Le FigMag et la famille

Poussé au crime par son environnement, le chroniqueur éploré mais curieux a acheté le Figaro ce week-end dernier. Contre 4,80 EUR il reçut 5 kg de papier dont :

  • Le quotidien papier
  • Le Figaro TV
  • Le Figaro Madame
  • Un encart publicitaire Galeries Lafayette double-format
  • Le Figaro Magazine

Sans parler d’innombrables encarts petit modèle qui tombe des journaux comme les feuilles des marronniers parisiens en automne. La majorité des centaines de pages de ces 5 kg de papier est d’ailleurs dédiée à la publicité.

Dans son éditorial, le patron du Figaro Magazine, Guillaume Roquette expose sa théorie sur la politique anti-famille de la majorité actuelle, avec la subtilité propre au style de cet organe de presse. L’attaque est frontale contre l’annonce de la baisse des prestations sociales en faveur des familles, et plus exactement les mesures financières en faveur de la natalité qui consistent à faire subventionner les citoyens-parents par les citoyens-contribuables, les deux catégories ne se recouvrant pas forcément. Le projet prévoit la réduction de la prime versée pour le deuxième enfant et les suivants de 923,08 à 308,00 EUR. Elle resterait à 923,08 EUR pour le premier marmot. S’ajouteraient quelques mesures d’économie comme le décalage de 14 à 16 ans de la majoration des allocations familiales, la réduction de l’aide à la garde d’enfants à domicile, et autres. Il s’agit du projet de loi sur le financement de la sécurité sociale, il n’est pas encore voté par le parlement.

Bien entendu, comme pour toutes les corporations, celle du Figaro estime qu’il faut faire des économies, oui, mais ailleurs, pas là où elles sont actuellement proposées. C’est un classique en France. La seule chose que l’on peut affirmer avec certitude c’est que de politique de droite en politique de gauche, d’économies budgétaires pesant là, puis pesant ailleurs, la France plonge dans les déficits depuis 1974, année de son dernier budget en équilibre.

Plus fondamental, selon G. Roquette, cette baisse annoncée des prestations familiales n’est pas seulement un souci d’économie comme sur les autres lignes du budget de la République, mais une volonté délibérée de la majorité actuelle de s’attaquer à la famille pour en casser les ressorts, en enseignant la théorie du genre dans les écoles ou en promouvant la procréation assistée pour les homosexuels. C’est le retour d’une autre théorie, celle du complot contre la famille « 1 papa + 1 maman + des enfants ».

Les dépenses famille dans la loi de financement de la sécurité sociale 2014 s’élèvent à 59,2 milliards. Les économies à générer par ces mesures sont estimées à 700 millions, soit 1,18% des dépenses totales. On a vu plus violent comme politique anti-famille.

Il est possible qu’il existe des élus et des hauts fonctionnaires qui se réunissent dans des lieux tenus secrets pour s’interroger sur comment briser la famille, comment retirer les enfants à leurs familles, comment décourager la natalité, comment faire de l’homosexuel un l’Homme nouveau et radieux, comment manipuler les élus pour qu’ils votent des lois abolissant la notion de sexe, etc. C’est possible, mais c’est improbable, heureusement.

Ce qui est plus probable c’est qu’en désespoir de cause, le gouvernement actuel fait porter ses économies sur un ensemble de natures de dépenses, d’une façon qu’il estime équitable et dont nous verrons si elle est approuvée par le parlement à l’occasion de la discussion du projet de loi de financement de la sécurité sociale 2015. Rappelons que le plafonnement du quotient familial a été initié pour les revenus 2011 par le gouvernement Fillon et poursuivi par la majorité suivante.

Les prévisions de déficit 2014 de la sécurité sociale, toutes branches confondues, sont de 15,4 milliards d’euros (même niveau que l’an passé) qui s’ajoutent bien entendu au déficit des finances publiques estimé pour le moment à 87 milliards pour cette année.

Est-ce qu’une baisse de la subvention de 615,08 EUR pour le deuxième enfant découragera un nombre significatif de parents de concevoir un deuxième enfant ? Personne ne le sait vraiment en vérité, ni le FigMag ni les dirigeants à l’origine de cette mesure d’économie. L’avenir le dira si la mesure est mise en place.

Le FigMag propose quant à lui de ne pas toucher aux subventions en faveur de la famille mais d’appliquer plutôt le rabot sur le statut des fonctionnaires en rétablissant le jour de carence pour les arrêts de maladie, sur l’indemnisation du chômage des intermittent du spectacle qu’il faut réduire, sur le RSA qu’il faut revoir à la baisse, idem sur l’aide médicale d’Etat, « cette sécurité sociale des immigrés clandestins [SIC] », sur la gestion de l’UNEDIC, etc.

Ce sont de bonnes idées qu’il faudra aussi mettre en œuvre un jour, qui pourrait être prochain lorsque l’opposition actuelle aura une majorité à l’assemblée nationale et sera en mesure de voter les 150 milliards de baisse des dépenses publiques annoncées (cf. post du 30/09/2014). Car il en faudra des idées pour atteindre cet objectif, et de l’autorité pour l’imposer aux citoyens.

Allez, patience Monsieur Roquette, c’est pour bientôt. En attendant, profitez bien des subventions du contribuable pour l’équilibre financier de votre journal, et des niches fiscales de vos journalistes qui ne sont pas remises en cause dans le projet de loi de finance 2015 !

Le chroniqueur a de la bouteille, il sait les ravages humains et économiques auxquels peuvent mener des idéologies transformées en certitudes : il a entendu Jean-Paul Sartre soutenir l’expérience khmer rouge de Pol-Pot au Cambodge, il a vu le parti communiste français défendre les interventions soviétiques à Budapest, à Prague et à Kaboul, il a entendu Georges Marchais affirmer que le bilan soviétique est « globalement positif », puis des parlementaires traiter Simone Veil de chienne et de nazi lors du vote de la loi sur l’avortement, il a vu des banques vanter le marché tout en le manipulant par derrière, lu les agences de notation donner du AAA à Lehman Brothers la veille de sa faillite, il entend Kerviel-le-tradeur-fraudeur affirmer qu’il est la victime du système, etc. etc. Ils ont eu tort, mais on l’a admis après…

Le chroniqueur expérimenté sait où peuvent mener les idéologies et reste prudent, tout est possible. L’avenir dira si le gouvernement Valls du régime Hollande est animé d’une idéologie anti-famille et la volonté de casser la natalité en France. Il a pour le moment un peu de mal à y croire.

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