Le niveau du débat politique

Charlie Hebdo - Coco
Charlie Hebdo – Coco

Alain Juppé, 71 ans, maire de Bordeaux et candidat à l’élection primaire conservatrice à l’élection présidentielle a été appelé Ali Juppé par quelques-uns de ses bons amis politiques au prétexte qu’il a négocié en tant que maire avec un religieux musulman de sa ville, proche des Frères musulmans, sur une question de projet de construction de mosquée. Un grand moment du débat politique largement caricaturé et dénaturé par la presse et le Café du commerce, comme à leur habitude.

En réalité Juppé estime qu’on ne peut pas gommer complètement les origines de la diversité française, religieuses et autres, le tout dans une laïcité intelligente bien comprise. Evidemment cela heurte les plus conservateurs de ses amis de droite, qui le font savoir de leur élégante façon.

Les racines de l’Occident

Alors que le vice-président élu américain Mike Pence affiche ses idées créationnistes et son rejet de Darwin, le débat sur les racines chrétiennes de l’Occident est un must dans les différentes campagnes électorales en cours. Evidemment on ne peut pas reprocher à un catholique pratiquant de croire en ce qui est écrit dans la Bible, ni à un marxiste fervent de croire les analyses et recettes qui sont rassemblées dans le Capital. Mike Pense croit que Dieu a créé le monde en 6 jours, dont l’homme, puis la femme à partir de la côte de l’homme, puis s’est reposé le 7ème jour. C’est littéralement ce qui est écrit dans la Genèse, et Mike Pence y croit dur comme fer, comme nombre de pratiquants. C’est consubstantiel de la foi religieuse. On ne peut pas d’ailleurs leur prouver formellement que c’est faux, juste faire appel à leur intelligence, mais trop souvent, le dogme consume la raison, hélas !

Le problème n’est pas tant que des gens, mêmes bien éduqués, croient au dogme, mais il réside plutôt dans les gens qui ont écrit toutes ces sornettes et les militants qui continuent à les vendre. Le pape François 1er n’est finalement pas si révolutionnaire que l’on veut bien le croire et son institution continue à répertorier les miracles de Mère Theresa et consorts pour sanctifier leurs auteurs. Derrière un discours humaniste qui est finalement de bon sens (comme celui qui le tient), il croit et fait croire que Noé est mort à 950 ans, que Moïse a partagé la mer rouge en deux et que Jésus a marché sur l’eau, faits sur le déroulement desquels on peut raisonnablement avoir des doutes. La vraie modernité serait que l’Eglise chrétienne, ou au moins catholique, admette que tout ce fatras idéologique n’est que balivernes et billevesées, ce qui n’empêcherait pas de continuer à prêcher l’amour du prochain.

Ce concept de « racines chrétiennes » de notre civilisation européenne est par trop militant. Nos racines ce sont celles de l’Humanité de notre continent où la violence, l’esprit de conquête, la rouerie et l’intelligence de ses habitants ont permis à ceux-ci justement de survivre, de tuer, de conquérir et de s’extraire de l’aspect régressif de la religion pour faire émerger la science et la pensée libres, pour faire que Darwin l’emporte sur Jésus. Et toute cette évolution a commencé avec l’Homme de Cro-Magnon, soit bien avant que la première ligne de la Bible n’ait été écrite. Si l’Europe n’avait pas eu cette puissance et cette liberté de pensée peut-être serions-nous toujours un peuple de bigots continuant à immoler ses incroyants. Lorsque l’Eglise catholique a évolué vers la modernité, c’est le plus souvent contrainte et forcée par la société. Elle l’a rarement fait d’elle-même.

La religion est une des idéologies des temps. Athènes et Rome ont au moins autant marqué et influencé notre vieille Europe que la Bible, ancien et nouveau testaments réunis. Pourquoi favoriser l’influence de Moïse plutôt que celle de Périclès ou de Platon dans les références à ce que nous sommes ? Les grecs dans leur philosophie ont privilégié l’Homme sur le dogme et leurs dieux. En cela ils ont fait bien plus progresser l’Humanité que les religions. Celles-ci ont bien sûr influencé nos civilisations, mais il n’est pas sûr que le bilan soit positif. Elles viennent en tout cas d’accoucher d’un vice-président américain créationniste. On eut préféré qu’il s’inspire de Périclès plutôt que d’Abraham.