Suzanne Vega – 2008/10/19 – Paris l’Alhambra

Suzanne Vega termine sa tournée Beauty & Crime à l’Alhambra de Paris. Heureuse surprise elle est accompagnée de Gerry Leonard qui a joué sur son dernier disque et accompagné David Bowie dans diverses pérégrinations, dont ses deux derniers disques et tournées.

La scène est décorée de tentures d’un noir d’encre sur lesquelles se détachent les yeux gris-bleus de Suzanne et la chevelure blanche-peroxydée de Gerry. Toujours d’une rare élégance, un chapeau sur ses cheveux roux, un tailleur moiré noir, discrètement accrochée à sa guitare dont elle joue avec un immense talent, Suzanne nous distille les étapes de sa vie à travers ces chansons que nous fredonnons depuis des décennies. Souriante et délicieuse elle introduit les morceaux d’une petite comptine et de discrets sourires : un amoureux à Liverpool, une ville sauvage et nue (New-York), Franck et Ava… Et toujours elle chante de cette voix brumeuse qui fait se perdre l’assemblée dans un paradis de douceur et de poésie.

Gerry de son coté torture ses guitares pour en tirer d’étranges sons en harmonie avec le folk ambiant, et il sait aussi le faire excellemment.

Suzanne ne change en rien ses habitudes artistiques, intellectuelle américaine jusqu’au bout des ongles, attachées à sa ville du fond du cœur (New York is a woman she’ll make you cry/ and to her you’re just an other guy) elle distille ce folk introspectif en un concentré d’intelligence harmonique, de tendresse musicale et de subtilité poétique.

Set list : Marlene on the Wall/ Heroes/ Small Blue Thing/ Caramel/ Gypsy/ Frank and Ava/ New York is a Woman/ Pornographer’s Dream/ Left of Center/ Tombstone/ The Queen and the Soldier/ Maggie May/ Some Journey/ In Liverpool/ Luka/ Tom’s Dinner

Encore 1 : Anniversary/ World Before Columbus

Encore 2 : Calypso/ Rosemary

Amy Macdonald – 2008/10/18 – Paris la Maroquinerie

C’est au son des cornemuses que cette écossaise de talent entre sur la scène de la Maroquinerie avec son groupe. Amy Macdonald ressemble à une jeune fille bien sage dans sa robe parsemée de petites étoiles, ses ongles faits et ses grands yeux bleus innocents. Nous sommes vite détrompés dès les premières notes de Poison Prince, nous avons face à nous un groupe de redoutables musiciens au service de compositions émouvantes. Un guitariste aux allures de gavroche sous sa casquette, un bassiste, un batteur et un clavier entourent Amy avec la complicité de vieux professionnels. Elle joue (très bien) de la guitare acoustique et chante (merveilleusement bien) d’une voix claire et puissante (un accent écossais à couper au couteau).

Le show gicle sans répit d’un morceau sur l’autre. L’association des deux guitares est parfaite, le reste du groupe est à l’unisson. Le bassiste sort une trompette sur l’intro de Let’s Start a Band. Le batteur vient jouer sur le devant de la scène pour Barrowland. La musique respire les grands espaces et la nostalgie des Highlands. Les rythmes parfois furieux nous rappellent le monde où nous vivons, celui d’une déplorable instantanéité alors que l’on aimerait se laisser porter par la poésie et la beauté de cette voix. Elle nous en laissera quelques rares occasions notamment sur une bouleversante version solitaire de Dancing in the Dark de Springsteen et Footballer’s Wife, une histoire de gloire et de rêve, qui nous fait sombrer dans une sombre introspection : Oh I don’t believe in the selling of your glories before you leave this life/ There’s so much more to see/ I don’t believe this is how the world should be.

Ces cinq gamins jouent avec l’énergie du désespoir une pop/folk électrifiée et enlevée. Tout est naturel et beau, comme un torrent d’eau glacée et transparente qui coule de la montagne et vous serre le cœur.

Notre temps d’amoralité n’a pas encore éteint l’inspiration de ces petits princes du rock, que Dieu nous les garde. Le public est aux anges. Le Bataclan du 13 novembre est déjà complet !

Set list : Poison Prince/ LA/ A Wish For Something More/ Mr Rock & Roll/ Fooballer’s Wife/ Barrowland Ballroom/ Youth of Today/ This is The Life/ Next Big Thing/ Hallelujah (L. Cohen)/ Run
Encore : Dancing In The Dark (B. Springsteen)/ Roas to Home/ Let’s Start a Band
Warm up: Jim Bianc

Amy Macdonald – 2008/11/13 – Paris le Bataclan

Je l’avoue, j’ai craqué et me suis rendu coupable du péché de gourmandise, voir de concupiscence ! Je n’ai pas pu m’empêcher de retourner voir Amy Macdonald au Bataclan ce soir après l’avoir vue à la Maroquinerie il y a 15 jours. Et quel bonheur ce fut de nouveau. Quelle voix, quelle sincérité, quelle jeunesse, quelle pugnacité. Un groupe uni et flamboyant.

Ils ont fait exactement le même show, démarrant tambour battant sur Poison Prince et terminant sur un Let’s Start a Band enflammé, ils étaient heureux et nous comblés. Elle a 22 ans et déjà un insondable talent. Habillée ce soir avec une robe noire et un grand nœud-nœud blanc en collerette, elle nous expliquer sur l’intro de Mr. Rock&’ Roll que c’est sur cette chanson que tout a démarré car nous avons bien voulu en faire un hit. Ouahhhhouh. Elle repasse à l’Olympia en mars et j’ai déjà mon billet.

Joseph d’Anvers – 2008/10/07 – Patis le Nouveau Casino

Joseph d’Anvers, on le connaît mieux depuis qu’il a signé le texte de la meilleure chanson (Tant de Nuits) du dernier disque de Bashung Bleu Pétrole. Alors un déplacement au Nouveau Casino était de mise ce soir. Il est accompagné d’un groupe de 4 musiciens guitare/ bass/ batterie et clavier. Grand, mince et barbu, à l’aise avec ses potes électriques, accueillant avec 2 invités (dont Money Mark des Beastie Boys), généreux avec le public, il revient d’un voyage au Brésil et aux Etats-Unis où il a écrit et enregistré son deuxième disque Les Jours Sauvages, sorti avant l’été.

Tout ce petit monde se déchaîne et entoure le Maitre de riffs aiguisés comme l’acier. L’énergie des guitares transcende des mots mélancoliques. Le rock produit son effet et fait monter les œufs en une neige parfaite qui recouvre le Casino de son avalanche. Joseph se régale, souriant, tressautant, heureux comme un gamin qui partage son nouveau jouet. 3 ou 4 rappels et son hit Kids rejoué trois fois dans la soirée avec Money : Perdu apeuré par le jour/ Mes larmes sèchent ma peur du vide/ Come alone and you’re be bright/ Kids are swinging out in heaven.

Un artiste à suivre.

Roth Philip, ‘Le complot contre l’Amérique’.

Sortie : 2004, Chez : . 1940 : Charles Lindbergh est élu président des Etats-Unis contre Roosevelt. Admirateur des nazis qui l’ont décoré et pacifiste convaincu, le célèbre aviateur mènera son pays sur une autre route que celle qu’heureusement il emprunta à cette époque. Derrière quelques pays de la vieille Europe, Washington adopte des mesures d’isolement des juifs… tout aurait pu très mal se terminer quand Roth fait se retrouver sa fiction et la vraie Histoire. Les personnages réels sont mêlés à ceux du roman et rappellent ainsi toute la noblesse du combat de Roosevelt qui n’a pas eu uniquement à affronter les puissances de l’Axe, mais aussi une opposition intérieure, pour mettre fin au désastre de la deuxième guerre mondiale.

Festival Rock en Seine – 2008/08/28>29 – Paris Parc de Saint-Cloud

The Do toujours fringants et adorables nous déploient sa musique de charme. Olivia dit sa joie d’être sur scène alors que le groupe était spectateur du festival l’an passé. Pas fatigués des nombreux festivals parcourus depuis le début de l’été, le trio nous offre la même fraîcheur et des couleurs toujours chaudes, costumes pastel, guitares claquantes, voix de charme.

Sainte Olivia pleine de grâce, rockez pour nous !

Dirty Pretty Things menés par Carl Barat, ex-Libertines, l’Union Jack serti autour de la taille en guise de ceinture, déroule un rock british pur et rude, sans fioriture ni chichi. Ce sont les héritiers de la tradition punk, ils en ont gardé l’énergie vitale complétée par un peu plus de technique et de musicalité. Avec eux on reste au cœur de la tradition rock british.

Tricky : c’est l’une des vedettes du festival. Ex-Massive-Attack, producteur et musicien de génie, il vient présenter son nouveau disque solo : Knowle West Boy. Le groupe s’installe à la nuit tombant et alors que la sono diffuse In the Air de Phil Collins. Tricky est en Perfecto sur débardeur blanc, crête de dreadloks et tatouages variés il a vite fait de tomber ces oripeaux pour nous exposer son corps de rêve.

Nouvel iguane trip-hop il vaut mieux que sa pose ne le laisse penser et sa musique est là pour le prouver : sombre, torturée, saccadée, tout en ruptures de rythmes, de voix, de sons. Tricky est accompagné de musiciens blancs extérieurement anonymes, musicalement performants, notamment une choriste qui fait plus qu’accompagner son intimidant leader.

Accroché à son micro, trépignant sous ses locks en bataille, Tricky est dans son monde, loin de nous, il paraît branché sur l’éternel lorsque pointant le doigt vers le ciel il répète à n’en plus finir I want Jesus come alors que les nappes de claviers et le beat obsédant des basses pénètrent les âmes sur la scène de la Cascade. Un show de toute beauté, étrange et dérangeant, mené par un artiste inspiré. Probablement l’un des points d’orgue de ce festival.

R.E.M. est de retour avec un nouveau disque (pas très intéressant) mais surtout l’immense plaisir de les revoir sur scène pour un énergique best of de leur carrière que l’on ne saurait oublier. Ils rencontrent d’ailleurs un franc succès. Michel Stipe n’hésite pas à descendre dans l’arène pour entonner The One I Love ou Looosing my Religion avec les premiers rangs fous de joie.

Stipe est resté le même, le crâne toujours superbement imberbe, une voix envoûtante, un charisme entraînant, une énergie sans limite, une foi irradiante : l’ex-avenir du Rock vieillit bien et enchante le Parc de Saint-Cloud pour une samedi soir ordinaire à Rock en Seine.

The Jon Spencer Blues Explosion : du blues messianique, bien lourd et bien gras, délivré par un garçon en costume bleu pétrole, accroché à sa guitare comme à une bouée de survie, qui en veut et qui y croit.
Kate Nash : une pop sucrée pour adolescente. Le chroniqueur est bien trop vieux.

The Raconteurs : 4 garçons chevelus emmenés par un duo de deux guitaristes solaires, Jack White et Brendan Benson, le blues américains dans toute sa puissance, qui exsude la chaleur du Tennessee et la fumée des saloons à cowboys. Les deux héros torturent leurs guitares avec délices et accompagnent les cordes électriques de leurs voix aigues.
Un super-groupe de copains qui se libèrent de leurs formats habituels pour faire parler la poudre. Après un set d’une heure, ils reviennent pour un inhabituel rappel de 30 mn qui déjà annonce la défaillance de… Amy Winehouse qui une nouvelle fois annule sa venue à Rock en Seine au dernier moment, back to black. Une annonce est faite au micro après le départ des Raconteurs et la foule, pas vraiment surprise, regagne tranquillement les stands à saucisses.

Cette fois Amy était la vedette du festival qu’elle devait clôturer ce dimanche soir sur la grande scène. Nouveau défaut de cette artiste autodestructrice, nouvelle déception pour le public français après sa prestation au Zénith que l’on dit déplorable. Quel dommage !

Justice : compte tenu du lâchage d’Amy le concert des français est retardé. Le chroniqueur y fait une petite halte histoire de s’imprégner de cette électro qui fait vibrer la jeunesse, avant un repli prudent pour préserver ses tympans. Jusque sur le pont de Saint-Cloud les basses du duo font vibrer l’atmosphère.

Bashung – 2008/06/11 – Paris l’Olympia

Quatre concerts à l’Olympia à guichets fermés pour Alain Bashung, rocker géant et poète poignant. Calvitie chimiothérapique, vêtu d’un smoking, chemise blanche ouverte, feutre et lunettes noires. Blues Brother tragique, il dirige ce soir une formation très épurée de quatre musiciens, light-show simpliste, la soirée est concentrée sur les mots et la musique, sombre bien sûr, sombre… à l’image de son dernier disque Bleu Pétrole, sorti depuis deux mois.

Artiste accompli, musicien et acteur, il promène sa poésie depuis trente ans sur la scène française, de compositions en films, de collaborations en réflexions. Rocker engagé, ses derniers disques sont des plongées dans la nuit. Le superbe L’Imprudence a donné lieu à la Tournée des grands espaces dont fut tiré un remarquable DVD. Bleu Pétrole est un retour à la simplicité folk brute, fruit d’un travail étroit avec Gaëtan Roussel de Louise Attaque (ces deux là étaient faits pour se rencontrer un jour), mais aussi avec Armand Méliés ou Gérard Manset. On retrouve sur les crédits du disque Mark Plati et Gerry Leonard, musiciens-producteurs de Bowie.

Ce soir le son de la voix est mixé très fort et la salle tremble sous le choc des phrases subtiles qui percutent les guitares acoustiques en une symbiose amère. Bashung est debout ou appuyé sur un tabouret de bistrot, économe de ses gestes, il présente une vraie posture de rocker, qu’il plaque des accords sur sa guitare noire ou déclame ses rimes secrètes. L’essentiel de Bleu Pétrole est servi à une audience émue et les retours sur le passé ne sont pas moins appréciés. La Nuit Je Mens est un sommet, What’s in a Bird, J’Passe pour une Caravane sont reçus avec délice. Deux rappels dont un duo avec Chloé et un bouleversant Angora : le souffle coupé/ la gorge irritée/ je m’époumonais/ sans broncher/ Angora/ montre-moi/ d’où vient la vie/ où vont les vaisseaux maudits.

Bashung nous quitte sur Nights in white satin, une reprise des Moody Blues. Tout le monde pense à son cancer mais l’homme est inchangé : une statue du rock français, érigée solitaire dans un univers fascinant dont il nous entrouvre les portes avec générosité. Et c’est toujours la même féérie du jeu des mots servis sur un lit de notes. D’ailleurs nous avons déjà notre place pour son Bataclan du mois de novembre prochain !

Roth Philip, ‘J’ai épousé un communiste’.

Sortie : 1998, Chez : . Le deuxième volume de la trilogie qui a commencé par la Pastorale Américaine et s’est terminée par La Tâche. Nathan Zukerman arrivé à l’âge mur passe six nuits à écouter le frère de son ami et mentor Ira Ringold revenir sur la vie de ce dernier en plein maccarthysme. Tableau redoutable d’un couple qui se déchire au cœur d’une Amérique qui s’affirme et se construit, ravages croisés de l’idéologie, industrialisation forcenée d’un pays gigantesque, des pauvres, des riches, des médias, de la violence politique, religieuse, des personnalités complexes, etc. Un style toujours époustouflant pour façonner la fiction et nous servir les histoires de notre misérable humanité dans ce creuset inépuisable que représente l’Histoire des Etats-Unis.

Massive Attack – 2008/07/23 – Arles les Arènes

Massive Attack au théâtre antique d’Arles, voila un programme alléchant que d’allier cette musique de notre temps avec la puissance romaine. Dieu merci nous ne sommes pas affectés aux arènes de la ville, temple de violence et de vulgarité, où les taureaux ont remplacé les gladiateurs, mais où le sang toujours attise la joie primaire du peuple. Non, le concert a lieu dans le théâtre antique d’Arles centre de gravité de la culture millénaire de notre civilisation, haut lieu de subtilité et d’intelligence. Un déplacement dans le sud était donc de rigueur, ne serait-ce que pour patienter jusqu’à la sortie du prochain disque des Massive Attack maintenant reportée à 2009.

Assis sur les gradins de pierre ancestraux, nous sommes prêts pour l’expérience intemporelle d’un nouveau concert de Massive Attack. Ambiance détendue, des gens du coin, des touristes en goguette dans le sud et quelques fans venus pour l’occasion.

Le soleil se couche lorsqu’apparaît Fink et son groupe intermittent bass-batterie, lui assis sur un tabouret joue de la guitare et chante, plutôt agréablement, un folk-rock bien pensé. A découvrir plus avant.

La nuit est noire et les Massive Attack nous invitent à les rejoindre dans ce monde trip-hop dont ils sont devenus les maîtres, tout en puissance et en sophistication. Quelques sons aériens fusent des synthétiseurs, Robert del Naja (3D) et Grant Marshal (Daddy G) s’installent derrière les platines et la rythmique si spécifique, double batteries / bass, s’empare de l’espace en nous plongeant immédiatement dans la violence live de ce groupe d’anthologie qui depuis 25 ans mène sa route à coups d’innovations tranquilles mais sans dévier d’une ligne urbaine et sombre. C’est une nouvelle chanson, All I Want, qui ouvre le bal.

Le propos de ce mouvement trip-hop si bien mené par Massive Attack est de délivrer une atmosphère unique dont la musique n’est qu’un des éléments. Au-delà des notes, des rythmes et des compositions, ce groupe réussit à modeler l’espace et la matière sonore en une fusion physiquement perceptible. Ce sont des fleuves de lave brûlante qui coulent dans nos âmes tiraillées à hue et à dia entre un beat hypnotique et la douceur des voix, spécialement les duos slammés 3D/ Daddy G. Comme toujours on ne les perçoit qu’à peine, cisaillant en ombres chinoises les flux de lumière venant du fond de la scène. Mais la magie de l’outdoor et la dimension humaine du théâtre nous placent au cœur du show.

Horace Andy est toujours du voyage et affrontera une panne électrique à la fin de sa première apparition, coïtus interruptus mal à propos coupant l’élan de sa très belle voix aux trémolos vibrillonants. Deux nouvelles chanteuses renforcent le collectif, Stéphanie, vestale blonde évanescente qui tâtonne sur sa guitare en chantant, merveilleusement, Teardrop, et Yolanda, cantatrice black au coffre impressionnant qui emmène le groupe vers des sommets vocaux, délaissant le style désincarné de ses collègues pour nous envouter d’humanité primale.

Le fond de scène en diodes luminescentes est renouvelé dans son contenu ; y défilent les messages un peu naïfs d’un groupe en rébellion. La forme est toujours percutante de modernité, entre hall d’aéroport et connexion web, diffusant un halo de mystère dans lequel évolue ce groupe félin.

Le show vit sa vie et nous déroule une musique somptueuse servie sur un lit de mystère et de clignotements irréels. Voyage intergalactique dans le feulement des machines, balade introspective au cœur de nos émotions, les impulsions électriques diffusées par ces voix et musiques allument des feus éphémères au hasard de notre cerveau, qui nous font entrer dans celui de ces compositeurs d’exception qui ont si bien compris le son de notre époque et synthétisé le sang de leur épopée.

Est-ce l’intimité de ce théâtre antique ou la sérénité des musiciens, mais ce soir les Massive Attack nous ont paru moins déshumanisés : quelques ratages techniques, de grands éclats de rire, une danse endiablée de 3D sur le final qui nous a menés jusqu’à un big-bang orgasmique… Un dernier rappel sur Karmacoma où notre duo de Bristol se passe la balle : Well leave us in emotional pace/ Take a walk, taste the rest/ No, take a rest/ Karmacoma jamaica’ aroma/ Karmacoma jamaica’ aroma… et nous repartons la tête dans les nuages après cette soirée estivale de toute beauté.

Les Rencontres Arles Photographie occupent agréablement la fin du séjour, demain The Do prendront la suite à Arles mais le TGV pour Paris attend.

Set list : All I want, Marooned, Rising son, Teardrop, 16 Seeter, Kingpin, Mezzanine, Harpsichord, Red Light, Inertia creeps, Safe from harm, Marakesh 1er rappel : Angel, Unfinished sympathy, Dobro 2ème rappel : Karmacoma

Poney Express – 2008/07/11 – Paris la Dame de Canton

Concert de Poney Express ce soir à la Dame de Canton, une jonque amarrée sur un quai de Seine du XIIIème arrondissement. Ladyfingers, troubadour solitaire et drôle, guitariste-compositeur perdu loin de son Amérique natale, fait mieux que chauffer la salle.

Tchou-kou-tchakk, Tchou-kou-tchakk, l’intro musicale est lancée au rythme de la diligence qui fait tanguer la jonque et déjà le cœur de la cinquantaine de spectateurs qui s’agglutinent autour du puits de dérive en acajou. Les 4 de Poney Express entrent en scène, les hommes sont mal rasés et détendus (bass accoustique et batterie), les filles subtiles et bien apprêtées (guitare acoustique-chant et violon). Ces quatre là s’entendent comme larrons en foire, se sourient et se soutiennent, et nous convient à un voyage à travers leur imaginaire poétique et transatlantique.

Anna, blouse à fleurs sur collant gris et boots cowgirl prend sa respiration, ferme les yeux et démarre Les Femmes de Milwaukee, de sa voix brumeuse, a capella : Voir de près l’horizon qui au loin s’étire/ Mille et une raisons de se faire engloutir/ Dans les sables mouvants et ne pas revenir/ Devenir un Yankee/ Dans mes rêves, je suis une femme de Milwaukee. Et soudain, fouette cocher, les poneys entament leur vigoureuse cavalcade sur la piste soulevant un nuage de poussière qui se voit très loin dans la vallée. Le batteur, debout, chapeau de paille de travers, frappe sur ses caisses ; la violoniste, bretelles en bandoulières, ajoute ses cordes en une saveur western ; Anna aligne ses accords (huit allers-retours par mesure) sur lesquels elle pose sa jolie voix avec élégance et naturel ; Robin Feix (bassiste de Louise Attaque), feutre et cravate, un air de Sean Penn sur This Is Not America, s’accroche à son impressionnante bass acoustique.

Une respiration le temps de passer la guitare au bassiste pour une chanson de sa composition et la diligence repart, toujours avec les mêmes chevaux, pas fatigués le moins du monde, la musculature fine, frottées aux longues fuites devant les indiens à l’assaut d’un butin de mots et de notes.

La jonque balance, les guitares gardent l’équilibre et les musiciens poursuivent leur chevauchée légère, celle d’un folk délicieux qui glisse dans nos veines comme un fondant au chocolat dans le gosier. Après un rappel avec Ladyfingers, le groupe débranche ses instruments et vient s’installer au milieu des spectateurs pour nous jouer la balade de Paul, l’histoire étrange d’un fan d’Elvis qui erre dans les rues de Menphis :

Bye Bye Paul/ Ton front se cogne sur le sol, carmin/ Tu tiens entre tes mains/ Bye Bye Paul/ La photo de ton idole/ En sépia satin/ Encore un mort pou rien/ Et demain matin/ Menphis se réveillera sans toi.

C’est fini, la jonque est à nouveau amarrée à la réalité et nous en débarquons, légers et charmés par cette soirée maritime.

Beck – 2008/07/07 – Paris l’Olympia

Beck à l’Olympia. Son dernier disque Modern Guilt est sorti ce jour. La presse nous gratifie de chroniques mitigées sur ce rocker aujourd’hui décevant après avoir été présenté comme un demi-Dieu à ses débuts. Nous l’avions vu pour une excellente prestation juste avant Radiohead au final de Rock en Seine 2007 et l’Olympia de ce soir n’en fut pas moins brillant n’en déplaise à nos versatiles journalistes.

Yeasayer en première partie : guitares, platines et modernité, ouvre le bal. Beck s’ensuit avec ses cheveux filasses sur les épaules, blond-roux, une chemise à gros carreaux noirs et blancs qui lui pend sur les genoux, un gilet chiffonné crypto-baba et de grosses lunettes roses qui seront rapidement emportées par le rythme des premières mesures. Il est épaulé par une guitariste rythmique, mimi tout plein, genre latinos tressautante qui déplie ses doigts fins sur les cordes ; d’un bassiste maigrichon looké instituteur attardé style Costello ; un clavier sur-vitaminé qui danse sur son estrade autant qu’il ne joue et fait choir son ordinateur au début du set, rafistolé ensuite à grand renfort d’adhésif par un roady inquiet, et un batteur-cogneur.

Au milieu de la tourmente déclenchée par ses musiciens dynamiques, notre compositeur californien affiche une imperturbable sérénité, accroché à sa vieille guitare éraflée. Tout valdingue autour de lui avec une joyeuse énergie et Beck dirige cette entreprenante cacophonie avec malice, donnant le ton de sa musique, toute en cassure de rythmes et d’harmonies, assaisonnant cette musique syncopée et nerveuse de solos tranchants.

Sa voix relativement anonyme psalmodie des textes mystérieux, entre rapp et lecture sacrée, sur une rythmique à réveiller les morts. Poursuivant son chemin de traverse, le groupe nous délivre une étrange fusion des influences musicales de son leader : hip-hop, électro, blues et rock. Un artiste original et surprenant qui déclare ne pas être un véritable artiste pop et vouloir plus que tout « faire quelque chose avec David Bowie… un trésor vivant ». On est impatient de cette collaboration espérée. En attendant nous eûmes un concert propre et carré, ingénieux et malin, on ne demandait que ça !

Tardieu Laurence, ‘Puisque rien ne dure’.

Sortie : 2006, Chez : . 120 pages de douleur et de tristesse : un couple perd sa fille de 6 ans, disparue jamais retrouvée, se sépare quinze ans pour affronter l’absence, chacun de son coté, chacun à sa façon. Et au bout de cette séparation elle, en phase terminale d’un cancer, le rappelle pour évoquer ensemble l’enfant disparue. Elle part sur ces souvenirs et lui retrouve le courage qui lui avait fait défaut tout au long de ces quinze années pour ramener sa fille au cœur de sa vie. L’écriture de Laurence Tardieu est précise et émouvante pour décrire l’indicible.

Chandernagor Françoise, ‘La voyageuse de nuit’.

Sortie : 2007, Chez : . Quatre sœurs se retrouvent pour accompagner leur mère jusqu’au terme de sa longue agonie. C’est l’occasion de se raconter leurs histoires, celles du passé qui s’entrecroisent avec le présent, entre Paris, Sidney et l’Ardèche. La vie d’une famille comme les autres qui voit passer le temps, raconté avec l’humour, parfois grinçant, mais toujours tendre, de l’auteur.

Rouaud Jean, ‘Des Hommes Illustres’.

Sortie : 1993, Chez : . La vie ordinaire de l’après 2ème guerre mondiale dans le Bretagne profonde, en plein remembrement foncier. Le chef de famille courre la région à bord de sa 403 de voyageur-représentant de commerce et rejoint femmes et enfants le week-end. Il meurt brusquement dans les bras de sa famille. Le style extraordinairement subtil de Rouaud, ironique et tendre, rend captivante cette histoire banale qui est le tomme II d’une suite romanesque en 5 volumes.

Lou Reed – 2008/06/28 – Paris la Salle Pleyel

Lou Reed joue Berlin

Le film Berlin de Julian Schnabel est sorti à Paris en mars dernier et Lou est revenu à Paris avec son petit monde pour nous rejouer Berlin, le « disque punk ultime », Salle Pleyel… Rien à redire ou à changer par rapport à l’an passé, le concert s’est déroulé sur le même sombre tempo. Lou est toujours Lou, jeans et T-shirt brun, même moue boudeuse, toujours cette morgue désenchantée, une nouvelle guitare looké argentée-réfléchissante avec une espèce de cercle-poignée creusé dans la caisse, mais toujours cette voix poignante au service de compositions éternelles.

Le rappel a légèrement divergé du Palais des Congrès avec Rock ‘n’ Roll ainsi qu’une sublime et émouvante chanson (inconnue du chroniqueur) The Power of the Heart.

Le rédacteur du programme est particulièrement lyrique, plutôt habitué à Verdi qu’à l’underground : « de fait, Lou Reed n’explose pas mentalement, il implose artistiquement… »

Si Lou Reed repassait demain il faudrait y retourner. Il nous attire sans fin comme seuls les immenses artistes peuvent nous aimanter.

Lire aussi : Lou Reed – 2005/04/18 – Paris le Grand Rex

Björk – 2008/06/25 – Paris l’Olympia

Björk a fait repasser son Volta Tour par l’Olympia ce soir pour y filmer un DVD de cette tournée qui se termine. Un show assez similaire à celui de Rock en Seine l’an passé mais, loin des grands espaces de Saint-Cloud qui donnaient une dimension galactique à sa musique, quelle plaisir de revoir la petite fiancée de Paris dans un environnement si convivial, on se croirait dans notre salon au coin du feu pour profiter de cette personnalité musicale exceptionnelle, juste pour nous ! Et ce fut un assaut de couleurs et d’énergie. Une symbiose toujours étonnante entre la tradition du clavecin et la modernité d’incompréhensibles machines à sons, avec comme pont entre les deux, ce lutin créatif et tressautant. Son corps et sa voix semblent directement branchés sur les ordinateurs de ses musiciens, elle mime les rythmes de leurs machines en cisaillant l’air de ses avant-bras tel un guerrier samouraï au combat de sabre.

Elle entre sur scène habillée d’un collant argenté porté sur une robe chasuble aux couleurs de l’arc-en-ciel, comme le maquillage qui orne son front : guerrière, définitivement guerrière ! Puis au milieu du show, elle revient démaquillée, vêtue de froufrous roses. Comme l’an passé elle termine sur Declare Independance et scande «Make your own flag/  Raise youy flag » devant un public médusé. Je ne suis pas bien sûr que le message politique ne soit pas aussi une incantation à affirmer l’indépendance de sa propre personnalité, mais ce n’est pas grave, quelques spectateurs brandissent le drapeau tibétain en référence à son concert de Shanghai où elle a complété le refrain d’un « Free Tibet » retentissant. Un hurluberlu pavoise le drapeau libanais, cela ne peut pas faire de mal.

Comme dans son interview de 2007, elle laisse le choix de l’interprétation à son public qui s’égaye sur le boulevard des Capucines :

« Declare Independence is very confrontational… For me, every time its starts I just burst laughing. I’m finding a lot of people don’t take it that way, which is okay. I seem to have a warped sense of humor that me and my three friends can understand, it’s very local. This one dress, for example… But I guess it’s sort of taking the piss of being myself, feeling that confrontational. I wanted the lyric to be a mix of like if you’re saying to your friend, who happens to be going out with a terrible boyfriend, and you say to the girl, « Declare independence ! Don’t let them do that to you ! » [laughs] I just thought it’s so extreme, and so ridiculous to say. You know, « Make your own stamp ! Start your own currency ! »

And on the other hand, you can take that concept completely different. There’s this big thing you hear in the papers always in Iceland, that we were a Danish colony for like 600 years, and we got independence only half a century ago. And there’s still two Danish colonies, which is Farore Islands and Greenland. They’re still trying to get independent, and it’s just not happening. Greenland almost got independent, but then the Danish found oil there, so… It’s not gonna happen. [laughs] It’s sort of maybe a little bit of an anthem written to Greenland. » source : interview XFM, 05/04/2007

Sur le grimoire posé sur le clavecin est écrit : « Music donnum Dei ». On ne saurait si bien dire !

00. Intro – Brennið Þið Vitar/ 01. Earth Intruders/ 02. Hunter/ 03. Immature/ 04. Joga/ 05. I See Who You Are/ 06. Pleasure Is All Mine/ 07. Pagan Poetry/ 08. Vertebrae By Vertebrae/ 09. Where Is The Line/ 10. Who Is It/ 11. Oceania (Instrusmental)/ 12. Desired Constellation/ 13. Army Of Me/ 14. Innocence/ 15. Triumph Of A Heart/ 16. Bachelorette/ 17. Vökurö/ 18. Wanderlust/ 19. Hyperballad/ 20. Pluto Rappel Declare Independance

Radiohead – 2008/06/09 – Paris Bercy

 

 

C’est toujours avec une grande curiosité que l’on se rend à un concert de Radiohead, le groupe britannique mutant du rock d’aujourd’hui ; ce soir une foule pressée frétille d’impatience en investissant Bercy, quelques accros du ballon rond assistent dans les bistrots du coin aux dernières passes qui enterrent les footeux tricolores. Souriez, ce n’est que du sport et aujourd’hui Radiohead va vous offrir bien mieux.

L’immense scène est couverte par des rideaux de lianes suspendues qui vont s’avérer être des néons dans lesquels circulent, en sens parfois contraires, des flots de lumières telles des bulles dans un aquarium, en accord avec la musique, donnant au show une allure féérique et douce. Accrochés aux deux amplis du fond pavoisent des drapeaux tibétains.

Le groupe entre en scène pour des retrouvailles parisiennes avec un public qui les déifie depuis leurs débuts, les cœurs battent. Thom en veste blanche et jean noir, le cheveu hirsute, la barbe taillée, entame All I Need et enchaîne sur There There et Lucky, trois hymnes profonds tirés du cœur de la sombre et divagante inspiration ce groupe. Sa voix monte lentement dans le vaste hall accompagnée par une rythmique obsédante. Johnny quitte ses claviers et déchire Bercy sur le solo de guitare de Lucky : I feel my luck could change/ Pull me out of the aircrash. Notre chance nous la tenons d’être ici ce soir, le ton est donné, le show ne faiblira pas une seconde deux heures durant.

Un grand écran découpé en cinq carrés passe des images de la scène en noir et blanc avec des angles de prise de vue improbables, généralement des mini-caméras solidaires des micros ; on voit les bouches, les yeux, les poils de barbe et autres appendices de musiciens à l’œuvre. Et l’on assiste surtout à du grand œuvre ! Ce groupe soudé développe une musique d’une modernité telle que l’on s’étonne qu’il puisse remporter un tel succès populaire. Bonne nouvelle, au-delà du foot et de Madonna il reste encore un peu de place pour la création pure. Ces cinq bonhommes tournent et créent ensemble depuis des années, cela se voit et s’entend. On a l’impression d’un processus musical évident mais sophistiqué. La cassure est le maître mot de cette musique, celle de l’âme des disques qui se succèdent depuis quinze ans, celle des rythmes qui passent dans la même mesure d’une ballade romantique à un déchaînement métallique, celle des tonalités qui changent au cœur d’un même morceau. Tout est original chez ce groupe d’exception, et d’abord sa musique qui semble venir d’un autre monde, produite par des neurones d’un type nouveau, des textes souvent surréalistes, révélateur d’un monde intérieur complexe et d’une vision décalée, les livrets des disques sont à eux-seuls de véritables compositions artistiques, même le mode de diffusion de In Rainbows sur internet à un prix choisi par l’acheteur était novateur (et a d’ailleurs fait des émules : Nine Inchs Nails) !

In Rainbows, leur dernier disque est joué en totalité, le son est exceptionnel, l’énergie est débordante, ponctuée par des retours plus introspectifs sur Amnesiac et Kid A où Thom s’assied devant un piano droit. Le public suit partout où on l’emmène, vibrant lorsque Thom danse une tectonique de circonstance derrière son micro, souriant lorsqu’il fait des clins d’œil facétieux aux caméras, rêvant lorsque la musique s’étire en mélopées aériennes, déchaîné lorsque Johnny s’acharne sur les effets terrifiants de ses guitares électriques. Et chacun est bien sûr touché par la fragilité rémanente des compositions, même exprimées avec l’ardeur de l’électricité et de l’électronique.

Le show se termine sur un Bodysnatchers enfiévré qui laisse Bercy essoufflé alors que les musiciens disparaissent en coulisses.

Le premier rappel ouvre sur Exit Music, une émouvante ballade tirée de OK Computer : Thom seul à la guitare acoustique et de sa voix bouleversante narrant l’enlèvement d’une femme aimée des griffes familiales, puis Jigsaw et un faux départ sur Paranoid Android repris après un « sorry » de Thom souriant. On voudrait repousser la fin incontournable du show. Mais elle arrive avec Idioteque un morceau complexe tiré de Kid A qui clos en beauté (et en difficulté) le deuxième rappel du concert : Ice age coming/ Throw it in the fire !

Et le Palais de Bercy se vide de ses spectateurs époustouflés devant la performance hors du commun des Radiohead qui n’en finissent pas de nous surprendre.

Set list : All I Need/ There There/ Lucky/ Bangers’n Mash/ 15 Step/ Nude/ Pyramid Song/ Arpeggi/ The Gloaming/ My Iron Lung/ Faust Arp/ Videotape/ Morning Bell/ Where I End And You Begin/ Reckoner/ Everything In Its Right Place/ Bodysnatchers Rappel 1 : Exit Music (For A Film)/ Jigsaw Falling Into Place/ House Of Cards/ Paranoid Android/ Street Spirit Rappel 2 : Like Spinning plates/ You and whose Army ?/ Idioteque

Etienne Daho – 2008/06/07 – Paris l’Olympia

Bon, allez, cette fois-ci je me décide et vais voir Daho à l’Olympia. Après tout il est à Paris pour une semaine, nous sommes samedi soir, tout va bien, j’écoute ses disques depuis 20 ans, sans trop le dire, j’ai adoré Paris Ailleurs, alors c’est maintenant ou jamais !

Et je déboule au milieu d’une foule sympathique et multi-générationnelle. Pas de première partie, on attaque directement avec notre artiste. Le célèbre et lourd rideau rouge de l’Olympia s’ouvre, Daho est de dos, face à son groupe, réparti sur des estrades, batteur à gauche, bassiste au milieu et trois grâces aux cordes sur la droite, violon, alto et violoncelle. Ils démarrent sur un instrumental énergique dirigé par notre homme qui finalement se retourne vers nous, habillé de noir, un peu étriqué et djeuns mais élégant.

Le show est mené avec efficacité interrompu par les parlottes de notre artiste qui se révèle très bavard ce soir. Son dernier disque L’Invitation, récompensé meilleur album pop-rock 2008 aux Victoires de la Musique n’est pas celui que j’aurais primé si j’avais été jury, mais il est dans le veine de l’inspiration artistique de Daho, toujours empreinte de la nostalgie d’un passé narré comme heureux, souvent tournée vers des souvenirs d’amour et de regrets. Il évoque l’Algérie où il est né, les étés à Dinard, les premiers concerts à Rennes, ses potes de l’époque, ses émotions musicales, son père (Boulevard des Capucines).

Bien sûr nous il nous ramène aussi vers ses anciennes productions avec un Saudade qui claque comme le soleil dans les rues de Lisbonne qui ont inspiré cette chanson. Une Saudade qui est la marque de fabrique de Daho, cette indicible nostalgie portugaise du temps qui passe, des êtres que l’on a perdu ou que l’on est en train de perdre : Parfois aussi je m’abandonne/ Mais au matin les dauphins se meurent de saudade/ Où mène ce tourbillon, cette valse d’avions/ Aller au bout de toi et de moi Vaincre la peur du vide, les ruptures d’équilibre/ Si tes larmes se mêlent aux pluies de Novembre/ Et que je dois en périr, je sombrerai avec joie/ Saudade.

Et puis Ouverture, toujours qualifiée par Daho de « ma chanson préférée », une longue montée de tension qui illustre l’ouverture au Monde et aux autres du fait de l’amour passion : Il fut long le chemin/ Les mirages nombreux/ avant que l’on se trouve/ Ce n’est pas un hasard, /c’est notre rendez-vous/ pas une coïncidence.

Groupe irréprochable, Daho décontracté, atmosphère poétique et naïve, à mi-chemin entre variété et pop sucrée. Sa gestuelle discrète est en harmonie avec la musique, il ébauche quelques pas de danse assortis de déhanchements discrets, tendant ses mains ouvertes vers un public ému, croisant les bras devant son visage en un clin d’œil loureedien. C’est le parcours d’un garçon sensible et honnête qui titille la part romantique que chacun s’évertue à cacher au fond de soi. Il termine sur Cap Falcon et un retour sur Oran, sa ville natale, où il était voisin d’un certain… Yves Saint Laurent, autre prince de l’élégance fils de cette rive de la Méditerranée qui a inspiré tant d’émotion et de douleur !

Lire aussi : Daho Tout en haut

Isobel Campbell & Mark Lanegan – 2008/06/06 – Paris la Cigale

Isobel Campbell & Mark Lanegan, la Cigale, Paris, 06/06/2008

Isobel et Mark sont de retour avec un nouveau disque Sunday at Devil Dirt et une étape à la Cigale, en compétition ce soir avec Alanis Morissette au Zénith. Aux grandes orgues de la rockeuse canadienne nous avons préféré cette formation de chambre, la belle et la bête en huis clos dans cette si agréable salle de la Cigale.

Isobel Campbell, l’ex-chanteuse violoncelliste écossaise de Belle and Sebastian, et Mark Lanegan, ex-chanteur californien de Queens of the Stone Age, nous ont délivré une soirée de toute beauté, toute en subtiles nuances entre blues urbain et folk des grands espaces. Ils sont accompagnés d’un guitariste, d’un batteur et d’un bassiste/contrebassiste de qualité.

Un ange de blondeur avec une voix aérienne qui ne quitte son micro que pour nous déchirer l’âme avec l’archer de son violoncelle ; un homme sombre dont le chant monte des profondeurs du centre de la terre, là où le magma carbonise tout ce qui l’entoure. Tous deux semblent absents, sont fort peu diserts avec le public, pas souriant pour un sou, mais sans doute en symbiose avec l’atmosphère dégagée par cette musique, douce et mystérieuse.

Ce n’est pas grave, tous deux ne sont certainement pas des parangons de communication et ce n’est pas ce qu’on leur demande. Nous avons parcouru en leur compagnie une nouvelle étape de leur route musicale que l’on imagine déserte et sinueuse à travers les Highlands embrumées, et où à l’issue d’une longue balade humide on se retrouve au coin d’un grand feu craquant, juste pour vivre.

Warm up : Peter Greenwood

Portishead – Interview 2008

Propos recueillis par Astrid Karoual et Rémy Pellissier pour Evene.fr – Avril 2008

Après dix ans d’attente, voici enfin le retour du mythique groupe de Bristol, pionnier du trip-hop et auteur en 1994 de l’énorme tube ‘Glory Box’. Après ‘Dummy’ et ‘Portishead’, le trio livre aujourd’hui un joyau inclassable, sobrement intitulé ‘Third’, et remplit le Zénith de Paris pour deux concerts exceptionnels.

Sorti d’une période d’épuisement physique et mental, Portishead semble aujourd’hui avoir retrouvé l’envie de composer, d’écrire, de jouer et de tourner. Les trois Anglais défendent ‘Third’ comme un premier album, et s’apprêtent à investir les scènes du monde entier avec une joie non dissimulée. Rencontre avec les deux musiciens « têtes pensantes » du trio, Adrian Utley et Geoff Barrow, enthousiastes comme deux enfants parlant de leur nouveau jouet. Ils se coupent la parole, se complètent, répondent sans emphase à nos questions. Entretien avec des stars à la simplicité déconcertante…

Vous n’aviez pas enregistré depuis le live à Roseland en 1998. Qu’avez-vous fait pendant ces dix années loin des médias ?

Adrian Utley : Ce n’était pas le dernier concert que nous avons fait ensemble. Après ça, nous étions partis pour une très grande tournée à travers le monde pendant quelques années. Nous avons été très fatigués pendant longtemps. Nos rapports étaient devenus un peu tendus et on a parlé de faire une pause, de faire d’autres choses à côté.
Geoff Barrow : Oui, nous étions exténués et le but de ce nouvel album était de dire quelque chose de différent. On y avait pensé en 1999. Pendant une très longue période, nous avons ressenti un sentiment de vide, le sentiment de ne pas faire les choses pour les bonnes raisons.
AU : Mais nous avons fait des choses diverses qui nous font nous sentir mieux. On a su tirer quelque chose de toute cette période. En 2001, on avait commencé à révéler notre nouvelle musique en Australie. C’était bien mais ça ressemblait plus à de la musique de film qu’à un album. On a donc arrêté pour faire d’autres choses très différentes. Puis, en 2004, on a recommencé à écrire et le résultat était plus convaincant.
GB : Je suis d’accord, mais ça restait toujours difficile. En 2006, nous avons été contactés par la maison de disques. On leur a dit qu’on avait sept morceaux et une année plus tard nous en avions six supplémentaires. On avait donc beaucoup de matériel sonore et on a dû procéder à une sélection…
AU : Il a fallu détruire beaucoup de musique pour réaliser une oeuvre unique. Parfois, l’idée était de prendre trois morceaux pour n’en faire plus qu’un. C’était manifestement prolifique, mais ça a pris beaucoup de temps.
GB : Nous sommes vraiment ravis d’avoir fini. Pour moi c’est le meilleur disque qu’on ait réalisé, comme une sorte d’accomplissement. Nous en sommes très fiers.

Avez-vous ressenti une pression de la part de la maison de disques pour réaliser un nouvel album ?

GB : Nous avons toujours eu la chance d’avoir une certaine liberté.
AU : C’est vrai, bien que nous ayons vendu des disques sous contrat, nous n’avons jamais ressenti de la part d’une maison de disques la pression de faire quoi que ce soit d’une manière particulière.
GB : Artistiquement, on a toujours eu le contrôle. Personne ne nous a dit ce que nous devions faire, quelle musique nous devions écrire, quel clip nous devions réaliser. Des gens ont essayé, mais pas longtemps…
AU : Pour le premier album ‘Dummy’, on n’a pas fait les choses « à l’américaine ». On a juste fait appel à des amis qui nous aidaient sans nous dire quoi faire. Sinon, ça serait devenu ridicule…
GB : Surtout que les majors préfèrent investir dans des trucs comme James Blunt…
AU : J’adore James Blunt… C’est un génie !
GB : Je sais que tu l’adores… (rires)

Comment vivez-vous la forte attente du public pour ce nouvel album, après toutes ces années ?

GB : Nous ne voyons pas beaucoup le public ! Nous avons bien sûr un site internet et des blogs pour communiquer avec lui. Evidemment, les gens s’y intéressent, mais la pression, nous nous la mettons déjà nous-mêmes.
AU : Quand on se met à écrire de la musique, on n’a aucune idée de ce qui peut se dire alors on n’a pas vraiment de pression extérieure.

Comment réagissez-vous à la critique ?

GB : Tous les critiques ont tort. Ils écoutent un disque ou vont à un concert et cherchent à saisir de quoi vous parlez, qui vous êtes. C’est stupide !
AU : Le problème vient surtout de la question du trip-hop. Tout le monde veut classer, étiqueter, chercher quelle sorte de trip-hop nous faisons. Mais on ne raisonne pas comme ça. Une critique qui disserte là-dessus a forcément tort. En même temps, je serais intéressé de lire des mauvaises critiques de l’album car elles ont parfois raison sur certains points, quand le journaliste sait de quoi il parle.
GB : En fait, c’est une question d’opinion. Les gens s’intéressent à différents aspects. Certains adorent vraiment ‘Glory Box’. D’autres préfèrent ‘Machine Gun’. Tout dépend des préférences musicales.

L’album ‘Third’ est marqué par de nombreux changements au niveau des sons et des ambiances. Comment l’expliquez-vous ?

AU : C’est une façon naturelle de quitter ce qu’on était avant. Mais je pense que le sentiment partagé pendant la création a été le même que celui que nous avons toujours eu. Les nouveaux sons proviennent sûrement des musiques que nous écoutons, de nos sujets de discussion, de la façon dont nous pensons que la musique devrait être.
GB : Quand vous écoutez ‘Dummy’, ‘Portishead’, et enfin ‘Third’, vous pouvez voir la progression. C’est une progression naturelle. Parce que le son de ‘Dummy’ était absorbé par le « mainstream » et les médias, les gens se faisaient une idée de qui on était… Mais la manière dont on a procédé pour chaque morceau depuis le début est toujours la même.

Quelles sont vos références et inspirations actuelles ?

AU : Nous sommes allés régulièrement écouter les autres groupes dans les festivals. Et quand on écoute les groupes autour de nous, ils ont toujours d’une certaine manière un peu d’influence sur notre propre musique. Nous avons écouté de la musique électronique, expérimentale…
GB : Ou regardé des songwriters en cherchant l’inspiration pour nos propres chansons…
Si l’on se projette, comment aimeriez-vous être perçus dans dix ans par le public ?
GB : Comme un groupe révolutionnaire, précurseur ou simplement comme un bon groupe…
AU : J’aurai 60 ans…
GB : Et moi 45 ! (rires)