Powers Richard, ‘Le temps où nous chantions’.

Sortie : 2003, Chez : 10/18_5053. Un roman fleuve (1100 pages en format poche) sur les aventures musicales d’une famille américaine qui traverse le 20ème siècle. Dans l’entre deux guerres mondiales, un juif allemand exilé aux Etats-Unis épouse une femme noire, ils ont trois enfants, deux suivront la voie de la musique et la petite dernière empruntera le chemin les Black Panthers. Leur père scientifique participe à la mise au point de la première bombe atomique, leur mère cherche à les élever comme des enfants « sans couleur » et doit compromettre avec la Cause défendue par sa propre famille. Les uns meurent, les autres luttent ; tout explose au cœur d’une Amérique violente et déchirée par ses guerres, ses races, ses rêves ; mais la musique rassemble cette famille improbable, fondée sur les ruines du massacre de deux peuples.

AC/DC – 2010/06/18 – Paris Stade de France


Douze mois exactement après leur dernier Stade de France les rockers australiens reviennent pour un deuxième Stade pour une nouvelle et immuable messe rock. Rien n’a changé, on dirait qu’ils n’ont même pas refait leurs valises entre les deux shows qui se déroulent à l’identique. Le gigantesque Stade de France est toujours accueillant et bien organisé : merguez, bière, posters et articles dérivés à profusion ; hôtesses-sandwichs numériques portant le programme et les horaires sur un écran fixé sur leurs épaules ; infirmiers et videurs pour parer aux excès. Même les verres sont recyclables alors que dire de notre combo des antipodes ?

Nous sommes le 18 juin (qui plus est le 70ème anniversaire d’un 18 juin plus historique et dramatique), alors l’appel a été fort et les rockeux européens convergent vers Paris Nord cloutés et bardés des différents oripeaux aux couleurs des 35 ans de carrière des AC/DC, avec bien sûr les cornes rouges clignotantes de circonstance. Bedaine et calvitie ont souvent pris le dessus. Le headshaking est moins éclatant quand on est chauve mais la foi est toujours là et d’aucun sont venus avec les enfants.

Après le warm-up des antédiluviens Slash le show des australiens se déroulera sans accroc et sans surprise : le strip-tease d’Angus sur The Jack, le bombardier cartoon qui balance ses flots de guitares électriques sur War Machine, la cloche qui fait vibrer Paris-Nord sur Hells Beels, la grosse Rosie gonflable sur Whole Lotta Rosie, les flammes sur Highway To Hell, les canons tonitruants sur We Salute You, l’interminable solo d’Angus sur on ne sait plus quel morceau, tellement c’était long, les filles qui montrent leurs poitrines sur grand écran, le batteur qui allume ses tiges et frappe sur ses caisses la clope au bec comme un camionneur dans son semi-remorque !

Deux heures du grand spectacle de la comédie hard-rock où chacun a joué sagement son rôle, public et musiciens, avec suffisamment d’autodérision pour en faire une excellente soirée parisienne. On parlait l’an passé du concert des adieux. Un an de patience et les AC/DC étaient de nouveau sur la scène et quelque chose nous dit que ce ne sera pas la dernière…

Set-List : Rock N’ Roll Train/ Hell Ain’t a Bad Place to Be/ Back in Black/ Big Jack/ Dirty Deeds Done Dirt Cheap/ Shot Down in Flames/ Thunderstruck/ Black Ice/ The Jack/ Hells Bells/ Shoot to Thrill/ War Machine/ High Voltage/ You Shook Me All Night Long/ T.N.T./ Whole Lotta Rosie/ Let There Be Rock
Encore : Highway to Hell/ For Those About to Rock (We Salute You)

Sophie Hunger – 2010/06/02 – Paris la Cigale

De la Boule Noire à la Cigale il n’y a qu’une porte et 900 spectateurs de plus. Douze mois plus tard, et un deuxième disque sorti, Sophie Hunger en a franchi le seuil ce 2 juin amenant avec elle musiciens et émotion. Emotion est d’ailleurs un mot bien faible pour traduire le bouleversant torrent de tendresse et de subtilité qui a emporté l’assistance deux heures durant.

Sophie fait cette année le show debout avec ses cinq même musiciens venus de Zurich, Lausanne, Berne et Frankfort, quand l’an passé ce petit monde était assis sur des chaises de bistrot dans l’espace intime de la Boule Noire. Plutôt éloignée de l’image guerrière de la couverture de 1983, elle est habillée ce soir en robe rouge et collant noir pour lancer le show avec un a capella en alémanique avant de s’emparer d’une guitare électrique qui ne fonctionnera pas avant que l’ampli ne soit changé « … c’est l’émotion qui la rend muette… » dira Sophie, dans un français hésitant, de son instrument rebelle.

Plus électrique, mais pas moins sensible, le show déroule les deux derniers disques dans la magie du live. L’assortiment inattendu du trombone à sourdine avec la voix romantique de Sophie produit un effet chair de poule instantané et irradiant. Qu’elle déclame sa révolte à poumons ouverts telle une suffragette ou qu’elle susurre une berceuse en allemand, qu’elle martèle l’électricité de ses guitares, qu’elle frappe ses cordes acoustiques ou qu’elle effleure l’ivoire de son piano, l’empathie est instantanée et le spectateur ne rêve que de repousser le terme de ces moment de charme absolu mais éphémère que sont les interprétations de ses chansons qui hélas ne durent que trois minutes. Dès que l’une se termine la frustration nous envahit car elle ne pourra plus faire mieux, mais cette triste perspective est immédiatement démentie par la chanson suivante, et ainsi de suite jusqu’à la fin du show, qui elle est écrite dans ces moments hors du temps.

Sophie et sa bande déclenche une sensation d’émoi amoureux et artistique qui est la marque des grands artistes. La complicité magique qui l’unit à ses musiciens est palpable, forge l’unité et la finesse de cette musique. Le guitariste allemand Christian Prader sous ses airs de barbu crypto-baba est présent là où il faut avec juste ce qu’il faut de virtuosité de volume. Le tromboniste Michael Flury tire d’incroyables déchirements de ses sourdines qui portent si bien cette musique mi-jazz mi-folk, et pour tout dire assez inqualifiable. Parfois même, abandonnant leurs instruments, ces deux compères assurent un chœur de basses pour enrober la voix de Sophie dans un écrin sonore.

Elle démarre la reprise de Noir Désir « Le Vent l’Emportera » après en avoir récité le refrain traduit en allemand. Elle introduit Valzer für Niemand en expliquant sa relation « avec personne » qui est « importante et permanente ».

Il faudra trois rappels pour se résoudre à les laisser repartir vers leur concert du lendemain. Le deuxième bis se termine par trois longues minutes de silence et d’immobilité, les mains suspendues au-dessus de piano dont les notes disparues depuis longtemps virevoltent encore dans nos âmes. Le dernier rappel est joué débranché et sans micro, tous assis sur le bord de la scène. Saluant le public avec ses musiciens Sophie se frappe le cœur, l’air de ne pas en revenir d’avoir dissipé une telle émotion sur un public en liesse et au bord des larmes. Elle est auteur, compositeur, elle chante merveilleusement, elle joue de la guitare, du piano, de l’harmonica, elle est folk, elle est rock, elle est jazz, elle est belle et pure, elle est subtile et fragile, timide et émouvante. Et elle a dédié son disque 1983 aux enfants de Suisse « May you grow up to take a part. » Quel immense talent !

Warm up : Mark Berube

BRMC – 2010/05/12 – Paris le Bataclan

On croyait Los Angeles dédiée au new age et autres fantaisies technoïsantes, aux surfeurs blonds et airhead et aux bombasses hollywoodiennes siliconées et bardées d’iphones, eh bien certains ignoraient que cette ville a engendré l’un des plus fantastiques groupes de rock de la planète : les Black Rebel Motorcycle Club ! Leur retour à Paris ce 12 mai lèvera toute ambigüité sur le sujet.

Le Groupe affiche une nouvelle batteuse, Lea Shapiro, ex-Raveonettes, appliquée, frappeuse et jolie, à l’aise dans ce monde de mecs, et un nouveau disque, Beat The Devil Tatoo.

Ils entrent sur scène au son de Please don’t leave me de ce bon vieux Buddy Gut joué sur  la sono qui déjà fait trembler le Bataclan sous les coups de bass. Tous habillés de noir, Robert et sa bass au bois aussi éraillé que son blouson-cuir, coiffe en bataille, Peter en chemise cow-boy, clope au bec et rouflaquettes, Lea cheveux au vent, les yeux grand ouverts comme étonnée au milieu de ses fûts. Les affaires commencent sur War Machine et Mama Taught Me Better extraits du dernier disque. Robert n’a pas même pris le temps de chausser la bandoulière de sa bass qu’il tient des deux mains alternativement sur ses genoux ou comme une mitrailleuse dont il arrose la foule. Sniper de génie, il touche au but à chaque coup. Dès les premières notes 80% des spectateurs se massent dans les 20% d’espace aux pieds de la scène ; pression et transpiration, telles sont les mamelles de l’évangile selon le Club. L’éclairage est minimal, des projecteurs aux pieds des micros donnent un air crépusculaire à nos deux héros qui sont le plus souvent plongés dans le noir, les yeux fermés, les doigts virevoltant sur les manches, délivrant leur épitre, celle des Dieux du Rock ‘n Roll, non point perdus dans une stratosphère cosmique et épurée, mais bien au centre de notre monde, celui de brutalité de la cité et des rythmes du combat. Car ces trois là sont bien sur le sentier de la guerre, fils d’une Amérique fondée sur la conquête et la salvation.

Une petite respiration sur Red Eyes And Tears et les choses repartent encore plus haut avec Bad Blood puis la suite ininterrompue d’une musique qui fait vibrer les murs et nos âmes, d’une noirceur vertigineuse et d’une énergie surhumaine, désespérément inspirée par un blues des plus véridique. Rob et Pete chante d’une voix similaire, aigüe et torturée, plaçant des mots simples sur la vie, évacuant les peines avec les notes. Ils parlent des épreuves et des déchirures, des pertes et des rédemptions. Ils parlent de notre existence et l’éclaire de leur brûlante vision de sac et de cordes. Ils sont les Black Rebel.

Whatever Happened To My Rock’n’Roll (Punk Song) qui termine la première partie est une envolée démesurée qui tend à l’épopée ; les musiciens ont quitté la scène et les larsens distordus des guitares jetées sur les amplis continuent de siffler. L’atmosphère est vitrifiée par l’émotion.

Mais ils reviennent bien vite pour un nouveau 3/4 d’heure de Rock qui débute par une reprise de Dylan jouée par Robert, seul à la guitare acoustique, à genoux devant le premier rang. Ils interrompront Conscience Killer  le temps d’évacuer un spectateur qui n’a pas tenu le choc et poursuivront par un deuxième rappel après Spread Your Love se termine sur Shadow’s Keeper dans un déluge sonique où Peter transforme le son de sa guitare en une éruption volcanique où l’électronique se substitue à la lave, générant la même dévastation.

Cette fois-ci après 2h1/4 de furie l’on croit le concert terminé mais retentit alors la bass lente et assourdie de Rob alors que se déploient des faisceaux de fin lasers verts à travers la salle et que les Black entonnent Open Invitation qui nous sera servi comme épitaphe d’un show d’anthologie :

On and on/ I’ve been waiting on the open invitation/ You’re silent show me no relation/ In the rising cold/ Don’t you feel alone/ I’ll be standing with your sorrow/ All you left me’s gone away tomorrow/ And we may never be here again/ And we may never be here again/ Pull me up/ On either side/ Don’t leave me standing alone in the light/ Pull me up/ On either side/ Don’t leave me standing alone in the light

On and on/ I’ve been waiting on the open invitation/ You’re silent show me no relation In the rising cold/ Don’t you feel alone/ I’ll be standing with your sorrow/ All you left me’s gone away tomorrow/ And we may never be here again/

And we may never be here again

Comme à son habitude Robert viendra jouer quelques morceaux acoustiques sur le trottoir du boulevard de la République pour les fans fidèles à la sortie du show.

Le chroniqueur bouleversé a déjà en poche son billet de Rock en Seine pour leur apparition parisienne du 27 août. Il surfe fébrilement sur leur site (d’excellente facture) pour sélectionner un prochain concert accessible : ce sera à Londres le 11 décembre.

Set list: War Machine / Mama Taught Me Better / Red Eyes And Tears / Bad Blood / Beat The Devil’s Tattoo / Love Burns / Ain’t No Easy Way / Aya / Berlin / Weapon Of Choice / Annabel Lee / Whatever Happened To My Rock’n’Roll (Punk Song) //

Encore1: Visions Of Johanna [Bob Dylan] / Shuffle Your Feet / River Styx / Half-State / Conscience Killer / Six Barrel Shotgun / Spread Your Love //

Encore2: Stop / Shadow’s Keeper / Open Invitation

Warm up: Zaza

Conroy Pat, ‘Charleston Sud’.

Sortie : 2009, Chez : Albin Michel. Le nouveau roman-fleuve de Pat Conroy ; comme les précédents c’est une histoire sur le Sud dans lequel se déchirent les familles sur fond de senteurs tropicales et de déchaînements climatiques, de douceur de vivre et de réglements de compte, de bonne éducation affichée et de perversions introverties, de nobles traditions et de haines ancestrales. Un groupe d’amis de l’université qui ont survécu aux barrières raciales et sociales, partent à la recherche de l’un d’entre eux, mourant du Sida à San-Francisco. Ils le ramènent à Charleston où ils auront à affronter les remugles du passé. L’histoire est haletante, l’écriture simple, comme toujours s’y mêlent naïveté de certains sentiments et noirceur de la vision du Monde et de la famille. Un bon cru.

Gaëtan Roussel – 2010/04/28 – Paris la Cigale

Gaëtan Roussel à la Cigale vient nous faire partager son enthousiasme et son nouveau disque solo, Ginger, sur la sympathique scène de la Cigale. Les lumières s’éteignent sur une bande des Beatles au milieu de laquelle déboule Gaëtan impatient qui démarre les riffs de Clap Hands avant même que son guitariste ne soit arrivé. La bande pétillent d’énergie : deux guitaristes/ un bassiste sur la ligne d’attaque, deux choristes dont une aux cuivres derrière, et une ligne de trois défenseurs batteur-percussionniste-claviers sur les arrières. Ce petit monde est emmené par son leader détendu et pressé qui enchaîne tout Ginger sans respiration : nous ne faisons que passer/ dans l’ombre et la lumière/ nous ne faisons que traverser/ des océans des déserts/ nous ne faisons que passer/ dans l’ombre sous la lumière.

Les yeux fermés et les paupières plissés, grand échalas en polo noir accroché à son pied de micro, délivrant sur sa guitare une rythmique simple et efficace, Gaëtan décline un mélange de pop tendre et de boucles technos, de mots rieurs et de thèmes mélancoliques, de paroles en français et de refrains en anglais, d’électricité furieuse et d’acoustique doucereuse. Son dernier disque est un modèle du genre, poly-influences mais rousselien au possible. C’est l’influence d’un parcours musical original qui l’a mené de Louise Attaque à Tarmac, lui a fait commettre de fructueuses collaborations artistiques avec Bashung (le marquant Bleu Pétrole), Vanessa Paradis (Il y a), Rachid Taha, lui a fait ingérer les Violent Femmes, Mark Plati (qui est aux crédits de Ginger) comme les Talking Heads, pour synthétiser le tout dans le concert ce soir.

Gordon Gano des Violent Femmes est là ce soir pour chanter Troubles sur une lancinante rythmique de chœurs et claviers, pendant que Gaëtan est passé à la basse. En premier rappel, après le très pur Les Belles Choses  le groupe se lance dans un inédit (1000 milliards de dollars) et Psycho Killer une superbe reprise des Talking Heads dont on prend soudain conscience combien les guitares ravageuse ont inspiré notre artiste.

Comme il ne reste plus grand-chose de neuf à jouer pour le deuxième rappel et Gaëtan ne voulant pas compromettre avec le passé, après une reprise de Nazareth, le groupe termine la soirée sur un deuxième Help Myself.

Set list : Intro/ Clap Hands/ Tokyo/ Inside Outside/ Si l’on comptait les étoiles/ Dis-moi encore que tu m’aimes/ Mon nom/ Des questions me reviennent/ Help Myself (Nous ne faisons que passer)/ Backgammon/ Trouble (with Gordon Gano)/ DYWD//

Encore : Les Belles Choses/ 1000 milliards de dollars/ Psycho Killer (Talking Heads cover)//

Encore 2 : Love (Bassiste au chant – Nazareth cover)/ Help Myself (Nous ne faisons que passer)

Warm up : Sharitah Manush

Lou Reed – 2010/04/21 – Paris la Cigale


A Night of Deep Noise

Lou Reed à la Cigale pour rejouer Metal Music Machine trente-cinq années après sa création ; la soirée est intitulée A Night of Deep Noise, elle est animée par Lou accompagnée d’un machiniste et d’un sax qui ont chacun la moitié de son âge.

Metal Music Machine c’est l’histoire d’un double vinyle sorti en 1975 pour faite la nique à une maison de disque par trop intrusive face à un artiste fantasque. Invendable, l’œuvre trône dans les discothèques des loureediens convaincus qui l’écoutent (au moins le début de la première face…) une fois tout les 3 ou 4 ans lorsque s’impose une revue complète des choses qui comptent dans la vie aux rangs desquels figurent nombre de disques signés Lou Reed.

Disque étrange entre chef d’œuvre et escroquerie intellectuelle, il n’y a pas de mélodie, pas de chanson, pas de rythmes, pas de mot, juste du bruit généré par des guitares traitées par des machines. A l’écoute chez soi c’est un peu long et rares sont ceux qui vont jusqu’au bout. Sur scène c’est une expérience intéressante et créatrice.

La Cigale est en configuration assise et les spectateurs s’installent alors que trois guitares sont posées coté cordes sur trois amplis déclenchant des larsens grondants et profonds que les roadies viennent ranimer régulièrement.

Les trois musiciens entrent et se regroupent autour d’un gong vertical que l’on croirait venu directement d’un stupa népalaise, mais il est ici branché sur des ordinateurs qui retraitent sa vibration pour la transformer en terrifiant tonnerre métallique. Puis Lou s’assied derrière une tablette chargée d’ustensiles et de câbles, d’où il jouera alternativement de la guitare ou du bricolage de ses machines.

On se demande s’il y a une unité ou un fil conducteur dans cette mixture sonore. Il est difficile d’y reconnaître le disque original (la dernière écoute remonte à si longtemps…) Et d’ailleurs y-avait-il un sax dans Metal Music Machine ? Celui-ci est remarquable dans son souci de pervertir l’utilisation de cet instrument à vent classique. Il en retire un incroyable souffle retraité par les ordinateurs qui donne l’impression d’un emballement éolien furieux. On y retrouve le John Lurie des Lounge Lizards.

La Cigale assiste ébahie à la performance de ce vieux Lou qui saura toujours nous surprendre. Imperturbable et revenu de tout, il manipule ses machines et ses spectateurs et reste de marbre lorsque quelques parisiens quittent la salle en criant au scandale. Evidemment si certains avaient mal interprété le titre du show A Night of Deep Noise et s’attendaient à écouter Coney Island Baby, on s’étonne même qu’ils soient restés assis plus de quinze minutes.

Metal Music Machine c’est Stockhausen revisité par des Fender et composé par un génie du siècle qui ne voit pas pourquoi il se refuserait le plaisir créateur de fouler ce genre de chemins de traverse. Dieu merci sa réussite le lui permet ; il n’est point besoin de s’esbaudir devant la performance, juste se réjouir de soixante-quinze minutes de musique sortant de l’ordinaire dans notre Monde où l’ordinaire, le mimétisme et le consumérisme sont érigés en modes de fonctionnement.

Hatzfeld Jean, ‘La stratégie des antilopes’.

Sortie : 2007, Chez : Points – P1993. Dernier volume de sa trilogie consacrée au génocide au Rwanda, Jean Hatzfeld a obtenu le prix Médicis pour « La stratégie des antilopes » dans lequel il poursuit le dialogue avec tueurs et rescapés, maintenant de nouveau réunis sur les mêmes collines. Quelques années de prison pour les uns, la poursuite de la misère et des doutes pour les autres, et Hatzfeld continue à plonger au cœur de cette tragédie comme pour essayer d’exorciser sa propre horreur. Cela s’est passé quoique l’on pense et dise, personne n’a pas pu arrêter la machine infernale de la barbarie et tout le monde s’interroge ensuite sur pourquoi et comment. L’Occident reste muet de culpabilité quand le paysan rwandais raconte l’indicible avec ses mots simples, ceux des assassins comme ceux des survivants. Le reste de l’Afrique est absent. Ce dialogue est désarmant de naïveté et effrayant par le Mal ou la résignation qui exsudent de chaque parole. Cette trilogie de Hatzfeld est un témoignage rare sur la face sombre de l’Humanité.

The Stranglers – 2010/03/25 – Paris le Bataclan

Un concert jouissif des Stranglers au Bataclan ce soir, un an après un Olympia de toute beauté. Un nouveau disque Decades Apart, best of agrémenté de quelques créations, et surtout leur intact bonheur de se déchaîner sur scène en nous rejouant trois décennies pas tout à fait apart mais bien au cœur de notre imaginaire musical.

Comme il se doit pour un concert des Stranglers la petite communauté british rock de Paris est présente et une bande de joyeux drilles quinqua tendance sexa, correctement imbibé de bière et tous revêtus du T-shirt noir à l’effigie du fameux logo rouge, pogottent joyeusement (parfois un peu brutalement) tout au long du show.

Jet qui figure aux crédits du disque n’est pas sur scène mais les trois autres sont là et bien là, secondés par le roadie élu batteur de tournée. Les quatre lascars sont à leur aise dans l’espace confiné du Bataclan. Le son est réglé un peu au-dessus de ce qu’il devrait être mais le spectateur vieilli aime se rappeler les excès soniques de sa jeunesse.

JJ joue toujours comme si sa vie en dépendait, Dave est perché derrière ses claviers et son gobelet de thé, so british, la sueur inonde la guitare de Baz qui grimace derrière son micro et plaque les rythmes obsédants avec virtuosité, le répertoire défile et les spectateurs sont comblés.

Les Stranglers sont bien vivants et que Dieu nous les garde encore longtemps sur la planète rock où ils touchent déjà à l’éternité au cœur de leur parcours terrestre. Leur musique réveillerait les morts alors rien ne presse pour qu’ils rejoignent le paradis des rockers où ils pourront prétendre à une place de choix et sauront remettre un peu d’animation alors que Joe Strummer, Brian Jones et Jimmy Hendrix semblent quelque peu somnoler autour de Saint-Pierre.

The Cranberries – 2010/03/22 – Paris le Zénith

Cela devient une manie avec The Cranberries, un concert sur deux est décevant. Celui du 25 mars est malheureusement à verser au passif du groupe irlandais. Plus ou moins séparés depuis 2003, ses membres ont ensuite vaqué à leurs projets solos, dont une ribambelle de quatre enfants pour Dolorès que l’on avait vue au Bataclan en juin 2007 venue présenter son premier disque solo Are you listening? Sympathique mais pas inoubliable.

Cette fois-ci le groupe décide de se reformer derrière la bannière énergique de leur inspiratrice. Il n’y a pas de nouveau disque, juste une tournée mondiale. Idée généreuse mais hélas pas guidée par une créativité débordante. Il n’y a pas de nouveau disque en vue alors le groupe surfe sur ces vieilleries que nous avons tant aimées, plus quelques chansons solo de Dolorès qui entre temps vient de sortir un deuxième disque personnel : No bagage.

Décor clinquant à souhait, style gay friendly avec empilement de colonnades et de teintures drapées-plissées qui se parent de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel au hasard d’une programmation électronique que l’on dirait réglée sur random.

L’égérie de tous nos phantasmes est vêtue d’une espèce de jupette médiévale à lanières, elle a coupé court ses cheveux noir geais et chaussé des bottes noires fruit d’un accouplement entre Dock Mertens et bottines pawnees. Elle parcourt l’immense scène de long en large, ponctuant ses allers-retours de tonitruant bonsoir mes amis et autres comment ça va Paris ? La scène est vide, pas un ampli ou un retour, tout le matériel est planqué derrière les teintures ce qui laisse un espace bien trop grand à notre princesse qui erre comme une âme en peine à la recherche désespérée de son inspiration. Les musiciens sont professionnels et inexistants. Un cinquième larron guitare-clavier est ajouté au quatuor d’origine pour la tournée, plaqué dans un coin.

Sa voix est restée la même, magnifique et exubérante, avec toujours ce petit décrochement si caractéristique quand elle passe dans les aigus. Elle en use avec efficacité, tout le tra-la-la qui entoure ce retour scénique en a quelque peu gommé l’émotion parfois déchirante qui la hantait dans le passé. Mais l’essentiel est resté.

The Cranberries au Zénith ce soir, sans doute pas un concert indispensable, ils ont vieilli, nous aussi, et ce n’est pas bien beau à voir. On avait adoré Dolorès à son époque neurasthénique (Zombie), on avait été rassuré lorsque jeune Maman elle retrouvait le chemin de la fantaisie (Bury the Hatchet), on avait aimé son premier disque solo (Are you listening?) mais ce soir il n’était pas nécessaire de faire la claque sur Ode to my family ou autres tubes des 90’s plutôt propices à la noirceur et l’introspection. Le (jeune) public du Zénith n’a pas semblé lui en vouloir malgré son allure Dorothée sur le plateau de TF1 dansant le twist sur Salvation. Reconnaissant, ledit public a explosé sur Zombie qui clôture ce show, ravie, Dolores repart avec des ballons aux couleurs irlandaises qu’agitent frénétiquement les trois premières lignes de fans.

Allez, The Cranberries reste un groupe marquant, ils furent ce soir toujours aussi talentueux mais juste décalés par rapport à notre imaginaire. Heureusement la jeune génération qui n’était pas née lorsque No Need to Argue est sorti et que Dolorès était blonde, n’a pas nos souvenirs.

Setlist : Analyse/ Animal Instinct/ How/ Ordinary Day/ Linger/ Dreaming My Dreams/ When You’re Gone/ Just My Imagination/ Switch Off The Moment/ Desperate Andy/ Time Is Ticking Out/ I Can’t Be With You/ Ode To My Family/ Free To Decide/ Salvation/ Ridiculous Thoughts/ Zombie
Encore : Shattered/ You and Me/ The Journey/ Dreams

Mickey [3D] – 2010/03/05 – Paris la Cigale


Nous avions aimé Mickey[3D] en novembre dernier et nous l’avons adoré ce 3 mars à la Cigale. Concert à l’identique et toujours cette sympathique atmosphère musicale déballée par Mickey et Cécile Hercule.

Plus qu’un faire valoir, Cécile, une artiste délicieuse qui assure la première partie en mini-jupette et mélancolie de circonstance : Bientôt trentenaire, tous mes médoc sont périmés/ Je me souviens c’est le temps qui passe/ Je n’ai pas l’air mais je me moque de ne plus rêver/ Je ne dis plus rien, avec le temps tout passe.

Rhabillée en coulisse Cécile revient grimée en institutrice sévère pour accompagner Mickey, son bassiste et son batteur. Elle se couvre parfois le visage d’un masque de farces et attrapes, voire même la nuque et alors elle dance dos au public en agitant les bras lui faisant ressembler à un pantin désarticulé. Elle passe avec un égal bonheur de son petit clavier à la guimbarde, de la scie musicale à une espèce d’harmonica à tuyau. Et en plus elle sert de tête de turc métaphorique à Mickey qui nous explique qu’une fois terminés le concert et la vente de ses disques perso il ne reste plus à Cécile qu’à charger le camion. Bref, elle assure avec un vrai talent le coté polisson et féminin de ce concert.

Mickey reste superbe dans une ironie musicale qui est sa marque de fabrique. La tendresse se cache à peine derrière les mots. La très jolie chanson Ma Grand-mère l’illustre au plus haut point : Ma Grand-Mère a quelque chose, que les autres femmes n’ont pas/ Ma Grand-Mère est une rose, d’un rose qui n’existe pas… Et Mickey a un talent fou, alors il nous reprend pour terminer la soirée J’ai demandé à la lune, écrite en son temps pour Indochine et portée par ce groupe devant des stades déchaînés. Une musique qui a du cœur, à découvrir !

Setlist : Playmobil/ 1988/ Matador/ Je m’appelle Joseph/ La footballeuse de Sherbrooke/ L’homme qui prenait sa femme pour une plante/ Personne n’est parfait/ La France a peur/ Yula(ma fiancée galactique)/ Paris t’es belle/ Montluçon/ Chanson du bonheur qui fait peur/ Méfie-toi l’escargot
Encore 1 : Le Goût du citron/ Ma grand-mère/ Jeudi Pop Pop/ Respire/ Johnny Rep
Encore 2 : Le tube de l’été/ J’ai demandé à la lune

Hatzfeld Jean, ‘Une saison de machettes’.

Sortie : 2003, Chez : Points – P1253. La suite du « Nu de la vie » et cette fois-ci un dialogue avec les tueurs et la plongée hallucinée au cœur de la terreur qu’ils ont déchaînée, racontée avec une désarmante candeur par des hutus emprisonnés dans un pénitencier logé sur une colline au centre de la région où ils ont opérés. Poussés par l’idéologie des autorités ayant décrété le génocide, pris en main par les milices venus sur place pour motiver les troupes, encouragés par l’alcool et le pillage, ils ont passé trois mois à massacrer à la machette les tutsis de leur voisinage avant de fuir vers le Congo dans un incroyable exode toujours mené par le pouvoir hutu, deux années dans des camps de réfugiés puis un retour piteux poussé violemment au retour par le nouveau pouvoir tutsi soucieux de leur faire rendre des comptes et mettre fin à la guérilla qu’ils avaient organisée depuis l’Est congolais. Ils expliquent comment et pourquoi avoir agi ainsi, ils laissent entrevoir l’impulsion mortelle insufflée par une idéologie terrifiante sur des esprits simples, investis par la haine depuis des générations.

Amy Macdonald – 2010/02/03 – Paris la Cigale

« It’s goûûûûd to be bâââââck in Paris » nous dit Amy Macdonald avec son accent écossais en débarquant sur la scène de la Cigale ce soir pour un concert flamboyant. Avec sa guitare et ses quatre musiciens ils ont à peine terminé une tournée mondiale de 18 mois à l’Olympia en mars dernier suite à la sortie du premier disque This Is The Life, que rentrés à Glasgow ils écrivent un nouveau disque en six mois, à paraître le 8 mars, et se lancent dans une mini tournée pour présenter ces compositions.

Revitalisé aux grands froids écossais, le groupe est revenu joyeux, Amy sur-maquillée en robe bleu-paillettes et talons hauts, plutôt souriante, on l’a quitté blonde l’an passé et elle nous revient brune, Mark a abandonné ses casquettes/bonnets et chacun entre deux relevages de mèche tire des miracles de sa guitare. Celle d’Amy est changée après chaque chanson histoire sans doute de la réaccorder, la bête étant légèrement martyrisée par les rythmes endiablés insufflés par l’Ecossaise qui semble réglée sur un métronome éperdu. C’est une véritable forge que sa guitare rythmique. Au début des morceaux elle se tourne en souriant vers la batterie, s’imprègne de son rythme le temps de quatre mesures et démarre ses riffs sans répit, à la limite de l’épilepsie (constate le chroniqueur désabusé qui a du mal à imprimer deux aller-retours par mesure sur sa propre guitare). Amy pousse la vapeur en enfournant des volées de charbon dans la chaudière. Et au milieu de cette frénésie elle trouve l’énergie de chanter de sa voix puissante, profonde, entraînante, gardant le contrôle de la machine.

Tout en s’excusant de nous jouer des morceaux encore inconnus elle démarre le show par deux nouveautés. Le nouveau cru est excellent nous le boirons ce soir dans l’allégresse, seulement ponctuée de quelques ballades mélancoliques (Troubled Souls) qui permettent de recharger les batteries. Avec la même fougue seront revisités les tubes de l’an passé déjà devenus des hymnes : Run, Mr Rock’n’Roll, Let’s Start a Band.

Descendu du train de This Is The Life en pleine gloire ces cinq là sont remontés dans un TGV qui ne s’arrête même plus dans les gares et dont on ignore la destination, lancé à la vitesse fulgurante de leur jeunesse, de leur enthousiasme. Rien ne les arrête ni ne leur résiste, ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont puissants, Amy une grande chanteuse-guitariste-auteur-compositeur. Quel talent !

Set list : An Ordinary life | Love Love | This is the life | This pretty face | Give it all up | Mr Rock & Roll | Next big thing | Spark | Troubled soul | No roots | Run | Let’s start a band
Encore : Dancing in the dark (Springsteen cover) | What happiness means | Don’t tell me that it’s over

Hatzfeld Jean, ‘Dans le nu de la vie – Récits des marais rwandais’.

Sortie : 2000, Chez : Points – P969. Hatzfeld écoute les rescapés du génocide rwandais qui avec des mots simples, souvent ponctués d’expressions comme seul le langage africain sait en créer de touchantes et illustrées, l’horreur qu’ils ont vécu toisa mois durant. Les rythmes de fonctionnaires des tueurs qui travaillaient en chantant de 9h à 17h30 revenant chaque matin avec régularité dans les marais où se cachaient les victimes pour éviter d’être « coupées », les détails sordides sur les massacres, les âmes dévastées des survivants, les cohortes d’enfants « non accompagnés » dont toute la famille a été tuée, le terrible déchaînement de terreur entre deux ethnies vivant sur les mêmes collines. Les photos des interviewés ont été prises par Raymond Depardon.

Archive – 2010/01/23 – Paris le Zénith


Après leur concert d’octobre dernier on croyait que les Archive repassaient à Paris pour nous resservir un concert à l’identique. Nous fumes détrompés, et combien ! Le show fut bien plus rock ce soir, illuminé par la présence de Maria qui n’apparaissait que sur un film en 2009. Le premier Controlling Crowds à l’atmosphère plus symphonique et progressiste se prêtait moins à la colère qui s’est déchaînée ce soir. Entre temps est paru le Part IV de Controlling Crowds qui poursuit dans la veine inaugurée pour les trois premiers épisodes mais sur un mode plus rageur, alors les Archive s’en sont donnés à cœur joie comme s’ils avaient besoin de rappeler aux parisiens qu’ils sont un véritable groupe de scène.

Pills démarrent le show avec le retour de Maria, toute en rondeurs et émotions, bottes et robe noires, qui danse légèrement et dont les premières phrases chantées font parcourir un frisson sur l’assemblée au milieu des boîtes à rythmes qui déjà mènent l’enfer : These days, they’re taking me down/ Breakout, with pills in my hands/ Freak out, I move with the crowd. Elle reviendra pour un crescendo bouleversant sur Collapsed Collide magnifiquement interprété puis You Make me Feel. Cette chanteuse fait partager l’âme de cette musique en posant la douceur de sa voix sur la frénésie des rythmes, en mixant la noirceur des textes avec l’enthousiasme des musiciens, le tout avec une subtilité féminine incomparable.

Le groupe pris le temps de revenir sur le passé avec quelques furieuses interprétations (Fuck You, Sane, Pulse) et de laisser Rosko nous rapper ses délires, immobile et vissé sous ses locks, dégorgeant un torrent d’imprécations de sa voix rythmée. Un époustouflant et inattendu Lights vient clôturer le show de ses quinze minutes d’émerveillement musical intégral. Le rappel démarre sur les deux tubes de Part I et termine un concert accompli et réjouissant.

Set list : Pills/ Sane/ Finding it so Hard/ Razed to the Ground/ Collapsed Collide/ Bastardised Ink/ Kings of Speed/ Fuck You/ Lines/ Blood in Numbers/ You Make me Feel/ Danger Visit/ Lights
Encore : Controlling Crowds/ Bullets/ So Few Words/ Pulse

Warm up : Lowmilk

Depeche Mode – 2010/01/19 – Paris Bercy

Les Depeche Mode sont à Paris pour deux Bercy et avec un nouveau disque : Sounds of the Universe. Le show démarre sur In Chains avec voix surpuissante et riffs wah wah déchirants, puis sont enchaînés  Wrong et Hole To Feed, les trois premiers morceaux du CD qui donnent le ton de leur atmosphère 2010 : électro et bass prédominante.

Le light show est gigantesque, le mur du fond est transformé en immense écran de télévision (parfois un peu trop cliquant style plateau de TF1 un samedi soir) avec centré et en haut une boule (The Universe) qui se transforme alternativement en loupe, en mappemonde, en boule de machine à écrire IBM ou en réservoir à ballons multicolores virtuels. Sur Walking In My Shoes on voit le vol d’un corbeau au milieu de rien qui vient se poser sur un piquet et nous narguer d’un œil narquois, agrandit dans la loupe, jusqu’à la fin du morceau, effet redoutable. Le reste du visuel sera à la hauteur et techniquement irréprochable.

Martin est habillé tout en paillettes avec le visage parsemé de brillants. Dave nous montre rapidement les tatouages de son torse athlétique. Les trois autres sont plus discrets derrière leurs instruments.

Le groupe a un peu tourné electro au détriment de la mélodie, mais ce n’est sans doute qu’une mode qui passera. On avait adoré les envolées romantiques de Touring The Angels il y a quatre ans, on est aujourd’hui sur un mode plus brutal. Mais le savoir-faire des Depeche Mode forgé à l’aune de trente années de création musicale et de tournées mondiales est quelque chose de proprement fascinant et indéniablement efficace. Et puis il reste la musique de Martin et la voix de Dave, cocktail détonnant qui continue à nous enivrer, et là on retrouve ses marques comme l’on fait les 12 000 spectateurs enthousiastes qui ont repris en cœur les classiques Enjoy The Silence, Never Let Me Down, Personal Jesus et bien d’autres.

Une soirée avec les Depeche Mode n’est jamais du temps perdu même si celle-ci fut un peu plus mondaine que les précédentes.

Set list : In Chains/ Wrong/ Hole To Feed/ Walking In My Shoes/ It’s No Good/ A Question Of Time/ Precious/ World In My Eyes/ Insight (sung by Martin)/ Home/ Miles Away – The Truth Is/ Policy Of Truth/ In Your Room/ I Feel You/ Enjoy The Silence/ Never Let Me Down Again Encore #1 : One Caress/ Stripped/ Behind The Wheel/ Personal Jesus

Soljénitsyne Alexandre, ‘L’archipel du Goulag (tome 1)’.

Sortie : 1973, Chez : . La description par le menu détail de l’univers concentrationnaire soviétique dans lequel tout le monde est ou sera « coupable ». L’explication d’un système à nul autre pareil où le « coupable » doit signer ses « aveux » et où tout est bon pour les obtenir au nom du parti du Peuple. Le récit trace une vaste fresque de la répression et des procès, des années post révolution jusqu’à l’après deuxième guerre mondiale (l’auteur a été arrêté par la police politique sur le front quelques mois avant la victoire). On y chemine de camps en cellules, de train de prisonniers en fourgons pénitentiaires à travers ce si vaste pays que l’on croirait tout entier dédié à la répression. Malgré le coté effrayant des descriptions, le style de Soljénitsyne est plein d’un humour grinçant et d’une vision cynique du système soviétique qu’il a grandement contribué à faire connaître et à combattre de l’intérieur.

Sanseverino – 2009/12/18 – Conflans Saint-Honorine

Sanseverino en concert à la salle des spectacles de Conflans Saint-Honorine, il fait froid en cette mi-décembre et la banlieue est sombre, mais Sanseverino sait comment réchauffer l’atmosphère, c’est le moins que l’on puisse dire ! Gouailleur-provocateur, il affiche ses boucles d’oreille sur cheveux grisonnants et costume sombre, guitariste hors pair et multi-instrumentistes inspiré, il est entouré d’une bande de rockeux convaincus qui ont hantés les salles de province. Très, très, très bavard, il déverse entre ses chansons un déluge de sornettes aussi foisonnant que les notes de sa guitare grimée en roulotte gitane.

Des mots de loubards à la subtilité ironique, des rimes hilarantes et dérisoires, notre joyeuse bande croque le monde qui nous entoure avec une acide tendresse et s’en donne à cœur joie pour lancer sa poésie désabusée à l’assaut de nos principes bourgeois. Quelques piques acides contre la religion et l’équipée sauvage revient habillée de pourpre telle une procession vaticane, des guitares-crucifix, pour finir un show en forme de balloche du 14 juillet, énergique et décapant.

Quelques semaines plus tard on apprend que Sanseverino sera présent sur la liste Europe-Ecologie pour les élections régionales de mars prochain, en position non-éligible certes, mais voici une nouvelle tribune pour un homme attachant.

Bruguière, entretiens avec Pontaut Jean-Louis & Jean-Marie, ‘Ce que je n’ai pas pu dire’.

Sortie : 2009, Chez : Robert Laffont. Une hallucinante plongée au cœur des grands dossiers du terrorisme de ces 30 dernières années, instruits par le juge Bruguière. On y découvre effarés l’hydre terroriste qui grouille au milieu de nous tous, d’Action Directe au djihad, poussée par des Etats ou des intelligentsia, mondialisée et au fait des technologies, sans remord et bardée de certitudes. L’action terroriste vit son rythme dans la violence, affronte des Etats et des systèmes. Bruguière détaille les mérites du système français qui a bâti un arsenal légal pour lutter contre le terrorisme avec les armes de la Loi, avec l’aide de l’action diplomatique et politique (quelque soit la couleur du gouvernement en place d’ailleurs) et des services secrets afin d’être présent sur les mêmes terrains que ceux qu’il a combattu. On y suit en détail le déroulement, les implications et le jugement d’affaires comme l’assassinat en France de l’ancien premier ministre iranien Bakhtiar ou l’explosion criminelle du DC10 d’UTA dans le Ténéré. C’est affolant d’entre-apercevoir jusqu’où ont pu aller ces organisations terroristes (avec le soutien d’Etats) et… rassurant de savoir que dans une vieille (et riche) démocratie comme la France il y a un Droit et des hommes capables de combattre en son nom pour la sécurité publique. Il reste que le juge, fin politique, peut aussi avoir dit « sa » vérité et manipulé quelque peu la réalité pour en faire de la littérature ou de la politique. Le lecteur anonyme ne peut pas trancher, mais juste constater que les attentats et crimes narrés ont bien existé et, parfois, été condamnés au nom de la Loi en France et dans d’autres pays.

Besson Patrick, ‘Mais le fleuve tuera l’homme blanc’.

Sortie : 2009, Chez : Fayard Roman. Un roman palpitant où s’entremêlent l’Afrique, des femmes, des histoires d’espionnage, dans la moiteur de Brazzaville. Les différents personnages racontent chacun le même récit vu par leurs yeux. Les rwandais hutus et tutsis remettent les pendules à l’heure sur l’origine d’un génocide, la DGSE manipule une ex-agent du KGB à qui Sassou a fait un fils, un ancien militant du PCF n’ayant toujours pas digéré sa culpabilité de colonisateur agit contre sa patrie. Il y a du sang, du sexe, des enjeux politiques, du cynisme, fort peu de sentiments et du vécu.