Jean-Louis Murat – 2018/12/10 – Paris le Café de la Danse

Jean-Louis Murat offre plusieurs soirées au Café de la Danse en formation trio, avec un bassiste et un batteur. Ce soir, le rocker français volcanique au cœur tendre a joué avec bonheur des pièces de son nouveau disque et d’autres plus anciennes de son répertoire si dense et varié. A 66 ans, Murat continue de rouler sa bosse dans des salles de concert plus ou moins fréquentées. Il rencontre en effet un succès d’estime pas toujours suivi de réussite commerciale. Dans une récente interview au Monde, Murat expliquait qu’il avait songé à tout arrêter avant finalement de repartir de plus belle avec une renaissance musicale.

Alors ce soir, à le voir jouer sa guitare avec hargne, assis sur une chaise, on est aussi touché par sa voix au timbre si particulier et ses mots, que par sa pugnacité à rester présent sur la scène musicale et poétique. La magnifique soirée qu’il partage avec nous en est une nouvelle démonstration.

Pete Shelley (ex-Buzzcoks) est mort

Pete Shelley (à gauche sur la photo) est décédé ce 6 décembre d’une crise cardiaque à l’âge de 63 ans. Avec Howard Devoto (à droite) il avait fondé l’un des groupes punks les plus enthousiasmants des années 70’ : les Buzzcoks qui ont inspiré de très nombreux musiciens de l’époque. Devoto les a quittés assez rapidement pour créer un autre groupe majeur, plus new wave que réellement punk : Magazine, il est d’ailleurs parti avec une chanson emblématique coécrite par Shelley et lui-même qui sera le premier tube de Magazine : Shot by both sides.

Les morceaux des Buzzcocks étaient courts et percutants, mélodieux et bien écrits, avec guitare et guitare. Ils furent le groupe de trois disques inégalés. Positifs, ils avaient sublimé le nihilisme punk propre aux Sex Pistols et assimilés, ils avaient aussi survécu ce qui n’était pas mince affaire à l’époque. Avec les Clash, les Stranglers, Magazine, et bien d’autres ils ont dynamité le rock des 70′ comme, quelques années plus tôt mai 68 avait secoué les générations d’après-guerre en Europe et aux Etats-Unis. Rien de grave ni dramatique, seulement l’extrême urgence de jeunes musiciens qui se sont emparé de leur art pour le conformer à leur vie. Shelley fut l’un des plus brillants d’entre eux.

Les Buzzcocks continuaient à tourner de ci de là avec une formation renouvelée au service de Pete et du deuxième guitariste d’origine Steve Diggle. On les avait vu en 2013 à la Cité de la musique dans le cadre de l’exposition Europunk. Adieu l’artiste, tu nous manques déjà.

Lire aussi :  Buzzcocks 2013

Cowboy Junkies sort un nouveau disque

Le très beau nouvel album des Cowboy Junkies est disponible et le groupe est en tournée en Europe, sans arrêt en France malheureusement. Comme souvent avec ce groupe canadien-anglophone il y est beaucoup question de désillusion et de la dévastation du temps qui passe, le résultat est magnifique, toujours porté au plus haut par la voix sublime de Margo Timmins :

Welcome to the age of dissolution
The days of death and anger
Old ideas become stronger, welcome

Welcome to the days of wine and roses
To the time of lost pursuits
New ideas taking roots… welcome, welcome…

King Crimson – 2018/11/16 – Paris l’Olympia

L’Olympia nov. 2018 – Robert Fripp photographié par Tony Levin

King Crimson de retour à l’Olympiapour trois concerts dans le cadre de cette tournée entamée en 2014 et rebaptisée « European Fall Tour 2018 ». Robert Fripp et les siens déroulent une setlist enrichie d’extraits de Lizard sans doute plus joués depuis longtemps ; magnifique troisième album du groupe, sorti en 1970 et d’inspiration très jazzy. Jon Anderson, le chanteur de Yes, chantait sur Prince Rupert Awake, ce soir il sera remplacé par la guitare de Fripp, magnifique ! Les King Crimson sont éternels.

Setlist :

Set 1 : Drumsons/ Larks’ Tongues in Aspic, Part One (with « La Marseillaise » snippet)/ Suitable Grounds for the Blues (with Jeremy Stacy piano intro)/ One More Red Nightmare/ Epitaph/ Red/ The Letters/ Sailor’s Tale/ Moonchild (including Bass, guitar and piano cadenzas)/ The Court of the Crimson King (including Coda)/ Discipline/ Neurotica/ Indiscipline/

Set 2 : CatalytiKc No. 9/ The ConstruKction of Light/ Fallen Angel/ Cirkus/ Lizard (Bolero, Dawn Song, The Last… more )/ Interlude (Guitar only, as an outro to Prince Rupert’s Lament)/ Cadence and Cascade/ Radical Action (To Unseat the Hold of Monkey Mind) (partial)/ Radical Action III/ Meltdown/ Radical Action II/ Level Five/ Encore : Starless



Le cubisme au centre Pompidou

George Braque, Le Viaduc à l’Estaque – 1908

Braque, Picasso, Fernand Léger, Delaunay (Robert et Sonia), le centre Pompidou de Beaubourg revient à la fondation du cubisme au début du XIXème siècle. Apollinaire écrivait :

« Le cubisme authentique, si l’on veut s’exprimer d’une manière absolue, serait l’art de nouvelles constellations avec des éléments formels empruntés, non à la réalité de vision, mais à celle de la conception. »

En 1908 un critique décrit les toiles de Braque comme « des schémas géométriques, des cubes » ; le cubisme est né, il va inspirer une époque, ses peintres et ses sculpteurs, un mouvement va infuser les artistes de ce temps en cassant les lignes et les habitudes. Cette exposition retrace et illustre cette histoire avec des toiles qui ne déclenchent pas vraiment d’émotion esthétique. C’est le cubisme…

Total in love with Morcheeba

Comme à son habitude, Skye, la chanteuse de Morcheeba, a retourné le Trianon ce soir par son sourire, sa grâce, son charme et son chant sublime. Leur nouveau disque s’appelle Blaze Away.

Setlist : Never Undo/ Friction/ Neveran Easy Way/ Otherwise/ The Sea/ Part of the Process/ Blaze Away/ TriggerHippie/ Blood Like Lemonade/ Slow Down/ Summertime (George Gershwin cover)/ Paris sur Mer/ Let’s Dance (David Bowie cover)/ Blindfold/ Let Me See

Encore : Sweet L.A./ Rome Wasn’t Built in a Day

MARCEL Gabriel, ‘En chemin vers quel éveil ?’.

Sortie : 1971, Chez : Voies ouvertes – Gallimard

Gabriel Marcel (1889-1973 ) est un philosophe, dramaturge, critique littéraire et musicien (à ses heures perdues). Auteur de nombreuses œuvres philosophiques et de pièces de théâtre, au crépuscule de sa vie il a décidé d’écrire non pas ses mémoires mais des pensées lui venant lorsqu’il jette un regard sur toutes ces années passées à réfléchir, analyser, écrire sur le sort de l’Homme.

Au cœur d’une période si fertile en philosophes de tous bords, il a aussi développé un courant que l’on a appelé « existentialisme chrétien » pas vraiment compatible avec l’existentialisme de Sartre semble-t-il. Bref, l’Homme n’est pas déterminé par quiconque mais libre et responsable de son existence. Gabriel Marcel s’étant converti à la religion catholique il ajoute Dieu à son existentialisme et là commencent les problèmes conceptuels. Mais qu’importe, il explique ce qu’il croit et n’exclut rien, y compris le spiritisme dont certaines expériences l’ont marqué.

La guerre de 14-18 a précédé sa conversion et l’a poussé vers l’existentialisme, quoi de plus symbolique de la liberté que celle prise par les hommes de s’entre-tuer ? Son passage au catholicisme en 1929 est sans doute le fait marquant de sa vie, et de sa pensée, sur lequel il ne cesse de s’interroger, voire de se justifier. Il reconnaît toutefois « le caractère hasardeux de l’engagement [souscrit] » et n’exclut pas totalement qu’il existe « une marge d’incertitude » quant à la réalité de la résurrection du Christ qui pourrait un jour être contredite. Malgré tout, création, compassion, universalité, mystère [« ce qui n’est pas problématisable »]… sont des concepts qu’il vit « charnellement » et qui nourrissent ses réflexions sur cette religion à laquelle il s’attache en pleine connaissance de cause, non comme à une bouée de sauvetage à ses angoisses mais qu’il reçoit comme une éclairante certitude intellectuelle. Pour lui les valeurs chrétiennes ne peuvent pas être vécues sans la foi et l’existence de cet humanisme semble justement lui confirmer l’existence de Jésus. Chacune de ses pièces de théâtre semble inspirée par ces réflexions. Il reste à les lire !

Au-delà de ce retour sur des décennies de foisonnantes réflexions philosophiques il note quelques passages de l’Histoire et de son existence : le décès du Général de Gaulle qui après une vie de combats glorieux souhaite être enterré dans un petit village de France auprès de sa fille Anne handicapée et morte très jeune ; le procès des basques de Burgos par le régime de Franco en 1970 ; l’adoption de son fils « … une sorte de greffe spirituelle » ; la musique « …capable de traduire cette conjonction du chagrin et de la joie, qui ne se laisse pas exprimer dans un langage conceptuel [au sujet de l’armistice de 1918] » ; le décès de sa femme et d’autres proches…

Gabriel Marcel connut une reconnaissance certaine de ses pairs, y compris à l’étranger. Docteur honoris causa dans nombre d’universités, récipiendaire de nombreux prix… ce livre retrace quelques étapes du parcours d’un humaniste du XXème siècle éclairé par la foi catholique. Les non-initiés ne comprendront pas tous les concepts abordés mais on pressent un humain qui participa à cette grande tâche de la Pensée et c’est bien là le plus fondamental.

Cold War de Pawel Pawlikowski

Staline, la musique et l’amour sont réunis dans ce joli film du réalisateur polonais Pawlikowski, déjà auteur de Ida. A la fin des années 40 un professeur de musique tombe amoureux d’une femme recrutée pour chanter dans un ensemble vocal plus ou moins aux ordres du parti comme nombre d’organisations de jeunesse (voire mêmes d’organisations quelles qu’elles soient à cette époque). Afin de progresser et de réussir, la chorale accepte de chanter aussi la gloire du petit père des peuples, en plus des chants traditionnels ruraux, première compromission. Au cours des années qui suivent, l’occasion se présente pour le couple de passer à l’Ouest. L’un franchira le pas, l’autre pas. Et ils se suivront et se retrouveront aux fils de leurs vies toujours tournées vers la musique, et au hasard des compromissions qu’il faut bien consentir avec ses idéaux, ou pas.

Le final est crépusculaire pour ce film tourné en noir et blanc dans des paysages d’un autre âge. La blondeur slave de Zula est encore plus bouleversante en noir et blanc. C’est triste comme une histoire d’amour.

Lire aussi : Ida

Elysian Fields – 2018/11/01 – Paris la Maroquinerie

Elysian Fields en concert ce soir à la Maroquinerie, le duo new-yorkais Jennifer Charles (chant) et Oren Bloedow (guitare) est accompagné d’une rythmique bass/batterie tenue par deux jeunes musiciens joyeux et efficaces. Le groupe est emmené par la voix sensuelle et ondulante de sa chanteuse déclamant des textes troublants sacrément appuyée par son guitariste sous sa casquette de titi parisien. C’est l’archétype du groupe underground, puissant et sincère, qui joue  dans des salles modestes mais devant des spectateurs passionnés. Elysian Fields a aussi amélioré sa notoriété en France en participant à des albums de Jean-Louis Murat, autre parangon d’un underground cette fois-ci français.

La soirée est magnifique d’autant plus qu’elle fut introduite par Joe Bel, jeune chanteuse française folk qui s’accompagne merveilleusement à la guitare et est renforcée par un percussionniste, une jolie surprise.

TRUONG Nicolas, ‘Résister à la terreur’.

Sortie : 2016, Chez : Le Monde – l’aube.

Nicolas Truong est responsable des pages « Idées-Débats » du journal Le Monde. Dans les jours qui ont suivi les attentats religieux de 2015 à Paris, nombre de contributeurs ont écrit pour cette rubrique pour faire part de leurs analyses et sentiments suite à cette terreur. Cet ouvrage reprend les principaux textes de l’époque pour former un patchwork de pensées sur des évènements indicibles que l’on arrive toujours pas bien à expliquer ni à comprendre. Alors ces auteurs constatent cette barbarie qui est factuelle et avancent des théories inspirées de leurs propres parcours idéologiques :

  • les universitaires Kepel et Filiu démontent la chronologie des massacres et des évènements qui les ont précédés, en avançant quelques causes possibles dans le comportement occidental et prédisant de nouvelles vagues de terrorisme encore plus sauvages.
  • le philosophe Marcel Gauchet théorise le fondamentalisme comme une dérive propre à toutes les religions qui n’a pas, dans le cas de l’islam, la puissance de la modernité malgré le nombre de morts qu’il peut générer.
  • d’autres glosent sur le terme « guerre » employée alors par le président de la République.
  • certains (comme Edgar Morin) pensent que faire la paix au Moyen-Orient est la seule solution pour gagner la guerre contre l’Etat islamique.
  • Guy Sorman (essayiste défenseur de l’éco mie libérale) pensent que les inégalité économiques dans nos pays occidentaux forment les réservoirs de djihadistes ; il cite les effets pervers du « logement social » qui a abouti à des ghettos de « demi-citoyens », explique que la politique de l’emploi ne fait que favoriser ceux qui ont déjà un emploi. Bref, on dirait qu’il pense que si on avait laissé le « Dieu Marché » libre d’agir nous n’en serions pas arrivé là.
  • Etc.

En fait, tout ce gratin intellectuel a la critique facile contre les gouvernants mais ne propose pas véritablement de solutions pragmatiques et réalistes. En réalité, pas plus le citoyen lambda que le chercheur de Sciences-Po n’a encore bien compris comment des gamins français, certains issus de l’immigration et d’autres convertis à l’islam, peuvent se laisser embobiner par cette idéologie mortifère, d’autant plus qu’ils ne sont pas tous issus de classes matériellement défavorisées. A la différences des mouvements violents d’extrême gauche des années 60/70′ qui se sont éteints d’eux-mêmes par manque de combattants, le djihadisme ne manque pas de nouvelles recrues. C’est sans doute la différence entre une idéologie politique qui n’échappe pas complètement à la raison et une idéologies religieuse qui elle n’est basée que sur le dogme.

Ces intellectuels sont dans leur rôle, probablement les pouvoirs en charge de la sécurité des Etats attaqués font leur marché dans cette liste pour le moins diverse d’analyses et de conseils.

PREVOT Sandrine, ‘Inde, comprendre la culture des castes’.

Sortie : 2014, Chez : l’aube poche.

Un livre malin et bien écrit sur l’organisation de la société indienne, qui se lit comme un guide de voyage « Lonely Planet ». Son auteur, Sandrine Prévot, anthropologue, connaît son sujet, le pays et ses habitants. Elle nous fait partager sa connaissance et son intérêt avec clarté.

Mais quel étonnement que de plonger dans la complexité de cette société fondée sur l’inégalité des castes, sur laquelle se superpose celle des classes plus classique et mieux partagée sur le reste de la planète. Quelle frayeur également de découvrir à quel point le concept de « pureté » guide les comportements, un concept qui en d’autres temps a mené à des désastres humains considérables. L’Inde n’est d’ailleurs pas restée à l’abri de cette violence ces dernières décennies.

Religiosité et inégalité semblent des valeurs régressives pour l’Occident mais n’empêchent pourtant pas l’Inde de progresser vers la modernité, tout au moins pour une partie de sa population. Gageons que, comme le reste de la planète, au fur et à mesure de son développement économique les habitants de ce grand pays rangeront ces références d’un autre âge au rayon du folklore traditionnel plutôt qu’au cœur de leurs faits et gestes. 

Dans sa conclusion l’auteur anticipe d’ailleurs des évolutions probables tout en affirmant que « se moderniser n’est pas s’occidentaliser ni adopter les valeurs occidentales » ! Certes, mais le développement et l’épanouissement d’une population génèrent très souvent des revendications d’égalité. L’éducation et l’ouverture à la science entraînent en principe un éloignement de la religion, le Dogme n’étant que très peu compatible avec la Raison. Comme d’autres, l’Inde est « en marche ».

Basquiat-Shiele à la Fondation Louis Vuitton

Merveilleuse exposition groupée Jean-Michel Basquiat / Egon Shiele à la Fondation Louis Vuitton, deux artistes sublimes, emportés en pleine jeunesse, le premier en 1988 d’une overdose à 28 ans, le second en 1918, au même âge, emporté par la grippe espagnole, deux êtres torturés et créatifs qui sont magnifiquement racontés ici !

Shiele, autrichien, fils spirituel de Klimt, est l’auteur d’une profusion de dessins, souvent des nus plutôt provoquants, mais aussi de troublants autoportraits ; ses personnages sont long et osseux, déglingués, à mi-chemin entre Giacometti et Corto Maltese, ils rapportent une vision du monde toute en angles et en érotisme.

Puis l’on monte dans les étages rejoindre les toiles de Basquiat, parfois gigantesques, qui nécessitent les grands espaces de ce bâtiment baroque. Le choc est total dans une explosion de couleurs, de personnages robotisés, de collages inattendus, de références multiples, de mots et d’images, de graffitis et de copies ; c’est une profusion d’idées et de visions d’une folle modernité. Basquiat est l’homme d’un lieu et d’une époque, new-yorkais des années 70 et 80’  il a vécu et animé cette folle période où le Velvet Undergound jouait à la Factory, où les poètes de la beat génération croisaient Bob Dylan au bar du Chelsea Hotel, il est devenu l’ami de Keith Haring, et au milieu de cette fabuleuse énergie créatrice, il a créé sans réserve, dessiné, peint, imaginé, il a bu son époque comme un buvard aspire l’air du temps, il a aussi et surtout restitué la souffrance de l’homme noir dans une société violente et raciste. Toute son œuvre est tournée vers cette mission rédemptrice : faire comprendre le sort du Noir sous la férule du pouvoir blanc, celui d’une complète domination, politique, sociétale, artistique ; un pouvoir absolu qui continue à asservir les descendants de l’esclavagisme, fléau de la civilisation américaine.

Les toiles se succèdent comme dans un tourbillon et le visiteur erre dans les salles, fasciné par l’incroyable et spectaculaire productivité de cet artiste dont quelques photos montrent l’aspect juvénile. Le tragique des thèmes abordés cohabite avec la naïveté des formes et des couleurs. Mais au cœur de ce temps l’étoile Basquiat va exploser, victime de l’héroïne, autre marqueur de cette époque avec le Sida. Création-destruction, on se croirait dans une chanson de Lou Reed. Il subsiste face à cette perte brutale un énorme regret mais surtout une fabuleuse actualité.

TESSON Sylvain, ‘Un été avec Homère’.

Sortie : 2018, Chez : Editions des Equateurs.

Sylvain Tesson, écrivain pérégrin, ne raconte pas cette fois-ci ses propres voyages mais commente L’Iliade et L’Odyssée d’Homère. Il s’agit en fait de la compilation de chroniques radiophoniques diffusées à l’été 2017 sur France-Inter. Pour les écrire il s’exila quelques semaines sur une ile de la mer Egée, au cœur du théâtre des exploits d’Ulysse.

Evidemment, celui qui n’a pas lu Homère est un peu perdu dans toutes ces références aux Dieux et aux lieux de l’antiquité grecque. Pour beaucoup, le cheval de Troie n’est que le nom d’une technique permettant d’introduire des virus dans des systèmes informatiques… Mais qu’importe, Tesson nous remémore combien fut grande cette civilisation grecque polythéiste qui a largement autant fondé ce qu’est devenu l’Occident que la religion chrétienne monothéiste qui s’en suivit.

L’histoire d’Homère n’est que bruit et fureur, force et beauté, guerre et amour, ambitions et massacres, c’est l’aventure de l’Homme qui n’a rarement été qu’une promenade de santé. On ne sait pas bien d’ailleurs si Homère a véritablement existé ou s’il n’est qu’un personnage conceptuel. Quoi qu’il en soit, ces longs poèmes que sont L’Iliade et L’Odyssée lui sont attribués et ont traversé les temps depuis le VIIIème siècle avant JC pour rester l’un des textes fondateurs de la littérature humaine.

Ce que l’on découvre dans cette incroyable fresque des Dieux et des Hommes c’est que la nature humaine n’a guère évolué depuis bientôt 30 siècles. Difficile de dire s’il s’agit d’une bonne ou d’une mauvaise nouvelle, mais Tesson prend un malin plaisir à souligner ce constat par des rapprochements, parfois osés, avec l’Homme « moderne ».

Accessoirement toutes ces références viennent nous rappeler, si besoin en était, le rôle créateur et destructeur du monde méditerranéen depuis ces 30 siècles, et la violence endémique qui s’attache à cette région. Là encore, rien n’a véritablement changé.

En refermant cet ouvrage on a envie d’ouvrir L’Iliade, puis de poursuivre avec L’Odyssée, Tesson a donc atteint son but.

TESSON Sylvain, ‘Eloge de l’énergie vagabonde’.

Sorti en : 2007, Chez : POCKET 13536

Toujours à la recherche d’idées saugrenues pour justifier ses pérégrinations, Sylvain Tesson décide cette fois-ci de suivre à vélocipède la route des pipe-lines transportant le pétrole des Républiques d’Asie centrale vers l’Ouest. Ce chemin lui permet de vivre son attirance pour les pays de l’Est et de réfléchir sur l’importance de l’or noir pour l’économie de notre planète depuis plusieurs siècles.

Parti de la mer d’Aral en Ouzbékistan il pédale jusqu’aux rives de la Turquie méditerranéenne, entre chaleurs et vents du désert, au cœur de pays déglingués mais parfois extrêmement riches, souvent dirigés par des satrapes soviétisant, il chemine sans peur et sans reproche, bivouac au milieu de nulle part, croise des personnages improbables : douaniers, exploitants de plateformes pétrolières, éleveurs…

Le pétrole est le fil conducteur de ces errements à travers les steppes asiatiques, sa puissance, ses méfaits, la pollution engendrée, celle des paysages comme celle des âmes,

« Il brûle comme le sang de Satan. Il pue le souffre. […] Les guerres, les tensions, les corruptions qu’il suscite sont les preuves de l’énergie obscure qu’il dégage. »

Mais cette énergie est l’alpha et l’Omega du développement économique de la planète et les pipe-lines courent sur la surface de la terre comme les veines sous la peau de l’Homme pour irriguer la vie.

Tesson en profite, bien sûr, pour évoquer l’homo-soviéticus dont il est si proche, fait d’un mélange de vodka, de désespoir, d’énergie créatrice et souvent destructrice. Des musulmans du Kazakhstan aux chrétiens de Géorgie, Tesson dresse une fresque humaine rocambolesque de ces populations disséminées sur sa route. Il le fait dans son style toujours percutant où ses observations se mêlent à ses références philosophiques et littéraires. Il a le sens de l’aventure définitive, il a la plume d’un Kessel pour la faire partager à ses lecteurs !

Les impressionnistes à Londres – Petit Palais


1870 : nos amis les allemands-prussiens envahissent la France qui leur a déclaré la guerre, ils laminent l’armée française, le second Empire s’effondre, la commune se déclenche, la répression la vainc, mais quelques années de trouble poussent des artistes à s’exiler à Londres (où les retrouvera, ironie de l’Histoire, Napoléon III en exil…).

Les peintres y pendront l’Angleterre de l’époque : Monet, Pissaro, Sisley, Tissot et bien d’autres. Le Petit Palais expose leurs œuvres de ces années britanniques. Les échanges créatifs avec les artistes anglais sont nombreux et ces peintres exilés vont s’inspirer et restituer avec talent les atmosphères londoniennes faites de brumes et de suractivité industrielle et fluviale, mais aussi d’élégantes déambulant dans les parcs ensoleillés. Quelle sublime génération d’artistes !

de BEAUVOIR Simone, ‘Le deuxième sexe – tome 2/2’.

Sorti en : 1949, Chez : idées nrf.

A la suite du Tome I qui retraçait la place de la Femme dans l’Histoire, ce deuxième volume aborde la situation de la femme au mi-temps du XXème siècle : l’épouse, la mère, la vie en société, la prostituée, la femme mature puis vieille. S’en vient ensuite l’analyse de la « justification » : la narcissiste, l’amoureuse, la mystique ; avant de conclure sur la Femme « vers la libération ».

Les développements de Beauvoir sont toujours aussi fascinants par la puissance de cette pensée philosophique qui reste parfaitement logique et compréhensible par le lecteur.

L’impérialisme de l’Homme est détaillé comme sa volonté de cultiver sa petite tyrannie sur terre car en plus d’être admiré et aimé il a besoin d’asséner sa puissance voire sa violence comme thérapie à l’accumulation des rancunes accumulées avant son mariage… La femme se soumet, ou pas, puis le couple se délite :

« Le couple [devient] une communauté dont les membres ont perdu leur autonomie sans se délivrer de leur solitude ; ils sont statistiquement assimilés l’un à l’autre au lieu de soutenir l’un avec l’autre un rapport dynamique et vivant… »

La situation de mère met encore plus en avant l’hypocrisie prévalant dans les rapports entre l’Homme et la Femme. On conteste à cette dernière toute capacité à l’action publique ou à une carrière professionnelle mais on lui confère la mission suprême : la formation d’un être humain. La grossesse, le contrôle des naissances, l’avortement sont passés au crible d’une analyse sans concession illustrant la sous-condition de la Femme et la mauvaise foi de courte vue avancée par la société pour justifier cette inégalité fondamentale :

« Que l’enfant soit la fin suprême de la femme, c’est là une affirmation qui a tout juste la valeur d’un slogan publicitaire. »

Et quand la vieillesse point, l’Homme perd de sa superbe car devenu totalement inutile alors que sa femme garde au moins la direction de la maison et se rend compte du jeu de dupes que fut sa vie d’épouse. Et c’est encore de l’amertume…

Alors même lorsqu’il s’agit de libération, la femme de 1949 vue par de Beauvoir affronte encore « l’injuste malédiction attachée à la féminité ; se résignant à cette infériorité elle l’aggrave… »

L’auteur conclue sur le fait que tant que l’Homme et la Femme ne se reconnaîtront pas comme « des semblables », c’est-à-dire tant que l’on maintiendra la spécificité de la féminité le conflit perdurera, et c’est là l’immense contradiction non résolue, même de nos jours, qui maintient l’oppression. Beauvoir se félicite que les hommes (déjà en 1949) aient évolué vers l’émancipation de la Femme, plus ou moins contre leur gré, mais dans le sens de leur intérêt. Elle prédit que le mouvement se poursuivra et que l’avenir sera réinventé malgré une relative perte de la féminité : même une fois l’égalité atteinte il restera bien sûr certaines différences, et d’abord son érotisme, donc son monde sexuel, une sensualité et une sensibilité singulière, son rapport à l’Homme et à l’enfant seront toujours spécifiques même si la Femme est émancipée.

Le livre se termine sur un espoir :

« … que par-delà leurs différenciations naturelles hommes et femmes affirment sans équivoque leur fraternité. »

Allons, tout n’est pas perdu !

Guigone et Nicolas à Beaune

En 1443 Nicolas Rolin et Guigone de Salins fondent un hôpital pour les Pôvres afin d’apporter soins et charité à une centaine de nécessiteux. C’est un peu l’ancêtre de la sécurité sociale sauf que le financement vient de ce riche couple au lieu de la communauté des cotisants comme aujourd’hui. Dieu n’est jamais loin dans cet établissement qui deviendra les « Hospices de Beaune » et qui accueillit des malades jusqu’en 1971 dans un décor classé monument historique dont les célèbres tuiles peintes composent la toiture. Désormais recyclé en musée « L’Hôtel Dieu » est dédié au souvenir de gens qui se sont dévoués des siècles durant à l’intérêt général.

Le personnel désormais laïque a maintenant été transféré dans un hôpital moderne toujours à Beaune, établissement public de santé original qui détient toujours l’Hôtel-Dieu mais aussi, suite à de nombreux legs au cours des siècles, un domaine viticole de 60 hectares d’excellentes appellations de Bourgogne qui sont commercialisées à l’occasion d’une vente de charité annuelle et dont les revenus servent à l’entretien du patrimoine des Hospices, ainsi qu’à la modernisation des équipements et bâtiments hospitaliers. Sympathique et historique organisation !

Décès de Rachid Taha

Rachid Taha est décédé ce 12 septembre à 59 ans : que la terre lui soit légère.

Chanteur engagé d’origine algérienne, il a mixé avec bonheur le raï et le rock, mené le groupe Carte de Séjour puis une carrière solo flamboyante. Révolté gouailleur, ses concerts était une explosion de joie. Nous allons le regretter.

Lire aussi : Rachid Taha – 2013/05/16 – Paris le Trianon

Garbage – 2018/09/20 – Paris le Bataclan


Concert intimiste de Garbage au Bataclan pour le 20ème anniversaire de l’album Version 2.0 : Shirley Manson et ses quatre cavaliers de l’apocalypse électrique ont déchaîné une assistance conquise ce soir. Un show mené sur un rythme d’enfer dans l’atmosphère moite du Bataclan. Le groupe ne ménage pas son énergie, plutôt habitué à des salles et des scènes plus vastes, il laisse à Shirley son espace vital où la diabolique, accrochée à son micro, tourne comme un lion en cage. Rares sont les moments de répit, celui qui termine le show sur You Look So Fine est un moment magnifique qu’elle clôt à la guitare en faisant durer ce final mélancolique instrumental qu’elle transforme en rage (Ending with letting go/ Let’s pretend we get a happy end/ Let’s pretend we get a happy end/ Let’s pretend, happy end…), avant de quitter la scène pour y revenir pour un rappel de braise où sera notamment joué la nouvelle et étrange chanson No Horses, pleine de dévastation mais qu’elle qualifie de « happy song » dans un grand éclat de rire !

Set list : Afterglow/ Deadwood/ Temptation Waits/ Wicked Ways (with interlude of Depeche Mode’s « Personal Jesus »)/ Special/ The World Is Not Enough/ 13x Forever (with The Kinks’ « Tired Of Waiting » outro)/ Get Busy With the Fizzy/ Hammering in My Head/ Medication/ Thirteen (Big Star cover) / Can’t Seem to Make You Mine (The Seeds cover)/ I Think I’m Paranoid/ Sleep Together/ Dumb/ Soldier Through This/ Lick the Pavement/ Push It/ When I Grow Up/ You Look So Fine (incl. snippet of ‘Dreams’ by Fleetwood Mac)

Encore : The Trick Is to Keep Breathing/ No Horses/ Cherry Lips (Go Baby Go!)