The Musical Box – 2005/05/18 – Paris l’Olympia

Un grand frisson ce soir lorsque Musical Box, groupe canadien a entamé sur la scène de l’Olympia, trente ans plus tard, l’histoire démoniaque de Rael : And the lambbbbb… lies down… on Broooooadway et nous revivons l’époque fulgurante du Genesis de nos 20 ans.

Dernier opéra de l’époque Genesis de Peter Gabriel, The Lamb Lies Down on Brodway a marqué l’ultime création de ce quintet britannique, héraut du rock progressiste qui a force d’imagination foisonnante et de créativité débordante a uni sur scène rock et théâtre en une synthèse musicale et lyrique exceptionnelle, marquant toute une génération dont les représentants, aujourd’hui quasi-quinqua, se bousculent dans le music-hall parisien pour y découvrir, ébahis, la re-création en l’état de cet opéra rock de 1974. Le décor, la mise en scène, le son, les projections de diapositives, les instruments, les masques et costumes, jusqu’au mimiques des musiciens grimés avec perruques pour singer leurs modèles dans une troublante similitude, tout est conforme à l’original, à commencer bien sûr par le chanteur, physiquement le portrait de Gabriel, qui chante avec la même voix légèrement éraillée, en reprenant sa gestuelle saccadée.

Les ingénieurs du son ont restitué les « Enossification » bricolées à l’origine par un Brian Eno en délicatesse avec Roxy Music, et toutes les ficelles techniques mises en œuvre à l’époque pour créer ce son si particulier de The Lamb…

Alors avec quel plaisir nous nous sommes laissés glisser une nouvelle fois sur les pas de Rael. Mon voisin qui était déjà au show d’hier en tremble de joie et moi, je ne boude pas mon plaisir, en revisitant ce disque si passionnément vénéré.

And the lamb lies down on Broadway,/ Early morning Manhattan/ Ocean winds blow on land…./ They say the lights are always bright on Broadway./ They say there’s always magic in the air. Sorti d’un midnight show Rael bondit sur le pavé de New York au petit matin, sous les assauts du vent venant d’un ciel bas et noir, croise Lenny Bruce et Howard Hugues aux coins des blocks. Rael court dans un monde irréel où les murs s’éloignent à mesure qu’il les atteint, la poussière l’enveloppe, il ne voit plus, ne sent plus et la seule chose qu’il entend encore est l’eau qui s’écoule, alors il s’endort. Puis se réveille dans une cage de stalactites et stalagmites où il reconnaît son frère John, une larme de sang coulant sur ses joues, il l’appelle au secours mais John disparaît. Prisonnier d’une cellule sur Brooklyn The only sound is water drops Rael hurle pour sortir de cette cave/cage insensée, garder son self-control pour survivre dans son âme, distorsion/obsession et l’orgue décline sa folie sur In The Cage quand dans un effort surhumain Rael s’expulse de sa prison pour se retrouver dans la chambre aux 32 portes dont une seule s’ouvre sur la sortie. Une vieille femme aveugle se propose de le guider et malgré son interrogation What’s the use of a guide if you got nowhere to go? Il suit Lilywhite Lilith dans un tunnel d’obscurité vers la lumière tout en frôlant son héros Death au hasard des roches froides qui forment ce tunnel. Il se retrouve dans une piscine naturelle d’eau rose où nagent des créatures reptiliennes à têtes de femmes, The Lamia of the pool, qui l’invitent à goûter la douceur de l’eau. Elles sont si belles que Rael cède à leur invite et entre dans l’eau. Les Lamia envoûtantes le caressent puis commencent à le grignoter. Mais à peine ont-elles croqué quelques bouchées de Rael qu’elles meurent en criant We all have loved you Rael. Alors, voyant flotter les corps des Lamia sur l’eau, il les dévore à son tour pour retrouver son intégrité corporelle. Il ressort par la porte par laquelle il est entré et se retrouve dans un ghetto dont les membres à l’allure monstrueuse sont tous issus de la même tragédie romantique vécue avec les Lamia qui se régénèrent après chaque aventure. Ces monstres sont condamnés à satisfaire l’appétit sans fin de leurs sens, hérité de la tragédie des Lamia. Et Rael y reconnaît son frère John. Une seule voie de salut, le Doktor Dyper qui reçoit Rael et John, et leur propose comme unique remède : la castration, Dock the Dick! Mais comme le résultat de l’opération était placé dans un tube jaune, soudain, un corbeau noir surgit de nulle part s’empare du précieux chargement et s’envole au loin. Rael hurle à l’aide mais son frère l’abandonne une nouvelle fois alors qu’il s’enfuit à la poursuite du mystérieux corbeau noir pour finalement apercevoir à la sortie d’un sombre tunnel l’oiseau fatal jeter le tube dans l’eau bouillonnante d’un rapide. Il court le long de la gorge du fleuve en furie, regarde par une fenêtre qui s’ouvre sur le ciel et y reconnaît les rues de chez lui, Is this the way out from the endless scene?/ Or just an entrance to another dream?/ And the Light dies down on Broadway, puis entendant un cri de détresse, reconnaît Brother John se débattant plus bas dans le flots. Rael doit choisir entre la fenêtre sur la liberté et son frère qui se meurt. Alors il plonge secourir John. Après l’avoir sorti des rapides et reposé sur la rive, il regarde son visage et y reconnaît sa propre face !

Et au crépuscule de cette odyssée fantastique narrée avec la puissance musicale de Genesis et la folie des mots de Gabriel, son sosie réapparaît sur scène vêtu d’un improbable vêtement de martien boursouflé. Il se gonfle des bourses monstrueuses à l’air comprimé avant d’entamer l’hymne final It dédié à la puissance du sexe sur un emballement mélodique ultime It is here, it is now/ It is Real, it is Rael.

En rappel, The Musical Box jouera le titre éponyme The Musical Box extrait d’un autre monument des Genesis : Nursery Crime et nous laissera pantois, redescendre doucement des nuages psychadélo-progressistes sur lesquels ces mélodies nous ont ramenés. C’est la musique d’une époque dont l’incroyable créativité a traversé les années sans trop de rides.

Interpol – 2005/04/21 – Paris le Zénith

Interpol est de retour à Paris, au Zénith, après un concert à l’Elysée Montmartre en novembre, raccourci pour cause de malaise du batteur. Le quatuor new-yorkais fait salle comble, et le mérite après la sortie de son remarquable deuxième disque : Antics.

L’ambiance sur scène est crépusculaire, à l’image de la musique, les éclairages venant de derrière le groupe font baigner celui-ci dans une lumière en contre-jour dans laquelle les musiciens se déplacent comme des fantômes. A chaque intermède la salle est replongée dans une obscurité totale où l’on sent que ces quatre là aiment se ressourcer. Bien habillés, ils jouent avec application une musique sombre et urbaine.

Paul Banks, chanteur/guitariste reste collé derrière son micro pour scander ses textes d’une voix sépulcrale. Daniel Kessler, fondateur du groupe, superbe guitariste amène sa touche de légèreté dans cette atmosphère blafarde ; il danse et bouge connecté sur l’infini. La rythmique est obsédante, menée par le bassiste Carlos Denger, tout de noir vêtu, grimé en Nosferatu filiforme

La pureté du son, les arpèges mineurs, les rythmes puissants, nous délivrent une ambiance poignante. On sent des influences post-punk : Joy Division, The Cure, Echo & The Bunnymen… Ce groupe nous emmène voyager au fil d’un Temps qui n’est pas toujours celui qu’on espère : Time is a like broken watch/And make money like Fred Astaire/…/We sail today/Tears are drowning in the wake of your life/There’s nothing like this built today/You’ll never see a finer ship in your life (Take you on a Cruise).

Interpol, un groupe abouti et sincère qui évite le macabre gothique et transforme en musique de qualité sa vision de la vie, sombre mais créatrice.

Mark Knopfler – 2005/04/19 – Paris Bercy

Mark Knopfler est à Bercy pour un concert complet, multi générations où tout le monde se presse sans doute plus pour revoir l’ex-héros des Dire Straits que le récent compositeur de ballades solos. Il présente son 4ème disque solo Shangri-La. Ecrit et enregistré en Californie, il en restitue la mollesse langoureuse et surannée des feux de bois au coucher de soleil sur une plage du Pacifique…

Le groupe est accompagné de deux claviéristes et de l’ancien batteur de Dire Straits, dont les reprises égrènent ce concert. Knopfler nous insuffle alors un peu de son énergie d’antan lorsqu’il assure les guitares de Sultan of Swing mais ces tubes éculés ont tout de même passablement vieilli ! Et lorsqu’il s’assoit sur une chaise pour jouer ses dernières compositions bluesy, on se verrait mieux au New Morning plutôt qu’à Bercy, temple peu propice aux manifestations d’intimisme.

Knopfler n’en reste pas moins un guitariste d’exception, au toucher si particulier ; un chanteur remarquable à la voix grave et l’articulation si personnelle, reconnaissable entre mille. Ces remarquables qualités furent exprimées ce soir dans une salle qui ne correspond plus à l’atmosphère musicale d’une inspiration, par ailleurs en petite forme.

Lou Reed – 2005/04/18 – Paris le Grand Rex

Hey Lou ! Te revoilà à Paris, vieux Frère. On s’y est croisé souvent tout au long de ma carrière d’homme normal que tu as ponctuée de mots exceptionnels. Te revoilà avec un groupe intense et une violoncelliste aux longs cheveux.

Tu as l’air de bien te porter Lou. Tes rides se creusent et accentuent ta morgue apparente mais tu continues à écrire des choses si bouleversantes. Tu pourrais changer de tailleur mais tu t’en fous, et puis ce n’est pas grave puisque tu caches tout ce fatras derrière les guitares auxquelles tu t’accroches depuis 35 ans.

Hey Lou ! Tu n’imagines pas combien ta musique a ponctué ma route. A la différence de Jenny dans Rock ’n’ Roll je n’ai pas découvert le rock sur une station de New York mais à l’écoute du Velvet Underground. Je n’avais que 10 ans quand le premier VU est sorti mais j’ai rattrapé mon retard et il a meublé mes tourments post-adolescents. Pale blue Eyes et Femme Fatale ont accompagné mes nuits nostalgiques à l’inspiration stérile. Je n’ai pas su écrire I’ll be your Mirror/ …Let me be your eyes/ A hand to your darkness/ So you won’t be afraid, et je n’avais personne à qui l’offrir, alors j’ai écouté Nico chanter ces vers en boucle pendant les heures sombres.

Tu as quitté ensuite tout ce beau monde : Andy, John Cale, Nico, pour t’enfoncer vers la mort et sortir Rock’n Roll Animal. A l’époque on pensait que tu ne passerais pas l’hiver. Ah, ce disque de légende ! Quelle fulgurance, quelle référence ! Les solos de Steve Hunter ont marqué à jamais les déambulations de Jack et Sweet Jane. Ce microsillon à la couverture si obscure m’a suivi tellement longtemps que je n’ai pas encore osé racheter le CD. Mais je vais bientôt le faire Lou car c’est une pièce essentielle de notre passé.

Mon histoire, elle a aussi été jalonnée par Transformer, Berlin et Coney Island baby. Ces trois joyaux ils sont avec moi pour toujours. J’ai marché des heures dans les rues New York, guettant ton ombre, en écoutant She’s my Best Friend sur mon walkman. Et lorsque j’étais épuisé, j’allais griller des cigarettes au bar du Chelsea Hotel à la recherche des Chelsea Girls disparues pour toujours.

Tu sais Lou, Perfect Day, c’est devenu la référence du bonheur dans mon univers. Chaque fois que je passe au Jardin des Plantes je vais pour Feed the animals in the zoo/ And then later a movie too and then home/ …Just a perfect day !

Alors, ce soir au Grand Rex, Lou, je me suis souvenu de tout ça. Lorsque tu nous a dit que Vanishing Act était la chanson préférée de ton dernier disque, j’ai écouté religieusement It must be nice to disappear/ To have a vanishing act/ To always looking forward/ And never looking back et j’ai pensé que tout allait bien mieux, pour tout le monde, que lorsque tu ânonnais I’m gonna try to nullify my life sur Heroin il y trente ans !

Et ce soir, Lou, tu nous a joué beaucoup de récentes compositions pour rappeler à ceux qui l’aurait oublié que tu continues à créer avec autant de d’excitation que par le passé : Guardian Angel (…who often saved my life), Halloween Parade, Mad, Ecstasy, et bien d’autres interprétées avec cette voix chevrotante mais assurée qui débite les poèmes de notre urbanité sclérosante, les vers inspirés par New York et le coté sombre de sa force, car toujours tu reviens sur la rue de New York où les déchets cohabitent avec la plus incroyable créativité. Sur ce tas de fumier, Lou, toi et les tiens, vous avez déposé les diamants désespérés de la culture de notre XX° siècle et c’est inoubliable.

Hey Lou ! Tu es revenu une dernière fois ce soir pour nous servir Perfect Day. Ah le cello Lou, ce cello déhirant est venu comme une larme salée, coulant sur une fontaine de glace. Just a Perfect Day !

Merci Lou, tu es un mythe vivant maintenant. Je serai là pour la prochaine et en attendant nous continuons derrière toi à marcher sur le coté sauvage de la Route.

Willy DeVille -2005/04/17 – Paris le Bataclan

Willy DeVille toujours fidèle à la France s’arrête un soir au bataclan. Il arrive claudiquant sur une canne noire à pommeau d’argent, habillé d’un costume en daim noir de desperado mexicain, chemise blanche à jabot et longue chevelure indienne retenue par une broche. Comme lui, les membres du groupe sont assis sur des tabourets, y compris deux pulpeuses choristes noires. Pas farouche, affichant une américanité rebelle, il nous régale de ses rythmes hispanisants et brûlants, allumant des Marlboro et décapsulant des canettes de bière à la chaîne.

L’actualité est son dernier disque Crow Jane Alley. Mais il nous rappelle aussi à ses anciennes compositions. Le style est inchangé, définitivement mixé peau blanche/peau rouge ! L’inspiration est latinos.

De son accent du Sud traînant il nous fait voyager au cœur de l’été moite et torride de la Louisiane. Avec lui, on se retrouve sous les arcades d’une rue dans la nuit de la Nouvelle Orléans, John Lee Hooker jouant du blues dans l’arrière salle, à regarder passer des filles fières dans la fumée s’échappant négligemment d’un fume-cigarette She got style, she got taste/ She’s got long long legs/ She got savoir faire. Il a la voix rocailleuse et puissante des flots boueux du Mississippi charriant des crues gigantesques. Il a le ton nasillard et aussi aigu que son profil aux joues creuses, taillé à la serpe. Son jeu de guitare est un plaisir lorsqu’il surenchérit sur le guitariste du groupe. Ces deux là s’amusent avec un brio de vieux professionnels, une facilité de complices de la première heure.

Ses textes nous parlent de femmes She got flamme in her blood, fire on her breath, du Sud et de son Bacon fat, mais aussi parfois de la nostalgie des amours perdus et de l’histoire trouble d’une Spanish Stroll.

Le concert est ponctué de reprises tirées de son monde musical, tellement bien arrangées à l’aune de son inspiration personnelle et qu’on les dirait composées par lui. On y trouve de vieux classiques du blues mais aussi le Slave to Love de Bryan Ferry, et bien sûr Hey Joe de Billy Roberts popularisé par Jimmy Hendrix joué en rappel :

Hey Joe, I heard that you shot your woman down/ Yes I did, ‘cos I caught her messin ’round/ Well I’m going down South/ Way down to Mexico/ Where there ain’t no hangman/ Gonna put no noose around me.

Et Willy est reparti en faisant tournoyer sa canne et justifiant une fois encore la joyeuse fidélité que lui vouent ses fans parisiens.

Eno Brian, ‘Une année aux appendices gonflés’.

Sortie : , Chez : . Le journal de l’année 1995, rédigé par l’un des concepteurs de la scène musicale moderne. Eno nous fait partager au jour le jour la vie d’un producteur (Bowie, U2,…) engagé dans la réflexion sur l’art, la culture (« tout ce que nous ne sommes pas obligés de faire ») et la musique au dessus de tout. On y partage également son engagement humanitaire en faveur de l’ex-Yougoslavie, en plein déchirement à l’époque.

Soulwax – 2005/02/21 – Paris l’Elysée Montmartre

SoulWax est de retour à Paris après sa prestation au Festival des Inrock, avortée pour cause de couvre feu. Ils sont précédés d’une honorable première partie : Whitey qui sonne dur et hargneux.

Fondé par les frères Dewaele, les SoulWax, groupe de cinq musiciens belges, vedettes de la soirée, arrivent ensuite, tous de noir vêtus, sur fond de décor crypto-ska (à moins d’une réminiscence de Parallel Lines de Blondie ?), lignes noires et blanches verticales.

Guitares et machines synthétiseurs composent la base de cette musique de DJs qui mixe le rock et l’électro. Le son est fort et les rythmes brutaux. Le chanteur dégoise dans un micro à l’ancienne, style Elvis. Désertant par moment leurs guitares et micros cette équipée sauvage de musiciens déjantés se penche sur ses ordinateurs, tournant boutons et agitant curseurs, nous délivrant du Kraftwerk revisité transe.

Avec les Radio4 et autres The Killers, cette nouvelle vague de gamins fringants et pressés reviennent à une punk attitude modernisée du meilleur effet. A suivre de près.

Radio 4 – 2005/02/16 – Paris le Trabendo

Une petite foule passionnée d’habitués se presse ce soir au Trabendo pour de nouvelles découvertes rock. La programmation de cette annexe du Zénith se fait pointue pour le plus grand bonheur des parisiens qui assistent dans une ambiance bar-boîte à la présentation des groupes de demain.

Nadj démarre le show par une demi-heure rafraîchissante. Une jeune néo-punkette grenobloise emmène un trio de choc qui ne mesure pas son énergie pour nous servir de courts morceaux plaqués de riffs vengeurs. C’est carré, charmeur et concis. Trois musiciens de circonstance se font plaisir en nous présentant leur création et en rêvant de gloire future. Je laisse 10 euros au comptoir pour repartir avec le disque de Nadj

Les cinq new-yorkais de Radio4 prennent la suite. Proprets, ils cachent bien leur jeu lorsque démarrent la lourde bass du chanteur-leader qui nous révèle un musique urbaine et saccadée. Un percussionniste placé sur le devant de la scène enrichit la classique batterie d’une touche exotique tirant parfois sur l’hystérique. Un guitariste funky sur le fil du rasoir assène des riffs électriques, grimaçants et coupants. Un clavier joue les utilités en trifouillant dans des machines au son techno. C’est une réincarnation des Talking Heads, moderne et attirante comme la formation de leurs glorieux aînés, peut-être pas encore aussi machiavélique.

La musique file à toute allure sur les rails d’une dance-punk originale et évidente. La salle s’en donne à cœur joie et goûte une félicité sans partage. Après un premier rappel, les musiciens, cédant aux hourras, reviennent sans instrument pour expliquer qu’ils ont joué toutes les chansons qu’ils connaissaient. On ne aurait bien réécouté une ou deux. Rideau !

Kasabian – 2005/01/27 – Paris le Trabendo

Kasabian, le groupe dont on parle est en tournée à Paris. C’est le Trabendo qui accueille cette joyeuse bande de va-nu-pieds de 25 ans, chevelus et barbus, à l’humour crypto lycéen : Kasabian est le nom de la petite amie de Charles Manson…

Dans cette petite salle au plafond bas plane l’atmosphère garage rock qui sied excellemment à ce groupe vainqueur assurant ici la promotion de son premier et unique disque. A la découverte du rock nouveau, on se prend à se souvenir de la Factory si créatrice sous l’ombre tutélaire d’Andy.

La musique de Kasabian est tendue, servie par un light show stroboscopique ajoutant à l’urgence de ce rock. La rythmique prééminente emmène l’ensemble dans une logique résolument moderne, pleine de joyeuse énergie. Les musiciens se relaient aux claviers pour produire quelques arabesques sonores synthétisantes qui viennent briser l’axe évident suivis par les guitares.

La voix grave du chanteur-compositeur Sergio Pizzorno déclenche l’hystérie de jeunes girls qui grimpent sur la scène pour déposer de bruyants smack sur ses joues mal rasées, débordant les body-guards qui ne savent plus où donner de la tête.

Puisqu’il est de bon ton de faire référence à Primal Scream, n’hésitons pas à confirmer. Avec Kasabian, Radio4, The Strokes et quelques autres, c’est le rock du 21ème siècle qui balbutie pour trouver ses marques. Rien de fondamental mais simplement des gamins de notre temps, avides de musique, qui nous développent une vitalité audacieuse et enthousiasmante.

Beautiful Losers

Le chroniqueur visionne une émission d’Arte de 1997 : Beautiful Losers, ou les pérégrinations vitales de Willy De Ville, Marianne Faithfull et Leonard Cohen, troubadours désespérés, transformés en créateurs inspirés par les affres de la drogue. C’est une ballade triste mais sereine dans les années 60′ qui ont engendré parmi les plus belles pages du Rock’n Roll.

Tout ce petit monde, désormais à l’abri du besoin mais sans ostentation, se penche avec une nostalgie analytique sur un passé fondateur de la musique qui a bercé plusieurs générations depuis. Un passé de désastre et de fracture qui a trouvé son aboutissement dans une création artistique apaisée pour ces survivants quinquas.

A leur écoute on ressent du soulagement d’être présents pour raconter. Il n’y a plus d’amertume face à leur révolte défaite. La poésie a comblé le vide et la perte, la musique a stoppé les artistes au bord du gouffre. L’art a vaincu la déchirure, finalement ! Il a sauvé l’essentiel !
Les voix de notre trio sont doucement troublantes, des voix décavées, usées par l’alcool et la nicotine, extraites des profondeurs de la souffrance qui n’est jamais loin. La légèreté des années 60s a fondu dans leurs expériences tragiques. Leur quête constante pour transcender les peurs de notre siècle s’est libérée dans une énergie revigorante bien qu’un soupçon désabusée, forgée au cœur d’une solitude créatrice qui a pris le pas sur la vie communautaire d’antan.

On sent des artistes matures, en paix avec eux-mêmes, simplement en lutte avec le processus d’écriture et de composition si exigeant, ne voulant rendre des comptes qu’à leur public et à leurs muses. Qu’il en soit ainsi pour encore de longues années !

Festival les Inrocks – 2004/11/09 – Paris l’Elysée Montmartre

C’est la finale du Festival des Inrockuptibles ce mardi soir à l’Elysée Montmartre. Quatre groupes au programme à partir de 18h pour terminer avant la deadline incontournable à 23h pour cause de couvre-feu urbain.

Nouvelle Vague ouvre le feu et nous sert la quasi intégralité de son disque qui caracole en tête des ventes. Deux gamines sucrées qui susurrent les standards punks de l’époque de leurs parents, accompagnées du guitariste arrangeur (qui, lui, a du hanter les concerts du Clash) et d’un clavier. Robe-noire-collants-verts, robe-blanche-bottes-crèmes, elles sont douces sur Love Will Tear Us Apart (Joy Division), langoureuses sur Making Plans For Nigel (XTC), rythmiques sur Just Cant Get Enough (Depeche Mode), émouvantes sur This Is Not A Love Song (PIL), polissonnes sur Too Drunk To Fuck (Dead Kennedys), décidées sur Guns Of Brixton (The Clash), originales sur le bonus de la soirée Ever Fall In Love des Buzzckoks. Quelle merveilleuse idée que ce disque de reprises qui coule comme un filet d’eau fraîche dans une gorge assoiffée. On a envie de leur refourguer tout notre catalogue de classiques pour qu’elles les ré-assaisonnent à leur sauce toute en rondeurs et bossa-nova. Sucrées-salées, aigres-douces, Camille et Mélanie s’en donnent à cœur joie sous la baguette inspirée de leur producteur et nous collent la joie au cœur lorsqu’elles s’arrosent en finale sous un déluge de bière.

Estelle prend la suite et installe son combo black pour un set soul-hip-hop. Huit garnements venus de Londres rappouillent sur les ziggouillis d’un DJ en casquette à l’envers. Ca reste globalement mélodique et ponctué de messages peace & love délivrés par Estelle affublée d’un turban de mama sénégalaise. Pas inoubliable !

LCD Soundsystem entre ensuite en piste et on parle un autre langage avec ce gang dur et hargneux venu de New York. Retour sur une électronique urbaine en noir et blanc. C’est fort et violent, définitivement dance et agrémenté de ritournelles à la New Order jouées par une petite asiatique cachée derrière des fils et ses machines, fondue dans une incroyable rythmique soulignée à l’occasion par deux bass. James Murphy, leader-chanteur, est immense à la tête d’un show incendiaire mené sans respiration. Le rideau noir retombe sur un set de braises, la température de l’Elysée est sérieusement montée sur le mercure du beat. Pour ceux qui en redemande, on retrouve LCD aux cotés de The Rapture et d’autres sur la récente compilation mijotée par DFA, le nouveau label hype lancé par EMI et… Murphy.

Tout le monde est en retard et lorsque que les Soul Wax, groupe phare de cette soirée, entrent en scène, ils n’ont que 20 minutes avant l’extinction des feux. Juste de quoi faire saliver l’assemblée et monter le plaisir. La scène s’ouvre sur un ensemble de lignes verticales noires et blanches et nos flamands tous de noir vêtu qui alternent entre leurs instruments à manches et à cordes, et des boîtes à électronique qui font couler la lave. On a juste le temps de se forger l’image d’un groupe inspiré de Kraftwerk mâtiné de Devo déchaînant le feu hypnotique du 21e siècle sur nos esprits dérangés, et Soul Wax plie bagage sous les huées des festivaliers frustrés par ce coitus interomptus affichant des doigts d’honneur à un parterre de VIP branchouilles dégustant des coupes de champ à la balustrade de l’Elysée Montmartre. Les Inrokuptibles, bon prince et incorruptibles, annonceront le lendemain un nouveau concert de Soul Wax en janvier, gratuit pour les rescapés qui auront conservé leur souche de billet. Il y a une morale, même au royaume de la dance.

Festival Rock en Seine – 2004/08/28 – Paris Parc de Saint-Cloud

Pour la deuxième année consécutive, un politicard quadra, ex-rocker-soixante-huitard-PSU œuvre en faveur de l’organisation d’un festival de rock aux portes de Paris. Elu chef de la région Ile de France il oublie les lambris de la République en se replongeant dans l’univers de ses jeunes années. L’embonpoint gagné grâce aux cuisines des ministères du VIIe arrondissement n’a pas entamé le bon goût de l’impétrant, la programmation de ce festival reste excellente. Nous nous en félicitons !

Il a plu ce week-end et les flaques de boue donnent un petit air Woodstock au parc, pas désagréable. La jeunesse en jean et piercing passe des stands de merguez aux deux scènes mises en place au pied des collines boisées. Les White Stripes ont fait flamber Saint-Cloud hier. Ce soir samedi de lourds nuages noirs survolent le festival quand Archive entre sur la petite scène à 20h30. Avec un nouveau disque Noise ce groupe britannique continue sa route trip hop et un relatif succès d’estime. Trois claviers, deux guitares et une rythmique pour une musique pesante et triste à qui le live donne une touche de réalité. C’est du Massiv Attack mâtiné de The Cure et on aime ça. Une Nouvelle Vague réinventée à la sauce bionique et glaçante. Les morceaux sont construits sur une intro lente peuplée de stances vocales tragiques et nappes de claviers amers. Le climat est sombre et propice à la montée de tension. Les guitares entrent dans le jeu et transforment une mélodie horizontale en une déchirure verticale où les riffs métalliques ouvrent la route vers l’apocalypse et l’électronique est supplantée par les cordes au service de la violence. Les textes parlent d’amours diaboliques et d’ivresses désespérées, de larmes et de fuites. Les harmonies en mode mineur bousculent la voix élastique d’un chanteur-guitariste qui n’est qu’un élément de ce groupe à l’unité percutante qui nous aura ravi une bonne heure durant.

Certains spectateurs désertent avant la fin du show pour ne pas rater le début de celui de Muse sur la scène principale. Pour ceux-ci et pour les autres qui en redemandent, Archive sera de retour à Paris le 1er décembre à L’Elysée Montmartre.

Le temps d’enjamber quelques flaques de boue et on arrive au milieu de l’extravagante prestation de Muse emmenée par un Matthew Bellamy multi instrumentiste de génie et chanteur virtuose. La scène est immense, comme l’autorisent ces festivals de plein air, et notre trio de choc l’occupe pleinement. Un anonyme n°4 apporte un peu de renfort à la prestation live en pianotant quelques touches et complétant les chœurs.

La pleine lune s’est levée sur Saint-Cloud et ajoute son éclairage trouble à une musique qui ne l’est pas moins. Le souffle des Muse est porté par un son à la hauteur de l’évènement, vaste et puissant. On retrouve dans les compositions les envolées symphoniques qui ont fait les beaux jours du rock progressiste mais les temps ont changé et il ne s’agit plus de planer même si le rêve est de mise. L’électricité trépidante rythme l’inspiration dramatique de cette musique urgente venue d’ailleurs.

Le light-show est violent, les stroboscopes alternent avec les images spatiales aux couleurs crues projetées sur un écran découpé en tranches verticales. Les pupilles des spectateurs explosent sous les flashes et leurs tympans peinent à suivre les décibels. C’est un monde d’excès sensoriels au sein duquel on se sent bien.

Bellamy passe des guitares aux claviers avec la même maestria et une emphase redoutable pour créer une musique d’espace, de volume et de géométrie avec au centre de ce nouvel univers, sa voix à la voilure gigantesque qui emporte tout sur son passage. Cette voix est le quatrième instrument du trio, soleil autour duquel tournent les autres. Qu’il susurre ou qu’il tonne, dans les graves ou les aigus, Bellamy semble connecté avec une autre galaxie. Quand sa voix élégiaque s’élève, il parcourt de nouveaux territoires en nous donnant un redoutable aperçu des horizons qui sont les siens.

Muse est le groupe de trois albums dont les plus grands tubes seront joués ce soir, avec une préférence pour ceux extraits du dernier : Absolution. Après un rappel unique, Bellamy se jette dans les caisses de la batterie laissant une scène sens dessus dessous et un désordre identique dans l’âme des spectateurs qui tentent de reprendre leurs esprits:

Sing for absolution / I will be singing / And falling from grace / Our wrongs / Remain unrectified / And our souls / Won’t be exumed.

Et l’impératif d’absolution révélé par un trio rebelle s’élève vers les immeubles huppés qui bordent le parc de Saint-Cloud…

Muse, c’est l’histoire de trois copains d’enfance anglais qui ont créé leur premier groupe à 13 ans et qui voguent depuis aux altitudes stratosphériques d’un rock baroque et unique qu’ils ont su inspirer. Le tout est un peu clinquant, mais c’est la Loi du genre.

A l’année prochaine pour le troisième festival Rock en Seine !

Patti Smith – 2004/07/08 – Paris le Bataclan

Lady Trampin’

Il est quelques valeurs inamovibles qui ponctuent notre vie ordinaire pour nous rappeler au sacré ; Patti Smith et ses inspirations sont de celles-ci. Le Bataclan était rempli pour deux soirées de ce mois de juillet d’un auditoire en quête d’élévation spirituelle et de nostalgie. Les spectateurs, conquis d’avance, furent comblés par la prestation fulgurante de la Mother Courage du Rock !

A l’occasion de la sortie de son dernier opus, le très remarquable Trampin’, Patti a repris la route accompagnée du fidèle Lenny Kaye aux guitares, et de son groupe. Lorsque que s’éteignent les lumières, un tournesol sur l’épaule, elle nous (ré)-apparaît inchangée, cheveux longs, jeans délavé, T-shirt aux couleurs de la paix, veste noire sur chemise blanche et démarre par Trampin’, un Negro spiritual des années 30, chanté a cappella, évoquant les déambulations terriennes vers le paradis Try’n-a make heaven my home… Nous en sommes tous là !

Les choses sérieuses débutent ensuite sur Jubilee et les guitares lourdes accompagnant cette pérégrination sur le questionnement de la vie : People don’t be shy / Weave the birth of harmony / With children’s happy cries / Hand in hand / We’re dancing around / In a freedom ring.

Un écran en fond de scène diffuse les images inspirant notre vestale poétesse. On y voit défiler les photos de sa mère sur Mother Rose et ce long hommage à celle qui lui a donné la vie : Roses shall divine / Holy mother / …  / She felt our tears / Heard our sighs / And turned to gold / Before our eyes / She rose into the light.

Tous les morceaux de Trampin’ seront joués, parfois entrecoupés de longues déclamations poétiques sur fond de murs sonores construits par les guitares exprimant tous les sentiments, de la terreur nucléaire à la douceur d’un amour de printemps. Patti déclame ce que la vie devrait être : Come on move where dreams increase / Where every man is a masterpiece (Stride of the Mind).

Patti clame ses admirations et ses illusions. Le Peuple doit exiger puisqu’il est le Nombre : Awake from your slumber / And get ’em with the numbers /  Long live revolution (Gandhi).

Patti disperse sur nos têtes embrumées les pétales de roses de la tolérance et de la non-violence. C’est beau et inutile, mais ça réchauffe nos cœurs cirrhosés par trop de cynisme : And the golden flowers / Of the young girls / Well they dropped all around / They dropped like candy / And people cried / Gandhi Gandhi / Awake little man / Awake from your slumber (Gandhi).

Patti susurre ses tendresses à l’oreille de sa fille qui l’accompagne au piano sur son disque : Come my one, look at the world / Bird beast butterfly / Girls sing notes of heaven / Birds lift them up to the sky / Spring is departing (Cartwheels).

Patti hurle ses furies et ses révoltes en reprenant un Because the Night d’anthologie qui rejoint People have the Power, tubes planétaires des 80’s, joués pour une assemblée déjà baignée dans la chaleur torride de la Foi.

Patti à la voix cassée rend hommage à ses inspirateurs, Blake (My Blakean Years), King, Gandhi et bien sur Rimbaud et sa célèbre photo en jeune premier, nœud blanc à la manche, qui à dix sept ans avait terminé son œuvre diabolique et partait sur une Route incertaine. Avec quarante années de plus, Patti emprunte toujours les mêmes voies. Celle, notamment, de la fidélité qui marque son œuvre. Fidélité aux idées, aux amis (Lizzy Mercier-Descloux, l’ange décédé début 2004 à qui hommage est rendu au cours de la soirée), à ses musiciens, ses dévots, ses rythmes, ses poètes. Fidélité comme guide de sa vie à une époque de zapping systématisé.

Ultime référence à l’urgence de la révolte, Patti présente Radio Baghdad avec une longue introduction qu’elle joue à la clarinette (hommage, encore, à Fred « Sonic » Smith, son professeur en la matière et le père de ses enfants, précocement disparu). Les images de Nabuchodonosor alternent avec la fabuleuse architecture des mosquées de Baghdad : You sent your lights / Your bombs / You sent them down on our city / Shock and awe / Like some crazy t.v. show / They’re robbing the cradle of civilization. L’écran diffuse les images des révoltés anti-guerre de Washington. Patti en nouveau Saladin à l’assaut des croisés continue à déclamer, debout sur une cité de cendres : Drop Bush, not bombs.

On se souvient de Patti Smith en première partie de REM à Bercy en 1999. On l’avait crue apaisée sur la voie de la méditation comme substitut à la révolte. On l’a retrouvée ce soir, debout, tenant fermement l’étendard de la contestation, souquant vigoureusement sur un océan de braise avec ceux qui continuent à se battre envers et contre toutes les violences. Elle n’a pas abdiqué, elle continue d’écrire en suivant son chemin, traçant derrière elle l’inépuisable sillon de ceux qui se tiennent debout.

Les mains ouvertes vers les spectateurs en un geste subtil, tel le Christ montrant ses blessures à ses apôtres. Elle s’offre à tous, indifférente aux quolibets, elle donne son cœur, sa vérité, son combat. Elle donne sa vie à la lutte ! Une vie de passion, une vie de musique, une vie d’engagement. Une Vie vraie !

Ce soir j’ai pleuré des larmes amères en écoutant Patti Smith fiévreuse sur la scène du Bataclan. Comme toujours, cette artiste honnête sait faire remonter du plus profond de nous-mêmes des émotions ordinaires recluses par les conventions, cachées par les habitudes. Au gré des mots et des hymnes elle met à jour nos blessures et nos remords, elle met à vif la somme de nos compromissions avec le système. Elle est restée debout à scander We are the People quand nous avons pactisé avec le renoncement et oublié nos principes. Notre vie dévastée apparaît encore plus absurde et inutile à l’écoute de People have the Power, chanté le poing levé. Toujours elle parie sur l’Homme quand nous avons abdiqué pour la possession.

Ce soir j’ai pleuré des larmes de nostalgie, hanté par un passé carbonisé. Il y a 25 ans tout était possible lorsque Patti nous emmenait sur les cavalcades sauvages de Horses. Aujourd’hui tout est vain et je suis seul sur un glacis de sentiments dévoyés, un permafrost d’idées abandonnées en chemin vers nulle part.

Ce soir j’ai pleuré des larmes de bonheur lorsque Patti est revenue chanter Gloria, épuisée mais heureuse d’avoir, comme toujours, convaincu.

Nouvelle Vague – 2004/06/01 – Paris le Café de la Danse

Nouvelle Vague nous revient au Café de la Danse, lieu discret pour musique élégante. Pas de grandes nouveautés depuis leur prestation au festival des Inrocks en octobre dernier, on parle d’un disque pour la rentrée. Juste le plaisir de voir se poursuivre une expérience musicale heureuse.

Camille, en pleine promo de son disque solo Le Fil, joue la star de la soirée. Se succèdent également sur scène : Mélanie, Phoebe et Marina. Le répertoire n’a pas vraiment changé, elles interprètent avec la même innocente originalité les standards de l’album sous la direction unificatrice du guitariste arrangeur Olivier Libaux : Love Will Tear Us Apart (Joy Division), Making Plans For Nigel (XTC), Just Cant Get Enough (Depeche Mode), This Is Not A Love Song (PIL), Too Drunk To Fuck (Dead Kennedys), Guns Of Brixton (The Clash), et quelques extras comme Ever Fall In Love (Buzzckoks) et Mongoloid (Devo). Un quatuor de nanas qui nous chantent des chansons de mecs avec aplomb et créativité. Au-delà du choc divin provoqué en 2004 par la découverte de ces musiques post-punk rafraîchies en bossa-nova, on attend de Nouvelle Vague qu’il nous surprenne de nouveau comme il en a les moyens. L’effet réinterprétation s’estompe doucement, l’arrangement est éphémère dans la véritable composition. Alors il nous reste le phantasme généré par ces gamines ravivant The Clash  dans nos neurones embrumés.

Mais on prendra tout de même avec beaucoup de plaisir le prochain disque où l’on devrait retrouver les bonus de la soirée gravés dans ce CD étape II.

David Byrne – 2004/05/05 – Paris le Bataclan

David Byrne and the Tosca Strings

David Byrne, ex-leader-créateur-concepteur-animateur d’un groupe phare des années 80, The Talking Heads, s’est installé pour une soirée au Bataclan à la tête d’une troupe originale et rafraîchissante qui outre batteur et bassiste, met en scène un ensemble de cordes (quatre violonistes et deux violoncellistes) et un redoutable percussionniste : The Tosca Strings. Ils viennent de sortir un disque ensemble : Grown Backwards.

L’homme n’a guère changé. Seuls ses cheveux ont sévèrement blanchi mais on retrouve le même pantomime en baskets, dont les pas de danse sont aussi furieux que les riffs de guitare. La voix haut perchée est toujours mélodieuse et agile. L’ensemble est souple et intelligent. Au milieu de ses nouvelles créations, dont des musiques de film, on reconnaît sans peine quelques standards des Talking Heads (Heaven, I Zimbra, Life During Wartime, Blind, Psychokiller) qui déclenchent l’enthousiasme du petit monde intello-parisien qui se pressent auprès de l’artiste britannique ; Sophie Calle est de la partie.

Avec Talking Heads on avait un groupe éminemment urbain qui nous a ouvert sur les rythmes de la ville et de la folie. En association avec Tosca Strings il crée une fantastique rythmique sud-américaine qui transpire le soleil de Rio et la violence des favelas, c’est le carnaval à notre porte.

The Stranglers – 2004/04/01 – Paris le Trabendo

« Always Heroes… »

Mais après quoi courent The Stranglers depuis vingt-cinq ans ? Tout ce temps passé depuis le déferlement punk jusqu’à la vague électronique n’a pas fait dévier d’un iota nos hommes en noir. Exsudant toujours la même sinistrose, teintée de violence urbaine et inspirée d’un bestiaire obscur : entre la peste vicieuse du rat et l’élégance racée de la panthère noire, le vol rectiligne du corbeau vient nous rappeler que la fin rode.

A l’écart des grands courants du Rock, ils continuent de décliner les mêmes rythmes tribaux en montant à l’assaut de notre tranquillité bourgeoise. Ils sont restés fidèles à la pureté initiatique du Rock premier lorsque leurs camarades de couloirs de maisons de disques dérivaient vers des formats FM sans âme. Et pendant que Sid Vicious chantait My Way sur les plateaux télé en prime time Hugh Cornwell et sa bande composaient la mélodie dévastatrice de No More Heroes en faisant poser Jean Jacques Burnel sur la tombe de Troksky… c’était en 1977 !

The Stranglers ne courent finalement plus après grand-chose. Ils emmagasinent simplement le plaisir d’aller jusqu’au bout d’une idée, celle de l’essence d’une musique/attitude à une époque où le zapping est érigé en standard de vie.

Et maintenant, que la Scène, oubliant ses renoncements, redécouvre le Rock, les Stranglers reviennent en odeur de sainteté. Ils sortent même en single Norfoalk Coast, chanson éponyme de leur récent album, alors que, fâchés avec l’industrie du disque, ils s’étaient toujours refusés à toute promotion de leur œuvre. C’est sous les nuages lourds et sombres de la cote britannique que Burnel est allé composer cette ode solitaire :

I was a looser in the loving wars / I took my treasure to the Norfoalk Coast /… / I walked alone on the Norfoalk coast / And the screams of the birds they echoed around my mind

Il en résulte un petit joyau de musique entêtante qui sera présenté au cours de la soirée.

Le concert a lieu au Trabendo, bar-boîte aux pieds du Zénith. Peu d’espace et une atmosphère confinée. La ritournelle aigre-douce de Waltzinblack annonce, comme depuis des années, l’arrivée du groupe sur scène. Tous de noir vêtu, ils attaquent Norfoalk Coasti suivi de Skin Deep, Bing Thing Comming, Long Black Veil. Les trois lascars d’origine ont pris quelques années mais tiennent leurs places : Burnel à la basse, un Jet Black balzacien, barbe et cheveux blanc, à la batterie, et Dave Greenfield aux claviers. Paul Roberts le chanteur, qui a rejoint le groupe depuis 10 ans et Baz Warne (ex-guitariste des Small Town Heroes) depuis 4, rajeunissent la bande, mais on les dirait nés Stranglers. Une étrange nostalgie émane des textes de ce groupe tourné vers un futur urgent où la révolte rémanente continue d’irriguer une inspiration fataliste sur l’incontournable nécessité d’accompagner ce Temps qui passe en laissant les loosers dans le fossé : There is a new time coming / We’re gonna have to change / Big thing coming and it’s comming real soon. Mais malgré tout, comment oublier les souvenirs fondateurs qui sont finalement si proches : To sin and repent just wasn’t for me / I’ve been wild / I’ve been wild.

Les chansons défilent non-stop, celles du dernier album et des reprises, notamment : Always The Sun, Duchess, Something Better Change, Walk On By, Five Minutes.

Ces hymnes sont menés sur le même rythme ardent qui a fait le son du groupe : une ligne mélodique de basse appuyée, des nappes de claviers obtuses et entêtantes ajoutant une touche gothique à l’ensemble, une batterie épileptique portant la voix grave du chanteur sur des mélodies sulfureuses et concises. Bref, la même furia sophistiquée qui les avait fait détester par les Sex Pistols et adorer des frustrés de la vague punk. Mais à force de crier No Future, les punks sont morts et les Stranglers nous font danser sur leur tombe :

I need a dream where I can live what I said / I need a place where I can put my head / I need a hole where I’ll find darkness now…

Quelques rares moments de respiration avec Golden Brown, une ode à l’héroïne composée sur une bluette pour clavecin ou Tucker’s Grave et son envolée de claviers de cathédrale.

Le groupe reprend sa course effrénée avec Lost Control, Who Wants The World, Grip, Tank, I’ve Been Wild…, la salle chauffe, Roberts ouvre sa chemise et dévoile des pectoraux qui font se pâmer les jeunes femmes, on voit même quelques sourires se dessiner sur la bouche des musiciens. La machine infernale Stranglers trace son sillon dans un terreau qui reste des plus fertiles : celui du Rock’Roll honnête et dur, prévisible donc éternel.

Pour terminer le deuxième rappel JJ frappe sur sa basse et lance No More Heroes et son hallucinante mélopée synthétique aux relents purificateurs :

Whatever happened to all the heroes? / All the Shakespearoes? / They watched their Rome burned / Whatever happened to all the heroes? / No more heroes any more…

Et nos héros sont partis ! On les retrouvera 48 heurs plus tard pour un dernier concert en direct sur FIP avant de poursuivre une tournée européenne. On espère que le prochain disque avant les cinq années qui furent nécessaires à l’accouchement de Norfoalk Coast !

The Strokes – 2003/12/10 – Paris le Zénith

The Strokes arrivent en France précédés d’une dithyrambique réputation et le public parisien se presse au Zénith pour découvrir « le nouveau Velvet » encensé par la presse rock internationale. Leur dernier disque Room On Fire est disponible dans les bacs depuis un mois. Il déclenche a priori moins d’enthousiasme que le premier.

Et l’on voit débouler sur la scène nos cinq trublions new-yorkais qui entament leur set avec Reptila sous une lumière éblouissante de stroboscopes flashant la salle. Avec son refrain déclamé sur un rythme effréné :

I said please don’t slow me down / If I’m going to fast

le ton est donné, et personne ne viendra ralentir ni tenter de décourager cet emballement musical.

Ils sont dégingandés, fagottés dans d’improbables Jeans/Converses, le cheveu dégoulinant, le jeu de scène plutôt statique. Julian Casablancas, auteur compositeur du groupe, promène sa rogue hésitante entre deux cigarettes et trois pirouettes avec le public. Fils du patron de l’agence de mannequins Elite, on imagine sa vie sentimentale plutôt fluide. Il développe une voix rocailleuse qu’un traitement électronique rend nasillarde. Il déclame des onomatopées sur les couples, la gloire, l’après, les nuits urbaines, le temps qui manque, bref l’urgence de la vie sur une planète hystérique.

Ce look désabusé n’empêche pas un déferlement d’énergie stupéfiant. Le son est puissant, les riffs saccadés crachent l’urgence sans rémission (Give me some time, I just need a little time / Is this how it ends?), les guitares déchaînent le beat furieux de nos temps modernes. Les solos sont réduits au strict minimum, quelques notes qui s’échappent par accident de la machine infernale en route vers l’enfer (Never was on time). Le tout est prévisible mais furieux, contrôlé mais débridé. On ne croule pas sous le déluge des notes ni des accords mais on reste pantois de leur maîtrise répétitive et machinale du fond musical. Guitares, bass et batterie sont au carré pour déployer le tapis pourpre d’une cadence hallucinante. C’est la grande force des Strokes d’impulser un rythme itératif et féroce sur lequel se placent à bon escient la voix et les mots de Casablancas.

Les morceaux de leurs deux disques se succèdent tels les flots de voitures dans les rues de Manhattan, seulement ponctués des Walk / Don’t Walk de feux impuissants à enrayer le déferlement : What Ever Happened, Automatic Stop, 12 :51, New York City Cops, Hard To Explain, Someday, Last Nite, …

Hommage aux Maîtres, ils nous offrent une redoutable reprise de Clampdown du Clash prélevé sur London Calling. Et plutôt que les références journalistiques au Velvet Underground ou à Blondie, on tient avec The Clash la réelle inspiration de ce groupe hargneux qui hurle à la cantonade :

The end has no end the end has no end

The Strokes nous sert un final éblouissant avec Take It Or Leave It et après une petite heure de musique enfiévrée, plie bagage pour ne plus revenir, laissant frustré un Zénith dans le feu du coitus interomptus.

Ce départ précipité relève de la faute de goût, d’autant plus qu’elle est récurrente. Mais soyons généreux, il s’agit seulement d’une bande de cinq gamins de 23 ans, à la morgue rafraîchissante, qui nous ont fait rock’n’roller aux rythmes incandescents de la rue new-yorkaise dans la joie et la bonne humeur. C’est revigorant et percutant. Ca pulse, ça déménage et ça réveille es morts. Ce n’est peut-être pas l’avenir du Rock’nRoll mais c’en est un présent emblématique.

Et puis des garnements qui inscrivent Thank You au dos de leurs disques ne peuvent pas être simplement de mauvais garçons.

David Bowie – 2003/10-11 – Paris et Marseille

Paris Bercy les 20 & 21 octobre, Marseille le 14 novembre

Un an à peine après son album Heathen et une superbe tournée dans des salles de dimension moyenne, David Bowie nous revient dans une forme éblouissante pour nous présenter son nouveau disque Reality et reformater l’un des plus subtils catalogue de chansons de notre époque.

L’équipe est la même que l’an passé, diabolique et soudée, au service d’une musique qui traverse le temps avec tellement de bonheur. Earl Slick et Gerry Leonard aux guitares (la légitimité rock associée à la technologie), Sterlling Campbell et sa frappe ahurissante à la batterie, Catherine Russel chœur et percussion, Mike Garson de plus en plus rondouillard dans ses trilles et ses costumes, et l’ineffable Gail-Ann Dorsey basse et chant.

Les lumières s’éteignent sur le lancement d’une intro filmée projetée sur un vaste écran vidéo : on y découvre un groupe de marionnettes colorées et naïves attaquant un instrumental rythmé, se transformant petit à petit en chacun des personnages, oh combien réels, que l’on voit se mettre en place pour le show. Comment mieux introduire les mues continuelles de l’artiste qui ont finalement abouti à ces soirées parisiennes ?

Bowie resplendissant rejoint ses musiciens qui entament The Jean Genie ; Bercy s’enflamme et ondule au gré des riffs légendaires (Sits like a man but he smiles like a reptile / Jean Genie let yourself go) ! Le temps de se dévêtir d’un improbable queue de pie en jean, de s’emparer d’une guitare et la machine repart sur New Killer Star, l’évocation de nos barbaries sur Battery Park mais l’espoir ténu d’une lumière au bout du tunnel : I got a better way / I discovered a star / A New Killer Star / The stars in your eyes / Oh my nuclear baby / Let’s face the music and dance.

Dans la foulée sont enchaînées Cactus, China Girl, Hallo Spaceboy. L’audience crie grâce après un tel déchaînement. Tout est carré, rythmé par l’inconcevable martèlement du duo Dorsey/Campbell à porter aux nues de la légende du rock ! Le son claque, les instruments sont réglés au quart de tour, pas une fausse note, pas une hésitation, la machine folle écrase tout sur son passage sauf la voix de Bowie. Et quelle voix ! Portée à merveille par un son surpuissant mais précis, il déclame ses textes, chuchote ses angoisses, crie ses menaces, donnant le La à une troupe de grognards, à lui dévoués, à la vie à la mort.

Mais quand il faut respirer au milieu de l’enfer, notre armée des ombres sait faire dans la dentelle, au besoin en reléguant provisoirement en coulisses les plus violents d’entre eux. Et Bowie interprète de délicieuses versions de Under Pressure superbement co-chantée par Dorsey, The Motel ou un si bouleversant et actuel Loving The Alien. Seul sur le devant de la scène, attentif et fragile, hanté mais libéré, il nous dévoile une nostalgique tendresse en plaçant sa voix éthérée sur les portées pleines de grâce et de détermination d’une musique complexe et sophistiquée.

Lors du deuxième Bercy, il jouera dans le même registre Days, complété à Marseille par Life on Mars et Five Years.

Le retour au rock se fait via l’éternel White Light, White Heat de Lou Reed, suivi de I’m Afraid of Americans toujours aussi terrifiant. Le spectacle de tous les membres du groupe hurlant dans la tourmente d’un vortex musical d’acier en fusion : I’m afraid of Americans / I’m afraid of the world / I’m afraid I can’t help it devant un parterre de français médusés de découvrir que God is an American, réconcilie avec le siècle en donnant un nouveau sens au mot Rock’n Roll pourtant tristement galvaudé de FM en Star’Ac !

Puis on écoute d’autres morceaux extraits du dernier album : Pablo Picasso, Fall Dog Bombs the Moon, Never Get Old. Le set du 21 octobre donne lieu à une troublante plongée dans l’album Low avec Sound and Vision, Breaking Glass, Be My Wife et Always Crashing in the Same Car. On y retrouve les trottoirs enneigés de Berlin quand Eno et Fripp, face au Mur de la honte, accompagnaient Bowie dans son parcours initiatique à la musique électronique, déclinée depuis sous d’autres formes bien navrantes.

The Man Who Sold the World sera au programme du concert de Marseille où Bowie se remettait d’une extinction de voix qui l’avait forcé à écourter Nice et annuler Toulouse.

Comme le veut la tradition, tous les shows se terminent par Ziggy Stardust et un vent d’émotion qui balaye l’assemblée, melting-pot de générations éblouies qui toutes reprennent en choeur : Making love with his ego /
Ziggy sucked up into his mind / Like a leper messiah / When the kids had killed the man I had to break up the band, pendant que défilent B O W I E en lettres géantes sur le fond de la scène.

Ziggy traverse le temps et inspire son Maître sans cesse renaissant. Bowie, Faust conquérant, égrène ses productions tel un voyeur errant dans une humanité désarticulée entre le Mal et le Bien, The Beauty and The Beast.

La partie hexagonale de cette tournée mondiale nous a révélé un artiste réconcilié avec les mythes éphémères qu’il a engendrés puis exorcisés. Seulement, à conjurer les légendes on en sacrifie la magie sauvage. Ces shows pétillants, merveilleux de perfection ont manqué de l’alchimie qui nous a ensorcelés des années durant lors de chaque apparition bowienne. L’ambition de cette tournée était un peu à la baisse, d’un niveau comparable à la taille basse des jeans dont il s’est affublé sur son nouveau look. Etait-il bien opportun de faire applaudir l’assemblée sur Heroes ?

Moins d’élégance exquise que l’an passé. C’est la tournée de la sérénité, de l’épanouissement, de l’énergie canalisée sur le thème : Bowie expliquée à ma fille… Mais ne boudons pas notre plaisir, la performance était immense, les compositions restent inégalées, la vision du monde toujours percutante et l’artiste au dessus de tous. Un groupe qui s’amuse et surfe en permanence sur l’axe effilé de la pure jouissance musicale. On en redemande !

 

Joe Strummer – GI’s Joe

He’s in love with rock’n’roll woaahh
He’s in love with gettin’ stoned woaahh
He’s in love with Janie Jones
But he don’t like his boring job, no…

1979, Palais des Sports – Paris, après trois heures d’attente un public parisien éberlué voit débouler The Clash sur la scène, tel un diable de sa boîte. Les riffs de London Calling se répercutent dans l’acoustique déplorable de ce hall à tout faire… sauf du rock’n roll. Et de R’nR il n’est justement question que de ça ce soir !

Yankee dollar talk
To the dictators of the world
In fact it’s giving orders
An’ they can’t afford to miss a word

Nos quatre compères commencent à jouer les lumières allumées. Ils se déchaînent dès l’ouverture, sautent, hurlent, trépignent en délivrant le rock de la fin des années 70 durant deux heures d’énergie désespérée. Les guitares sur les genoux, dégingandés, montés sur ressort, ils se bousculent et nous projettent le message post-punk qui va dynamiter le rock de la fin du siècle. Les classiques sont alignés, les notes se bousculent, les slogans déchirent nos âmes, les décibels saturent l’atmosphère, la révolution est en marche !

White riot – I wanna riot
White riot – a riot of my own

Fils de diplomate britannique, né à Ankara, trimballé durant sa jeunesse de représentations en ambassades de sa Gracieuse Majesté, Strummer crée le Clash en 1976 avec son complice guitariste Mick Jones. Ils vont écumer la scène européenne et américaine durant dix petites années remportant un succès d’estime plus que commercial.

I’m so bored with the U…S…A…
But what can I do?

Après la décadence primale du mouvement punk, Joe Strummer et sa bande, bardés de T-shirts aux couleurs de la Fraction Armée Rouge, vont pousser vers plus de sens le nihilisme de Johny Rotten et Sid Vicious. Ils appellent à la révolte, se battent avec les minorités pour la défense de leurs droits, veulent brûler Londres, passent par les geôles de Margaret Thatcher, injurient l’Amérique. Un concert des Clash est aussi terrifiant que la contemplation de Guernica !

The king called up his jet fighters
He said you better earn your pay
Drop your bombs between the minarets
Down the Casbah way
The shareef don’t like it
Rockin’ the Casbah
Rock the Casbah

Ils parlent de la misère, de la guerre, de l’arrogance du fric, de la drogue, de la guérilla sandiniste. Et toujours ils torturent leurs instruments pour en tirer la lave incandescente de ceux qui ont la foi, seuls contre tous. Ils incarnent les derniers soupirs d’un romantisme révolutionnaire déjà mort avec le Che dans les forêts colombiennes. Baader finira suicidé dans une prison allemande, les brigades rouges pactiseront avec la justice italienne, Strummer restera solitaire, illuminé sur son piédestal d’icône rock, investi de la mission divine d’ouvrir les yeux de la bourgeoisie occidentale sur ses mortelles perversions.

…’Cos years have passed and things have changed
And I move anyway I wanna go
I’ll never forget the feeling I got
When I heard that you’d got home
An’I’ll never forget the smile on my face
‘Cos I knew where you would be
An’ if you’re in the crown tonight
Have a drink on me
But go easy… Step lightly… Stay free

2002, on apprend la mort de Joe Strummer dans la nuit de Noël, paisiblement à 50 ans, d’une crise cardiaque, dans la maison où il vivait avec sa femme et ses filles, presque dans l’anonymat. Le coup est rude pour les quadras qui voient re-défiler dans leurs synapses encombrées de cholestérol l’image de leurs renoncements successifs au cours de deux décennies de compromission avec le système que dénonçait Strummer. Sa disparition fait remonter jusqu’à l’orée de notre conscience ce que nous n’avons pas su être. Les bulles effroyables de nos années de démissions et de désillusions se frayent une route sinueuse pour éclore à la surface nauséabonde du marigot de notre réalité, comme autant de coups de poignard dans la baudruche de notre pureté adolescente à jamais éventrée.

Robert Fripp Press Conference

RF: So firstly, many thanks for coming all this way, particularly on such an exceptionally cold morning.

I’m aware that some professionals’ interest in King Crimson is mainly professional, and I have no difficulties with that. The professional level of the questions are more-or-less allowed for in the first hour. If anyone has questions which are more personal, or of deeper interest, then the second session is provided for that. If anyone really has burning questions, then the third session is allowed for that. It’s not strictly that everyone has to go at quarter-to-the-hour, it’s not like that at all. If we’re on a roll then I’m happy to keep rolling.

For my personal interest, I have no need to do interviews. I don’t look on interviews as promotion. There have been times in my life where, perhaps because of the arrogance of youth, if on the occasional moments where I felt I had something to say of value, then these were opportunities to say that. That has now moved to, shall we say, post-maturity. Within the professional context however, it seems to me that if interviews are looked on as a promotional tool, then the value of dialogue and multi-logue is somewhat negated.

I’ve just returned from Spain, where I’ve been in a house in Los Molinos, a retreat centre for a monastic order, in a house that suits about 30 or 40 people. In fact, we had 84 guitarists in the house for a Guitar Craft course. The questions of people who, addressing the realities of our life – whatever we understand by « realities » – are very generally mundane and straight-forward and shared by all of us. But the concerns of a young person, and how they might reach music when their background is not necessarily the most supportive for doing that, these are questions which have more flavour for me than the courteous professional exchange of professionals doing a piece of work. And I’m one of those professionals here at the table. So, with this said, if anyone has professional questions then I’m happy to answer them.

But I lie, actually. I’m not happy to answer them at all – I would rather invite questions which are burning, or on fire. Most of the information that you have available is more than adequate for your purposes. So, are there any questions which firstly, only Robert is likely to be able to answer? And secondly, questions that have value for you personally?

Q: The Power Of Life, sorry, The Power To Believe, do you mean that as belief in one’s personal abilities or in something more transcendental?

RF: Well that would probably be a question for Adrian the lyricist.

Q: But he’s not here…

RF: That’s true, but he did do his promotional tour in Europe.

Q: Did he?

RF: With Adrian, this comes from a song he wrote when he met his wife. This is my understanding and simply drawn from listening to the words. I’ll put it in a more general way.

Anyone that might read newspapers, or go to work over a period of 20 or 30 years, and for those of us who act within a commercial culture, even before we turn on satellite news from around the world – a reasonable person might despair. If all that is open to us is the information on offer, then life is too hard. So, perhaps a reasonable response is simply to give up. There’s nothing we can do.

In terms of the EP Happy With What You Have To Be Happy With, the Japanese title of the EP is Shoganai, which in Japan has a very, very different resonance. A French translation might be c’est la vie. An English approach would be that’s life. But neither of these quite have the flavour of the Japanese, which is more or less along the lines of two atomic bombs have gone off… that’s life! Well, it’s a bit more than that’s life! It’s shoganai.

Q: It’s fate?

RF: Well, that’s another expression. But if two bombs went off down the road from me, I think I might say a bit more than that’s fate! In Japan shoganai is a wonderfully multivalent word which covers just about every circumstance: from someone I love has just been crushed on the subway to there is no hope whatsoever. It can be a very powerfully emotive word in Japan. You have a sense of hopelessness and despair – a reasonable person might despair.

On the other hand, hope is unreasonable. And love is greater than this.

So here you have the balance: life is hopeless, there is hope. How to hold these two in balance in a very strange world? For me, this is the thinking behind the album and the EP which leads up to it. Happy With What You Have To Be Happy With is very nicely in 11/8 which fits the music and Adrian’s particularly upbeat American take on that’s life! that’s fate! and c’est la vie.

Q: To what extent are you involved with the content or the ideas of an album like this?

RF: I don’t write the words. At a press conference the band did in Los Angeles two weeks ago, Adrian was asked to explain the words of Eyes Wide Open, which he did. And I told him, « you’re wrong, it’s not to do with that at all! » So, Adrian is responsible for the words.

In terms of how one shapes and directs, shall we say, creative projects is a far more interesting and subtle situation. For example, if you sit in a room with three other men for three weeks and hold an idea, by the end of that period at least someone else in the room will be thinking and acting on the idea you have held firmly, even if you have said or played nothing. But this is now into an interesting and subtle area. So if you ask me what is the nature of your creative input to the album and the EP? I’d say I’m the guitarist and shrug my right shoulder in a distinctively French fashion.

Q: In your new album I can see you are one of the most motivated musicians of your generation. Do you still want to do new music, new things?

RF: Thank you for this generous assessment and characterisation. I’m not sure it’s one which I would accept for myself. If you ask what I would like for myself, it would be to have a quieter life.

Q: You were talking earlier about despairing, hopelessness and stuff, but in the album would there also be some angriness there, in something like Level Five and some other one’s and I wander if that’s true, where it comes from… in reaction to what?

RF: No, I don’t myself feel anger in that. What I would see is a way of recognising the remorselessness of events once set in motion. Anything we do generates repercussions. Anything we do intentionally, the repercussions will be at a level that we can handle; we can deal with them. If we act carelessly, the repercussions proliferate and our lives will become more complex with unnecessary issues. If, however, we act in a way that we know is fundamentally not right, then the repercussions may overwhelm us. So Level Five is one way of dealing with the seemingly remorseless progression of events that follow any action. And it may not be necessarily our personal actions, although that’s part of it.

This is obviously one particular approach, and if that were all that there were in life, then life would really be hopeless. Redemption is the theological term for how repercussions on a large scale are dealt with. Also on a small scale.

Q: Are you referring to any particular personal event, for example?

RF: You can say that Level Five deals with the remorseless progression of circumstance and repercussions on a general basis. Would there be personal situations in there? Yes, I believe there would be. Would there be larger and impersonal situations? Yes. But this is one of the beauties of music: it’s wonderfully wide.

Q: You’re often described as a gentle and quiet man and yet you play a kind of music which is very heavy, often ferocious, often very loud. Do you see a paradox in that, or where does that come from?

RF: Ideas escape those who nominally seem to be responsible for them, if the ideas have any value.

So am I a quiet, private man? Well, fairly obviously. Is there anything exciting about me? Nothing whatsoever, as you yourself can judge from this table. There is nothing exciting about me. One of the most exciting things for me is I’m going to see my wife this evening. I mean, front page, FRIPP VISITS WIFE. My Wife is currently in Canterbury. She’s on tour with Calamity Jane and we had a wonderful weekend there.

When I returned from Madrid last Saturday – because of the snow I was sent to Gatwick instead of Heathrow – I drove home and did a little shopping. Then I unpacked and went down to my local pub, thirty yards from where I live. I bought a pint of cider, sat in a little corner, a little nook by the fireplace, and drunk it all on my own. And I was so happy. And then my wife came home and I was happier still. This is excitement.

(Laughs).

Q: Talking about balance, when I was listening to the record, it sounds like a typical King Crimson record to me. If I listen to the details, it becomes a totally different record, a totally new record and there’s such a nice balance of these two extremes, of these two aspects of King Crimson.

RF: I agree.

Q: Was this on purpose?

RF: It wasn’t an accident. The quick answer is yes, the form is most important. For me the form is critically important.

When the album arrived from Nashville in England at the end of July (2002), it wasn’t a King Crimson record. It was an Adrian, Robert, Pat and Trey record, engineered by Machine. And it was a good album and it’s 90% of what you hear now. But it wasn’t King Crimson. It was the remaining 10% which was added in the main by David Singleton, my partner at DGM and in ToneProbe, who was editing and mastering. We had late nights, late nights – editing, compiling and mastering and then mastering again. And while we were doing this, the late night sessions in DGM SoundWorld were interspersed with telephone calls to the Sanctuary lawyer doing the deal.

So the form as it is now was not an accident, nor was it a given.

Q: So what were those ten percent that changed from that normal King Crimson record to what there is now?

RF: If you looked at this building from the outside, it would be a building. If you came inside and there was no furniture and decorations, you’d say it’s a building. Once the building is built, what goes on inside, like furniture and what you have on the wall, is relatively less but it does determine that this is the Sanctuary building, as opposed to a building. The final 10% is that.

Q: So is David Singleton a member of King Crimson?

RF: Are you a member of King Crimson, David?

DS: No, I am not.

RF: David is not a member of King Crimson. However, what I will say for David – he has actually heard more of recorded King Crimson music, archives and albums, than any man on earth including me. David, for example, spent four months editing, listening, editing and compiling the live tapes from 1969 that went into the four volumes of Epitaph. That was hard. And that was only 1969. Wait ’til we hit 1971, 1972, 1973, 1974 and then onwards…

David is my business partner at DGM. We have a 50/50 relationship. No 51/49. If we don’t agree on something, it doesn’t happen.

Q: When you said that King Crimson was more a way of doing things than just a band, do you refer just to the style or a way of thinking?

RF: And the way of feeling and the way of acting.

If you look at one small aspect of how we live our life, you’ll find that generally another small aspect of how we live our life is actually the same. You look at a third small thing, and how we behave in life, it will have the same imprint as the first two. And then perhaps we might come to the conclusion that all the small things of our life are actually our life.

In Guitar Craft what we say is how you hold the pick is how you live your life. So, that’s how you hold the guitar pick (demonstrates). Of the maybe 1300 or 1400 people that have come into Guitar Craft, there are maybe two other hands that have yet approximated to this (demonstrates the right hand position of readiness). Generally when people come in, their wrists are like this (demonstrates a position of collapse). There, if I presented you with that wrist, or with this (demonstrates a wrist with tension) would you respond to that as a difference in attitude, for example? Here is a young man’s wrist holding his pick and about to hit a string on this guitar (demonstrates an aggressive wrist position, locked in tension), and I go like that (releasing the tension in the wrist) I am asking him to release his world-view, how he thinks of his life, how he believes the world to be, and how he responds to living in the world.

So the question of simply moving a balance in his hand, his wrist and his thumb, to hold a pick, is actually taking on the whole of his life. And it is awful. It’s awful because of all the fixity, all the energy which is locked into the assumptions and the patterns… wrist after wrist. But, it’s real.

Q: Unfortunately my English is not good enough to translate a Dutch word which comes to mind, which is not threatening. In German you say, uwiegens, I don’t know which the English impression is, but what do you want to say with the cover? Is the relation with the cover of the album with the music? Because the cover has something threatening.

RF: It’s ominous.

Q: Yes, ominous, that’s the word.

RF: The piece of art was painted by Pam Crook. She is a personal friend my Wife met on a professional project, making a film of an English woman artist in the early nineteenth century called Rolinda Sharples. Rolinda was erased from history. She was a woman, you see. And she was an artist, so that really didn’t count as proper. So the programme was about how you have a leading woman artist, in early Victorian England, simply disappear from history. This is where we met Pam.

She painted this (Fin de Siecle) in 1999, which was two years ahead of The Event and has a strangely prophetic character. In terms of the issues under discussion on the album, if you want to put it like that, there is a relevance. The artwork spoke to me. I mentioned this to Pam when she came for dinner recently. Resonances which are out there in potential, and haven’t yet happened – artists’ antennae pick up on what they are. It doesn’t mean necessarily that this has to happen, but it means there is a tendency towards this. So the painting is prophetic, ominous and eerie.

Q: Eerie, that’s another nice word, but is there a connection with the music in your opinion?

RF: Yes.

Q: The threatening feel, the ominous feel it has, the music has it sometimes as well I think.

RF: Sometimes yes. Sometimes it’s addressing repercussions that may be in potential, or maybe actions that have already been taken. It fits with the album and the EP overall. The EP also has artwork by Pam, with different covers in America and Japan. In Japan the artwork is more tuned to Shoganai, in America it’s more tuned to Happy To What You Have To Be Happy With.

There was a King Crimson competition for someone to put a balloon in the mouth of the person watching the television on the artwork to the American EP. Can you remember the exact words, David?

DS: This King Crimson video sucks.

RF: Good! This King Crimson video sucks – which is wonderful! King Crimson videos are appalling. They are awful. They are wretched things. So we don’t do them anymore. There you go, much easier.

Q: You were touring with TOOL?

RF: Yes.

Q: Do you have interest in contemporary rock bands and in any way have they influenced your work in the new album?

RF: The quick answer is yes. I’m interested in the work of other musicians. I personally prefer to see them live, and that makes it more difficult because unless one’s resident in a city centre where there’s a lot going on. One tends to miss a lot of it. But I was nevertheless listening to TOOL records in the basement in Nashville, where I work with Adrian Belew, while writing the music for The ConstruKction Of Light.

Am I influenced by the people I hear? I hope so. And the people I meet? Yes, I hope so too. I hope I register everything. The direct causal relationships are sometimes a little difficult to trace. For example, I might be more influenced by how a guitarist puts on their guitar, than how they play it or what they play. Now how to actually trace that is the difficult thing. For example, I once asked John McLaughlin (I flew to Paris to interview John when I was a contributing editor to Musician magazine) and asked him what was his interest in Sri Chinmoy. John said I wanted to see how he poured a cup of tea. Now, I understood exactly what John said. At least I believe I do. So sometimes I’m more interested in seeing how the guitarist puts on the guitar than what they actually play.

With regards to TOOL… actually TOOL do happen to be a favourite band of mine, but I don’t generally comment on who I like because it leaves out everyone else, and the suggestion might then be that doesn’t Robert like them as well. So, I make no further comment on that other than TOOL are wonderful characters. Adam asked me do you hear the King Crimson influence in TOOL? and I said « no, not at all ». TOOL are more comfortable being TOOL than King Crimson is comfortable being King Crimson. It’s in the nature of the band (KC) I’m afraid.

Q: Yeah, why’s that?

RF: It’s in the nature of the band.

Q: What do you mean, you don’t feel comfortable within the band?

RF: NO! Or rather YES, I feel uncomfortable. I always have. It’s an awfully uncomfortable band to be in. Awfully uncomfortable. Why? Because it doesn’t stand still.

Q: Sorry?

RF: It doesn’t stand still. Crimson always continues to reinvent its wheel.

Now if you go home, one of the good things about being home is your comfortable chair is there in your study, where you sit to read. With your lamp, there. Your music, there. Your books, there. It’s comfortable. If you go home and your chair isn’t there, your books aren’t there, your study is moved and your music has been turned off… it’s not comfortable.

Q: Yes but it is challenging.

RF: Right. But when I go home I would like to be able to have a moment sitting in my study… So, at home, one has one’s own particular dynamisms to keep oneself sharp. To put it another way, one’s pointed stick.

So yes, King Crimson is always challenging, and challenging is antithetical to comfort. So the answer is, King Crimson is always an uncomfortable place to be.

Q: Is that the reason that you are going to form The 21st Century Schizoid Band?

RF: I haven’t formed it.

Q: I read so.

RF: No. No, I haven’t formed the band. I know the people, at least I know some of them. I’ve spoken to some of them and some of them even are friends of mine. I support them personally and professionally, but I have no formal involvement or relationship with them.

Q: I see. So what is that band?

RF: It was formed initially by Michael Giles, the drummer in the first King Crimson, who I think wanted to play…

Q: Good reason.

RF: … and he put the band together with Ian McDonald. Obviously saxes, flute and I believe keyboards. Mel Collins, saxes from 1970-72. Jakko, guitarist and singer, his son-in-law, well known for his work in Level 42. And Peter Giles, the bass player from Giles, Giles & Fripp, and who played on In The Wake Of Poseidon. And they went out and they did some work. I bought tickets to see them but David and I spent a long, late, sleepless night on Dartmoor, mastering The Power To Believe, so I didn’t get to see them. With regret.

Q: Would you like to collaborate with them?

RF: I have been formally invited to play with them at any time, which I’ve acknowledged gratefully, but currently that’s not music which addresses my main concern or interest. That shouldn’t in any way be taken as critical, because it’s not: it’s just not where my musical interest currently lies.

In 1997 when David and I were working on Epitaph, the live 1969 music, I felt I would like to play this. I felt hot to this repertoire from a certain period, which is entirely valid in the conservatory tradition. You address the repertoire from a particular period and no-one considers that in some way you’re flunking your musical responsibilities or being dishonest. So I mentioned the idea to Michael Giles, drummer from 1969, John Wetton, bass player and singer from ’72-74, of putting together a quartet for three weeks. One week’s rehearsals, one week playing in clubs in America, one week in Japan, looking at the repertoire of King Crimson from 1969 – 1974. Any music which attracted our passion, we’d play.

The advantage was, this was not King Crimson. So it wasn’t a reformation. It wasn’t a big commercial venture. It was playing a particular repertoire of interest. I mentioned this to Ian McDonald and Ian was very much against. Ian was at that time specifically focused on reforming the original King Crimson. This has been suggested to me since 1977 and is not something which attracts my interest. So Ian said no, Michael and John said yes, and at that point the overall answer was no. So King Crimson moved towards The ProjeKcts and, in terms of the repertoire, it waited until The 21st Century Schizoid Band.

Q: In the intro of Facts Of Life there is a sense of waiting, like there is something which is about to happen. How important is the sense of waiting and the mystery and so on?

RF: For mystery I’d substitute the word ambiguity. Something which is definite-definite has little information present. Something which is ambiguous is far more open. It’s information rich. And waiting is part of life.

Q: You are the only Englishman in the band.

RF: I noticed that too. It’s why I rely particularly on David.

Q: That’s what I was going to ask you.

Q: Why it’s got to be a British thing…?

RF: No, it’s Anglo-American. Anglo-American is a very, very good relationship.

As we all know, the English have nothing whatsoever to do with continental Europe. David has a house in France, may I say, and I have myself been traveling to continental Europe since the age of eleven, when I fell in love with Paris… and well, that’s another story. I’m not myself antithetical to continental Europe, neither is David. In fact many English people are moving to continental Europe to regain a sense of a certain kind of England which once they knew.

There is a sensibility that England has that is simply explained by saying, well actually, it’s English. For a wider approach to that I recommend anyone who’s interested might look at Peter Ackroyd’s new book The Origins of Albion – The Origins Of The English Imagination. This is a very well-informed, non-academic but persuasive and informative view of what it means to be English over a 2000-odd year period.

So part of King Crimson is English, but it can’t be wholly English because there are limitations to being in England, like… well you might as well give up because nothing is possible. Or, you’ve got a really good idea? It’ll fail. Or you’re successful? How dare you! So there are limitations on being English and Englishmen, young Englishmen and maybe even young Englishwomen. But I speak of my generation of musicians, which were totally male. When they went to America, instead of having to defend what they did, they actually met people who rather liked it and encouraged them in it. And this was such a novelty in their lives they decided they might stay there.

However, you then run into the other thing. Americans are very good at getting the show on the road. The content of the show, however, is not always their speciality. You have situations in England, therefore, where England is shambolic, amateurish, unprofessional, with eccentrics and oddballs who come up with strange ideas. They take these strange ideas to America, Americans say that’s a great strange idea, and they put the show on the road. So there’s a very good combination. If you spend too long in America you become, in my view, too concerned with putting the show on the road. If you stay in England for too long you realize it’s hopeless, and anyway the little success you had was a crime.

Q: You mentioned King Crimson as a separate being…?

RF: It is. Yes, it is.

Q: How is that, how does it work and what’s it like?

RF: A number of questions there, would you like to choose one of them please?

Q: Um, what is it?

RF: Well you have a number of definitions on that. One is, it’s a way of doing things, and also thinking about things and how you feel about things and so on. It’s a particular world-view. It’s a particular strategy for engaging in and with the world, from one point of view

From another point of view, as a strategy it obviously has to be embodied, to take place in the actual world. And the body of King Crimson has changed somewhat over the years. So for me the particular formations of King Crimson are in effect incarnations. The spirit returns, the body may be different, but the spirit returns.

Q: And has there always been a sense of this spirit from the start of King Crimson?

RF: The quick answer is yes. It has an otherness about it. And even as a young man I was never silly enough to confuse King Crimson with what I personally did. And to do so would be to utterly miss the contributions of all the other people anyway, which is profoundly insulting, even were I that egotistical. The musicians in King Crimson, by and large, have all been better players than I am. What I bring to bear is something else.

My work as a guitar player is generally better highlighted in the work of other people, notably Bowie and Eno, who come to me not for my ideas or thinking or way of doing things – all of which they’re very capable of bringing to their own concerns – but they come to me as a guitar player. I happen to be a good guitar player, but King Crimson is not the best context for me to be a guitar player. As a guitarist, I do my best work with others.

Q: Joe Satriani for instance, because I understand you did some work with him as well?

RF: Yes. Joe was interested in me joining the band and touring with him. I was going out to support Joe on his tour in America in July last – 30 dates, solo Soundscapes. Oh! I so wanted to do it, so wanted to. King Crimson’s recording plans shifted back a month because Machine’s manager lied to us. He lied to us over Machine’s availability. Are we still cross about this, David?

DS: We are very cross about it.

RF: So I missed a tour I really, really wanted to do as a guitar player, with a pal of mine, because of that. Otherwise I would have been out supporting Joe. Yes, I contributed to one of Joe’s tracks, although not very much as a guitarist.

Joe Satriani is a superb guitarist, far better than anyone who’s seen him live can possibly know, because the history of the electric guitar lies in Joe’s hands. Although when he’s Joe Satriani he’s not there to give you a history lesson, he’s there to be Joe. Joe has far wider capabilities than the performer Joe Satriani carries with him on stage. I’d love to do some more work with Joe. He is a friend, and in the future maybe I will.

Q: Talking about the different bodies of King Crimson, how has it come that the four-piece band sounds even more dense than the six-piece band?

RF: There are less people playing the music.

Q: Can you explain that a little bit more?

RF: In terms of the Double Trio: the six people, the potential available to those six people, to any six people but particularly those six people, were enormous. Maybe, maybe, maybe we touched on one percent of what was possible, and I say that with reservation because I exaggerate. The possibilities available to what that band could actually do were enormous. Nevertheless they’re good people, and if there’s an awful lot going on, some of those players were inclined to stop, because there’s enough musical information already on-stage. I am one of those players, which is why you find me not doing a lot of guitar work in the Double Trio – there is enough going on. As a quartet, I am playing more because there’s more space available to me. That’s one example.

Q: You know you say that King Crimson always comes when the spirit comes back…

RF: Yes.

Q: …and in different incarnations, so this latest one, what’s the origin and how did it come about?

RF: The logistics of working with a six-piece were overwhelming. Just too complex to put six busy people in the same room together. Then for one of them, Bill, his musical passion moved. Bill’s musical passion moved into acoustic jazz, essentially. So there was a bona-fide musical difference, that Bill’s musical home was no longer properly in King Crimson. Also at that point Tony Levin accepted a tour with Seal. So a call had to be made if King Crimson were going to move and actually do something. The call I made was the Double Duo.

It took us probably two years to find ourselves, and Trey and Pat recreated the Crimson rhythm section. They rebuilt the notions of the Crimson rhythm section in the opposite way to the Tony Levin/Bill Bruford rhythm section. With Tony and Bill, Tony held the foundation and Bill moved about on top of it. With us, Pat holds the foundation, and moves about on top of it to a degree. Trey also holds the foundation, but moves about on top of it as well. Essentially Pat is now the foundation in the band, whereas it used to be Tony.

Q: The Power To Believe has a strong oriental flavour, how did it come about?

RF: On a functional level, world music, if you want to put it like that, has been easily and simply available in the West since about 1976.

In 1969 there was this wonderful vitality in the centre of rock music, and with The Beatles there was very much a European flavour. Hendrix brought very much an American flavour. There was so much power in the heart of music at that time. It changed. It never moved into 1970, but that’s another story.

So if you have young English rock musicians playing music, what do they do? Well, The Stones looked to America. Led Zeppelin looked to America. For me it was a question of, if Hendrix had been playing The Rite of Spring or Bartók, or Bartók had been the guitarist, what might it have been? So, rather than being a very bad Chicago Blues player from Wimborne, Dorset, it was a question of what is the musical vocabulary which is part of my culture and background, that nevertheless has that spirit and energy which comes with American rock?

And Schizoid Man was the beginning approach to that, although it was obviously written by all of the band. Larks’ Tongues was another approach to that. Red was another approach to that and Level Five is another approach to that. So you have a vocabulary which would probably not have been adopted without some sense of the European tonal tradition, and may I say Bartók, which is a very different slant on things.

After 1976 there were other cultures easily, readily and simply available. Not just American blues or rock music, not just Scotty Moore sitting there with Elvis in a recording studio in Memphis – that I have driven by! I have driven by the original Sun Studio on the corner, and what a small little place it was. (Laughs). This pivotal place in my musical history… there it was on the corner! I was not nostalgic. May I say it was pretty dumpy, but it was interesting. But after 1976, here you have all the musics of other cultures available. So on a functional level, probably one assimilates them.

On another level, there is a particular world-view which goes with, for example, the Balinese gamalan. You couldn’t have a Balinese gamalan if you lived in – pick your Western culture. Well, now you do, because gamalan orchestras have moved and you find them in various cities in America. And African drumming on the beach of Venice, California. A good friend of mine goes along to do his African drumming on the beach in Venice, with surfing out there and African drumming over here. And the character who skateboards by – you would’ve seen him in films – the Hendrix-looking character on his skateboard.

So the musical vocabulary of world cultures is now widespread. And the thinking within them speaks to me as much as the vocabulary. Often the cultures, and the sense that informs the music, resonate with me to a greater degree than the specific musical forms. Like the guitarist, I’m interested in how he puts on his guitar. What he plays may be a different thing.

Q: Where does it take you, that… isn’t expressed so well in The Power To Believe, to?

RF: Some musical structures can only be performed if you let go of how you think about yourself. You can create musical forms which have the functional effect of bringing people together. For example?

Q: Embracing other cultures…?

RF: Another way of asking this is ‘is Robert a Liberal?’ And yes, yes I guess I am. That doesn’t quite characterise my position, but am I open to other cultures? Yes, and respectful of them. Yes, while enjoying my own and recognising its own limitations.

It’s a very interesting time in the world now that so many cultures are available to each other. With gains and losses. It’s not a question of making a condensed soup of all of us and saying all our cultures are honoured in this soup. You have interesting questions about whether you attempt to resuscitate or resurrect small dialects and languages – languages are evaporating at a very rapid rate. If no-one speaks a particular language, are you concerned that the language is lost? So there are wider things involved. You also have questions of cultural imperialism – how dare that rock group take ideas from the Balinese gamalan, or North Korean music! The interlocking drums on Happy With What You Have To Be Happy With are very close to North Korean music. Do you know how I know that David?

DS: No.

RF: I read it on an internet news group that discusses King Crimson music. I was myself utterly unaware of those North Korean origins, other than it’s reportedly very close.

Do you know the work of Peter Brook, the English director living in Paris?

Q: Peter Gabriel also?

RF: Peter Brook. He worked with the English former, now deceased, poet laureate Ted Hughes. Ted Hughes was working with Peter Brook to develop a poetic language called Orghast, and one of Ted Hughes’ invented words was shopatiketpahohopatitse. I’ll say that again:

shopatiketpahohopatitse.

And Hughes discovered that it was a Swahili dialect for ‘set your feet dancing’. So what I’m suggesting is that there may be a common musical language, I suppose the terminology would be « of the collective unconscious ». In other words, each part of us is capable of accessing any part of anyone else at a certain level. The fundamental ideas, I suppose genes or memes would be current terminology, in potential it’s all there, available.

In actuality, different parts of the common musical language tend to be discovered and developed in particular cultures. It then influences the cultures and is redirected and reshaped in turn. So you have musical work which is entirely in place in North Korea, suddenly pops up on a King Crimson record in another part of the world. Without any, as we would normally say, intentionality being involved.

Q: It’s just that I was thinking of the event that you call in this present situation, and at the same time the despair that comes and the urgencies that come through the record, so that to bring about these sounds like Arabic and Indian sounds too, whether there was something else that you wanted to express there?

RF: The difficulty with knowing what you do, is that you do what you know. And that’s not interesting. So, within certain structures which are given and certain parameters which are defined, you then proceed hoping you are able to play what you don’t know, or do what you don’t know – trusting the process. If you ask me to rationally address the irrational elements of making the album, I’m not able properly to do it. I can give you my best guess. On a functional level, world music vocabularies are widely available. But that still doesn’t answer really why you might use them.

Q: Specifically…?

RF: Yes. So I would say, I trust that the action in the moment is to be followed. And then if it doesn’t work you drop it, but that’s what part of the creative process is. You don’t go in there to pin it down. You go in there to assume innocence within the context of experience. The difference between play, spontaneous play, and the creative activity of, shall we say, the mature artist has to do with responsibility and accountability. If a child plays they are being creative, but they are not held to account for the repercussions from their play. If, however, the creative artist undertakes a piece of work they are expected, asked, to be creative. Which means to act spontaneously. But at the same time they are held accountable for the repercussions of their creative behaviour.

Q: With retrospect you can go, even if you are creating in the moment, you are not rationally… later on you can go back and think about it…?

RF: But the creative event has occurred. And if it’s in a live performance and people’s lives have been affected in any particular way, you can’t then go back and say well, I’m not responsible for the effects of what I did. So the difference is, any action by the creative artist – they’re held accountable and responsible. For the play of the child, or may I say even play of adults, if it’s play, defined play, one is not held accountable and responsible for the repercussions from that spontaneous activity. With a professional musician, for example, you are held responsible – your album sucks or that video sucks.

Q: But then I don’t understand this reluctance to try to, well I know you’ve been trying to explain, but particular things in the music. I understand that in the moment you create you don’t think about that, but then…

RF: Well you might be thinking about it. But if you do, best that you have creative thinking models in mind. The mind holds the form. It doesn’t make decisions for you. If it does, then the music sucks big time. But the mind holds form. It holds the pattern.

Q: With all these different musics that are now widely available to us, would you say that this is a good time for music that we live in?

RF: For music, yes. For the music industry, no.

Q: What do you mean exactly by that?

RF: The music industry has nothing to do with music. The question was music. It’s a wonderful, wonderful time for music. Yes.

Q: On the one hand there is this enormous amount of music. On the other hand there is an increasing streamlining of what is easily available.

RF: It’s fairly recent historically that anyone, certainly in Western culture, anyone other than very rich people are able to listen to music at home. The whole change was generated by the Napoleonic Wars and the decline of patronage that followed. After then, the only ways to be a really successful musician – there were two routes, if you had burning ambition. One was to write opera, and the other was to be a virtuoso. So you had the virtuosi appearing in post-Napoleonic Europe. But it was still quite a while before you could actually get music in the home. Probably the development of upright pianos which swept Victorian England, in the later part (of the 19th. century).

In terms of music being easily available, I’m grateful. I have a wonderful music library on my computer. My little Japanese active speakers that I plug in the back of my Mac G4 Powerbook have transformed my miserable, wretched life on the road. Because now I go into this vacuum-with-a-bed-in-it (otherwise called a hotel room) and I set up my computer. My active speakers – oh! those wonderfully flat little Japanese speakers, just on the market in Tokyo last October when David and I were there – hah! and there it is. I have Bartók, Beethoven, Brahms, Haydn, Mozart, Schubert String Quartets, complete and total in my computer. And that is only partially what I have. Charlie Parker with Strings, ah! Bliss. And much, much more.

So the question is: making this music easily available, does it do me any favours? And I have to say I’m not sure. I think maybe, maybe, if I had to make an effort to listen to music, I might appreciate it much, much more. If I went to a concert, knowing that unless I listened I would never hear this performance again, the performance would be transformed. The mass-bootlegging of concerts, photography at concerts, and now mobile `phones held up in front of my speakers, has undermined performance to a dangerous degree. It’s crippled live performance. Live performance, within my relatively short performing lifetime, has been undermined and the value of it severely compromised. And that pisses me off. Because I don’t do it to earn a living.

Q: So David how would you describe the King Crimson sound?

DS: I can’t describe the Crimson sound. The only album I can give you is the album The Gates Of Paradise. It’s a Soundscape album. When Robert and I were compiling The Gates Of Paradise and listening to Soundscape performances, both of us knew when we listened to a Soundscape whether or not it belonged on The Gates Of Paradise. But neither of us ever discussed or probably could even explain what it is that made something belong on The Gates Of Paradise. There was a particular thing about them, and in the same way there is a particular thing that is King Crimson. You could listen to a performance by the same people that wasn’t King Crimson.

Q: What is it, the atmosphere that brings back King Crimson?

RF: Well, this is in the nature of individuality. Individuality and identity and flavour. How do you recognise the difference between a Beaujolais and a fine claret, for example?

Q: Does it occur that King Crimson performs, but King Crimson doesn’t appear?

RF: In my experience, yes.

Q: On stage and public performance?

RF: Yes. Rarely but yes, occasionally.

DS: Actually the 1972 King Crimson at times was a King Crimson that perhaps wasn’t King Crimson.

RF: In the first half of ’72, yes.

Q: Is that one of the reasons that you don’t call The ProjeKcts King Crimson, that you call them ProjeKcts?

RF: No. The spirit of King Crimson is alive and well within them. But the reasonable expectations that the listening public might bring to bear, for example in terms of repertoire or formal structures, aren’t likely to be present.

Q: How far into the future of King Crimson can you see at present?

RF: 2010. It’s seven years from now.

Q: And what is the basic plan until 2010?

RF: I’m not going to tell you that as it will generate all manner of expectations, which would upset what will otherwise likely happen. But I have my own personal calendar underway. There are obviously… the `phone could go and all this might well change. And there are one or two things under discussion at the moment. So I have the most likely working scenario, the contingency plan for that, and then the most likely plan beyond that. Then after all that has happened, I have a sense of something in 2010.

Q: And the underlying ambition is that there will be an existence of King Crimson?

RF: No. No. Maybe. That’s one of the contingencies in there, but I think it will. If I look at King Crimson’s history, to sit here and suggest that you will see King Crimson touring for the next seven years, I think is pushing my luck. King Crimson appears and then disappears. It appears when there’s work to do, and then it seems to disappear. And that’s fine.

Q: And running for longer now than…

RF: It does feel like forever, yes.

(Laughs).

Q: So may I ask you the same questions I did…?

RF: Yes, would you like to repeat it please so everyone has it on their microphones.

Q: I wander why you don’t want to sign autographs on the records and you don’t want to have pictures here.

RF: Alright, let me put it another way. Why should I want to?

Q: You’re a musician… it’s just for memory or whatever.

RF: What is part of my memory, that I sign an album cover for someone else, as a musician? Firstly, what is the relevance to that as a musician for me? And secondly, how does that improve my memories?

Q: I don’t take any pictures, not even when I go on vacation, it was just a…

RF: Photography is a hobby of mine.

Q: I’d like to know…

RF: No, this is a good question.

Q: I take pictures of friends of mine, I know you’re not a friend of mine, but I take pictures of whatever. I mean it’s unusual that someone doesn’t want to be photographed. I mean I have nothing of course against your decision, I don’t even have a camera with me.

RF: Friends take my photograph.

Q: So just friends are allowed to take photographs, I see.

RF: Well, there is a consensual aspect to it. But returning to autographs. My question is rather than – why would I not like to sign them – why should I like to sign them? And the answer is well sometimes I do, but they’re with friends. For example, I give a friend a book and in the front page I write a dedication to them. And something of me goes with it. My good wishes go with this.

So the answer is yes, actually I do. I’ve also yesterday signed a pile of King Crimson formal band photographs for competition winners in Europe. So the answer is yes, I do this. My question is why should I like to do it? I’ve said in terms of my friends, a part of me and my good wishes, go with this. But why should I otherwise wish to do this?

Q: But what about the fans? Not even the fans?

RF: As a generalisation, there is an expectation and a demand to sign various memorabilia which is oppressive, and it carries with it the assumed right that I may approach you at any time, whether you’re clearly having a quiet moment, a personal moment, of reading over coffee in a restaurant, you’re on the street, you’re walking with your wife, at any time whatsoever – going to your place of work, leaving from your place of work, at your place of work – I have the right to interrupt your process and demand, as of right, your signature on this.

That’s oppressive. There is no volitional space allowed to me to respond. If I can’t say no I can’t say yes. And I’m allowed no room to say no, so I can’t say yes. So I don’t do it. That’s one approach. Another approach is to say that I find it very uncomfortable to be put in a position where I am assumed, or seen to be, something special. Because otherwise, why would I be signing this? Anyone could sign it. That makes me very uncomfortable.

Q: But you are something special, for many people.

RF: No.

Q: Otherwise they wouldn’t buy your music…

RF: Let me put it another way, then. I do not see myself as a celebrity and if I did, life would be too hard. So I do not see myself as a celebrity. I don’t accept myself as a celebrity, and I refuse to have celebrity forced upon me by those who wish to give it to me so I can give it back in the form of signatures. It’s absurd, isn’t it?

Q: Even if some people are thinking of you as a…

RF: Well, let me ask you a question. Do you sign autographs very often?

Q: Um… not very often, sometimes.

RF: Suppose every time you went to work there was a demand on you, from the moment you left your home to go to your place of work, to be approached; as you go into your place of work, to be approached; during your time at work, to be approached; and so on all the way back. You are available all the time because another person imposes on you their notion of who and what they think you should want to be. And be grateful for it!

Q: I know, I don’t want to monopolise all this…

RF: No, no this is a very important thing.

Q: Let me put it this way, I’ll just try to make myself a point. I’m not as famous as you and I will never be, of course. But, if I was as famous as you I would probably think that maybe I should give something back to the people that are important.

RF: Very good. The question is how?

Q: That’s probably the most direct way that those people have to be in touch with you, or otherwise in the music.

RF: Then our relationship has just ended. Our relationship has just ended. Nothing is possible.

Q: But you give some happiness to them, don’t you think so?

RF: I can’t. I can’t respond to that because I don’t know whether they’re happy or not, if you understand. I can’t speak to peoples’ response to my work. In terms of wanting to make people happy. That’s not my work. My work as a musician is to be true. Now, if instead of that my concern is signing stuff, in which I am not allowed to respond yes or no to stuff, my concern has moved from the music. It’s moved to, the technical word is, reification. Or what Dr Lucy Green, an English musical educator, calls fetishising the inherent and delineated meanings of music.

In other words the creative process, the musical process, has become a commodity-and-commercially oriented process. And that I reject. This is how and why King Crimson occupies a very precarious place in the music industry. Because what are accepted as entirely reasonable and conventional norms of conduct within a commodity-and-commercial process, like signing pieces of your work, in the creative process are not only antithetical but are utterly destructive.

Now, who am I to say this? Well, I’m a character who’s now been playing in front of audiences for 44 years, in rock-groups for 39 years, as a professional musician for 36 years and in King Crimson for 34 years. In other words, my response to this is not arbitrary. This is part of daily warfare in the front-line of being a working musician, where you privilege music over the professional aspect.

This is an indication of the difference between music and the music industry. A possible response would be you’re being naïve. And the answer is, there’s no naivety in this: this is the stuff of my daily work. It’s why I have to seriously consider abandoning public performance. Because the nuts and bolts, the machinery of my life as a professional musician, has so little to do with music. And my responsibility as a musician, foremost, lies in being true. And included in that is courtesy and respect for the audience. What do I do, then, when I look down and see a young man holding a mobile `phone in front of my speaker? Is he listening to what I’m doing? I’m not sure. And when this gets to the point that I have to protect myself against this, on a daily basis on the road…

I don’t walk on stage to erect barriers between the audience and myself. I walk on stage to, as best as possible, find a bridge to our common humanity. And a very, very good way to end that, to end a human exchange, is to put forward a CD cover and a pen. Because our common humanity is not an issue at that moment. When you move to a non-consensual area, that I have the right to demand of you whatever because I have put my hard-earned pay on the table, there is a non-consensual element here which moves to violating, to violation, and then it’s hard. And then the question is well if this is what you do, perhaps you should do something else? And the answer is, I agree. And I am actively considering what that might be.

It’s not for me to tell people how to behave. On the other hand, if their demands on me are unreasonable, and compromise who and what I am, then obviously a response is justified. As a musician, do I have to work as a public performer? No. There are many other things I can do.

Q: Before you start an album, do you have all the sounds and musics in your head, or is it trial and error?

RF: Are those my only two alternatives? In terms of a King Crimson ProjeKct, we often walked on stage having no idea whatsoever of what we were going to play. That’s the extreme end of it. That’s one of the six possible creative strategies you can adopt. There is a seventh, and it’s invisible, but of the six creative strategies that is one. With ProjeKct One we met the day before our first of four nights, at The Jazz Café in Camden Town, to see if our equipment worked. It didn’t. So we left. The next day was the first of four that we played, without any idea of what we might play.

If you go into a studio where studio bills do have to be paid, it’s likely, although not necessarily so, that you have a more formal structure. I like to go into a studio knowing exactly what I’m going to play, knowing if that’s all that happens, it will be wretched. But, trusting the situation sufficiently that if you go in with that framework, and with people of that quality, the situation will ignite. And then having confidence that David and I can take the bonfire back to England and turn it into a formal statement of that creative process, which is meant to be enduring. It’s the difference between writing an essay and standing on your feet to deliver a lecture or a talk. There is a mobility, a fluidity and a spontaneity possible when speaking. But when you deliver your printed essay the words are fixed, so there is a very different flavour. Nevertheless, as a considered statement of what King Crimson thinks on this particular subject at this particular time, The Power To Believe is a strong one.

Q: Is it meant to say that you improvise a lot?

RF: The quick answer is yes. It’s often determined by context. For example, if there’s lots of photography, you’re not going to be improvising. If you can see lots of microphones held up, you’re not going to be improvising because you are being pinned to earth. The protective sphere available to that is punctured.

So at that point you move to a more structured situation where you can rely on the framework, but then trust the framework to come to life. Even though there may be composed material, it works as a land map. You know you’re going from Wimborne to Blandford, and the way on-the-map is going through Badbury Rings. But there’s one other main route and several subsidiary routes as well. You know you’re going from Wimborne to Blandford, you know that’s your most likely route but, depending how the journey unfolds, you might go different ways. So there is a re-creation: you contact the determining spirit of the piece, if you like, and see where it leads.

But in live performance, as I’m suggesting, it’s becoming increasingly difficult because the nature of public performance in the rock sphere has changed radically in the past 35 years. It’s no longer possible to do what was once possible.

Q: How important is improvisation to the soul of King Crimson?

RF: It’s a necessary part of King Crimson. When you hear the final recorded version, it may be the outcome of improvisation although there may not be a lot of actual improvising on the record. On this particular album, David, how much improv would you say there was?

DS: The Thrush, the Soundscape of The Power To Believe, the Coda, the Power To Believe II

RF: The main one (The Power To Believe II) was all improvised in its origins.

DS: Other than that, they come back to your road map – they are pieces with form, but the exact…

RF: …details change, yes. There is a fluidity and a mobility within them.

Q: Talking about relations with the fans, I’d like to know if for you internet is a valuable tool for this? I’ve read your diary in Discipline and I want to know what do you think about the exchanged musical platforms, like WinMX?

RF: May we go back to the first question please?

Q: Yes.

RF: David Singleton and I were involved in Bootleg Television. David came up with this conceptual device for creating a matrix between performers, music and its audiences. So that, in a sense, technology was in the middle – the linking device between them. We raised four million dollars and spent it. And then when the money was spent and the technology industry down-turned and Broadband hadn’t really happened – where I live in England getting online is still an adventure in daily life, something like crossing the Amazon – all these high tech ideas remain there in potential. They provide a much more exciting and interesting way of bringing music to its audiences and its performers than the current structure of the music industry. The music industry as it currently works, the business model, is so lacking in intelligence it’s frightening.

So technology is a way forward, but obviously not currently. When, from where I live in England you can go online and download music from DGM, from the new DGM site under construction, life will be better. At the moment you can do it in most of America, the city of London and the M4 corridor. The various forms this will take, or the platforms that will launch them, are under discussion.

Q: I will return to the creative process once more, when you write music do you have a vocabulary of the other band members in your mind?

RF: Yes. Yes when I write for King Crimson it’s specifically for these particular people that will be playing it.

Q: So how does that work, how do you put all these things together when you write?

RF: Generally what happens is I go to stay in Nashville with Adrian Belew and his cellar, in his Basement, in the studio apartment next to his studio. I get up anywhere between five and six in the morning. Generally by eight or nine a pencil, a manuscript book, a guitar is in hand, so by the time the band arrives to work for eleven or twelve, I will have had between two and four hours preparation. So I can present them with outline ideas which we’ll then play. That will take us so far into the day, then we’ll go somewhere else. Like we may look at another piece or framework, or we might just play and see where that leads us.

Then at the end of the day I am wiped and exhausted and dribbling and pitifully exhausted, and next day it begins again. We go on like that for a period of time. The next morning with pencil, will be to look at the details of how the other members have responded, or what else has come up in our days’ work previously, and we keep going.

Two weeks of that is utterly exhausting. For me four hours a day working with other musicians five days a week – there is nothing left at the end of the day, nothing. And no interest whatsoever to get up the following morning to begin again, but I do.

Q: What is the thing that makes you wake up, get up?

RF: A commitment to the process.

Q: Your responsibility?

RF: Commitment is something other than responsibility, but once one has made the commitment to the particular process underway, then one has responsibility. So I get up to honour it.

Q: No pleasure in it…? When you are composing it sounds so hard.

RF: Yes it is. When the ideas fly by, unbidden – it is a joy, a joy. And they do. But then trying to pin down, to catch these wonderful things as they fly, and bring them from a world of freedom into a world of definition and limitation, that’s hard. But once they have become absorbed and played by the band, and then they’re set free again to go into the world, that is also a joy. Unless there are people trying to kill them for the very best reasons like, they have a right. That is hard. Fans who want to photograph these children as they’re released into the world, or record them as they’re released into the world, or autograph them as they’re released into the world – it pins to earth a joy.

Transcribed by Laura Hills at DGM HQ, Salisbury, UK; Edited by Robert Fripp in Alexandria & New York between March 3-6, 2003.