Le Cameroun va employer son argent à meilleur escient

La fédération africaine de fouteballe constate que le Cameroun qui devait organiser une compétition régionale en 2019 ne sera pas en mesure de livrer les infrastructures attendues dans les délais, du coup voilà le pays privé de cette coupe qui sera organisée ailleurs. C’est une bonne nouvelle pour ce pays qui a vraiment d’autres priorités à prendre en compte que de construire des stades de sport dans un pays miné par le sous-développement, la corruption, la sécession entre anglophones et francophones, le terrorisme religieux, sans parler du vieillard de 85 ans qui occupe sa présidence depuis plus de 35 ans…

Ce malheureux pays concentre tous les errements de l’Afrique postcoloniale après avoir subi les ravages de la double colonisation britannique et française. Les dépenses qui seront ainsi économisées par la non-organisation de la compétition devraient pouvoir être réallouées à des sujets plus productifs et plus utiles à la population, à moins qu’elles ne viennent enrichir encore le clan présidentiel dont le parrain, Paul Biya, passe maintenant plus de temps en Suisse, entre sa résidence de nabab et l’hôpital local, que dans sa capitale.

La coupe « taliban » fait fureur

Voici une photo d’un journaliste du service public qui a adopté la coupe « taliban », crâne rasé et barbe fournie :

C’est une véritable mode virale qui saisit une portion significative de la population. Dès qu’une calvitie s’annonce les impétrants rasent le haut de la tête et libère le bas. Il faut dire que les talibans eux, n’attendent pas la calvitie pour adopter la coupe. Après Booba et Karis :

On a eu Thierry Henri :

Sans parler de notre voisin de palier…

Des manifestations anti-impôt

Une agitation frénétique s’est emparée de la rue et des plateaux médiatiques de France et de Navarre : le motif est une hausse des prix de l’essence, fruit d’une augmentation des cours du pétrole, sur le sacrosaint marché, et des taxes y afférentes dans un objectif écologique de rendre plus chères les énergies dîtes « carbonées ». L’objectif est plus qu’atteint puisque du coup une partie de la population manifeste dans la rue contre cette ponction de son « pouvoir d’achat ». Evidemment les plus défavorisés souffrent plus de ce genre de mesures que ceux qui le sont moins, c’est une vieille histoire, comme le disait naguère Snoopy (et Francis Blanche d’ailleurs) : « mieux vaut être riche et en bonne santé que pauvre et malade ».

Alors un certain nombre de citoyens, souvent ceux qui habitent en banlieue ou en province, sans tellement d’alternatives à l’utilisation de leur voiture pour aller travailler ou faire des courses, bloquent les routes et les ronds-points, marchent vers Paris aux cris de « Macron démission ». Ils réclament l’abolition de ces taxes qui amputent leur pouvoir d’achat. Bien entendu ceux qui peuvent absorber les conséquences économiques cette mesure se gardent bien de s’en féliciter pour ses effets bénéfiques.

Au niveau macro-économique ces augmentations auront évidement des effets car ceux qui voyagent, favorisés comme défavorisés, vont arbitrer leurs modes de transport en fonction de leurs coûts respectifs, voire même contre d’autres postes du budget familial pour les moins avantagés. Alors pour faire passer la pilule et tenter de calmer les manifestants, le gouvernement applique ce qu’il fait depuis des années et s’apprête à rendre à certains ce qu’il prendra en plus aux autres. Ainsi va la loi des transferts qui font grimper les dépenses publiques françaises depuis des décennies.

Les contestataires du jour se griment avec les gilets jaunes désormais obligatoires dans les automobiles. Ils manifestent un peu partout, se font infiltrer par des casseurs à l’occasion, réclament tout et son contraire et s’affrontent à la grande règle de la fiscalité qui, depuis des millénaires, veut qu’il vaut mieux tondre un peu tout le troupeau de moutons que de tondre uniquement mais complètement les boucs du troupeau. C’est de la statistique, pas toujours compatible avec l’équité. La spécificité française, outre le déni de cette loi statistique, est que les citoyens veulent à la fois payer moins d’impôts et voir les politiques et services publics se développer. Il suffit de « faire payer les riches » et l’on revient à notre loi statistique…

Cowboy Junkies sort un nouveau disque

Le très beau nouvel album des Cowboy Junkies est disponible et le groupe est en tournée en Europe, sans arrêt en France malheureusement. Comme souvent avec ce groupe canadien-anglophone il y est beaucoup question de désillusion et de la dévastation du temps qui passe, le résultat est magnifique, toujours porté au plus haut par la voix sublime de Margo Timmins :

Welcome to the age of dissolution
The days of death and anger
Old ideas become stronger, welcome

Welcome to the days of wine and roses
To the time of lost pursuits
New ideas taking roots… welcome, welcome…

Wauquiez dans tous les râteliers

Alors qu’un projet de loi sur l’ouverture de la procréation médicale assistée (PMA) aux couples homosexuels se prépare, Laurent Wauquiez rappelle quelques vérités devant un parterre catholique-conservateur de l’organisation Sens commun en expliquant que cette PMA qui existe depuis plusieurs décennies pour les couples hétérosexuels serait immanquablement étendue aux couples gays à partir du moment où le mariage de ceux-ci avait été légalisé. C’était écrit et c’est probablement ce qui va se passer, en ceci il n’avait pas tout à fait tort. Le problème avec ce garçon c’est que depuis qu’il a abandonné la philosophie pour la politique, il a perdu toute mesure et n’a pu s’empêcher d’assimiler la PMA de mener à l’eugénisme et au nazisme, ce qui a déclenché un peu d’émotion sur les plateaux télévisés fréquentés par le microcosme mondain, mais aussi des soignants pratiquant la PMA ainsi que les patients en bénéficiant.

Wauquiez s’adressait à un auditoire conquis qui avait déjà entendu Sarkozy, son ex-mentor, envisager de revenir sur le mariage pour tous. Il a eu son petit succès. Comme d’habitude il a dérivé vers la déraison et sa comparaison avec le nazisme n’a pas de sens et sans doute peu d’efficacité politique. Les militants de Sens commun ne veulent pas de la PMA ni de l’avortement car ces actes sont contraires à leur interprétation de la parole du Dieu auquel ils croient. Ils n’ont pas besoin de l’épouvantail du nazisme pour rejeter ces actes. Par contre les conservateurs et les centristes de droite peuvent être effrayés par un tel manque de sérénité d’un prétendant au pouvoir suprême. On se demande d’ailleurs si Wauquiez se laisse déborder par son bavardage de café du commerce ou si son discours est autocontrôlé ?

Ceci étant dit le débat sur l’extension de la PMA mérite d’être mené car quoi que l’on en dise, l’étape suivante sera la GPA (gestation pour autrui). C’est écrit également et cela ne sert à rien que de vouloir cacher cet agenda, sinon attiser les haines et les soupçons. Oui il y a un risque d’eugénisme, ou en tout cas de choix génétiques qu’il faut anticiper et encadrer, oui il y a une possibilité de dérives commerciales concernant l’acte de procréation, etc. Ce débat mérite de l’intelligence et de l’éthique comme on en usa lors des discussions sur les différents textes de loi sur la fin de vie. Il faudrait donc exclure les Wauquiez & co. de ce type de discussions. C’est hélas démocratiquement impossible.

King Crimson – 2018/11/16 – Paris l’Olympia

L’Olympia nov. 2018 – Robert Fripp photographié par Tony Levin

King Crimson de retour à l’Olympiapour trois concerts dans le cadre de cette tournée entamée en 2014 et rebaptisée « European Fall Tour 2018 ». Robert Fripp et les siens déroulent une setlist enrichie d’extraits de Lizard sans doute plus joués depuis longtemps ; magnifique troisième album du groupe, sorti en 1970 et d’inspiration très jazzy. Jon Anderson, le chanteur de Yes, chantait sur Prince Rupert Awake, ce soir il sera remplacé par la guitare de Fripp, magnifique ! Les King Crimson sont éternels.

Setlist :

Set 1 : Drumsons/ Larks’ Tongues in Aspic, Part One (with « La Marseillaise » snippet)/ Suitable Grounds for the Blues (with Jeremy Stacy piano intro)/ One More Red Nightmare/ Epitaph/ Red/ The Letters/ Sailor’s Tale/ Moonchild (including Bass, guitar and piano cadenzas)/ The Court of the Crimson King (including Coda)/ Discipline/ Neurotica/ Indiscipline/

Set 2 : CatalytiKc No. 9/ The ConstruKction of Light/ Fallen Angel/ Cirkus/ Lizard (Bolero, Dawn Song, The Last… more )/ Interlude (Guitar only, as an outro to Prince Rupert’s Lament)/ Cadence and Cascade/ Radical Action (To Unseat the Hold of Monkey Mind) (partial)/ Radical Action III/ Meltdown/ Radical Action II/ Level Five/ Encore : Starless



Le cubisme au centre Pompidou

George Braque, Le Viaduc à l’Estaque – 1908

Braque, Picasso, Fernand Léger, Delaunay (Robert et Sonia), le centre Pompidou de Beaubourg revient à la fondation du cubisme au début du XIXème siècle. Apollinaire écrivait :

« Le cubisme authentique, si l’on veut s’exprimer d’une manière absolue, serait l’art de nouvelles constellations avec des éléments formels empruntés, non à la réalité de vision, mais à celle de la conception. »

En 1908 un critique décrit les toiles de Braque comme « des schémas géométriques, des cubes » ; le cubisme est né, il va inspirer une époque, ses peintres et ses sculpteurs, un mouvement va infuser les artistes de ce temps en cassant les lignes et les habitudes. Cette exposition retrace et illustre cette histoire avec des toiles qui ne déclenchent pas vraiment d’émotion esthétique. C’est le cubisme…

Total in love with Morcheeba

Comme à son habitude, Skye, la chanteuse de Morcheeba, a retourné le Trianon ce soir par son sourire, sa grâce, son charme et son chant sublime. Leur nouveau disque s’appelle Blaze Away.

Setlist : Never Undo/ Friction/ Neveran Easy Way/ Otherwise/ The Sea/ Part of the Process/ Blaze Away/ TriggerHippie/ Blood Like Lemonade/ Slow Down/ Summertime (George Gershwin cover)/ Paris sur Mer/ Let’s Dance (David Bowie cover)/ Blindfold/ Let Me See

Encore : Sweet L.A./ Rome Wasn’t Built in a Day

La minute de silence à la radio

En ce jour de commémoration du centenaire de l’armistice de la guerre de 14-18, les journalistes de radio s’écoutent parler en commentant un défilé de dirigeants mondiaux sur le pavé parisien. Mais il y a une chose qu’ils n’aiment pas c’est la minute de silence propre à ce genre de cérémonie. Une minute de silence  nécessite en principe… le silence, c’est-à-dire se taire, fermer sa bouche, mettre ses cordes vocales au repos pour 60 secondes. Se taire pour un journaliste c’est une maladie honteuse, alors généralement au bout de 15 secondes ils reprennent la parole pour aligner les banalités qu’ils affectionnent. Ainsi va notre société qui privilégie la communication sur le fond.

Les caravanes passent…

L’Amérique latine connaît elle-aussi ses flux de migrants quittant des pays pauvres (Honduras, Guatemala et autres confettis d’Amérique centrale) pour espérer rentrer aux Etats-Unis d’Amérique, pays riche. Depuis quelques semaines ils ont monté des « caravanes »de plusieurs milliers de personnes remontant à pieds vers le Nord dans l’espoir de forcer la frontière américaine. Les dangers sont moindres que pour les migrants tentant de traverser la Méditerranée pour rentrer en Europe mais ils ne sont pas absents. Les membres de ces caravanes se font copieusement piller et racketter par les citoyens des pays qu’ils traversent et les femmes sont souvent forcées de délivrer des « services sexuels » pour poursuivre leur route. C’est un peu comme Mme. Michu à Paris qui en 1940 dénonçait son voisin juif pour pouvoir s’approprier son commerce ; pas très brillant mais ainsi va la condition humaine.

Evidemment, tout ceci est du pain-béni pour les conservateurs américains qui communiquent sur le grand-remplacement avec la subtilité d’un Eric Zemmour sur un plateau télé de variétés. En période d’élections législatives pour le renouvellement du sénat et de la chambre des représentants, la Mme. Michu de l’Amérique profonde vote pour le parti républicain avec détermination d’autant plus que le président annonce l’envoi de l’armée pour renforcer la frontière avec le Mexique et annonce qu’elle pourrait faire feu si les migrants montrent de l’agressivité. Zemmour va demander l’asile au Texas…

En réalité les pays riches sont confrontés à l’exigence d’accès à leurs territoires toujours plus forte venant des pays pauvres. Si l’on exclut le cas des réfugiés répondant à une autre logique, il y a dix ou vingt ans les travailleurs maliens rentraient en France de façon illégale mais discrète et espéraient qu’au bout du compte ils pourraient régulariser leurs situations, ce qui était souvent le cas. Il en allait de même pour les « latinos » pénétrant illégalement aux Etats-Unis. Aujourd’hui les flux des pays les moins avancés vers les pays riches, émigrant pour améliorer leur situation économique, ne semblent pas beaucoup plus importants en nombre de personnes qu’il y a vingt ans mais la revendication est désormais tonitruante. L’entrée sur le territoire riche est quasiment considérée comme un droit, consciemment ou pas, peut-être comme une compensation à l’inégalité frappante et croissante des niveaux de richesse respectifs. L’une des causes de cette inégalité est locale mais la politique des Etats-Unis n’est pas exempte de tout reproche à cet égard. On pourrait d’ailleurs en dire largement autant de la responsabilité passée de la France dans la gestion des pays africains de départ.

Le cas du Honduras est caractéristique, rongé par la corruption, la mauvaise gouvernance, le trafic de drogue de mafias barbares, il fut aussi un proconsulat de la politique américaine de lutte contre le communisme dans les années 70/80’ laissant des ravages profonds dans le système politique de ce pays. Alors ses citoyens s’estiment en droit d’émigrer aux Etats-Unis sans suivre la voie légale qui leur serait de toute façon refusée. C’est une espèce de migration pour solde de tout compte…

Le problème est que cetteexigence se heurte à la zemourisation des élites de nombre des pays riches dont les électeurs ne voient pas pourquoi ils devraient partager leur niveau de vie avec des va-nu-pieds. C’est une vielle histoire et les dirigeants démocratiquement élus sont bien obligés de prendre en compte aussi les revendications de Mme. Michu, qu’elle habite le Minnesota ou Nice. Le chemin est étroit entre l’action intelligente et le populisme. Il n’y a pas de réponse évidente une fois que l’on a dit qu’il faudrait favoriser le développement économique des pays de départ pour que leurs citoyens n’aient pas le besoin de les fuir…Quel que soit le jugement moral que l’on porte sur la légitimité de ces flux de migration économique il est maintenant incontestable qu’ils gangrènent le débat politique dans les pays riches et font évoluer progressivement les démocraties vers le bord du gouffre. On ne sait pas encore qui sera gagnant à la fin de la partie, sans doute pas la Raison.

MARCEL Gabriel, ‘En chemin vers quel éveil ?’.

Sortie : 1971, Chez : Voies ouvertes – Gallimard

Gabriel Marcel (1889-1973 ) est un philosophe, dramaturge, critique littéraire et musicien (à ses heures perdues). Auteur de nombreuses œuvres philosophiques et de pièces de théâtre, au crépuscule de sa vie il a décidé d’écrire non pas ses mémoires mais des pensées lui venant lorsqu’il jette un regard sur toutes ces années passées à réfléchir, analyser, écrire sur le sort de l’Homme.

Au cœur d’une période si fertile en philosophes de tous bords, il a aussi développé un courant que l’on a appelé « existentialisme chrétien » pas vraiment compatible avec l’existentialisme de Sartre semble-t-il. Bref, l’Homme n’est pas déterminé par quiconque mais libre et responsable de son existence. Gabriel Marcel s’étant converti à la religion catholique il ajoute Dieu à son existentialisme et là commencent les problèmes conceptuels. Mais qu’importe, il explique ce qu’il croit et n’exclut rien, y compris le spiritisme dont certaines expériences l’ont marqué.

La guerre de 14-18 a précédé sa conversion et l’a poussé vers l’existentialisme, quoi de plus symbolique de la liberté que celle prise par les hommes de s’entre-tuer ? Son passage au catholicisme en 1929 est sans doute le fait marquant de sa vie, et de sa pensée, sur lequel il ne cesse de s’interroger, voire de se justifier. Il reconnaît toutefois « le caractère hasardeux de l’engagement [souscrit] » et n’exclut pas totalement qu’il existe « une marge d’incertitude » quant à la réalité de la résurrection du Christ qui pourrait un jour être contredite. Malgré tout, création, compassion, universalité, mystère [« ce qui n’est pas problématisable »]… sont des concepts qu’il vit « charnellement » et qui nourrissent ses réflexions sur cette religion à laquelle il s’attache en pleine connaissance de cause, non comme à une bouée de sauvetage à ses angoisses mais qu’il reçoit comme une éclairante certitude intellectuelle. Pour lui les valeurs chrétiennes ne peuvent pas être vécues sans la foi et l’existence de cet humanisme semble justement lui confirmer l’existence de Jésus. Chacune de ses pièces de théâtre semble inspirée par ces réflexions. Il reste à les lire !

Au-delà de ce retour sur des décennies de foisonnantes réflexions philosophiques il note quelques passages de l’Histoire et de son existence : le décès du Général de Gaulle qui après une vie de combats glorieux souhaite être enterré dans un petit village de France auprès de sa fille Anne handicapée et morte très jeune ; le procès des basques de Burgos par le régime de Franco en 1970 ; l’adoption de son fils « … une sorte de greffe spirituelle » ; la musique « …capable de traduire cette conjonction du chagrin et de la joie, qui ne se laisse pas exprimer dans un langage conceptuel [au sujet de l’armistice de 1918] » ; le décès de sa femme et d’autres proches…

Gabriel Marcel connut une reconnaissance certaine de ses pairs, y compris à l’étranger. Docteur honoris causa dans nombre d’universités, récipiendaire de nombreux prix… ce livre retrace quelques étapes du parcours d’un humaniste du XXème siècle éclairé par la foi catholique. Les non-initiés ne comprendront pas tous les concepts abordés mais on pressent un humain qui participa à cette grande tâche de la Pensée et c’est bien là le plus fondamental.

Cold War de Pawel Pawlikowski

Staline, la musique et l’amour sont réunis dans ce joli film du réalisateur polonais Pawlikowski, déjà auteur de Ida. A la fin des années 40 un professeur de musique tombe amoureux d’une femme recrutée pour chanter dans un ensemble vocal plus ou moins aux ordres du parti comme nombre d’organisations de jeunesse (voire mêmes d’organisations quelles qu’elles soient à cette époque). Afin de progresser et de réussir, la chorale accepte de chanter aussi la gloire du petit père des peuples, en plus des chants traditionnels ruraux, première compromission. Au cours des années qui suivent, l’occasion se présente pour le couple de passer à l’Ouest. L’un franchira le pas, l’autre pas. Et ils se suivront et se retrouveront aux fils de leurs vies toujours tournées vers la musique, et au hasard des compromissions qu’il faut bien consentir avec ses idéaux, ou pas.

Le final est crépusculaire pour ce film tourné en noir et blanc dans des paysages d’un autre âge. La blondeur slave de Zula est encore plus bouleversante en noir et blanc. C’est triste comme une histoire d’amour.

Lire aussi : Ida

Nouvelle-Calédonie : une occasion manquée, mais rien n’est perdu

A la question « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » posée par référendum hier, 56,7% du corps électoral local a répondu Non. C’est plutôt moins que ce que les sondages avaient anticipé, mais cela reste une mauvaise nouvelle, pour tout le monde ! Malgré tout, 43,3% des votants étaient donc pour l’indépendance ce qui dénote une évolution certaine des mentalités. Heureusement, les négociateurs des différents accords préparatoires à ce référendum et le législateur avaient heureusement prévu des étapes suivantes et deux nouveaux référendums peuvent être déclenchés en fonction de la réalisation de différents critères dans les années à venir. Ces accords dit « de Matignon » datent de 1988 et ont été approuvés à 80% par un référendum national organisé à l’époque, malgré une faible participation.

Gageons que la route pour la décolonisation de la Nouvelle-Calédonie va se poursuivre conformément aux demandes des Nations-Unies.

 

C’est parti pour le Brésil

Le Brésil vient d’élire un président nouveau : ancien militaire, nostalgique de la dictature militaire dans son pays, présentant un programme économique libéral tout en étant à ce stade relativement flou, promettant de rétablir la sécurité dans un pays rongé par la violence, mais surtout, à l’unisson de nombre de ses pairs en Occident, affichant une vulgarité assumée, mélange de racisme, d’homophobie et de simplisme, bref, un plouc de plus à la tête d’un grand pays.

Elu très largement, il est légitime et soutenu par la majorité des brésiliens. Voyons ce que donnera l’application de ce nouveau programme de société que les démocrates n’ont pas su empêcher d’advenir, condamnés qu’ils furent par les électeurs pour la corruption endémique qui ravage ce pays avec son flot de violences diverses. Comme on le sait, la corruption est un mal qui diffuse dans une société : les gros sont très corrompus, les moyens le sont moyennement et les petits le sont un peu. Régler cette histoire va nécessiter un changement drastique des mentalités auquel tout le monde n’est peut-être pas complètement prêt, y compris dans les électeurs de ce nouveau président.

Rendez-vous dans 5 ou 6 ans pour un premier bilan !

Elysian Fields – 2018/11/01 – Paris la Maroquinerie

Elysian Fields en concert ce soir à la Maroquinerie, le duo new-yorkais Jennifer Charles (chant) et Oren Bloedow (guitare) est accompagné d’une rythmique bass/batterie tenue par deux jeunes musiciens joyeux et efficaces. Le groupe est emmené par la voix sensuelle et ondulante de sa chanteuse déclamant des textes troublants sacrément appuyée par son guitariste sous sa casquette de titi parisien. C’est l’archétype du groupe underground, puissant et sincère, qui joue  dans des salles modestes mais devant des spectateurs passionnés. Elysian Fields a aussi amélioré sa notoriété en France en participant à des albums de Jean-Louis Murat, autre parangon d’un underground cette fois-ci français.

La soirée est magnifique d’autant plus qu’elle fut introduite par Joe Bel, jeune chanteuse française folk qui s’accompagne merveilleusement à la guitare et est renforcée par un percussionniste, une jolie surprise.

TRUONG Nicolas, ‘Résister à la terreur’.

Sortie : 2016, Chez : Le Monde – l’aube.

Nicolas Truong est responsable des pages « Idées-Débats » du journal Le Monde. Dans les jours qui ont suivi les attentats religieux de 2015 à Paris, nombre de contributeurs ont écrit pour cette rubrique pour faire part de leurs analyses et sentiments suite à cette terreur. Cet ouvrage reprend les principaux textes de l’époque pour former un patchwork de pensées sur des évènements indicibles que l’on arrive toujours pas bien à expliquer ni à comprendre. Alors ces auteurs constatent cette barbarie qui est factuelle et avancent des théories inspirées de leurs propres parcours idéologiques :

  • les universitaires Kepel et Filiu démontent la chronologie des massacres et des évènements qui les ont précédés, en avançant quelques causes possibles dans le comportement occidental et prédisant de nouvelles vagues de terrorisme encore plus sauvages.
  • le philosophe Marcel Gauchet théorise le fondamentalisme comme une dérive propre à toutes les religions qui n’a pas, dans le cas de l’islam, la puissance de la modernité malgré le nombre de morts qu’il peut générer.
  • d’autres glosent sur le terme « guerre » employée alors par le président de la République.
  • certains (comme Edgar Morin) pensent que faire la paix au Moyen-Orient est la seule solution pour gagner la guerre contre l’Etat islamique.
  • Guy Sorman (essayiste défenseur de l’éco mie libérale) pensent que les inégalité économiques dans nos pays occidentaux forment les réservoirs de djihadistes ; il cite les effets pervers du « logement social » qui a abouti à des ghettos de « demi-citoyens », explique que la politique de l’emploi ne fait que favoriser ceux qui ont déjà un emploi. Bref, on dirait qu’il pense que si on avait laissé le « Dieu Marché » libre d’agir nous n’en serions pas arrivé là.
  • Etc.

En fait, tout ce gratin intellectuel a la critique facile contre les gouvernants mais ne propose pas véritablement de solutions pragmatiques et réalistes. En réalité, pas plus le citoyen lambda que le chercheur de Sciences-Po n’a encore bien compris comment des gamins français, certains issus de l’immigration et d’autres convertis à l’islam, peuvent se laisser embobiner par cette idéologie mortifère, d’autant plus qu’ils ne sont pas tous issus de classes matériellement défavorisées. A la différences des mouvements violents d’extrême gauche des années 60/70′ qui se sont éteints d’eux-mêmes par manque de combattants, le djihadisme ne manque pas de nouvelles recrues. C’est sans doute la différence entre une idéologie politique qui n’échappe pas complètement à la raison et une idéologies religieuse qui elle n’est basée que sur le dogme.

Ces intellectuels sont dans leur rôle, probablement les pouvoirs en charge de la sécurité des Etats attaqués font leur marché dans cette liste pour le moins diverse d’analyses et de conseils.