HERR Michael, ‘Putain de mort’.

Sortie : 1977, Chez : Albin Michel.

A l’occasion du récent décès de Michael Herr et des différents conflits « exotiques » qui embrasent actuellement la planète, on relis son chef d’œuvre, « Putain de mort [Dispaches en anglais] ». Il y raconte ses dix-huit mois de pérégrination comme correspondant de guerre au Vietnam. Il a ensuite collaboré aux scenarii des films « Apocalypse Now » et « Full Metal Jacket ». On y retrouve à chaque fois l’atmosphère hallucinée de cette guerre effrayante et inutile qui se terminera avec 2 à 3 millions de morts. Herr y décrit la vie des troupes américaines à une époque où les journalistes pouvaient circuler librement sur les différents fronts en utilisant les hélicoptères de l’armée comme des bus. On partage la vie de ces gamins appelés depuis le fin fond de l’Amérique à se battre contre le « communisme », c’est dire s’ils étaient motivés… On assiste au siège de Khe Sanh où combattent ces appelés et des militaires professionnels, aux bombardements des forces aériennes américaines à coup de napalm, de défoliant ou de munitions à fragmentation qui continuent encore d’exploser aujourd’hui. On partage les veillées de ces soldats au cœur de la terreur dans la jungle, qui fument des joints en écoutant Hendrix et les Doors avant de mettre leur mortiers en batterie pour tenter de repousser les offensives des troupes vietnamiennes du nord.

Herr décrit aussi de façon glaçante certaines personnalités émergeant au cœur de cette guerre : les Lurps (Longe Range Reconnaissance Patrols) qui partaient à 3 ou 4 pour des patrouilles au cœur de la jungle où les rencontres avec l’ennemi se passaient toujours de façon terrible, les forces spéciales qui descendaient au cœur des tunnels creusés par les nord-vietnamiens pour se protéger des bombardements et s’y affrontaient sous terre au couteau et dans le noir, les soldats américains qui rempilaient car ne pouvant plus se passer de l’adrénaline générée par cette guerre…
Il aborde aussi mais de plus loin la situation des soldats « ennemis » qui vivaient dans des conditions guère meilleures, animées par l’esprit de résistance mais aussi encadrés par la police politique du régime qui n’était pas peuplée que de poètes.

D’un front à l’autre, les journalistes repassent par l’Hôtel Continental de Saigon pour le « repos du guerrier » à grandes rasades d’alcool et d’hallucinogènes.

Ce récit de Michael Herr se déroule comme un solo de Jimi Hendrix : tragique, heurté, sombre et beau. La guerre y est décrite comme elle est : une tragédie ! Et qui s’est terminée dans le cas du Vietnam comme il était probable qu’elle le devait. Le nord communiste a étendu son aile sur l’ensemble du pays dès que les américains l’ont évacué et, 40 ans plus tard, l’économie capitaliste est de mise et son gouvernement « communiste » se tourne vers Washington pour sa protection contre l’ogre chinois !

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