‘Once upon a time in Hollywood’ de Quentin Tarantino’

Le dernier film de Tarentino est sur les écrans : l’histoire de la descente en pente douce à Los-Angeles d’un acteur (DiCaprio) dans les années 60’ qui voit son succès décliner et se trouve obligé d’accepter des productions de « pacotille » pour pouvoir continuer à maintenir son train de vie. Il est accompagné en permanence de sa « doublure-cascade » (Brad Pitt) qui lui tient lieu de pote de beuverie et de majordome. Plus intéressant, ses voisins de colline sont Roman Polanski (alors en pleine gloire) et sa femme Sharon Tate. Après différentes pérégrinations, Charles Manson et sa bande de hippies ensorcelés viendra semer le trouble dans le quartier mais la fin sera plus heureuse dans le film pour Sharon Tate que dans la vraie vie…

C’est du Tarentino, le final est surprenant et sanguinolant mais l’ensemble manque un peu de l’énergie et de l’humour auxquels le réalisateur nous avait habitués. Un film à voir néanmoins.

Rouge – Art et Utopie au pays des Soviets – Grand Palais

Le Grand Palais expose l’utopie artistique de la révolution bolchévique d’octobre 1917 : il s’agissait de construire un monde nouveau pour un Homme meilleur, et bien sûr, de diriger la démocratisation d’un art nouveau au service « des masses », où quand l’idéologie veut gouverner la culture. Le résultat, comme on le sait, fut mitigé.

Bien sûr, au début du régime, nombre d’artistes et d’intellectuels, y compris hors d’Union soviétique, soutiennent la révolution qui a notamment pour objectif de sortir « le peuple » de la dictature tsariste qui le maintenait en quasi-esclavage. L’art « de la production » doit permettre d’ouvrir les yeux du « prolétariat » sur les nouveaux objets utilitaires qui doivent transformer sa vie. Le théâtre promeut des modèles de « vie collective » ; l’architecture construit des lieux communautaires et les maisons « du peuple » ; la photographie participe à l’œuvre révolutionnaire en produisant photomontages et surimpressions…

Et puis Staline a mis tout ce petit monde au pas, envoyé nombre de ces artistes au goulag et lancé le « réalisme socialiste […] pour représenter la réalité dans son développement révolutionnaire ». L’art doit guider le peuple vers son « avenir radieux », quelques toiles exposées montrent une jeunesse blonde et réjouie, enthousiaste et décidée, sous la conduite éclairée de Staline et de Lénine, dont le kitsch le dispute à la platitude. Les affiches issues par le parti (Direction de l’éducation politique) sont fleuries et montrent la voie au prolétariat. Les messages sont mentionnés sous les dessins au cas où celles-ci ne seraient pas assez parlantes comme ceux-ci édités en 1922 :

Au communisme [nous] ne parviendrons que par la dictature du prolétariat fais-en partout la démonstration à l’usine, à la ferme, sur la terre, sur les vagues.

Trouillards et laquais de la bourgeoisie, du vent ! Cette gadoue rend nos feux pâlissants.

Rappelle-toi les social-traîtres sont les ennemis tout autant que Clémenceau et Briand, ton salut, c’est le Kominterm – état-major de l’Octobre mondial, etc. etc.

L’art soviétique s’est effondré avant le système économique, Chostakovitch a bien dû réécrire quelques symphonies pas assez dans la ligne du parti, mais son œuvre majeur est restée comme celle des écrivains classiques russes et de nombre de leurs contemporains. Le système n’a pas su asservir l’âme russe qui a survécu à la dictature. La morale de l’histoire est que, comme toujours, les idéologies veulent aussi s’emparer des esprits, et lorsqu’elles y parviennent c’est l’aboutissement de la dictature, celle des bolchevicks comme celle des ayatollahs. Heureusement elles ne gagnent pas à tous les coups.

« 68, mon père et les clous » de Samuel Bigiaoui

Un documentaire émouvant sur la fin du magasin de bricolage de la rue Monge dans le Vème arrondissement parisien : tourné par Samuel Bigiaoui, le fils de Jean, patron de Bricomonge, il relate les dernières semaines de cette boutique fourre-tout, emportée dans la tourmente des nouveaux circuits de distribution. On y achetait des clous à l’unité et du bois au mètre, le tout commercialisé par une équipe de trois fidèles sous la direction de Jean, un patron à l’ancienne, depuis 25 ans. La boutique croule sous un entassement de boîtes, de sachets, de factures collées derrière la caisse… mais on y trouve généralement ce que l’on cherche (et le chroniqueur peut en témoigner). Tout a une fin, il y a de moins en moins de clients, Jean vieillit et il faut mettre la clé sous la porte. Bien sûr aucun repreneur ne serait assez fou pour continuer ce business de quincaillerie en plein Paris, alors c’est Carrefour qui va reprendre la surface.

Samuel filme cette fin mélancolique avec beaucoup d’émotion, interrogeant les clients et les employés, sur l’avant et le futur. Il en profite pour convoquer le passé de son père, ancien militant de la Gauche Prolétarienne (GP) en 68 et un peu après. Mais Jean ne s’exprime qu’en pointillés sur cette expérience sur les bords de la violence… On se souviendra peut-être que cette GP fondée et dirigée par Benny Levy, maoïste, ancien secrétaire de Jean-Paul Sartre, fut dissoute quand son inspirateur renonça justement à franchir le pas de la violence politique pour… partir se consacrer à l’étude de la Torah en Israël jusqu’à sa mort en 2003. Jean Bigiaoui fut lui aussi de cette expérience trouble avant de se recycler dans les clous, après avoir été l’assistant de Joris Ivens, autre documentariste (et mari de Marceline Loridan-Ivens, ancienne déportée et écrivaine). Bref, tout ce petit monde de la révolte, voire de la révolution s’est croisé et recroisé, sur le pavé parisien et dans les luttes du XXème siècle.

Puis le rideau tombe sur Bricomonge après quelques larmes échangées entre les employés et Jean que l’on voit disparaître au bout de la rue des Ecoles, au cœur de ce quartier désormais sérieusement boboïsé mais qui fut longtemps fréquenté par des révolutionnaires de tous bords et une jeunesse assoiffée d’idéaux et d’idéologies.

De Gaulle au musée de l’Armée

Le musée de l’Armée consacre une exposition permanente au Général de Gaulle. Après tout, l’Armée a mené l’un des siens au pouvoir suprême en France, et de quelle manière, c’est bien le moins que son musée honore ce personnage devenu l’un des pères de na nation.

On y retrouve tout ce que les citoyens ayant vécu sous son règne et s’intéressant un tant soit peu à l’Histoire connaissent déjà : beaucoup de photos et de vidéos, la grandeur du tribun, la vision du politique, l’anticipation du militaire. Et quel plaisir de replonger dans ses fameuses conférences de presse où l’humour accompagnait la clairvoyance. Quelle époque !

« Cartier-Bresson en France » à la Fondation Henri Cartier-Bresson

FRANCE. Marseille. The AllÈe du Prado. 1932. I was walking behind this man when all of a sudden he turned around.

Une courte exposition qui retrace quelques-unes des pérégrinations du photographe Henri Cartier-Bresson à travers la France des années 30, et particulièrement celle post-Front populaire où une partie de la population commence à bénéficier des congés payés si âprement obtenus. Les photos de ce grand observateur de l’humain sont toujours touchantes de simplicité, paraissent instantanées, masquant sans doute un grand talent de la mise en scène. On se délecte des familles en pique-nique sur les bords de Seine à une époque où l’on pouvait se baigner dans le fleuve capital, gauloise au bec, béret, baguette et bouteille de gros rouge, toute une époque. Quel œil pour capter ces instants de vie !

Cartier-Bresson s’est engagé en faveur de ce mouvement populaire, ce qui, ajouté à sa fréquentation des surréalistes, sa formation à la peinture et la littérature, son approche du cinéma avec Jean Renoir, fit de lui un des plus fins observateurs de cette France de nos ancêtres.

Et comme il reste du temps le visiteur traverse ensuite l’exposition Guy Tillim, lauréat du prix HBC en 2017, exposant des photos grand-format prises dans des villes d’Afrique australe. Le procédé est intéressant, la photo est divisée généralement en trois parties qui offrent une continuité dans le paysage mais dont chacune des prises ne date pas du même instant, offrant ainsi une discontinuité dans les personnages. On est dans l’Afrique moderne des grandes villes, toutes en couleurs et que l’on devine écrasées sous le soleil. Le temps a passé depuis le Front populaire des bords de Seine… les photographies restent et deviennent une partie de l’Histoire.

Et comme il reste du temps le visiteur traverse ensuite l’exposition Guy Tillim, lauréat du prix HBC en 2017, exposant des photos grand-format prises dans des villes d’Afrique australe. Le procédé est intéressant, la photo est divisée généralement en trois parties qui offrent une continuité dans le paysage mais dont chacune des prises ne date pas du même instant, offrant ainsi une discontinuité dans les personnages. On est dans l’Afrique moderne des grandes villes, toutes en couleurs et que l’on devine écrasées sous le soleil. Le temps a passé depuis le Front populaire des bords de Seine… les photographies restent et deviennent une partie de l’Histoire.

Praça do Metical, Beira, Mozambique, 2017 © Guy Tillim, Courtesy of Stevenson, Cape Town and Johannesburg

Doisneau et la musique – Philharmonie de Paris

Exposition des photos « Doisneau et la musique » à la Philharmonie de Paris, le célèbre photographe des petits riens de la vie quotidienne a aussi été très inspiré par les musiciens tout au long de sa carrière d’où les magnifiques photos que l’on découvre aujourd’hui. Il y a des instantanés d’accordéonistes sur les bords du canal Saint-Martin, de chanteuses de cabaret, des fanfares de village… de la musique populaire comme l’inspiration qui a guidé cet observateur hors pair de la vie quotidienne de notre pays et ses habitants.

Une section de l’exposition est consacrée à l’amitié du photographe avec le violoncelliste Maurice Basquet. Le résultat est plein d’humour où le violoncelle et son instrumentiste posent dans des environnements improbables et des attitudes ironiques : haute-montagne, building new-yorkais, etc. Et puis on glisse du noir-et-blanc vers la couleur avec des photos de Rita Mitsouko à leurs débuts et les Négresses Vertes. On aperçoit même le photographe lors des prises de vue du premier groupe avec ses cheveux blancs et l’appareil réflex qui a remplacé celui à soufflet exposé par ailleurs ; Doisneau, observateur infatigable de nos vies, historien de nos existences.

Miro au Grand Palais

On se bouscule à la rétrospective Miro au Grand Palais ; le peintre espagnol-catalan il est vrai a beaucoup peint et vécu en France, il explique d’ailleurs dans une interview filmée montrée dans l’exposition que son atelier parisien rue Blomet a été un endroit clé dans son destin artistique et sa vie en générale, il n’est donc que bonne manière que Paris rende un hommage (fréquenté) à ce peintre.

Joan Miro (1893-1983) n’est pas à proprement dit un artiste d’abord facile, peinture, sculpture, gravure, céramique, il touche à tout guidé par son inventivité, picorant au hasard des grands mouvements artistiques de la première moitié du XXème siècle : le cubisme, le surréalisme, et bien d’autres. Il fréquente Picasso, les poètes et, surtout, suit son inspiration sans limites et sans cesse régénérée. On défile devant les murs du Grand Palais où se succèdent toiles et sculptures dont certains des commentaires affichés à côté des œuvres laissent rêveurs par leur lyrisme, les critiques d’art s’essayent de faire preuve d’autant de créativité que le peintre…

Formes et couleurs sont éclatantes, chacun y trouve ce qu’il cherche, il n’est pas forcément nécessaire d’intellectualiser l’esthétique. En ressortant on ne sait pas bien ce que l’on retiendra de cette exposition, peut-être seulement l’idée d’un homme qui a voulu casser les codes. Il fit partie de ces groupes d’artistes qui ont dynamité l’art et ses traditions, ils furent les punks de la peinture qui ont déclenché un mouvement qui ne s’est plus arrêté depuis. Grâce leur soit rendue ! 

Dorothea Lange ‘Politique du visible’ – Musée du Jeu de paume

Dorethea Lange

Dorothea Lange (1895-1966) fut une photographe américaine qui consacra sa vie à l’Amérique profonde confrontée aux grandes épreuves qui l’ont marquée, de la dépression des années 1929/30 jusqu’à la deuxième guerre mondiale et l’enfermement des populations d’origine japonaise. Ses reportages, parfois commandés par le gouvernement américain qui voulait constituer des archives des grands évènements d’une époque déjà bien ouverte à la photographie, sont extrêmement soignés, mis en scène. Ils constituent une plongée sociologique dans une Amérique réelle, celle de la misère et d’une sorte d’abnégation des populations face à des drames que finalement elles vaincront collectivement. Mais les photos d’individus sont le plus souvent oppressantes : foules de chômeurs urbains, fuite de paysans devant la sécheresse, familles en route vers nulle part sur des routes rectilignes et désertes, une malheureuse valise à la main, portraits de visages ravinés par le soleil et la tristesse, maisons abandonnées dans le désert… Le noir et blanc accentue le coté tragique de ces instants prélevés sur une population désespérée.

Le reportage sur les camps d’internement où furent enfermés 150 000 personnes, de nationalité américaine ou non, mais toutes d’origine japonaise, lorsque les Etats-Unis entrèrent en guerre contre le Japon en 1941 par suite de l’attaque de Pearl Harbor. Ce qui marque dans les photos est que cette population semble plutôt bien mise et intégrée mais dû malgré tout abandonner en quelques jours ses biens et son environnement pour se retrouver dans des camps dont ils ne purent sortir qu’à la fin de la guerre. Les tirages de Lange sont touchants en ce qu’ils transmettent la discipline, et on dirait même la confiance, un mélange de résignation et de dignité qui émanent de ces populations asiatiques. Ses photos furent jugées un peu trop « révolutionnaires » et le contrat qu’elle avait signée avec le gouvernement fut résilié, les photos sont restées, heureusement. En 1988 le Congrès américain reconnut que ces internements n’étaient pas nécessaires pour la défense nationale, présenta ses excuses aux survivants et leur accorda une compensation financière.

En déambulant dans cette bouleversante exposition on pense bien sûr aux romans de Steinbeck, mais aussi aux chansons de Bruce Springsteen dans l’album Nebraska qui dégagent la même beauté triste.

Le clan des siciliens d’Henri Verneuil (1969)

Le Clan des siciliens tourné en 1969 par Henri Verneuil met en scène le trio gagnant des acteurs français de l’époque : Delon, Gabin et Ventura. C’était un temps où le grand banditisme était présenté avec romantisme et noblesse au cinéma, les mafieux étaient les nouveaux poètes d’une époque révolue, les trafics de drogue, d’humains et autres étaient des activités économiques, on cherchait alors à limiter les morts. Verneuil filme ce contexte avec talent, ses acteurs se régalent dans leurs rôles et le spectateur regarde avec plaisir ce bon film, 50 ans plus tard.

Depuis, Gabin, Ventura et Verneuil sont morts, Delon vieillit salement, le grand banditisme a été remplacé par le terrorisme, beaucoup plus sanguinaire, et des gamins tirent sur leurs congénères à la Kalachnikov dans les cités de banlieue. L’actualité sur YouTube a remplacé les films, la roue tourne !

Leto de Kirill Serebrennikov

Un joli film russe en noir et blanc narrant l’histoire vraie du groupe de rock de Viktor Tsoï, célèbre à Leningrad à la fin des années 80’. On prépare la perestroïka, les posters de T-Rex et Bowie couvrent les murs des appartements communautaires des musiciens, Tatiana fait chavirer les cœurs, l’alcool est consommé à gogo et tout ce petit monde fait sa musique dans un monde qui prépare le grand saut de la fin du communisme. Le réalisateur se régale et parsème le film des références musicales que nous avons tant aimées : The Passenger d’Iggy repris par les voyageurs d’un train, Just a Perfect Day de Lou Reed chanté par les passagers d’un bus… Ce film est un petit bijou.

On Air au Palais de Tokyo

Tomás Saraceno, architecte-artiste argentin, expose sa vision des rythmes et trajectoires sur la planète, générées par l’humain et le non humain. On commence par une pièce composée de toiles d’araignée se développant dans de grandes cages en plexiglas. Les œuvres sont vivantes, éclairées par des spots alors que la salle aux murs noirs est plongée dans l’obscurité. Le résultat est léger et élégant, voire un peu fascinant par sa fragilité. On poursuit avec des installations sonores qui transforment en son les mouvements de l’air, y compris ceux provoqués par les déplacements des spectateurs. Puis vient une salle dédiée aux trajectoires de l’air : sur une carte animée de la planète progressent des lignes allant d’un point à un autre indiquant la route des flux d’air pouvant nous véhiculer vers la destination choisie grâce à la chaleur du soleil… La dernière salle est animée par l’organisation Aerocene qui explique ses buts et expériences avec force vidéos, images et explications : se déplacer en utilisant uniquement l’air et le soleil !

Evidemment tout ceci est très conceptuel, plutôt arty ; un mix d’art contemporain, de perceptions évanescentes, de routes imaginaires et de rêve bobo, très bien pour le Palais de Tokyo. Il ne faut pas s’empêcher de rêver ni de chercher, surtout quand le résultat est esthétique.

Le cubisme au centre Pompidou

George Braque, Le Viaduc à l’Estaque – 1908

Braque, Picasso, Fernand Léger, Delaunay (Robert et Sonia), le centre Pompidou de Beaubourg revient à la fondation du cubisme au début du XIXème siècle. Apollinaire écrivait :

« Le cubisme authentique, si l’on veut s’exprimer d’une manière absolue, serait l’art de nouvelles constellations avec des éléments formels empruntés, non à la réalité de vision, mais à celle de la conception. »

En 1908 un critique décrit les toiles de Braque comme « des schémas géométriques, des cubes » ; le cubisme est né, il va inspirer une époque, ses peintres et ses sculpteurs, un mouvement va infuser les artistes de ce temps en cassant les lignes et les habitudes. Cette exposition retrace et illustre cette histoire avec des toiles qui ne déclenchent pas vraiment d’émotion esthétique. C’est le cubisme…

Cold War de Pawel Pawlikowski

Staline, la musique et l’amour sont réunis dans ce joli film du réalisateur polonais Pawlikowski, déjà auteur de Ida. A la fin des années 40 un professeur de musique tombe amoureux d’une femme recrutée pour chanter dans un ensemble vocal plus ou moins aux ordres du parti comme nombre d’organisations de jeunesse (voire mêmes d’organisations quelles qu’elles soient à cette époque). Afin de progresser et de réussir, la chorale accepte de chanter aussi la gloire du petit père des peuples, en plus des chants traditionnels ruraux, première compromission. Au cours des années qui suivent, l’occasion se présente pour le couple de passer à l’Ouest. L’un franchira le pas, l’autre pas. Et ils se suivront et se retrouveront aux fils de leurs vies toujours tournées vers la musique, et au hasard des compromissions qu’il faut bien consentir avec ses idéaux, ou pas.

Le final est crépusculaire pour ce film tourné en noir et blanc dans des paysages d’un autre âge. La blondeur slave de Zula est encore plus bouleversante en noir et blanc. C’est triste comme une histoire d’amour.

Lire aussi : Ida

Basquiat-Shiele à la Fondation Louis Vuitton

Merveilleuse exposition groupée Jean-Michel Basquiat / Egon Shiele à la Fondation Louis Vuitton, deux artistes sublimes, emportés en pleine jeunesse, le premier en 1988 d’une overdose à 28 ans, le second en 1918, au même âge, emporté par la grippe espagnole, deux êtres torturés et créatifs qui sont magnifiquement racontés ici !

Shiele, autrichien, fils spirituel de Klimt, est l’auteur d’une profusion de dessins, souvent des nus plutôt provoquants, mais aussi de troublants autoportraits ; ses personnages sont long et osseux, déglingués, à mi-chemin entre Giacometti et Corto Maltese, ils rapportent une vision du monde toute en angles et en érotisme.

Puis l’on monte dans les étages rejoindre les toiles de Basquiat, parfois gigantesques, qui nécessitent les grands espaces de ce bâtiment baroque. Le choc est total dans une explosion de couleurs, de personnages robotisés, de collages inattendus, de références multiples, de mots et d’images, de graffitis et de copies ; c’est une profusion d’idées et de visions d’une folle modernité. Basquiat est l’homme d’un lieu et d’une époque, new-yorkais des années 70 et 80’  il a vécu et animé cette folle période où le Velvet Undergound jouait à la Factory, où les poètes de la beat génération croisaient Bob Dylan au bar du Chelsea Hotel, il est devenu l’ami de Keith Haring, et au milieu de cette fabuleuse énergie créatrice, il a créé sans réserve, dessiné, peint, imaginé, il a bu son époque comme un buvard aspire l’air du temps, il a aussi et surtout restitué la souffrance de l’homme noir dans une société violente et raciste. Toute son œuvre est tournée vers cette mission rédemptrice : faire comprendre le sort du Noir sous la férule du pouvoir blanc, celui d’une complète domination, politique, sociétale, artistique ; un pouvoir absolu qui continue à asservir les descendants de l’esclavagisme, fléau de la civilisation américaine.

Les toiles se succèdent comme dans un tourbillon et le visiteur erre dans les salles, fasciné par l’incroyable et spectaculaire productivité de cet artiste dont quelques photos montrent l’aspect juvénile. Le tragique des thèmes abordés cohabite avec la naïveté des formes et des couleurs. Mais au cœur de ce temps l’étoile Basquiat va exploser, victime de l’héroïne, autre marqueur de cette époque avec le Sida. Création-destruction, on se croirait dans une chanson de Lou Reed. Il subsiste face à cette perte brutale un énorme regret mais surtout une fabuleuse actualité.

Les impressionnistes à Londres – Petit Palais


1870 : nos amis les allemands-prussiens envahissent la France qui leur a déclaré la guerre, ils laminent l’armée française, le second Empire s’effondre, la commune se déclenche, la répression la vainc, mais quelques années de trouble poussent des artistes à s’exiler à Londres (où les retrouvera, ironie de l’Histoire, Napoléon III en exil…).

Les peintres y pendront l’Angleterre de l’époque : Monet, Pissaro, Sisley, Tissot et bien d’autres. Le Petit Palais expose leurs œuvres de ces années britanniques. Les échanges créatifs avec les artistes anglais sont nombreux et ces peintres exilés vont s’inspirer et restituer avec talent les atmosphères londoniennes faites de brumes et de suractivité industrielle et fluviale, mais aussi d’élégantes déambulant dans les parcs ensoleillés. Quelle sublime génération d’artistes !

Guigone et Nicolas à Beaune

En 1443 Nicolas Rolin et Guigone de Salins fondent un hôpital pour les Pôvres afin d’apporter soins et charité à une centaine de nécessiteux. C’est un peu l’ancêtre de la sécurité sociale sauf que le financement vient de ce riche couple au lieu de la communauté des cotisants comme aujourd’hui. Dieu n’est jamais loin dans cet établissement qui deviendra les « Hospices de Beaune » et qui accueillit des malades jusqu’en 1971 dans un décor classé monument historique dont les célèbres tuiles peintes composent la toiture. Désormais recyclé en musée « L’Hôtel Dieu » est dédié au souvenir de gens qui se sont dévoués des siècles durant à l’intérêt général.

Le personnel désormais laïque a maintenant été transféré dans un hôpital moderne toujours à Beaune, établissement public de santé original qui détient toujours l’Hôtel-Dieu mais aussi, suite à de nombreux legs au cours des siècles, un domaine viticole de 60 hectares d’excellentes appellations de Bourgogne qui sont commercialisées à l’occasion d’une vente de charité annuelle et dont les revenus servent à l’entretien du patrimoine des Hospices, ainsi qu’à la modernisation des équipements et bâtiments hospitaliers. Sympathique et historique organisation !

Abadie-Landel à Trébeurden

 


Pierre Abadie-Landel (1896 – 1972), peintre aux origines bretonnes est exposé par la municipalité de Trébeurden via la collection privée d’Alain Raux, un trébeurdinais décédé il y a peu. Artiste complet, il a prospéré durant les années folles dans le quartier parisien de Montparnasse : aquarelles, gouaches, dessins, céramiques, caricatures, illustrations… Il a fréquenté les plus grands et fut exposé dans les salons les plus renommés, avant de retomber dans un relatif oubli.

Il a peint surtout les personnages et beaucoup des bretons, retraçant avec réalisme la force et l’austérité des habitants de cette région. Il s’est aussi avancé dans la peinture des clowns du cirque, activité dans laquelle il travailla. Ces portraits de clowns tristes sont souvent accompagnés de l’ombre de l’Ankou (le symbole de la mort dans la mythologie bretonne) qui plane dans le paysage, marquant l’intérêt de l’artiste pour la dualité vie-mort qui marque nos existences. On le voit aussi dans la caricature de la chose militaire lui qui vécut la tragédie de la première guerre mondiale.

Abadie-Landel fut un artiste inspiré et ironique, il est heureux que la passion des collectionneurs le maintienne dans l’actualité.

L’atelier des lumières


Une ancienne fonderie du XIème arrondissement parisien a été reconvertie en galerie d’exposition techno. Ouverte dernièrement elle présente trois animations colorées et mouvantes où des projecteurs diffusent une féérie visuelle sur les murs gigantesques de cette friche industrielle reconvertie dans la culture 2.0.

L’une d’entre elle est dédiée à Gustav Klimt et les artistes de l’art nouveau viennois. Le mixage de ces peintures avec la technologie moderne de projection autorise une vulgarisation aisée de cet art. Une deuxième animation « Hundertwasser » est le fruit de l’engagement écologique d’un artiste autrichien, architecte écologiste, c’est un festival de couleurs et de formes baroques magnifiquement mis scène par ces projections. La troisième est une création algorithmique : on se promène dans une espèce de galaxie en noir et blanc fruit de l’intelligence artificielle. Les plus âgés penseront que la main de l’Homme a encore la primauté sur l’art numérique.

Palais impérial de Compiègne


Le Château de Compiègne a accueilli tout ce que le pays a compté de têtes couronnées depuis Charles V et son achèvement en 1380. D’abord médiéval, il fut transformé par Louis XV puis son successeur Louis XVI puis les empereurs français. La République a mis bon ordre à toute cette royale gabegie, un peu clinquante sur les bords, et transformé ce palais en musée afin que les citoyens puissent se recueillir devant les cendres de la mégalomanie impériale. On y croise de nombreux touristes britanniques, sans doute à la recherche de ce qu’il ne faut pas faire pour maintenir une monarchie en état de marche.

Le visiteur déambule dans les appartements de Napoléon 1er et de Joséphine qui firent remettre en état le château après les dommages de la révolution de 1789. Napoléon III poursuivit la tradition et tout un petit monde lié au pouvoir impérial s’y réunit régulièrement, les diplomates mêlés aux scientifiques, les princes avec les artistes, pour chasser, deviser, écouter des concerts, assister à des pièces de théâtre, bref la vie de cette haute société qui fit progresser l’Histoire des hommes, souvent avec pertes et fracas.

Partie intégrante de cet édifice est le musée nationale de la Voiture dans lequel s’entasse une collection de véhicules hippomobiles du XVIIIème siècle jusqu’à l’apparition des premières automobiles motorisées dont l’on voit la Citroën à chenilles qui participa à l’expédition Citroën en Centre-Afrique dans les années 20 (la « Croisière Noire »), de Colomb- Béchar à Tananarive.