« Le dernier des injustes » de Claude Lanzmann

Le dernier des injustes, où Claude Lanzmann utilise des matériels qu’il avait accumulés lors du tournage de Shoah. Un film de presque quatre heures centré sur une interview de Benjamin Murmelstein réalisée en 1975. Il administra avant la guerre le bureau d’émigration des juifs de Vienne, dont il était également le rabbin, puis il fut doyen des juifs du camp de concentration « modèle » de Theresienstadt jusqu’à la libération. A ce titre il travailla avec Eichmann dans des conditions qu’il explique. Petit personnage trapu et vif, il explique, justifie, démonte, son action de l’époque qui fut très controversée après la guerre, sans passer sous silence que s’il pensait d’abord à la communauté juive du camp, il pensait aussi à son sort, sans masquer le fait que sa position de doyen impliquait également des enjeux de pouvoirs et que les juifs des camps étaient « des martyrs mais pas tous des saints ».

Au passage il démonte la théorie d’Hannah Arendt sur la banalité du mal qui considérait Eichmann comme un simple bureaucrate du système nazi. Il qualifie ce raisonnement de « risible » et qualifie Eichmann de « démon corrompu ».

Lanzmann fait pencher la balance en sa faveur, et à tout le moins pousse les spectateurs à la réflexion devant l’incroyable complexité de ces situations où le système nazi cherchait à s’appuyer sur la communauté juive pour l’administration des ghettos, poussant ainsi la perversité à son apogée en impliquant les victimes dans l’administration de la solution finale.

Les catacombes de Paris


Visite des Catacombes de Paris : les ossements de 6 millions de parisiens entassés dans d’anciennes carrières qui mitent les sous-sols de la ville. C’est impressionnant et un peu morbide. C’est en tout cas un must sur tous les guides touristiques vu le nombre d’étrangers prêts à faire la queue des heures pour y accéder.

Hiroshima mon amour d’Alain Resnais

Hiroshima mon Amour, film classique de 1959 ressort sur les écrans. Avec Alain Resnais (réalisation), Marguerite Duras (scénario et dialogues) et la ville d’Hiroshima (cadre du film) : évidemment ce n’est pas la franche rigolade ! Il s’agit d’amour, de guerre, et donc de mort. Si on ajoute le phrasé saccadé-surfait d’Emmanuelle Riva, on a un film moderne à l’époque, mais un film légendaire quand même.

Exposition « La spoliation des juifs – une politique d’Etat 1940-1944 »

 


Exposition au Memorial de la Shoah sur le processus de spoliation des juifs de France de 1940 avec l’occupation allemande jusqu’à la libération en 1944. Sont exposés les textes définissant la qualité de « juif » et ceux légalisant la saisie de leurs biens, tous signés par le pouvoir français de l’époque. On y découvre le détail des procédures : recensement des hommes et de leurs biens, mise sous administration provisoire des biens détenus directement ou indirectement par des juifs, saisies, ventes aux enchères à des « bons français », versement des produits des ventes à la Caisse des dépôts et consignation pour 90% et le solde sur le compte de fonctionnement du Commissariat général aux questions juives, etc. La plupart des saisies portent sur de petites entreprises, des boutiques individuelles. On y lit des lettres de chefs de famille ruinés et spoliés adressées aux autorités françaises demandant une indulgence qui ne sera pas accordée. Et d’autres lettres d’administrateurs volontaires qui proposent leurs services pour la gestion des biens juifs… Tout ceci est quelque peu terrifiant !

« Oh Boy » de Jan Ole Gerster


Un petit film intimiste, Oh Boy, qui pourrai être français mais qui est allemand, ou 24 heures à Berlin dans la vie d’un post-adolescent, génération bof, à qui pas grand-chose ne réussit ces derniers mois. Etudiant raté, amoureux dans le doute, en conflit avec son père qui le finance, etc. Touchant !

Hannah Arendt de Margarethe von Trotta

 

Hannah Arendt, le film de Margarethe von Trotta sur la philosophe allemande et la polémique déclenchée par son célèbre reportage Eichmann à Jérusalem écrit à l’occasion du procès du responsable nazi retrouvé par Israël en Argentine, enlevé, jugé puis pendu dans ce pays pour sa participation active à la destruction des juifs d’Europe. La controverse fut déclenchée par la théorie d’Arendt sur « la banalité du mal » et son compte-rendu de la participation plus ou moins consciente, plus ou moins active, de certains judenrates (comités juifs) évoquée lors du procès.

Sa théorie fut de dire que l’un des aspects les plus terrifiants de la barbarie nazie réside dans le fait qu’elle a été exercée par des hommes normaux, de bureaucrates, auxquels le régime avait ôté toute capacité de penser, et donc de différencier le bien et le mal. Le film de cette réalisatrice allemande est tout sauf hollywoodien, Dieu merci, mais évidemment d’un format insuffisant pour rendre compte de l’analyse de cette philosophe qui a théorisé le mal tout au long de sa vie et traité de la Shoah sous son aspect philosophique, sans affect mais avec détermination. Le mieux est encore de lire « Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal ».

Le Passé d’Asghar Farhadi

 


Un film du réalisateur iranien Asghar Farhadi, sombre face-à-face familial en huis-clos, pas une note de musique sauf sur la dernière image, que des cris, des larmes ou des chuchotements pour accompagner de pesants secrets qui ne seront jamais complètement dévoilés. Prix d’interprétation féminine à Cannes 2013 pour l’actrice Bérénice Bejo. Comme il se doit pour un film intimiste, limite art-et-essai, il n’y a personne dans la salle.

Quadrophonia des Who

 


Après le récent concert Quadrophonia des Who (ou plutôt de ce qu’il en reste) à Paris, voici le film de 1979 Quadrophonia qui ressort sur les écrans illustrant les luttes des bandes de jeunes refusant la société de leurs parents, entre Mods et Rockers, au Royaume-Uni dans les années 60. On y croise Sting peroxydé au milieu de la dérive du héros plus préoccupé par ses costumes, son scooter et ses amphétamines, que de satisfaire les ambitions de ses parents ou de son employeur ! Le film est vif et un peu désespéré. Il annonce Transpotting en 1996, encore plus noir et où les Punks ont remplacé les Mods. Le Monde s’est fait des révoltes de la jeunesse dont la plupart se sont terminées avec la compromission des révoltés !

Keith Haring au Musée d’art moderne de Paris

Exposition Keith Haring  au musée d’art moderne de Paris : graphiste-tagueur américain fulgurant des années 80/90, il a pris part à de nombreux combats politiques, dont celui contre le sida, maladie dont il est mort à 33 ans. Ses petits personnages ont fait le tour du monde, souvent ils se battent contre un chien qui les dévore symbolisant le capitalisme. Il a décoré d’une vaste fresque extérieure une tour de l’hôpital Necker-Enfants malades de Paris, toujours visible. Naïveté, couleurs et liberté de ton émanent des dessins si modernes de cet artiste touchant !

La vallée de Chateaubriand

MAISON DE CHATEAUBRIAND

Déambulations dans la maison et le parc de Chateaubriand, c’est à Chatenay-Malabry, la Vallée aux Loups, un endroit un peu hors du temps que l‘écrivain a acquis au début du XIXème siècle et revendu une vingtaine d’années plus tard lors de ses ruptures diverses avec Napoléon et les pouvoirs en place. Dans ce grand parc on voit les arbres plantés par Chateaubriand et l’on sent l’âme du romantique qui volète au milieu des petits oiseaux dans un océan de verdure.

Le rez-de-chaussée est une succession de pièces de vie arrangées en mobilier empire, aux murs entoilés de parures qui nous paraissent aujourd’hui désuètes. Le premier étage est consacré à une exposition du trésor du Saint Sépulcre, référence au voyage en Orient de l’écrivain. En méditation devant des toiles du XVIIème siècle ramenées de Jérusalem pour le temps de cette expositions, on entend deux gamines réfléchir à haute voix sur comment elles pourraient organiser une teuf dans cet environnement. Hum, hum…, ces deux miss n’ont sans doute pas encore lu les Mémoires d’Outre-Tombe.

Le Joli Mai de Chris Marker

Un très joli documentaire sorti en 1962, remastérisé et présenté cette année au clinquant festival de Cannes. Tourné à Paris en mai 1962, il montre une ville sortant de la guerre d’Algérie qui ne semble d’ailleurs pas avoir fondamentalement traumatisé les populations, on y écoute des parisiens interviewés sur ce qu’ils sont et ce qu’ils pensent : descommerçants, des amoureux, des immigrés, des passants… C’est une autre époque, plus optimiste et moins complexe, bien rendue dans ce film léger et charmant.�