Les Khmers rouges au tribunal de l’Histoire

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Au Cambodge, les deux dirigeants khmers rouges survivants viennent d’être condamnés à la prison à perpétuité : Nuon Chea et Khieu Samphan. Ils ont respectivement 88 et 83 as, ont fait appel du jugement et ne passeront sans doute pas beaucoup de temps en prison. Le gouvernement cambodgien ne souhaite pas aller plus loin dans le jugement des responsables du génocide khmer. Il faut dire que le premier ministre est lui-même un ancien officier subalterne khmer rouge et que d’autres khmers rouges ont intégré l’administration du pays. Le tribunal mixte constitué entre l’Onu et la Cambodge pour juger de ce génocide avait déjà été très compliqué à mettre en œuvre.

Après tout, restons en à ces deux personnages pour peu qu’ils soient effectivement condamnés afin de clôturer l’un des plus sinistres épisode politique et génocidaire de la seconde moitié du XXème siècle. Il est fascinant de voir comment ce malheureux petit pays a d’abord été copieusement bombardé par les forces américaines dans les années 60/70, en lutte contre le Vietnam du Nord communiste, puis s’est livré à l’expérience des Khmers Rouges pour quatre terribles années à partir d’avril 1975 avant d’être chassés du pouvoir par le Vietnam en 1979.

Une clique d’intellectuels maoïsants, souvent formés dans les universités françaises (Khieu Samphan est diplômé de la Sorbonne), ont appliqué méthodiquement leur culture mao : vider les villes (dès le lendemain de leur installation aux commandes) et mettre les urbains dans les champs, créer l’Homme nouveau en expurgeant ses tendances bourgeoises à force de rééducation, massacre des récalcitrants, etc. Et tout ceci abouti au massacre de deux millions de personnes, un quart de la population, en quatre ans. Le tout sous le regard de la communauté internationale, plutôt indulgente, au début de l’expérience en tout cas. Comme toujours avec les régimes totalitaires, les Khmers Rouges arrivent à faire participer une partie du peuple à son propre génocide, c’est la caractéristique du Mal !

Une partie de l’intelligentsia française (dans les années 70’s, Sartre est toujours très actif sur les restes de la Gauche Prolétarienne) fut intéressée par cette expérience que certains auraient voulu approcher en France. Même dans leurs rêves les plus fous, ils n’auraient pas imaginé un contexte plus parfait pour l’application d’un maoïsme pur et dur. Il s’en suit une coupable indulgence à l’encontre d’un régime qui s’avèrera génocidaire. Même Le Monde a chroniqué favorablement l’installation des Khmers Rouges au pouvoir.

Il est vrai qu’il est toujours facile de refaire l’Histoire après coup. On ne pouvait pas, en 1975, parier sur le génocide. On pouvait en tout cas savoir qu’un gouvernement d’idéologues est toujours générateur de dérives, on le voit encore aujourd’hui, hélas ! Le plus terrible dans cette affaire est que les Khmers Rouges continuèrent des années durant à être reconnus comme seuls représentants officiels du Cambodge, même après leur chute, car la communauté occidentale ne voulait pas leur substituer un gouvernement mis en place par le Vietnam communiste…

Le génocide Khmer est aussi un avatar de la lutte de l’époque contre le communisme international, d’où l’engagement américain (et de leurs alliés) au Vietnam. Le communisme s’est (presque totalement) effondré en 1989 mais cette victoire a été obtenue aux prix de sévères déroutes sur la planète, dont l’arrivée de pouvoirs communistes dans les années 70’s dans nombre de pays en Asie et en Afrique.