Jim Harrison a quitté notre monde

JIM HARRISON 2007 (Photo by Aaron Lynett/Toronto Star via Getty Images)

Jim Harrison est mort cette semaine, une crise cardiaque alors qu’il était à sa table de travail. Il avait 78 ans et se trouvait dans sa maison en Arizona. Il laisse une œuvre considérable faite de romans et de poésies. Il a décrit l’Amérique comme personne, celle des grands espaces, de la violence du climat comme de celle de ses habitants. Il a parlé de la nature en Amérique, celles des lacs et des forêts, des ours et des montagnes, de la chasse et des randonnées ; une Amérique loin des grandes villes huppées et intellectuelles dans une nature où la violence rôde toujours au coin du bois mais où se déroule la comédie humaine de l’amour et du sexe.

Jim Harrison était un ogre qui dévorait la vie et les côtes de bœuf avec le même insatiable appétit. Il a ripaillé sa vie durant et décrit ses dévorations à longueur de romans et récits. Au paradis des écrivains gageons qu’il trouvera une bouteille de bourbon pour continuer à vivre. Sous ses dehors rudes il cachait un grand cœur comme le démontrent les histoires d’amour émouvantes, et tellement humaines, qui peuplent son œuvre. Adieu Lord Jim !

Petits arrangements avec la vie en société

Au Bar du Port, un panel de citoyens détaille ses petits arrangements avec les règles de la fiscalité ou les procédures de l’entreprise, tout en se plaignant de l’état des services publics et de l’inefficacité de leurs élus…

Chaque organisation ou individu qui fraude sans réduire pour autant les prestations dont il bénéficie transfère les charges qui lui reviennent sur le voisin. C’est le syndrome français qui pousse les citoyens à croire que les services publics fonctionnent avec l’argent des autres ou que les élus ne seraient pas à l’image de leurs électeurs. Et ceux qui se plient aux règles de la vie en société sont gentiment traités de naïfs ou, pire, d’êtres bêtement disciplinés sur le modèle de certains qui, en d’autres temps, ont amené le nazisme au pouvoir.

Au-delà de la comparaison avec l’Allemagne des années 30’, tellement excessive qu’elle touche au néant, on a là le drame français qui explique au moins en partie comment notre République se révèle moins efficace que les pays avoisinants du fait de l’incohérence de ses citoyens. On ne peut pas à la fois contester les charges sociales et se plaindre du faible niveau des prestations, crier haro sur l’impôt et se plaindre des services publics, pleurer sur le chômage et refuser d’essayer de réformer le code du travail, vouloir constitutionaliser la déchéance de nationalité et voir le sénat et l’assemblée nationale incapables de se mettre d’accord sur un texte de 3 lignes, etc… Notre époque est marquée par l’égoïsme de chacun et l’oubli de l’intérêt général. Il est plus facile d’asséner « c’est la faute à Taubira-laxiste » que de remettre en cause ses propres comportements. La France n’évolue pas beaucoup sur ce point, hélas…

La Belgique attaquée par le terrorisme religieux

Deux attentats dans la journée à Bruxelles font environ 35 morts à ce stade. Ils ont été revendiqués par le groupe Etat Islamique. La capacité de nuisance de ce terrorisme religieux ne faiblit pas. Des gens manifestement bien organisés, des moyens financiers minima (bien que l’on se souvienne que Coulibaly le terroriste français de l’attentat de l’Hypercasher en janvier 2015 à Paris ait financé une partie de son action avec un simple crédit à la consommation auprès de la Cofidis avec assurance décès…), des troupes en réserve, une croyance religieuse d’un autre âge, une formation idéologique et militaire au Moyen-Orient et on se fait exploser au milieu d’une foule. L’effet est garanti : des morts et de la terreur. La parade absolue est impossible pour nos démocraties formatées pour l’ouverture et la circulation des idées, des personnes et des capitaux.

Il va falloir des générations avant de ramener ces gens à la raison.

Décès de Keith Emerson

Keith Emerson, claviériste flamboyant du groupe Emerson-Lake-and-Palmer (ELP) s’est suicidé à 71 ans aux Etats-Unis. Le groupe ELP réunissait trois géants, dont Grek Lake, la voix de la première formation King Crimson. Plus ébouriffant que vraiment inspiré il a quand même marqué le prog-rock.

Acteur de premier plan du rock progressiste des années 80-90, de formation classique Emerson fut avec Rick Wakeman (Yes) un claviériste de génie et un show-man un peu excessif comme cette époque en produit quelques-uns.

Que la terre lui soit légère !

La Belgique critiquée par Mme. Michu

Un terroriste islamique français a été arrêté en Belgique. Il avait a priori participé aux attentats de novembre dernier à Paris qui avaient fait 150 morts. Il était en fuite depuis quatre mois. Des journalistes plus amateurs de tweets que de réflexion, accusent la Belgique de naïveté et d’inefficacité pour n’avoir pas su appréhender cette personne dont il semblerait qu’elle n’ait pas quitté Bruxelles depuis sa fuite de Paris en novembre 2015.

On croit rêver : confortablement installés dans leurs rédactions derrière leurs écrans des titulaires de cartes de presse, jamais avares de donner des leçons au monde entier avec une arrogance toute franchouillarde, expliquent à des services de sécurité sur les dents depuis plusieurs mois et dont plusieurs membres ont déjà été tués ou blessés, comment ils doivent faire leur travail ! C’est indécent d’autant plus que certains hommes politiques français les suivent sur ce terrain douteux.

Cerise sur le gâteau : la police belge a dû précipiter son intervention pour arrêter ce terroriste car un journal français, L’Obs, avait publié des informations qu’il avait pourtant été demandé à la presse de ne pas publier pour ne pas gêner les enquêtes en cours.

Il va falloir aussi, lorsque nous aurons le temps, s’occuper de réformer les écoles de journalisme dont la qualité baisse de jour en jour.

La France rechigne devant la réforme du code du travail

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Un projet de réforme du code du travail est sur la table des négociations et bientôt devant le parlement. Bien entendu, comme toute annonce de changement de société, la Société française s’oppose. Derrière les grands mots sur la flexi-sécurité, il s’agit en fait de donner plus de facilité aux employeurs pour licencier leurs employés et également de contourner les syndicats en favorisant les accords directs au sein de l’entreprise. Les organisations patronales jurent leurs grands Dieux qu’une telle orientation permettrait de relancer l’emploi, les syndicats et une partie de la société civile refusent les termes de cette réforme qui accentueraient la précarisation des emplois.

Evidement les exemples des pays plus libéraux qui appliquent ce genre de politique et présentent des taux de chômage inférieurs à celui de la France sont régulièrement cités pour justifier le projet. En réalité, nous sommes en France et nous sommes capables d’échouer, même en appliquant ce qui fait réussir les autres pays ! Personne n’est bien en mesure de prévoir ce qu’apporterait cette flexi-sécurité. Les slogans ridicules « 1 million d’emplois » affichés par le patronat comme les arguments développés par la rue pour s’opposer ne sont que billevesées communicantes. La seule raison qui doit pousser à mettre en œuvre une réforme de cet ordre est que cela n’a jamais été essayé en France alors ne nous privons pas de la tenter.

Mésentente au parlement

Après les attentats religieux que la France eut à déplorer en 2015 qui ont ait à peu près 150 morts, les parlementaires français n’arrivent pas à se mettre d’accord sur un texte de réforme de la constitution visant à inclure dans celle-ci une peine de déchéance de nationalité pour les citoyens coupables de terrorisme ainsi que l’état d’urgence. L’une et l’autre de ces mesures sont déjà prévues dans la loi mais leur érection dans le texte constitutionnel leur donnerait plus de force.

Le litige entre sénateurs et députés porte sur le fait de décider s’il faut appliquer cette déchéance, le cas échéant, à tous les nationaux ou uniquement aux binationaux qui pourraient ainsi continuer à bénéficier de sa ou ses autres nationalités. Il porte sur la modification de l’article 34 de la constitution :

Rédaction actuelle :

La loi fixe les règles concernant :

– les droits civiques et les garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l’exercice des libertés publiques ; la liberté, le pluralisme et l’indépendance des médias ; les sujétions imposées par la défense nationale aux citoyens en leur personne et en leurs biens ;

– la nationalité, l’état et la capacité des personnes, les régimes matrimoniaux, les successions et libéralités ;

Rédaction proposée par l’assemblée nationale :

« – la nationalité, y compris les conditions dans lesquelles une personne peut être déchue de la nationalité française ou des droits attachés à celle-ci lorsqu’elle est condamnée pour un crime ou un délit constituant une atteinte grave à la vie de la Nation ;

Rédaction proposée par le sénat :

« – la nationalité, y compris les conditions dans lesquelles une personne née française qui détient une autre nationalité peut être déchue de la nationalité française lorsqu’elle est condamnée pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation ; »

Tout le monde s’accorde à conclure que cette déchéance ne sera que de l’ordre du symbolique, n’aura aucun effet sur le terrorisme et ne sera probablement jamais appliquée. Ces discussions relèvent donc d’un parlementarisme inefficace et dispendieux. Ces gens, rémunérés par les contribuables, ont passé des mois à discutailler pour finalement ne pas aboutir. C’est un peu déprimant mais tellement symptomatique de la décadence de notre République. Rappelons en tout cas le texte sur lequel tous les ennemis islamiques de la France s’accordent sans barguigner, celui de la revendication des attentats de novembre dernier.

2 Safar 1437

 Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

Allah le Très-Haut a dit : et ils pensaient qu’en vérité leurs forteresses les défendraient contre Allah. Mais Allah est venu à eux par où ils ne s’attendaient point, et a lancé la terreur dans leurs cœurs. Ils démolissaient leurs maisons de leurs propres mains, autant que des mains des croyants. Tirez-en une leçon, ô vous qui êtes doués de de clairvoyance. Soûrat 59 verset 2.

Dans une attaque bénie dont Allah a facilité les causes, un groupe de croyants des soldats du Califat, qu’Allah lui donne puissance et victoire, a pris pour cible la capitale des abominations et de la perversion, celle qui porte la bannière de la croix en Europe, Paris.

Un groupe ayant divorcé de la vie d’ici-bas s’est avancé vers leur ennemi, cherchant la mort dans le sentier d’Allah, secourant sa religion, son Prophète et ses alliés, et voulant humiliant ses ennemis. Ils ont été véridiques avec Allah, nous les considérons comme tels. Allah a conquis par leur main et à jeter la crainte dans le cœur des croisés dans leur propre terre. 

Huit frères portant des ceintures d’explosif et des fusils d’assaut ont pris pour cibles des endroits choisis minutieusement au cœur de la capitale française, le stade de France lors du match des deux pays croisés la France et l’Allemagne auquel assistait l’imbécile de France François Hollande, le bataclan ou étaient rassemblés des centaines d’idolâtres dans une fête de perversité ainsi que d’autres cibles dans les dixième, le onzième et le dix-huitième arrondissement et ce, simultanément. Paris a tremblé sous leurs pieds et ses rues sont devenues étroites pour eux. Le bilan de ses attaques est de minimum 200 croisés tués et encore plus de blessés, la louange et le mérite appartiennent à Allah.

Allah a facilité à nos frères et leur a accordé ce qu’ils espéraient (le martyr), ils ont déclenchés leurs ceintures d’explosifs au milieu de ces mécréants après avoir épuisé leurs munitions. Qu’Allah les accepte parmi les martyrs et nous permette de les rejoindre. Et la France et ceux qui suivent sa voie doivent savoir qu’ils restent à les principales cibles de l’Etat Islamique et qu’ils continueront à sentir l’odeur de la mort pour avoir pris la tête de la croisade, avoir osé insulter notre Prophète, s’être vanté de combattre l’Islám en France et frapper les musulmans en terre du Califat avec leurs avions qui ne leur ont profité en rien dans les rues malodorantes de Paris. Cette attaque n’est que le début de la tempête et un avertissement pour ceux veulent méditer et tirer les leçons.

Allah est le plus grand. Or c’est à Allah qu’est la puissance ainsi qu’à Son messager et aux croyants. Mais les hypocrites ne le savent pas. Soûrat 63 verset 8

[les fautes d’orthographe et de syntaxe sont de l’auteur]

Ce communiqué a fait suite à l’assassinat de 150 personnes à Paris en novembre dernier. On ne peut qu’en recommander la lecture à nos parlementaires qui, sur cette base, auraient pu être à la hauteur et s’entendre sur un texte constitutionnel dans un sens ou dans l’autre. Cela semble mal parti. Ce n’est pas digne.

FOUREST Caroline, ‘Eloge du blasphème’.

Sortie : 2015, Chez : Grasset.

Caroline Fourest, polémiste et ex-chroniqueuse de Charlie-Hebdo, nous livre ses réflexions sur les assassinats de la rédaction de Charlie-Hebdo en janvier 2015 par des terroristes islamistes français. Déjà auteure engagée en faveur de la laïcité versus la régression religieuse, elle fut bien sûr particulièrement bouleversée par la mort de ses collègues sous les balles de l’obscurantisme. Ce court ouvrage souligne une nouvelle fois toutes les contradictions entre la religion et la République, entre le dogme et la raison, entre le droit et le message divin.

Caroline Fourest ne manque pas au passage d’écorner les intellectuels et autres sociologues de service qui cherchent à décortiquer ce phénomène extrémiste religieux sanglant pour essayer de comprendre comment on a pu en arriver là, et peut-être essayer de traiter le mal à la base maintenant que celui-ci a si profondément pénétré la République.

Elle détaille aussi le positionnement relativiste anglo-saxon vis-à-vis de la religion dans la Cité et fait part de ses doutes face aux mélanges parfois troubles entre gouvernance et religion, entre liberté d’expression et croyances religieuses que l’on rencontre dans ces pays pourtant aussi démocratiques que la France.

Les positions sont bien sûr irréconciliables. Ce livre rappelle quelques vérités. Il ne sera lu que par les convaincus et les raisonnements qu’il développe ne sont de toute façon pas recevable ni par Dieu ni par ceux qui revendiquent son inspiration. Il s’agit plus ici d’une auto-thérapie menée par Caroline Fourest pour exorciser son désespoir face à la mort de ses amis et la montée de l’obscurantisme un peu partout sur la planète.

Homeland : Irak année zéro

Homeland-Iraq

En deux épisodes de 2h40 chacun, Abbas Fahdel, cinéaste irakien exilé en France, a filmé les siens juste avant l’invasion de son pays en 2003 par une coalition internationale et une semaine après la chute de Bagdad.

Dans la première partie il filme sa famille dans une villa cossue de la capitale en train de se préparer à la guerre, creusant un puit, allant chercher son aide alimentaire, conduisant une multitude d’enfants dans les écoles et les universités… Et il fait parler ce petit monde qui n’aime pas beaucoup Saddam Hussein, qui vit sous embargo depuis des années et ne semble pas s’inquiéter outre mesure de cette annonce de guerre. Il est vrai que ce pays en a déjà vécu plusieurs sous la férule de son dictateur.

Dans le deuxième épisode la caméra sort dans la rue, nous montre les cortèges de camions de soldats américains, un char stationné sous un monument, nous fait visiter nombre de bâtiments dévastés par des pilleurs, le petit bourg où les enfants se sont réfugiés durant l’assaut. Le réalisateur fait parler la population qui partage sa peur devant l’insécurité grandissante après la bataille, l’absence de remise en route des infrastructures. Mais au fur et à mesure que les semaines passent cette acrimonie se retourne contre l’occupant américain. On sait comment s’est terminée cette triste épreuve de force dont le reste du monde subit encore les effets dévastateurs.

Et il y a toujours autant d’enfants qui semblent être le fil conducteur du réalisateur, dont son neveu Haïdar, 12/13 ans, déluré, bavard, malin et rigolard qui pose des questions autant qu’il développe des réponses à tout. Le deuxième épisode se termine tragiquement par une attaque de nuit de la voiture où se trouvent l’oncle et le neveu. Après une courte rafale de mitraillette, on voit un plan fixe sur la tombe d’Haïdar.

C’est un film émouvant sur des gens normaux soumis aux foudres de l’Histoire. En cela il nous touche car chacun se voit possiblement dans la situation de cette famille à l’heure de la montée des périls. Une expérience humaine, tout simplement, bien loin de poncifs et idées préconçues sur ce pays.

 

L’escroquerie fouteballistique se poursuit !

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Le microcosme semble découvrir que les structures organisatrices de compétitions internationales de sport négocient généralement avec les Etats d’accueil des contrats d’exonération fiscale pour lesdites structures, voire également pour leurs sponsors et leurs dirigeants. Cela vaut pour les jeux olympiques comme pour le fouteballe et d’autres jeux de baballe.

Ainsi le décret 2015-910 publié au journal officiel du 25/07/2015 a listé six compétitions sportives organisées en France lors des prochaines années qui bénéficieront d’un régime d’exonération de certains impôts et taxes (impôt sur les sociétés, impôt sur le revenu, retenue à la source, taxe sur les salaires, etc.). Il s’agit, par ordre chronologique, de l’Euro 2015 de basket hommes (5-20 septembre), de l’Euro 2016 de football hommes (10 juin – 10 juillet), du Championnat du monde 2017 de handball hommes, du Championnat du monde 2017 de hockey sur glace hommes, de la Ryder Cup et de la Ryder Cup Junior de golf en 2018 et de la Coupe du monde féminine de football 2019.

Ce régime fiscal a été créé par la loi de finances rectificative pour 2014 qui a été votée par une représentation nationale fort peu inspirée.

Des responsables au plus haut niveau et des élus du peuple se sont rendus coupables d’une félonie fiscale. Cette infamie a une apparence : un trio de ministres irresponsables, MM. Kanner (Sports), Sapin (Finances et Comptes publics) et Eckert (Budget). Il a une réalité : un parlement incompétent et piètre comptable des finances publiques. Ce trio et ce parlement possèdent un savoir-faire expéditif et limité. Mais ils ne voient et ne comprennent la gestion de l’Etat et de l’argent de ses citoyens que déformés à travers leur frénésie populiste. Cette entreprise conduit tout droit à un désastre national.

Voici l’État bafoué, la Nation défiée, notre puissance ébranlée, notre prestige international abaissé, notre place et notre rôle dans la communauté financière compromis. Et par qui ? Hélas ! Hélas ! par des hommes dont c’était le devoir, l’honneur, la raison d’être, de servir et d’obéir.

[Inspiré par MonGénéral]

Comment et pourquoi des responsables (si l’on ose dire) politiques octroient-ils des avantages fiscaux pour l’organisation de compétitions de ballon ? C’est une vraie question sans véritable réponse cohérente, sinon que ces responsables privilégient des situations particulières au détriment de l’intérêt général. En procédant ainsi ils font renoncer l’Etat à des recettes fiscales, qui seraient pourtant bienvenues, et transfèrent sur les contribuables une partie des charges de ces compétitions qui devraient normalement être payées par les consommateurs. C’est contraire aux règles de libre concurrence : pourquoi les sports de baballe ou de palet et pas les concours de pétanque ? C’est immoral quand on mesure les flux financiers brassés par ces organisations, tellement gigantesques et hors de tout contrôle que les scandales de corruption de la FIFA se traitent actuellement devant les tribunaux et dans les geôles américaines. C’est inefficace en termes économiques car ces compétitions n’ont pas besoin d’exonération fiscale pour exister. Ces exonérations octroyées par la République française reviennent à transférer de la richesse des contribuables nationaux vers les sièges sociaux de fédérations multinationales généralement domiciliées en… Suisse.

De grands progrès sont en train d’être réalisés en matière de coopération fiscale internationale pour mettre fin, ou au moins ralentir, les pertes de recettes subies par nombre d’Etats du fait de l’optimisation fiscale menée par certaines entreprises ou organisations. Nous sommes ici dans un cas bien plus simple car ce sont les Etats eux-mêmes qui abandonnent légalement leurs droits fiscaux sur ces compétitions. Il suffit de mettre fin à la délivrance de ces passe-droits, au besoin en coopération avec les Etats membres de l’OCDE ou de l’Union européenne pour éviter trop de dumping fiscal au sein d’un même groupe de pays. Et si les championnats d’Europe de fouteballe ou de golf doivent avoir lieu en Géorgie ou aux Iles Féroé, eh bien laissons les contribuables de ces contrées financer les fédérations sportives s’ils n’ont rien de mieux à faire. A moins que leurs finances publiques ne soient en meilleur état que celles de la France :

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ALEXIEVITCH Svetlana, ‘La supplication – Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse’.

Sorti : 1997, Chez : J’ai lu

Ecrit dix ans après l’accident nucléaire de Tchernobyl qui a dévasté des territoires entiers d’Ukraine et de Biélorussie en 1986, tué des milliers de personnes et sans doute beaucoup d’autres à venir, ce document nous fait partager le quotidien des habitants de la région et de tous ceux qui sont intervenus d’une façon ou d’une autre sur l’accident, dont les fameux « liquidateurs » qui ont éteint l’incendie du réacteur presqu’à mains nus, et qui sont tous décédés depuis.

Les personnages de ce récit détaillent l’incompréhension qui a saisi les habitants devant « la radiation », mal invisible et ne produisant ses effets mortifères qu’à terme, les évacuations forcées, parfois définitives, alors que tout paraissait normal alentour, que les pommes poussaient aux arbres et les animaux paissaient dans les champs.

Il est aussi question de la maladie déclenchée par cette radiation : les maris « liquidateurs » transformés en « objet radioactif avec fort coefficient de contamination », des enfants cancéreux mourant dans les hôpitaux sous les yeux de leurs mères.

Mais le sujet est enfin celui de l’âme russe et de l’héroïsme soviétique. « La souffrance est notre abri. Notre culte. Elle nous hypnotise. » comme le précise l’auteur dans sa préface. Les interviewés reviennent aussi au cours de ce troublant récit sur le mythe du héros dans cette région qui était encore soviétique à l’époque. Sur le toit de la centrale les robots tombaient en panne au bout de quelques minutes sous les assauts invisibles des becquerels mais les « liquidateurs » eux courraient en tous sens ! Même le drapeau soviétique installé sur la centrale se consumait au bout d’un mois par la radiation alors on le remplaçait, comme les hommes. Certains ont du plonger dans le réservoir à eau lourde sous le réacteur pour débloquer une soupape coincée… tous ont obéi aux ordres, habités par la foi soviétique.

Tchernobyl est ici raconté comme une catastrophe industrielle mondiale ayant accéléré la fin de l’empire soviétique, mais aussi comme la source d’actes d’héroïsme individuels et collectifs impensables mais pourtant bien réels, qui ont limité autant que faire s’est pu, les effets de ce cataclysme sur le reste de la planète.

Une histoire dramatiquement humaine mise ne forme avec talent par le prix Nobel de littérature 2015 qui déclara cette même année dans une interview à l’Express au sujet de son œuvre :

Ce travail est une lutte permanente contre le chaos pour en arracher du sens et lui donner une forme esthétique. Avec, en filigrane, toujours la même question : quelle est la limite de l’horreur supportable pour un individu ?… Quoi que j’écrive, il est toujours question de l’homme et de son inaptitude au bonheur [large sourire de Svetlana précise l’Express].

MEIGNAN Géraldine, ‘Les réseaux de la malbouffe’.

Sorti : 2015, Chez : JC Lattès

Ce livre cataclysmique décrit par le menu tous les produits détestables que nous ingérons dans nos assiettes depuis l’industrialisation de l’agriculture et les effets délétères de la mondialisation de celle-ci ainsi que des pratiques commerciales douteuses qui ne sont d’ailleurs pas spécifiques à ce secteur.

Ecrit par une journaliste au groupe l’Express, il se compose d’une longue litanie des produits chimiques ajoutés aux aliments, des influences néfastes de lobbys divers et variés, des incohérences dans les politiques des Etats responsables de la santé de leurs citoyens, etc. Tout ceci explique quelques scandales sanitaires retentissants comme celui de la « vache folle » et met les populations en risque sur leur santé.

Cette analyse plutôt effrayante est sans doute fondée et en tout cas attestée par les accidents et fraudes sanitaires déjà identifiés à travers la planète. Elle passe toutefois un peu sous silence les réalisations de ces politiques agricoles et alimentaires qui ont permis de nourrir au XXème siècle une population planétaire en forte croissance, les famines et dérives de tous ordres ayant probablement tué moins de monde que les guerres barbares de cette même période. Aurions-nous pu faire autrement avec moins de dommages ? Sans doute, alors essayons de nous en inspirer pour l’avenir en investissant sur le consommateur qui a le dernier mot puisque c’est lui qui achète et consomme le produit final.

Le principal problème une fois l’ouvrage refermé est de savoir ce que l’on va bien pouvoir de faire à dîner ce soir !

Les copains et les coquins

Laurent Fabius, 69 ans, a démissionné du gouvernement dont il était ministre, oubliant le devoir, semant la confusion d’un remaniement ministériel forcé par sa fuite, pour attraper un poste de président du conseil constitutionnel valable pour 9 ans, soit jusqu’à ses presque 80 ans.

Jean-Louis Debré, 71 ans, ex-président du conseil constitutionnel qui est remplacé par le précédent, a été immédiatement nommé à la présidence du conseil supérieur des archives.

L’un et l’autre sont de vieux roublards de la République qui n’ont pas particulièrement démérité. Ils ont largement dépassé l’âge de la retraite et ne sont en rien indispensables à la République. Alors pourquoi nommer une nouvelle fois ces notables à ces postes ? Prolonger ces deux personnes âgées à de nouvelles responsabilités relève du copinage politique qu’il aurait mieux fallu éviter, tout le monde s’en serait bien mieux porté.

Mais que fait le gouvernement ?

Entendu au Café du commerce :

L’interdiction dans Paris intra-muros à partir du 1er juillet 2016 les jours de semaine des véhicules particuliers motorisés avant le 31/05/2000 ne sera pas applicable car « la Maire de Paris » n’a rien fait pour véritablement favoriser la diffusion des véhicules électriques en installant des bornes de rechargement en nombre suffisant !

Le conseil municipal de Paris, fruit de l’élection municipale de mars 2014, a arrêté un plan d’interdiction progressive de la circulation des véhicules « polluants » classés par catégories selon l’âge de leur motorisation. La première vague d’interdiction est intervenue en septembre dernier, les suivantes doivent suivre :

  • Depuis le 01/09/2015 la circulation des bus, cars et poids lourds de motorisation antérieure au 01/10/2001 est interdite dans la capitale de 8 à 20 heures, y compris le week-end.
  • A partir du 01/07/2016, cette interdiction s’étendra aux camionnettes et véhicules particuliers antérieurs à 1997 ainsi qu’aux deux-roues motorisés antérieurs au 31/05/2000 (les deux-roues motorisés concernés par la mesure représentent 1% du parc actuel). Ces véhicules individuels et utilitaires légers pourront eux continuer à circuler le week-end.
  • Entre 2017 et 2020 la circulation d’autres catégories de véhicules sera progressivement interdite.

Des mesures d’accompagnement ont également été votées pour allouer une partie des impôts payés par les contribuables vers des investissements susceptibles d’inciter les propriétaires de véhicules concernés par ces interdictions à en changer ou à faire évoluer leur mode de transport : subvention sur les abonnements pour location de véhicules électriques Autolib’, location de bicyclettes Velib’ ou achat de vélocipèdes, électriques ou non, remboursement de pass Navigo, subventions aux copropriétés désireuses d’installer des abris vélos sécurisés ou des bornes de rechargement dans leurs locaux, ainsi qu’un programme de développement de bornes de recharge publiques.

L’arrêté municipal n°2015 P 012 du 28/08/2015 qui régit la première interdiction en vigueur depuis le 01/09/2015 est provisoire jusqu’au 01/01/2017 et on peut donc imaginer qu’un bilan sera alors fait sur le renouvellement, l’adaptation ou la modification de la mesure et le conseil municipal en place à l’époque décidera démocratiquement de la suite à donner.

En l’état actuel des mesures d’incitation on peut s’interroger :

  • Le subventionnement par le contribuable de l’utilisateur d’un véhicule « polluant » est-il suffisant pour déclencher un mouvement massif de changement de véhicule ou de mode de transport ? Sans doute pas !
  • Est-ce que néanmoins une partie de ces utilisateurs peuvent d’ores-et-déjà bénéficier de bornes de rechargement sur leurs parcours habituels ? On ne peut pas l’exclure totalement !
  • Aurait-il été préférable que l’argent prélevé sur les contribuables soit affecté au renforcement des mesures incitatives plutôt qu’à financer la coupe d’Europe de fouteballe ou les jeux olympiques de 2024 ? Certainement oui !
  • Est-ce une raison pour tout jeter avec l’eau du bain ? Non !

Le syndrome français continue de diffuser ses effets délétères : le citoyen maugrée, râle, peste, conteste, attend tout de l’action publique et rejette systématiquement ce qui vient troubler sa situation personnelle. Que les conducteurs se rassurent, il est probable que si l’étape d’interdiction au 01/07/2016 n’est pas gérable, eh bien elle sera rapportée ou décalée ou modifiée comme le furent nombre de textes comme ceux de l’écotaxe, de l’accès des lieux publics aux handicapés, etc. etc.

Ainsi va la vie publique en France, faîte d’à coups et d’imperfections, mais à la fin les choses finissent par avancer à leur rythme. Si les mesures actuelles ne plaisent pas, il suffit de voter pour d’autres élus aux prochaines élections municipales, ou de créer son propre lobby pour influer ou de se présenter avec un programme. Le chroniqueur voterait, par exemple, sans barguigner pour tout candidat s’engageant à renoncer à l’organisation des jeux olympiques, comme l’ont déjà fait les villes de Boston, de Toronto et de Hambourg.

La Turquie telle qu’elle est

Drapeau_TurquieLa Turquie est dans la tourmente et l’ambiguïté : parti religieux au pouvoir et président autocrate, implication trouble dans la guerre civile syrienne, obsession antikurde, état de quasi guerre avec la Russie, chantage aux réfugiés vis-à-vis des pays européens, reprise en main de la presse d’opposition, etc.

Le pays se révèle tel qu’il est c’est-à-dire plus tourné et concerné par l’Orient que par l’Occident ce qui n’est pas incongru s’agissant d’une puissance asiatique. Gageons que les évènements actuels repousseront aux calendes grecques l’option de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.

Il va falloir faire preuve de trésors de diplomatie pour tenter de calmer les ardeurs guerrières et manœuvrières de la Turquie, membre de l’OTAN, et sans doute capable de déclencher un conflit sans s’en apercevoir. Le pays est sanguin et, comme beaucoup, avide de retrouver son statut d’empire. Ainsi vont les affaires du monde.

Réformer le travail

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On ne sait pas bien comment va se terminer ce projet de réforme du code de travail mais on pressent que l’affaire est mal engagée. Ce projet de loi d’inspiration libérale déclenche tout d’abord l’enthousiasme du syndicat patronal MEDEF qui le clame haut et fort entrainant immédiatement son rejet par les citoyens, élus et corps intermédiaires de gauche qui rebaptisent la réforme « loi Gattaz » du nom du chef du MEDEF…

Celui-ci est coutumier des faits de communication imbéciles. C’est lui qui avait arboré un badge « 1 million d’emplois » lors de la sortie de l’un des différents pactes fiscaux qui ont consisté ces dernières années à transférer sur les contribuables des charges jusque-là payées par les entreprises.

Le gouvernement n’est guère plus brillant dans cette affaire annonçant la présentation de la loi pour un conseil des ministres avant de reporter, présentant les principes arrêtés du texte puis rouvrant la négociation, etc. etc. Et, comble du grotesque, la ministre du travail, en charge du projet, chute dans sa baignoire le jour où des négociations syndicales sont programmées.

Tout ceci n’est guère brillant mais si ce petit monde passait un peu moins de temps à confectionner des badges ridicules ou à perdre des journées entières au salon de l’agriculture, et un peu plus dans leurs bureaux à travailler sur leurs dossiers nous n’en serions peut-être pas tout à fait là.

Sur le fond, on ne sait pas bien si une telle réforme porterait ses fruits ou non et le badge ridicule du MEDEF montre la prétention de toute prévision, mais elle n’a jamais été essayée alors il ne faut pas s’en priver.