Gibson en faillite


Le fabricant de guitares Gibson a déposé son bilan, mais avec un plan de continuation d’activité. Gageons que les créanciers de cette société consentiront à quelques sacrifices pour sauver cette marque mythique, utilisée par les plus grands !

JAOUEN Hervé, ‘Que ma terre demeure’.

Sortie : 2001, Chez : POCKET 11496

Un roman régional sur les conflits agricoles bretons entre les tenants de l’agriculture productiviste, et notamment de l’élevage industriel du cochon, et les partisans d’une agriculture « bio ». C’est un vieux sujet transporté sur le terroir breton où le présent à prouvé et démontre encore l’impasse économique et écologique de l’élevage industriel. Il y est question de querelles de politique locale, de syndicats agricoles, de chasse, de secrets de famille et d’histoires d’amour bien sûr. Le penchant de l’auteur pour les romans policiers amène une fin un peu sanguinolente qui n’était sans doute pas indispensable dans le contexte.

AUBENAS Florence, ‘Le quai de Ouistreham’.

Sortie : 2010, Chez : POINTS P2679

Voulant connaître la vraie vie d’un chômeur en recherche d’emploi dans une région économiquement sinistrée, Florence Aubenas, journaliste (à Libération puis au Nouvel Observateur) part s’installer à Caen en 2010 pour démarrer le difficile parcours d’obtention d’un job. Elle s’affiche sans diplôme, ex-femme au foyer quittée par son mari, et commence par visiter l’agence Pôle Emploi, puis, progressivement obtient des petits contrats de ménage de quelques heures dans des entreprises locales, des campings, les ferry-boats du port…

Elle décrit avec précision le parcours du combattant, le fatalisme des personnels de Pôle Emploi qui cherchent à l’orienter, le salon de l’emploi de la ville, les formations d’agent de ménage, ses premières heures à récurer les toilettes du camping, la solidarité de ses collègues d’infortune, la fatigue physique, la pression continue pour faire toujours plus dans un temps qui se raccourcit, le maigre salaire absorbé par les frais, de véhicule notamment car il faut bien se rendre au travail en l’absence de transports en commun, la dureté des employeurs…

Mais elle obtiendra finalement une proposition de contrat à durée déterminée qui mettra fin à son aventure, ne voulant pas prendre le travail de quelqu’un.

Ce livre explique le monde dans lequel vivent les citoyens habitant ces zones où il ne reste plus vraiment d’activité économique. Les industries locales ont disparu les unes après les autres mais les habitants sont restés. La loi de l’offre et la demande étant ce qu’elle est, les jobs qui restent sont peu nombreux, sous-payés et très précaires. Les services de l’Etat font ce qu’ils peuvent pour limiter la vague du chômage mais les résultats sont faibles, on a l’impression qu’il n’y a plus grand-chose à faire sinon fermer la région. On peut aussi voir un coté pas complètement négatif dans ce reportage : elle mettra six mois pour obtenir un CDI de ménage après avoir quand même bénéficié de formation et de prestations d’orientation financées par l’Etat qui semblent avoir été quand même un minimum efficaces. Cela aurait pu être pire.

Florence Aubenas en profite pour jeter un regard affectueux sur les gens qui l’entourent : les accrocheurs, les malins, les dévastés, les dragueurs, les salauds… Ce livre est une bonne surprise qui réconcilie avec le journalisme qui n’est donc pas que mondain.

Kupka au Grand Palais


Rétrospective du peintre Kupka au Grand-Palais : né en 1871 en Bohème (devenue République Tchèque), mort à Puteaux en France en 1957, il fut désigné comme l’un des pionniers de l’abstraction avec Robert Delaunay ou Vassili Kandinsky. L’exposition retrace son parcours et sa réflexion sur l’art, de la figuration qu’il rejettera progressivement pour cheminer vers l’abstraction où se mêlent géométrie, couleurs, structuration/ déstructuration. Il fut aussi dessinateur/graphiste dans des revues anarchistes et libertaires, voire légèrement libertines sur les bords.

Outre son engagement libre-penseur social, l’homme se montre également féru de science, d’architecture et d’Histoire. Sa peinture s’inspire de ses réflexions, notamment sur l’espace-temps alors qu’il évoluait vers l’abstraction totale. Le parcours de l’artiste est fascinant par sa curiosité sans borne sur tout ce qui fit son époque, et sa capacité à le transformer en création. C’est là sans doute la puissance des vrais artistes. Le résultat pictural est complexe, pas toujours facile à déchiffrer.

Arcade Fire – 2018/04/28 – Paris Bercy


Concert enthousiasmant d’Arcade Fire à Bercy pour la présentation de leur dernier disque : Everything Now, le groupe a joué sur un ring de boxe installé au milieu de la fosse, surmonté de quatre écrans installés en carré. Traversant et retraversant la foule, les Arcade Fire ont joué plus de deux heures accueillant au hasard de la setlit quelques invités : trois danseuses haïtiennes, un musicien camerounais et sa mini flûte, un percussionniste et l’incroyable groupe de jazz qui fit la première partie, Preservation Hall Jazz Band. Tout ce petit monde se retrouva sur scène pour le rappel, quitta ensuite la salle en une longue procession pour se retrouver… boulevard de Bercy où la quinzaine de musiciens ont continué le show dans la rue devant des spectateurs éberlués.

Malgré le gigantisme de la salle due au statut désormais planétaire du groupe, l’expérience d’un concert des Arcade Fire reste toujours marquante et, au-delà des falbalas et des fioritures, leur musique est un chef d’œuvre d’enthousiasme et de bonheur.

Setlist : A Fifth of Beethoven (Walter Murphy song)/ Everything Now (Continued) (instrumental version with boxing intro)/ Everything Now (with Patrick Bebey)/ Rebellion (Lies)/ Here Comes the Night Time (with Patrick Bebey) (Haitian dancers on stage)/ Haïti (with Patrick Bebey) (Haitian dancers on stage)/ No Cars Go/ Electric Blue/ Put Your Money on Me/ Neon Bible/ My Body Is a Cage/ Neighborhood #1 (Tunnels)/ The Suburbs/ The Suburbs (Continued)/ Ready to Start (Damian Taylor Remix outro)/ Sprawl II (Mountains Beyond Mountains)/ Reflektor/ Afterlife/ Creature Comfort/ Neighborhood #3 (Power Out) (with ‘I Give You Power’ snippet)
Encore : We Don’t Deserve Love/ The Coffee Cola Song (Francis Bebey cover) (with Patrick Bebey)/ Everything Now (Continued) (with Patrick Bebey) (with Preservation Hall Jazz Band)/ Wake Up (with Patrick Bebey) (with Preservation Hall Jazz… more )

Warmup : Preservation Hall Jazz Band

HARARI Yuval Noah, ‘Sapiens – Une brève histoire de l’humanité’.

Sortie : 2014, Chez : Albin Michel

La passionnante histoire de notre ancêtre l’Homo Sapiens qui domina (et domine encore) le monde il y a 13 000 ans en s’avérant supérieur à son frère Neandertal et à quelques autres cousins de familles plus éloignées. Raconté comme un roman, ce récit de vulgarisation mêle l’Histoire des hommes avec celles de la science, de l’économie et de la pensée, dévoilant ainsi la réflexion très profonde de son auteur, historien israélien, qui utilise ce voyage dans le temps pour revenir sur quelques réflexions essentielles de nos pauvres existences qui se percutent parfois violement avec les débats d’actualité : Sapiens a-t-il remplacé les autres hominidés ou s’est-il mêlé à eux ? La maîtrise du langage, la capacité à créer une réalité imaginaire (la monnaie, le système juridique, etc.) ou la manipulation des mythes comme outils de conquête ! Le désastre écologique que fut le développement d’Homo Sapiens lorsqu’il sortit d’Afrique il y 12 000 ans. La liberté comme invention de l’Homme et non concept biologique, l’argent « le seul système de confiance créé par l’homme qui puisse enjamber n’importe quel fossé culturel et qui ne fasse aucune discrimination sur la base de la religion, du genre, de la race, de l’âge ou de l’orientation sexuelle », la religion définit comme « un système de normes et de valeurs humaines fondé sur la croyance en l’existence d’un ordre surhumain », le lien entre le développement de l’impérialisme et celui de la science, le conquérant ayant soif de nouveaux territoires comme de nouveaux savoirs, l’ambition insatiable des européens au début des temps modernes à faire voile vers des terres lointaines pleine de cultures étrangères, les rapports entre un Etat et des marchés forts / la Famille et les communautés faibles ou vice versa, etc…

La pensée de l’auteur est claire, les raisonnements concis et lumineux, la vulgarisation rend le lecteur intelligent aussi celui-ci frémit comme Yuval Harari devant l’abysse du possible dans le futur : l’homme bionique, la conscience améliorée, l’ADN utilisée comme identifiant, la modification possible des désirs et des émotions, l’Homo Sapiens devenu maître du monde au détriment des autres espèces mais sait-il ce qu’il veut devenir et ce qu’il va devenir ?

Ces questions sont vertigineuses.

Holly Miranda – 2018/04/24 – Paris le Point Ephémère

Holly Miranda, compositrice-guitariste-chanteuse américaine passe au Point Ephémère ce soir. Il n’y a qu’une vingtaine de personnes dans la salle, c’est un peu triste pour elle. Elle joue avec un batteur et une saxophoniste, le matériel est un peu délabré, les musiciens ont sans doute le moral dans les chaussettes, « ce n’est pas un moment idéal » susurre Holly en accordant sa guitare, mais ils nous donnent un joli petit concert sans trop d’entrain.

La première partie est assurée par le groupe australien électro-jeune Leyya plutôt inspiré et allant.

Corot « Le peintre et ses modèles » au Musée Marmottan


Le coté méconnu des talents de Corot (1796-1875) : outre ses célèbres paysages, le peintre a aussi excellé dans les portraits comme le confirment la soixantaine de tableaux exposés par le Musée Marmottan où sont mis en valeur des modèles, des paysannes, des enfants, des moines ou des soldats, et quelques nus langoureux. C’est élégant, coloré, exquis. On y redécouvre l’atmosphère d’une époque et l’on plonge dans les regards, souvent rêveurs et mélancoliques de ces personnages dont on ne sait pas presque rien.

Exposition Zbigniew Dlubak à la Fondation Henri Cartier-Bresson


Photographe polonais, Zbigniew Dlubak (1921 – 2005) a expérimenté et théorisé une photographie abstraite. La Fondation Henri Cartier-Bresson, petit musée du XIVème arrondissement parisien, lui dédie une exposition « Zbigniew Dlubak – Héritier des avant-gardes ». On découvre des séries de photographies noir-et-blanc sur la symétrie des corps (humains), le langage des gestes, et des dessins et peintures de cet artiste également fut également peintre et soucieux de rapprocher peinture et photographie. Tout ceci est très abstrait et d’un abord un peu complexe :

« Le rôle social de l’art consiste à introduire dans la conscience humaine le facteur de négation, il permet de remettre en question la rigidité des schémas et des conventions dans le rendu de la réalité. L’art même est évolution, c’est l’introduction de tout nouveau moyen d’expression. »

C’est tout dire…

FANON Frantz, ‘Les damnés de la terre’.

Sortie : 1981 (première édition 1961), Chez : FM / petite collection maspero

« Les damnés de la terre » de Fanon sont au fait colonial ce que « Le capital » de Marx est au fait capitaliste : une analyse fine et fondée de la réalité, un immense espoir que le futur sera meilleur et une terrible désillusion pour ceux qui ont adhéré à cet espoir.

Psychiatre martiniquais né en 1925, il a rapidement pris fait et cause pour l’indépendance de l’Algérie dans son combat contre la France et développé une pensée tiers-mondiste qui a marqué son siècle et dont « Les damnés… » sont l’œuvre majeure.

Son analyse porte sur les rapports colonisés/colonisateurs, remettant au clair toutes les justifications avancées par les puissances coloniales au sujet de leurs conquêtes. Depuis son poste à l’hôpital de Blida (en Algérie) il observe avec acuité la colonisation française de l’Algérie qui, à cette époque, vit son crépuscule : la violence du colonial sur les masses colonisées, la simple volonté du colonisé non pas d’obtenir le statut du colon mais de prendre sa place, la paresse voire la compromission de la bourgeoisie colonisée qui freine l’élan des masses, la difficulté de construire un sentiment national après des décennies d’asservissement, de fonder un développement économique pour l’après guerre de libération…

Et surtout il analyse tous les écueils que l’entité décolonisée devra affronter pour devenir une véritable nation, et ceux-ci sont légion. Les premières expériences et déconvenues africaines nourrissent sa réflexion : apparition de partis uniques à tendance autoritaires voire dictatoriales, fuite de capitaux des entreprises coloniales, relents de guerre froide, volonté de se définir par rapport à l’ancienne puissance coloniale plutôt que de développer une conscience nationale, apparition d’une caste de profiteurs, recolonisation rampante avec les flots d’experts étrangers se déversant dans tous les secteurs de la nouvelle nation, y compris son armée, tendances à la tribalisassions des nouveaux pouvoirs…

Un chapitre est consacré aux maladies mentales qu’en tant que psychiatre en Algérie durant la guerre il observe et tente de soigner. Il revient notamment sur les troubles mentaux générés par l’usage de la torture, autant sur les torturés que ceux qui ont torturés.

Avec un réalisme un peu désespéré Fanon constate l’ampleur de la tâche et des obstacles à franchir. Le fait colonial a insidieusement corrompu les mentalités des peuples et considérablement accru les difficultés pour se construire.

Pétrit d’analyse marxiste (il rencontrera Sarte qui préface sa première édition, et Lanzmann) il conseille aux nations se battant pour leur indépendance de ne pas suivre l’exemple de l’Europe qui « au nom d’une prétendue ‘aventure spirituelle’… étouffe la quasi-totalité de l’humanité. Regardez-là aujourd’hui basculer entre la désintégration nucléaire et la désintégration spirituelle. Et pourtant, chez elle, sur le plan des réalisations on peut dire qu’elle tout réussi. »

Dans une conclusion fiévreuse il abjure les nouveaux pouvoirs indépendants, et ceux aspirant à l’être, de ne pas singer ni rattraper l’Europe mais plutôt de « trouver autre chose » dont l’Homme serait le centre :

« Allons frères, nous avons beaucoup trop de travail pour nous amuser des jeux d’arrière-garde. L’Europe a fait ce qu’elle avait à faire et somme toute elle l’a bien fait ; cessons de l’accuser mais disons-lui fermement qu’elle ne doit plus continuer à faire tant de bruit. Nous n’avons plus à la craindre, cessons donc de l’envier…

Pour l’Europe, pour nous-mêmes et pour l’humanité, camarades, il faut faire peau neuve, développer une pensée neuve, tenter de mettre sur pied un homme neuf. »

Il renoncera à la nationalité française pour l’algérienne et décédera aux Etats-Unis d’une leucémie en 1961, à 36 ans, après avoir été soigné à Moscou. Il est inhumé en Algérie. Il n’a donc pas vu comment sa vision décolonisatrice avait été mise en œuvre, ni en Algérie ni dans les pays d’Afrique noire. Il n’a pas eu le temps d’être déçu mais il avait parfaitement anticipé tous les obstacles grâce à sa perception des dysfonctionnements congénitaux de la colonisation, pour en sortir il préconisa l’illusion de « l’Homme nouveau » qui a mal fonctionné, en Algérie comme ailleurs.

Malgré tout ces nations colonisées sont devenues indépendantes ce qui était inévitable et souhaitable, et le but ultime de combattants tel Frantz Fanon. Une pensée puissante !

GRINSPAN Ida, ‘J’ai pas pleuré’.

Sortie : 2002, Chez : Pocket Jeunes Adultes J1123

C’est un court et pédagogique ouvrage issu de dialogues entre Bertrand Poirot-Delpech et Ida Grinspan, jeune française juive, déportée à 14 ans à Auschwitz et qui en revint seule, ses parents y ayant été assassinés. Elle fut arrêtée par des gendarmes français au cœur d’un petit village, malgré le soutien de la population. A son retour, comme beaucoup de ses compagnons d’infortune, elle consacra beaucoup de temps à raconter et expliquer la Shoah aux jeunes dans les écoles.

Ce livre de la collection « Jeunes Adultes » est un peu le scénario de ces séances collectives : de courts chapitres pour narrer l’impensable, avant, pendant et après les camps. Il insiste particulièrement sur l’indispensable solidarité au cœur de l’horreur comme condition de la survie, et la volonté permanente des nazis de déshumaniser leurs prisonniers pour les réduire au néant et faciliter leur extermination.

On apprend rien sur le fond, il n’y a pas l’émotion ni le style des récits de Charlotte Delbo (elles furent amies) mais c’est œuvre utile pour ne pas oublier ce fait sinistre majeur du XXème siècle.

Ecriture inclusivement étonnante

La maire de Paris adresse une lettre à tous les nouveaux citoyens-contribuables déboulant dans sa ville ou changeant d’arrondissement qui commence ainsi :

Au nom de l’ensemble des élu.e.s parisien.ne.s je vous souhaite la bienvenue dans votre nouvel arrondissement de résidence.

La mairie a donc adopté l’écriture dite « inclusive » censée respecter l’égalité entre l’homme et la femme et permettre de cesser « d’invisibiliser les femmes ». Cette nouvelle grammaire veut supprimer la règle d’accord selon laquelle, au pluriel, « le masculin l’emporte sur le féminin ». Il s’agit, en gros :

  • D’accorder en genre les noms de fonctions, grades, métiers et titres (Exemples : « présidente », « directrice », »chroniqueuse », « professeure », « intervenante », etc)
  • D’user du féminin et du masculin, par la double flexion, l’épicène ou le point milieu (Exemples : « elles et ils font », « les membres », « les candidat·e·s à la Présidence de la République », etc.)
  • De ne plus mettre de majuscule de prestige à « Homme » (Exemple : « droits humains » ou « droits de la personne humaine » plutôt que « droits de l’Homme »)

Moult cénacles pour l’égalité, pour la grammaire, pour la langue française, etc. ont pris parti pour ou contre cette nouvelle conception de la grammaire. Le premier ministre a signé une circulaire dans laquelle il demande aux services de l’Etat de ne pas faire usage de cette « écriture inclusive » dans les textes officiels, notamment « pour des raisons d’intelligibilité et de clarté de la norme. »

L’académie française, qui n’est pas particulièrement réputée pour son ouverture au féminisme ni au modernisme, a publié une déclaration critique sur cette nouvelle mode grammaticale qui « aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité ».

Accessoirement, les logiciels de traitement de texte comme Word de Microsoft, n’ont pas encore appris ces nouvelles règles et ressortent en fautes soulignées de rouge toute ces tentatives de « visibiliser les femmes ».

Bref, en est en plein débat picrocholin comme la France aime à en mener. La bonne nouvelle c’est au moins de pouvoir se dire qu’un pays qui a les moyens de payer tant de personnes à se pencher sur ce genre de sujets ne peut pas être fondamentalement un pays qui va mal !

BOBIN Christian, ‘Le Très-bas’.

Sortie : 1992, Chez : folio 2681

La vie rêvée de Saint François d’Assise racontée par Christian Bobin, écrivain, philosophe et poète, plutôt concerné par la religion. Un ouvrage court fait de scénettes qui mêlent la bible et des étapes du parcours de François qui a consacré la majeure partie de son existence à la pauvreté après avoir commercé dans les affaires de son père et festoyé avec ses amis du XIIIème siècle.

Le style est léger et poétique, un peu abscons, voire mystique. Le sujet s’y prête. Saint-François d’Assise était réputé pour parler aux animaux :

« Il parle aux hirondelles et s’entretient avec les loups. Il entre en réunion avec des pierres et organise des colloques avec des arbres. Il parle avec tout l’univers car tout a puissance de parole dans l’amour, car tout est doué de sens dans l’amour insensé. »

Da paraboles en fables, Bobin nous ramène vaguement au message de Dieu d’une façon guillerette et sautillante, enrobant la vie de François de jeux de mots et d’exercices de style.

Malik Sidibé « Mali Twist » à la Fondation Cartier


Très belle exposition du photographe Malik Sidibé à la Fondation Cartier pour l’art contemporain. De nationalité malienne Malik (1935-2016) a travaillé sa vie durant dans une petite boutique de photographe du quartier Bagadadji de Bamako. Il a photographié (presque peint) les siens qui défilaient dans son studio, pour des photos d’identité ou d’ambiance, où qu’il captait dans les soirées de la jeunesse postindépendance. Il acheta son matériel de laboratoire à un militaire français sur le départ après l’indépendance.

Si la milice politique du régime marxiste de Modibo Keïta n’était pas très tolérante, celle de Moussa Traoré qui lui succéda par voie de coup d’Etat à la fin des années 60’ laissa se dérouler de chaudes soirées bamakoises où les jeunes paradaient en costumes soignés sur les rythmes du twist, du rock et d’autres venus d’Occident. Ces « surprise parties » semblaient déborder de gaîté et de créativité. Sidibé a accumulé des milliers de négatifs noir et blanc de ces instants d’insouciance colorée.

Sidibé a été célébré dans le monde entier et ses photos exposés dans de prestigieuses institutions. Nombre de ses clichés sont présentés à la Fondation Cartier et on y chemine avec délice. Au sous-sol est projeté le film « Dolce Vita Africana » où l’on suit Malik Sidibé en fin de carrière, devisant avec ses amis ex-ambianceurs bamakois devant sa boutique, buvant le thé sur des fauteuils hors d’âge devant la circulation des véhicules hétéroclites dans les rues toujours défoncées de la capitale malienne. Ensemble, ils évoquent et racontent cette époque des années 60/70’ où tout semblait possible, lorsque l’enthousiasme de l’indépendance et des idéologies n’avaient pas été encore vraiment confrontés à la réalité. Ils réorganisent même une soirée « Las Vegas » où tous ces vieux ambianceurs se retrouvent devant l’objectif de Malik.

Le film est aussi touchant que les clichés, on y découvre la modestie de Sidibé qui éclate et sa passion pour la photographie des gens qui nous laisse l’héritage inestimable de ces milliers de clichés.

« En studio, j’aimais le travail de composition. Le rapport du photographe avec le sujet s’établit avec le toucher. Il fallait arranger la personne, trouver le bon profil, trouver la lumière qui embellit le corps. J’employais aussi du maquillage, je donnais de positions et des attitudes qui convenaient bien à la personne. J’avais mes tactiques. Ce travail que j’aimais trop m’a fait solitaire. Je ne pouvais plus le quitter ! » Malik Sidibé

Ces pédégés qui se croient irremplaçables

Le pédégé de l’entreprise publique Radio France vient d’être condamné à un an de prison avec sursis plus 20 000 EUR d’amende pour avoir favorisé des fournisseurs dans son précédent emploi. Il a fait appel de cette condamnation comme l’y autorise la loi de notre belle démocratie. L’un des fournisseurs est un prestataire de services au profil plutôt flou défini ainsi sur son compte Tweeter : « Cofondateur de 2017, cabinet conseil en stratégie et communication. Président de Balises. Enseignant à Sciences-Po Paris en communication politique ». Bref, un « communicant » comme on nomme aujourd’hui ce genre de personnages qui envahissent les plateaux télévisés, les cabinets ministériels et les bureaux des pédégés du CAC40.

On voit sur ledit compte la photo récente de cette fine équipe de mousquetaires du bla-bla :

Jeunes (sauf le patron), détendus (pas de cravate), habillés sobre et noir (tendance), du personnel féminin mis sur le devant (qui n’a sans doute pas été recruté que sur la rapidité de ses neurones), négligemment installés sur la table blanche (souplesse des membres), bref, ça exsude la « coolitude »… et la soupe insipide à vendre.

Si le pédégé de Radio France avait passé un peu moins de temps avec ces gogos et un peu plus à travailler sur ses dossiers dans son bureau il aurait moins d’ennuis aujourd’hui. On ne sait pas si la procédure d’appel l’innocentera ou au contraire aggravera sa condamnation, qu’importe, ses patrons ont décidé qu’il n’était plus en mesure d’assumer sereinement ses fonctions. C’est ainsi. Il ne voulait pas démissionner alors il a été viré. Comme toujours, on trouve une cohorte de ses défenseurs qui nous expliquent que ce pédégé est irremplaçable car il a bien géré, enregistré de bons résultats et doit poursuivre les réformes qu’il a engagées et que seul lui pourrait finaliser.

Une nouvelle fois il faut s’en persuader, ces pédégés sont interchangeables et les décideurs de Radio France n’auront qu’à shooter sur les platanes de l’avenue Marceau pour qu’il tombe une dizaine de bons candidat de chaque arbre. Que cette bonne maison de Radio France ne s’inquiète pas et continue à nous concocter ses programmes de qualité, elle accueillera sous peu un nouveau patron qui fera aussi bien que le banni.

Décès de Dolores O’Riordan


La chanteuse-guitariste-auteure-compositrice irlandaise Dolores O’Riordan, leader du groupe The Cranberries est décédée brutalement il y a quelques jours dans un hôtel londonien, a priori d’une overdose de Fentanyl, un analgésique opioïde qui a déjà tué Prince et Michael Jackson. Elle avait 46 ans.

Les Cranberries furent un groupe des années 1980/90, aux mélodies tristounettes menées par la voix un peu désespérée de Dolores qui a infusé son spleen dans sa musique. Mais cette musique était belle, un peu dans la veine de celle des Cure pour les adolescents neurasthéniques de la génération suivante. Le groupe s’est séparé, le temps d’une ou deux tournées solos de Dolores, avant de se reformer dans les années 2000, ce qui n’était pas indispensable.

Les quatre premiers disques des Cranberries restent dans nos cœurs. On ne sait pas bien si la mort de Dolores est volontaire ou non, elle va de toute façon nous manquer et personne ne pouvait lui souhaiter un sort pareil. Sa mélancolie lui avait déjà posé quelques sérieux soucis de santé, espérons qu’elle ne l’a pas achevée.

Lire aussi :

 

DOA, ‘Pukhtu : Primo (tome 1) & Secundo (tome 2)’.

Deux tomes de 800 pages chacun pour narrer l’histoire haletante de mercenaires engagés dans les guerres du passage du XX au XXIème siècles : Yougoslavie, Afghanistan, Irak…, au service d’armées occidentales en cours de privatisation. Pour couronner le tout, ces chiens de guerre se lancent dans le trafic de drogue, comme leurs ennemis, pour arrondir leurs fins de mois et préparer leurs retraites.

L’auteur, plus ou moins anonyme, se fait appeler DOA comme Death On Arrival (« mort à l’arrivée », symbolisant les blessés qui arrivent en ambulance à l’hôpital mais sont déjà décédés au débarquement) et semble avoir plus ou moins fricoté dans les milieux militaires, du renseignement et du journalisme de guerre. On dirait qu’il sait de quoi il parle.

Alors on plonge dans ces guerres orientales post 11 septembre, sombres et sordides, où s’affrontent la modernité technique du plus haut niveau avec l’arriération religieuse la plus renversante, le besoin raisonnable de mettre à l’abri des nations attaquées avec l’inspiration divine de combattants qui parlent en direct avec Dieu.

On suit dans « Primo » le parcours de paramilitaires sous contrat avec les autorités américaines, qui exécutent certaines des basses œuvres de cette guerre, et leurs ennemis d’en face, talibans convaincus, trafiquants de métier, spécialistes du rapt de personnes ou simples prévaricateurs impénitents. Tout ce petit monde s’affronte, se capture, se torture, se tue, sans oublier de trafiquer la drogue ou les otages. L’intrigue est complexe, emberlificotée dans les histoires locales de clans, de traditions, de familles. Tout est sanglant, dangereux, parfois insoutenable. L’action est menée par des guerriers sans peur et avec beaucoup de reproches… mais c’est la guerre, une guerre en partie secrète où tout est permis, de tous les cotés ! Ce qu’on peut lire du conflit afghan dans la presse et la littérature de combat laisse craindre, hélas, que ce roman ne soit très proche de la réalité. On y comprend aussi comment cette guerre est et sera perdue par l’Occident.

Le second tome « Secundo » transporte les personnages en Europe et en Afrique, territoires où ils continuent à exercer leurs influences malfaisantes mais dans un cadre plus policé où les barbouzes en costume remplacent des pachtounes en mobylette, mais le cynisme et la sauvagerie sont les mêmes. On frémit à l’évocation de ces missions spéciales confiées à des services plus ou moins officiels et réalisées par des hommes nécessaires et dangereux, parfois intéressés.

Les choses se terminent mal, bien sûr, pour nombre des personnages, certains s’en sortent, avec leurs traumatismes, et le lecteur referme la dernière page plongé dans un abyme de doutes et de réflexions sur notre pauvre monde.

BADIOU Alain, ‘Notre mal vient de plus loin – Penser les tueries du 13 novembre’.

Sortie : 2016, Chez : Ouvertures Fayard

Ce court texte est la transcription d’un séminaire prononcé le 23/11/2015 par le philosophe aux idées sérieusement ancrées dans le marxisme. Tentant de surmonter l’hébétement qui s’est emparé du pays après la tuerie de masse islamiste il cherche à rendre intelligibles ces actes qui dépassent l’entendement pour nombre d’entre nous.

Evidemment c’est du Badiou, donc le capitalisme et ses pratiques impériales sont au centre de tout, c’est lui qui définit les notions de « barbarie » ou de « civilisation », c’est lui qui qualifie de « coloration religieuse » les massacres perpétrés par « les bandes fascistes » des groupes terroristes Etat islamiste et assimilés. Badiou considère que ces bandes armées ne font qu’occuper le terrain dévasté par le système capitaliste, leur engagement religieux de façade étant similaire aux bondieuseries de la mafia, ou au soutien de l’Eglise catholique aux massacres des troupes de Franco en leurs temps.

Les inégalités mondiales générées par le libéralisme occidental auraient enfanté ce nihilisme qui n’est pour le penseur qu’un nouveau fascisme contemporain dont les tueurs développent ce coté « Viva la Muerte » qui anima aussi les jeunes français collabos des nazis qui profitait de leurs positions pour faire n’importe quoi et tuer tout le monde. Leur imam alors était Pétain !

Comme Phèdre à qui Racine fait avouer son amour qu’elle estime criminel, Alain Badiou conclut :

« Nous pouvons dire aussi que notre mal vient de plus loin que l’immigration, plus loin que l’islam, que le Moyen-Orient dévasté, que l’Afrique soumise au pillage… Notre mal vient de l’échec historique du communisme. Donc il vient de loin, en effet. »

S’il n’est pas sûr qu’un communisme victorieux eut permis d’éviter ces tueries à « coloration religieuse » ont peut au moins convenir avec Badiou que le capitalisme occidental n’a pas su les empêcher d’arriver.

COSTELLO Elvis, ‘Musique Infidèle & Encre Sympathique’.

Sortie : 2015, Chez : Fayard.

L’autobiographie de l’un des rockers britanniques les plus prolixes des quarante dernières années. Fils et petit-fils de musiciens, Elvis Costello (Declan Patrick MacManus de son vrai nom) est d’origine irlandaise, bien sûr, et a surfé sur la vague post-punk pour mettre sa vie en musique et en folie. Il a su digérer un incroyable micmac d’influences musicales qui lui ont été insufflées presque génétiquement par les générations de musiciens qui l’ont précédé : jazz, blues, rock, country, classique, et bien d’autres.

Eveillé au rock par la rébellion punk il a tout de suite canalisé cette énergie en l’intellectualisant grâce à une facilité d’écriture de textes percutants et ciselés, et de composition d’une musique du même acabit. Accompagnés de groupes successifs (The Attractions, The Imposters…) il a sorti un nombre incalculable de disques, une productivité digne de Zappa, et il reste probablement des centaines de morceaux en réserve…

Ayant finalement connu un succès assez rapide avec The Attractions, il raconte dans ce livre cette vie trépidante de la fin des années 70′ à courir les scènes rock du monde et les studios d’enregistrement pour y graver ses idées musicales aussi prolifiques que désordonnées. Une époque pressée, excessive, peuplées de découvertes sans fin. Un temps finalement à l’unisson de sa musique faite de chansons courtes et sèches, au son rugueux juste adouci par le clavier du fidèle Steve Nieve (un jeu de mot avec Naive).

Et puis Elvis s’est progressivement assagi et il a duré. Multipliant les collaborations avec de nombreux artistes, dont certains qu’il n’aurait jamais espéré rencontrer un jour et encore moins pour composer avec eux ou pour eux (Hank Williams, Van Morisson, Roy Orbinson, Paul McCartney, Jerry Lee Lewis, Chet Baker…), il s’est ouvert à toute la musique, y compris classique. Reconnu comme un auteur-compositeur hors norme et une Péronne qui compte dans la culture musicale contemporaine.

Sa vie sentimentale fut aussi « diversifiée » que ses influences, il épousa notamment la bassiste des Pogues (dans le genre punk-trash) et file maintenant le parfait amour depuis dix ans avec Diana Krall, subtile et délicate pianiste-chanteuse de jazz…

Ses textes parlent des choses de la musique et de la vie dans un style dynamique à l’humour tout britannique. 800 pages dédiées au destin musical de la famille MacManus, pleines de tendresse à l’égard de ses ancêtres dont le souvenir parcourt ses chansons. Veronica, composée avec McCartney, sur la maladie d’Alzheimer de sa grand-mère :

« Will you wake from your dream, with a wolf at the door
Reaching out for Veronica? »

Et lorsque son père et complice en musique décède il note qu’il va lui falloir du temps « pour accepter l’idée d’écrire des chansons que je ne pourrais jamais jouer pour mon père. L’observer tandis qu’il écoutait un disque était pour moi quelque chose d’irremplaçable. Il est des chagrins que la musique ne peut soigner. »

Après Keith Richard, Bruce Springsteen, Joe Jackson, Neil Young… Elvis Costello a sorti son autobiographie. Même si nombre d’entre eux sont toujours actifs, les rockers de cette génération commencent à tirer leur révérence. C’est un bienfait qu’ils écrivent ce que fut leurs vies et dévoilent ce processus créatif si mystérieux.

« Il n’existe pas de musique supérieure. Pas de haut ni de bas. Ce qui est merveilleux, c’est qu’on n’est même pas tenu de choisir : on peut tout aimer. Ces chansons sont là pour nous aider quand on en a la plus besoin. On peut tomber sur l’une d’elles à tout moment, bienfait émergeant du bruit dans n’importe quel bouge en sous-sol ».

TOLHURST Lol, ‘Cured – Two Imaginary Boys’.

L’autobiographie de Lol Tolhurst, batteur historique du groupe de légende The Cure : c’est l’histoire d’une bande de potes, adolescents à Crawley, une banlieue populaire au sud de Londres dans l’Angleterre dépressive de la fin des années 70′. En pleine explosion punk et pour lutter contre la morosité ambiante et la grisaille britannique, ils se réunissent sous l’égide de Robert Smith pour créer le son d’une génération.

Tolhurst démarra comme batteur et poursuivit aux claviers. Sérieusement alcoolique il sera finalement viré du groupe (en 1989) qui poursuivit sa route avant des retrouvailles pour une tournée revival en 2011 après qu’il eut réglé son addiction (d’où le titre « Cured »).

Ces mémoires reviennent sur la créativité de Robert Smith qui prit rapidement l’ascendant artistique sur ce groupe de copains musiciens. On est fasciné de se remémorer le parcours de ces gamins qui ont écrit « Boys don’t cry » ou « 10:15 Saturday night » à 18 ans, les ont répétés dans la cave de leurs parents puis déployés sur les plus grandes scènes de la planète. Au hasard des dérives des uns et des autres ils ont su garder cohésion et amitié depuis 40 années, fidèles à leur musique et à leur destin.

Après la violence révolutionnaire du mouvement punk, ils ont mené avec constance et brio ce qui a été alors appelé la cold wave, marquée par un penchant un peu tristoune accentué encore par la voix torturée et les textes de Robert Smith. Mais ce fut une mélancolie salvatrice pour nombre d’adolescents de l’époque et, aujourd’hui encore, The Cure continue à sortir des disque et tourner pour ces anciens teenagers qui continuent à vénérer ce groupe.

Lol Tolhurst n’est plus que rarement de la partie mais son livre se termine par sa victoire dans son combat contre l’alcoolisme et sa réconciliation avec le reste de la bande. Installé à Los Angeles avec sa femme et son fils il a retrouvé une vie apaisée qui lui a permis de revenir à la musique avec un groupe fondé avec son épouse. Une belle histoire de musique et de rédemption.