …Dès les premières lueurs d’octobre/ En tout bien tout honneur/ Je sombre/ Oh le temps a tourné je compte les pousses des autres fleurs de saison/ Je ne sortirai pas encore de la mousse pas plus qu’une autre fleur de saison.

Pour le premier rappel, assise devant le piano à queue elle reprend deux très beaux morceaux de La Marche de l’Empereur avec un percussionniste invité qui répartit d’improbables objets sur le bois noir réfléchissant du Pleyel pour en extraire des sons venus d’un autre Monde, et Kira Kira (Islandaise contemporaine qui a fait la première partie) qui superpose ses vocalises vocodées sur cette musique majestueuse.

Après les derniers saluts et embrassades avec tous ses musiciens, Emilie seule sur la scène nous envoie baisers virevoltants et mercis stridents, avant de nous laisser enchantés et déjà frustrés de sentir le plaisir éphémère de cette soirée se dissoudre lentement dans nos neurones qui gardent l’image d’une Emilie délicieusement artiste, adorablement superficielle, définitivement électro, instantanément romantique. Comme la pieuvre rieuse qui décore le clavier, elle a lancé ses bras multiples qui nous ont entourés, caressés, effleurés, sans rien accrocher, diffusant juste le glissement du plaisir sur notre peau électrisée.

Au piano, à la guitare, aux machines bizarres, elle place sa voix merveilleuse et agile au-dessus de tout avec un enthousiasme sans borne et, telle une Marlène bionique, a enchanté la Villette ce soir pour le lancement de ce sympathique festival Days Off.

 Kira Kira fait la première partie, venue d’Islande.

Powers Richard, ‘Le temps où nous chantions’.

Sortie : 2003, Chez : 10/18_5053. Un roman fleuve (1100 pages en format poche) sur les aventures musicales d’une famille américaine qui traverse le 20ème siècle. Dans l’entre deux guerres mondiales, un juif allemand exilé aux Etats-Unis épouse une femme noire, ils ont trois enfants, deux suivront la voie de la musique et la petite dernière empruntera le chemin les Black Panthers. Leur père scientifique participe à la mise au point de la première bombe atomique, leur mère cherche à les élever comme des enfants « sans couleur » et doit compromettre avec la Cause défendue par sa propre famille. Les uns meurent, les autres luttent ; tout explose au cœur d’une Amérique violente et déchirée par ses guerres, ses races, ses rêves ; mais la musique rassemble cette famille improbable, fondée sur les ruines du massacre de deux peuples.