Les jeunes et la communication

Le chroniqueur sexagénaire se fait rappeler par une gamine de 25 ans que « les moins de 30 ans n’écoutent pas leurs messageries téléphoniques » ! Il est vrai que cette jeunesse ne parle plus beaucoup au téléphone que ce soit en direct avec un interlocuteur ou via une messagerie ; les jeunes pianotent sur leurs écrans tactiles des messages en quelques signes via une multitude d’applications diverses. Il faut juste s’en souvenir et si l’on a besoin de communiquer avec un moins de 30 ans, cela ne sert à rien d’user sa salive, un petit texto sera bien plus efficace et atteindra immédiatement son destinataire.

WIESEL Elie, ‘Le testament d’un poète juif assassiné’.

Sortie : 1980, Chez : Points R39

Elie Wiesel, rescapé des camps d’extermination et éternel penseur-témoin de la barbarie européenne, raconte par la voix de son héros (le poète juif assassiné) le drame des idéologies qui ont mis l’Europe du XXème à genoux au bord du gouffre, dont elle ne fut tirée que grâce à l’intervention du nouveau monde. Né en Roumanie, Paltiel a traversé nombre des calamités de ce siècle tragique : les pogroms antisémites en Europe de l’Est, l’installation du nazisme en Allemagne, l’exil en France dans les années 30′, l’adhésion au communisme internationaliste, la guerre d’Espagne, les procès antisémites de Moscou et, finalement son exécution dans les prisons staliniennes. Poète, il a laissé des écrits que le greffier à l’instruction de son procès détaillera à son fils muet parti refaire sa vie en Israël.

On traverse ce siècle vertigineux avec passion et douleur car ce sont nos ancêtres, pas si anciens que cela, qui ont généré tous ces massacres en surfant sur l’espoir de peuples qui croyaient pouvoir refaire le monde. L’engagement communiste de Paltiel rappelle que les populations juives martyrisées ne furent pas les dernières à croire à ces idées, et même à chercher à les mettre en place en Israël où l’organisation de kibboutz n’était pas fondamentalement différente de l’économie de kolkhoze. Leur déception fut grande comme celle des autres peuples embarqués dans cette propagande. Israël a essayé un temps de maintenir un esprit communautaire avant de se transformer en « start up nation » guerrière et bien éloignée des idéaux de ses fondateurs.

Ce roman fait le compte à rebours de l’effondrement moral d’un continent à travers la vie racontée de Paltiel qui parle certainement en grande partie au nom d’Elie Wiesel.

Baxter Dury – 2018/05/17 – Paris le Casino de Paris


Baxter Dury de retour avec un nouvel enregistrement : Prince of Tears, se produit ce soir au Casino de Paris. Un concert indispensable pour l’incontournable britannique accompagné d’un groupe efficace, jeune et sympathique. Entouré de deux femmes voix et claviers sur le front de scène, Baxter délivre un rock enlevé, parfois mélancolique mais original. Ca pulse élégamment, parfois chanté parfois parlé, l’homme passe du micro au piano et à la bibine avec un égal bonheur ! Découvert au début années 2000 il confirme une belle inspiration disque après disque, et délivre toujours de belles performances sur scène.

Cats on Trees – 2018/05/16 – Paris la Cigale


Concert parisien de ce sympathique duo français Cats on Trees pour la sortie de leur deuxième disque : Neon. Une pop légère et adolescente jouée avec engagement par Nina (voix et piano) et Yohan (batterie), accompagnés sur scène par un trio féminin de cordes : violoncelle, violon & bass, violon, ces trois grâces assurant également les chœurs. C’est doux et agréable. Ils rencontrent un franc succès de la part d’un public conquis par ces toulousains montés à la capitale.

Quelques rappels du droit de propriété


Une petite troupe de syndicalistes grévistes de la SNCF tente de pénétrer de force dans la gare Montparnasse pour communiquer avec les clients. Les forces de police l’en empêche et il y a un peu d’animation, fumigènes et coup de pieds dans quelques derrières grévistes. Le soir, sur les plateaux télévisés, l’un des syndicalistes, couvert de tatouages et vêtu d’un T-Shirt « AC/DC », se scandalise de cette offense en clamant : « la gare Montparnasse c’est chez nous » !

Il n’y eut personne pour rappeler à ce représentant que les propriétaires de la SNCF sont les contribuables qui détiennent la société, représentés par l’Etat, et ce d’autant plus qu’ils s’apprêtent à payer environ 50 milliards d’euros que la compagnie, insolvable, ne peut pas rembourser. Les contribuables sont donc chez eux dans la gare Montparnasse et les salariés de la compagnie sont leurs employés. Il serait bon de rappeler ces quelques principes de comptabilité publique à qui de droit.

Capacité de nuisance comorienne

Le ministre des affaires étrangères a répondu aujourd’hui à une question d’un parlementaire l’interrogeant sur des rumeurs de dîners en villes laissant penser que la République se préparerait à modifier le statut départemental de Mayotte pour tenter d’endiguer le flot irrépressible des migrants illégaux en provenance des îles des Comores. Une telle orientation aurait pour avantage de déférer à plusieurs recommandations de l’ONU demandant à la France d’accélérer le processus de négociation avec le Gouvernement comorien en vue de rendre rapidement effectif le retour de l’île de Mayotte dans l’ensemble comorien. Elle aurait par ailleurs comme résultat de mettre fin à la fiction de ce statut de département français qui n’a pas fini de faire souffrir.

Le ministre a expliqué également que l’Union des Comores refusait désormais de réadmettre ses citoyens, illégalement émigrés à Mayotte, département de la République française, et expulsés du territoire français. Cette situation montre par l’absurde qu’il n’est pas toujours facile d’expulser des personnes résidant illégalement en France, malgré les grandes envolées des conseilleurs conservateurs Macron-Le Pen et assimilés. Lorsque le pays d’origine ne veut pas reprendre ses ressortissants il est difficile de lui imposer. On se souvient des fameux « charters Pasqua », en 1986, du nom du ministère de l’intérieur du même nom qui dans un premier temps a fait rentrer les expulsés par des compagnies régulières, puis, lorsque celles-ci ne l’ont plus voulu car cela nuisait au confort de leurs passagers réguliers, sur ces compagnies charters avec des avions complets affrétés pour ce faire, puis, lorsqu’à leur tour les compagnies charter ont décliné, sur des avions de la République avant que l’un d’entre eux ne soit pris d’assaut et sérieusement endommagé par des citoyens maliens sans doute largement téléguidés par leurs dirigeants. Comme le ministre Pasqua n’a pas envisagé de parachuter les expulsés, ces expulsions ont été arrêtées et une négociation ouverte avec le gouvernement malien pour trouver une solution consensuelle.

Dans le cas des Comores, la France vient de décider de stopper la délivrance de visas aux citoyens comoriens voulant se rendre en France. C’est sans doute une façon de montrer ses muscles pour démarrer une négociation mais il ne va pas être facile de trouver un terrain d’entente, pourtant les deux parties auraient intérêt à rendre Mayotte à l’Union des Comores, sauf… les mahorais.

Madame la Députée,
J’ai déjà eu l’occasion de dire dans cet hémicycle que la rumeur sur la communauté d’archipels des Comores était sans fondement. Je vous le redis ici une nouvelle fois, très solennellement. Je regrette qu’un certain nombre d’acteurs continuent de répéter ces rumeurs par voie de presse. Nous ne transigerons pas sur le statut de Mayotte au sein de la République française, je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, je vous le redis.
Nous avons aussi été amenés à condamner ici et publiquement les mesures qui ont été prises par les Comores le 21 mars dernier pour interdire les reconduites de Comoriens entrés illégalement à Mayotte. Ces pratiques sont inacceptables.
Face au blocage que nous avons pu constater sur la réadmission depuis le 21 mars et face à la poursuite des arrivées de migrants irréguliers à Mayotte, nous avons décidé de suspendre la délivrance des visas demandés par les Comoriens vers la France depuis le 4 mai dernier, jusqu’à nouvel ordre.
Ceci n’empêche pas le dialogue et la discussion avec les autorités comoriennes – que je poursuis moi-même directement – afin que ce dialogue permette de lutter conjointement et efficacement contre les filières d’immigration illégale, et que nous puissions aboutir à des actions concrètes de développement aux Comores.
J’espère que la confiance et le dialogue que nous souhaitons permettront d’aboutir à ces résultats le plus rapidement possible.
Sachez que nous ne transigerons pas sur le statut de Mayotte au sein de la République française.

Lire aussi : Mayotte à la dérive

CYRULNIK Boris, ‘Un merveilleux malheur’.

Sortie : 1999, Chez : Editions Odile Jacob

Neuropsychiatre réputé et médiatique, Boris Cyrulnik développe dans cet ouvrage le concept de résilience qu’il a vulgarisé comme étant :

« la capacité à réussir, à vivre et à se développer positivement, de manière socialement acceptable, en dépit du stress ou d’une adversité qui comportent normalement le risque grave d’une issue négative. »

Appliqué aux enfants ayant affronté des traumatismes profonds (Auschwitz, inceste, guerre…) les développements de l’auteur sont plutôt optimistes sur la formidable capacité des enfants à rebondir, leur insatiable énergie développée pour continuer à vivre malgré les épreuves terribles qu’ils ont vécues et ce, pour peu que la société ou leurs familles (les deux en fait) soient capables de leur donner la structuration nécessaire à leur reconstruction. Et, il semble qu’un minimum leur soit seulement vraiment nécessaire.

L’auteur détaille nombre d’expériences menées depuis des lustres sur des populations comparables, les unes ayant subi des traumatismes profonds, les autres pas. Ceux qui réussissent leur vie loin de dépression et délinquance ne sont pas forcément ceux que l’on attend. Sous réserve que les traumatismes puissent être exprimés, que le passé ne tombe pas aux oubliettes et que l’environnement culturel et affectif délivrent les tuteurs nécessaires, ces enfants carencés réussiront mieux que les autres, par une inextinguible soif de vivre et de revenir dans la « normalité ».

Cyrulnik cite et illustre nombre de remèdes et de résultats de la souffrance : la créativité, le rêve, la « musculation » du « moi », la gestion du secret…, et il le fait dans un style très lisible même pour un néophyte de la psychiatrie. Il y a bien sûr des termes qui poussent le lecteur vers son dictionnaire mais celui-ci perçoit la puissance de la pensée derrière ces raisonnements souvent lumineux, les années de travail pour mieux connaître l’Homme et ses comportements. Un livre passionnant.

Décadence à Air France

A l’issue d’un énième mouvement social chez Air France et de x jours de grève, le pédégé de la compagnie aérienne Air France-KLM (détenue à hauteur de 14,30% par les contribuables français) a organisé un référendum interne, la dernière mode en matière de gestion participative, sur la politique salariale proposée pour cette entreprise versus celle exigée par les syndicats. Le garçon a mis sa démission en balance, tel MonGénéral en 1969 lors du référendum sur la régionalisation.

Les résultats sont tombés, et le personnel a dit non à son pédégé qui, du coup, démissionne. Le personnel continue ses grèves, la compagnie aggrave ses pertes, les passagers réservent sur d’autres compagnies, et la lassitude gagne tous les acteurs de cette tragi-comédie qui dure depuis des décennies, le plus souvent au frais des contribuables français qui ont dû sauver cette société de la faillite à plusieurs reprises, sans qu’on leur demande leur avis bien entendu. La compagnie aérienne a été en partie privatisée il y a quelques années, mais pas complètement ce qui rassure sans doute son personnel comme ses dirigeants qui se disent : « de toutes façons, les contribuables paieront toujours le prix de nos bêtises ». Et comme une bande d’enfants gâtés ils continuent consciencieusement à tondre le mouton qui leur sert d’employeur. Mais la laine se fait rare sur le dos de la bête de plus en plus maigrichonne et pelée.

Le ministre français des finances a déclaré :

« On se trompe si on pense que l’Etat [c’est-à-dire les contribuables NDLT] épongera les pertes d’un groupe qui ne réalise pas les efforts pour se mettre au niveau de compétitivité des compagnies aériennes concurrentes en Europe et dans le monde. »

Espérons qu’il tienne ses promesses ! Cette espèce de gestion triparties syndicats/ direction/ Etat a montré ses limites pour cette compagnie aérienne à la traîne des autres. Il ne faut pas s’interdire d’envisager sa privatisation complète même si cela doit entraîner sa disparition en tant qu’Air France-KLM. L’essentiel est que les résidents français puissent continuer à bénéficier de services de transport aérien pour se déplacer à travers la planète. Si Air France-KLM était rachetée par une autre compagnie, il est plus que probable que l’acquéreur continuerait à servir le marché français de 65 millions de citoyens, simplement il le ferait avec des méthodes de gestion purement privée, meilleur gage d’efficacité en la matière.

Les malheureux néerlandais de KLM doivent se mordre les doigts tous les matins de s’être alliés capitalistiquement en 2004 avec ce mouton-noir du transport aérien européen.

Nombre de compagnies aériennes plus ou moins nationales ont été absorbées ou liquidées aux Etats-Unis, en Suisse, en Allemagne, et que l’on sache les citoyens de ces pays continuent à prendre l’avion. Il faut en finir avec le feuilleton Air France à la tête de laquelle se succèdent énarques et grand commis d’Etat sans arriver à la faire tourner de façon harmonieuse et profitable.

Gibson en faillite


Le fabricant de guitares Gibson a déposé son bilan, mais avec un plan de continuation d’activité. Gageons que les créanciers de cette société consentiront à quelques sacrifices pour sauver cette marque mythique, utilisée par les plus grands !

JAOUEN Hervé, ‘Que ma terre demeure’.

Sortie : 2001, Chez : POCKET 11496

Un roman régional sur les conflits agricoles bretons entre les tenants de l’agriculture productiviste, et notamment de l’élevage industriel du cochon, et les partisans d’une agriculture « bio ». C’est un vieux sujet transporté sur le terroir breton où le présent à prouvé et démontre encore l’impasse économique et écologique de l’élevage industriel. Il y est question de querelles de politique locale, de syndicats agricoles, de chasse, de secrets de famille et d’histoires d’amour bien sûr. Le penchant de l’auteur pour les romans policiers amène une fin un peu sanguinolente qui n’était sans doute pas indispensable dans le contexte.