La Russie impériale

Nous l’avions déjà dit dans ces lignes : L’Ukraine, une mine d’emmerdements à [très-très] long terme. Ce diagnostic semble hélas se confirmer. Il y a maintenant des morts, des excès, du populisme de tous bords et les armes qui parlent. La Russie appuie sur les incohérences occidentales, ressort le traumatisme de la création du Kosovo ou de celle du Soudan du Sud, le ministre des affaires étrangères est même remonté jusqu’au rattachement de Mayotte à la France, pour arguer que l’on ne peut pas empêcher les ukrainiens de l’Est de vouloir être indépendants ou russes.

Au niveau du droit la Russie n’est pas tort. Au niveau de la forme elle agit comme à son habitude. Elle n’a pas le temps d’attendre des processus onusiens ou démocratiques qui de toute façon aboutiront au même résultat, alors elle s’installe comme un éléphant dans un magasin de porcelaine… La Crimée est redevenue russe et le restera. L’Est de l’Ukraine devrait finir un jour ou l’autre de la même façon, soit par la guerre, soit par un processus électoral ; soit par une séparation formelle de Kiev, soit par un statut fédéral provisoire.

Et de toute façon le problème de fond ne porte pas vraiment sur ces bagarres territoriales, mais plutôt sur savoir qui va payer pour redresser l’Ukraine de la faillite dans laquelle elle se trouve suite à la gestion désastreuse de ses dirigeants depuis l’éclatement de l’Union soviétique (et même avant d’ailleurs) ? Alors que le pays soit en un ou deux morceaux, voire plus, ne changera pas grand-chose à l’addition qui va être présentée sous peu aux bailleurs de fonds, et qui risque d’être très douloureuse. Comme on ne peut pas dire que les derniers mois aient permis d’identifier un dirigeant visionnaire et rassembleur, nous allons encore entendre parler de l’Ukraine à la rubrique des catastrophes pendant longtemps encore.

Les dépenses publiques toujours à la hausse

L’assemblée nationale s’est prononcée sur le projet de programme de stabilité pour 2014-2017. Il s’agit en gros de savoir sur quelles lignes budgétaires la République va économiser 50 milliards d’euros sur les trois années à venir. Il n’est pas réellement question de baisser les dépenses mais plutôt de ralentir le niveau de progression par rapport à une tendance structurelle à la hausse.

Lire le résultat du vote sur : Analyse du scrutin n° 786

L’opposition est ennuyée par ce programme qui répond à ses souhaits affichés depuis qu’elle est dans l’opposition… mais nous sommes en France et on ne va quand même pas changer nos déplorables habitudes claniques et la droite ne va pas quand même pas voter pour la gauche ou alors le zouave du pont de l’Alma va se mettre en maillot de bain et plonger dans la Seine ! La position officielle de l’opposition est que les économies en « coups de rabot » ne sont pas bonnes sans réformes structurelles. Rappelons quand même ici le séminaire de l’équipe dirigeante de l’UMP en décembre dernier qui assénait un objectif d’économie de 130 milliards en 5 ans, sans plus de détails sur la façon d’y arriver.

Bien sûr ces réformes structurelles sont nécessaires mais nous somme en France et nous savons bien qu’elles sont longues, douloureuses, toujours atténuées dans leurs effets par les corporatismes, les égoïsmes et la perte totale de sens de l’intérêt général qui affecte notre République ; alors démarrer par des baisses autoritaires (le fameux coup de rabot) n’est pas mauvaise en soi, elle permet de démarrer les économies. Il sera toujours temps de travailler sur les réformes structurelles en même temps ou plus tard.

Le vote d’aujourd’hui à l’assemblée nationale est intéressant : 265 pour, 232 contre et 67 abstentions.

  • Groupe socialiste – 291 membres : 242 pour, 3 contre et 41 abstentions dont quelques pointures comme Pascal Cherki (député-maire de Paris XIVème), Henri Emmanuelli, Jérôme Guedj, Christian Paul… Ils n’ont pas osé voter contre car le chef du PS avait laissé entendre qu’ils auraient pu être exclu du parti dans ce cas, courageux mais pas téméraires…
  • Groupe UMP – 198 membres : 1 pour, 192 contre et 3 abstentions. Le franc-tireur est Frédéric Lefebvre, ex-sous-ministre de Fillon, affichant en permanence des cheveux longs et gras, s’étant rendu célèbre dans une interview où on l’interrogeait sur ses goûts littéraires en confondant la marque Zadig & Voltaire avec l’écrivain Voltaire… Le garçon doit nous faire une rébellion post-adolescente.
  • Groupe UDI – 29 membres : 3 pour, 7 contre et 17 abstentions. Le franc-tireur est Frédéric Lefebvre, ex-sous-ministre de Fillon, affichant en permanence des cheveux longs et gras, s’étant rendu célèbre dans une interview où on l’interrogeait sur ses goûts littéraires en confondant la marque Zadig & Voltaire avec l’écrivain Voltaire… Peut-être n’a-t-il pas bien compris pour quoi il votait ?
  • Groupe Ecologiste – 17 membres : 3 pour, 12 contre et 2 abstentions.
  • Etc.

Il y a finalement assez peu de traîtres ayant voté contre leur camp. Il y a des mous qui se sont abstenus. Ils ne seront pas fusillés à la libération, on les rasera, seulement…

Le coq caquètte

Laurent Wauquiez, jeune coq de la droite, ex-sous-ministre de l’emploi, compare la France d’aujourd’hui à la République de Weimar, laissant ainsi croire que le gouvernement socialiste actuel mènera le pays aux mêmes errements que l’Allemagne des années 30. Par ailleurs il sort un bouquin prônant le retour à une Europe à six membres et la sortie de la France des accords de Schengen. Ce garçon est décidément tout en nuances, il ira loin !

Les députés PS écrivent

Le député socialiste est un animal qui écrit beaucoup en ce moment face à la perspective de devoir contrôler les dépenses publiques, c’est-à-dire d’annoncer à leurs électeurs qu’il va falloir se serrer la ceinture.

100 députés ont signé une lettre prônant un « contrat de majorité » dans un charabia en langue de bois en chêne massif se concluant par « Ne laissons pas s’installer de faux clivages entre les « cigales » et les « fourmis » ; mais nous savons aussi que jamais la France ne se redressera dans l’austérité et en laissant exploser le chômage et les inégalités. » En gros, on fera des économies, mais plus tard.

Lire la lettre des 100 députés : La lettre des 100

Et dans la foulée, après la communication du premier ministre le 16 avril sur les 50 milliards d’euros d’économie à réaliser sur trois ans, 11 députés (également signataires de la lettre précédente) ont commis une nouvelle missive, adressée cette fois-ci au premier ministre, ressassant les mêmes théories et aboutissant aux mêmes conclusion : on économisera, mais plus tard.

Lire la lettre des 11 députés : La lettre des 11

Hélas, il n’est plus temps de reculer encore le retour à des mesures d’économie, il faut en passer par là, et maintenant. D’ailleurs le nouveau gouvernement a reçu une fin de non-recevoir européenne à sa requête de retarder le retour à un taux de déficit de 3% du produit intérieur brut.

La démocratie en Orient

En Algérie un président malade, et manifestement incapable d’exercer le pouvoir, est réélu au premier tour d’une élection sans doute un peu fraudée mais pas au point de remettre en cause le résultat de l’élection. En Syrie, pays en pleine guerre civile avec 150 000 morts depuis trois années, le président annonce des élections présidentielles pour le mois de mai. En Afghanistan un premier tour a qualifié deux candidats pour le deuxième tour des présidentielles alors qu’il est plus probable qu’un pouvoir taliban balaiera sous peu cet ersatz de démocratie (dès le départ des troupes occidentales en fait, dans les mois à venir).

On ne peut s’empêcher de penser que ces tentatives de singer la démocratie occidentale ne sont là que pour faire plaisir… à ces démocraties occidentales mais sans véritablement changer grand-chose localement. Au moins quand il s’agit de la Chine ou de la Russie, personne ne va chercher à leur imposer leur régime politique. Quand on est puissant, on est puissant ! Mais on se demande vraiment si cela sert à quelque chose d’aller imposer des élections en Afghanistan ?

Faillites en Corse

Nos amis corses continuent à faire des leurs. L’assemblée de Corse a adopté en ce mois d’avril 2014 par 29 voix contre 18, et 4 abstentions, un rapport sur la protection du patrimoine foncier qui annonce la création du statut de « personne attachée au territoire corse ». Il s’agit en gros de limiter le droit d’acquérir des résidences à des personnes non-attachées au territoire corse ne pouvant pas justifier de « l’occupation effective et continue d’une résidence principale située en Corse, durant une période minimale de cinq années. » Si jamais la Constitution française et le droit européen acceptait une entorse de ce type à la liberté d’établissement, la morale voudrait que l’on prenne immédiatement une mesure réciproque qui limiterait pour les personnes attachées au territoire corse leur droit d’acquérir une résidence hors de Corse si elles ne peuvent pas justifier de « l’occupation effective et continue d’une résidence principale située dans le département où elles veulent acheter, durant une période minimale de cinq années. »

Et pendant ce temps le feuilleton de la SNCM se poursuit. La compagnie maritime exsangue, à moitié en faillite, toujours entre deux grèves, affichant un conflit ouvert entre sa direction et l’actionnaire principal, sous le coup d’une condamnation européenne à rembourser 440 MEUR de subventions reçues du contribuable français et jugée contraire aux règles de libre-concurrence, la SNCM donc est à nouveau au bord du dépôt de bilan. Mais de toutes parts fusent les injonctions à l’Etat « de prendre ses responsabilités », c’est-à-dire de faire payer le contribuable nationale avant le naufrage final, sans s’inquiéter cette fois-ci de savoir si ledit contribuable est une « personne attachée au territoire corse ».

Cette société anciennement publique avait été mal privatisée sous un gouvernement Chirac. Comme personne n’en voulait, l’Etat avait finalement mis au point un montage où il gardait 25% du capital, où un groupement entre Veolia (privée) et la Caisse des dépôts et consignations (publique) prenait 66% et le personnel avait les 9% restant. Comme c’était à craindre cette société est restée ingérable, par le secteur privé comme public, la pétaudière ambiante s’est aggravée et l’on revient toujours faire manche chez le contribuable national. Economiquement il faudrait fermer cette compagnie et favoriser une saine concurrence entre vraies sociétés maritimes privées comme il en existe tant sur la Méditerranée. Mais la Corse est la Corse, et jusqu’ici elle a toujours réussi à faire payer la République pour maintenir ses spécificités. Il est à craindre que cela ne continue encore longtemps…

Traditions religieuses et escroqueries intellectuelles

Deux papes décédés vont être déclarés « Saint » par le Vatican. Rappelons que pour prétendre à ce qualificatif il faut avoir accompli au moins deux miracles reconnus par l’Eglise.

Jean-Paul II

  1. Il a guéri une religieuse française atteinte d’une maladie dégénérative,
  2. Puis il a fait disparaître en 2011 l’anévrisme incurable dont souffrait une Costaricienne le jour de sa béatification (alors qu’il est mort depuis 2005).

Jean XXIII

  1. Eh bien pour lui l’Eglise fait une exception et il n’a qu’un seul miracle à son palmarès : une religieuse guérie d’un cancer de l’estomac en 1966.

On aurait peut-être pu aussi faire de Jean-Paul II un saint mono-miracle plutôt que de lui attribuer la guérison d’un anévrisme costaricien alors qu’il était déjà dans la tombe. Ces deux garçons ont sûrement été de bons papes, ils ont fait leur boulot, leur patron et leurs clients doivent être contents de leurs services. Leur canonisation est dans l’ordre des choses et prévue dans le règlement intérieur de l’Eglise, très bien. Ne pourrait-on pas moderniser un peu la procédure et pourvoir les élever au rang de Saint sans devoir en passer par le décompte un peu ridicule de leurs miracles ?

Exposition Robert Mapplethorpe au Grand Palais

Des photos de corps et de nus, de noirs et de blancs, en noir et blanc, un peu lassant. Pas évident de voir en Mapplethorpe le si grand artiste que signale la documentation de l’exposition, un bon photographe certainement, et surtout l’ami de cœur de Patti Smith dans les années Chelsea Hotel des 70’s new-yorkaises, période sur laquelle Patti a écrit un si émouvant journal : Just Kids. Un temps si fructueux et libéré, qui a semé la mort dans les rangs de ceux qui l’ont vécu mais aussi une formidable créativité dont Mapplethorpe fut l’un des hérauts.

La France place ses armes

La France va livrer des armes « sophistiquées » aux milices officielles kurdes pour lutter contre les barbus de l’Etat Islamique en Irak et au Levant. Après la déroute de l’armée officielle iraquienne qui au passage a abandonné en masse à l’ennemi des armes également sophistiquées fournies par les Etats-Unis. Ironie de l’Histoire, voici l’Occident qui réinvestit dans ce Moyen-Orient déprimant pour soutenir militairement des milices d’une région quasiment autonome d’un gouvernement officiel irakien qui reste en principe le seul interlocuteur de la communauté internationale mais qui se révèle complètement défaillant à tous égards. Les ennemis de nos ennemis sont nos amis dit le dicton, qui n’ajoute pas pour combien de temps…

Les Kurdes et les Irakiens se détestent (le régime de Saddam Hussein a gazé des villages entiers en son temps), ils ont pour le moment un objectif commun : empêcher l’Etat Islamique de conquérir tout le pays. Espérons qu’ensuite ils ne retourneront pas leurs armes sophistiquées, fournies par l’occident, les uns contre les autres. Ce serait le bouquet final de la défaite occidentale dans cette région.

Ségolène Royal : le retour

Qu’est ce qui peut pousser un chef de gouvernement à reprendre Ségolène Royal comme ministre ? Elle n’a jamais surperformé dans ses fonctions ministérielles précédentes, elle n’est pas même élue député, ses camarades socialistes dans leur grande majorité au mieux se moquent d’elle au pire la traitent d’incapables, elle est un peu nunuche sur les bords, elle a zéro capacité de nuisance, ne dispose pas vraiment d’un vaste mouvement de soutien populaire et pourtant elle se retrouve ministre de la République.

C’est incompréhensible. A quoi peut bien donc servir une Ségolène Royal dans un gouvernement ?

Création de valeur et bla-bla-bla…

Beau programme, modèle de langue de bois en chêne massif ! Et notre flamboyant pédégé moustachu cherche à poursuivre son application puisqu’il est en train de faire modifier les statuts de son entreprise pour repousser la limite d’âge qui l’empêcherait de rester en poste.

Le garçon n’est d’ailleurs plus en grande forme ! Qu’on en juge par les chiffres publiés sur : Total- Résultats-2013 :

En millions EUR 2013 2012 Variation
Chiffre d’affaires 189 542 200 061 -5,3%
Résultat net 8 661 10 756 -19,5%

 

Uns nouvelle couverture pour Paris-Match

Le nouveau premier ministre français Manuel-Valls-qui-pose-dans-Paris-Match-comme-une-starlette annonce sa volonté de démonter l’organisation territoriale de la République pour la rendre plus simple et, surtout, moins coûteuse. Il faut diminuer le nombre des régions et des départements, tout le monde est d’accord mais à condition de commencer chez le voisin. Le projet de Valls a immédiatement déclenché le défilé des pleureuses annonçant les pires catastrophes en cas de disparition de leurs collectivités. Des sénateurs vieillissants et cumulards détaillent leur opposition à un tel projet, des députés de droite comme de gauche scient consciencieusement les branches sur lesquelles ils prospèrent depuis des années et crient leur projet de rester figés et accrochés à leurs prébendes territoriales.

Ce projet de réforme indispensable, lancé sous le précédent gouvernement, en partie remis en cause par le gouvernement actuel à son arrivée au pouvoir (suppression des conseillers territoriaux avant même qu’ils n’existent dans les faits) devrait en principe rencontrer l’unanimité nationale pour peu que les petits intérêts personnels des uns et des autres puissent être balayés par l’intérêt de la République. Ce n’est pas gagné.

Et une Ségolène, une !

Ségolène Royal, 61 ans, mère des quatre enfants qu’elle a eus avec le président de la République, est membre du nouveau gouvernement français. On se demande bien ce qui a pu pousser à une telle décision. Un peu nunuche, plutôt démagogique, pas vraiment techno, ni plus novatrice, il est peu probable qu’elle soit d’un apport majeur pour la République, et pourtant elle est revenue. Cela ressemble un peu aux arrangements entre copains et coquins !

La force des membres de ces corporations est d’arriver à faire croire qu’ils sont indispensables, ou que leur capacité de nuisance est forte. C’est le même genre de situation dans le monde de l’entreprise où l’on voit des pédégés faire modifier les statuts de leurs entreprises pour rester en poste (cas de Total en ce moment dont le chef est atteint par les mesures d’âge) ou des traders-fraudeurs justifier de rémunérations gigantesques sous peine de partir à la concurrence.

La vérité est que toutes ces élites sont aisément interchangeables mais réussissent à faire croire le contraire. Ségolène Royal, ministre il y a 22 ans en est le parfait exemple, hélas !

Les requins se dévorent entre eux

La bataille pour le rachat de l’opérateur téléphonique SFR se poursuit et risque de finir devant les tribunaux. Bouygues, à qui l’affaire a échappé n’est pas content et l’option retenue, le rachat de SFR par Numéricable, va maintenir quatre opérateurs pour se partager le gâteau. La concurrence accrue advenue avec l’arrivée d’un quatrième opérateur sur le marché français a forcé la bande des trois à baisser ses prix, et donc ses profits. Des économistes mondains affirment que quatre opérateurs de peuvent pas survivre en France. Les consommateurs et leurs associations se réjouissent du maintien de quatre opérateurs qui pèsent ainsi sur les prix.

Le débat fait sourire : on ne sait pas vraiment si une situation à quatre n’est pas viable, aucun chiffre n’est avancé. Est-ce qu’elle entrainerait seulement une baisse des profits ou est-ce qu’elle poserait de véritables problèmes de survie pour l’un des quatre ? Il est sûr qu’il est potentiellement plus difficile de s’entendre à quatre qu’à trois, mais si l’on en croit les lois du marché, celui-ci devrait être le juge de paix et, soit faire tomber le ou les opérateurs de trop, soit faire perdurer une saine situation de concurrence ce qui est tout de même l’Alpha et l’Omega du libéralisme si cher à notre vieille Europe !

Nous n’avons pas vu à ce jour d’analyse chiffrée montrant que quatre opérateurs ne pourraient pas prester leurs services dans de bonnes conditions et être au rendez-vous des programmes d’investissement substantiels des prochaines années avec la 4G, 5G et technologies à venir. Par contre, on a clairement vu la chute des cours de bourse des opérateurs téléphoniques dont les profits, et donc la valeur boursière, ont baissé suite à cette concurrence forcée. Ça c’est un vrai problème pour les chefs d’entreprises concernés qui préfèrent se séparer de leurs activités de téléphonie plutôt que de les garder avec une rentabilité moindre. C’est la raison pour laquelle Vivendi a mis SFR en vente, et c’est sans doute celle pour laquelle l’avenir de Bouygues Telecom est incertain : non pas parce que ces entreprises ne sont pas viables, mais parce que leurs rentabilités en baisse diluent celles de leurs propriétaires. Ainsi vont les dures lois du capitalisme !

La France au coin

Le nouveau gouvernement s’apprête à rejoindre Bruxelles pour expliquer qu’une nouvelle fois les engagements français en matière de déficit budgétaire ne pourront pas être tenus. Après Chirac qui a balancé les critères de Maastricht à la Seine (avec l’aide, il est vrai, de l’Allemagne qui se trouvait dans la même situation mais pour de bonnes raisons, celles de la réunification), Sarkozy qui a obtenu un délai pour revenir à un taux de déficit budgétaire de 3% du produit intérieur brut en 2006 ou en 2007, Hollande qui en a obtenu un nouveau en 2012, voici Manuel Valls qui part faire la manche auprès de l’Union européenne pour demander un report additionnel. Cela promet des débats animés et des amertumes prononcées.

Au boulot

Un nouveau gouvernement en France, d’anciennes et de nouvelles têtes, le microcosme rive-gauche agité par comprendre qui a gagné qui a perdu, par savoir si le nouveau chef des ministres est communicant, politique ou les eux ! Mais la seule question qui vaille n’est pas posée : sur quelles lignes de dépenses publiques vont porter les réductions annoncées de 50 milliards d’euros des trois prochaines années.

The Stranglers – 2014/04/07 – Paris l’Olympia

The Stranglers à Paris à l’occasion du quarantième anniversaire de leur formation, c’et le Ruby Tour, à l’Olympia et filmé par Arte, excusez du peu pour un groupe rebelle !

La même équipe habillée de noir : JJ, Dave (qui a inscrit sur de a face de ses claviers visible du public « No fromage, no concert ! »), Baz et le batteur remplaçant de Jet (toujours présent sur les affiche mais absent sur scène) ; quatre cadre stylés peinture classique avec écrans électroniques à l’intérieur diffusant de l’image stranglerisée (y compris de vieux films comme les stripteaseuses sur le live d’époque de Nice ‘N’ Sleazy) ; une set-list idéale revenant avec bon goût sur ces quarante dernières années de nos vies musicale ; les fans anglais habituels avec bière et T-shirts vintage ; bref une magnifique soirée qui n’eut que l’inconvénient de nous rappeler le temps qui passe.

Après la ritournelle de Valtzinblack qui annonce leur entrée, ils attaquent sur Toiler on the Sea et No More Heroes (habituellement réservé au rappel) et on adore. Suivra assez rapidement un magnifique enchaînement parlé-chanté, JJ sur La Folie et Baz sur Midnight Summer Dream, deux chansons au romantisme noir, plutôt rarement chantées sur scène :

Woke up on a good day/ And the world was wonderful/ A midnight summer dream had me in its spell/ I dreamt about an old man/ Sat and watched the rain all night/ He couldn’t sleep a wink as all the drops fell/ He told me of the beauty/ Hidden in our foreheads/ He told me of the ugliness/ We show instead…

Et pendant que se déroule ce rêve estival la panthère stylisée de Feline bondit entre les quatre écrans. Reconnaissante et émue, la foule chantera Happy Birthday à ses héros musiciens.

S’en suivent des classiques hargneux mais toujours adoucis d’une once d’ironie comme une reprise de Dionne Warwick entre Nice ‘N’ Sleazy et Duchess ! Le show se termine sur Hanging Around et le rappel reprend sur Norfolk Coast et Something Better Change, du sérieux donc. Et quand les lumières se rallument la musique étrange de Meninblack diffuse dans la salle pour accompagner notre sortie.

Les Stranglers ont notre âge, c’est triste, mais quel réjouissant spectacle de constater qu’à notre différence, ils n’ont rien lâché.

Setlist : 1. Toiler on the Sea/ 2. No More Heroes/ 3. Was It You?/ 4. Threatened/ 5. Summat Outanowt/ 6. Peasant in the Big Shitty/ 7. Peaches/ 8. La Folie/ 9. Midnight Summer Dream/ 10. Golden Brown/ 11. Always The Sun/ 12. Thrown Away/ 13. Never To Look Back/ 14. Nuclear Device (The Wizard of Aus)/ 15. Skin Deep/ 16. Time to Die/ 17. Lowlands/ 18. Nice ‘N’ Sleazy/ 19. Walk on By (Dionne Warwick cover)/ 20. Freedom Is Insane/ 21. Duchess/ 22. Five Minutes/ 23. Hanging Around
Encore : 24. Norfolk Coast/ 25. Something Better Change/ 26. All Day and All of the Night (The Kinks cover)
Encore 2 : 27. Tank

Privilégier le multilatéralisme

C’est le vingtième anniversaire du génocide rwandais contre tes tutsis et le pouvoir en place continue à distiller les accusations contre la France qui aurait participé à la préparation et à l’exécution de ce terrible génocide rwandais contre les tutsis. On reste assez incrédules face à un tel soupçon : comment est-il même concevable que des français, qui plus est l’armée, aient pu massacrer des tutsis au bout de l’Afrique dans les années 90 ? Et pour quoi faire ?

A défaut de preuves patentes d’une telle participation il reste avéré que la France a soutenu, y compris militairement, le gouvernement rwandais de l’époque dans le cadre d’accords de coopération comme notre pays a eu le tort d’en signer avec toute une palanquée de pays africains. Ce gouvernement était hutu, l’ethnie majoritaire, et sans doute mieux élu que bien dans bien d’autres pays du continent. La France avait-elle des indices que ce gouvernement, ou tout au moins sa frange extrémiste, concoctait l’extermination de sa minorité tutsi ? Cela parait difficile à imaginer. Les citoyens optimistes tableront plutôt sur une vaste incompétence du monde diplomatico-humanitaire qui n’a pas su anticiper ce génocide ni stopper quand il le fallait la coopération avec un Etat pré-génocidaire. Peut-être une partie plus réaliste de ces diplomates pensait pouvoir amener à une meilleure coopération entre hutus et tutsis ? Ils ont à tout le moins été bernés.

La conclusion première de tout ceci est qu’il ne faudrait en aucun cas soutenir bilatéralement quelque régime que ce soit, au sud de Marseille ni à l’est de la ligne Oder-Neisse… mais laisser cette tâche aux institutions multilatérales pour au moins partager la responsabilité en cas de dérive. C’est plus facile à dire qu’à faire, parfois moins efficace. La gestion du démantèlement de la Yougoslavie a été menée au niveau multilatéral et européen, avec du bon et du tragique, mais sans doute de la moins mauvaise façon possible compte tenu des intérêts des différents Etats engagés : les français pro-serbes, les allemands pro-croates, les russes pro-salves, etc. Et finalement les principaux protagonistes de ces conflits fratricides se sont retrouvés à un moment ou à un autre devant la justice internationale.

L’implication directe et bilatérale de la France hier au Rwanda, aujourd’hui au Mali ou en Centrafrique est une source de difficultés, peut-être pavée de bonnes intentions, mais des voies solitaires à éviter en cette époque mondialisée où n’importe quel tweet en 140 signes peut faire tomber un gouvernement et diffuser la rumeur.

La pétaudière encore et toujours

Un nouveau gouvernement français est en gestation, les médias ne s’intéressent qu’aux questions de personnes, au casting, plutôt qu’à la politique sujet fort peu vendeur sur les journaux télévisés. Regardons un peu les chiffres de résultats de ces élections tels que publiés par le ministère de l’intérieur.

Lire les résultats sur : Municipales 2014

Certes, 155 municipalités ont changé de couleur mais que l’un dans l’autre la France est toujours divisée en deux, à part à peu près égales entre les partis « républicains ».

Si l’on additionne d’une part « PS+Union Gauche » et « UMP+Union Droite » on obtient respectivement 2 761 505 voix (27,6% des suffrages exprimés) pour les roses et 2 697 963 voix (27,0% des suffrages exprimés) pour les bleus.

Si on fait le même calcul en ajoutant les divers gauche aux roses et les divers droite aux bleus tu obtiens respectivement : 3 926 162 voix (39,2% des suffrages exprimés) pour les roses et 4 366 298 voix (43,6% des suffrages exprimés) pour les bleus.

Le Front national a emporté 3,99% des suffrages exprimés, ce n’est pas à la hauteur de la couverture médiatique qui en est faite par des journalistes racoleurs.

Après-ça les jeux habituels d’alliances et le scrutin proportionnel de listes font que des majorités ont changé dans des conseils municipaux mais au total les écarts de voix, et donc de nombre de conseillers municipaux de chaque couleur, ne sont pas gigantesques. Simplement si on a 50%+1 conseiller municipal c’est la majorité au conseil municipal et tout le pouvoir, si on a 50%-1 il y a des élus mais plus de pouvoir.

Tout ça pour dire que, hélas, la France n’a pas résolu son problème fondamental de « lutte des classes » : quand on est au Café du commerce, sur dix pochtrons accoudés au zinc il y en a :

  • 3,9 qui sont restés au bistrot plutôt que d’aller au bureau de vote
  • 2,7 qui ont voté « bleu »
  • 2,4 qui ont voté « rose »
  • 1,0 qui a voté « extrême » droite ou gauche

En termes de voix exprimées ce n’est ni un raz-de-marée, ni un Trafalgar, c’est juste une France-pétaudière et ingouvernable, comme toujours.