Les fouteballeux s’expriment

Un match de fouteballe a opposé en Egypte les équipes nationales d’Algérie et du Sénégal. La première a gagné et c’est un non-évènement pour la France mais des supporters de l’équipe gagnante d’Evreux, tout à leur joie, en ont profité pour sortir dans la rue et dégrader une statue de MonGénéral sur la place du Général de Gaulle, déclenchant un peu d’émotion dans cette municipalité. Outre la confirmation que le fouteballe additionné à la bière dissout les neurones, se confirme également la tolérance parfois suicidaire de la démocratie car on peut facilement imaginer la réaction des autorités égyptiennes si les supporters s’en étaient pris sur place à une statue de Nasser ou de Sadate…

LEBON Christine, ‘Survivance et Transmission’.

Sortie : 2019, Chez : academia – L’Harmattan.

Christine Lebon est une psychothérapeute belge qui a mené une recherche approfondie sur le statut des survivants du génocide rwandais de 1994 et leur capacité à transmettre/expliquer l’indicible aux générations suivantes. Basé sur un grand nombre d’interviews de rescapés et de leurs enfants, au Rwanda et en Belgique, dans des demeures comme sur les lieux des massacres (église de Nyamata par exemple) ce travail minutieux mené avec tact nous fait plonger au cœur de l’horreur et de l’incompréhensible.

Bien entendu, à la question « pourquoi ce génocide ? », il n’y a pas de réponse et c’est bien là toute la difficulté qu’affrontent les survivants et leurs descendants. Christine Lebon écoute et tente de qualifier cette inextricable situation dans laquelle se retrouvent les survivants qui désormais cohabitent avec les assassins sur les mêmes collines. Le mélange entre les ethnies Tutsi et Hutu aggrave encore le positionnement des uns et des autres : une survivante qui a eu un enfant avec un hutu ignore le rôle de celui-ci dans le génocide même s’il les a protégés, leur fils reste en pleine confusion, que lui dire ?

A la phrase maintes fois entendue : « les enfants ne savent rien », elle constate que les enfants sentent tout et posent des constats pleins de sens. Comment en serait-il d’ailleurs autrement alors qu’ils sont élevés dans cette atmosphère post-génocide si morbide ? La présence de la chercheuse est d’ailleurs parfois utilisée comme vecteur de la transmission de cette réalité complexe où vivent les survivants et les tueurs dans le même espace, national et villageois.

L’observateur occidental a tendance à « racialiser » son analyse : hutus contre tutsi. L’auteure tente de rationaliser cette haine entre deux parties de la population plutôt opposées par des critères dominants/dominés que par des différences ethniques même si leurs cartes d’identité mentionnaient à l’époque formellement la « race » : Hutu, Tutsi ou Twa (Pygmé) ; la lutte des classes plus que le conflit racial.

A la fin de l’ouvrage, modeste, Christine Lebon constate que « rien ne peut être affirmé sur l’avenir, pas plus d’ailleurs que sur l’origine » mais, pour le futur, sa tendance naturelle serait plutôt de suivre le questionnement agité des gamins plutôt que de s’en tenir au « silence fédérateur » pour aider à la reconstruction psychique et sociale de cette population mêlée. Le plus troublant pour le lecteur est d’en déduire que rien ne permet de penser qu’un tel génocide ne se reproduise pas, ici ou ailleurs.