Yann Tiersen – 2011/10/28 – Paris le Trianon

Yann Tiersen, en concert au Trianon pour la sortie de son dernier disque Skyline : musicien breton au parcours atypique il ponctue la scène rock française de compositions riches et étranges. Skyline et Dust Lane qui lui a succédé sont de la même veine, de la musique progressiste, de longs morceaux instrumentaux, une musique qui fleure bon la grise austérité de sa Bretagne d’origine et dont une partie est écrite et enregistrée à Ouessant, une île sauvage battue par les vents et les tempêtes à l’Ouest de l’ouest de l’hexagone, sentinelle de l’Atlantique où tant de marins se sont perdus.

Yann Tiersen trop souvent reconnu comme l’auteur de la musique du film Amélie Poulain alors qu’il est vaut bien mieux que cette gentille comptine musicale. Bien sûr, des morceaux instrumentaux de 15 mn ne sont pas tout à fait au format FM qui assure la diffusion commerciale…

Sur scène en T-shirt et chemise à carreaux informe, cheveux gris fillasses, Yann est accompagné de cinq musiciens et de pas mal de machines. Il passe alternativement des guitares à l’électronique ou au violon qui donne une touche celtique à cette musique des grands espaces. A plusieurs reprises les six musiciens unissent leurs voix de basse, à mi-chemin entre les chœurs de Solesmes et le vent qui mugit sur le phare du Créach un soir d’hiver sur Ouessant.

L’homme semble timide et en retrait, il s’exprime derrière ses instruments à l’aide de compositions majestueuses. Sa musique est moderne et nerveuse, variée et dynamique, issue des profondeurs de l’âme d’un musicien talentueux menant sa barque sur des chemins de traverse. Elle a enchanté le Trianon ce soir !

John Cale – 2011/10/17 – Paris la Maroquinerie

John Cale, une de ces discrètes légendes du rock moderne est de retour à Paris à la Maroquinerie, petite salle pour grand bonhomme entouré de trois musiciens dont un excellent, barbu et rigolard guitariste.

Comme en 2005, John Cale succède à quelques semaines près à son compère Lou Reed. Faut-il le rappeler, ces deux là ont créé le Velvet Underground, l’un des groupes les plus influents du XXème siècle, puis connu des parcours variés, Lou dans ses monologues poétiques qui aboutirent à quelques unes des plus irréparables compositions du rock, John dans une veine plus expérimentale, produisant de nombreux artistes importants ; mais l’un comme l’autre tenaillé par l’ambition créatrice et le talent continuent à plus de 70 ans à… créer. Cette ténacité brûlée sous la flamme du feu sacré de la musique est la marque des grands artistes.

Ce soir nous somme face à un mythe qui déboule en blouson col relevé et T-shirt, chevelure et petit bouc roux, le visage raviné par les années mais toujours animé du même enthousiasme. Il vient de sortir un disque Extra Playful (dont sa fille Eden a dirigé la vidéo promotionnelle de Catastrofuk) et a programmé un concert parisien supplémentaire au Centre Pompidou. La traduction française de son autobiographie « What’s welsh for Zen? » est disponible chez Au diable vauvert depuis mai dernier.

John Cale et son ensemble jouent 1h30 durant un programme de morceaux classiques et d’envolées plus progressistes ; pas de retour sur le Velvet. Il passe de la guitare acoustique aux claviers derrière lesquels il joue les sons les plus modernes et chante au gré des dissonances électroniques et des cassures de rythmes, agrémentées des touches étranges de son guitariste virtuose. Il n’a renoncé à rien et surtout pas à l’innovation musicale qui est sa marque de fabrique. De son pays de Galles natal au New York d’Andy Warhol et de Lou Reed, du monde underground sous cocaïne aux opéras enflammés écrits pour Nico, John Cale nous revient au cœur de la vieille Europe continentale toujours investi de la même mission : guider ses congénères avec une musique qui vient de l’âme !

Soljenitsyne Alexandre, ‘Une journée d’Ivan Denissovitch’.

Sortie : 1962, Chez : Robert Laffont Pavillons Poche. Le livre fondateur de l’œuvre de Soljenitsyne qui révèlera un des géant de la littérature du XXème siècle. On y découvre l’univers concentrationnaire stalinien peint avec humour et dérision, ce style qui siéra si bien au maître russe tout au long de sa carrière. Clin d’œil de l’Histoire, ce premier roman sera publié en URSS sous Khrouchtchev avant d’être interdit par les gérontocrates qui lui succèderont. 200 pages pour découvrir les petites et grandes misères du goulag, il n’y a pas de critique politique ouverte mais juste la description de la vie du camp. L’ironie permanente qui imprègne le style réduit sans doute l’aspect terrible de cet environnement pour celui qui ne connaît pas l’Histoire soviétique, mais lui donnera peut-être l’envie d’en savoir plus.

Péan Pierre, ‘La République des Mallettes – enquête sur la principauté française de non-droit’.

Sortie : 2011, Chez : Fayard. Nouvelle enquête de Péan sur les coup-fourrés de la République : elle fait froid dans le dos et narre la mise en orbite sous les dorures de l’Etat d’un délinquant sarcellois qui à force d’entregent, de culot, d’ambition et de séduction aurait réussi à s’imposer comme intermédiaire dans nombre de contrats publics d’armement, à encaisser, détourner, rétro-commettre de fabuleux montants de commissions recyclées dans les porcheries de notre beau pays. On imagine que ce qui est écrit peut être vrai bien que non vraiment étayé par l’investigateur. D’ailleurs on ne sait toujours pas bien ce qu’est un « intermédiaire en contrats d’armement », ce qu’il fait en arrivant au bureau le matin ? On comprend vaguement que la gente politique s’encanaille en fréquentant des loubards affairistes qui règlent parfois leurs comptes à coups de flingue et à qui Elle fait réaliser ses basses œuvres. Tout ici n’est que dépravation, ambition, tape-à-l’œil et machiavélisme, donnant une bien piètre image des princes sui nous gouvernent. Peut-être que la Politique ce n’est pas que ça ?