Delbo Charlotte, ‘Auschwitz et après – III. Mesure de nos jours’.

Sortie : 1971, Chez : Les Editions de Minuit. Sans doute le volume le plus bouleversant des trois tomes de « Auschwitz et après » ! Les deux premiers parlaient de l’horreur des camps et décrivaient l’instinct de survie de l’auteur. « Mesure de nos jours » raconte l’après, le retour à la vie normale, la gestion du souvenir dans un environnement de gens qui n’ont pas connu Auschwitz. L’étrange sentiment que l’expérience vécue vous a porté dans un monde à part de celui des humains et puis cette insondable amitié-solidarité avec celles qui en sont aussi revenues, et ce jusqu’à la fin des temps. Après les premiers jours du retour à Paris à la sortie de Ravensbrück, Charlotte Delbo parle, toujours avec cette douceur désespérée, de la vie d’après, la sienne et celles de certains de ses camarades, se mettant dans leur peau pour raconter. Celles qui se sont plongées dans l’hyperactivité, celles qui ont retrouvé une famille, celles qui n’en n’ont plus, celui qui a été accusé d’avoir trahi son réseau… Des tranches de vie de ces martyrs qui ont du continuer à exister quoi qu’il leur en ait couté. L’ineffaçable souvenir cauchemardesque de l’horreur qui marque le restant de leur vie.
« Quand on a regardé la mort/ à prunelles nues/ c’est difficile de réapprendre/ à regarder les vivants/ aux prunelles opaques »
« Ce que je veux dire quand je dis qu’ils ne comprennent pas, personne ne peut comprendre. Au moins doivent-ils savoir. »
« Je ne suis pas vivante. Je suis morte à Auschwitz et personne ne le voit. »
« Qu’il nous ait fallu une volonté surhumaine pour tenir et revenir, cela tout le monde le comprend. Mais la volonté qu’il nous fallu au retour pour revivre, personne n’en a idée. »

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