Massive Attack – 2019/02/11&12 – Paris le Zénith

Tournée Mezzanine XXL des Massive Attack : c’est le vingtième anniversaire de la sortie de ce disque de légende. Sur scène ce soir, une parie des musiciens est nouvelle, notamment deux guitaristes et un claviériste. Liz Fraser, ex-Cocteau Twins, est de retour avec la bande et nous bouleverse de sa voix éthérée. De façon inattendue le groupe joue aussi des reprises dont des extraits de certaines sont déjà présentes comme samples dans Mezzanine. C’est le cas de 10:15 des Cure, interprétée exactement comme l’original exceptée la voix de 3D qui n’a pas grand-chose à voir avec cette de Robert Smith.

Le light show est renouvelé avec des films plus classiques sur lesquels sont projetés les messages du groupe toujours punk-naïfs. Le groupe joue deux heures, sans première partie, sans rappel, sans un mot, sans un sourire. Le concert reste fondamentalement un show Massive Attac, sombre, urbain et hypnotique.

Les deux concerts sont à l’identique lundi et mardi, mais on ne s’en lasse pas. La tournée se poursuit en France et en Europe.

Setlist : I Found a Reason (The Velvet Underground cover)/Risingson/ 10:15 Saturday Night (The Cure cover)/ Man Next Door/ Black Milk (with Elizabeth Fraser)/Mezzanine/ Bela Lugosi’s Dead (Bauhaus cover)/ Exchange/ See a Man’s Face (Horace Andy cover) (with Horace Andy)/ Dissolved Girl (Tapped vocals)/ Where Have All the Flowers Gone? (Pete Seeger cover) (with Elizabeth Fraser)/ Inertia Creeps/ Rockwrok (Ultravox cover)/ Angel (with Horace Andy)/ Teardrop (with Elizabeth Fraser)/ Group Four (with Elizabeth Fraser) (With Avicii’s Levels intro)

KENNEDY Douglas, ‘La Symphonie du hasard – Livre 1’.

Sortie : 2017, Chez : POCKET 17293

Le premier tome d’une grande saga familiale américaine qui démarre dans les années 70 : papa, ancien combattant de la bataille d’Okinawa, reconverti dans le business minier au Chili aux temps du coup d’Etat de Pinochet, un fils aîné et une fille contestataires dans les universités chics de la côte Est, un deuxième fils embarqué avec son père dans les affaires louches d’Amérique latine, une mère juive insupportable à ses enfants et son mari… Des amours, de la politique, des histoires rentrées de familles compliquées, des fuites et des retours, les ingrédients d’un roman haletant qui traverse une époque révolue mais tellement passionnante.

L’ouvrage se termine sur le départ d’Alice, la fille, vers l’université de Dublin, afin d’échapper à cette famille introvertie, des drames à l’université du Maine, Nixon qui s’enferre dans ses contradictions et la guerre du Vietnam, bref, le besoin de se revigorer au bon air de la vieille Europe. Vivement le tome 2.

Miro au Grand Palais

On se bouscule à la rétrospective Miro au Grand Palais ; le peintre espagnol-catalan il est vrai a beaucoup peint et vécu en France, il explique d’ailleurs dans une interview filmée montrée dans l’exposition que son atelier parisien rue Blomet a été un endroit clé dans son destin artistique et sa vie en générale, il n’est donc que bonne manière que Paris rende un hommage (fréquenté) à ce peintre.

Joan Miro (1893-1983) n’est pas à proprement dit un artiste d’abord facile, peinture, sculpture, gravure, céramique, il touche à tout guidé par son inventivité, picorant au hasard des grands mouvements artistiques de la première moitié du XXème siècle : le cubisme, le surréalisme, et bien d’autres. Il fréquente Picasso, les poètes et, surtout, suit son inspiration sans limites et sans cesse régénérée. On défile devant les murs du Grand Palais où se succèdent toiles et sculptures dont certains des commentaires affichés à côté des œuvres laissent rêveurs par leur lyrisme, les critiques d’art s’essayent de faire preuve d’autant de créativité que le peintre…

Formes et couleurs sont éclatantes, chacun y trouve ce qu’il cherche, il n’est pas forcément nécessaire d’intellectualiser l’esthétique. En ressortant on ne sait pas bien ce que l’on retiendra de cette exposition, peut-être seulement l’idée d’un homme qui a voulu casser les codes. Il fit partie de ces groupes d’artistes qui ont dynamité l’art et ses traditions, ils furent les punks de la peinture qui ont déclenché un mouvement qui ne s’est plus arrêté depuis. Grâce leur soit rendue ! 

Dorothea Lange ‘Politique du visible’ – Musée du Jeu de paume

Dorethea Lange

Dorothea Lange (1895-1966) fut une photographe américaine qui consacra sa vie à l’Amérique profonde confrontée aux grandes épreuves qui l’ont marquée, de la dépression des années 1929/30 jusqu’à la deuxième guerre mondiale et l’enfermement des populations d’origine japonaise. Ses reportages, parfois commandés par le gouvernement américain qui voulait constituer des archives des grands évènements d’une époque déjà bien ouverte à la photographie, sont extrêmement soignés, mis en scène. Ils constituent une plongée sociologique dans une Amérique réelle, celle de la misère et d’une sorte d’abnégation des populations face à des drames que finalement elles vaincront collectivement. Mais les photos d’individus sont le plus souvent oppressantes : foules de chômeurs urbains, fuite de paysans devant la sécheresse, familles en route vers nulle part sur des routes rectilignes et désertes, une malheureuse valise à la main, portraits de visages ravinés par le soleil et la tristesse, maisons abandonnées dans le désert… Le noir et blanc accentue le coté tragique de ces instants prélevés sur une population désespérée.

Le reportage sur les camps d’internement où furent enfermés 150 000 personnes, de nationalité américaine ou non, mais toutes d’origine japonaise, lorsque les Etats-Unis entrèrent en guerre contre le Japon en 1941 par suite de l’attaque de Pearl Harbor. Ce qui marque dans les photos est que cette population semble plutôt bien mise et intégrée mais dû malgré tout abandonner en quelques jours ses biens et son environnement pour se retrouver dans des camps dont ils ne purent sortir qu’à la fin de la guerre. Les tirages de Lange sont touchants en ce qu’ils transmettent la discipline, et on dirait même la confiance, un mélange de résignation et de dignité qui émanent de ces populations asiatiques. Ses photos furent jugées un peu trop « révolutionnaires » et le contrat qu’elle avait signée avec le gouvernement fut résilié, les photos sont restées, heureusement. En 1988 le Congrès américain reconnut que ces internements n’étaient pas nécessaires pour la défense nationale, présenta ses excuses aux survivants et leur accorda une compensation financière.

En déambulant dans cette bouleversante exposition on pense bien sûr aux romans de Steinbeck, mais aussi aux chansons de Bruce Springsteen dans l’album Nebraska qui dégagent la même beauté triste.

BADINTER Robert, ‘Idiss’.

Sortie : 2018, Chez : fayard.

Idiss est le nom de la grand-mère de Robert Badinter, ancien ministre de la justice sous François Mitterrand, à la stature morale incontestable et qui mit en musique l’abolition de la peine de mort en France voulue par le président. Idiss est aussi le titre du livre hommage à sa grand-mère que M. Badinter vient de publier.

Issue d’une famille juive d’Europe orientale, de Bessarabie plus exactement (aujourd’hui la Moldavie) la grand-mère et ses enfants, dont la future mère de Robert, encore enfant à cette période, décident d’émigrer vers l’Ouest devant la multiplication des pogroms antisémites dans l’empire russe. Et c’est finalement à Paris qu’ils poseront leurs sacs et leurs destinées. Ils y vivront les affres d’un XXème siècle tragique et paieront un lourd tribu à cette barbarie qui les poursuivit jusqu’en Europe occidentale.

Ce livre raconte de façon émouvante le destin de cette famille et tout particulièrement le parcours d’Idiss qui n’avait jamais quitté son « yiddishland », ne parlait bien sûr pas un mot de français, mais qui, poussée par sa foi, son étoile et une inébranlable énergie déplaça sa famille vers la patrie des droits de l’Homme qu’elle croyait un abri sur pour les siens.

Tout ce petit monde se lança dans des activités diverses à une époque où la volonté suffisait généralement pour subvenir, même modestement, aux besoins des siens. Les enfants intégrèrent l’école de la République avec le destin que l’on sait pour Robert. Plus que tout ils étaient attachés à la République et ses valeurs, leur choc fut rude lorsqu’ils la virent s’effondrer en 1940. Leur confiance dans la France les rendit incrédules devant les persécutions de juifs qui commençaient à se mettre en place sous l’aval du gouvernement français.

Ils pensaient trouver la paix et la laïcité sous la bannière tricolore mais il n’en fut pas ainsi, le gendre d’Idiss, Simon Badinter, le père de Robert, mourut en déportation ainsi, que son fils Naftoul. Elle-même s’éteignit à Paris durant la guerre alors que sa fille chérie et ses deux petits-fils étaient passés en zone « libre » où régnait encore une sécurité précaire pour les juifs.

Ce récit reconstitué par Robert à partir des souvenirs de sa famille et les siens propres (il est né en 1928) est la touchante histoire d’une famille malmenée par l’Histoire qui traversa l’Europe pour fuir la barbarie mais s’y heurta néanmois ce qui n’empêcha pas ses membres survivants de… survivre et de réussir. C’est un bel hommage à cette grand-mère qui mena sa tribu vers la vie.

SMITH Patti, ‘Dévotion’.

Sortie : 2018, Chez : Gallimard.

Patti Smith continue ses incursions dans le roman avec cette nouvelle : « Dévotion » , consacrée à l’histoire d’une jeune patineuse passionnée, dans l’Europe du Nord où elle échoua après que ses parents la firent fuir de l’Estonie où ils habitaient, en proie aux misères soviétiques. Elevée par une tante belle et généreuse, elle est pure comme la glace qu’elle hante lorsque l’hiver gèle le lac à coté de sa maison, jusqu’à ce qu’un homme plus âgé la prenne sous son aile et l’emmène sur les traces de Rimbaud à la poursuite de ses phantasmes de poésie vers l’Est de l’Afrique. Elle en reviendra seule, toujours à la recherche de ses origines qu’elle pensait trouver sur la glace. La fin est ouverte à l’imagination du lecteur, probablement tragique.

Patti Smith illustre ce livre de ses habituelles photos noir-et-blanc et une longue introduction-divagation sur le processus de l’écriture dans lequel elle convoque ses souvenirs et les écrivains, poètes et philosophes de sa vie.

La nouvelle n’est que la dernière étape de cette longue et poétique pérégrination que suit Patti Smith depuis « Horses », qui l’a menée de la scène rock-underground de New-York des années 70′ à la maison Gallimard en ce XXIème siècle déjà bien entamée. C’est aussi l’histoire de nos vies et elle nous fait la grâce de nous accepter avec elle !

CAMUS Albert, ‘Le premier homme’.

Sortie : 1994, Chez : Gallimard.

Voici, 35 ans plus tard, la publication du roman trouvé à l’état de projet (déjà bien avancé) dans la voiture le jour où Camus s’est tué d’un accident de la route le 4 janvier 1960. Remis en forme par sa femme Francine, puis leur fille Catherine, le roman à peu près autobiographique est sorti tel qu’il a été trouvé, avec des blancs laissés pour signifier les mots illisibles dans le manuscrit, des erreurs, de noms par exemple, qui auraient évidement été corrigées dans une version définitive. Ce parti pris éditorial un peu frustrant est vite oublié dès que le lecteur se trouve emporté par la magie de l’écriture. Ce livre explique la vie des colons pieds noirs arrivés au début du XXème siècle sur cette terre aride. Certains avaient été sur les barricades de la Commune de 1870, d’autres devaient refaire leur vie, tous se sont retrouvés seuls dans un monde difficile où tout fut à construire à partir de rien au milieu de la sécheresse, des fièvres, pas encore vraiment de l’hostilité des habitants mais celle-ci ne tardera pas à se manifester. Nombreux sont ceux qui moururent dans ce far-west maghrébin de maladie, d’épuisement, de l’absence de soins minima, bref c’était un défi, celui de toute conquête finalement !

Et dans ce contexte un petit garçon né dans le bled verra son père partir pour la guerre de 1914-18 et n’en pas revenir. Elevé ensuite à l’école de la République à Alger, affectueusement couvé par une mère analphabète (d’origine espagnole) et silencieuse, dans le deuil permanent de son mari mort pour la France, d’une grand-mère autoritaire et d’oncles fantaisistes, il devra à l’affection de sa famille et à la persévérance de son maître d’école de passer au collège alors qu’il était plutôt prévu de le mettre au travail pour qu’il contribue aussi aux besoins d’une famille modeste où tout était compté. C’est évidemment de Camus dont il est question et la lettre qu’il adressa à son maître après la remise de son prix Nobel en 1957 est ajoutée dans les annexes, comme une réponse que celui-ci lui fit quelques années plus tard. Le personnage de Jacques Cornery revient en Algérie, adulte, pour visiter sa mère qui y est restée. Il est à la poursuite de son père qu’il n’a jamais connu, il n’en retrouvera pas grand-chose sinon l’amour infini que sa femme lui portait et qui s’exprime par le silence dans lequel elle s’est recluse depuis toutes ces années.

Mais finalement il n’y avait que le mystère de la pauvreté qui fait les êtres sans nom et sans passé, qui les fait rentrer dans l’immense cohue des morts sans nom qui ont fait le monde en se défaisant pour toujours.

Ce livre est émouvant, d’abord car il fut le dernier de cet immense auteur décédé si stupidement, mais surtout par la tendresse qui de dégage des récits de la vie « ordinaire » de cette famille de pieds noirs, loin des polémiques sur la colonisation généralement attachées à tout ce qui se rapporte à l’Algérie. Les liens avec cette mère si mystérieuse sont détaillés de façon bouleversante et illustre oh combien ce rapport surnaturelle entre une mère et ses enfants. La vie de ces gamins de familles pieds noirs dans les écoles d’Alger ressemble à celle de n’importe quels enfants dans un village de France mais elle est enchantée par l’écriture, si douce, précise et tendre.

Nous sommes avec Camus et donc au-delà de cette introspection familiale, il nous parle de nous, de l’existence et des humains qui la composent, de la condition des gens de rien qui font le monde et lorsque qu’il évoque la recherche du père qu’il n’a pas connu, il aboutit aux cimetières français d’Algérie mais c’est encore pour nous raconter notre histoire :

…les hommes nés dans ce pays qui, un par un, essayaient d’apprendre à vivre sans racines et sans foi et qui tous ensemble aujourd’hui où ils risquaient l’anonymat définitif et la perte des seules traces sacrées de leur passage sur cette terre, les dalles illisibles que la nuit avait maintenant recouvertes dans le cimetière, devaient apprendre à naître aux autres, à l’immense cohue des conquérants maintenant évincés qui les avaient précédés sur cette terre et dont ils devaient reconnaître maintenant la fraternité de race et de destin.

C’est un véritable bonheur de la lecture. Cet ouvrage devait avoir une suite que nous ne lirons jamais, hélas !

DJIAN Philippe, ‘Marlène’.

Sortie : 2017, Chez : folio 6537

35 ans après la sortie de ’37°2 le matin’, Philippe Djian publie toujours, en utilisant un peu les mêmes recettes qui ont fait son succès, et pourquoi pas ? Toujours fasciné par les Etats-Unis le voici avec deux militaires des forces spéciales de retour des guerres du XXIème siècle au Moyen-Orient (Afghanistan, Irak…) affrontant des familles un peu déglinguées. Marlène débarque dans cet environnement où les haines et les solidarités se percutent, elle y fait difficilement son chemin, parant presque tous les coups. Bien sûr, tout ceci se termine (très) mal.

Djian tient toujours son lecteur en haleine avec un style court et tranchant consistant à dévoiler les intrigues et les personnages par bribes. On s’y perd un peu et il ne faut pas hésiter à revenir en arrière pour resituer exactement qui est qui, le temps de se familiariser avec les situations. C’est la marque de fabrique de l’auteur, ce court roman ne sera pas inoubliable dans sa bibliographie mais il se lit facilement et avec plaisir.

Le clan des siciliens d’Henri Verneuil (1969)

Le Clan des siciliens tourné en 1969 par Henri Verneuil met en scène le trio gagnant des acteurs français de l’époque : Delon, Gabin et Ventura. C’était un temps où le grand banditisme était présenté avec romantisme et noblesse au cinéma, les mafieux étaient les nouveaux poètes d’une époque révolue, les trafics de drogue, d’humains et autres étaient des activités économiques, on cherchait alors à limiter les morts. Verneuil filme ce contexte avec talent, ses acteurs se régalent dans leurs rôles et le spectateur regarde avec plaisir ce bon film, 50 ans plus tard.

Depuis, Gabin, Ventura et Verneuil sont morts, Delon vieillit salement, le grand banditisme a été remplacé par le terrorisme, beaucoup plus sanguinaire, et des gamins tirent sur leurs congénères à la Kalachnikov dans les cités de banlieue. L’actualité sur YouTube a remplacé les films, la roue tourne !

Leto de Kirill Serebrennikov

Un joli film russe en noir et blanc narrant l’histoire vraie du groupe de rock de Viktor Tsoï, célèbre à Leningrad à la fin des années 80’. On prépare la perestroïka, les posters de T-Rex et Bowie couvrent les murs des appartements communautaires des musiciens, Tatiana fait chavirer les cœurs, l’alcool est consommé à gogo et tout ce petit monde fait sa musique dans un monde qui prépare le grand saut de la fin du communisme. Le réalisateur se régale et parsème le film des références musicales que nous avons tant aimées : The Passenger d’Iggy repris par les voyageurs d’un train, Just a Perfect Day de Lou Reed chanté par les passagers d’un bus… Ce film est un petit bijou.

On Air au Palais de Tokyo

Tomás Saraceno, architecte-artiste argentin, expose sa vision des rythmes et trajectoires sur la planète, générées par l’humain et le non humain. On commence par une pièce composée de toiles d’araignée se développant dans de grandes cages en plexiglas. Les œuvres sont vivantes, éclairées par des spots alors que la salle aux murs noirs est plongée dans l’obscurité. Le résultat est léger et élégant, voire un peu fascinant par sa fragilité. On poursuit avec des installations sonores qui transforment en son les mouvements de l’air, y compris ceux provoqués par les déplacements des spectateurs. Puis vient une salle dédiée aux trajectoires de l’air : sur une carte animée de la planète progressent des lignes allant d’un point à un autre indiquant la route des flux d’air pouvant nous véhiculer vers la destination choisie grâce à la chaleur du soleil… La dernière salle est animée par l’organisation Aerocene qui explique ses buts et expériences avec force vidéos, images et explications : se déplacer en utilisant uniquement l’air et le soleil !

Evidemment tout ceci est très conceptuel, plutôt arty ; un mix d’art contemporain, de perceptions évanescentes, de routes imaginaires et de rêve bobo, très bien pour le Palais de Tokyo. Il ne faut pas s’empêcher de rêver ni de chercher, surtout quand le résultat est esthétique.

COLETTE, ‘L’ingénue libertine’.

Sortie : 1909

Pour ceux qui ont refermé les aventures de Claudine avec un petit regret d’abandonner là cette allégresse littéraire, « L’ingénue libertine » permet de prolonger encore un peu le plaisir avec quelques pages supplémentaires, toujours sur le même ton et avec une égale maîtrise littéraire.

L’aventure commence alors que Minne et Antoine, cousins adolescents, découvrent le monde et la sensualité. Elle se poursuit quelques années plus tard alors qu’ils sont mariés et que Minne est à la recherche du plaisir physique que ne lui procure pas son mari, ni d’ailleurs quelques amants de rencontre.

Colette parle avec beaucoup de subtilité et d’ironie des choses dont on ne parle pas à l’époque, et encore moins dans le monde bourgeois du début du XXème siècle où se passe l’intrigue. Mais cette quête de Minne est irrépressible, son couple en chavire puis finalement tient bon. L’absence de jouissance était le problème, après bien des errements dans les bras des uns et des autres, c’est avec Antoine que le problème va être réglé…

La sexualité est centrale au cœur de l’œuvre de Colette (et particulièrement la bisexualité dont il n’est pas question ici) « L’ingénue libertine » en est un nouvel épisode, toujours aussi délicat et bien écrit.

Jean-Louis Murat – 2018/12/10 – Paris le Café de la Danse

Jean-Louis Murat offre plusieurs soirées au Café de la Danse en formation trio, avec un bassiste et un batteur. Ce soir, le rocker français volcanique au cœur tendre a joué avec bonheur des pièces de son nouveau disque et d’autres plus anciennes de son répertoire si dense et varié. A 66 ans, Murat continue de rouler sa bosse dans des salles de concert plus ou moins fréquentées. Il rencontre en effet un succès d’estime pas toujours suivi de réussite commerciale. Dans une récente interview au Monde, Murat expliquait qu’il avait songé à tout arrêter avant finalement de repartir de plus belle avec une renaissance musicale.

Alors ce soir, à le voir jouer sa guitare avec hargne, assis sur une chaise, on est aussi touché par sa voix au timbre si particulier et ses mots, que par sa pugnacité à rester présent sur la scène musicale et poétique. La magnifique soirée qu’il partage avec nous en est une nouvelle démonstration.

Pete Shelley (ex-Buzzcoks) est mort

Pete Shelley (à gauche sur la photo) est décédé ce 6 décembre d’une crise cardiaque à l’âge de 63 ans. Avec Howard Devoto (à droite) il avait fondé l’un des groupes punks les plus enthousiasmants des années 70’ : les Buzzcoks qui ont inspiré de très nombreux musiciens de l’époque. Devoto les a quittés assez rapidement pour créer un autre groupe majeur, plus new wave que réellement punk : Magazine, il est d’ailleurs parti avec une chanson emblématique coécrite par Shelley et lui-même qui sera le premier tube de Magazine : Shot by both sides.

Les morceaux des Buzzcocks étaient courts et percutants, mélodieux et bien écrits, avec guitare et guitare. Ils furent le groupe de trois disques inégalés. Positifs, ils avaient sublimé le nihilisme punk propre aux Sex Pistols et assimilés, ils avaient aussi survécu ce qui n’était pas mince affaire à l’époque. Avec les Clash, les Stranglers, Magazine, et bien d’autres ils ont dynamité le rock des 70′ comme, quelques années plus tôt mai 68 avait secoué les générations d’après-guerre en Europe et aux Etats-Unis. Rien de grave ni dramatique, seulement l’extrême urgence de jeunes musiciens qui se sont emparé de leur art pour le conformer à leur vie. Shelley fut l’un des plus brillants d’entre eux.

Les Buzzcocks continuaient à tourner de ci de là avec une formation renouvelée au service de Pete et du deuxième guitariste d’origine Steve Diggle. On les avait vu en 2013 à la Cité de la musique dans le cadre de l’exposition Europunk. Adieu l’artiste, tu nous manques déjà.

Lire aussi :  Buzzcocks 2013

COLETTE, ‘Claudine 5/5 – La retraite sentimentale’.

Sortie : 1907

Le temps a passé, Claudine a retrouvé son amie Annie et partage avec elle une maison isolée à la campagne au milieu de la nature avec une chatte et Toby-chien le dogue d’Annie. Renaud, l’amour de Claudine est en sanatorium depuis de longs mois. Les deux femmes partagent une vie paisible à l’aune d’une attirance sentimentale réciproque à laquelle elles n’ont finalement jamais cédé.

Elles échangent et devisent sur cette étrange objet qu’est l’amour. Claudine avec l’homme de sa vie qui est loin, Annie qui raconte ses obsessions et troubles tentations, poussées dans ses retranchements par son amie. Et elles se rejoignent pour découvrir la neige tombée dans le jardin une nuit d’hiver ou le printemps qui revient dans une nature toujours peinte avec émerveillement par Colette.

Et Renaud revient et meurt rapidement, puis Annie laisse Claudine à sa solitude dans cette jolie maison dans le jardin de laquelle est enterré son mari et où baguenaudent ses amis les animaux.

Le lecteur referme avec regret ce cinquième et dernier volume de la série des Claudine dont on aurait aimé qu’elle se poursuive encore tant fut réjouissante la découverte de Colette par son intermédiaire. Heureusement il reste encore quelques milliers de pages à lire de la collection des œuvres complètes de cette auteure qui écrivit comme elle respira, de façon légère, soignée et tellement à l’écoute des sentiments humains, en tout cas ceux du monde qui était le sien à l’époque.

Cowboy Junkies sort un nouveau disque

Le très beau nouvel album des Cowboy Junkies est disponible et le groupe est en tournée en Europe, sans arrêt en France malheureusement. Comme souvent avec ce groupe canadien-anglophone il y est beaucoup question de désillusion et de la dévastation du temps qui passe, le résultat est magnifique, toujours porté au plus haut par la voix sublime de Margo Timmins :

Welcome to the age of dissolution
The days of death and anger
Old ideas become stronger, welcome

Welcome to the days of wine and roses
To the time of lost pursuits
New ideas taking roots… welcome, welcome…

King Crimson – 2018/11/16 – Paris l’Olympia

L’Olympia nov. 2018 – Robert Fripp photographié par Tony Levin

King Crimson de retour à l’Olympiapour trois concerts dans le cadre de cette tournée entamée en 2014 et rebaptisée « European Fall Tour 2018 ». Robert Fripp et les siens déroulent une setlist enrichie d’extraits de Lizard sans doute plus joués depuis longtemps ; magnifique troisième album du groupe, sorti en 1970 et d’inspiration très jazzy. Jon Anderson, le chanteur de Yes, chantait sur Prince Rupert Awake, ce soir il sera remplacé par la guitare de Fripp, magnifique ! Les King Crimson sont éternels.

Setlist :

Set 1 : Drumsons/ Larks’ Tongues in Aspic, Part One (with « La Marseillaise » snippet)/ Suitable Grounds for the Blues (with Jeremy Stacy piano intro)/ One More Red Nightmare/ Epitaph/ Red/ The Letters/ Sailor’s Tale/ Moonchild (including Bass, guitar and piano cadenzas)/ The Court of the Crimson King (including Coda)/ Discipline/ Neurotica/ Indiscipline/

Set 2 : CatalytiKc No. 9/ The ConstruKction of Light/ Fallen Angel/ Cirkus/ Lizard (Bolero, Dawn Song, The Last… more )/ Interlude (Guitar only, as an outro to Prince Rupert’s Lament)/ Cadence and Cascade/ Radical Action (To Unseat the Hold of Monkey Mind) (partial)/ Radical Action III/ Meltdown/ Radical Action II/ Level Five/ Encore : Starless



COLETTE, ‘Claudine 4/5 – Claudine s’en va’.

Sortie : 1903

Claudine a quitté son mari qui la trompait avec Rézi, également amante de… Claudine, mais c’est maintenant via le journal d’Annie que nous continuerons à suivre ses exploits en même temps que les aventures de la rédactrice.

Annie se morfond avec un mari voyageur qu’elle n’aime pas. Ecrasée par le sens du devoir et de la bienséance elle supporte, apparemment avec fatalité, le sort qui lui est fait. A l’occasion d’un déplacement au festival de Bayreuth avec sa belle sœur, elle rencontre Claudine rabibochée avec Renaud et tenant sa chatte Fanchette en laisse dans les jardins de l’hôtel. Ensemble elles échangent sur leurs conceptions de l’amour, pérorent avec humour sur leur environnement et les entractes de Parsifal où se retrouvent toutes les pipelettes de la bonne société.

Ensemble elles jouent avec prudence au jeu de la séduction et lorsque qu’Annie découvre que son mari, qui est en train de revenir d’un long voyage en Argentine, l’a trompée elle décide de le quitter après avoir pris conseils avec une Claudine mi-amoureuse mi-maternelle.

Quel plaisir de dévorer ces romans où derrière le style d’apparence léger et primesautier de Colette se cache un sens de l’analyse des sentiments humains redoutable et perspicace, nappé d’un humour aimable sur la comédie humaine où évoluent ses personnages.

Le cubisme au centre Pompidou

George Braque, Le Viaduc à l’Estaque – 1908

Braque, Picasso, Fernand Léger, Delaunay (Robert et Sonia), le centre Pompidou de Beaubourg revient à la fondation du cubisme au début du XIXème siècle. Apollinaire écrivait :

« Le cubisme authentique, si l’on veut s’exprimer d’une manière absolue, serait l’art de nouvelles constellations avec des éléments formels empruntés, non à la réalité de vision, mais à celle de la conception. »

En 1908 un critique décrit les toiles de Braque comme « des schémas géométriques, des cubes » ; le cubisme est né, il va inspirer une époque, ses peintres et ses sculpteurs, un mouvement va infuser les artistes de ce temps en cassant les lignes et les habitudes. Cette exposition retrace et illustre cette histoire avec des toiles qui ne déclenchent pas vraiment d’émotion esthétique. C’est le cubisme…