GENEVOIX Maurice, ‘Ceux de 14 (4/4) – Les Eparges’.

Sortie : 1950 (édition définitive), Chez Flammarion.

Quatrième et dernier volume du récit « Ceux de 14 » c’est le récit de la bataille frontale contre les « boches ». La compagnie de Genevoix monte en première ligne et intégrée dans une attaque pour récupérer une crête de la Meuse, celle des Eparges. L’auteur raconte la terreur provoquée par les bombardements sur les soldats blottis au fond de tranchées pleine de boue, l’héroïsme de gamins de 20 ans qui doivent sortir de la protection illusoire de ces tranchées pour monter à l’assaut et récupérer un bout de la tranchée d’en face après en avoir tué les occupants. Il dit le fatalisme des hommes face à la mort qui tombe en pluie sur leurs copains, blessés, tués, déchiquetés, ensevelis, parfois noyés dans la boue… il s’agit juste de ne pas en être !

« Sois calme… » je me répète : « Sois calme. Regarde sans horreur ; écoute sans épouvante ; il n’y a rien à faire que ce que tu as fait : coller ton corps au parapet, juste ici, et te lever de loin en loin, lorsqu’un obus frappe dans la tranchée… Sois calme.

Cernés par la mort, ces hommes doivent aussi la donner par devoir :

« J’ai tiré ; eh bien ! Oui, j’ai tiré. Lorsque je m’élançais là-haut, était-ce donc vers la joie de tuer, vers l’Allemand qui allait apparaître ? J’ai obéi. Malgré ma vie, contre ma vie, j’ai fait ce geste monstrueux de pousser ma vie sous les balles, et de l’y maintenir, pendant que mon revolver me cognait le poignet. Il n’y a que nous, que nous : ceux qui sont morts ; ceux qui étaient parmi les morts et qui ont eu, comme eux, le courage de mourir. »

Et au milieu de cette terreur inutile pour se disputer quelques arpents de terre boueuse, Genevoix sera blessé en mars 1915, quelques balles reçues au fond de sa tranchée. Il survit, la guerre se termine trois ans plus tard et il écrira cette somme vertigineuse sur une guerre sordide qui n’a fait que flatter les égos de politiciens de rencontre et de militaires d’un autre siècle. Et, préparer la guerre suivante, celle de 39/45…

Un récit hommage à ceux qui ont vécu cette horreur, le livre est dédié :

« A mes camarades du 106
En fidélité
a la mémoire des morts et au passé des survivants »