Israël se déchaîne

Israël fait parler d’elle ces derniers temps et pas toujours de la meilleure façon. En effet, face à des manifestations palestiniennes faisant mine de traverser leur frontière nord pour envahir Israël l’armée tire sur ces manifestants. Il y a des dizaines de morts et ce, le jour où le pouvoir inaugure en grande pompe la nouvelle ambassade américaine transférée de Tel-Aviv à Jérusalem marquant ainsi le soutien des Etats-Unis au fait que cette ville est la capitale unique d’Israël bien que l’organisation des Nations Unies ait voté plusieurs résolutions prônant Jérusalem comme capitale partagée entre Israël et le futur Etat palestinien à créer.

Et revient la petite musique religieuse rappelant que « Dieu a promis Israël au peuple juif » et que c’est ainsi, non discutable. C’est la vieille histoire des références historiques (et, pire, bibliques) pour justifier des conquêtes territoriales. Ces références peuvent être vraies, elles n’en sont pas moins subjectives par nature car jusqu’où remonte-t-on, à quel siècle s’arrête-t-on, la parole de quel vainqueur retient-on ? C’est sans fin et ce sont des fondements ne reposant ni sur le droit, ni sur la science, et encore moins sur la raison. Depuis Neandertal il y a toujours eu des peuples ou des tribus qui ont existé sur un territoire avant d’autres, cela ne leur donne pas pour autant de prééminence sur un territoire, sinon il faudrait rendre les Etats-Unis aux Apaches, les Antilles aux Arawaks, la Savoie à l’Italie et l’Algérie aux descendants d’Homo-Sapiens (qui étaient là bien avant les Kabyles).

Les israéliens et leurs soutiens se réfèrent à l’ancien testament de la Bible pour justifier le « grand Israël », la colonisation des territoires occupés et l’annexion de Jérusalem-Est. Les israéliens et leurs soutiens se réfèrent à l’ancien testament de la Bible pour justifier le « grand Israël », la colonisation des territoires occupés et l’annexion de Jérusalem-Est. Là c’est encore plus contestable car on ne sait même pas qui a écrit ce livre, qui l’a traduit. Il nous dit « Dieu a promis Israël au peuple juif », mais on ne sait pas bien qui est Dieu ; Henri IV ou César, on voit à peu près, mais Dieu on ne l’a jamais vu, il n’a jamais signé de traité international, il ne s’est jamais présenté non plus au cadastre avec un acte de propriété du territoire qu’il « donne au peuple juif » ! Et si l’on commence à croire la Bible sur le « Grand Israël » pourquoi ne faudrait-il pas croire non plus toutes les « vérités » assénées dans le Coran et qui justifient nombre de pratiques d’un autre âge. Non, les livres religieux sont des fables littéraires qui doivent rester dans les bibliothèques à la disposition des théologiens, et n’en point sortir.

Le gouvernement des Hommes doit reposer sur le droit et la Raison. Et il se trouve que le droit et la Raison après lui avoir octroyé un territoire en 1948 demandent à Israël de revenir dans ses frontières de 1967 en restituant les territoires conquis par la force et de partager Jérusalem comme capitale de deux Etats, dont celui de la Palestine à créer un jour. C’est sans doute la raison pour laquelle les conservateurs israéliens se réfèrent à la Bible plutôt qu’à l’ONU.

Après les dirigeants visionnaires, Ben Gourion, Golda Meir, Begin, Rabin, Peres, Israël est maintenant dans les mains d’un clan d’affairistes qui balancent entre l’extrême-droite et l’extrême-judaïsme et ne font pas honneur à l’esprit des fondateurs. Ils colonisent à tour de bras en violation des décisions de la communauté internationale pour imposer le fait accompli. Mais il y a un combat qui est perdu d’avance, c’est celui de la natalité : celle des arabes israéliens (20% de la population, en majorité musulmans) comme celle des pays arabes alentour qui est bien supérieure à celle des israéliens non arabes. L’Histoire est tragique et à terme ceux-ci seront balayés à la fois de l’intérieur de leur pays et de l’extérieur, un peu comme les occidentaux qui perdent progressivement de leur puissance face au reste du monde, ce qui n’est d’ailleurs pas une mauvaise nouvelle. Déjà sous cette pression démographique, Israël en est au point de devoir faire faire du tir au pigeon sur la frontière sud sur les arabes de Gaza pour les bloquer. Cela ne pourra pas durer éternellement, il leur faudra bien composer.

La détestation du monde arabe partagée en Occident, teintée d’une admiration des capacités militaires israéliennes font que ce pays bénéficie d’une indulgence excessive de nos pays. Gageons que l’intelligence et la raison vont prendre un jour le pas sur les sornettes religieuses, bibliques ou coraniques. C’est déjà plus ou moins le cas dans les démocraties occidentales et nombre de pays asiatiques, il n’y a pas de raison que cela ne diffuse pas un jour au Moyen-Orient. Cela prendra des générations mais c’est leur intérêt et celui du reste de la planète.

d’ORMESSON Jean, ‘Guide des égarés’.

Sortie : 2016, Chez : NRF GALLIMARD.

Au crépuscule de sa vie Jean d’Ormesson aligne quelques pensées dans ce court opuscule sur les grands thèmes de la vie : la disparition, la science, l’espace, l’air, l’eau… la vérité, l’amour, Dieu. C’est léger et inutile comme un livre de Jean d’Ormesson, élégant et éphémère comme son auteur disparu récemment.

Face aux mystères de l’univers et à la complexité de l’Homme, d’Ormesson fait preuve d’humilité et d’optimisme. Il ne cache pas son émerveillement devant la nature et les sentiments humains, mais, comme nous tous il s’interroge sans fin sur le sens de tout ceci.