La Turquie comme la Géorgie

On se souvient de la Géorgie qui en 2008, dirigée par M. Saakachvili, n’avait rien trouvé de mieux que de déclarer la guerre à la Russie pour une sombre histoire de revendication territoriale. Son armée de pacotille avait bien sût été balayée en quelques jours par la puissance russe et l’Europe, alors présidée par M. Sarkozy, avait fait le petit télégraphiste pour essayer de calmer l’ours russe, ce qui fut fait après moult concessions dont la quasi indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, territoires revendiqués par la Géorgie bien que majoritairement russophones et russophiles. On eut des cauchemars a posteriori en songeant au fait que Tbilissi voulait intégrer l’OTAN et que si cette adhésion eut été réalisée, cette folie géorgienne eut mis l’alliance militaire occidentale en bien fâcheuse position face à Moscou !

L’Histoire se répète et aujourd’hui c’est la Turquie qui s’offre le luxe de mener des actions agressives contre la Russie en abattant un avion de combat russe qui aurait empiété sur son territoire lors d’une mission de bombardement sur la Syrie. Il est assez peu probable que ce chasseur Soukhoï menaçait Ankara et on aurait apprécié que la Turquie modère un peu ses réactions, ou à tout le moins les rende proportionnelle avec la menace. Il y eut deux pilotes russes tués lors de l’incident : l’un des deux équipiers de l’avion abattu et un deuxième lors de l’opération d’exfiltration du second pilote de l’avion.

Le problème est que, contrairement à la Géorgie, la Turquie fait, elle, partie intégrante de l’OTAN et que si Moscou ouvre les hostilités contre Ankara c’est l’ensemble des pays de l’alliance qui devront défendre la Turquie. Il serait utile que les coups de sang des dirigeants turcs soient mis sous contrôle d’autant plus que le rôle de ce pays dans la crise au Moyen-Orient mériterait par ailleurs un examen plus que critique.

Les mathématiques et la fiscalité

Nombre de citoyens et d’élus se sont récemment émus de ce que des mesures fiscales, prises en 2008 qui remettait en cause la demi-part des parents isolés lorsqu’ils n’avaient pas élevé un enfant seul pendant au moins 5 ans, devaient faire sortir de niches fiscales un certain nombre de contribuables qui y étaient installés. Les situations les plus décriées concernent des contribuables âgés qui sont devenus éligibles aux impôts locaux alors qu’ils en étaient auparavant exonérés, cette situation étant non pas provoquées par une augmentation substantielle de leurs revenus mais par la baisse, voire la suppression, de leurs avantages fiscaux.

Un dispositif a été inclus dans la loi de finances 2016 en cours de discussion parlementaire pour épargner ces primo-contribuables. En gros, on recrée les niches fiscales que l’on avait voulu faire disparaître. Les dépenses correspondantes seront financées par l’augmentation de la taxe sur le gazole. On transfère ce manque de recette (environ 400 millions d’euros par an) des contribuables qui rentrent à la niche vers les consommateurs de gazole qui sortent progressivement de la leur et qui vont donc payer plus. A défaut de savoir baisser les dépenses publiques, le parlement dans sa grande clairvoyance décidera au nom du Peuple français s’il est plus indiqué (moral ?) de faire payer les conducteurs de véhicules diesel plutôt que les personnes âgées à revenu modeste.

Le cas d’une personne âgée à revenu modeste et détenteur d’un véhicule diesel n’est pas clairement envisagé. En fait si cette personne roule peu elle y gagnera mais y perdra si elle consomme beaucoup de gazole pour faire fonctionner sa voiture.

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Le ressenti fiscal s’oppose souvent à la réalité mathématique. Par quelque bout que l’on prenne l’équation : diminuer des dépenses revient à… dépenser moins, ou, ce qui aboutit au même résultat en terme d’équilibre, supprimer des niches fiscales revient à… payer plus d’impôts pour ceux qui étaient à l’abri dans ces niches. Et tant que l’on ne sait pas comment réduire la dépense publique ces actions relèvent du jeu de bonneteau qui permet de transférer la charge d’une catégorie de contribuables vers les autres. Cette évidence mathématique est mal comprise par nos dirigeants et peu expliquée par les experts économiques de plateaux télévisés. Elle devrait pourtant constituer l’alpha et l’oméga de toute politique fiscale.

Pourquoi les filles ont-elles toujours froid ?

Enfin une réponse scientifique à ce grand mystère de l’humanité : pourquoi les filles ont-elles toujours plus froid que les garçons ? Vous avez certainement remarqué que dès qu’une femme s’assoit en été dans une voiture climatisée la première chose qu’elle fait est d’ouvrir la fenêtre pour aspirer de l’air chaud, ou que dans les bureaux modernes où règne désormais l’air conditionné les filles sont constamment en train de se plaindre du froid !

La rubrique Science du New-York Times nous donne une explication à ce phénomène de genre en résumant une étude théorisant que pour des raisons métaboliques diverses et variées un homme de 40 ans pesant 154 livres génère 35% de plus et plus vite de chaleur qu’une femme de corpulence et âge moyen. La formule de calcul est très simple à comprendre : PMV = [0.303e-0.036M + 0.028]{(M – W) – 3.96E-8ƒcl[(tcl + 273)4 – (tr + 273)4] – ƒclhc(tcl – ta) – 3.05[5.73 – 0.007(M – W) – pa] – 0.42[(M – W) – 58.15] – 0.0173M(5.87 – pa) – 0.0014M(34 – ta)}

Les systèmes de climatisation/chauffage des bureaux ayant été formatés sur base de cette formule et au temps où il y avait peu de femme dans les bureaux, cela explique qu’aujourd’hui où il y a grosso-mode 50% celles-ci y ont plus froid que les hommes. L’étude recommande de prendre en compte cette nouvelle répartition de genre dans les bureaux et donc de remonter la température moyenne ce qui, accessoirement, irait en faveur de l’écologie :

If you have a more accurate view of the thermal demand of the people inside, then you can design the building so that you are wasting a lot less energy, and that means the carbon dioxide emission is less.

En France il est de tradition que ceux qui ont froid emporte le morceau sur les autres dans les lieux publics ou les bureaux, hiver comme été. Lorsque le chauffage ou la climatisation sont réglables, les hommes galants desserrent leurs cravates et laissent les femmes prendre les commandes de la température. Et lorsqu’ils assurent un suivi scientifique de celle-ci à l’aide du mercure d’un thermomètre ils s’entendent généralement répondre : « ce thermomètre ne fonctionne pas bien ! ». L’éternel féminin est très éternel… et très féminin.

Richard Hawley – 2015/11/25 – Paris l’Alhambra

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Dix jours après les attentats religieux islamistes du Bataclan, Richard Hawley est à l’Alhambra, et nous aussi. Chemise à carreaux, blouson et pantalon de jeans, revers sur boots, mèche rebelle, l’homme à la guitare Gretsch déploie toujours la même élégance sous ses allures de cow-boy. Il est accompagné de quatre musiciens dont un deuxième guitariste et un claviériste. Ils viennent d’enregistrer Hollow Meadows, un disque doux et subtil dont ils vont picorer les morceaux au cours du concert, entrecoupé de retours à des standards plus anciens.

Richard joue comme d’habitude devant un pupitre qu’il n’a pas l’air de vraiment consulter. La musique coule et s’écoule délicieusement. Les morceaux sont rallongés par de brillants solos de guitare marquant le contraste avec la voix de velours du crooner britannique. Le son est comme calfeutré, même la guitare prend parfois des sonorités de six-cordes hawaïenne s’envolant vers les cocotiers et le ciel bleu.

Richard chante la mélancolie des amours perdus et la nostalgie du temps qui passe dans un monde qui n’est pas fait pour les romantiques comme dans Wich Way qui ouvre le show :

I’m learning to trust this time/ In the jungles of this life/ I’m asking which way do I go?/ Give me some directions please,/ Solid ground is all I need/ Won’t you tell me, which way do I go?/ Which way do I go?

Quelques solos bien sentis marquent un peu de révolte et rappellent que le garçon fut guitariste co-fondateur de l’un des groupes phares de la BritPop : Pulp. Issu de Sheffield ce groupe a donné un concert d’adieu en 2013 (après dix ans d’inactivité), Richard Hawley est toujours sur la route. Avant le final There’s a Storm Comin’ il s’exprime sur la terreur du Bataclan quelques jours plus tôt et salue Paris et les spectateurs de son concert.

Setist: Which Way/ Tonight the Streets Are Ours/ Standing at the Sky’s Edge/ I Still Want You/ Leave Your Body Behind You/ Sometimes I Feel/ Open Up Your Door/ Tuesday pm/ Time Will Bring You Winter/ Down in the Woods/ Don’t Stare at the Sun/ Heart of Oak/ There’s a Storm Comin’
Encore: Coles Corner/ The Ocean

MODIANO Patrick, ‘Dora Bruder’.

Sortie : 1997, Chez : Gallimard.

Modiano part à la recherche du souvenir de Dora Bruder, une jeune fille française et juive, durant la deuxième guerre mondiale. Il ne connaît que son nom et son adresse dans un hôtel du XVIIIème, un quartier où lui-même a passé sa jeunesse deux décennies plus tard. Lentement il remonte le fil de son histoire tragiquement terminée à Auswitch, comme tant d’autres.

De son école (catholique) à la fugue du domicile familial, de ses parents émigrés aux rapports de police, il va récolter les informations administratives concernant Dora et cette famille Bruder décimée. Il invente les morceaux qui manquent et en profite pour pérégriner dans ce Paris si familier en imaginant ce qu’il était quand Dora le parcourait.

30 ans après son premier roman, Patrick Modiano continue à nous charmer de son style nostalgique sur l’absence et l’époque révolue du Paris de l’occupation allemande. Dans Dora Bruder se percutent avec élégance ses propres souvenirs de jeunesse, la vie trouble de son père, juif et trafiquant, durant la guerre, le tiraillement entre les origines juives de l’auteur et son éducation catholique, et le sinistre destin de la famille Bruder.

Laurent Wauquiez toujours dans la nuance

La proposition de Wauquiez le cornecul, secrétaire général de Les Républicains, pour lutter contre le terrorisme religieux :

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En gros il propose de rouvrir des stades pour y enfermer « les ennemis de la République ». La dernière fois qu’un tel procédé a été mis en œuvre en France ce fut en 1942 et cela laissa quelques mauvais souvenirs. Une telle proposition émise par ce grand cornichon de Wauquiez, qui est quand même député-maire de la République et agrégé d’Histoire, pose le problème des limites de l’action d’une démocratie face à des acteurs utilisant contre elle des armes non démocratiques. C’est un vrai dilemme auquel les pays occidentaux sont aujourd’hui confrontés.

L’instauration de l’état d’urgence en France depuis les attaques terroristes religieuses du 13 novembre à Paris, qui ont fait 130 morts et des dizaines de blessés, a permis le lancement de milliers de perquisition extra-judiciaires. L’adoption de la loi « Police  et sécurité : renseignement » en juillet 2015 permet désormais le recours à des écoutes et captations de données informatiques, ainsi que la surveillance plus poussée des apprentis terroristes, y compris ceux déjà emprisonnés. Personne de vraiment sérieux ne conteste ces mesures dans le cadre des attaques terroristes en France et dans le reste du monde, mais les extrémistes religieux qui les mènent doivent se réjouir de ces coups de canif que s’infligent elles-mêmes les démocraties. Ils appliquent en effet le tristement célèbre principe des révolutionnaires maoïstes : « action, répression, révolution ». On provoque des actions terroristes qui vont déclencher une réaction répressive des Etats attaqués, réaction qui va pousser les peuples à lancer la révolution libératrice… Dans le cas d’espèce, la phase révolution est plutôt remplacée par l’espérance de l’apocalypse biblique.

Personne de sérieux ne s’oppose… disions-nous ! Pas tout-à-fait quand même puisque quelques députés ont voté contre la loi sur le renseignement lors du scrutin public du 5 mai du texte en première lecture. On note dans les votants contre quelques têtes connues comme Aurélie Filipetti (parmi les 10 votes négatifs du PS), Patrick Balkany, Bernard Debré, Patrick Devedjian, Claude Goasgen, Henri Guaino, Pierre Lellouche, Franck Riester, Thierry Solère (parmi les 35 votes contre de LR) ainsi que 11 écologistes sur un groupe de 18.

Si M. Wauquiez veut rouvrir les stades eh bien plutôt que d’envoyer des tweets programmatiques de 140 signes à Mme. Michu il va falloir qu’il convainc au moins la moitié de ses 576 collègues députés de voter une loi en ce sens, ou alors qu’il fasse un coup d’Etat et se transforme en dictateur pour passer au-dessus des lois. Tout est possible, par contre la seule chose qui est certaine c’est que les tweets de Laurent Wauquiez ne servent pas à grand-chose.

Warhol Unlimited

Andy_Warhol_shadows_2Exposition Warhol au Musée d’art moderne de Paris : les sérigraphies des boîtes de soupe, les séries de peintures de Jacky Kennedy, les autoportraits, les « screen tests », les « flowers », les 102 tableaux de « Shadows » (rarement exposés tous ensemble), les portrait Maos, le papier peint Vaches et bien sûr les pérégrinations du Velvet Underground dans le cadre des spectacles « The exploding plastic inevitable ». Une exposition très complète pour rappeler la moderne originalité de cet artiste inclassable, ironique et influent.

Si vous voulez tout savoir sur Andy Warhol, vous n’avez qu’à regarder la surface de mes peintures, de mes films, de moi. Me voilà. Il n’y a rien derrière. [ Andy Warhol – The East Village Other – 01/11/1966]

Etonnant !

Le ministère français de la défense a communiqué le 17/11/2015 à 8h05 :

Dans la nuit du 16 au 17 novembre 2015 à 1h30 (heure française), l’armée française a de nouveau mené un raid contre Daech – à Raqqah en Syrie. La force Chammal a détruit deux sites opérationnels de combattants terroristes.

Le raid était constitué de dix avions. Les équipages ont décollé à partir des bases situées en Jordanie et dans le Golfe arabo-persique (GAP) pour se rejoindre au-dessus de la Syrie. Réalisé en coordination avec la coalition, le raid aérien composé de six Mirage 2000 et quatre Rafale a frappé simultanément un centre de commandement qui abrite l’un des quartiers généraux de Daech, et un centre d’entraînement. Au total 16 bombes ont été délivrées…

16 bombes lâchées par 10 avions sur deux sites opérationnels… on s’étonne qu’il reste encore des sites opérationnels du groupe Etat islamique après plus d’un an et demi de bombardements syriens, occidentaux et maintenant russes sur cette malheureuse Syrie ! De quoi s’agit-il exactement ? Deux tentes de bédouins dans le désert ? Des bâtiments en dur ? Qu’est-ce que bombardent les avions de la coalition depuis 18 mois sinon les centres opérationnels ? Tout ceci reste est un peu mystérieux pour les citoyens que nous sommes.

A qui la faute ?

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Les responsables des attentats religieux de Paris vendredi dernier sont d’abord ceux qui ont appuyé sur la gâchette et tué 129 personnes (à ce stade). Ils sont présumés coupables d’assassinats. La justice des hommes ne pourrait pas en décider autrement s’ils avaient à y rendre des comptes, ce qui ne sera pas le cas puisqu’ils se sont soit suicidés à l’issue de leurs forfaits ou soit ont été tués lors de l’assaut des forces de polices.

Comme c’était à craindre la majorité des assaillants semblent citoyens français et portent des noms à consonance arabe. Il n’en faut pas plus pour qu’une frange de la population désigne « les étrangers » et les français « issus de l’immigration » comme responsables et de généralement ajouter un couplet sur « la gauche laxiste ». Réflexe naturel d’une population généralement senior qui ne reconnait plus sa France des villages de l’après-guerre et qui considère que si l’on stoppait l’immigration, plus exactement s’il n’y avait eu d’immigration, il n’y aurait pas de terrorisme religieux et la France somnolerait tranquillement à l’ombre de ses clochers.

Sans remonter aux origines de la colonisation, cette génération oublie généralement que c’est elle, et la précédente, qui a enrôlé les « tirailleurs sénégalais » dans les armées alliées au cours des deux dernières guerres mondiales puis a ouvert les portes de la France à l’immigration pour trouver des ouvriers pour travailler dans les usines françaises, que c’est elle qui a décolonisé, parfois violemment comme en Algérie, laissant des traces indélébiles entre nos populations. Les générations suivantes ont « mondialisé », c’est-à-dire facilité la circulation des marchandises, des capitaux et… des hommes, elles ont même créé Ryan Air pour voyager en avion moins cher qu’en train et Twitter pour diffuser en temps réel des slogans à quatre sous.

Cette interpénétration internationale a permis un développement sans précédent, du commerce et des idées, ainsi qu’un enrichissement général de la planète. Mais évidemment les dommages collatéraux de cette mondialisation sont devenus… globaux : la destruction des ressources naturelles, le crime organisé, les mafias, les idéologies, les trafics sont passés eux aussi de l’espace national à l’environnement planétaire

Le terrorisme islamique actuel utilise au mieux ces outils et surfe sur la mondialisation pour divulguer son idéologie mortifère. Alors on peut regretter les frontières, le « chacun chez soi », l’immigration, l’émigration, cette mondialisation est probablement irréversible et il faudra bien résoudre les problèmes actuels de terrorisme dans ce cadre.

Le terrorisme religieux c’est plus un drame de la bêtise humaine plus qu’un problème de civilisation. Alors à côté des bombardements improbables de fous de Dieu dans leurs déserts il faut aussi tout faire pour tenter de faire tendre nos enfants vers toujours plus d’intelligence. Voilà la vrai antidote à l’obscurantisme, elle prendra des générations avant d’agir.

Nouveau nihilisme

Le terrorisme religieux de nos temps met les Etats, démocratiques ou pas, à rude épreuve. Les acteurs du terrorisme moyen-oriental ou européen des années 70-80’ (brigades rouges, Fatah, OLP et autres bandes à Baader) laissaient place à la négociation. Ils détournaient un avion, enlevaient une personnalité, prenaient des otages pour forcer les Etats à les écouter poser leurs revendications politiques. Evidemment ils tuaient parfois mais pas en masse comme c’est le cas désormais. Quand il faisait parler les armes c’était pour appuyer leurs demandes et non pour plaire à Dieu. Et puis ils avaient la volonté de survivre et négociaient aussi un sauf-conduit pour eux-mêmes.

Notons au passage que nombre de ces terroristes ont alors trouvé refuge en… Syrie, accueillis par le régime Assad alors dirigé par le père de l’actuel président. Le vénézuélien Carlos a coulé des jours paisibles à Damas avec sa compagne allemande Magdalena Kopp proche de la mouvance Baader-Meinhof et leur fille, plusieurs années durant à la fin de la décennie 80’. Bien d’autres terroristes moyen-orientaux se sont également installés en Syrie à cette période. Et lorsque Damas a voulu essayer de réintégrer le concert des nations, grosso-modo à la suite de l’invasion du Koweit par l’Irak en 1990, elle a expulsé tout ce beau monde vers des pays avoisinants moins en vue. Alors quand la Syrie d’aujourd’hui dirigée par son fiston explique comme elle l’a fait aujourd’hui que la France a favorisé le développement du terrorisme et récolte les fruits de ses dérives, cela prêterait à sourire si ce n’étaient les conditions dramatiques du moment.

Les terroristes religieux aujourd’hui veulent tuer méthodiquement puis mourir. Ils n’ont pas peur, ils recherchent la fin qui les rapprochera de leur Dieu. Le communiqué du groupe Etat Islamique revendiquant les attaques d’hier relate celle de la salle de concert du Bataclan avec la mort des « croisés … idolâtres dans une fête de perversité » au cœur de Paris « capitale des abominations et de la perversion, qui porte la croix en Europe… ». Ces attaques sont présentées dans ce même communiqué, ponctué de référence à Allah et ses sourates, comme une réponse à l’engagement militaire français en Irak et en Syrie.

Les terroristes des années70’ avaient lu Marx et Mao, ceux d’aujourd’hui s’inspirent du coran.

La révolte des citoyens contre ce terrorisme islamique ne changera pas grand-chose à la détermination fanatique et terrifiante de ses acteurs. Leur plus grande « réussite », si l’on ose dire, réside dans le fait qu’ils ont réussi à insuffler leur idéologie mortifère à des gamins français, et pas uniquement ceux issus de banlieues défavorisées. Même dans l’hypothèse où le groupe Etat Islamique serait éliminé il faudra sans doute au moins une génération avant que ces gamins français embrigadés puissent revenir à de meilleurs sentiments. Et encore n’a-t-on pour le moment pas beaucoup d’idées sur comment arriver à neutraliser l’extrémisme religieux !

 « Vers l’Orient compliqué je m’envole avec des idées simples » disait MonGénéral lors de la deuxième guerre mondiale quand il allait visiter les pays sous mandats français et britannique. Idées simples ou compliquées, l’Occident a failli dans son implication dans la question du proche et du moyen orient : guerre, accords de paix, coopération, rapprochement, éloignement, immigration, fermeture des frontières, coups bas ou interventions en pleine lumière, presque tout a été essayé depuis 70 ans et rien n’a réussi à extirper la violence endémique de cette région qui maintenant se répand en Occident. Tout n’est que guerre et décombres dans ce proche et Moyen-Orient « compliqué ».

En fait la seule stratégie qui n’ait jamais été vraiment essayée est le retrait pur et simple des pays occidentaux de cette région : les laisser se débrouiller et cesser d’intervenir à tout bout de champ avec des buts occidentaux et des objectifs démocratiques. Décision pas facile à prendre quand on connaît les liens entre Israël et les Etats-Unis, entre les pays producteurs de pétrole et leurs pays clients, entre les multiples communautés du proche et du Moyen-Orient installées en Europe depuis des générations, quand on entend les chrétiens d’Orient appeler au secours ceux d’Occident, etc.

Stratégie jamais finalement adoptée, qu’il est sans doute trop tard pour décider, mais qui ne devrait pas empêcher de remettre sur la table l’actuelle politique occidentale en Orient compte tenu de son efficacité plutôt limitée au regard des critères occidentaux et des intérêts nationaux.

Terrorisme religieux à Paris

Paris encore attaqué hier soir par des terroristes religieux, a priori islamistes : 8 lieux différents dont une salle de concert, des mitraillettes et des ceintures d’explosifs qui ont permis aux attaquants de se faire exploser après avoir rafalé des passants, plus de 120 morts, des dizaines de blessés graves. Le groupe Etat islamiste qui répand déjà sa terreur en Irak, en Syrie et ailleurs, a revendiqué ces actions. L’état d’urgence est déclaré et les frontières françaises fermées.

Une nouvelle fois on reste sans voix devant l’impuissance de nos vieilles démocraties face  de tels phénomènes de violence. Ils parlent à Dieu quand l’occident échange avec Descartes, pas facile de trouver un terrain d’entente dans ces conditions. Leur puissance de nuisance provoque plus d’effets que nos armes sophistiquées, leur foi nihiliste leur apporte plus de certitudes que nos raisonnements démocratiques. La bonne réaction n’est pas facile à définir.

ALEXIEVITCH Svetlana, ‘La Fin de l’homme rouge’,

Sortie : 2013, Chez : Actes Sud.

Prix Nobel de littérature 2015 Svetlana Alexievitch écoute et raconte la vie de l’Homme sovieticus durant la période trouble du passage du communisme au capitalisme. La Fin de l’homme rouge est le récit captivant de la vie de citoyens nés en URSS et vivant en Russie.

On y croise les vieux dont certains ont connu le goulag et Staline et sont déboussolés dans cet nouveau pays aux mœurs si libérales. Ils regrettent souvent leur Union soviétique d’avant même s’ils ont eu à en souffrir dans leur chair. Ils pensent avec nostalgie à l’enthousiasme naïf des foules pour la construction d’un monde nouveau, pour le patriotisme inculqué dans les mentalités jusqu’aux sacrifices démesurés de la seconde guerre mondiale, ils rêvent à ce « grand pays », cet « empire » qu’était l’URSS. Le plus souvent ils ont pardonné à Staline et au « système », surtout quand ils constatent le pillage généralisé et la perte de tout sens moral auquel a donné lieu la libéralisation de l’économie.

On y découvre les jeunes nés avec Gorbatchev mais indécis devant l’anarchie capitaliste sauvage qui a saisi la Russie et la perte de grandeur et de valeurs de leur pays.

On y vit « l’âme russe » toujours tiraillée entre drames et souffrance, larmes et violence. On a le cœur parfois serré devant les témoignages de guerre, de camps, vécus avec tant d’abnégation par des citoyens désabusés. On a l’âme parfois emportée par le romantisme de ce peuple qui a guidé de si nombreuses actions d’éclat.

Le sentiment unanimement partagé de tous ces témoignages est celui d’un Empire inspiré par Lénine et Pouchkine, qui s’est brûlé les ailes en essayant d’approcher ses utopies pour devenir un pays où l’argent, le bling-bling et l’inculture ont pris le dessus. Chacun espère secrètement un changement et replonge dans ses rêves de « socialisme à visage humain », du moujik au fonctionnaire. Seul le pillard de la nomenklatura, généralement ancien responsable du parti, se satisfait de la situation actuelle, hautement instable.

Svetlana Alexievitch transcrit ces discussions avec poésie et sensibilité. On imagine qu’elle le fait également de façon objective. C’est une plongée au cœur d’une population qui a toujours été mis au banc d’essai des idéologies les plus violentes, du totalitarisme soviétique au capitalisme débridé. Un grand peuple pour un destin incertain !

Nouveau psychodrame fiscal

Le gouvernement issu de la majorité précédente luttait déjà pour réduire les déficits des finances publiques et, entre deux augmentations des dépenses, érodait quelques-unes des multiples niches fiscales dont bénéficient contribuables. L’une d’elle consistait à faire bénéficier pour leur vie durant les « parents isolés » c’est-à-dire les pères ou mères ayant élevé un ou des enfants seuls. Le bénéfice à vie de cet avantage fiscal a été discuté au-delà de la période d’éducation des enfants et le parlement dans sa grande clairvoyance a jugé utile de fermer cette niche en 2010 avec effet progressif afin d’en lisser les effets sur les revenus nets.

L’impact plein de cette mesure porte sur 2015 et aboutit à faire payer plus d’impôt aux parents isolés. L’une des conséquences est que du coup leur revenu fiscal de référence augmente et cela déclenche également la fermeture de l’accès à d’autres niches fiscales comme des exonérations de taxes d’habitation. Les corporations concernées se sont plaintes par la voix de leurs élus et de nouvelles mesures conservatoires sont prévues pour annuler les effets de ces fermetures de niches.

C’est un vrai problème français : ni les citoyens ni les élus n’ont compris que « baisser les dépenses » revient à dépenser moins ou que « réduire les niches fiscales » aboutit à augmenter les impôts de ceux qui en bénéficiaient. Ces évidences méritent d’être mieux expliquées car il ne va pas être facile de réduire les déficits des finances publiques si les citoyens ne comprennent pas de quoi il s’agit. Evidemment les élus n’ont pas vraiment envie de dire que les avantages donnés aux uns sont donc payés par autres. Augmenter les dépenses ou baisser les impôts a le même effet sur l’équilibre des finances publiques, de même que réduire les dépenses ou accroître les impôts. Donner des avantages aux uns c’est faire payer les autres. C’est le b.a.-ba de la comptabilité publique qui devrait figurer en préambule de tout programme politique et constituer la moitié des explications données par les élus à leurs électeurs.

Musée de la Marine de Brest

Brest_201511_Le-Chateau (15)Le musée situé dans le « Château » au-dessus des ports et de l’arsenal de la vielle abrité également la préfecture maritime de l’Atlantique. Il raconte l’histoire de la ville depuis les romains et la relation de la France avec la construction maritime et les océans. C’est intéressant et bien présenté. On y passe une demi-journée sans voir le temps passer. Aux pieds du fort retentissent les mugissements des remorqueurs et les grincements des ponts-levants.

Exposition Pierre Peron à Brest

Pierre_PeronPierre Peron est un artiste brestois qui fut peintre titulaire de de Marine puis conservateur du Musée de la Marine. Outres la peinture il fut également affichiste, ses œuvres sont exposées au musée des beaux-arts de Brest. A une époque où la publicité était autorisée pour l’alcool et le tabac, Peron a donné dans ces secteurs. Ce petit musée brestois rend hommage à ce travail plaisant, naïf et coloré.

Garbage – 2015/11/07 – Paris le Zénith

Garbage @ le Zénith, Paris, 07/11/2015
Garbage @ le Zénith, Paris, 07/11/2015

Garbage est revenu sur scène et dans les bacs en 2012 avec Not Your Kind of People et a priori ils ont aimé puisque les revoici avec le 20 years Queer Celebration tour histoire de fêter en musique la sortie de leur premier album et le début de ce groupe flamboyant de rock alternatif, plutôt rock qu’alternatif d’ailleurs.

Réunion improbable d’une chanteuse écossaise (Shirley Manson) et de quatre soudards américains musiciens-producteurs (dont le batteur Butch Vig qui a produit Nevermind de Nirvana), le groupe s’est monté un peu par hasard et n’était pas vraiment destiné à durer au-delà de quelques séances d’enregistrement à Madison dans le Wisconsin, mais le succès est venu et après quatre disques sortis entre 1995 et 2005 ils sont revenus en 2012 après une longue pause.

Le show démarre avec une vidéo de la famille Garbage au cours de ces 20 années passées, puis le premier morceau joué derrière un voile translucide où s’agite notre petite bande en ombres chinoises avant le plat de résistance et la reprise de l’album Garbage. Shirley est toute de rose vêtue et bas-résille noirs. Rose comme la couleur des plumes d’autruche qui ornent la couverture de l’album, et de ses cheveux ce soir. Un boa en plumes roses dégouline du pied de micro… comme il y a vingt ans !

Les recettes sont les mêmes : un mur de sons de guitares traitées à l’électronique sur lequel se pose la voix forte et belliqueuse de Shirley appuyée par le beat mécanique de la batterie. La puissance américaine teintée de subtilité britannique, le résultat est toujours redoutable et le show passe sans que l’on ne s’en aperçoive.

Les musiciens sont un peu moins démonstratifs, Shirley est un peu plus bavarde et souriante, peut-être pour se reposer des kilomètres qu’elle parcourt toujours sur scène derrière son micro. Sur My Lovers’s Box elle s’empare d’une guitare rose dont elle joue en chantant, sur la pointe de pieds, tendue vers le public, et sur Stupid Girl elle sautille comme au bon vieux temps : Stupid girl/ Can’t believe you fake it/ Stupid girl/ Stupid girl/ All you had you wasred it…

Un peu moins d’urgence et de déchaînement chez les Garbage mais toujours de l’énergie à revendre : une puissance sophistiquée, un son soigné, des mélodies plus que bien ficelées, la fidélité contre vents et marées de ce club des cinq toujours soudé et la personnalité hors du commun de Shirley (et ses cheveux rose fluo) qui tient le devant de la scène avec autorité devant ses boys, il n’en faut pas plus pour réjouir un public aux anges !

Setlist : Alien Sex Fiend (20 Years Queer video intro)/ Subhuman/ Supervixen/ Queer/ Girl Don’t Come/ As Heaven Is Wide/ The Butterfly Collector (The Jam cover)/ Not My Idea/ Trip My Wire/ Milk/ Fix Me Now/ My Lover’s Box/ Sleep/ A Stroke of Luck/ #1 Crush/ Stupid Girl/ Dog New/ Only Happy When It Rains/ Vow/

Encore : Kick My Ass (Vic Chesnutt cover)/ Driving Lesson/ Cherry Lips (Go Baby Go!)/ Push It

Warm-up : Dutch Uncles

Sud-Soudan : l’actualité percute le cinéma

Nous-venons-en-amis A peine quelques jours après la sortie sur les écrans du documentaire We come as friends l’actualité rattrape le cinéma en faisant le bilan catastrophique de quatre premières années d’existence de l’Etat du Sud-Soudan en pleine guerre civile. Un quart de la population de 11 millions d’habitants déplacé, une espérance de vie qui ne dépasse pas 55 ans, le taux d’alphabétisation le plus bas de la planète, au moins 50 000 personnes tuées dans la guerre civile, des milliers d’enfants soldats enrôlés dans les milices, sous-alimentation chronique, journalistes assassinés, économie pétrolière à l’arrêt, etc. le tout malgré la présence d’une forte présence de l’ONU avec entre autre 12 000 casques bleus et des dizaines d’organisations non gouvernementales.

« L’indépendance n’a pas été un décollage, mais un crash » résume le dirigeant d’un organisme œuvrant pour la réussite d’un plan de paix.