Bryan Ferry – 2011/06/11 – Paris l’Olympia

Bryan Ferry est de retour à l’Olympia pour présenter son dernier disque : Olympia ! Sur la couverture de celui-ci Kate Moss déploie buste et diamants, tête au plancher, renouant avec la tradition Roxy Music où des créatures de charme peuplaient les étuis cartonnés de nos vinyles d’antan.

Bryan était déjà revenu hanter nos mémoires l’été dernier pour une éphémère reformation de Roxy Music le temps de quelques festivals dont celui de Rock en Seine.

Mais Bryan, brillant troubadour, ne quitte jamais vraiment nos vies depuis ces 70’s qu’il a investies avec sa bande de musiciens délurés et talentueux.

Olympia n’est ni un bon ni un mauvais disque, il est le dernier Ferry, avec une brochette d’invités : David Gilmour, Eno, Jonny Greenwood… Le disque de Bryan Ferry c’est un peu là où il faut être lorsqu’on est un musicien quadra et au-delà, un peu comme un thé au May Fair Hotel par une après-midi brumeuse au cœur de l’hiver à Londres. On y est pour se réunir entre amis, se réchauffer et, surtout, pour évoquer un Monde nostalgique et créer la musique d’un futur incertain.

Olympia est arrivé dans les bacs à son heure, et dans nos discothèques sans délai. L’alerte Bryan Ferry a clignoté en son temps sur nos smartphones annonçant le show parisien, nos cartes de crédit ont crépité et nos cœurs se sont serrés de découvrir que l’Olympia était en configuration places assises car tant de temps est passé. Qui décide d’ailleurs de mettre des fauteuils dans la fosse de l’Olympia, l’artiste ou le management de la salle ? Bryan lui est debout et démarre deux heures de concert en fanfare sur un tonitruant I Put A Spell On You !

Notre héros de 65 ans est en costume sombre et chemise grise, cravaté et souriant, accompagné de Chris Spedding (l’historique) et Oliver Thomson (virtuose blondinet de 23 ans qui ne quitte plus Bryan depuis quelques années) aux guitares, Colin Good aux claviers, deux batteurs, belle-brune-blanche n°1 sax et claviers, belles-choristes-black n°1 et 2, belles-blondes-danseuses n°1 & 2, bref du monde sur scène qui officie dans une relative pénombre et un écran de fond de scène diffusant des vidéos brumeuses et emmêlées à l’image de l’affiche de la tournée.

Olympia nous l’avons dit n’est que le dernier disque de Bryan, alors cette soirée à l’Olympia sera un best of de ces années Ferry. Le son est fort, voir très fort, les solos de guitares un peu interminables et inutiles, et lorsque belle-brune-blanche n°1 vient sur le devant de la scène nous montrer ses gambettes (elle est en short) et son saxophone on regrette tout de même sérieusement Andy MacKay. Tout ceci n’est pas bien grave, le tremolo de Bryan nous fait toujours gémir de plaisir et s’il plaît au maître des lieux de s’entourer de jeunesses après tout que sa volonté soit faite pour autant que nous arrivions, assis dans nos fauteuils, à juguler une légère jalousie.

Bryan chante, Bryan joue du piano, Bryan joue de l’harmonica, Bryan nostalge sur Boys and Girls, Bryan reprend Dylan, Lennon ou Neil Young, Bryan chante et nous enchante, Bryan en équilibre sur le fil d’une carrière qu’il faudra savoir arrêter un jour, peut-être prochain.

Now the party´s over/ I´m so tired/ Then I see you coming/ Out of nowhere/ Much communication in a motion/ Without conversation or a notion/Avalon/ When the samba takes you/ Out of nowhere/ And the background’s fading/ Out of focus/ Yes the picture changing/ Every moment/ And your destination/ You don´t know it/ Avalon

Et Bryan siffle le final de Jealous Guy pour clôturer la soirée. Il nous reste maintenant à nous extraire de nos fauteuils.
Warm up : Boy, deux jeunes femmes de Hambourg et Zürich pour une folk acoustique sympa et rafraîchissante.

Setlist: 1.I Put A Spell On You (Screamin’ Jay Hawkins cover)/ 2.Slave To Love/ 3.Don’t Stop the Dance/ 4.Just Like Tom Thumb’s Blues/ 5.If There Is Something/ 6.You Can Dance/ 7.Make You Feel My Love/ 8.Alphaville/ 9.Boys and Girls/ 10.Sign of the Times/ 11.Like A Hurricane (Neil Young cover)/ 12.Tara Play/ 13.Bitter sweet/ 14.My Only Love/ 15.Avalon/ 16.All Along The Watchtower (Bob Dylan cover)/ 17.What Goes On/ 18.Love Is the Drug

Encore: 19.Let’s Stick Together (Wilbert Harrison cover)/ 20.Jealous Guy (John Lennon cover)

Lilly Wood & The Pricks – 2011/06/01 – Paris l’Olympia

Lilly Wood & The Pricks sont tout éberlués de jouer à l’Olympia après leur triomphe au Bataclan et à la Cigale. Encore inconnu il y a quelques mois le duo Nili et Ben est renforcé sur scène par trois complices, excellents musiciens, et tous ensemble donnent l’impression d’une bonne bande de potes dont l’enthousiasme est à la hauteur de leur professionnalisme, pour notre plus grand plaisir.

Ils démarrent sur le lent et mystérieux Hymn to my Invisible Friend. La voix calme et profonde de Lilly nous installe immédiatement dans leur atmosphère musicale : Hey sweet face/ Will you make me wait another year or two?/ Hey my friend of thoughts/ You see I’m scared of it being/ hello or goodbye/ So goodbye.

Quelques mots de Lilly étranglés par l’émotion et le groupe entame le dynamique Hey it’s ok qui réchauffe l’ambiance après cette sombre introduction. La scène est décorée des hiboux multicolores qui animent la couverture du disque Invincible Friends, les lumières sont à l’unisson de la musique, subtiles et non violentes.

La voix de Lilly est l’âme de ce groupe. Une voix rauque, une voix blues que l’on dirait éraillée par un cocktail de bourbon et de gauloises sans filtre, une voix parfaitement placée, une voix portée par des compositions sympathiques et des rythmiques entraînantes. Une voix grave qui dit des mots qui ne le sont pas moins. Une voix qui parle de dévastation sur un ton souvent guilleret.

Ben et le groupe se chargent avec talent de ponctuer cette vision décalée de leurs solos de guitare et autres ritournelles pop. Les morceaux les plus entraînants font vibrer l’Olympia qui reprend en chœur Somewhere to go sur Little Johnny et trépigne sur My Best.

Le show se termine par un rappel que Nili et Ben nous délivre en duo (c’est comme ça que tout a commencé) avec Untilttled.

Lilly Wood & The Pricks, un groupe neuf, sincère et talentueux qui offre moult raisons de se réjouir de l’apparition de cette nouvelle étoile dans le ciel de la scène rock.

Petitfils Jean-Christian, ‘Louis XVI – 1786-1793 (tome 2)’.

Sortie : 2005, Chez : Tempus 358. Louis XVI et la monarchie emportés par la tempête révolutionnaire jusqu’à l’échafaud : il s’en est fallu de peu pour que le bon Louis ne puisse sauver sa couronne mais la révolution de tous les excès a eu le dernier mot devant un roi indécis qui n’était pas vraiment un meneur d’hommes. Les leaders montagnards ont voulu que des flots de sang accompagnent la fondation de la République en France. Cet extrémisme marquera pour les siècles suivants l’idéologie « gauchiste » d’une partie de la politique et du monde intellectuel français. Le procès de Louis XVI a précédé les procès de Moscou mais il fut le terreau de la France moderne, fertile à certains égards, dramatique pour bien d’autres… Petitfils explique avec talent ces moments où tout a basculé et analyse avec précautions cette famille royale finalement dépassée par les évènements menés par des révolutionnaires implacables.

Sade – 2011/05/17 – Paris Bercy

Sade à Bercy

Sade en tournée mondiale, Sade tragiquement belle, Sade exceptionnelle musicienne, Sade en apesanteur émotionnelle, Sade surfeuse de génie sur l’océan de nos souvenirs, Sade magicienne de la douceur et de l’élégance ; Sade est descendue du paradis soul pour nous faire toucher du doigt le sublime dans l’arène de Bercy pourtant peu propice à un tel partage intime.

Elle est entourée de ses trois musiciens-complices d’origine dont l’inoubliable Stuart Matthewman, petit Prince du sax et de la guitare, Paul Denman, à la basse et aux tatouages et Andrew Hale, aux claviers. Ces trois là sont de la partie depuis Diamond Life en 1984, ils ont cosigné et joué parmi les plus morceaux les plus romantiques de l’histoire du rock. Sur scène également deux choristes hommes, un batteur, un percussionniste et un remarquable deuxième guitariste. Tout un subtil mélange blanc-black dont Sade, métis nigériane, réalise l’unisson.

Une première partie de papys jamaïcains, The Jolly Boys, un gang sympa qui joue Just a perfect day (Lou Reed) et The passenger (Iggy Pop) à la sauce reggae des faubourgs de Kinsgston.

Et Sade monte un escalier débouchant au milieu de la scène, apparaît aux yeux du public toute de noir vêtue, chemisier vaporeux, montée sur talons aiguilles, un sourire ravageur, les yeux plissés, ses longs cheveux rassemblés en couette dégageant son large front, rouge à lèvres carmin, et entame le show sur Soldier of Love.

Le temps d’un « Thank you so much, It’s good to be back… vraiment » et le sax de Stuart dégouline l’intro de Your Love is King, une doucereuse brise de nostalgie souffle sur Bercy…

La scène est extrêmement dépouillée, grand écran sur le fond et trappes qui avalent ou recrachent les quatre blocs batterie, claviers, percussions et choristes. Les guitaristes restent sur le devant où parfois sera poussé un clavier autour duquel les musiciens se rassembleront dans un coin de scène pour des moments plus intimes.

Le show coule et se déroule comme une évidence, et alors qu’un film projeté montre les lumières nocturnes de new York vues d’hélicoptère, les buildings se cognent aux ponts, les étages phosphorescents répondent aux taxis jaunes, et… Sade réapparaît en chemise blanche, boutons de manchette et gilet noir, bretelles négligemment pendantes sur un pantalon de smoking, sur les premiers accords de Smooth Operator :

Diamond life, lover boy./ We move in space with minimum waste and maximum joy./ City lights and business nights./ When you require streetcar desire for higher heights./ No place for beginners or sensitive hearts/ When sentiment is left to chance./ No place to be ending but somewhere to start./ No need to ask./ He’s a smooth operator,/ smooth operator,/ smooth operator,/ smooth operator…

Et puis à genoux sur la scène, Sade enchaîne sur Jezabel et Is it a Crime ? Sa voix merveilleuse s’enroule dans le gigantesque hangar du Palais omnisports en volutes envoutantes. Qu’elle soit brumeuse ou forcée, la voix de Sade est un monument bâti sur le socle immortel de la musique soul. Bercy est en adoration, bien sûr.

Bring me Home et son entêtante ritournelle au piano est joué alors qu’un immense voile entoure mes musiciens et que défilent des images de routes sans fin. Sade marche sur place dans cette atmosphère floue et douce, susurrant cette triste chanson :

Put me on a plate with petals and a fire/ And send me out of the sea/ Turn my angry sword against my heart/ And let me free.

Les lumières rouges orangées éclatantes déploient les silhouettes des musiciens en ombre chinoises brûlantes, les trois guitaristes se regroupent et entament Paradise pendant que Sade parcourt la scène avec toujours autant de naturel et de grâce, marquant la rythmique légendaire de ce morceaux avec les bras au-dessus de la tête : tchac-tchac. Vient ensuite les incontournables pas de danse avec les deux choristes toujours ponctués du tchac-tchac, éclat de lumière et de percussions. Sa façon de se mouvoir dégage un érotisme léger, sa manière de laisser tomber ses bras derrière son dos, de tenir son micro à l’horizontale à hauteur de poitrine à l’issue d’un couplet, de s’éloigner de son pied de micro en balançant la tête de gauche à droite lorsque sa voix forcit, et ce sourire éclatant, épanoui, qui plonge tout humain normalement constitué dans un abyme de ravissement.

Et Sade réapparaît en robe blanche immaculée, cheveux déployés, pour King of Sorrow, Sweetest Taboo, No Ordinary Love… puis une bouleversante version de Pearls, chantée seule sur scène, devant un immense soleil qui se déploie, puis disparaît de l’écran, pendant que Sade nous conte l’histoire tragique de cette femme en Somalie. Bercy défaille.

New York encore, en noir et blanc cette fois-ci sur l’écran, et Stuart démarre les petites notes aigues et étirées de Cherish the Day pour Sade revenue vêtue d’une robe et blouson rouges. Au cours de cette chanson une petite trappe l’élèvera à plusieurs mètres de hauteurs au milieu des buildings.

Le groupe reviendra saluer les spectateurs avec effusion, Sade présente et embrasse ses musiciens l’un après l’autre laissant Bercy éberlué.

Sade et son groupe représentent est un petit miracle de musique soul et de pureté. Tout est parfait et délicat. Sade talentueuse et intemporelle nous rappelle que la douceur et la subtilité n’ont pas été définitivement dévastées par la productivité. Sade donne un sens à la poésie de la vie et sait détacher de nos âmes ces moments d’émerveillement devant la beauté simple de l’œuvre humaine.

Notre Sade pleine de grâce, on vous retrouve comme on vous a toujours rêvée, en restant comme vous êtes vous nous préservez du temps qui passe, c’est une illusion bien sûr, mais comme le mensonge en votre compagnie est agréable !

Set list : Soldier of Love/ Your Love is King/ Skin/ Kiss of Life/ Love is Found/ In Another Time/ Smooth Operator/ Jezebel/ Bring Me Home/ Is it a Crime?/ Still in Love With You/ All About Our Love/ Paradise-Nothing can come Between Us/ Morning Bird/ King of Sorrow/ The Sweetest Taboo/ The Moon and the Sky/ Pearls/ No Ordinary Love/ By Your Side

Encore : Cherish the Day

Brisa Roché – 2011/05/04 – Paris la Maroquinerie


Brisa d’Amour
est revenue souffler sa brise légère sur nos cœurs énamourés, ce soir à la Maroquinerie, avec son groupe sympa et talentueux. Une soirée vanille, un instant délice, une offrande intime, comme toujours avec Brisa.

Elle apparaît habillée dans un dégradé d’oranges et de rouges, une espèce de blouse à épaulettes intergalactiques et décolleté terrien, sa masse de cheveux noirs ramenée sur la poitrine, cachant ce que les rythmes du rock dévoileront subrepticement au cours du show.

Sa voix est toujours grave, légèrement métallique, et capable d’incroyables envolées brumeuses, perdues dans les confins de l’écho électronique, qui transportent les spectateurs sur une autre planète.

Lena de Luxe officie aux claviers, et à la batterie de façon intermittente, une écharpe autour du cou comme le Petit Prince, la chevelure blonde agitée en saccades au gré de ses accords plaqués et de ses chœurs voluptueux. Lena un vrai talent à découvrir aussi sur Lena de Luxe !

Jay in Space aux guitares et le reste du groupe entourent affectueusement leur Brisa, plutôt moins bavarde qu’à l’accoutumé, cela qui laisse plus de temps à la musique. On apprendra tout de même que les paroles de Past Comtemplative ont mystérieusement disparu du livret du CD de All Right Now, mais aussi qu’elle aime son groupe, qu’ensemble ils nous aiment tant, et, Brisa d’Amour tu le sais, nous fondons de plaisir lorsque tu nous répètes de pareilles douceurs…

La musique défile, Brisa s’empare de sa guitare Destroyer, chante, la repose, chante, saute sur les rythmes, chante, joue seule à la guitare acoustique (Open your Lock), chante, Brisa nous enchante d’un excellentissime art vocal sur des compositions sucrées, jouée sur un fond plus rock que ses disques.

Puis Brisa sort de scène avant de réapparaître grimée en marron avec bordures en fourrure. Pendant l’habillage, un spectateur vêtu d’un costume croisé à rayures tel un mafieux italien monte sur scène avec un étui à guitare, en sort non pas une mitraillette mais une guitare demi-caisse, la branche sur un ampli, et là, et là… l’incroyable se produit sous nos yeux embués et notre ouïe dévorée, Siegfried Mandacé (le guitariste spectateur) produit une intro de guitare démesurée, jazzy-manouche, inqualifiable mais désespérément inspirée, et LA Brisa entame Gloomy Sunday (Billly Holidays) avant d’enchaîner sur Moon and Sand (Chet Baker) laissant l’assistance pantoise et confondue devant tant de grâce.

Brisa d’Amour, nous aimons le souffle de ton rock lorsque tu scandes Hard as Love, mais Brisa pour Toujours nous adorons ta sensibilité jazz qui nous a bouleversés sur ces deux reprises.

Brisa Roché, une artiste complète, multicartes (musique, peinture, vêtements, etc.), émouvante et… tellement sympa.

Anna Calvi – 2011/04/22 – Paris le Trianon

Anna Calvi  est au Trianon ce soir et il fallait être de la partie pour découvrir ce nouveau phénomène de la musique britannique : compositrice de talent, guitariste virtuose, chanteuse d’opéra, élégance naturelle, on ne parle que d’elle et on a raison. Elle est à Paris, alors nous aussi.

Tailleur et pantalon noirs, rouge à lèvres éclatant, colliers et bracelets en or, cheveux blonds en couette et talons aiguilles, Anna est discrètement accompagnée d’un batteur et d’une multi-instrumentiste (harmonium, percussion et guitare). Le trio démarre sur un instrumental Rider to the Sea. Dès l’intro, on croit que tout est dit : le touché des cordes est hendrixien au milieu d’accords qui dégagent un son de harpe électrifié dans un déluge de notes. Mais viennent ensuite les morceaux chantés et alors la miss bien proprette dégage une voix de stentor au vibrato désarmant qui met le Trianon en émoi, pour tout aussitôt se transformer en murmures imperceptibles. Guitare et voix sont utilisées avec subtilité et émotion, une force incroyable et une conviction percutante.

Entre les morceaux Anna redevient petite fille de bonne famille et étouffe des thank you imperceptibles derrière son maquillage.

Sa musique est une vague colossale qui déferle avec force gigantesque avant d’aller mourir sur la plage de nos sentiments en un petit clapot doucereux. La bouche grande ouverte elle clame ses doutes dans un rictus au lipstick carmin : Voices darkness is coming from my soul/ Should I fear you or should I just let go?/ Oh, blackout, I gotta know where you’re from/ what are you trying to tell me I don’t know.

Devant son micro, accrochée au manche de sa guitare elle est sans aucune retenue et laisse échapper la musique volcanique qui l’habite. Tigresse déchaînée elle nous prouve que plus rien n’a d’importance que son art brut déversé sur assistance ébahie devant ce concentré de talent, d’originalité et de flamboyance !

En fin du premier rappel Anna produit un incroyable solo sur Love Won’t Be Leaving. Les yeux tournés vers le ciel ses doigts vernis de rouge dévalent sur les cordes avec un brio exceptionnel, passant du miaulement aigu de la guitare martyrisée aux bombardements soniques lorsqu’elle remonte vers les graves. On est abasourdis mais elle nous rasure : I draw my name in the sand/ In the hope it’ll find you/ Because love won’t be leaving/ It won’t be gone until I find a way

La Callas revisitée et électrifiée, La Calvi nous emmène dans un monde flamenco-rock à grands mouvements de Telecaster et d’envolées lyriques. C’est décoiffant et enthousiasmant.

Morcheeba – 2011/04/05 – Paris le Casino de Paris

On a aimé Morcheeba au Bataclan l’an dernier, nous avons adoré Morcheeba ce soir au Casino. Pas de nouveau disque depuis Blood Like Lemonade, mais juste le plaisir de venir enchanter Paris une nouvelle fois avec cette musique éblouissante : de la douceur et du talent.

Skye en rouge et coiffure choucroute, charmeuse et polissonne, soulève d’enthousiasme le Casino avec son habituel final sur Beat of The Drum et ses vocalises sans fin, ses pas de danse et ses grands éclats de rire. Ross délivre son incroyable solo sur Crimson, inspiré et virtuose. Bref, rien de neuf dans le monde des Morcheeba, juste du rêve déversé sans retenu par un groupe au bonheur communicatif.

Archive – 2011/04/04 – Paris le Grand Rex


Et revoici les Archive à Paris pour deux soirées avec un orchestre classique, pourquoi pas. Bien sûr l’environnement de nappes électroniques des claviers archivesques doit pouvoir être remplacé par des cordes et des cuivres alors le chroniqueur ému se rend à son troisième concert Archive en trois ans depuis la sortie de l’inoubliable Controlling Crowds !

Le spectateur est accueilli par Rosko qui platine tranquillement sur scène le temps que tout le monde s’installe. Il ne fera pas partie de la suite, son rapp probablement incompatible avec l’ambiance classique de la soirée.

Les musiciens/iennes s’installent dans un frou-frou de soie et accordent leurs instruments (légèrement amplifiés), un peu curieux de voir débarquer notre bande trip-hop toute de noir vêtue qui démarre Light. Darius est assis derrière un piano à queue noir sur lequel il plaque la petite ritournelle obsédante de son intro. Une musicienne derrière ses monumentales timbales donne la réplique à la batterie rock. Les envolées de tension électronique sont remplacées par les archers pesant sur les cordes, sous la direction d’un maestro. L’illusion est parfaite mais un peu déplacée. Les voix de Pollard et Dave piétinent et hésitent au début avant de trouver le bon réglage, les cordes pardonnent moins que l’électricité !

Lorsque Maria entame I will Fade, posant sa voix bouleversante sur un nuage de mélancolie offert par la formation classique un frisson parcourt le Grand Rex. Le vibrato d’une violoniste sur l’érable de l’instrument n’a pas son pareil pour briser le cœur. Le clavier électronique parle avec sa puissance et sa sophistication là où le violon, simple assemblage de bois, dévoile toute la grandeur de l’âme humaine. Maria enchaîne sur Collapse-Collide laissant l’assistance transie dans l’ouragan du refrain où se bousculent pour mieux se dépasser : la formation classique à plein volume, les guitares électriques déchainées, la brutalité des percussions, timbales et grosse caisse mariées, et par-dessus tout, la voix exceptionnelle de Maria portée à son paroxysme par ce multiculturalisme musical. Bullets termine brillamment le set.

Une jeune violoniste japonaise du premier rang de l’orchestre semble fascinée par les facéties rock de Pollard derrière son micro. Lorsqu’elle ne joue pas, elle bat légèrement la mesure de son archet dressé et de ses épaules mouvantes, puis éclate de rire devant Darius qui agite les bras derrière son clavier comme pour diriger le maestro ; ses yeux bridés se plissent de complicité et de perplexité devant cette union improbable entre le classique et le trip-hop !

Pour le rappel, l’intro électronique de Controlling Crownds est jouée en pizzicatos légers débités par les violons, comme des papillons voletant dans la brise de printemps avant que l’électricité ne reprenne le dessus : I’m scarred of their controlling crowds here they come/ I’m scarred of their controlling crowds here they come/…

L’expérience est probablement intéressante, pas forcément concluante. Il n’est pas bien sûr que le trip-hop, même aussi symphonique que celui produit par Archive, se mêle bien avec le son du classique. Il fallait essayer et puis ce fut ainsi l’occasion de passer une nouvelle soirée avec Archive, ce qui n’est jamais du temps complètement perdu.

Set list : Lights/ You Make Me Feel/ Headlights/ The Feeling Of Losing Everything/ Blood In Numbers/ To The End/ Organ Song/ Finding It So Hard/ I Will Fade/ Collapse-Collide/ Words On Signs/ Slowing/ Fold/ Black/ Pictures/ Bullets
Encore : Dangervisit/ Controlling Crowds/ Again

Petitfils Jean-Christian, ‘Louis XVI – 1754-1786 (tome 1)’.

Sortie : 2005, Chez : Tempus 357. L’accession au trône et les premières années de règne de Louis XVI : la monarchie déjà ébranlée par les Lumières continue sa route et commence à se colleter à des exigences du peuple sans pour autant délaisser une politique étrangère complexe. On y retrouve aussi tous les balbutiement d’une Histoire qui est un éternel recommencement. La France surendettée ne sachant plus comment séduire les prêteurs et qui émet des emprunts viagers dont l’échéance est liée à la durée de vie de groupes humains prédéterminés, les manigances de courtisans sans foi ni loi, les luttes entre les empires, la guerre de conquête contre l’Anglais, l’aide à l’Amérique en voie d’indépendance, l’argent dépensé pour emporter l’adhésion, le casse-tête de l’impôt. Une épopée historique qui annonce la République pour le deuxième tome…

Interpol – 2011/03/15 – Paris le Zénith

Les Interpol au Zénith ce soir pour un best-of de leur œuvre après une apparition au Trabendo en septembre dernier. Evidemment les vrais fans furent quelque peu déçus de leur récente production discographique, plus pop, moins noire, mais le Zénith est plein ! C’est toujours un plaisir de passer une soirée avec ce groupe américain post-punk.

Paul Banks, chant et guitare, et Daniel Kessler, guitare, forment toujours l’ossature de la bande ; le grand blond à la voix sépulcrale et le petit nerveux cravaté derrière ses guitares, dodelinant et dansant en chœur avec ses arpèges. Batteur, clavier et bassiste complètent les rangs. La musique coule au naturel et s’immisce dans les recoins inconnus de notre sensibilité, la où règnent les grands et sombres espaces ouverts aux grands vents de la dépression.

Le Zénith écoute religieusement le requiem des américains, ne ménage pas ses applaudissements et certains espèrent un regain d’inspiration pour les prochains rendez-vous d’Interpol.

Set list : Success/ Say Hello To The Angels/ Narc/ Hands Away/ Barricade/ Rest My Chemistry/ Evil/ Length of Love/ Lights/ C’mere/ Summer Well/ NYC/ The Heinrich Maneuver/ Memory Serves/ Not Even Jail/

Encore: Untitled/ The New/ Slow Hands/ Obstacle 1

The Dø – 2011/03/09 – Paris le Trianon

© Nicolas

The Dø au Trianon ce soir pour la présentation de leur dernier disque Both Ways Open Jaws et surtout de leur nouvel univers musical. Six musiciens sont sur scène, 3 garçons et 3 filles. Olivia est habillée d’un délicieux petit short rose à poids blanc sur collant noir bariolé, Dan d’une chemise à carreaux rouge de bucheron, un guitariste chevelu et talentueux permet à Olivia de se consacrer au chant, mais le plus curieux de la soirée est certainement le duo féminin qui assure une section cuivre et instruments hétéroclites donnant au concert une touche acide et déjantée.

Le show démarre avec Olivia chantant dans un mégaphone serti d’une guirlande lumineuse et se poursuivra 75 minutes durant dans une joyeuse cacophonie avec échange d’instruments en continu : Dan de la bass au saxophone en passant par les claviers, guitariste chevelu de la six cordes aux percussions, les deux grâces sur leur estrade entre trombones, violons et frappes sur couvercles de cuisine ; ce petit monde mène sa route avec originalité et brio, tous unis autour de la remarquable voix d’Olivia, vaporeuse sur les berceuses, sucrée sur les ritournelles, stridente sur le reste, et douée d’une incroyable agilité. La musique est toute en cassures et dissonances mais unifiée par ce nouvel esprit des Dø insufflé par son duo créateur. Il y a du free jazz dans l’air, du contemporain dans les décibels.

Olivia danse sans retenue devant son Dan arcbouté sur sa bass et sous une houppette de cheveux à la Tintin. Ces deux là sont en osmose visible et ébullition contrôlée. Ils produisent une musique nouvelle que l’on n’attendait pas, avec toujours autant de charme.

 

Mademoiselle K – 2011/03/03 – Paris le Bataclan

Mélanie Bert

Mademoiselle K publie un disque : Jouer Dehors, qu’elle vient interpréter sous l’abri accueillant du Bataclan ce soir !

Rien de bien neuf mais toujours cette revigorante énergie des guitares électriques qui mettent en musique une poésie de banlieue, plus subtile qu’il n’y paraît au premier abord. Ah si, quand même une nouveauté, il y a un claviériste qui fait le cinquième cavalier de la bande des quatre. Katerine, délaissant les cordes, viendra même tapoter les touches pour s’y accompagner.

Les musiciens déboulent à l’extinction de lumières et laisse déboucher Mademoiselle K d’une porte en bois donnant sur la scène, éclairée par derrière, en majestueuse amazone coiffée d’une superbe crête qui déploie son ombre portée sur une joyeuse assistance.

Une ligne un peu moins punky, un rock toujours francophile joué avec enthousiasme devant une bande d’aficionados déchaînés et en adoration. Une déesse tendre sous ses airs de Hell Angel, longiligne et bardée de cuir noir, torse nu sous son Perfecto.

Le nouveau disque révèle des refrains pop et des paroles enfantines et émouvantes : Il fait sombre/ Eclaire un peu toute cette misère/ Eh oh c’est quand qu’on sort ?/ Je voudrais jouer dehors je vois des petits vieux/ Pas envie d’être vieux/ J’ai pas choisi d’être grand/ Mais j’aimerais être le plus fort/ Viens on va jouer dehors…

Katerine déroule ses chansons récentes de sa voix claire et traînante et revient sur ses anciens tubes.  Elle bavarde toujours autant entre les morceaux, tutoyant le public et ponctuant ses envolées de « Putain, tu vois… » toutes les deux phrases.

Elle clôture ce dynamique show sur le classique Final : Même quand j’ferme les yeux jvous vois les gens/ Et j’imagine vos vies/ Où vous étiez là juste avant/ Pourquoi vous êtes venus ici ?/ Pourquoi vous êtes resté ?/ C’est qu’sa vous a plus !/ C’est qu’sa vous a plus !/ Est-ce-que ça vous a plût ?/ Est-ce que vous reviendrez ? avant de se laisser porter à bout de bras pour parcourir le Bataclan à ses quatre coins portée par ses fans pendant que ses musiciens arrachent les derniers riffs rageurs de leurs instruments.

Aron Raymond, ‘L’opium des intellectuels’.

Sortie : 1955, Chez : Pluriel. La réédition d’un livre complexe et réjouissant dans lequel Aron démonte, dès 1955, les contradictions de l’intelligensia française en adoration coupable devant le soviétisme, voire le maoïsme. Philosophe, véritable spécialiste de Marx, il en connaît parfaitement la pensée et les théories, mieux que tout autre il est bien placé pour analyser les dérives de leur application à Moscou comme à Pékin. S’appuyant sur des faits il démontre l’irresponsabilté et la trahison des intellectuels dans leur soutien sans condition à la pratique soviétique. Un livre courageux qui a déclenché une polémique extrêmement violente lors de sa publication mais finalement peu de véritable constestation fondée sur le raisonnement tant la puissance de celui d’Aron était percutante.

Laetitia Shériff – 2011/02/17 – Paris les Trois Baudets

Laetitia Shériff assure la première partie de Marcel Kanche aux Trois Baudets, théâtre à Pigalle. Toujours solitaire avec sa guitare baryton et ses machines, toujours inspirée aux chants et aux cordes, la musicienne rennaise crée une musique habitée et moderne basée sur des boucles, des répétitions une voie brumeuse et un extrême dépouillement qui la rend si naturelle mais si mystérieuse.

L’artiste est dans les couloirs à la fin du show, aussi souriante que sa musique est crépusculaire. On papote avec elle pour apprendre qu’un disque est en préparation, de nouveau en groupe avec Olivier Mellano, guitariste d’exception.

Et l’on découvre après Laetitia, Marcel Kanche, auteur-compositeur sous une crinière de cheveux blancs, un Bashung de quartier qui chante avec poésie.

Hessel Stéphane, ‘Indignez vous !’.

Sortie : 2011, Chez : Indigène. Le cri du cœur d’un homme bon et âgé. Il a participé aux grands mouvements du XXème siècle : la lutte contre le nazisme et le fascisme, la déclaration universelle des droits de l’Homme, et il continue du haut de ses 93 années à se battre avec ses moyens et sa sincérité. Ce pamphlet est beau comme un arc-en-ciel sur une goutte de rosée, il n’éclabousse que fort peu le monde du XXIème siècle, mais tout n’est pas perdu tant que des intellectuels de sa trempe continuent à se battre.

Economistes Atterrés , ‘Manifeste d’économistes atterrés’.

Sortie : 2010, Chez : LLL (Les Liens qui Libèrent). Une très réjouissante lecture que ce Manifeste rédigé en 60 pages par un collectif d’économistes qui démontent 10 idées préconçues post-crise financière de 2008, la première étant que le Marché est parfait et se trouve le meilleur outil pour affecter les capitaux aux secteurs les plus productifs, les autres que le Marché est favorable à la croissance économique ou un bon outil de mesure de la solvabilité des Etats, etc. Au total 10 billevesées diffusées en boucle par le monde néolibéral contre les évidences amenées par l’explosion de la planète financière en 2008/2009.
Après chaque idée sont proposées des pistes de réflexion qui malheureusement ne seraient efficaces que si et seulement si tous les pays les appliquaient en même temps et de la même façon. Tout ceci est un peu naïf, purement intellectuel, mais au moins ces idées sont exprimées et les gouvernants ne pourront pas faire semblant de les découvrir lors de la prochaine crise financière dont la survenance est déjà inscrite dans l’Histoire, reste juste à en découvrir la date. La maison d’édition s’appelle LLL – Les Liens qui Libèrent. Tout est dit !
Les atterrés ont créés leur site web sur http://atterres.org/ dont la lecture est très vivement recommandée ici.

Lady Gaga – 2010/12/20 – Paris Bercy

Lady Gaga est venue faire son cirque deux soirs à Bercy. Après les annulations du mois d’octobre pour cause de grève, les fans ont eu encore une très sérieuse montée d’adrénaline lorsque la Diva a annoncé le report du show du 19 décembre pour cause de routes enneigées. Les admirateurs transis qui ont survécu à la nuit devant les portes de Bercy pour squatter les premiers rangs à l’ouverture des portes, en furent bons pour soigner leur bronchopneumonie et revenir le 21…

En attendant, la Lady, coincée dans son bus sur l’autoroute du Nord, bombarde ses petits monsters de twitts énamourés pour faire porter à leur inefficace gouvernement franchouillard la responsabilité de ce nouveau psychodrame.

Finalement tout est rentré dans l’ordre, les concerts décalés de 24 heures, et les fans ont enfin pu entrer dans le temple de leur déesse, pour assister, gagas, à la superproduction de leur héroïne.

Joyeuse ambiance à Bercy, âge moyen 18/19 ans, seule la présence de nombreux parents venus partager avec leurs enfants ces moments festifs relève cette moyenne au-dessus des 14/15 ans.

Lorsque s’éteignent les lumières un film est projeté sur un colossal écran arrondi qui masque la scène du sol au plafond. Et qui croyez-vous qu’il apparaît sur ce film ? Lady Gaga en body cuir dont on peut détailler tout à loisir et au ralenti la courbure des reins, la solidité des abdo-fessiers, la musculature des gambettes et la débordante chevelure peroxydée. Et lorsque démarre Dance in the Dark, apparaissent des décors en forme de mécano gigantesque, moitié échafaudage, moitié maison de poupées, et notre Lady perchée bien haut sur une nacelle, une sono très forte et un public déjà debout et hurlant, posture qu’il gardera jusqu’à la fin.

Aussitôt ramenée sur la terre ferme la Miss emaillotée dans un improbable costume est rejointe par une équipe de danseurs-danseuses plutôt compétents, qui l’entourent, la cernent, la servent, la portent et la projettent dans une gloire digne du Roi Soleil dans la Galerie des Glaces à Versailles ! Gaga chante, Gaga danse, Gaga s’exhibe, Gaga cajole ses little monsters et Gaga se déshabille, car c’est là une de ses principales activités sur scène. A peine revêtue d’incroyables tenues, dont elle change de nombreuse fois durant la soirée, elle n’a de cesse de s’en dévêtir pour terminer très rapidement en petite culotte de cuir noire qui semble de très très loin le seul ustensile revêtant qu’elle accepte de porter sur son corps de rêve.

En fin de show on la voit revenir des coulisses ensanglantée à la sauce tomate, il doit y avoir un scénario explicatif mais on n’a probablement pas tout suivi.

Les vieux présents dans la salle ne peuvent s’empêcher de penser que Madonna a tout de même sérieusement inspiré Gaga ! Mais qu’importe, Lady Gaga fait son show devant des gamins en transe à qui elle en donne comme rarement deux heures durant. Ils sortent de là avec les mirettes hallucinées et les tympans déchirés, mais déjà ils pianotent SMS et twitts à tous va pour narrer à leurs amis un spectacle décoiffant.

Ah, nous avons oublié de parler de musique… il est vrai que ce n’était pas ce soir le principal sujet. La Miss a des bases et des musiciens, alors ils arrivent sans difficulté ni relief à porter le show.

Set list : Intro/ Dance in the Dark/ Glitter and Grease/ Just Dance/ Beautiful, Dirty, Rich/ The Fame/ Love Game/ Boys Boys Boys/ Money Honey/ Telephone/ Speechless/ You and I/ So Happy I Could Die/ Monster/ Teeth/ Alejandro/ Poker Face/ Paparazzi

Encore : Bad Romance

Sophie Hunger – 2010/12/06 – Paris le Théâtre de l’Atelier

© Philippe Pache

Sophie Hunger pour un dernier concert parisien de cette année finissante, au théâtre de l’Atelier cette fois-ci. Il neige et il fait froid mais nous courrons le cœur vaillant, infuser toute la chaleur humaine que dégage cette artiste. Ce théâtre n’est pas à proprement parler une salle de concert, mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivraie…, Sophie et les siens sauraient transformer un bunker en champ de roses. La formation est la même qu’à la Cigale cet été.

Elle entre seule en scène pour une intro a capella dans une langue alémanique rugueuse et incompréhensible, avant d’être rejointe par les musiciens pour dérouler un concert de rêve. Ce groupe, leurs mots, leurs notes, leur empathie, fondent à chaque fois un nouveau partage avec le public. On croit entendre des titres inconnus mais peut-être ne sont-ce simplement que le réarrangement de morceaux anciens. Chacun attend les sommets que sont 1983, Shape, Your Personal Religion, Le Vent l’Emportera. Ils nous seront servis bien entendu dans l’enthousiasme général.

Sophie passe des guitares acoustique à l’électrique, du piano au micro pour de gentils petits blabla partagés comme au coin du feu, toujours avec une égale grâce. Elle chante avec une énergie insondable, déclenchant un ouragan d’émotion sur un public ébahi. Sophie se livre intégralement avec une grande subtilité musicale et un immense talent. Elle se dépense sans compter pour faire partager son univers mystérieux qui nous attire comme au bord d’un gouffre. Elle rayonne tel un astre au fond de la galaxie, attirant et hors de portée :

With the sounds of my city/ In the blowing of the wind/ In the silence of our children sleep/ Are my continuance day/ In the pushing of the river/ In the falling of the rain/ In the dust in the street/ Are you singing and singing again?/ It’s never gonna die/ It’s never gonna die/ Oh no/ We’re always gonna die/ We’re always gonna die

Trois rappels seront nécessaires dont le dernier est une chanson populaire a capella à cinq, issue sans doute de ses montagnes helvétiques. Alors que les applaudissements ne veulent plus s’arrêter elle nous dit avec son délicieux accent alémanique : « c’est tellement que je ne vais pas pouvoir dormir cette nuit, alors j’en prends seulement un peu que je garderai pour quand le ne pourrai pas jouer pour vous. »

BRMC – 2010/12 – Paris & Londres

Paris l’Elysée Montmartre – 1er décembre 2010 & Londres Brixton Academy – 11 décembre 2010

Les Black poursuivent une tournée triomphale des salles européennes de taille moyenne. Après leurs deux prestations parisiennes cette année en mai au Bataclan et en août à Rock en Seine, le voici de retour le 1er décembre à l’Elysée Montmartre où ils avaient déjà commis un irréparable show en 2007. Et on en redemande ! Les héros sont un peu fatigués, sono et lumières un peu bricolées, mais qu’importe le cœur est toujours vivace et ils nous assènent de nouveau 90 minutes d’âme blues-rock, martelée sur cordes et peaux, de la plus pure inspiration.

Dedans la température explose et dehors la neige fond, les Black sont encore à l’œuvre devant une audience conquise. Des concerts quasiment tous les jours depuis la sortie de Beat the Devil’s Tattoo ; ils terminent celui-ci sur le classique Open Invitation après le déluge de feu de Shadow’s Keeper. Demain Porthmouth, après-demain Nottingham, …et samedi 11 à Londres-Brixton, nous y serons !

En arrivant ce samedi soir à la Brixton Academy le chroniqueur émoustillé chantonne évidemment le Guns of Brixton de feu le Clash en guettant the black Maria qui pourrait l’emmener au poste de police. Mais tout est calme… pour le moment, sauf la Brixton Academy qui chauffe la foule avec le warm up de…

La salle ressemble un peu au Grand Rex de Paris avec un décor kitch façon château fort et un très agréable floor en pente qui offre une vue impeccable sur la scène. Deux bars au fond servent la bière à gogo, tout se passe pour le mieux lorsque débarque le Black : Robert, perfecto noir et capuche, Peter, cuir noir et Lea, Tshirt noir ; et le show démarre sur un torride Love Burns joué en clair obscur avec déchaînement de stroboscopes sur le refrain. Le ton est donné et il n’y a pas à dire lorsqu’un concert démarre par un « Good evening London! » on se sent tout de suite naturellement là où il faut être : au cœur de la patrie du Rock.

S’en suit un Red Eyes and Tears très sombre, plein de guitares miaulantes et larsénisantes sur fond de violents éclairages dirigés vers un public qui n’en peut mais, les mirettes et les ouïes déjà débordantes, et encaisse ensuite un Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll endiablé qui place la barre très haut pour le reste du show « … 1…2…3…4… I fell in love with the sweet sensation/ I gave my heart to a simple chord/ I gave my soul to a new religion/ Whatever happened to you?/ Whatever happened to our rock’n’roll?  » Les britishs en perdraient leur flegme !

Le trio est à l’aise sur cette grande scène dédiée aux Dieux du Rock sous les auspices de la Couronne d’Angleterre, le public est simplement heureux sous les déluges soniques, lumineux et la bière fraiche qui elle aussi coule à flot.

Le concert se déroule de façon fantastique : deux heures trente de blues-rock à l’état chimiquement pur, tout est parfait. Au milieu de la noirceur de la furie, un moment d’émotion avec un hommage à Michael Been, père de Robert, décédé d’une crise cardiaque en août cette année alors qu’il opérait comme ingénieur du son sur la tournée des Black après avoir lui-même tourné comme leader de quelques groupes rocks américains. L’hommage est rendu par Iggy Pop via une bande enregistrée diffusée sur scène en intro d’une furieuse reprise de Real Wild Child (Wild One), elle-même reprise de l’australien Johnny O’Keefe popularisée par l’iguane. Sur scène un guitariste de The Call l’ex-groupe de Michael vient épauler Robert assis au piano pour ce touchant témoignage à un père désormais installé au paradis des rockers pour suivre le parcours gagnant de son fiston !

Le concert de ce soir est aussi le 1 000ème show du groupe alors tout est bon pour se laisser aller aux joies du Rock. Voilà dix ans qu’ils sont sur la route. Ils ont sorti six albums et su développer leur vision de la musique, pure et américaine, violente et inspirée. Une formation à trois qui se marie parfaitement avec un jeu de scène dépouillé. Des allures de cow-boys déjantés, le bon, la brute et le truand, passés d’un saloon du Grand Ouest aux salles de concert de notre ère post-punk.

Robert en commandeur dégingandé se contorsionne sur ses bass que l’on croirait sorties d’un magasin d’antiquité. Il assure le spectacle avec brio et modestie. Peter est la base du groupe, tout en discrétion et technique, chemise de bucheron trouée aux manches, caché sous cheveux et rouflaquettes que l’on dirait n’avoir plus vu de peigne depuis des lustres. Il est un exceptionnel guitariste, en principe toujours entre deux cigarettes, mais pour une fois, discipline britannique sans doute, on ne le verra pas fumer sur scène. Lea martelle ses fûts avec autant d’énergie qu’elle dégage de charme. Elle a trouvé la place parfaire dans cet univers de rockers.

Leur Rock est de la musique vraie qui se déroule comme une évidence, frottée à toutes les influences black-blues de la planète, usée par les scènes du monde entier, inspirée par l’âme lugubres de ses créateurs. Ils passent ensemble de l’électricité la plus puissante à une acoustique délicate (sur Suffle your Feets, Lea vient faire les chœurs avec Robert et un tambourin). Ils ont développé maintenant un vrai succès d’estime auprès d’un public croissant.

Robert débute le rappel seul avec une guitare acoustique et s’essaye avec le sourire, à la demande du public, à une reprise de Cyndi Lauper : Girls Just Wanna Have Fun, abandonnée au milieu car il ne sait plus les paroles. Et le concert se termine après le foudroyant Shadow’s Keeper qui se termine comme il se doit par le délire des guitares mêlées à l’électronique, que l’on diraient en roue libre dans un monde sans fin de répétition, de larsen et de gargouillis ; lumières tamisées et lasers perçant permettent de découvrir Robert à genoux entonnant les notes de Open Invitation qui clôture un show de presque trois heures.

Gode save the queen et les BRMC, invités d’honneur du Royaume Uni de Grande Bretagne et du Rock ‘n’ Roll !

Dehors on attend un peu si jamais les héros venaient nous jouer un petit set acoustique comme ils en ont l’habitude, mais il fait trop froid ce soir au cœur de Londres, les lumières de l’Academy s’éteignent et le chroniqueur s’en retourne baguenauder dans Brixton : « When they kick at your front door/ How you gonna come?/ With your hands on your head/ Or on the trigger of your gun. »

Mais le chroniqueur ébahi et rasséréné ne craint plus rien, se disant que finalement une année 2010 qui se termine sur un quatrième concert des Black ne pourra pas être une mauvaise année.

Set list Paris : 666 Conducer/ Mama Taught Me Better/ Red Eyes and Tears/ Awake/ Martyr/ Beat the Devil’s Tattoo/ Ain’t No Easy Way/ Bad Blood/ Berlin/ Weapon of Choice/ Long Way Down/ Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll (Punk Song)/ Dirty Old Town @Cover[The Pogues]/ Devil’s Waitin’/ Salvation/ Howl/ Conscience Killer/ Six Barrel Shotgun/ Spread Your Love

Encore: In Like the Rose/ Shadow’s Keeper/ Open Invitation

Set list Londres : Love Burns/ Red Eyes and Tears/ Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll (Punk Song)/ Spread Your Love/ Stop/ Six Barrel Shotgun/ We’re All in Love/ Heart + Soul/ Devil’s Waitin’/ Shuffle Your Feet @Info[Acoustic]/ Ain’t No Easy Way/ Weight of the World/ Took Out a Loan/ Berlin/ Weapon of Choice/ Windows @Info[Tribute to Michael Been, with Tom Ferrier]

Encore : Girls Just Wanna Have Fun/ Dirty Old Town @Cover[The Pogues]/ Real Wild Child (Wild One) @Info[Johnny O’ Keefe / Iggy Pop cover, with recorded message from Iggy Pop]/ Beat the Devil’s Tattoo/ Bad Blood/ Half State/ Conscience Killer/ Shadow’s Keeper/ Open Invitation

Parker Graham, ‘Pêche à la carpe sous Valium’.

Sortie : 2000, Chez : Points P2400. Graham Parker, légendaire héraut du rock britannique qui n’a jamais connu qu’un succès d’estime auprès des initiés, se commet aussi à l’écriture. Dans ce petit livre déjanté chaque chapitre est comme une nouvelle mais il y a un lien entre chaque, un lien qui pourrait être le fil de vie de Graham. De l’enfance dans les zones industrielles à chômage de l’Angleterre aux tournées de fin de carrière devant des salles de province américaines à moitié vides, en passant par la rencontre avec Keith qui lui propose de remplacer Mick Jagger récemment écrasé bar un bus. Et chaque ligne est truffée de références au monde du rock, ses visions comme ses violences.