Archive – 2016/11/29 – Paris Salle Pleyel

Archive @ salle Pleyel, Paris, 29/11/2016

Et voici encore un nouveau disque des Archive qu’ils présentent à la salle Pleyel : The False Foundation, désormais dédiée au Rock. La production des britanniques est plutôt du genre effrénée ces dernières années ; la qualité est globalement là, le renouvellement est permanent.

Le show démarre avec une scène dont les autres cotés sont entourés d’une fine gaze à travers laquelle on distingue les musiciens et sur les faces desquelles le light show projette de fascinantes images. Les quatre premiers morceaux sont extraits de The False Foundation : rythmés, saccadés, électro, c’est un éblouissement en sons et lumières … Pleyel s’enflamme pendant que défilent sons et images hypnotiques. Les Archive surprennent avec cette nouvelle musique jouée sur un visuel rénové et moderne, on ne les attendait pas vraiment là, mais quelle bonheur de la voir s’épanouir dans cette modernité musicale. Pollar est toujours grimé en poncho-sombrero-cheveux long, Darius ne tient plus en place et quitte souvent des claviers pour battre le rythme les poings levés, tous sont aussi enthousiastes que leur nouvelle production est dynamique. Un vrai bonheur partagé !

A temple of light love sinister
All climbing to the gates of golden good times
Everything you thought now a distant blur
Forgiven for the lies hate twisted horror
The burning of hope and the dreams you had
Left back at home with a mother crying
Arms raised up to the love collected
We’re all going to the land of pure happiness
With the king of the false foundation

Après Crushed extrait de Restriction et interprété dans la même veine électro, Holly Martin assure ensuite Hatchet qui l’a fait connaitre alors que le light show se déploie en tournoyant sur les six côtés du cube au centre duquel sont toujours réfugiés les musiciens, puis Kid Corner alors que des danseurs apparaissent en image comme prisonniers derrière une vitre matérialisée sur le fond de scène et c’est au milieu de ce morceau que s’effondre les quatre murs fictifs libérant ainsi les artistes désormais offerts à la vue directe du public.

Libéré de cette camisole le groupe va alors retourner vers les morceaux plus classiques de son catalogue, toujours aussi enthousiasmants, après cet incroyable renouveau électro de la première moitié du show. Le show se termine sur une version endiablée et toujours bienvenue de Bullets avant un Blue Faces plus apaisant offrant ainsi un retour à The False Foundation par où débuta le concert.
Un premier rappel se termine sur le classique Controlling Crowds, aux rythmes et harmonies toujours magiques. Again clôture le deuxième rappel et un show trip-hop d’anthologie. Quel enthousiasme, quelle jeunesse, quelle créativité diffusent ces sept britanniques qui prennent des risques et ne se reposent pas sur leurs lauriers. Le show millimétré s’est déroulé à la perfection, donnant pourtant le sentiment d’une machine folle, pour l’immense bonheur des fans.

Setlist : Driving in Nails/ Sell Out/ Stay Tribal/ The False Foundation/ Crushed/ Hatchet/ Kid Corner/ Pulse/ Splinters/ The Weight of the World/ Bullets/ Blue Faces

Encore : Bright Lights/ (Unknown)/ You Make Me Feel/ Feel It/ Controlling Crowds

Encore 2 : Again

Warmup : Dr Drone

 

Le bal des serpents à sonnettes

Juppé et Sarkozy
Juppé et Sarkozy

A peine connu le nom du vainqueur du premier tour des élections primaires conservatrices à l’élection présidentielle de 2017, ce fut le bal des serpents à sonnettes qui rallièrent François Fillon avant le deuxième tour. Laurent Wauqiez, le cornecul qui s’est bruyamment félicité de l’élection de M. Trump aux Etats-Unis, Eric Ciotti et Christian Estrosi, les âmes damnées du sarkozysme dans le sud, Christian Jacob qui avait déjà trahi son ami Jean-François Coppé pour rallier le panache de Nicolas Sarkozy…, bref, c’est un festival de retournements de veste à grands coups de tweets auto-satisfaits et louangeurs.

Tel Vercingétorix à Alésia, ils viennent tous déposer leurs armes aux pieds de François Fillon qui a écrasé le premier tour et s’apprête à remporter le second. Seuls quelques retardataires ont joué le mauvais cheval : Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-François Coppé ou encore Valérie Pécresse soutiennent Alain Juppé.

Le vainqueur final est François Fillon et tous désormais s’affichent derrière lui. C’est le jeu de ces élections primaires qui sont venues se substituer à la décision des partis pour nommer leurs candidats. Devant l’impossibilité de s’entendre au sein des instances des partis politiques sur un nom incontestable à cause des conflits d’ambitieux, sauvages comme des caïmans dans le marigot, la décision a été poussée chez les supporters et militants, chargés de trancher un débat qui n’avait pas pu l’être au niveau supérieur. Cette procédure est présentée comme une avancée démocratique alors qu’elle ne fait que masquer l’indécision des partis. Son principal inconvénient est qu’elle allonge d’une année supplémentaire la durée de la campagne électorale présidentielle en France : sur un mandat de cinq ans, la dernière année est cette de la campagne pour l’élection suivant et l’avant-dernière année est celle de la campagne pour les primaires… Pas sûr que la démocratie n’y ait vraiment beaucoup gagné !

DESPENTES Virginie, ‘By-bye Blondie’.

Sortie : 2004, Chez : Le Livre de Poche #30517

Le roman dérangeant de la vie d’une punk de Nancy, alternant entre bars glauques et bureaux du RMI, consommant à l’excès bière et LSD, injuriant ses parents et la société, fréquentant les concerts des Bérurier Noir et les bastons punks contre Teddy boys… C’est la chronique désabusée d’une gamine dévastée par la désillussion et la marginalisation, sans doute pour partie inspirée par la vie de l’auteur. Il y a du vécu dans la description de cette zone crade et violente, dans le langage ordurier (mais souvent hilarant) de l’héroïne, mais aussi des moments de tendresse lorsque la punkette essaye de dominer sa rage pour se laisser aller à vers l’amour mais là aussi la compromission est difficile.

Le style est vif et tendu, comme une chanson des Sex-Pistols. C’est l’histoire saccadée de la mise au rebut d’une jeunesse qui finalement sait aussi partager des moments heureux dans la dévastation.

Les électeurs de gauche qui votent à l’élection primaire de droite

Charlie Hebdo - Juin
Charlie Hebdo – Juin

Dans un dîner en ville le chroniqueur rencontre des représentants de cette étrange catégorie d’électeurs de gauche qui sont allés voter à l’élection primaire conservatrice à l’élection présidentielle de 2017 en France. Ils sont déçus du résultat et persuadés que si François Fillon et son programme libéral sont présents au deuxième tour en 2017 face à la candidate d’extrême droite, celle-ci l’emportera car la France moyenne refusera les mesures libérales déjà annoncées par Fillon dans son programme. C’est une possibilité et, de toute façon, nous aurons les dirigeants que nous méritons.

Dernières cartouches

Charlie Hebdo – Juin

En pleine campagne de publicité Alain Juppé pollue les répondeurs téléphoniques de citoyens qui n’en demandent pas tant. Le chroniqueur effaré en rentrant chez lui écoute ce message pathétique et racoleur :

Bonjour c’est euh (SIC) Alain Juppé, la disparition des services publics de nos territoires qui hélas, s’accélère, c’est le déclin assuré et c’est l’abandon des françaises et des français qui habitent ce territoire, or la France c’est la France des territoires. Pour ma part je pense indispensable que l’Etat soit présent au plus près de vous, pour vous protéger, pour vous soigner, pour vous aider. La présence de la République, par ses services publics pour maintenir l’unité de la nation et accompagner l’ensemble des français et des françaises est essentiel et je m’engage à tout faire pour maintenir cette présence. Dimanche 27 novembre, au second tour de la primaire, nous devons nous en souvenir, j’ai besoin de vous et je compte sur vous.

Le coiffeur de Trump

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Donald Trump, président élu des Etats-Unis d’Amérique fait ses premières annonces depuis son élection en mettant de l’eau dans son vin. Le mur à finir de construire à la frontière du Mexique pourrait n’être qu’une clôture. La loi instaurant une assurance-santé obligatoire pourrait n’être que réformée et non plus abrogée. Etc. Il n’a pas encore précisé s’il comptait changer de coiffeur.

Le niveau du débat politique

Charlie Hebdo - Coco
Charlie Hebdo – Coco

Alain Juppé, 71 ans, maire de Bordeaux et candidat à l’élection primaire conservatrice à l’élection présidentielle a été appelé Ali Juppé par quelques-uns de ses bons amis politiques au prétexte qu’il a négocié en tant que maire avec un religieux musulman de sa ville, proche des Frères musulmans, sur une question de projet de construction de mosquée. Un grand moment du débat politique largement caricaturé et dénaturé par la presse et le Café du commerce, comme à leur habitude.

En réalité Juppé estime qu’on ne peut pas gommer complètement les origines de la diversité française, religieuses et autres, le tout dans une laïcité intelligente bien comprise. Evidemment cela heurte les plus conservateurs de ses amis de droite, qui le font savoir de leur élégante façon.

Les racines de l’Occident

Alors que le vice-président élu américain Mike Pence affiche ses idées créationnistes et son rejet de Darwin, le débat sur les racines chrétiennes de l’Occident est un must dans les différentes campagnes électorales en cours. Evidemment on ne peut pas reprocher à un catholique pratiquant de croire en ce qui est écrit dans la Bible, ni à un marxiste fervent de croire les analyses et recettes qui sont rassemblées dans le Capital. Mike Pense croit que Dieu a créé le monde en 6 jours, dont l’homme, puis la femme à partir de la côte de l’homme, puis s’est reposé le 7ème jour. C’est littéralement ce qui est écrit dans la Genèse, et Mike Pence y croit dur comme fer, comme nombre de pratiquants. C’est consubstantiel de la foi religieuse. On ne peut pas d’ailleurs leur prouver formellement que c’est faux, juste faire appel à leur intelligence, mais trop souvent, le dogme consume la raison, hélas !

Le problème n’est pas tant que des gens, mêmes bien éduqués, croient au dogme, mais il réside plutôt dans les gens qui ont écrit toutes ces sornettes et les militants qui continuent à les vendre. Le pape François 1er n’est finalement pas si révolutionnaire que l’on veut bien le croire et son institution continue à répertorier les miracles de Mère Theresa et consorts pour sanctifier leurs auteurs. Derrière un discours humaniste qui est finalement de bon sens (comme celui qui le tient), il croit et fait croire que Noé est mort à 950 ans, que Moïse a partagé la mer rouge en deux et que Jésus a marché sur l’eau, faits sur le déroulement desquels on peut raisonnablement avoir des doutes. La vraie modernité serait que l’Eglise chrétienne, ou au moins catholique, admette que tout ce fatras idéologique n’est que balivernes et billevesées, ce qui n’empêcherait pas de continuer à prêcher l’amour du prochain.

Ce concept de « racines chrétiennes » de notre civilisation européenne est par trop militant. Nos racines ce sont celles de l’Humanité de notre continent où la violence, l’esprit de conquête, la rouerie et l’intelligence de ses habitants ont permis à ceux-ci justement de survivre, de tuer, de conquérir et de s’extraire de l’aspect régressif de la religion pour faire émerger la science et la pensée libres, pour faire que Darwin l’emporte sur Jésus. Et toute cette évolution a commencé avec l’Homme de Cro-Magnon, soit bien avant que la première ligne de la Bible n’ait été écrite. Si l’Europe n’avait pas eu cette puissance et cette liberté de pensée peut-être serions-nous toujours un peuple de bigots continuant à immoler ses incroyants. Lorsque l’Eglise catholique a évolué vers la modernité, c’est le plus souvent contrainte et forcée par la société. Elle l’a rarement fait d’elle-même.

La religion est une des idéologies des temps. Athènes et Rome ont au moins autant marqué et influencé notre vieille Europe que la Bible, ancien et nouveau testaments réunis. Pourquoi favoriser l’influence de Moïse plutôt que celle de Périclès ou de Platon dans les références à ce que nous sommes ? Les grecs dans leur philosophie ont privilégié l’Homme sur le dogme et leurs dieux. En cela ils ont fait bien plus progresser l’Humanité que les religions. Celles-ci ont bien sûr influencé nos civilisations, mais il n’est pas sûr que le bilan soit positif. Elles viennent en tout cas d’accoucher d’un vice-président américain créationniste. On eut préféré qu’il s’inspire de Périclès plutôt que d’Abraham.

Tic verbal compulsif : la dynamique

Créer la dynamique devient un tic verbal compulsif autant dans le monde des business plans en entreprise que dans les cénacles politico-médiatiques. Les publicitaires qui ont envahi les entourages de nos dirigeants ne placent pas deux phrases fumeuses sans y intercaler la dynamique, et les journalistes qui n’ont pas le temps de lire les programmes politiques compensent leurs faibles connaissances en plaçant de la dynamique à tous les étages.

Le dictionnaire Larousse définit le mot ainsi :

Ensemble de forces qui entraînent, provoquent un mouvement, une évolution à l’intérieur d’une structure en développement : La dynamique révolutionnaire.

Les pubards employant ce terme veulent laisser entendre que le candidat qui les rémunère a suffisamment d’idées ou de charisme pour auto-déclencher un cercle vertueux vers plus de bonheur et d’efficacité. Les mêmes nous expliquait il y a trente ans qu’un baril d’Omo valait mieux que deux barils d’une lessive lambda… Bref, créer une dynamique pour un politicard revient à mieux se placer en tête de gondole, à grand frais payés aux agences de publicité.

Impéritie complète des vendeurs de sondage

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Au soir d’une élection primaire pour désigner un candidat conservateur à l’élection présidentielle française de 2017, les vendeurs de sondages d’opinion font une nouvelle fois preuve de leur impéritie totale en ayant ressassé depuis des mois le succès d’un duo de tête alors que c’est finalement un troisième homme qui écrase les deux autres de par son score.

Lire aussi : Les sondages meublent l’absence d’analyse de la presse

Et à peine connue l’ampleur de leur erreur, les voici de nouveau au premier plan pour prévoir le résultat du deuxième tour de dimanche prochain. La presse repart aussitôt dans ses habituelles circonvolutions autour d’anticipations oiseuse e tout repart comme si de rien n’était. Une presse incompétente s’appuie sur des sondeurs prétentieux. Le mieux est sans doute de négliger les uns comme les autres.

Lire aussi : L’incompétence infinie des sondeurs

MALAPARTE Curzio, ‘Kaputt’.

Sortie : 1946, Chez : Le Livre de Poche 19/20.

Livre en partie autobiographique, « Kaputt » est la chronique désabusée d’un officier italien pérégrinant au cœur de l’Europe centrale conquise par les allemands à partir de 1941, période où l’auteur fut lui-même correspondant de guerre dans cette région. Des conversations surréalistes avec Hans Franck, gouverneur général allemand en Pologne, des rencontres avec des soldats oustachis, soutiens croates des nazis, des soirées avec la princesse Louise de Prusse, petite fille du Kaiser Guillaume II, la pêche au saumon en Laponie avec un général allemand fou, la visite du ghetto de Varsovie avec Himmler, puis le retour dans une Italie dévastée, ce récit romancée paru en 1943 peu après le débarquement allié en Italie narre la guerre telle qu’elle est, terrifiante et pourtant si humaine.

Malaparte, citoyen italien né de père allemand, s’engagea dans l’armée française durant la première guerre mondiale, fit partie du cénacle intellectuel qui soutint un temps la révolution sociale proposée par la fascisme italien des années 20, puis s’opposa à Mussolini qui le fit emprisonner.

Dans « Kaputt » le héros-voyageur provoque avec finesse ses interlocuteurs nazis pour les faire raisonner au bout de leur bêtise criminelle, dans la vraie vie Malaparte participa au combat contre le fascisme, avec ses articles, ses livres et par les armes pour libérer son pays.

« Kaputt » c’est la chronique d’une Europe qui s’effondre dans le chaos, mais écrite avec une élégance qui en accentue encore l’aspect décadent.

Pete Doherty – 2016/11/17 – Paris le Bataclan

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La salle parisienne du Bataclan reprend vie après avoir été le lieu de l’attaque terroriste islamiste que l’on sait il y a un an, laissant 90 cadavres sur le carreau, et encore une quarantaine de plus dans des bars des environs. Les propriétaires voulaient dépasser ce triste souvenir de la déraison humaine avec la musique pour laquelle cette salle fut conçue. Sting a officiellement assuré le concert de la réouverture il y a quatre jours, Doherty prend sa suite pour deux soirées. Hier Carl Bârat est venu le rejoindre pour quelques morceaux.

La première partie est tenue par Jack Jones, musicien poète qui assurera les guitares plus tard dans le groupe de Pete Doherty. Il déclame ses poèmes entre deux riffs introduisant au mieux le chaos romantique qui s’annonce.

Une apparitrice introduit le show en demandant une minute de silence qui ne durera que… dix secondes comme le remarque Doherty arrivé pendant ce temps costumé-chapeauté comme à son habitude. Un drapeau français tagué « Fuck Forever terrorism » pendouille sous un ampli. Le groupe est plutôt jeune, un peu hésitant, comprend deux femmes dont une violoniste qui ébauche une Marseillaise pour débuter, reprise par la salle pour compenser cette minute de silence avortée.

Le show démarre dans une joyeuse agitation et se déroulera de façon désordonnée, à la Doherty… Les reprises des Libertines et de Babyshambles déclenchent l’enthousiasme de la foule qui chante et pogotte avec énergie. Pete sort de scène, y revient, se désape, balance dans la foule ce qui lui tombe sous la main, y compris sa guitare. Deux danseuses font une apparition au milieu du show et réalisent quelques entrechats sur une musique qui s’y prête peu. C’est un bordel musical si charmant !

Dans cette atmosphère survoltée et tellement britannique, Pete Doherty et son groupe jouent un rock débridé et revigorant, définitivement électrique. On y retrouve la fraîcheur des origines du rock, la poésie destructrice du mouvement punk tempérée d’un peu de sereine douceur diffusée par les musiciennes et les danseuses.

Le show se termine sur Fuck Forever : How d’you choose between death and glory?/ Happy endings don’t bore me/… / Fuck forever/ I’m out of your mind… puis Pete décroche le drapeau français et la passe délicatement à l’horizontal sur les mains tendues des spectateurs pour qu’il serpente doucement vers le fond de la fosse. Mais au milieu du chemin, un furieux s’en empare et le roule en boule pour l’envoyer balader. Faute de goût, qu’importe, la bonne éducation n’est pas forcément synonyme de rock mais ce soir le Bataclan revit et Doherty poursuit son parcours musical titubant et incandescent.

Setlist : La Marseillaise/ I Don’t Love Anyone (But You’re Not Just Anyone)/ Last of the English Roses/ Kolly Kibber/ You’re My Waterloo (The Libertines song)/ The Steam/ The Whole World Is Our Playground/ Oily Boker/ Down for the Outing/ Hell to Pay at the Gates of Heaven/ Killamangiro (Babyshambles song)/ Up the Bracket (The Libertines song)/ Albion (Babyshambles song)/ Flags of the Old Regime/ Fuck Forever (Babyshambles song)

Nadine Morano s’esclaffe

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De nombreux candidats français de tous bords surfent sur la vague populiste et s’auto-persuadent de plus en plus que pour être élu il faut raconter aux électeurs ce qu’ils veulent entendre. Ils pensent pouvoir cacher leur absence de conviction, voire compétence, par une recrudescence de leurs propos de Café du commerce. Rares sont ceux qui résistent encore à la tentation. On aura les dirigeants que nous méritons.

 

Un nouveau candidat à l’élection présidentielle

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Emmanuel Macron, 38 ans, diplômé des meilleurs écoles, au cœur de la politique économique du quinquennat Hollande comme conseiller économique à la présidence puis ministre de l’économie, annoncé qu’il se présente à l’élection présidentielle de 2017. L’homme est sympathique, bien habillé et développe un discours socio-libéral de salon qu’il va lui falloir affiner et préciser. Il se dit « ni de droite ni de gauche » et ne se présente pas à des primaires mais directement à l’élection principale.

Il n’a pas de parti derrière lui, seulement un mouvement « En Marche ! ». On ne sait pas comment il pourra financer sa campagne mais il s’avance. C’est ambitieux. Les partis institutionnels ont déjà commencé à le dézinguer consciencieusement. A défaut de programme ou de projet, il délivre pour le moment sa jeunesse et sa nouveauté. Ce sont déjà deux arguments électoraux porteurs.

Son annonce ajoute encore un peu plus à la confusion de cette élection présidentielle où se bousculent les candidats, tous persuadés d’être l’Homme providentiel pour sauver la France. A suivre.

The Cure – 2016/11/15 – Paris Bercy

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The Cure ont donné ce soir à Bercy un beau concert, le show d’un groupe de légende qui a marqué son époque plus que tout autre. Un concert sans trop de surprises sinon celle de nous ramener avec bonheur et sérénité aux années musicales de notre passé, mais un concert émouvant tant Robert Smith est le héros d’une génération, de plusieurs d’ailleurs si l’on en juge par la pyramide des âges de l’audience présente aujourd’hui.

Et notre héros est concentré sur sa musique, sa guitare et son chant, un peu ailleurs. Il n’a jamais été vraiment loquace mais il donne l’impression maintenant de s’être retiré dans son monde, celui de sa musique et de ses mots, qu’heureusement il entrouvre légèrement à… 20 000 fans ce soir.

Mal fagoté dans un sweat-shirt noir informe à zip et capuche, une rangée de colliers improbables au cou, ses cheveux filasses à la célèbre mise en plis en pétard qui commencent à grisonner voire à se raréfier, et le rouge à lèvres bien sûr ; c’est la panoplie classique curienne mais qui n’a plus grande importance au regard de l’œuvre. Elle est juste un rappel à la tradition, une fidélité de l’apparence qui fait partie de l’éthique du bonhomme. Sur sa guitare noire, une ligne de chiffres mystérieux…

Le groupe a changé sa composition depuis son dernier passage en 2008. Porl Thomson a été remplacé par Reeves Gabrels, guitar-heroe qui a connu son heure de gloire avec David Bowie qu’il accompagna brillamment (instrument et compositions) une bonne dizaine d’années avec Tin Machine et l’époque Hearthing. Tatouages, cheveux courts et barbichette peroxydés, il est plus en retrait que lorsqu’il accompagnait Bowie mais il est vrai que Smith est lui-même un redoutable guitariste et le créateur. Avec David il faisait plus qu’accompagner, il partageait. L’amitié entre Gabrels et Smith daterait de leur rencontre lors du concert pour les 50 ans de David où défilèrent nombre des rockers amis et inspirateurs du maître ! En présentant Smith lors de cet évènement, Bowie parla de « one of the best exentric British band », ensemble ils jouèrent magistralement The Last Thing You Should Do et  Quicksand, Gabrels à leur côté !

Simon Gallup est à la basse quasiment depuis le début du groupe, Roger O’Donnell aux claviers pour cette tournée et Jason Cooper à la batterie. Le light show est modeste, tout est pour la musique. Et quelle musique : presque trois heures d’une set-list historique ; 40 années d’hymnes qui ont ponctué nos vies.

Evidemment le show est un peu plus tourné vers les tubes que les compositions plus fortes mais aussi plus torturées. Alors se succèdent Push, In Between Days, Just Like Heaven… Love Song, cette si jolie comptine offerte à Mary le jour de leur mariage : However far away/ I will always love you/ However long I stay/ I will always love you/ Whatever words I say/ I will always love you… Et, a priori, ils s’aiment encore.

L’audience, toutes générations confondues, crie sa joie et danse sans compter mais lorsque retentit la guitare déchirante de Smith sur One Hundred Years on revient sur la période gothique la plus brillante du groupe : It does’nt matter if we all die… pas forcément la plus optimiste ! Puis le show se termine ensuite sur End.

Le premier rappel se clôt sur le mystérieux et envoûtant A Forest: …I’m lost in a forest/ All alone/ The girl was never there/ It’s always the same/ I’m running towards nothing/ Again and again and again and again… Un cri qui se perd dans les étoiles de la nuit, scandé par une voix métallique étirée à l’infini sur une basse obsédante.

Deux autres rappels viennent encore prolonger notre plaisir avant que notre Robert Smith s’en retourne en coulisses, guitare en bandoulière, d’un pas lent après avoir évoqué avec nous ce soir quelques étapes de 40 ans d’une inspiration incandescente qui le place au niveau des plus grands.

Setlist : Open/ All I Want/ Push/ In Between Days/ Primary/ Pictures of You/ High/ Lovesong/ Before Three/A Night Like This/ The Walk/ Just Like Heaven/ Trust/ From the Edge of the Deep Green Sea/ The Hungry Ghost/ One Hundred Years/ End

Encore I : It Can Never Be the Same/ Burn/ Play for Today (Not planned in the setlist)/ A Forest

Encore II : Lullaby/ Fascination Street/ Never Enough/ Wrong Number

Encore III : The Lovecats/ Hot Hot Hot/ Friday I’m in Love/ Boys Don’t Cry/ Close to Me/ Why Can’t I Be You?

Warmup : The Twilight Sad

Un petit village breton accueille des migrants

village-breton

Dans le cadre de la fraternité française inscrite aux frontons de toutes nos mairies, un petit village breton a accepté d’accueillir sa part de misère en hébergeant 30 immigrants venus du camp de Calais démantelé il y a peu. Les frais sont pris en charge par le contribuable national. Le conseil municipal a approuvé le principe. Sur 27 conseillers, 24 ont voté pour et trois se sont abstenus. La durée de cet accord est limitée dans le temps et, comme l’état d’urgence, sera sans doute renouvelée après les vacances de fin d’année période durant laquelle le lieu d’accueil est pris par ses occupants habituels.

On voit depuis les immigrants se promener dans le froid venteux du bord de mer. Y-a-t-il des dealers de shit dans le groupe ? Peut-être. Des apprentis terroristes ? On ne peut pas l’exclure. Est-ce que ce petit village se serait mieux porté sans devoir accueillir ces personnes ? Sans doute. Mais loin des messages vengeurs et des slogans abrutissants émis par le microcosme sur Tweeter, on voit que lorsque de vraies décisions sont à prendre localement, elles sont prises dans la responsabilité et la quasi-unanimité. Jusqu’ici personne n’a cherché à incendier le centre d’accueil comme ce fut le cas à plusieurs reprises à Paris XVIème.

Le camp sauvage de migrants à Calais a pu être démantelé grâce à ce sens des responsabilités de communes comme ce petit village breton. Il ne va pas être facile d’éviter sa reconstitution à Calais, mais un sort un peu plus humain est réservé à 30 personnes. Cela ne règle rien sur le long terme, cela créera peut-être quelques difficultés localement mais le pire n’est jamais sûr. Si des problèmes apparaissent, eh bien des gens intelligents et de bonne compagnie tenteront de les résoudre dans le calme et la raison.

C’est en tout cas l’honneur de ces municipalités de participer à cet effort national :

PV du conseil municipal du 9 septembre 2016 – Les migrants de Calais : Monsieur le Maire informe l’Assemblée de l’information reçue des services de la Préfecture, relative à l’accord donné par la Caisse Centrale des Activités Sociales (CCAS) pour accueillir 30 personnes du 10 octobre au 22 décembre 2016 sur son site situé à T. Monsieur le Préfet de département a validé cette offre et l’a faite remonter au Préfet de Région, coordonnateur de la démarche auprès du ministre de l’intérieur. Celle-ci intervient dans le contexte du démantèlement à venir du camp de Calais et l’accueil dans les différents départements au sein de centres d’accueil et d’orientation (CAO) créés à cet effet en Bretagne notamment. Les publics concernés sont des migrants d’origines diverses : afghans, pakistanais, érythréens, irakiens… actuellement à Calais qui se verront proposer des hébergements provisoires d’une durée limitée (entre deux et trois mois) leur permettant de se ressourcer et de repenser leur projet migratoire avec éventuellement le dépôt d’une demande d’asile en France. L’hébergement et alimentation sont pris en charge intégrale par l’Etat selon l’accord passé avec la CCAS, un accompagnement social sur place, financé par l’Etat, est effectué par l’association COALLIA qui gère déjà pour l’Etat des CAO sur Saint-Brieuc ainsi que des places d’hébergement pour demandeur d’asile (CADA) et qui a l’expérience de gestion de ce type de dispositif et la connaissance de ces publics. La sécurisation du site est assurée par la présence la nuit et le week-end d’un veilleur, et est financée également par l’Etat via COALLIA. Monsieur le Maire ajoute avoir demandé une vigilance particulière durant le week-end, Monsieur le Préfet en avisera la gendarmerie.

LE CONSEIL MUNICIPAL, après en avoir délibéré, à vingt-quatre voix pour et trois abstentions (Madame XXX, Messieurs YYY et ZZZ)  – EMET un avis favorable au projet d’accueil de 30 personnes au centre de vacances de la CCAS d’EDF dans le cadre du démantèlement du camp de Calais.

Wauqiez félicite Trump

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Il fallait bien que Laurent Wauqiez se sente solidaire du nouveau président élu américain. Voilà qui est fait, sur Tweeter bien entendu, car on ne sait pas bien à ce stade ce que M. Wauquiez retient ou rejette dans le programme de gouvernement de Donald Trump. Les 150 signes de Tweeter permettent d’éviter de trop s’engager sur le fond et offre un rétropédalage plus facile le cas échéant.

La presse continue à tirer le débat vers le bas

Question idiote d’un journaliste crétin posée à Christiane Taubira sur France-Inter en ce jour premier anniversaire des attentats terroristes religieux islamistes du 13 novembre à Paris :

Les 130 victimes sont-elles « mortes pour la France » ou pas ?

Question du chroniqueur effaré :

Mais qu’est-ce que l’on vous apprend dans les écoles de journalisme ?

Sus à l’assurance santé obligatoire

Drapeau_Etats-UnisL’arrivée prochaine au pouvoir à Washington d’un président républicain va sans doute marquer les derniers jours de la loi sur l’assurance santé obligatoire mis en place avec difficulté par l’administration Obama. Sur son site web de campagne, l’équipe du président élu affirme :

On day one of the Trump Administration, we will ask Congress to immediately deliver a full repeal of Obamacare.

However, it is not enough to simply repeal this terrible legislation. We will work with Congress to make sure we have a series of reforms ready for implementation that follow free market principles and that will restore economic freedom and certainty to everyone in this country. By following free market principles and working together to create sound public policy that will broaden healthcare access, make healthcare more affordable and improve the quality of the care available to all Americans.

Ben Carson, un médecin à la retraite, (très) conservateur, candidat aux primaires avant de se retirer pour soutenir M. Trump, il pourrait être un possible futur ministre de la santé du nouveau gouvernement, a qualifié cette loi de « pire fléau depuis l’esclavage ». L’impétrant étant lui-même afro-américain, on mesure l’ampleur du fossé qui sépare les partisans du dogme libéral (free market principles) de ceux en faveur de l’intervention de l’Etat dans certains domaines. Ce sera le premier test en grandeur nature des partisans de Dieu et du Marché contre ces gauchistes bolchéviques que sont ces républicains ayant soutenu Hillary Clinton !

Leonard Cohen est décédé

1934-2016
1934-2016

Leonard Cohen est décédé cette nuit à 82 ans, quelques semaines seulement après la sortie de son dernier disque : You Want It Darker. Dans le refrain de la chanson éponyme il répétait :

Hineni, hineni/ I’m ready, my lord.

Que la terre lui soit légère et son Dieu reconnaissant de la beauté et de pureté qu’il a déversé sur le chaos de la terre sa vie durant.

Lire le magnifique article du New York Times sur l’artiste : Leonard Cohen Makes It Darker

Et les chroniques de quelques concerts parisiens :