Anna Calvi – 2018/06/15 – Paris la Gaîté Lyrique


Anna Calvi annonce un prochain disque pour le 31 août et commet quelques déclarations sur sa promotion de la bisexualité. Elle joue ce sort à la Gaîté Lyrique, sympathique salle parisienne à dimension humaine. Elle est précédée de Jane Added et de Rouge Mary. La première est une artiste intelligente que l’on croise régulièrement sur la scène parisienne avec sa basse et ses compositions. Elle mixe ce soir quelques morceaux qu’elle aime. Le second est habillé en femme et chante sur ses mixes. Dans la salle des couples lesbiens s’embrassent à pleine bouche, le chroniqueur se demande soudain s’il ne s’est pas trompé de salle…

Puis arrive Anna Calvi, brillant de mille feux, sans doute libérée par cette atmosphère. L’intimité de la salle avec une avancée de la scène jusqu’au milieu de la fosse la rapproche de ses fans. Elle y joue à genoux front contre front de certains d’entre eux, avec un regard de panthère elle caresse les cheveux des uns, se couche sur le dos pour interpréter des solos dantesques. Mais au-delà de ce show, elle reste une artiste hors par, alliant une voix d’opéra, le jeux de guitare de Jimi Hendrix et un talent sans compter.
Sur son site web (http://annacalvi.com/) elle déclare au sujet de la sortie de son disque « Hunting » :

I’m hunting for something – I want experiences, I want agency, I want sexual freedom, I want intimacy, I want to feel strong, I want to feel protected and I want to find something beautiful in all the mess.

I want to go beyond gensder. I don’t want to have to chose between the male and female in me.

I’m fighting against feeling an outsider and trying to find a place that feels like home.

I believe that gender is a spectrum. I believe that if we were allowed to be somewhere in the middle, not pushed to the extremes of performed masculinity and femininity, we would all be more free. I want to explore how to be something other than just what I’ve been assigned to be. I want to explore a more subversive sexuality, which goes further than what is expected of a woman in our patriarchal heteronormative society. I want to repeat the words “girl boy, woman man », over and over, to find the limits of these words, against vastness of human experience.

I believe in the female protagonist, who isn’t simply responding to a man’s story. I go out into the world and see it as mine – I want something from it, rather than just being a passive product of it. I’m hungry for experiences. Sometimes things seem clear, and other times I feel lost. I feel strong and yet vulnerable; I wear my body and my art as an armour, but I also know that to be true to myself is to be open to being hurt.
The intent of this record is to be primal and beautiful, vulnerable and strong, to be the hunter and the hunted.

– Anna

Schubert par Radu Lupu


Le patriarche Radu Lupu, barbe blanche et costume noir, s’avance d’un pas hésitant vers son piano au centre de la Philharmonie de Paris ce soir. Le pianiste roumain va jouer Schubert et nous accompagner avec douceur pour une plongée dans cette musique méditative et profonde. Il effleure les touches et délivre son immense talent mis au service d’une musique d’exception. Radu Lupu devant son piano noir ressemble à Victor-Hugo écrivant sur son écritoire dans son île de Guernesey : des artistes d’exception dédiés à leur art infini !

Zao Wou-Ki L’espace est silence au Musée d’art moderne


Zao-Wou-Ki (1920-2013) est exposé au Musée d’art moderne de Paris. Peintre chinois il quitte son pays en 1948 pour venir s’installer à Paris où il obtiendra la nationalité française et poursuivra son œuvre. Inspiré, notamment, par la musique de Varese, la poésie de Michaud, ses tableaux sont abstraits, sur des toiles de grandes dimensions. Pas facile d’y trouver du sens ; Varèse, Michaud, Zao-Wou-Ki, on est vraiment dans le très abstrait…

Jeff Beck – 2018/06/09 – Paris l’Olympia


Jeff Beck (73 ans), guitariste britannique de légende donne un concert à Paris. Il remplaça Eric Clapton au sein des Yardbrids en 1965 avant de mener une brillante carrière solo ponctuée de multiples collaborations, notamment avec Bowie sur la dernière tournée de Ziggy Stardust. On l’annonça chez les Rolling Stones et les Pink Floyd, mais il garda son indépendance et poursuivi sa route et son influence sur le rock du XXème siècle. Soliste inspiré il fut un bricoleur de génie à une époque où la technique sonique était loin d’être ce qu’elle devint avec l’apport de l’électronique. Il donne ce soir la pleine mesure de son talent que le temps n’a point effacé, entouré d’un groupe sympathique dont deux femmes à la basse et au violoncelle et un chanteur faisant des apparitions ponctuelle.

L’homme est guitariste alors il s’agit d’un concert de guitariste qui n’a pas tout à fait le souffle d’une vraie création, mais l’homme a participé à une époque musicale tellement brillante et inspiré tant de ses créateurs que sa simple présence, et sa virtuosité, nous replonge dans un temps que nous avons tant aimé.

Bryan Ferry – 2018/06/02 – Paris Palais des Congrès


Joli concert de Bryan Ferry à l’Olympia ce soir, centré sur du Roxy Music et les premiers albums solo de l’artiste, pas de trace par contre de Avonmore ou autre Olympia, qu’importe, on eut aussi s’en passer tant est doux et bon d’entendre de nouveau, encore et encore, Out of the blue, l’enchaînement Wasteland/Windswept ou Bryan siffloter sur le final de Jealous guy !

Toujours élégant et un peu distant, Ferry nous régale de sa voix brumeuse sur les classiques de notre vie musicale. Quel bonheur ! Laissez agir, il n’en reste que de l’émerveillement.

Setlist : The Main Thing (Roxy Music song)/ Don’t Stop the Dance/ Ladytron (Roxy Music song)/ Out of the Blue (Roxy Music song)/ Oh Yeah (Roxy Music song)/ A Wasteland/ Windswept/ Bête Noire/ Zamba/ Stronger Through the Years (Roxy Music song)/ Slave to Love/ Bitter Sweet/ Mamouna/ Re-Make/Re-Model (Roxy Music song)/ Do the Strand (Roxy Music song)/ In Every Dream Home a Heartache/ If There Is Something (Roxy Music song)/ More Than This (Roxy Music song)/ Avalon (Roxy Music song)/ Love Is the Drug (Roxy Music song)/ Virginia Plain (Roxy Music song)

Encore : Let’s Stick Together (Wilbert Harrison cover)/ Jealous Guy (John Lennon cover)/ Editions of You

d’ORMESSON Jean, ‘Guide des égarés’.

Sortie : 2016, Chez : NRF GALLIMARD.

Au crépuscule de sa vie Jean d’Ormesson aligne quelques pensées dans ce court opuscule sur les grands thèmes de la vie : la disparition, la science, l’espace, l’air, l’eau… la vérité, l’amour, Dieu. C’est léger et inutile comme un livre de Jean d’Ormesson, élégant et éphémère comme son auteur disparu récemment.

Face aux mystères de l’univers et à la complexité de l’Homme, d’Ormesson fait preuve d’humilité et d’optimisme. Il ne cache pas son émerveillement devant la nature et les sentiments humains, mais, comme nous tous il s’interroge sans fin sur le sens de tout ceci.

XUAN THUAN Trinh, ‘Une nuit’.

Sortie : 2017, Chez : L’ICONOCLASTE

Astrologue d’origine vietnamienne, l’auteur évoque dans ces pages ses réflexions sur la nuit et l’univers alors qu’il est isolé dans un observatoire perché sur un volcan du pacifique. Le livre est illustré de photos sublimes de l’espace, festival de couleurs, de formes et d’infini. Le texte est parsemé de citations littéraires sur la nuit, l’univers et ses mystères qui ont tant et tant inspiré l’Homme.

Trinh Xuan Thuan nous invite à partager son émerveillement et son questionnement face à ce monde globalement inconnu. Il y mêle un peu de vulgarisation scientifique, un peu de philosophie, un peu de littérature et beaucoup de bon sens qui structure la pensée d’un homme face à l’incroyable munificence de l’univers.

Artistes & Robots au Grand Palais


La collaboration des artistes avec les robots, ou comment les premiers ont utilisé les seconds au service de leurs créations. L’exposition remonte aux premières machines dans les années 50’ qui manipulaient un pinceau sur une toile de façon aléatoire, ou Xénakis créant de la musique en dessinant des formes sur un ancêtre de table tactile, jusqu’à des installations bien plus sophistiquées de notre XXIème siècle. C’est la technologie pour démultiplier la créativité exposée sur deux étages d’installations mêlant la mécanique, l’image et souvent l’humour. La dernière œuvre est une simple vidéo des Daft Punk : Tecnologic remontant à 2005 sur laquelle un inquiétant robot annone les verbes usuels décrivant les actions répétitives de n’importe quel utilisateur d’un ordinateur. Les deux musiciens-créateurs montrent encore comment allier si magnifiquement leur art avec la technique.

Exposition Chris Marker à la Cinémathèque – Les 7 vies d’un cinéaste


Rétrospective Chris Marker à la Cinémathèque : le parcours d’un cinéaste militant, de la résistance à la décolonisation en passant par les luttes révolutionnaires, qui a porté son regard original sur les évènements majeurs du XXème siècle. Passionné de technologie il a aussi participé à la naissance des images numériques, beaucoup publié sur internet, incarnés nombre d’avatars et utilisés nombre de pseudonymes. Marker a travaillé autant l’image que le film, plus ou moins initié le film composé d’images et manifesté une créativité sans borne jusqu’à son dernier jour en 2012.

La Cinémathèque retrace cet engagement avec nombre de photos, vidéos, textes, et organise projection-conférences en soirée durant la période de l’exposition. Passionnant !

WIESEL Elie, ‘Le testament d’un poète juif assassiné’.

Sortie : 1980, Chez : Points R39

Elie Wiesel, rescapé des camps d’extermination et éternel penseur-témoin de la barbarie européenne, raconte par la voix de son héros (le poète juif assassiné) le drame des idéologies qui ont mis l’Europe du XXème à genoux au bord du gouffre, dont elle ne fut tirée que grâce à l’intervention du nouveau monde. Né en Roumanie, Paltiel a traversé nombre des calamités de ce siècle tragique : les pogroms antisémites en Europe de l’Est, l’installation du nazisme en Allemagne, l’exil en France dans les années 30′, l’adhésion au communisme internationaliste, la guerre d’Espagne, les procès antisémites de Moscou et, finalement son exécution dans les prisons staliniennes. Poète, il a laissé des écrits que le greffier à l’instruction de son procès détaillera à son fils muet parti refaire sa vie en Israël.

On traverse ce siècle vertigineux avec passion et douleur car ce sont nos ancêtres, pas si anciens que cela, qui ont généré tous ces massacres en surfant sur l’espoir de peuples qui croyaient pouvoir refaire le monde. L’engagement communiste de Paltiel rappelle que les populations juives martyrisées ne furent pas les dernières à croire à ces idées, et même à chercher à les mettre en place en Israël où l’organisation de kibboutz n’était pas fondamentalement différente de l’économie de kolkhoze. Leur déception fut grande comme celle des autres peuples embarqués dans cette propagande. Israël a essayé un temps de maintenir un esprit communautaire avant de se transformer en « start up nation » guerrière et bien éloignée des idéaux de ses fondateurs.

Ce roman fait le compte à rebours de l’effondrement moral d’un continent à travers la vie racontée de Paltiel qui parle certainement en grande partie au nom d’Elie Wiesel.

Baxter Dury – 2018/05/17 – Paris le Casino de Paris


Baxter Dury de retour avec un nouvel enregistrement : Prince of Tears, se produit ce soir au Casino de Paris. Un concert indispensable pour l’incontournable britannique accompagné d’un groupe efficace, jeune et sympathique. Entouré de deux femmes voix et claviers sur le front de scène, Baxter délivre un rock enlevé, parfois mélancolique mais original. Ca pulse élégamment, parfois chanté parfois parlé, l’homme passe du micro au piano et à la bibine avec un égal bonheur ! Découvert au début années 2000 il confirme une belle inspiration disque après disque, et délivre toujours de belles performances sur scène.

Cats on Trees – 2018/05/16 – Paris la Cigale


Concert parisien de ce sympathique duo français Cats on Trees pour la sortie de leur deuxième disque : Neon. Une pop légère et adolescente jouée avec engagement par Nina (voix et piano) et Yohan (batterie), accompagnés sur scène par un trio féminin de cordes : violoncelle, violon & bass, violon, ces trois grâces assurant également les chœurs. C’est doux et agréable. Ils rencontrent un franc succès de la part d’un public conquis par ces toulousains montés à la capitale.

CYRULNIK Boris, ‘Un merveilleux malheur’.

Sortie : 1999, Chez : Editions Odile Jacob

Neuropsychiatre réputé et médiatique, Boris Cyrulnik développe dans cet ouvrage le concept de résilience qu’il a vulgarisé comme étant :

« la capacité à réussir, à vivre et à se développer positivement, de manière socialement acceptable, en dépit du stress ou d’une adversité qui comportent normalement le risque grave d’une issue négative. »

Appliqué aux enfants ayant affronté des traumatismes profonds (Auschwitz, inceste, guerre…) les développements de l’auteur sont plutôt optimistes sur la formidable capacité des enfants à rebondir, leur insatiable énergie développée pour continuer à vivre malgré les épreuves terribles qu’ils ont vécues et ce, pour peu que la société ou leurs familles (les deux en fait) soient capables de leur donner la structuration nécessaire à leur reconstruction. Et, il semble qu’un minimum leur soit seulement vraiment nécessaire.

L’auteur détaille nombre d’expériences menées depuis des lustres sur des populations comparables, les unes ayant subi des traumatismes profonds, les autres pas. Ceux qui réussissent leur vie loin de dépression et délinquance ne sont pas forcément ceux que l’on attend. Sous réserve que les traumatismes puissent être exprimés, que le passé ne tombe pas aux oubliettes et que l’environnement culturel et affectif délivrent les tuteurs nécessaires, ces enfants carencés réussiront mieux que les autres, par une inextinguible soif de vivre et de revenir dans la « normalité ».

Cyrulnik cite et illustre nombre de remèdes et de résultats de la souffrance : la créativité, le rêve, la « musculation » du « moi », la gestion du secret…, et il le fait dans un style très lisible même pour un néophyte de la psychiatrie. Il y a bien sûr des termes qui poussent le lecteur vers son dictionnaire mais celui-ci perçoit la puissance de la pensée derrière ces raisonnements souvent lumineux, les années de travail pour mieux connaître l’Homme et ses comportements. Un livre passionnant.

Gibson en faillite


Le fabricant de guitares Gibson a déposé son bilan, mais avec un plan de continuation d’activité. Gageons que les créanciers de cette société consentiront à quelques sacrifices pour sauver cette marque mythique, utilisée par les plus grands !

JAOUEN Hervé, ‘Que ma terre demeure’.

Sortie : 2001, Chez : POCKET 11496

Un roman régional sur les conflits agricoles bretons entre les tenants de l’agriculture productiviste, et notamment de l’élevage industriel du cochon, et les partisans d’une agriculture « bio ». C’est un vieux sujet transporté sur le terroir breton où le présent à prouvé et démontre encore l’impasse économique et écologique de l’élevage industriel. Il y est question de querelles de politique locale, de syndicats agricoles, de chasse, de secrets de famille et d’histoires d’amour bien sûr. Le penchant de l’auteur pour les romans policiers amène une fin un peu sanguinolente qui n’était sans doute pas indispensable dans le contexte.

AUBENAS Florence, ‘Le quai de Ouistreham’.

Sortie : 2010, Chez : POINTS P2679

Voulant connaître la vraie vie d’un chômeur en recherche d’emploi dans une région économiquement sinistrée, Florence Aubenas, journaliste (à Libération puis au Nouvel Observateur) part s’installer à Caen en 2010 pour démarrer le difficile parcours d’obtention d’un job. Elle s’affiche sans diplôme, ex-femme au foyer quittée par son mari, et commence par visiter l’agence Pôle Emploi, puis, progressivement obtient des petits contrats de ménage de quelques heures dans des entreprises locales, des campings, les ferry-boats du port…

Elle décrit avec précision le parcours du combattant, le fatalisme des personnels de Pôle Emploi qui cherchent à l’orienter, le salon de l’emploi de la ville, les formations d’agent de ménage, ses premières heures à récurer les toilettes du camping, la solidarité de ses collègues d’infortune, la fatigue physique, la pression continue pour faire toujours plus dans un temps qui se raccourcit, le maigre salaire absorbé par les frais, de véhicule notamment car il faut bien se rendre au travail en l’absence de transports en commun, la dureté des employeurs…

Mais elle obtiendra finalement une proposition de contrat à durée déterminée qui mettra fin à son aventure, ne voulant pas prendre le travail de quelqu’un.

Ce livre explique le monde dans lequel vivent les citoyens habitant ces zones où il ne reste plus vraiment d’activité économique. Les industries locales ont disparu les unes après les autres mais les habitants sont restés. La loi de l’offre et la demande étant ce qu’elle est, les jobs qui restent sont peu nombreux, sous-payés et très précaires. Les services de l’Etat font ce qu’ils peuvent pour limiter la vague du chômage mais les résultats sont faibles, on a l’impression qu’il n’y a plus grand-chose à faire sinon fermer la région. On peut aussi voir un coté pas complètement négatif dans ce reportage : elle mettra six mois pour obtenir un CDI de ménage après avoir quand même bénéficié de formation et de prestations d’orientation financées par l’Etat qui semblent avoir été quand même un minimum efficaces. Cela aurait pu être pire.

Florence Aubenas en profite pour jeter un regard affectueux sur les gens qui l’entourent : les accrocheurs, les malins, les dévastés, les dragueurs, les salauds… Ce livre est une bonne surprise qui réconcilie avec le journalisme qui n’est donc pas que mondain.

Kupka au Grand Palais


Rétrospective du peintre Kupka au Grand-Palais : né en 1871 en Bohème (devenue République Tchèque), mort à Puteaux en France en 1957, il fut désigné comme l’un des pionniers de l’abstraction avec Robert Delaunay ou Vassili Kandinsky. L’exposition retrace son parcours et sa réflexion sur l’art, de la figuration qu’il rejettera progressivement pour cheminer vers l’abstraction où se mêlent géométrie, couleurs, structuration/ déstructuration. Il fut aussi dessinateur/graphiste dans des revues anarchistes et libertaires, voire légèrement libertines sur les bords.

Outre son engagement libre-penseur social, l’homme se montre également féru de science, d’architecture et d’Histoire. Sa peinture s’inspire de ses réflexions, notamment sur l’espace-temps alors qu’il évoluait vers l’abstraction totale. Le parcours de l’artiste est fascinant par sa curiosité sans borne sur tout ce qui fit son époque, et sa capacité à le transformer en création. C’est là sans doute la puissance des vrais artistes. Le résultat pictural est complexe, pas toujours facile à déchiffrer.

Arcade Fire – 2018/04/28 – Paris Bercy


Concert enthousiasmant d’Arcade Fire à Bercy pour la présentation de leur dernier disque : Everything Now, le groupe a joué sur un ring de boxe installé au milieu de la fosse, surmonté de quatre écrans installés en carré. Traversant et retraversant la foule, les Arcade Fire ont joué plus de deux heures accueillant au hasard de la setlit quelques invités : trois danseuses haïtiennes, un musicien camerounais et sa mini flûte, un percussionniste et l’incroyable groupe de jazz qui fit la première partie, Preservation Hall Jazz Band. Tout ce petit monde se retrouva sur scène pour le rappel, quitta ensuite la salle en une longue procession pour se retrouver… boulevard de Bercy où la quinzaine de musiciens ont continué le show dans la rue devant des spectateurs éberlués.

Malgré le gigantisme de la salle due au statut désormais planétaire du groupe, l’expérience d’un concert des Arcade Fire reste toujours marquante et, au-delà des falbalas et des fioritures, leur musique est un chef d’œuvre d’enthousiasme et de bonheur.

Setlist : A Fifth of Beethoven (Walter Murphy song)/ Everything Now (Continued) (instrumental version with boxing intro)/ Everything Now (with Patrick Bebey)/ Rebellion (Lies)/ Here Comes the Night Time (with Patrick Bebey) (Haitian dancers on stage)/ Haïti (with Patrick Bebey) (Haitian dancers on stage)/ No Cars Go/ Electric Blue/ Put Your Money on Me/ Neon Bible/ My Body Is a Cage/ Neighborhood #1 (Tunnels)/ The Suburbs/ The Suburbs (Continued)/ Ready to Start (Damian Taylor Remix outro)/ Sprawl II (Mountains Beyond Mountains)/ Reflektor/ Afterlife/ Creature Comfort/ Neighborhood #3 (Power Out) (with ‘I Give You Power’ snippet)
Encore : We Don’t Deserve Love/ The Coffee Cola Song (Francis Bebey cover) (with Patrick Bebey)/ Everything Now (Continued) (with Patrick Bebey) (with Preservation Hall Jazz Band)/ Wake Up (with Patrick Bebey) (with Preservation Hall Jazz… more )

Warmup : Preservation Hall Jazz Band

HARARI Yuval Noah, ‘Sapiens – Une brève histoire de l’humanité’.

Sortie : 2014, Chez : Albin Michel

La passionnante histoire de notre ancêtre l’Homo Sapiens qui domina (et domine encore) le monde il y a 13 000 ans en s’avérant supérieur à son frère Neandertal et à quelques autres cousins de familles plus éloignées. Raconté comme un roman, ce récit de vulgarisation mêle l’Histoire des hommes avec celles de la science, de l’économie et de la pensée, dévoilant ainsi la réflexion très profonde de son auteur, historien israélien, qui utilise ce voyage dans le temps pour revenir sur quelques réflexions essentielles de nos pauvres existences qui se percutent parfois violement avec les débats d’actualité : Sapiens a-t-il remplacé les autres hominidés ou s’est-il mêlé à eux ? La maîtrise du langage, la capacité à créer une réalité imaginaire (la monnaie, le système juridique, etc.) ou la manipulation des mythes comme outils de conquête ! Le désastre écologique que fut le développement d’Homo Sapiens lorsqu’il sortit d’Afrique il y 12 000 ans. La liberté comme invention de l’Homme et non concept biologique, l’argent « le seul système de confiance créé par l’homme qui puisse enjamber n’importe quel fossé culturel et qui ne fasse aucune discrimination sur la base de la religion, du genre, de la race, de l’âge ou de l’orientation sexuelle », la religion définit comme « un système de normes et de valeurs humaines fondé sur la croyance en l’existence d’un ordre surhumain », le lien entre le développement de l’impérialisme et celui de la science, le conquérant ayant soif de nouveaux territoires comme de nouveaux savoirs, l’ambition insatiable des européens au début des temps modernes à faire voile vers des terres lointaines pleine de cultures étrangères, les rapports entre un Etat et des marchés forts / la Famille et les communautés faibles ou vice versa, etc…

La pensée de l’auteur est claire, les raisonnements concis et lumineux, la vulgarisation rend le lecteur intelligent aussi celui-ci frémit comme Yuval Harari devant l’abysse du possible dans le futur : l’homme bionique, la conscience améliorée, l’ADN utilisée comme identifiant, la modification possible des désirs et des émotions, l’Homo Sapiens devenu maître du monde au détriment des autres espèces mais sait-il ce qu’il veut devenir et ce qu’il va devenir ?

Ces questions sont vertigineuses.

Holly Miranda – 2018/04/24 – Paris le Point Ephémère

Holly Miranda, compositrice-guitariste-chanteuse américaine passe au Point Ephémère ce soir. Il n’y a qu’une vingtaine de personnes dans la salle, c’est un peu triste pour elle. Elle joue avec un batteur et une saxophoniste, le matériel est un peu délabré, les musiciens ont sans doute le moral dans les chaussettes, « ce n’est pas un moment idéal » susurre Holly en accordant sa guitare, mais ils nous donnent un joli petit concert sans trop d’entrain.

La première partie est assurée par le groupe australien électro-jeune Leyya plutôt inspiré et allant.