Humeurs à Alger

Une visite de ministres et de businessmen français en Algérie est assombrie par le refus des autorités algériennes de délivrer un visa à quelques journalistes, dont celui du Monde, coupables d’avoir diffuser des informations sur les implications de dirigeants et affairistes algériens dans les Panama Papers.

Il relève de la souveraineté algérienne d’autoriser ou non un étranger à pénétrer sur son territoire. Le seul problème est que du coup on parle plus de cet incident diplomatique que de la visite en elle-même. Ce n’est pas bien grave, dans huit jours tout sera oublié et cela n’aura pas empêché les affaires d’avancer.

Le parallèle est édifiant entre les démocraties qui demandent des comptes à leurs dirigeants jouant avec l’offshore fiscal et l’Algérie qui réagit en cassant le thermomètre avec ce refus de visa à des journalistes d’investigation. On peut prédire qu’un jour les responsables algériens devront aussi rendre des comptes à leurs citoyens…

Pessimisme et complainte au Bar du Port

La contestation contre le projet de loi travail s’organise, plutôt modestement d’ailleurs, quelques manifestations, l’incontournable pétition sur change.org et un peu d’agitation sur les réseaux dits sociaux. Ce projet de loi vise à faciliter les licenciements et à donner la priorité aux accords d’entreprises sur la loi. C’est en cela qu’il est soutenu par les syndicats patronaux, qui en demandent toujours plus bien entendu, mais qui se réjouissent de voir un pouvoir socialiste aller dans une direction que même l’opposition conservatrice n’avait pas osé emprunter.

Croyez-vous que les consommateurs du Bar du Port, critiques enjoués et fidèles de la « gauche-laxiste », se réjouiraient de ce projet de loi ? Que nenni, les voilà maintenant à l’attaque de ces manifestants qui refusent le projet.

A force de pessimisme, de complainte permanente, de vision cataclysmique, de nombrilisme envahissant, la France s’enfonce dans cet immobilisme sclérosant qui la caractérise depuis plusieurs décennies. Une loi qui fait bouger les lignes déclenche par définition des réactions. Que certains contestent les projets des autres, quoi d’étonnant ? C’est la comédie humaine.

Le mythe du projet « gagnant-gagnant » est une escroquerie intellectuelle de plus. En matière économique, généralement ce que l’un gagne l’autre le perd, mais l’intérêt général peut bénéficier d’une redistribution des intérêts particuliers. C’est l’honneur du pouvoir d’essayer de privilégier cet intérêt général, c’est sa noblesse de l’expliquer et si possible de convaincre les citoyens du bien-fondé de ces réformes. La tâche est complexe dans un pays de râleurs !

Lire aussi La réforme du code du travail