de TALLEYRAND Charles-Maurice, ‘Mémoires de Talleyrand 1/5,

Sortie : 1967 (écrit au XIXème siècle), Chez : Jean-de-Bonnot

Talleyrand, prince de Bénévent, né en 1754, a commencé une carrière ecclésiastique avant la Révolution de 1789, puis l’a abandonnée pour la diplomatie au sein de laquelle il déploya ses talents jusqu’à sa mort en 1838 après avoir servi tous les dirigeants français de Louis XVI à Louis-Philippe en passant par Napoléon 1er.

Il a traversé une époque guerrière et agitée qui a façonné l’Europe d’aujourd’hui. Il a participé à tous les grands traités de ce temps. Ses mémoires sont un trésor, évidemment subjectif. Il porte son regard d’homme libéral et européen sur les réalisations et les errements d’une Europe qui dominait la planète.

Son regard acéré analyse aussi la politique française et l’ambition des hommes. Certains jugements sont toujours d’une pleine actualité : les emprunts d’Etat, la versatilité du peuple et donc de ses dirigeants, l’ambition dévastatrice de Napoléon qui mena la France au bord du gouffre, l’importance de l’économie, etc.

« L’agriculture n’est point envahissante : elle établit. Le commerce est conquérant : il veut s’étendre. »

Il fait une description ravageuse du duc d’Orléans qui joua un rôle trouble durant la Convention et finit sur l’échafaud. Il traverse et conseille la Révolution, le Consulat puis le 1er Empire de Napoléon. Toujours écouté, souvent suivi, parfois manipulateur, il plaida pour un équilibre européen susceptible de mettre fin aux guerres intestines qui épuisaient le peuple et ruinaient le pays.

Alors que Napoléon étend ses conquêtes, déjà la question ottomane se pose ; on cherche l’amitié des russes, on repousse les assauts de l’anglais, on démantèle l’Espagne et, partout l’empereur cherche à installer sa famille dans les monarchies des pays frontaliers. Au congrès d’Erfurt en 1808 Talleyrand est la manœuvre entre le tsar de Russie et Napoléon. Il pousse plus ses idées que les intérêts mégalomanes de son maître. La Russie tiendra bon et ne se laissera pas entrainée dans des guerres inutiles contre l’Autriche et l’Espagne. Cela sera le début du déclin français.

D’un style élégant et tout en finesse Talleyrand restitue cette époque faite de luxe et de culture pour son aristocratie (entre deux négociations à Erfurt, Napoléon croise Goethe), de guerres et de misère pour la majorité de la population. Il décoche des piques acérées contre les faiblesses du système, il anticipe les évolutions à venir. Il juge les Hommes. Passionnant !

« Tout progrès vers l’ordre véritable serait impossible au-dedans, tant qu’on aurait pas la paix au dehors, …, puisqu’on m’appelait à concourir à son rétablissement, je devais y donner tous mes soins. »

 

« Les hommes gardent rarement leur énergie jusqu’au terme de leur carrière. Les courtisans vieillissent de bonne heure, et aussi, presque tous les hommes qui vieillissent deviennent courtisans. »

 

« Les mots de République, de Liberté, de Fraternité, étaient inscrits sur toutes les murailles, mais les choses que ces mots expriment n’étaient nulle part. … Tout était violent et, par conséquent, rien ne pouvait être durable. »