Exposition Walker Evans au Centre Pompidou


Photographe américain (1903-1075), Walker Evans a raconté l’Amérique profonde, celle des hommes et des femmes qui ont peuplé ce pays continent, celle de la crise de 1929 qui a jeté des millions de personnes dans la misère, celle du monde rural, mais aussi l’Amérique de la surconsommation, déjà, des outils et objets de la vie courante.

Plus de 400 photographies sont exposées, souvent en petit format, pas facile à regarder quand il y a trop de monde… Une tranche de vie de l’Amérique et de son peuple qui quelques années après ces photos s’engagera pour sortir l’Europe du chaos nazi, puis quelques décennies plus tard élira un président iconoclaste, Donald Trump.

De Zurbarán à Rothko


Le musée Jaquemart-André expose une partie de la collection privée de la femme d’affaires espagnole Alicia Koplowitz. C’est un parcours d’art à travers les siècles. Cette amatrice a picoré dans les salles de vente durant sa vie, amassant peintures et sculptures, dont elle restitue quelques exemplaires pour cette exposition. Des artistes du XVIème siècle à Rothko et Giacometti on suit avec gourmandise cet accrochage de ce que l’art occidental a produit de plus éclatant.

Bazille au musée d’Orsay


Exposition dédiée à Frédéric Bazille, jeune peintre précurseur de l’impressionnisme, ami de Monet avec qui il partagea des ateliers à Paris, contemporain de Renoir et de Sisley, issu de la bourgeoisie montpelliéraine. Engagé volontaire en 1870, il meurt presqu’aussitôt au combat contre les prussiens, à 28 ans. De cette courte carrière il reste une cinquantaine de tableaux dont de magnifiques toiles de scènes en plein air sous le soleil du sud, des scènes de nus masculins plutôt inhabituelles, des natures mortes de la période d’apprentissage et des portraits et des autoportraits.

Gaston au-delà de Lagaffe


Belle exposition consacrée à Gaston Lagaffe à la bibliothèque publique d’information de Beaubourg, ou plutôt consacrée à Franquin son créateur, à travers le personnage de Gaston. Franquin fut l’un des grands dessinateurs de la bande dessinée humoristique du XXème siècle et son Gaston Lagaffe en a fait rire plus d’un à gorge déployée devant le burlesque des gags de ce garçon de bureau inventif et flemmard, souvent accompagné de son chat et de sa mouette rieuse.

Les planches exposées font le lien avec la pensée de son auteur, un peu révoltée, antimilitariste, plutôt rebelle et tout en subtilité. La rédaction de Spirou qui publiait les aventures de Gaston était en fait gentiment catholique et réactionnaire et cherchait à limiter l’enthousiasme délirant de ses dessinateurs pour ne pas trop choquer les lecteurs et surtout les abonnés… Alors Franquin et ses congénères de la rédaction s’ingénient à faire passer leurs messages dans l’humour et l’optimisme de Gaston Lagaffe. Il récrée d’ailleurs l’atmosphère de la rédaction où s’agite une bande de joyeux drilles sous l’ombre tutélaire et un peu inquiétante du patron M. Dupuis que l’on ne voit jamais mais qui existe réellement.

 

L’esprit du Bauhaus

Exposition Musée des Arts décoratifs 201701

Le musée des arts décoratifs retrace l’idée du Bauhaus : un mouvement culturel de la République de Weimar, moitié artistique, moitié communautaire, bâti sur l‘inspiration de l’architecte Walter Gropius. Il s’agissait de changer l’habitat et l’architecture alors il a créé des ateliers pour le textile, le mobilier, le dessin, le bâtiment et tous les champs possibles de l’expérimentation. Tout ce petit monde vivait en communauté, se rencontrait, s’opposait, se bagarrait, s’unissait, faisait des enfants, s’inspirait des théories marxistes en vogue et… déplut fortement au régime nazi qui surgit en 1933. Le Bauhaus fut dissous, ses membres se répartirent sur la planète, certains furent assassinés par les nazis, d’autres, minoritaires, ont collaboré. On retrouve dans les créations exposées un peu des prémices de l’art déco. On comprend que le Bauhaus fut un mouvement intellectuel et politique créatif à une époque où d’autres courants idéologiques menèrent le monde à l’abîme.

Chémiakine au centre spirituel et culturel orthodoxe russe

Le centre orthodoxe russe a été récemment inauguré et est déjà l’objet de querelles géo-politiques sans véritable intérêt. La grande église affiche fièrement ses bulbes argentés sur les bords de Seine du quai Branly. Elle est fermée le dimanche après-midi…

A défaut, le visiteur se replie sur une exposition de Noël consacrée à l’artiste russe Chémiakine, sculpteur, considéré comme déviant aux temps soviétiques, exilé en France, puis aux Etats-Unis, il est ensuite réhabilité par la Russie. Il réalise des costumes et des décors d’opéra. Ceux de « Casse Noisette » créé dans une nouvelle version en 2001 constitue le cœur de cette exposition.

Avec les dessins, bijoux, vidéos et personnages sculptés (un peu nains de jardin) qui sont exposés on découvre un environnement plutôt inattendu pour Tchaikovsky. L’exposition n’est pas bouleversante mais cette petite incursion dans la culture russe donne envie d’y revenir si les programmes à suivre sont à la hauteur.

Matthieu Chédid rencontre Martin Parr à la Philharmonie de Paris

 

Martin Parr et Matthieu Chédid
Martin Parr et Matthieu Chédid

La rencontre entre un photographe et un musicien. Le premier, Martin Parr est britannique et connu pour ses explosions de couleurs sur des scènes de la vie quotidienne et populaire, au Royaume-Uni, ou ailleurs. Le second, Matthieu Chédid, est un guitariste de grand talent, phare du rock-variété français. Il a composé une espèce de musak qui accompagne agréablement les déambulations du visiteur devant les photos de Martin.

Chaque diaporama est thématique : les chapeaux, les plages… et devant chaque diaporama le musak est spécifique : à base de voix, de guitares, d’électronique… Les photos sont en gros plan, souvent des portraits et toujours éblouissantes de couleurs, les musiques sont éthérées, diffuses. L’ensemble est agréable.

Fantin-Latour : exposition « A fleur de peau » au Musée du Luxembourg

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Belle exposition Fantin-Latour au musée du Luxembourg jusqu’au 12 février 2017 : ce peintre du XIXème siècle (1836-1904) est finalement assez peu connu des non-initiés mais fut l’auteur de merveilleuses natures mortes, à base de fleurs pour l’essentiel, dont la précision du dessin et le rendu des couleurs sont proprement stupéfiants. Des tableaux de groupe sont également exposés où Rimbaud, Verlaine ou Baudelaire cohabitent avec d’autres personnages de l’époque, connus ou pas, ainsi que l’auteur qui prend un malin plaisir à se glisser dans le tableau. Grand amateur de musique, Fantin peindra aussi des toiles hommages à ses héros : Wagner, Berlioz, Schumann… dans lesquelles il laisse parler un imaginaire un peu kitch.

Un homme qui a consacré sa vie à l’art, produit des centaines de toiles, s’est initié à la photographie naissante, méritait bien cet hommage mené à bien par ce sympathique petit musée parisien.

La connerie se vend bien

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M. Bolloré, cador du CAC40, qu’on appelait autrefois le Mozart du Cash flow, s’est mis en tête comme tout patron qui se respecte d’investir dans les médias, pour exister dans les dîners en ville, voire dans les cénacles politiques. Ces investissements sont généralement financièrement déficitaires mais peut-être profitables en termes d’égo. Tous les grand pédégés ont mis la main à la poche à un moment donné pour se payer un journal, une radio ou une télévision.

L’actualité du jour porte sur les démêlés de M. Bolloré avec les chaînes de télévision et les journaux dont il est actionnaire directement ou indirectement. On avait déjà parlé il y a quelques mois des ponts d’or versés à Cyril Hanouna pour continuer à abrutir la population des téléspectateurs de D8 avec une émission dont l’imbécilité atteint des sommets rarement égalés. On a aujourd’hui l’affaire Morandini, un animateur mis en examen pour « corruption de mineur aggravée ». Le garçon produit des websérie érotique et aurait utilisé cette position pour tenter de séduire des garçons. Contre toute attente, il dispose aussi d’une carte de journaliste et intervient désormais sur iTélé pour une émission journalière d’une heure. Evidemment la rédaction de la chaîne s’émeut du pédigrée de ce nouveau-venu et s’est mise en grève depuis plusieurs jours.

Au-delà des cas personnels Hanouna ou Morandini, on voit ce que donne la privatisation intégrale des médias qui sont généralement immédiatement envahis par la publicité et la connerie. Allez-voir quelques minutes de l’émission d’Hanouna sur D8 (qui s’appelle désormais C8) pour vous rendre réellement compte de l’Himalaya d’abrutissement diffusé à une heure de grande écoute. Les médias publics consommant l’argent des contribuables sont quand même restés à l‘écart de ces dérives, en tout cas des plus édifiantes. En termes macro-économiques le maintien d’un minimum de raison et d’intelligence sur les médias est sans doute rentable pour une nation et la dépense publique en faveur de médias publics n’est pas engagée pour rien. Hanouna, Morandini et quelques autres le confirment par l’absurde tous les jours.

Lire aussi : Cyril Hanouna : le fond du fond

Bob Dylan prix Nobel de littérature

Entendu à la machine à café :

« De la foutaise, bientôt on donnera le prix Nobel de la paix à BenArfa (un fouteballeur). »

Pierre Assouline, écrivain français déclarait :

« Lui attribuer le Nobel de littérature, c’est affligeant. J’aime Dylan mais il n’a pas d’œuvre. Je trouve que l’Académie suédoise se ridiculise. C’est méprisant pour les écrivains ».

Pour le bourgeois-pas-bohème Bob Dylan n’est qu’un gauchiste soixante-huitard responsable du laxisme de nos sociétés occidentales. Il ne mérite rien. Qu’ils se rassurent, Dylan, imperturbable, n’a toujours pas réagi à l’annonce de sa récompense, on ne sait pas s’il l’acceptera ni même s’il viendrait le recevoir à Stockholm au cas où il l’accepterait.

Hodler-Monet-Munch au musée Marmottan-Monet

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Belle exposition comparée des artistes impressionnistes Ferdinand Hodler, Claude Monet et Edvard Munch au musée Marmottan-Monet qui rivalisent en techniques de peinture et créativité pour peindre l’impossible : le soleil, l’eau, la neige. L’accrochage des tableaux fait mieux comprendre aux visiteurs le cheminement et les réflexions de ces grands artistes au sommet de leur art. Et ce petit musée Monet est toujours un sympathique lieu de promenade d’un week-end.

Chua Ek Kay à Singapour

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After The Rain – Chua Ek Kay (Singapour)

Street Scenes Revisited (traduit du chinois)

The old house still stand,

Despite the storms through the years.

I have grown grey in my lone wonderings,

Reflecting on my solitude toward heaven.

I have seen snow-capped peaks in June,

Seagulls sleeping on the beach of south seas.

Miles of lotuses separating heaven and earth,

The pink of spring in fallen apples blossoms.

A lonely cloud frozen by the emerald hill,

White egrets prancing in a graceful dance.

With my brush I journey on desert tracks,

Through sandstorms I hear bells of the caravans.

I search from my old dream in the moonlight,

Fragments of an old song from winding verandas.

The paint on doors and windows is peeling off,

Crickets are crying at the foot of the wall.

There is great Order in the whole universe,

Determining when everything forms or stays.

Now as I return to my old residence,

How the folks and the street have changed.

Only the banyan tree remains the same,

Perched with flocks of birds at dusk and dawn.

Look at the sunflower under the tree,

And how every blooms plucks light from the sun.

It’s now a whole new world,

Where peace and quiet keeps out the noisy one.

While I toil tirelessly stroke after stroke,

Each of them a brush with the truth and innocence.

Exposition Gabritschevsky à la Maison Rouge

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Eugen Gabritschevsky est un citoyen russe né en 1893 dans une famille aisée et cultivée. Il deviendra scientifique, brillant biologiste ayant travaillé dans des universités de différents continents avant d’affronter des troubles psychiques assez graves (délires) à partir de 1929 qui l’obligeront à intégrer volontairement un hôpital psychiatrique qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort en 1979.

Cet internement le verra sortir de la société des hommes tout en restant conscient. Il mettra à profit cet isolement pour créer une œuvre méconnue mais prolifique, qui sera identifiée par Jean Dubuffet et promue par son frère Georg. La Maison Rouge lui rend hommage et présente une partie de ses peintures, généralement des gouaches et aquarelles colorées et de petit format.

Comme dans une bande-dessinée de science-fiction, on y croise les composants étranges du monde de l’artiste malade : des formes plutôt non-humaines, fantômes ou bêtes de laboratoire, des atmosphères inquiétantes mais des couleurs sereines, une angoisse exprimée de façon touchante.

« Gabritschevsky le paranoïaque tient la chronique bouleversante d’un siècle effroyable. » (Le Monde)

Exposition « Après la Shoah »

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Le Mémorial de la Shoah organise une exposition sur le retour des juifs européens survivants des camps vers leurs pays d’origine ou ce qu’il en reste. A partir de cartographies, d’images, de films et autres documents d’archive, on y découvre le sort peu enviable de cette communauté au milieu du chaos européen de l’après-guerre où des millions de réfugiés vont et viennent dans un continent en ruines où déjà la guerre froide installe son rideau de fer. De gigantesques camps de transit sont installés qui sont parfois même les camps de concentration recyclés…  Parfois encore des actes antisémites et de nouveau des pogroms accueillent les survivants comme en Pologne.

En France les survivants juifs de retour ne sont qu’une petite partie d’un flot de près de deux millions de personnes qui rentrent au pays : travailleurs du STO, prisonniers de guerre, déportés politiques, etc. Ils retrouvent, ou pas, des membres de leurs familles, leurs biens. Beaucoup veulent fuir la vieille Europe et émigrent vers les Etats-Unis, l’Australie et bien sûr aussi la Palestine quand le Royaume-Uni qui en assure le mandat les laisse entrer…

L’hôtel Lutétia ancienne kommandantur allemande est transformé en centre d’accueil et de débriefing des déportés de retour. Michel Rocard, jeune éclaireur protestant est sur place pour aider, comme de nombreux volontaires.

Des associations juives de secours international essayent de porter aide à ces personnes avec une attention particulière pour les enfants orphelins qui reviennent. Les gouvernements font ce qu’ils peuvent. Le sujet de la Shoah n’en est encore pas un, il ne le deviendra que trente ans plus tard. Les pays et les populations mettront des décennies à reconstruire et à assumer. Cette émouvante exposition en rappelle toute la difficulté.

Marquet au musée d’art moderne de Paris

Marquet

Peintre français de la première moitié du XXème siècle Albert Marquet fut l’ami de Matisse et a peint Paris sur Seine, la mer en Normandie, les grands ports d’Europe du Nord, celui de Marseille, celui d’Alger (ville où il vécut plusieurs années). Timide et discret il esquisse à peine les personnages et les objets pour laisser éclater les paysages et les couleurs : celles de la brume sur l’Ile de la Cité, de la pluie à Hambourg ou des plages normandes. Une très jolie rétrospective au musée d’art moderne de Paris.

Le Front Populaire à la mairie de Paris

Front-Populaire_2016Emouvante exposition de photos à la Mairie de Paris pour le 80ème anniversaire du Front Populaire. On y croise l’Histoire, les mouvements de lutte syndicale, la guerre d’Espagne, Léon Blum, Marcel Cachin, Romain Rolland, André Malraux, le Colonel de La Roque, les ligues d’extrême droite, les grèves à Billancourt et bien d’autres tribuns et évènement de cette époque où les idéologies s’affrontaient les armes à la main et non sur les réseaux sociaux. On y partage aussi un enthousiasme et un espoir populaires qui ne sont plus guère de mise aujourd’hui, mais qui peuvent revenir, qui sait ?

Merci Patron

Merci-Patron

Merci Patron : le film désopilant d’une sympathique manipulation consistant à faire payer 35 000 euros par un mastodonte de la bourse à un couple d’ouvriers du Nord, licencié depuis plusieurs années par ce groupe (LVMH) spécialisé dans les futilités du grand luxe. A la veille de se faire saisir leur maison, gentiment mené par le réalisateur François Ruffin, par ailleurs journaliste engagé à gauche à la tête du journal Fakir, le couple adresse une lettre à Bernard Arnault, pédégé dudit groupe pour lui réclamer 35 000 EUR lui permettant de désintéresser un créancier à hauteur de 30 000 EUR et 5 000 additionnels pour quelques achats de première nécessité. Sans réponse positive, des courriers seraient adressés à la presse pour expliquer la situation.

LVMH envoie alors un négociateur et lâche finalement les 35 000 EUR en échange d’un engagement de confidentialité des bénéficiaires. L’engagement ne sera évidemment pas tenu puisque toutes les séances de négociation sont filmées et font l’objet de ce film-récit qui connait un franc et inattendu succès dans les salles. Le groupe aura l’intelligence de ne pas réagir face à cette violation de l’accord de confidentialité ce qui aurait été encore pire pour sa réputation.

Le sujet est traité avec beaucoup de drôlerie malgré un engagement politique certain. La lettre à Bernard Arnault est accompagnée d’un paquet cadeau de spécialités du Nord dont un pâté à l’ail, le négociateur déploie ses meilleurs efforts pour faire populo lorsqu’il discutaille avec le couple, etc…

Cela entraîne évidemment un peu de simplisme dans la démonstration. Que LVMH et son pédégé soient plus voraces qu’une meute de grands requins blancs au milieu d’un banc de thons ne fait aucun doute, que les engagements pris par M. Arnault lors de la reprise du groupe Boussac avec de l’argent public n’aient pas été tenus, c’est hélas indéniable et ce fut le départ de sa réussite boursière, mais il n’est pas interdit de se poser la question sur ce qui serait advenu si le groupe Boussac n’avait pas été repris et avait été purement et simplement liquidé sans autre forme de procès. Personne ne connaît la réponse mais ne film en tout cas ne pose pas la question, c’est là sa limite.

Jim Harrison a quitté notre monde

JIM HARRISON 2007 (Photo by Aaron Lynett/Toronto Star via Getty Images)

Jim Harrison est mort cette semaine, une crise cardiaque alors qu’il était à sa table de travail. Il avait 78 ans et se trouvait dans sa maison en Arizona. Il laisse une œuvre considérable faite de romans et de poésies. Il a décrit l’Amérique comme personne, celle des grands espaces, de la violence du climat comme de celle de ses habitants. Il a parlé de la nature en Amérique, celles des lacs et des forêts, des ours et des montagnes, de la chasse et des randonnées ; une Amérique loin des grandes villes huppées et intellectuelles dans une nature où la violence rôde toujours au coin du bois mais où se déroule la comédie humaine de l’amour et du sexe.

Jim Harrison était un ogre qui dévorait la vie et les côtes de bœuf avec le même insatiable appétit. Il a ripaillé sa vie durant et décrit ses dévorations à longueur de romans et récits. Au paradis des écrivains gageons qu’il trouvera une bouteille de bourbon pour continuer à vivre. Sous ses dehors rudes il cachait un grand cœur comme le démontrent les histoires d’amour émouvantes, et tellement humaines, qui peuplent son œuvre. Adieu Lord Jim !

Homeland : Irak année zéro

Homeland-Iraq

En deux épisodes de 2h40 chacun, Abbas Fahdel, cinéaste irakien exilé en France, a filmé les siens juste avant l’invasion de son pays en 2003 par une coalition internationale et une semaine après la chute de Bagdad.

Dans la première partie il filme sa famille dans une villa cossue de la capitale en train de se préparer à la guerre, creusant un puit, allant chercher son aide alimentaire, conduisant une multitude d’enfants dans les écoles et les universités… Et il fait parler ce petit monde qui n’aime pas beaucoup Saddam Hussein, qui vit sous embargo depuis des années et ne semble pas s’inquiéter outre mesure de cette annonce de guerre. Il est vrai que ce pays en a déjà vécu plusieurs sous la férule de son dictateur.

Dans le deuxième épisode la caméra sort dans la rue, nous montre les cortèges de camions de soldats américains, un char stationné sous un monument, nous fait visiter nombre de bâtiments dévastés par des pilleurs, le petit bourg où les enfants se sont réfugiés durant l’assaut. Le réalisateur fait parler la population qui partage sa peur devant l’insécurité grandissante après la bataille, l’absence de remise en route des infrastructures. Mais au fur et à mesure que les semaines passent cette acrimonie se retourne contre l’occupant américain. On sait comment s’est terminée cette triste épreuve de force dont le reste du monde subit encore les effets dévastateurs.

Et il y a toujours autant d’enfants qui semblent être le fil conducteur du réalisateur, dont son neveu Haïdar, 12/13 ans, déluré, bavard, malin et rigolard qui pose des questions autant qu’il développe des réponses à tout. Le deuxième épisode se termine tragiquement par une attaque de nuit de la voiture où se trouvent l’oncle et le neveu. Après une courte rafale de mitraillette, on voit un plan fixe sur la tombe d’Haïdar.

C’est un film émouvant sur des gens normaux soumis aux foudres de l’Histoire. En cela il nous touche car chacun se voit possiblement dans la situation de cette famille à l’heure de la montée des périls. Une expérience humaine, tout simplement, bien loin de poncifs et idées préconçues sur ce pays.