London Grammar – 2017/12/03 – Paris le Zénith


Deuxième disque, deuxième tournée de ce groupe britannique à la pop glacée et un peu lisse. La musique est portée par la voix puissante d’Hannah Reid et les compositions de ses deux acolytes. Le light-show est plutôt original, surréel, intergalactique, un peu « ET arrivant sur la planète-terre », il se coule bien dans cette musique mystérieuse créée par ces artistes si jeunes !

Exposition « Pop Art Icons that matter » au Musée Maillol

Exposition « Pop Art Icons that matter » au musée Maillol, prêtée par le Whitney Museum of American Art de New York : une intéressante rétrospective de cet art américain en lutte contre l’abstraction, assis sur la nouvelle société de consommation et de la culture de masse qui explosaient outre-Atlantique dans les années 60 et dont Andy Warhol fut l’un des papes.

The Stranglers – 2017/11/25 – Paris la Cigale

Les Stranglers se promènent en France pour une dizaine de dates histoire de réjouir leurs fans. Rien de bien neuf sinon le plaisir de jouer pour des sexagénaires dont la discographie du groupe compose la bande-son des 40 dernières années. La même hargne, le même brio et toujours la même noirceur teintée désormais d’autodérision ; eh oui, les Stranglers rigolent sur scène maintenant et dialoguent avec leurs fans britanniques et français toujours fidèles aux rendez-vous parisiens de ce groupe qui fait maintenant partie de la famille.

BRMC – 2017/11/21 – Paris l’Elysée Montmartre

Un nouvel album des Black Rebel Motorcycle Club est annoncé pour le prochain mois de janvier et le groupe est déjà sur la route, ce soir dans un Elysée Montmartre rénové après l’incendie qui l‘a ravagé. Beau concert de ce trio blues-rock dont la batteuse Leah semble s’être remise de sa maladie qui avait été annoncée sur le site web du groupe. Un son bien gras, des réverbérations à n’en plus finir, des éclairages venant du fond de la scène et des fumées noyant l’atmosphère dans un flou qui sied à cette musique primale qui prend aux tripes.

Voir : Les Photos de Roberto

Kasabian – 2017/11/11 – Paris le Zénith


Réjouissant concert de Kasabian ce soir à Paris : un rock plein d’enthousiasme et de jeunesse de ce groupe britannique maintenant sur les routes depuis la fin des années 90’. Habillés tous en blanc, les sept gaillards s’en donnent à cœur joie et leur joie est plutôt du genre communicative : l’assistance danse et pogotte sur les rythmes très chauds, les verres de bière volent, le Zénith tressaute d’un seul homme, la température devient tropicale… Une musique et une inspiration toute britanniques !

Exposition Sophie Calle au Musée de la Chasse et de la Nature

Sophie Calle – 2017 « Beau doublé, Monsieur le Marquis ! « 

Exposition de Sophie Calle au Musée de la Chasse et de la Nature ; intitulée « Beau doublé, Monsieur le Marquis ! » elle est comme toujours un parcours original dans l’imagination débordante de l’artiste. Dédié à son père mort récemment elle se raconte à travers ce deuil d’un être cher qui l’a inspirée sa vie durant, il faut toujours le premier à qui elle présentait ses œuvres. Trois salles du rez-de-chaussée sont consacrées à la mort, celle du paternel, du chat et d’autres personnages qui ont traversé sa vie ; c’est chaque fois l’occasion de se mettre en scène dans un contexte morbide mais souvent drôle, le sens de la dérision est probablement la qualité majeure de sa créativité ; qui n’empêche pas la tendresse réelle portées à tous ces êtres disparus.

L’exposition se poursuit dans les salles ordinaires du musée où Sophie a disposé de ci de là quelques mini-œuvres commentées d’un petit commentaire dactylographié sur un carton blanc, toujours acide mais factuel : les débris d’une dispute conjugale, le peignoir de son premier amant…, le tout au milieu des collections de fusils de chasse et trophées divers.

Elle se termine au troisième étage par un accrochage des petites annonces amoureuses qui parurent dans Libération ou Le Nouvel Observateur des décennies durant : notaire de province veuf et à la recherche d’un nouvelle épouse, jeune et avec dot, amoureux transis ayant croisé une femme dans le métro sans oser l’aborder… C’est l’histoire de l’amour à travers les ancêtres des réseaux dit sociaux, pas beaucoup plus gai hier qu’aujourd’hui.

Angus & Julia Stone – 2017/11/01 – Paris le Zénith

Très beau et si doux concert d’Angus & Julia Stone ce soir à Paris. Les australiens déroulent toujours leur musique folk qui sent bon le feu de camp et qui se sophistique les années passant. Leur dernier disque Snow est dans les bacs depuis quelques semaines, ils le jouent ce soir derrière un totem et de langoureuses images de soleil couchant, d’océan bleu ou de forêts sans fin. Il est de bonne facture, avec des voix plus dynamiques, souvent ajoutées en chœur sur celles de Julia et d’Angus toujours un peu langoureuses. Sur scène l’ensemble des musiciens accompagnent vocalement la fratrie lorsqu’elle joue les morceaux récents.

Tous les deux sont toujours aussi touchants et délicats ; déclinant leur musique un peu mélancolique devant un public conquis. En écho à la chanson Baudelaire qui ouvre le show, Julia récite en français, de sa petite voix, Ennivrez-vous du poète :

Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!

Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront, il est l’heure de s’enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps,

enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.

Elle rencontre un franc succès!

Warmpup : Isaac Gracie

Setlist : Baudelaire/ Make It Out Alive/ Cellar Door/ Heart Beats Slow/ Chateau/ Wherever You Are/ Bloodhound/ Private Lawns/ Who Do You Think You Are/ Yellow Brick Road/ Enivrez-vous (poème “Enivrez-vous »)/ Nothing Else/ Big Jet Plane/ For You/ My House Your House/ Snow

Encore : Grizzly Bear/ Harvest Moon (Neil Young cover)/ A Heartbreak

« Maria by Callas » à la Seine Musicale

La Seine Musicale, nouvelle espace culturel tourné vers la musique, installé sur l’Ile Seguin à l’emplacement des anciennes usines automobiles Renault, présente sa très belle exposition inaugurale : Maria by Callas. A l’aide d’un casque audio, les visiteurs circulent dans la vie et l’œuvre de la diva retracée par des photos, des textes, des vidéos et bien sûr des extraits musicaux.

Brillante et touchante, La Callas se révèle une véritable étoile du XXème siècle sur toutes les scènes de monde, chantant les plus beaux opéras du répertoire classique. Une vie entière dédiée à la musique comme une mission divine :

Chanter, pour moi, n’est pas seulement un acte d’orgueil, mais seulement une tentative d’élévation vers ces cieux où tout est harmonie.

Une vie de travail intense depuis l’enfance où sa mère avait décidé qu’elle serait cantatrice, une voix inoubliable qui a submergé d’émotion les plus insensibles ; elle se sait investie d’un devoir de servir le génie créateur de tous ces compositeurs qu’elle a magnifiés. Mais aussi l’existence tellement humaine de cette femme grecque née à New York, ballotée d’une mère exigeante à une vie sentimentale pas toujours apaisée. Au hasard d’interviews télévisées elle parle de la musique, beaucoup, et d’elle, un peu :

…après tout, qu’est-ce qu’une légende ? C’est le public qui fait ce que je suis. Qu’est-ce qu’une légende ? Je me trouve très humaine.

Chaque spectacle est un défi qu’elle se lance ; pour être à la hauteur des attentes de son public et de son talent elle s’en remet à son travail et… à Dieu :

Quand je chante, même si je parais tranquille, je me tourmente de la peur insoutenable de ne pas réussir à donner le meilleur de moi-même. Notre voix est un instrument mystérieux qui nous réserve souvent de tristes surprises, et il ne nous reste qu’à nous confier au Seigneur avant chaque spectacle, et lui dire humblement « nous sommes entre vos mains ».

Il faudrait des heures pour épuiser tous les extraits musicaux mis à disposition des visiteurs pérégrins : Mme. Butterfly, La Norma, La Tosca…, découvrir les différentes étapes de sa carrière, ses départs et ses retours, ses tournées d’adieu, ses master-classes puis son exil, ultime, avenue Georges-Mandel à Paris où elle décèdera prématurément à 53 ans.

Une très intéressante exposition sur le talent et la personnalité de cette artiste si émouvante !

DURAS Marguerite, ‘La Douleur’.

Sortie : 1985, Chez : folioplus classiques 212.

Marguerite Duras a écrit ces textes peu après la fin de la deuxième guerre mondiale, puis en a oublié l’existence avant de les retrouver et les publier sous le titre « La Douleur ». Il s’agit d’écrits de guerre où se mêlent l’Histoire, la barbarie de cette époque et la vie romanesque de cette auteure.

A la fin de la guerre, les camps d’extermination sont progressivement ouverts et Marguerite attend le retour de son mari Robert Antelme, qui y a été déporté, dont on ne sait pas s’il a survécu à l’enfer. Elle décrit l’angoisse montante alors que jour après jour d’autres reviennent mais que Robert n’est pas là. Elle raconte le désespoir lorsqu’elle interroge sur les quais de la gare de l’Est les revenants des camps ; ont-ils des nouvelles de Robert ? Et lorsque finalement des camarades résistants auront fait le voyage à Dachau pour l’arracher à ce champ de ruines et de mort et le ramener (clandestinement) dans l’appartement de Marguerite, elle narre la difficile et angoissante lutte pour le retour à une vie physique à peu près normée du zombie qu’est devenu son mari. Quant à la vie morale, elle sait qu’après un tel traumatisme rien n’efface, on ne la retrouve jamais.

Ce retour à la vie est pénible, long, oh combien. Marguerite lui apprend la mort de sa jeune sœur quelques jours après qu’elle fut libérée, et puis elle lui annonce sa volonté de divorcer. L’épisode se termine sous le soleil écrasant d’une plage italienne alors que la bombe nucléaire a déjà dévasté Hiroshima mais que Robert a survécu.

Un deuxième texte aborde la relation trouble qu’elle initie avec le gestapiste qui a arrêté Robert. Et un troisième, raconte le passage à tabac, la torture, d’un collaborateur pour obtenir de lui quelques renseignements. Duras est le chef d’équipe et dirige cet interrogatoire d’une main de fer avant de plaider, plus tard, pour un peu d’indulgence lors du procès de celui-ci.

Ce volume que l’on dirait écrit comme un journal au fil de l’eau semble en réalité avoir été sérieusement retravaillé avant sa publication. On y retrouve le style chirurgicale et tranchant de Duras appliqué à des sujets majeurs qui ont marqué la vie de l’auteure : qu’est ce qui fait que des évènements donnés poussent certains vers la barbarie et d’autres pas ? Qu’est-ce qui amène au choix de la résistance versus celui de la collaboration ? Le dilemme de la vengeance ou de la réconciliation ? L’engagement, au besoin violent, pour ses idées en faveur de ce que l’on pense être l’avenir de l’Humanité. Et l’amour, l’amour infini qui fait ressentir une douleur non moins infinie lorsque l’être aimé est en danger, lorsqu’il vit une situation critique que l’on ne peut partager avec lui, voire vivre à sa place.

Un livre important et des concepts assez facilement transposables à d’autres conflits de nos temps actuels.

St. Vincent – 2017/12/24 – Paris le Trianon

Incroyable concert de St. Vincent au Trianon ce soir : artiste américaine, guitariste habile, chanteuse habitée, auteure-compositrice inspirée. Elle chante et joue seule ce soir, sur des bandes électro et devant une mise en scène originale, contemporaine, pleine de couleurs acidulées. La première partie est constituée de la projection d’un film réalisé par Annie Clark de son vrai nom, Birthday Party, une histoire burlesque et tragique. Le concert est une suite de pièces musicales tranchantes, aux accents répétitifs et aux mélodies robotiques. Quelle imagination, quelle créativité !

Les photos de Roberto

The Rolling Stones – 2017/10/22 – Nanterre U Arena

Les Rolling Stones jouent trois concerts pour inaugurer le nouveau stade de Nanterre « U-Arena ». Concert joyeux et sans surprise d’un groupe entré dans la légende depuis bien longtemps. Gros son, costumes chamarrés, écrans géants, une chanson choisie par le public (Angie), feu d’artifice de clôture après une déambulation dans les classiques du groupe de Jumpin’ Jack Flash à Brown Sugar et le final sur Satisfaction.

On ne perd jamais son temps en passant une soirée avec les Rolling Stones.

Setlist : Jumpin’ Jack Flash/ It’s Only Rock ‘n’ Roll (But I Like It)/ Tumbling Dice/ Hate to See You Go (Little Walter cover)/ Ride ‘Em on Down (Jimmy Reed cover)/ Dancing With Mr. D/ Angie (by request)/ You Can’t Always Get What You Want/ Paint It Black/ Honky Tonk Women (followed by band introductions)/ Happy (Keith Richards on lead vocals)/ Slipping Away (Keith Richards on lead vocals)/ Miss You/ Midnight Rambler/ Street Fighting Man/ Start Me Up/ Sympathy for the Devil/ Brown Sugar
Encore : Gimme Shelter/ (I Can’t Get No) Satisfaction

Yasmine Hamdan – 2017/10/10 – Paris le Trianon

Très beau concert de Yasmine Hamdan, artiste libanaise produisant un rock sombre et mystérieux teinté de parfum d’Orient, une musique moderne, originale et envoutante ; des guitares lancinantes sur une voix superbe et des mots arabes, dans cette langue rugueuse et poétique (les traductions anglaises sont disponibles sur www.yasminehamdan.com/en).

Son dernier disque s’appelle Al Jamilat en référence au poème de Mahmoud Darwish qu’elle met en musique et interprète sur scène avec brio (…Beauties are beautiful « The tattoos of the ‘violin’ around the waist ». The beauties are vulnerable « A throne without memory ». The beauties are the strong ones « A desperation that shines but does not burn ». The beauties are princesses « Mistresses of an anxious revelation »…).

Une vraie et belle découverte musicale !

Nick Cave & the Bad Seeds – 2017/10/03 – Paris le Zénith

Un concert beau, profond et puissant ce soir à Paris pour Nick Cave & the Bad Seeds ; entre messe noire et ode envoutante, l’artiste et son groupe ont délivré sans aucun doute le show de l’année.

Set list : 1/ Anthrocene, 2/ Jesus Alone, 3/ Magneto, 4/ Higgs Boson Blues, 5/ From her to eternity, 6/ Tupelo, 7/ Jubilee Street, 8/ The ship song, 9/ Into my arms, 10/ Girl in amber, 11/ I need you, 12/ Red right hand, 13/ The mercy seat, 14/ Distant sky, 15/ Skeleton tree, 16/ The Weeping song, 17/ Stagger Lee, 18/ Push the sky away

No Filter

La tournée européenne des Rolling Stones « No Filter Tour » a débuté à Hambourg et sera à Paris fin octobre.

MALRAUX Clara, ‘Nos vingt ans’.

Sortie : 1966, Chez : Le Livre de Poche 5125

Clara Goldschmidt, jeune femme issue d’une famille franco-allemande, née à Paris en 1897 dans un milieu socialement privilégié, deviendra la première femme d’André Malraux dans l’entre-deux guerres. Ces mémoires racontent son enfance entre Paris et Magdebourg, la première guerre mondiale avec une famille séparée par le front, la justice française qui a cherché les déchoir de leur nationalité durant le conflit, la rencontre avec André, leur fascination réciproque pour l’intellectualisme, le brio d’André et ses fréquentations artistiques et, enfin, l’aventure cambodgienne narrée par Malraux dans « La Voie Royale » (très romancée) où le couple à court d’argent part en Indochine pour dérober et revendre des bas-reliefs khmers.

Par la suite Clara deviendra écrivaine, mènera avec son mari d’autres périples asiatiques et divorcera du volage André après qu’ils aient eu une fille. Sa vie durant elle gardera son admiration pour son grand homme à la personnalité écrasante.

Le style de cette biographie est doux et élégant. Bien sûr il est celui d’une plume née à la fin du XIXème siècle, une époque où le maniement de la langue française était un art. On ne se lasse pas de la succession des mots et des phrases qui coulent comme une fontaine de jouvence pour décrire une époque, un milieu et un immense amour !

PLISNIER Charles, ‘Faux Passeports’.

Sortie : 1937, chez Le Livre de Poche 1309/1310.

Prix Goncourt en 1937, ce récit romancé est celui de la déception et du renoncement, celui d’un militant communiste belge qui a participé à l’élaboration de l’Internationale communiste avant de s’en séparer (et d’être exclu du parti) pour suivre les trotskistes contre les staliniens. Le livre s’organise autour de 7 chapitres consacrés à 7 personnages croisés au cours de cette vie de militant.

En lutte d’abord contre les mouvements fascistes très forts dans les années 1910/20, le combat est violent et la mort est souvent au rendez-vous. L’idéologie communiste et la révolution d’octobre guident ces hommes et ces femmes qui croient à l’élaboration d’un nouveau monde, heureux et commun à la planète. Pour cet idéal ils mèneront une lutte sans merci qui aboutira aux grandes dictatures européennes du XXème siècle, à des millions de morts, à l’échec économique et aux épurations sauvages. Pour cette illusion ils ont sacrifié leurs existences, délaissé leurs familles, trahit leurs pays d’origine, affronté la Justice et les milices… Bref, un engagement révolutionnaire aveugle qui n’est pas sans points communs avec celui, un siècle plus tard, des djihadistes islamiques. Dieu a remplacé Lénine ou Staline, la communauté salafiste a pris la place de l’Internationale communiste ; dans les deux cas, le même aveuglement, la même absence de raison, le même sens du sacrifice, la même croyance en un pouvoir surnaturel qui doit dominer l’Homme pour le mener à son bonheur forcé.

On retrouve dans ce récit un peu de l’ambiance de la « Condition humaine », celle de ces militants fiévreux au service de leur idéologie qui parcourent la planète pour combattre et ériger un « monde radieux ». Ces évènements ont eu lieu et on ne peut pas refaire l’Histoire. De par leurs combats et leurs échecs, ces hommes ont aussi participé à ce que notre XXème est devenu. L’effondrement du communiste au crépuscule de ce siècle a marqué la fin de cette idéologie qui avait été déjà sérieusement écornée par sa variante stalinienne…

Iégor, l’un des personnages du livre (probablement un personnage réel), qui finira exécuté d’une balle dans la nuque lors des grandes purges de Moscou, disait, du temps de sa gloire :

« Sacrifier sa vie est peu de chose. Accepter de rester vivant et sacrifier sa pensée, là commence le dévouement ».

On ne peut mieux décrire la foi inébranlable qui animait ces hommes pour leur parti. Pour lui ils acceptèrent le mensonge, la trahison, la dictature, les massacres… pour finalement échouer. La similitude avec le djihadisme salafiste est édifiante, seule la fin n’est pour l’instant pas encore actée.

GENEVOIX Maurice, ‘Ceux de 14 (4/4) – Les Eparges’

Sortie : 1950 (édition définitive), Chez Flammarion.

Quatrième et dernier volume du récit « Ceux de 14 » c’est le récit de la bataille frontale contre les « boches ». La compagnie de Genevoix monte en première ligne et intégrée dans une attaque pour récupérer une crête de la Meuse, celle des Eparges. L’auteur raconte la terreur provoquée par les bombardements sur les soldats blottis au fond de tranchées pleine de boue, l’héroïsme de gamins de 20 ans qui doivent sortir de la protection illusoire de ces tranchées pour monter à l’assaut et récupérer un bout de la tranchée d’en face après en avoir tué les occupants. Il dit le fatalisme des hommes face à la mort qui tombe en pluie sur leurs copains, blessés, tués, déchiquetés, ensevelis, parfois noyés dans la boue… il s’agit juste de ne pas en être !

« Sois calme… » je me répète : « Sois calme. Regarde sans horreur ; écoute sans épouvante ; il n’y a rien à faire que ce que tu as fait : coller ton corps au parapet, juste ici, et te lever de loin en loin, lorsqu’un obus frappe dans la tranchée… Sois calme.

Cernés par la mort, ces hommes doivent aussi la donner par devoir :

« J’ai tiré ; eh bien ! Oui, j’ai tiré. Lorsque je m’élançais là-haut, était-ce donc vers la joie de tuer, vers l’Allemand qui allait apparaître ? J’ai obéi. Malgré ma vie, contre ma vie, j’ai fait ce geste monstrueux de pousser ma vie sous les balles, et de l’y maintenir, pendant que mon revolver me cognait le poignet. Il n’y a que nous, que nous : ceux qui sont morts ; ceux qui étaient parmi les morts et qui ont eu, comme eux, le courage de mourir. »

Et au milieu de cette terreur inutile pour se disputer quelques arpents de terre boueuse, Genevoix sera blessé en mars 1915, quelques balles reçues au fond de sa tranchée. Il survit, la guerre se termine trois ans plus tard et il écrira cette somme vertigineuse sur une guerre sordide qui n’a fait que flatter les égos de politiciens de rencontre et de militaires d’un autre siècle. Et, préparer la guerre suivante, celle de 39/45…

Un récit hommage à ceux qui ont vécu cette horreur, le livre est dédié :

« A mes camarades du 106
En fidélité
a la mémoire des morts et au passé des survivants »