Björk – 2007/08/26 – Paris Parc de Saint-Cloud

Björk en Seine – 2007/08/26 – Festival Rock en Seine Paris Parc de Saint-Cloud

C’est l’évènement culturel et musical de la rentrée : après deux prestations dans le Sud en début de semaine qui ont embrasé les arènes de Nîmes, Björk et sa troupe glacio-technoïde s’installent à Saint-Cloud pour le final de Rock en Seine. La composition fut époustouflante, à la hauteur des plus hautes attentes des 20 000 spectateurs qui se pressaient devant une scène bariolée de drapeaux aux couleurs fluo, dessinés d’animaux divers.

A 21h40, alors que la pression (physique) devenait difficile pour les premiers rangs et l’intensité (artistique) insoutenable pour les fans en haleine, les musiciens se mettent en place : une section de cuivres-choristes islandaise composée d’une dizaine de femmes habillées en bouteille d’Orangina, aux couleurs flamboyantes du dernier album Volta, chacune un fanion rouge au dessus de la tête, un claveciniste, un batteur ainsi que Mark Bell et Damian Taylor, préposés aux machines et à l’électronique (voir encadré sur la Reactable). Une voute laser strie le ciel depuis le fond de la scène et Björk apparaît sur les premières rythmiques numériques obsédantes de Innocence. Pieds nus, vêtue d’une robe de fée à dominante dorée (très légèrement inspirée de la tenue de clown triste de Bowie sur le clip Ashes to Ashes), le front maquillé d’or et des mèches blanches dans les cheveux, elle parcourt déjà la scène de ses pas décalés et légers, dans le froufroutement inaudible des plis de sa chasuble moirée. Les bras tendus sous les lasers déchirant la nuit elle nous invite à la suivre dans une plongée au cœur de ses mystères.

Les 20 000 spectateurs hypnotisés par ce prologue libérateur vibrent déjà lorsque résonne la rumeur sinistre de l’intro de Hunter (de son avant-dernier disque Homogenic) : I’m hunting/ I’m the hunter/ (but you just don’t know me). Oui, Björk chasse inlassablement la nouveauté armée de sa seule foisonnante créativité. Elle tend à la fusion de l’électronique avec la stridence de sa voix cristalline, en une exceptionnelle unicité temporelle, visuelle et auditive. Et pour mieux nous enrôler dans cette quête, Hunter se clos sur le jaillissement soudain des mains de l’artiste d’un filet synthétique jeté vers la foule en deux cônes inextricables. Telle une Spider-woman spirituelle elle nous capte dans les rets étroits de son univers étrange et poétique, que nous n’avons d’ailleurs aucune envie de quitter, petits poissons consentants pris au piège de la pieuvre dominatrice, nous nous laissons dévorer avec délice.

S’ensuivent Joga et le déchaînement électronique de Earth Intruders. C’est le cri du centre de la terre, là où tout n’est que magma brûlant et d’où s’élève en une colonne volcanique le cri de Björk : We are the earth intruders/ We are the paratroopers/ Stampede of sharpshooters/ Voodoo… Le public captivé écoute religieusement l’éruption musicale qui s’échappe de la scène en coulées numériques et suit les pas de funambule de sa créatrice, voletant d’un incendie à une incandescence, dodelinant de la tête et contrôlant l’énergie.

Puis viennent d’autres retours aux albums du passé avec I miss you, Army of me (terrifiant), Hyperballad, Hidden place, Pagan poetry, 5 years, Pluto. Qu’elle soit à coté du claveciniste pour une bouleversante ballade, aux pieds de ses choristes pour s’unir à elles où parcourant inlassablement la scène elle fait toujours preuve d’une incroyable présence, d’une fulgurante personnalité. Seul faille à ce contrôle total sur les évènements un léger tic qui lui fait jouer avec la langue avant ses phrases.

On la croirait descendue du carrosse de Cendrillon pour nous délivrer le message d’un monde dont elle seule a les clés, celui d’une musique complexe et d’une poétique troublante. Telle une réincarnation évanescente du Petit Prince sur sa planète, elle a planté son arbre dont les racines nous enserrent dans une féérie de modernité et de subtilité.

Derrière l’image idyllique et pure de ce petit lutin de l’électronique et de la modernité se cache en réalité une artiste accomplie, au sommet d’une inspiration qui synthétise tous les courants musicaux et visuels du monde d’aujourd’hui.

L’unique rappel se termine sur un Declare Independance qui fait parler la poudre ! Les rythmes électronique s’entrechoquent et se superposent sur les hurlements libérateurs d’une Björk qui fait reprendre son hymne à tout le Parc : Raise the flag/ Raise the flag (higher, higher) ! Les écrans vidéo de chaque coté de la scène s’emballent sur des prises de la Reactable et autres écrans tactiles musicaux, machines sonores étranges manipulées par des apprentis sorciers qui en extraient des sons bouillotants et des rythmes furieux. Sous une cathédrale débridée de lasers hallucinés, les bras en croix Björk marque le beat infernal de son refrain sous une pluie de cotillons argentés puis soudainement tout s’arrête, laissant les spectateurs subjugués, mais un peu frustrés…, seulement 90 mn, l’artiste ne fait pas d’heures supplémentaires, on en aurait voulu tellement plus !

Set list : 01. Brennið Þið Vitar, 02. Innocence, 03. Hunter, 04. Immature, 05. Jóga, 06. The Pleasure Is All Mine, 07. Hidden Place, 08. Pagan Poetry, 09. Anchor Song, 10. Earth Intruders, 11. Army Of Me, 12. I Miss You, 13. Mother Heroic, 14. Five Years, 15. Wanderlust, 16. Hyperballad, 17. Pluto
Rappel: 18. Oceania, 19. Declare Independence.

Un nouvel outil musical est utilisé lors de la tournée Volta : La Reactable. Il s’agit d’une table à musique électro-acoustique développée par l’Université Pompeu Fabra de Barcelone qui permet à plusieurs utilisateurs de déplacer des objets sur une surface translucide créant ainsi différents types de son interférant entre eux. Le but est de déplacer des blocs appelés tangibles sur la table ronde rétro-éclairée de différentes formes modulables en fonction de leur emplacement et de leur nombre sur la Reactable. En déplaçant et en actionnant ces tangibles, l’interaction de ces derniers créé une sorte de synthétiseur virtuel créant des rythmes musicaux et des effets sonores représentés sur la table par des cercles et des sinusoïdales. Il existe seulement deux reactables dans le monde et Björk est ainsi la première artiste à en faire un usage grand public pour les concerts de la tournée Volta. Aucun apprentissage particulier n’est nécessaire pour l’utiliser, c’est un instrument collaboratif et intuitif.

Boyle T.C., ‘Le Cercle des Initiés’.

Sortie : 2004, Chez : . L’arrivée de la sexologie dans l’Amérique des années 40/50 racontée de façon truculente par Boyle. On suit les pas d’un professeur qui, de conférence en conférence, initie ses auditoires à cette nouvelle science. Avec ses adjoints ils mettent en fiche les pratiques sexuelles de leurs concitoyens sans oublier de s’occuper au passage de leurs propres perversions.

Festival Rock en Seine – 2007/08/24>26 – Paris Parc de Saint-Cloud

Björk en Seine

C’est l’évènement culturel et musical de la rentrée : après deux prestations dans le Sud en début de semaine qui ont embrasé les arènes de Nîmes, Björk et sa troupe glacio-technoïde s’installent à Saint-Cloud pour le final de Rock en Seine. La composition fut époustouflante, à la hauteur des plus hautes attentes des 20 000 spectateurs qui se pressaient devant une scène bariolée de drapeaux aux couleurs fluo, dessinés d’animaux divers.

A 21h40, alors que la pression (physique) devenait difficile pour les premiers rangs et l’intensité (artistique) insoutenable pour les fans en haleine, les musiciens se mettent en place : une section de cuivres-choristes islandaise composée d’une dizaine de femmes habillées en bouteille d’Orangina, aux couleurs flamboyantes du dernier album Volta, chacune un fanion rouge au dessus de la tête, un claveciniste, un batteur ainsi que Mark Bell et Damian Taylor, préposés aux machines et à l’électronique (voir encadré sur la Reactable). Une voute laser strie le ciel depuis le fond de la scène et Björk apparaît sur les premières rythmiques numériques obsédantes de Innocence. Pieds nus, vêtue d’une robe de fée à dominante dorée (très légèrement inspirée de la tenue de clown triste de Bowie sur le clip Ashes to Ashes), le front maquillé d’or et des mèches blanches dans les cheveux, elle parcourt déjà la scène de ses pas décalés et légers, dans le froufroutement inaudible des plis de sa chasuble moirée. Les bras tendus sous les lasers déchirant la nuit elle nous invite à la suivre dans une plongée au cœur de ses mystères.

Les 20 000 spectateurs hypnotisés par ce prologue libérateur vibrent déjà lorsque résonne la rumeur sinistre de l’intro de Hunter (de son avant-dernier disque Homogenic) : I’m hunting/ I’m the hunter/ (but you just don’t know me). Oui, Björk chasse inlassablement la nouveauté armée de sa seule foisonnante créativité. Elle tend à la fusion de l’électronique avec la stridence de sa voix cristalline, en une exceptionnelle unicité temporelle, visuelle et auditive. Et pour mieux nous enrôler dans cette quête, Hunter se clos sur le jaillissement soudain des mains de l’artiste d’un filet synthétique jeté vers la foule en deux cônes inextricables. Telle une Spider-woman spirituelle elle nous capte dans les rets étroits de son univers étrange et poétique, que nous n’avons d’ailleurs aucune envie de quitter, petits poissons consentants pris au piège de la pieuvre dominatrice, nous nous laissons dévorer avec délice.

S’ensuivent Joga et le déchaînement électronique de Earth Intruders. C’est le cri du centre de la terre, là où tout n’est que magma brûlant et d’où s’élève en une colonne volcanique le cri de Björk : We are the earth intruders/ We are the paratroopers/ Stampede of sharpshooters/ Voodoo… Le public captivé écoute religieusement l’éruption musicale qui s’échappe de la scène en coulées numériques et suit les pas de funambule de sa créatrice, voletant d’un incendie à une incandescence, dodelinant de la tête et contrôlant l’énergie.

Puis viennent d’autres retours aux albums du passé avec I miss you, Army of me (terrifiant), Hyperballad, Hidden place, Pagan poetry, 5 years, Pluto. Qu’elle soit à coté du claveciniste pour une bouleversante ballade, aux pieds de ses choristes pour s’unir à elles où parcourant inlassablement la scène elle fait toujours preuve d’une incroyable présence, d’une fulgurante personnalité. Seul faille à ce contrôle total sur les évènements un léger tic qui lui fait jouer avec la langue avant ses phrases.

On la croirait descendue du carrosse de Cendrillon pour nous délivrer le message d’un monde dont elle seule a les clés, celui d’une musique complexe et d’une poétique troublante. Telle une réincarnation évanescente du Petit Prince sur sa planète, elle a planté son arbre dont les racines nous enserrent dans une féérie de modernité et de subtilité.

Derrière l’image idyllique et pure de ce petit lutin de l’électronique et de la modernité se cache en réalité une artiste accomplie, au sommet d’une inspiration qui synthétise tous les courants musicaux et visuels du monde d’aujourd’hui.

L’unique rappel se termine sur un Declare Independance qui fait parler la poudre ! Les rythmes électronique s’entrechoquent et se superposent sur les hurlements libérateurs d’une Björk qui fait reprendre son hymne à tout le Parc : Raise the flag/ Raise the flag (higher, higher) ! Les écrans vidéo de chaque coté de la scène s’emballent sur des prises de la Reactable et autres écrans tactiles musicaux, machines sonores étranges manipulées par des apprentis sorciers qui en extraient des sons bouillotants et des rythmes furieux. Sous une cathédrale débridée de lasers hallucinés, les bras en croix Björk marque le beat infernal de son refrain sous une pluie de cotillons argentés puis soudainement tout s’arrête, laissant les spectateurs subjugués, mais un peu frustrés…, seulement 90 mn, l’artiste ne fait pas d’heures supplémentaires, on en aurait voulu tellement plus !

Set list : 01. Brennið Þið Vitar, 02. Innocence, 03. Hunter, 04. Immature, 05. Jóga, 06. The Pleasure Is All Mine, 07. Hidden Place, 08. Pagan Poetry, 09. Anchor Song, 10. Earth Intruders, 11. Army Of Me, 12. I Miss You, 13. Mother Heroic, 14. Five Years, 15. Wanderlust, 16. Hyperballad, 17. Pluto

Rappel: 18. Oceania, 19. Declare Independence

Un nouvel outil musical est utilisé lors de la tournée Volta : La Reactable. Il s’agit d’une table à musique électro-acoustique développée par l’Université Pompeu Fabra de Barcelone qui permet à plusieurs utilisateurs de déplacer des objets sur une surface translucide créant ainsi différents types de son interférant entre eux. Le but est de déplacer des blocs appelés tangibles sur la table ronde rétro-éclairée de différentes formes modulables en fonction de leur emplacement et de leur nombre sur la Reactable. En déplaçant et en actionnant ces tangibles, l’interaction de ces derniers créé une sorte de synthétiseur virtuel créant des rythmes musicaux et des effets sonores représentés sur la table par des cercles et des sinusoïdales. Il existe seulement deux reactables dans le monde et Björk est ainsi la première artiste à en faire un usage grand public pour les concerts de la tournée Volta. Aucun apprentissage particulier n’est nécessaire pour l’utiliser, c’est un instrument collaboratif et intuitif.

Rock en Seine – les Autres

Une bonne, une excellente cuvée 2007 pour le festival Rock en Seine, rendez-vous rock parisien de la fin de l’été, étalé sur trois jours et trois scènes cette année, pour nous remettre d’un été maussade. La programmation toujours plus remarquable, mais que vont-ils trouver l’année prochaine pour faire mieux ! La technique et l’organisation excellentes. Le Paris rock a été comblé une nouvelle fois. Seule fausse note, Huchon, président de la région Isle de France et initiateur/organisateur du festival ne résiste pas et colle sa photo en première page du programme gratuit, encravaté, stylo-or au dessus du parapheur ministériel, embonpoint républicain ; il aurait au moins pu enfiler un T-shirt Rock en Seine, cela lui aurait donné un air plus détendu, plus rock ‘n’ roll que diable !!!

Warmup le vendredi, ambiance boueuse sur la grande scène du parc Saint-Cloud mais programme revigorant : Mogwai, une espèce de progrock instrumental, agréable avec ses longues envolées de guitares et ses voix vocodées ; The Shins et ses jolies mélodies pop-folk bien emmenées par un chanteur-compositeur-guitariste de talent ; The Hives un groupe de suédois complètement cinglés, punk-garage, lookés noir et blanc, auto-satisfaits et bruyants, virtuoses et sans complexe, qui déchaînent le parc ; et, et, et… Arcade Fire, de retour à Paris, puissant et prodigieux sous la presque pleine lune, bien qu’un peu moins nature qu’à l’Olympia en mars dernier. On est à la fois heureux de les voir en plein air où le volume et l’effervescence de leur musique s’exprime à profusion, mais un peu frustrés de devoir les partager avec 20 000 spectateurs. Et puis Régine était de mauvaise humeur ce soir, toujours à chigner pour un retour pas comme elle voulait, un réglage à fignoler, mais quelle musique, quel bonheur ! La set-list était sans grand changement, sauf l’absence regrettée de Poupée de cire Poupée de son (Régine était nerveuse nous l’avons dit). Tout le monde est rentré chez soi la joie au cœur et l’âme regonflée de toute l’énergie véhiculée par cette musique du nouveau monde.

Samedi le terrain a commencé à sécher et Pravda ouvre le bal sur la scène de la Cascade : duo parisien, une bassiste style grande liane brune aux yeux bleus, habillées d’un fourreau noir, qui chante et joue de la basse comme elle tirerait à la Kalatch, son alter égo à la guitare peroxydé à la Billy Idol, une musique basique et efficace style The Kill ; Calvin Harris, un groupe écossais électro-funk énergique ; CSS et ses 5 musiciennes brésiliennes, fraîches, détendues, buvant des bières, faisant les folles, tirant des fusées à cotillons, fringuées multicolore, déchaînées sur la scène, déployant un rock dance très nouveau monde, très… Brésil ! Tout le monde est tombé sous le charme, il parait que la ministre de la culture était dans le public. CSS veut dire Cansei De Ser Sexy (Fatiguées d’Etre Sexy) mais elles sont en pleine forme les furies paulistes ; et en final les Rita Mitsouko qui ont bluffé la scène de l’Industrie avec un show très pro, très mesuré, la gestuelle contrôlée de Catherine Ringer, toujours moitié clownesque moitié déjantée, parfaitement adaptée au traitement de la musique. Fred est calme à la guitare électro-acoustique, lunettes noires et costar rayé, look mafieux barbu. La set-list est complète. Les quadras frétillent, les plus jeunes s’ennuient. Les Rita se permettent même une excellente reprise de Red Sails de Bowie avant le final sur Marcia Baila, et un dernier salut à deux au public qui, s’il avait insisté un peu plus aurait peut-être obtenu un rappel même si non programmé officiellement.

Dimanche, tout est sec, les remugles des toilettes publiques se mêlent aux senteurs des merguez, les festivaliers se préparent au final. Kings of Leon  délivre sa gouaille sudiste en plein soleil, un climat de circonstance pour ce groupe qui évolue de façon très favorable : voix déchirée par le bourbon et les cigarettes, guitares claquantes ou grinçantes, la grande scène est transformée en une immense et joyeuse salle de saloon ; Faithless est beaucoup moins séduisant, un genre de sous Massiv Attack avec rythmes obsédants et synthés démodés, conduits par Rollo Amstrong la sœur de Dido. Un afro-européen sur le devant dévide son trip-hop chaloupé en maillot Puma pendant que les indo-européens derrière assurent la logistique. Pas inoubliables bien qu’entraînant. Et puis… Björk que certains présentent comme une attraction pour bobos alors qu’elle est devenue la fiancée de Paris en ce jour inoubliable.

L’emmerdeur patenté du concert rock

Alors que le show est commencé, il tente une percée vers le premier rang un gobelet de bière tenu en équilibre au-dessus de la tête.
L’emmerdeur patenté se déplace en bande, avec une ribambelle de cinq ou six crétins qui se tiennent par la main et poussent, poussent, poussent, quoiqu’il se passe devant eux. Ils marchent sur les pieds, renversent de la bière au passage sur les spectateurs déjà pressurisés telles des sardines dans leur boîte, empêchent l’environnement proche de profiter du concert.
Comme dans notre bas monde la mauvaise éducation et la goujaterie payent souvent très bien, l’emmerdeur patenté qui n’a pas fait le pied de grue trois heures durant pour tenir sa place dans les premiers rangs, obtient finalement le même résultat, sans l’attente…
Le pire est quand l’emmerdeur patenté se rend compte qu’il ne peut plus progresser et s’arrête juste sur vos pieds. Il faut alors le persuader de poursuivre sa poussée plus loin, au besoin à coups de pieds sournois, voire à coups de coudes vicieux. Mais l’emmerdeur patenté est tellement insupportable que l’on arrive à devenir très créatif pour le chasser.

Architecture In Helsinki – 2007/08/03 – Paris Arène de Montmartre

Concert Architecture in Helsinki en plein air aux arènes de Montmartre dans le cadre du festival Paris Quartier d’Eté. Il fait doux et calme sur les hauteurs de Paris. Les gradins de pierre des arènes sont pleins, une mini scène a été montée à leurs pieds. L’ambiance est festive. Paris Quartier d’Eté, toujours là où il faut !

Les Architecture débarquent à la nuit tombée : un groupe australien (comme ne l’indique pas son nom) bien déluré, une bande de jeunes créatifs et cool. Le leader chanteur/guitariste en bermuda/chemise à fleurs, le bassiste blanc grimé en bushman avec locks et barbe, une chanteuse bien en chair et en T-shirt aux motifs aborigènes, et trois autres musiciens. Tout ce petit monde déboule à l’instant du vol de Singapour pour se retrouver à Montmartre, légèrement décalé mais toujours plein d’énergie et d’enthousiasme, buvant des quantités industrielles de bière, s’échangeant les instruments au hasard des morceaux et nous délivrant une musique neuve et artisanale, pleine de cassures de rythmes, de vocalises improbables, agrémentée d’un coup de trombone à coulisse de temps en temps, de drums électroniques et de l’esprit des antipodes. Une espèce de Talking Heads descendu de l’Ayers Rock.

Après le rappel, les musiciens vendent leurs CD et des T-shirts en sirotant des bouteilles de Bordeaux au goulot. Histoire de confirmer l’essai, les Architecture seront de retour à Paris à la rentrée. A ne pas manquer.

Wolfe Tom, ‘Moi, Charlotte Simmons’.

Sortie : 2004, Chez : . L’arrivée dans une prestigieuse université américaine d’une brillante lycéenne d’un comté rural des Etats-Unis : elle y découvre un monde de superficialité où la « coolitude » prime sur le savoir, l’apparence sur la pensée. Elle s’y débat pour essayer de faire valoir le fond sur la forme, sans trop de succès. Comme à son habitude Wolfe décrit avec une infinie précision et beaucoup d’humour tous les travers de notre société moderne, toutes ces petites choses que l’on ressent sans savoir les décrire lorsqu’il faut déployer la dernière énergie pour paraître « beau et drôle » dans notre société du « show permanent ». Ce sont 1000 pages de cynisme, souvent hilarantes, sur la vision du monde sous l’œil acéré d’un grand écrivain de notre temps.

FOREST Philippe, ‘Tous les enfanst sauf un’.

Sortie : 2007, Chez : .

Après la mort tragique de sa fille il y a dix ans emportée par un cancer foudroyant, Philippe Forest a écrit deux romans sur la barbarie révoltante que représente la mort d’une enfant de trois ans. Cette fois-ci il s’attaque à un essai où dans un style plutôt froid il démonte les mécanismes de la douleur et son environnement : l’hôpital, le refus de la mort dans notre monde moderne, la commercialisation de la douleur, l’anormalité du malheur, le sens d’écrire (comme une fidélité et non une thérapie). Toute entier, et pour toujours, habité par cette tragédie, il a titré son livre de la phrase extraite de Peter Pan :

Tous les enfants, sauf un, grandissent.

inscrite sur la tombe de sa fille.

Angot Christine, ‘Rendez-vous’.

Sortie : 2006, Chez : . Les confessions impudiques d’une femme amoureuse d’un homme qui ne l’est pas. Entre eux il y le livre qu’écrit Christine Angot en direct sur cette désespérance, comme une bouée lancée dans l’océan en furie de la passion à sens unique. L’écriture n’est que ce qu’elle est, pouvant déclencher l’admiration mais rien d’autre. Le style est plutôt direct, peu littéraire, mais l’excitant est de savoir écrire sur soi-même dans l’immédiateté, démonter ses névroses, transcender ses échecs amoureux. Christine y réussit plutôt de façon plaisante.

Lou Reed – 2007/06/26 – Paris le Palais des Congrès

Lou Reed joue Berlin

– Hey Lou Reed/ Do you hear me?/ I don’t want to be no one…/ Does it get cold and alone/ When you’re all on your own in NYC?/ Lisa says, Caroline says, Candy says she wants to be with me…

chante The Servant  sur son dernier disque sorti en 2006, How To Destroy a Relationship. L’influence morbide du poète new-yorkais est toujours prégnante sur la musique d’aujourd’hui…

Ce soir Lou Reed plante son décor au Palais des Congrès à Paris pour y jouer l’intégrale de Berlin, plus de trente années après sa sortie. Berlin, une ville où Lou n’avait jamais mis les pieds avant d’écrire son chef d’œuvre, Berlin le disque le plus déprimant de l’histoire du Rock ‘n’ Roll, mais Berlin la pièce maudite de l’un des artistes le plus influent de son temps.

Ce soir Lou Reed nous rejoue le disque de nos nuits d’encre. Il a rameuté Steve Hunter, le guitar-hero de Rock and Roll Animal, le virtuose démoniaque de l’intro légendaire de Sweet Jane ! Bob Ezrin le producteur de l’époque est de la partie, Julian Schnabel a tourné un documentaire sur les shows de New York qui sera présenté aux festivals du film de Venise et de San Sebastian, Emmanuelle Seigner la nouvelle égérie rock underground (chanteuse du groupe Ultra Orange, sévèrement inspiré par le Velvet, et femme de Roman Polanski) joue Caroline dans les films projetés durant le concert, et nous, les purs, sommes là à nous presser dans les escaliers de cette salle généralement consacrée aux assemblées d’actionnaires… Mais après tout, nous détenons des titres sur la Lou Inc. depuis le temps que cet artiste diabolique capte nos investissements émotionnels et nous en reverse les dividendes de sang et de larmes.

Un chœur d’adolescentes, des cuivres et des cordes viennent adoucir l’électricité et enrober la voix chevrotante de celui qui va nous narrer une fois encore l’histoire sordide et blafarde de Jim et Caroline.

Le concert démarre sur les accords de Steve, à la guitare acoustique, coiffé d’un bonnet de marin breton et d’une blouse d’hôpital psy bleu pâle, accompagnant les vestales sur le refrain de Sad Song. Le ton est donné : triste ! Puis vient le piano bastringue émergeant d’un cabaret berlinois interlope où se pressent espions, putes et Gi’s :

In Berlin/ By the wall/ We were five foots ten inches tall/ It was very nice/ Candelight and Dubonnet on ice

 Et Jim et Caroline nous entraînent à la suite de leur histoire d’amour underground et son cortège de jalousie, de violence, de drogue, de déchirure et de mort. Une atmosphère glaçante et parfaitement rendue par un son épuré et simpliste au milieu d’une mise en scène statique et quasiment sans éclairage. Les jeunes chanteuses en aubes falotes ondulent au long des mesures marquées par la voix profonde de Lou. L’ambiance cathédrale de la salle donne à l’ensemble un air de messe maudite. On dirait que la musique s’échappe de catacombes où seraient entassés les ossements blanchis d’une époque révolue, pour atteindre nos cœurs corrompus par le temps. Une époque où violence et poésie savaient encore se marier, où des artistes pouvaient écrire la vraie vie et en tirer de purs sanglots.

Les rumeurs les plus folles ont couru sur les conditions d’enregistrement de ce disque : Lou perdu dans les drogues, Ezrin en dépression à l’issue des sessions, les cris déchirants de ses propres enfants appelant leur mère, enregistrés sur The Kids. Et l’album est devenu une icone majeure de l’œuvre de Reed qui a marqué et marque encore des générations de musiciens et d’amateurs éclairés.

Et alors que Jim et Caroline entament leur descente vers les abysses, le Maître nous fait défiler les 10 titres ce cet album d’exception. Men of Good Fortune est un must. L’enchaînement Caroline Say II / The Kids / The Bed / Sad Song est une douleur infinie qui nous vrille l’âme, alors que nous accompagnons Caroline au bout de sa route ; ses enfants enlevés, ses poignets ouverts, sa vie s’en va dans un flot de sang et notre stupeur est à la hauteur de ce désastre : And I said oh oh oh oh oh oh what a feeling.

Comment des mélodies aussi simples, une voix aussi monocorde, des mots aussi triviaux peuvent-ils déclencher un tel torrent émotionnel sinon du fait du noir génie de leur auteur ? Et notre artiste ne semble guère se soucier de ce qu’il provoque. Il joue, tranquillement accroché à sa guitare, plutôt absent, revenu de tout, carrément ailleurs dans son monde de mots et de notes.

Après les derniers accords de Sad Song il laisse un peu attendre la salle avant de lui offrir en rappel Sweet Jane / Satellite of Love / Walk On the Wild Side / Rock Minuet, toujours avec autant de nonchalance. Et Steve nous refait note pour note le Sweet Jane solo. Nous sommes touchés au cœur.

Lou salue, Lou offre des fleurs aux vestales qui nous ont tiré des larmes sur Sad Song, Lou embrasse Ezrin et puis Lou s’en va de son pas indifférent.

Ce soir il a créé Berlin ! Nous étions la pour partager ce moment d’anthologie.

The Rolling Stones – 2007/06/16 – Paris le Stade de France

Hummm… les Rolling Stones sont en ville, une ambiance de merguez flotte au-dessus du Stade de France, 80 000 fans sont en train de migrer vers Saint-Denis pour s’abreuver autour de leur point d’eau, pas encore trop asséché par le temps ! Enfin, pas tout à fait 80 000 car les tribunes tout en haut du stade sont vides, couvertes par des bâches au logo lingual pour cacher la misère !

Le deuxième show de la tournée A Bigger Bang, annulé en 2006 pour cause de chute de cocotier de Keith dans une ile du Pacifique, a lieu ce 16 juin 2007. La famille est de retour ! Nous ne manquons cette cérémonie désormais classique et venons rendre hommage à la persévérance de nos papys qui nous accompagnent dans nos rêves musicaux depuis si longtemps. Bien sûr on se raconte toujours un peu les mêmes histoires lors de ces réunions mais l’atmosphère est chaleureuse, la technique impressionnante et le blues est toujours le blues… alors pourquoi s’en priver même s’il faut pour cela reporter à la semaine prochaine ses courses d’été aux Galeries Farfouillette. Même Fillon est venu faire un peu de présence, félicité par Mick, et légèrement sifflé par l’assistance.

Pas de surprise pour ceux qui ont déjà vu les premiers shows de cette tournée mondiale qui dure maintenant depuis deux ans, mais toujours beaucoup de plaisir à partager les performances de ce groupe fidèle et inusable. Et puis toujours cette montée d’adrénaline lorsque retentissent les premiers riffs du concert, ceux de Start Me Up en l’occurrence.

Quelques perles avec Waiting On A Friend joué par Mick à la guitare électroacoustique, un hommage à James Brown I’ll Go Crazy et une belle version de Can’t You Hear Me Knocking, bluesy à souhait, à grand renfort de solos de sax, de guitare (Ron) et d’harmonica.

Keith s’emmêle un peu dans ses paroles et ses accords sur Happy et I Wanna Hold You, accroché à sa vieille guitare éraflée, mais le public lui accorde toujours un succès d’estime et une définitive indulgence.

La B-stage avance puis recule sans un couinement, tout est bien réglé. Le feu d’artifice final illumine le ciel sur les derniers accords de Jumping Jack Flash. Nos quatre tontons reviennent pour un dernier salut et chacun rentre chez soi, satisfait d’avoir constaté que la famille est toujours en forme.

La set-list : Start Me Up/ Let’s Spend The Night Together/ Rough Justice/ All Down The Line/ She Was Hot/ Waiting On The Friend/ Can’t You Hear Me Knocking/ I’ll Go Crazy/ Tumbling Dice/ — Introductions/ Happy (Keith)/ I Wanna Hold You (Keith)/ It’s Only Rock’n Roll (to B-stage)/ It’s All Over Now (B-stage)/ You Got Me Rocking (B-stage)/ Honky Tonk Women (to main stage)/ Sympathy For The Devil/ Satisfaction/ Brown Sugar/ Jumping Jack Flash (encore)

The White Stripes – 2007/06/11 – Paris le Zénith

Icky Thump le dernier disque des White Stripes ne sera en vente que la semaine prochaine dans les bacs parisiens mais déjà l’on sait que sa couverture est en noir et blanc, une première pour ce groupe qui a fait du rouge et blanc sa marque de fabrique. Faut-il s’attendre à une révolution ? Cette soirée au Zénith prouvera qu’il n’en est rien. Et pourquoi d’ailleurs faudrait-il changer quoi que ce soit à ce duo incroyable qui nous délivre un rock pur forgé aux sources du blues ?

Le fond de la scène est tendu d’une immense toile rouge unie sur laquelle les musiciens joueront aux ombres chinoises comme unique light show. Mais nous ne sommes pas la pour la débauche technologique simplement pour écouter et voir la réincarnation de Jimmy Hendrix en extra-terrestre blanc venu de l’Ouest : Detroit, USA. Et le blanc débarque tout en rouge accompagné de Meg qui s’installe derrière ses futs. A peine les lumières éteintes, la guitare rouge et blanche siffle déjà des feulements de saturation sous les arcanes gonflées des toiles (rouges…) du Zénith parisien.

Le son brut du groupe envahit l’atmosphère comme une épaisse fumée de sous-bois enflammés, humide et grasse qui pénètre les tympans pour s’y déposer en strates indélébiles. Après notamment un redoutable Dead Leaves, il faut attendre le quatrième morceau du show pour découvrir le titre éponyme du disque Icky Thump qui est enchaîné avec Effect and Cause, autre nouveauté pour laquelle Jack a ressorti une vieille électroacoustique au bois constellé de zébrures, une de ces guitares qui a traîné dans les bars du Tennessee (les White’s habitent Nashville) et arbitré des bagarres d’ivrognes.

Après cette première envolée, le public est déjà à genoux alors que Jack poursuit son combat de gladiateur pour maîtriser les hurlements de sa guitare qui vit son propre destin sous les doigts de fée qui terminent les biscoteaux d’athlètes émergeant du T-shirt rouge moulé.

De la chevelure noire en bataille de Jack qui lui cache le visage, monte une voix aigüe et maîtrisée aux accents hard-rockeux mais à l’inspiration tellement blues dans ses vibratos et ses menaces qu’elle en fait le fils spirituel de Muddy Waters et B.B. King. Si ça n’était pas encore évident pour certains, il est désormais clair que ce garçon a replanté l’étendard de la musique américaine si haut que peu de musiciens de sa génération pourront aller le chercher.

I Think I Smell A Rat déclenche un ouragan avec ses riffs qui claquent sous le dôme comme des éclairs, c’était sur White Blood Cells en 2001 comme The Same Boy… Sans répit Jack accroché à sa guitare parcourt la scène rouge où il alterne les micros face au public, ou sur un orgue d’anthologie peint en rouge vif dont il joue pendant que les accords de ses cordes vivent leur vie dans un délire de larsen sur-saturé, ou encore à coté de Meg White, aussi souriante sous sa frange de cheveux noirs qu’elle est violente sur ses peaux. Complice de toujours elle assure la rythmique de façon désarmante mais oh combien efficace. Et il n’y a pas besoin de plus, elle fait ce qu’il faut.

Retour au calme provisoire avec Cold Cold Night chanté sur le devant de la scène par Meg à qui le public fait un triomphe en se demandant encore comment ce petit ange qui susurre avec tant de délicatesse :

Come to me again/ In the cold cold night/ You will know that it’s warm inside/ And you’ll come run to me/ In the cold cold night

est capable de batte le beat de Icky Thump ? Les démons du Mississippi certainement !

Ball And Biscuit pour terminer le premier set et puis les rappels qui annoncent l’apothéose de Seven Nation Army joué devant un Zénith qui sent venir sa fin : And I’m bleeding, and I’m bleeding, and I’m bleeding/ Right before the lord/ All the words are gonna bleed from me and I will think/ No more/ And the stains coming from my blodd/ Tell me go back home.

Tout n’est plus que sueur et déchaînement, stupeur et tremblement, lorsque Jack et Meg debout sur les enceintes tentent d’apaiser le brasier qu’est devenu le Zénith en se prenant en photo devant les spectateurs, au Polaroïd dont ils jettent les épreuves dans la foule. Jack offre des roses à Meg et ils repartent sereinement après nous avoir délivré le message de la grande Amérique, celui de racines violentes et ambigües, créatives et dissolues, multiples et exceptionnelles, irriguées par le sang du Rock ‘n’ Roll qui a engendré les plus belles pages de la musique de notre temps ! C’est bon, c’est bon, c’est bon.

Dolorès O’Riordan – 2007/06/06 – Paris le Bataclan

L’égérie anorexique des années 90, ex-leader des Cranberries est de retour à Paris avec un agréable album solo Are You Listening? Toute de noir vêtue, comme il se doit, des cheveux de jais, les yeux bordés d’eyeliner sombre, elle est accompagnée d’un combo de guitaristes gitans, costauds bardés de tatoos et plutôt habiles, à coté desquels elle paraît toute pitchounette. Mais la gracieuse irlandaise est aujourd’hui pleine d’énergie positive. Elle déboule à la guitare électrique sur les riffs lourds de Zombie qui nous ramènent au bon vieux tempsle Bataclan est déjà en transe ! La voix est forte mais toujours rêveuse. Dolorès est souriante et bavarde

Les nouvelles compositions coulent comme l’eau de source Angel Fire, Apple Of My Eye, Ordinary Day, Black Widow… et se mêlent harmonieusement aux anciens morceaux datés sinistrose, l’époque où l’on se demandait toujours avec angoisse si Dolorès allait vaincre ses démons et survivre un nouvel hiver. Alors aujourd’hui elle s’empare d’une guitare acoustique d’un blanc immaculé pour dédier Ordinary Day à sa fille : Beautiful girl/ Won’t you be my inspiration/ Beautiful Girl/ I’ll never let you down, juste les sentiments ordinaires d’une maman revenue de la bulle névrotique Cranberries pour se consacrer à la vie de tous les jours ; elle chante Apple Of My Eyes, une jolie love song sur un mari qui tarde à rentrer, Black Widow et la dévastation du cancer sur un être proche.

Tout ceci est un peu calibré FM, doux et parfois sombre, mais on aime cette artiste inspirée. Elle ne voit pas toujours le temps qui passe sous son jour le plus gai mais elle nous en restitue l’essence avec beaucoup de délicatesse. Le public en adoration la couvre de fleurs et de billets tout le concert durant, pavoise un drapeau irlandais et ne la laisse plus partir sur le final de Dreams : Oh my life is changing everyday/ Every possible way/ Though my dreams, it’s never quite as it seems/ ’cause you’re a dream to me.

La set list : Zombie/ Angel Fire/ Animal Instinct/ Apple Of My Eye/ Ordinary Day/ Ode To My Family/ Human Spirit/ Stay With Me/ Black Widow/ Pretty/ When You’re Gone/ I Can’t Be With You/ Loser/ Salvation/ When We Were Young// Encore : Just My Imagination/ October/ Linger/ Dreams

McNeil David, ‘Angie ou les douze mesures d’un blues’.

Sortie : 2007, Chez : . Les années 60 et le swinging London, les blueseux du Mississippi se percutent avec de jeunes anglais nommés The Rolling Stones et Angie est le fil conducteur de ce road-roman. Angie, belle et absente, promène sa morgue entre poudre et rock. Dans la vraie vie, Angie était la première femme de David Bowie. On dit que tous les rockers étaient amoureux et que Mick Jagger et Keith Richards ont écrit leut chanson éponyme pour elle.

Assouline Pierre, ‘Lutetia’.

Sortie : 2005, Chez : . L’histoire du responsable de la sécurité de l’hôtel Lutetia, juste avant, pendant et juste après la seconde guerre mondiale. On y croise la vieille noblesse européenne qui fuit les nazis, l’abwehr qui y a établi son quartier général et enfin le défilé hallucinant des déportés de retour des camps. Roman historique ou se mêlent des personnes réelles et imaginaires, où le drame n’exclut pas l’humour dans la narration des ambigüités entre résistance passive et collaboration, mais où surtout explose l’absurde tragédie de notre XX° siècle. On a le cœur bouleversé lorsque reviennent les fantômes de Nuit et Brouillard, qui retrouvent, ou pas, les leurs sous les ors du Lutetia marqué à jamais par cette année 1945.

Patti Smith – 2007/05/28 – Paris l’Olympia

Patti est de retour à Paris pour un de ces shows « chair de poule » comme seuls les artistes d’un autre monde savent en délivrer. Et toujours lorsque cette poétesse incomparable entre en scène elle exhume toute notre vie musicale cachée dans le lobe émotion de nos cerveaux. Comme dans un dernier soupir elle nous accompagne sur la frontière ténue entre le plaisir musical et l’introspection intime. Une grande dame qui superpose avec tellement de subtilité les mots et les notes sous l’étendard du Rock ‘n’ Roll le plus pur.

Les fidèles Lenny Kaye, guitariste, affublé comme toujours de ses gilets démodés, et Jay Dee Daugherty à la batterie, emmènent une set list idéale où se mêlent quelque unes des reprises objet de son dernier disque Twelve et les jalons musicaux d’un parcours exceptionnel entamé il y a 30 ans avec Horses. La tignasse grisonnante (elle vient d’avoir 60 ans) et toujours fringuée comme l’As de Pique, cette musicienne de légende nous fait partager ses révoltes comme ses nostalgies avec la foi d’une survivante. Sa voix n’a pas pris une ride. Elle en use et en abuse avec adresse et parfois violence.

Malgré le formatage intellectuel marketé par l’industrie du disque et en dépit de l’abrutissement des masses généré par les médias, elle reste sereine et convaincue de son message, de sa mission. Lorsque Patti joue de la clarinette sur Are You Experienced  de Hendrix, se fait accompagner par un luth sur Smells Like Spirit de Nirvana, ou déclame des poésies après avoir chaussé ses lunettes rondes, ce sont les Dieux qui parlent aux Dieux. Et quand elle soulève petits et grands sur Rock ‘n’ Roll Nigger et Because The Night elle ne voit pas de réel motif de dévier de sa route, celle de la sincérité brute d’une rockeuse qui a voulu changer le monde avec des chansons et des poèmes. Et elle y a réussi puisqu’elle donne du rêve, elle diffuse de l’énergie, elle montre la nécessité de savoir s’indigner, elle oriente la vie de chacun vers le cœur et l’intelligence quand tout dans notre monde moderne tend à faire dériver les individus vers l’illusoire et l’égoïsme.

Patti reste avec Lou Reed la grande prêtresse de la poésie underground. Ils ont traversé cette période à part, parfois excessive, mais tellement américaine, qui a si fortement influencé le Rock d’aujourd’hui. Et d’ailleurs Lou sera à Paris dans quelques jours… L’un et l’autre nous convient régulièrement à ces messes dites bien sûr sur un mode différent mais ils ne manquent jamais de communiants pour partager cette musique des anges qui parfois se transforment en démons, mais parfois seulement !

La set list : Privilege/ Redondo Beach/ Birdland/ Are You Experienced/ Free Money/ Within You Without You/ Southern Cross/ Pastime Paradise/ White Rabbit/ Because The Night/ Pissing In A River/ Soul Kitchen/ Peaceable Kingdom/ Gloria/ Smells Like Teen Spirit/ Rock n Roll Nigger/ Helpless

Orchestral Manoeuvres in the Dark – 2007/05/25 – Paris l’Olympia

Les adolescents synthétiques et fringants d’Orhestral Manoeuvres In The Dark (OMD) sont de retour pour un best of de leur carrière à l’Olympia. Pour la circonstance le parterre de la salle est en configuration quinquas avec sièges numérotés. Andy McCluskey and Paul Humphreys ont créé OMD à la fin des 70’s à Liverpool sur les traces de Kraftwerk et Gary Numan. Pop sucrée et claviers sophistiqués, on a aimé leurs ritournelles dont la justesse n’avait d’égal que leur caractère obsessionnel. Enola Gay… et bien d’autres ont fait la joie des DJ’s de l’époque. Les remix de Tesla Girls résonnent encore dans nos oreilles comme les glaçons dans les verres de GinTo. Alors on pouvait se faire remballer par des filles farouches, pas d’importance, on oubliait ces déconvenues sur les pistes de danse sous les stroboscopes fous d’Electricity.

Deux claviers surélevés entourent la batterie, un immense écran sur le fond et Paul qui chante devant, avec parfois une guitare ou une basse. L’électronique a remplacé les Mellotrons. Le tout relève d’une esthétique très épurée. Le light show et les projections sont modernes et superbes. Andy et Paul ont vieilli, ils affichent un look à la  Gilbert & Georges et d’ailleurs certaines des scènes visuelles sur l’écran feraient bonne figure dans une exposition du vieux couple anglais.

Il reste la musique, toujours entraînante et bien roulée. La voix d’Andy n’a pas pris une ride, les compositions tiennent encore la route et l’on ne va pas brûler ce qu’on a aimé. Les rythmes envoûtants poussent presque les spectateurs les plus vigoureux à esquisser quelques pas de danse, embourbés dans leurs fauteuils inconfortables. OMD est revenu et la setlist nous repasse la décennie 80 en 1h30 d’un concert plaisant.

Set list : Architecture And Moralit/ Sealand/ The New Stone Age/ Georgia/ She’s Leaving/ Souvenir/ Joan Of Arc/ Maid Of Orleans/ The Beginning And The End/ Messages/ Tesla Girls/ (Forever) Live and Die/ If You Leave/ Pandora’s Box/ Talking Loud And Clear/ So In Love/ Locomotion/ Sailing On The Seven Seas/ Enola Gay/

Encore : Walking On The Milky Way/ Electricity/ Romance Of The Telescope

Locus & Porco Rossa – 2007/05/19 – Paris le Café Montmartre

Concert au Café de Montmartre avec Porco Rosso et Locus, une soirée de musique dans une cave parisienne. Des amateurs éclairés, connus sur MySpace, qui s’amusent et nous réjouissent. De la musique française mâtinée de pop/folk. Un samedi soir plein de bonheur.

Les Porco sont en formation de quatre, le guitariste solo alternant sur un clavier. Yann développe une voix agile sous sa casquette. Des paroles parfois sentimentales sur une instrumentation maîtrisée qui n’hésite pas à se lâcher sur des solos rock appuyés. La musique coule naturellement sur une audience conquise.

Locus est un groupe sophistiqué avec un duo rythmique percutant, Xavier un guitariste solo au touché Dire Straits et autre un duo au chant, simple et subtil : Hocine, chant et guitare électro-acoustique, avec Rosa. Ils sont tellement naturels ces deux là qu’on dirait de vieux professionnels. Leurs voix aériennes se superposent avec élégance sur des paroles douces, le live ajoute de l’énergie. L’ensemble est rythmé, harmonieux, simplement émouvant.

Porco Rosso et Locus – 2007/05/19 – Paris le Café Montmartre

Concert au Café de Montmartre avec Porco Rosso et Locus, une soirée de musique dans une cave parisienne. Des amateurs éclairés, connus sur MySpace, qui s’amusent et nous réjouissent. De la musique française mâtinée de pop/folk. Un samedi soir plein de bonheur.

Les Porco sont en formation de quatre, le guitariste solo alternant sur un clavier. Yann développe une voix agile sous sa casquette. Des paroles parfois sentimentales sur une instrumentation maîtrisée qui n’hésite pas à se lâcher sur des solos rock appuyés. La musique coule naturellement sur une audience conquise.

Locus est un groupe sophistiqué avec un duo rythmique percutant, Xavier un guitariste solo au touché Dire Straits et autre un duo au chant, simple et subtil : Hocine, chant et guitare électro-acoustique, avec Rosa. Ils sont tellement naturels ces deux là qu’on dirait de vieux professionnels. Leurs voix aériennes se superposent avec élégance sur des paroles douces, le live ajoute de l’énergie. L’ensemble est rythmé, harmonieux, simplement émouvant.

McCarthy Cormac, ‘Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme’.

Sortie : 2005, Chez : . Le retour de McCarthy avec un roman sombre et violent au cœur de l’Amérique d’aujourd’hui empêtrée dans ses racines conquérantes, son actualité guerrière et toujours la voix des armes qui fait partie du langage quotidien. Un policier philosophe évolue dans une incroyable histoire de drogue, d’argent et de meurtre entre Texas et Mexique. Il y laissera son âme mais y sauvera sa vie sans pouvoir défaire ce qui a été fait.

Lisa Gerrard – 2007/04/15 – Paris la Cigale

Lisa Gerrard au Grand Rex ce soir : ex-Dead Can Dance, elle nous a envoutés avec son compère Brendan Perry dans les années 1980/90. Ensemble ils ont créé une atmosphère musicale unique faite de noirceur et d’étranges sonorités en mode mineur.

Lisa poursuit depuis une carrière solo ponctuées de disques et de BO. Le concert parisien est complet depuis longtemps. Les fans d’hier sont venus nombreux pour goûter à nouveau cette ambiance insondable, frémir encore à l’écoute d’une musique venue d’ailleurs, peut-être un peu de son Australie natale où elle se ressource  « J’habite dans le bush, ce qui me permet de m’éloigner du monde, de me connecter à ce que je désire vraiment, l’absolu. Je me considère d’ailleurs comme une Aborigène, parce que je suis née là-bas et que, comme eux, je suis complètement reliée aux vibrations de la terre et à un langage abstrait, façonné par des millions d’années d’humanité. »

La scène majestueuse du Grand Rex est tendue de deux grandes tentures blanches qui dégoulinent sur un fond noir. Elle est accompagnée d’un pianiste et d’un clavier qui posent l’instrument majeur : sa voix, profonde, parfaite et bouleversante, froide comme un vent terrifiant qui dévale les pentes verglacées d’un Himalaya émotionnel. Les paroles n’ont pas d’importance, il y en a peu d’ailleurs, anéanties par le son.

En robes longues, bleue puis blanc crème après l’entracte, elle est grande, blonde aux yeux bleus, statique devant son micro auquel elle s’accroche bizarrement, elle chante les yeux mi-clos, semblant ne pas savoir que faire de son enveloppe corporelle. Elle est comme une espèce de fantôme au-dessus duquel flotte son âme. On est hypnotisés par sa présence intergalactique, envahis par l’émotion sonore qu’elle diffuse. On est habités par cette voix lisse et d’outre-tombe, discrètement accompagnée de nappes de claviers électroniques. Elle nous emmène à travers l’odyssée d’un espace musical, intime et immense. Et entre les chansons, l’artiste envolée redescend sur terre où elle nous retrouve, éclatant de rire devant les applaudissements sans fin de la salle en adoration.

Une soirée pleine de magie qui nous a donné la chair de poule. Lisa  nous a délivré une Voix immense sur des notes glaçantes.

The Stranglers – 2007/04/06 – Paris la Cigale

Du bon, du très bon, de l’excellent Stranglers ce soir à la Cigale ! Et il ne reste que deux survivants de la formation d’origine !

Après la prestation de BP ZOOM, le groupe rentre (à quatre musiciens seulement) sur scène. On fait le compte des absents : Paul Roberts qui a déserté pour un chemin en solo, Jet Black, remplacé par son roady de 25 ans, qui est à l’hôpital pour problèmes cardiaques et dont Burnel précisera malicieusement qu’il était baptisé The Hoover (l’aspirateur il y a quelques années…). Il reste donc Jean-Jacques Burnel et Dave Grenfield, à la basse et aux claviers, Baz Warne à la guitare qui a rejoint le groupe en 2000 et partage le chant avec Jean-Jacques.

C’est du concentré de Stranglers, bien rugueux et tellement vigoureux. On y retrouve ce qu’on aime depuis les origines en 1975, une énergie sans faille, les tourments de la vie éructés dans des paroles coupantes et glaçantes, une basse folle et dominante qui marque le beat d’une vie comme le marteau-pilon frappe l’acier en fusion au cœur de la forge de nos âmes, une guitare cinglante et répétitive sur des nappes de claviers qui veulent adoucir la furie mais qui la rendent encore plus obsessionnelle. Baz chante, moins bien que Paul, mais avec la foi d’un vrai Stranglers, le roady frappe sa batterie avec l’application qu’il a mis à servir son Maître Jet tout au long des années de route. Et Burnel chante toujours avec cette voix embrumée et solitaire, comme revenue de tout, où la nostalgie pointe son nez à tout instant dans la violence contenue qu’elle exprime. Il parle, parfois, en français, notamment pour commenter le succès de leur dernier disque Suite XVI, des ventes jamais atteintes depuis 30 ans !

Et pourtant les quelques morceaux récents joués ce soir paraissent dans la continuité parfaite du passé. Ils s’intègrent sans l’ombre d’un doute à cette œuvre envoûtante composée par les hommes en noir. Spectre Of Love ou l’amour sur le fil du rasoir : Salvation can be found in times like this/ I just need you and I’ve found mine. Relentless et son triste déroulé du temps qui passe en s’acharnant à nous détruire : The King sat on his throne wawed his hand at the sea/ Time made a fool of him and eveything he tried to be…/ Relentless time/ Relentless time.

Ces nouveautés se sont coulées dans le moule des Stranglers et mariées avec bonheur aux classiques des Peaches, Nice ‘N’ Sleazy, Burning Up Time et autres Duchess ou Nuclear Device.

Les Stranglers ont choisi ce soir de nous délivrer leur setlist idéale, l’incarnation de leur foi et de la permanence dans leur combat pour que la musique donne à chacun le moyen d’interpréter la vie telle qu’elle est, pas toujours parfaite, mais où l’émotion et les idées sont les clés de la survie.

Et au final, une assemblée de jeunes seniors, reconnaissants et admiratifs, a scandé No More Heroes à la Cigale pour clôturer le show parfait des Stranglers, pilier de notre imaginaire musical.

La set list : 5 Minutes/ Grip/ Spectre Of Love/ Nice ‘N’ Sleazy/ Death & Night & Blood/ Unbroken/ Peaches/ Always The Sun/ Golden Brown/ I Hate You/ Lost Control/ Summat Outnowt/ Walk On By / Relentless/ Burning Up Time/ All Day And All Of The Night/ Duchess/ London Lady/ Rappel 1 : Nuclear Device/ Dagenham Dave/ Rappel 2 : Hanging Around/ No More Heroes