Bacon en toutes lettres

In Memory of George Dyer (1971)

Exposition dédiée à Francis Bacon (1909-1992) au centre Pompidou de Paris : peinture mêlée aux lettres, des petites salles sonorisées disent des textes d’Eschyle, Nietzsche, Bataille, Leiris, Conrad et Eliot, écrivains ayant inspirés le peintre qui était un grand lecteur. On ne trouve pas de lien direct évident entre les œuvres peintes et écrites sinon une folie un peu morbide et effrayante des deux côtés.

Les œuvres exposées sont celles peintes entre 1971 et le décès de l’artiste britannique. Elles sont parfois de grande taille, souvent en triptyque, toujours avec un fond de couleur chatoyante et le personnage central dans les beiges-marrons. Les formes sont celles si typiques de Francis Bacon, dégoulinantes, désarticulées, monstrueuses. Rien n’est droit, tout est mouvant, c’est la réalité telle que l’artiste la voyait. Certaines toiles sont dédiées à George Dyer, son modèle et amant qui se suicidera (drogue et alcool) en 1971 à Paris à la veille d’une rétrospective au Grand Palais. Elles ne sont pas plus perturbantes que les autres.

Tout s’effondre dans cette vision du monde tellement particulière. Le texte de Conrad présenté dans l’une des salles est celui si célèbre repris par Marlon Brando dans Apocalypse Now se terminant par ce mot répété deux fois dans un souffle : « L’horreur ! L’horreur ! ». C’est un peu le fil rouge de la création de cet artiste, on éprouve de la fascination voyeuriste devant ces images de dévastation qui hante Francis Bacon : que peut-il se passer dans l’âme d’un créateur pour produire de telles œuvres ?

Le texte d’Eschyle est lui aussi évocateur :

J’entre au fond du sanctuaire, couvert d’offrandes, et je vois près de l’ombilic un homme souillé de sacrilège assis en suppliant, qui serre dans ses mains dégoutantes de sang une épée fraichement tirée et un long rameau d’olivier soigneusement enveloppé de bandelettes, ou pour mieux dire comme une éclatante toison.

Eschyle, « Les Euménides »

On découvre par ailleurs l’amitié inattendue de Bacon avec Michel Leiris (1901-1990), écrivain-poète et ethnologue français. Inattendue tant ces deux personnages paraissaient peu assortis. Le second a fait connaître le premier en France à la fin des années 60’ qui lui a aussi inspiré des textes. Leiris a aussi préfacé la majorité des catalogues de Bacon. Les deux artistes vont s’inspirer et se stimuler l’un l’autre au long de ces années de fréquentation. Des portraits de Leiris sont présentés dans l’exposition.

On ne mettrait sans doute pas les tableaux de Bacon dans son salon sous peine de sérieusement perturber l’atmosphère, mais cette exposition rend un bel hommage à cet artiste important du XXème siècle.

Dugain Marc, ‘Ils vont tuer Robert Kennedy’.

Sortie : 2017, Chez : folio 6635

Marc Dugain continue à mettre à contribution son imagination fertile au service des grands évènements et personnages de notre XXème siècle occidental. Avec un talent particulier il mêle réalité et fiction et convoque les Etats-Unis d’Amérique des années post-2ème guerre mondiale en plein conflit de puissance avec l’Union soviétique. Alors repassent dans ses romans « documentaires » tous les combats d’une époque qui n’en fut pas avare.

On suit ici la famille Kennedy en pleine tourmente politico-morale, les relations douteuses entre mafia, rebelles cubains et pouvoir politique, les projets des services secrets en quête d’innovations diverses pour gagner la guerre froide contre l’ours soviétique, et une famille canadienne sans doute mêlée à ces projets pour mettre la psychologie au service de ce combat !

Mais finalement, tout ceci a-t-il existé ou n’est-ce que le fruit de la paranoïa du personnage principal ? Le lecteur tirera sa propre conclusion de ce roman haletant. Ce qui est sûr est que John et Robert Kennedy ont été assassinés dans ce pays à la violence endémique.

Les doigts dans le pot de confiture !

Une polémique franchouillardo-culturo-germanopratine souffle sur la rive gauche : Yann Moix, écrivain de plateaux télévisés voit sortir de derrière les fagots des écrits et dessins antisémites qu’il a commis il y a de nombreuses années. D’abord dans le déni, il admit ensuite ces dérives expliquant qu’il a depuis vécu un long chemin de croix pour purger ces erreurs. L’auteur brillant plus ces derniers temps par ses apparitions polémiques dans les médias que par sa création littéraire, ces saillies racistes lui sont renvoyées en boomerang dans les leçons de morale qu’il a un peu trop pris l’habitude de déclamer sur les ondes.

C’est le risque, quand on est à ce point fasciné par sa propre image que l’on en sature les médias (et les spectateurs), ceux qui brillent un peu moins ne vous ratent pas. Yann Moix en subit les effets qu’il aurait pu anticiper en manifestant moins d’autosatisfaction et un peu plus d’humilité.

Ainsi va la dure vie de Saint-Germain-des-Prés !

Mort de Ric Ocasek leader du groupe The Cars

Ric Ocasek, leader-compositeur-auteur-créateur-producteur-chanteur du groupe américain The Cars, peintre et poète à ses heures, est mort ce 15 septembre à un âge estimé à 75 ans. Dans les années 70/80 il a mené ce groupe new-wave qui est devenu une usine à tubes avec un musique dansante, simple, rythmée et agrémentée de petites ritournelles au clavier, un vrai bonheur. Grande bringue dégingandée, toujours affublé de lunettes sombres et de cheveux longs et noirs, il affirmait n’avoir jamais aimé les tournées, il était par contre devenu un producteur apprécié : les machines plutôt que le public. Adieu Ric !

Sally Man au musée du Jeu de Paume

Sally Man (née en 1951) est une photographe américaine née en Virginie dont l’œuvre est hantée par l’Histoire tragique de son pays, de la guerre de sécession à l’esclavage en passant par l’émancipation des populations noires au XXème siècle. L’Etat de Virginie où elle est née fut pionnier de l’indépendance américaine au XVIIIème mais également, plus tard, un Etat confédéré au XIXème, partisan de l’esclavagisme et qui abrita même à Richmond la capitale des Confédérés.

La photographe est partie sur les traces des champs de bataille de la guerre civile en prenant des photos en noir-et-blanc, étranges saisies avec un procédé particulier dit « collodion » donnant un rendu imparfait, très sombre et un peu flou, laissant le spectateur composer lui-même ce qu’il veut voir derrière le tirage.

Une série très émouvante est également consacrée à « Gee-Gee », la nounou noire de la famille, qui a élevé Sally, puis ses enfants, prodiguant à ces deux générations un extraordinaire amour maternel. Ces photos, ainsi qu’une vidéo de commentaires, marquent les ambiguïtés de ces familles américaines pour l’émancipation des populations afro-américaines mais continuant à employer des nounous issues de celles-ci. Sur la vidéo les petites-filles de Gee-Gee racontent à Sally comment leur grand-mère partageait sa vie entre les Man à qui elle vouait un véritable amour, et sa vraie famille. Tout était doublé comme ces deux Noëls qu’elle fêtait pour partager avec ses deux « familles », ou le mariage de sa petite-fille qu’il fallut organiser à 7h du matin car se déroulant le même jour que celui de Sally à midi et que Gee-Gee n’aurait manqué pour rien au monde.

La série sur sa famille est encore plus touchante et lui fut d’ailleurs reprochée tant les corps de ses trois enfants, souvent nus, sont mis en scène. Toutes ces photos sont prises au cœur une nature profonde et foisonnante, en noir-et-blanc pour la plupart, montrant le temps qui passe inexorablement en tuant cette innocence rendue de façon si bouleversante dans ces clichés. La mort est au bout du chemin, une photo de son mari atteint d’une maladie musculaire dégénérative nous le rappelle, son fils Emmet s’est donné la mort récemment pour en finir avec la schizophrénie dont il souffrait (cet évènement n’est pas abordé dans l’exposition), mais la fin n’est qu’évoquée à travers cette profonde méditation dans laquelle nous plonge l’œuvre de cette photographe d’exception.

GIONO Jean, ‘Colline’.

Sortie : 1929, Chez : Le Livre de Poche 590 (1962).

Le premier roman de Giono (1895-1970), dédié à la Provence montagnarde dont il est issu. C’est une histoire de rudes paysans qui vivent à quelques familles dans le hameau ‘les Bastides’ accroché à la colline, loin de tout, Manosque (la ville natale de l’auteur) est à des heures de marche. Et alors que l’un des vieux du hameau est à l’agonie, des phénomènes étranges et négatifs se produisent, dont un incendie qui faillit emporter tout ce petit monde et leur habitat, l’assèchement de la source…

Nous sommes sans doute au début du XXème siècle, époque où les croyances ancestrales se mêlent avec celles de la religion ; traditions, Bible et ignorance forment un redoutable cocktail. Après une lutte à l’arrachée contre les flammes, les hommes décident de s’attaquer à ce qu’ils croient être la source de leurs soucis !

Giono écrit la nature en Provence et ses habitants avec passion et un certain mysticisme. A la lecture de ‘Colline’ on sent l’odeur du thym sous les oliviers, on entend les cailloux rouler sur les chemins sous le pas des bergers et le chuintement de la source qui coule dans la fontaine au centre du hameau. Ses descriptions du vent qui franchit les sommets des montagnes ou des flammes qui ravagent la végétation sont d’une précision stupéfiantes et le lecteur voit littéralement ces évènements entre les lignes. Du très bel art !

Après avoir participé et survécut aux combats les plus terrifiants de la première guerre mondiale, Giono est devenu un pacifiste engagé, conviction qui lui fera prendre des positions et commettre quelques publications pro-Vichy durant la seconde guerre mondiale, certainement plus par haine de la guerre que par soutien à l’idéologie nazie.

Cet épisode regrettable ne l’empêcha pas de poursuivre la brillante carrière d’écrivain débutée avec Colline, jusqu’à sa mort en 1970.

Rattrapage des Cure

Pour ceux, dont le kroniqueur, qui n’étaient pas sur le Festival Rock en Seine hier soir, la radio publique France-Inter retransmet (sans interruption publicitaire abrutissante) le concert de The Cure. L’animatrice de service se croit obligée de faire quelques commentaires inutiles sur certaines intro mais elle n’abuse pas. La setlist est une usine à tubes…

Robert Smith, Simon Gallup, Reeves Gabrel, Roger O’Donnell et Jason Cooper forment The Cure ce soir : le groupe d’une vie !

Setlist : Plainsong/ Pictures of You/ High/ A Night Like This/ Just One Kiss/ Lovesong/ Last Dance/ Burn/ Fascination Street/ Never Enough/ Push/ In Between Days/ Just Like Heaven/ From the Edge of the Deep Green Sea/ Play for Today/ A Forest/ Primary/ Shake Dog Shake/ 39/ Disintegration

Encore : Lullaby/ The Caterpillar/ The Walk/ Friday I’m in Love/ Close to Me/ Why Can’t I Be You?/ Boys Don’t Cry

QUEFFELEC Henri, ‘Frères de la brume’.

Sortie : 1960, Chez : PRESSES POCKET 125/126.

Henri Queffelec (1910-1992), père de Yann (écrivain) et d’Anne (pianiste), a été l’auteur prolifique, d’environ 80 romans, beaucoup inspirés par la Bretagne dont il est l’enfant et la mer dont il est le prince. ‘Frères de la brume’ est l’histoire d’un patron de remorqueur de Boulogne qui vit de l’infortune de mer de bateaux en difficultés dans la Manche. Nous sommes dans les années 60′, avant les grandes marées noires qui ont ravagé les cotes de la région, et le choix de faire appel ou non à une assistance est laissé aux capitaines des navires en difficulté qui font jouer la concurrence entre les remorqueurs, et celle-ci est féroce. Depuis, la règlementation a changé et le libre arbitre laissé aux capitaines a été sérieusement réduit pour préserver.

Nous sommes dans un monde de marins, d’hommes uniquement, les femmes restent au port. Queffelec sait et aime décrire l’aspect rugueux de ces personnages d’aventures. Leurs caractères ombrageux va avec les risques qu’ils prennent et s’accordent si bien avec les ciels lourds et gris de Boulogne en hiver.

Mais c’est encore lorsqu’il écrit sur la mer qu’il est le plus habité. Qu’il s’agisse d’une mer d’huile écrasée sous la brume ou des éléments déchaînés par la tempête, ses mots touchent au cœur. On sent l’admiration et la passion du marin devant la force et la beauté de la nature liquide, et le respect qu’il porte à la mer et à ses marins.

Un très beau livre hommage à ses frères d’Océan !

‘Once upon a time in Hollywood’ de Quentin Tarantino’

Le dernier film de Tarentino est sur les écrans : l’histoire de la descente en pente douce à Los-Angeles d’un acteur (DiCaprio) dans les années 60’ qui voit son succès décliner et se trouve obligé d’accepter des productions de « pacotille » pour pouvoir continuer à maintenir son train de vie. Il est accompagné en permanence de sa « doublure-cascade » (Brad Pitt) qui lui tient lieu de pote de beuverie et de majordome. Plus intéressant, ses voisins de colline sont Roman Polanski (alors en pleine gloire) et sa femme Sharon Tate. Après différentes pérégrinations, Charles Manson et sa bande de hippies ensorcelés viendra semer le trouble dans le quartier mais la fin sera plus heureuse dans le film pour Sharon Tate que dans la vraie vie…

C’est du Tarentino, le final est surprenant et sanguinolant mais l’ensemble manque un peu de l’énergie et de l’humour auxquels le réalisateur nous avait habitués. Un film à voir néanmoins.

RUSSEL Bertrand, ‘Ma conception du monde’.

Sortie : 1960, Chez : idées NRF 17 (1962).

Bertrand Russel (1872-1970) fut un scientifique-philosophe britannique qui marqua la pensée du XXème siècle. Il déploya beaucoup d’énergie pour tenter de vulgariser son savoir et produisit un nombre important d’ouvrages, dont des romans. Il fut couronné du prix Nobel de littérature en 1950. Libre-penseur socialisant il prit des engagements politiques sa vie durant, dont le célèbre « Tribunal Russell » qui visait à organiser une justice contre les crimes de guerre américains au Vietnam. Il a même fait de la prison pour défendre ses idées !

Cet ouvrage est un petit livre d’entretiens dans lequel le philosophe de 90 ans expose sa vision du monde sur les grands thèmes que sont : la religion, la guerre et le pacifisme, le communisme et le capitalisme, la morale, le nationalisme, la bombe atomique, le fanatisme et la tolérance… bref, un résummé des réponses (ou des non-réponses) qu’il apporta aux grandes questions de notre temps.

C’est de la vulgarisation d’une vie de réflexion et une volonté de mettre ses idées à portée de tous. Au crépuscule de sa vie, le vieux philosophe se retourne sur ces concepts qui ont guidé sa vie et sur lesquels il travailla tant. Il y a beaucoup de simplicité et de bon sens dans ses réponses sur les questions de notre temps. L’âge de la sagesse n’a pas entammé l’intensité et l’acuité de sa vision philosophique. Les sujets sont abyssaux et Russell n’hésite pas à nous laisser dans l’incertitude sur certains d’entre eux tout en donnant les clés pour les analyser.

Festival de musique de chambre de Perros-Guirec

Le Quatuor Hermès et Geffroy Couteau (piano) enchantent le festival avec un programme Schubert et Brahms. Le quatuor ouvre le concert avec Schubert (quatuor n°13), Geffroy Couteau joue ensuite les Klavierstücke (op. 76)  de Brahms, puis ils se réunissent sur le quintette pour piano et cordes op. 34 de Brahms. Jeunesse, grâce et talent caractérisent ces musiciens venus bercer l’âme de vacanciers à la recherche d’un peu de spiritualité.

MAUGHAM, Somerset, ‘Amours singulières’.

Sortie : 1931, Chez : LE LIVRE DE POCHE 560 (1961).

Somerset Maugham (1875-1965), écrivain britannique, né et décédé en France, a commis sa vie durant nombre de nouvelles, romans et pièces de théâtre. « Amours singulières » retrace des unions amoureuses condamnées par la bonne société anglaise du début du XXème siècle, et il n’en fallait alors pas beaucoup à cette bourgeoisie guindée pour s’émouvoir.

Maugham lui-même, qui affichait son homosexualité décomplexée, a sans doute du affronter cette réprobation qu’il sait si bien peindre dans ce court recueil de nouvelles. Dans un style élégant et léger il détaille avec délectation les habitudes de cette vieille bourgeoisie britannique engoncée dans ses clubs et ses principes, bouleversée par le moindre écart avec la norme.

Alors lorsque l’épouse parfaite s’envole avec un jeune administrateur des colonies, lorsque l’actrice flamboyante retirée à Rhodes préfère sa liaison avec son chauffeur-mécanicien italien plutôt que les propositions de mariage renouvelées d’un dinosaure de la diplomatie britannique, ou le mari attentionné d’une écrivaine réputée part avec la cuisinière…, ce sont autant de pieds de nez à cette bonne et rigide société qui réjouissent Maugham et ses lecteurs.

Et, toujours dans ces nouvelles de Maugham, l’amour triomphe sur la rigidité sociétale. C’est une bonne nouvelle.

BARRES Maurice, ‘Les Déracinés’.

Sortie : 1897, Chez : Le Livre de Poche 2148 (1967)

Maurice Barrès (1862-1923) fut un écrivain et homme politique français chantre du nationalisme à une époque où celui-ci avait un peu de profondeur. Fervent défenseur du concept de patrie française, son engagement politique le poussa dans quelques dérives intellectuelles qui n’enlevèrent rien à ses qualités d’écrivain flamboyant dont « Les Déracinés » sont une édifiante démonstration.

C’est l’histoire d’une bande d’étudiants nancéens (comme l’auteur), fascinés par leur professeur de philosophie qui leur enseigne les principes de la pensée et les fondements de la République. Après leur Bac, les voici partis à l’assaut de Paris et de la vie. Nous sommes en 1879, l’Alsace et la Moselle sont prussiennes, Napoléon III est en exil et la Troisième République est née sur les ruines de la Commune mais reste fragile.

Nos sept compères découvrent avec frénésie la politique, la révolution, l’influence, les affaires (bonnes ou louches), la presse, les salons et les bas-fonds, l’amour et les trahisons… Bref, ils plongent avec délices dans le chaos de la capitale où tout se passe. Napoléon 1er n’est jamais loin et c’est sur sa tombe que les sept ambitieux vont s’engager dans leurs folies parisiennes. Barrès mêle l’aventure de ces jeunes (où il y a certainement beaucoup de vécu) et les grandes étapes de cette fin de XIXème siècle, dont l’influence de Victor Hugo sur l’élite et le peuple de France, sa mort et ses funérailles (elles aussi nationales).

Deux d’entre eux se lancent dans l’aventure de la direction d’un journal, La Vraie République, qui se terminera plutôt mal, sur l’échafaud, pour l’un d’eux.

Le style de Barrès est d’une incroyable énergie et d’une précision d’orfèvre. Les mots valsent avec les idées, il y a de la grandeur dans ces phrases ciselées. Qu’il est bon de se replonger dans les écrivains classiques, une époque où le maniement des mots relevait d’un art digne de la construction des cathédrales : l’ensemble est monumental et les détails sont fascinants.

LEBON Christine, ‘Survivance et Transmission’.

Sortie : 2019, Chez : academia – L’Harmattan.

Christine Lebon est une psychothérapeute belge qui a mené une recherche approfondie sur le statut des survivants du génocide rwandais de 1994 et leur capacité à transmettre/expliquer l’indicible aux générations suivantes. Basé sur un grand nombre d’interviews de rescapés et de leurs enfants, au Rwanda et en Belgique, dans des demeures comme sur les lieux des massacres (église de Nyamata par exemple) ce travail minutieux mené avec tact nous fait plonger au cœur de l’horreur et de l’incompréhensible.

Bien entendu, à la question « pourquoi ce génocide ? », il n’y a pas de réponse et c’est bien là toute la difficulté qu’affrontent les survivants et leurs descendants. Christine Lebon écoute et tente de qualifier cette inextricable situation dans laquelle se retrouvent les survivants qui désormais cohabitent avec les assassins sur les mêmes collines. Le mélange entre les ethnies Tutsi et Hutu aggrave encore le positionnement des uns et des autres : une survivante qui a eu un enfant avec un hutu ignore le rôle de celui-ci dans le génocide même s’il les a protégés, leur fils reste en pleine confusion, que lui dire ?

A la phrase maintes fois entendue : « les enfants ne savent rien », elle constate que les enfants sentent tout et posent des constats pleins de sens. Comment en serait-il d’ailleurs autrement alors qu’ils sont élevés dans cette atmosphère post-génocide si morbide ? La présence de la chercheuse est d’ailleurs parfois utilisée comme vecteur de la transmission de cette réalité complexe où vivent les survivants et les tueurs dans le même espace, national et villageois.

L’observateur occidental a tendance à « racialiser » son analyse : hutus contre tutsi. L’auteure tente de rationaliser cette haine entre deux parties de la population plutôt opposées par des critères dominants/dominés que par des différences ethniques même si leurs cartes d’identité mentionnaient à l’époque formellement la « race » : Hutu, Tutsi ou Twa (Pygmé) ; la lutte des classes plus que le conflit racial.

A la fin de l’ouvrage, modeste, Christine Lebon constate que « rien ne peut être affirmé sur l’avenir, pas plus d’ailleurs que sur l’origine » mais, pour le futur, sa tendance naturelle serait plutôt de suivre le questionnement agité des gamins plutôt que de s’en tenir au « silence fédérateur » pour aider à la reconstruction psychique et sociale de cette population mêlée. Le plus troublant pour le lecteur est d’en déduire que rien ne permet de penser qu’un tel génocide ne se reproduise pas, ici ou ailleurs.

« Daniel Darc – Pieces of my Life » de Marc Dufaud et Thierry Villeneuve

Un documentaire sur Daniel Darc, l’ange sombre, chanteur et fondateur du groupe français Taxi Girl, phare éphémère de la scène française post punk au début des années 80. Le groupe ne sortit qu’un disque et se rendit célèbre autant par son inspiration poético-morbide que par les frasques de ses membres dont plusieurs sont morts tôt, ravagés par les drogues et des vies sans limite. Darc qui écrivait les textes survécut, un temps, et poursuivit une carrière solo entrecoupée de drames et de fulgurances dont l’excellent disque Crèvecoeur, sorti en 2004 qui relança sa carrière.

Un de ses amis proches l’a filmé tout au long de cette errance, plutôt au cours des dernières années, et monta ensuite ce matériel après la mort de l’artiste en 2013 pour livrer un film émouvant sur les tourments créatifs de cet être pour le moins torturé. Rocker au cœur tendre, il est fasciné par les mots tristes posés sur des notes innocentes. Son modèle toutes catégories est le Velvet Underground. Il est hanté par les poètes maudits et se pense l’un d’eux, et lorsqu’il constate que ses cures de désintoxication assèchent son inspiration il replonge avec conviction dans ses addictions.

Une des dernières séquences le montre sur la scène des Eurokéennes (en 2008 ?) chantant… Sad Song de Lou Reed devant une assemblée parsemée. C’est le résumé tragique de la vie de Darc, né Rozum (famille juive originaire de Russie et de Lituanie) dont la grand-mère mourut à Auschwitz, la mère vécut une histoire d’amour avec un officier de la Wehrmacht durant l’occupation et qui se convertit à la religion protestante pour tenter, en vain, de vaincre ses démons !

Pour les soldats tombés – Peter Jackson

Un documentaire sur la participation britannique à la première guerre mondiale : du recrutement des soldats au retour des survivants, ces images d’époque, colorisées, retracent le cauchemar de combattants partis la fleur au fusil et, pour les survivants, revenus dans l’indifférence du reste de la population sur ce qu’ils ont vécu dans la misère et la terreur du front.

Les commentaires sont faits exclusivement par des soldats survivants, sans doute quelques décennies plus tard si l’on en juge par leurs voix, plutôt âgées, souvent avec humour, toujours avec réalisme. Les allemands sont traités avec bienveillance, après tout ils étaient aussi jeunes et impliqués dans ce conflit par hasard. A la différence de la seconde guerre mondiale, il n’y avait pas d’idéologie dans cette folie meurtrière, mais juste le besoin de puissance et de conquête ; finalement une vieille histoire éternellement recommencée.

Au sortir de ce documentaire émouvant, le spectateur a juste le sentiment d’une guerre qui fut aussi sordide qu’inutile.

BOUKERCHE-DELMOTTE Nafissa, ‘Clinique et politique de la douleur’.

Sortie : 2019, Chez : L’Harmattan

Nafissa Boukerche-Delmotte est psychologue clinicienne, psychanalyste et docteur en psychologie. Elle décortique ici le phénomène de la douleur : « est-elle émotion ou sensation ? » Du statut de signal d’alarme d’une possible maladie, elle est aussi parfois vue aujourd’hui comme une maladie en soi. La psychanalyste va alors plonger dans l’expression de la douleur pour tenter de comprendre ce qu’elle exprime, et l’on est pas à l’abri de quelques surprises lorsque la vérité se révèle.

Freud et Lacan sont mis à contribution pour aborder le concept la douleur, sur lequel ils ont beaucoup écrit, sous différents angles, ceux de la mélancolie, de la création, de la pulsion, de la jouissance, du masochisme, du deuil… La culture est appelée à la rescousse pour partager la vision de la douleur de ses artistes, de Molière (le Malade imaginaire) à Marguerite Duras (« La Douleur », celle de l’attente du retour d’un mari du camp de concentration où il était enfermé) en passant par l’humour décapant de Woody Allen qui s’y connaît en matière psy (« les illusions agissent mieux parfois que les remèdes ») et « le Cri » peint par Munch décliné en de multiples versions toutes exprimant le saisissement de l’horreur dans les mêmes termes.

Si le néophyte est un peu perdu lorsque le vocabulaire de l’auteure se spécialise (sujet, signifiant, réel), il reprend pieds lorsque l’analyse se tourne vers les ambiguïtés de la médecine de plus en plus scientifique qui a tendance à ignorer ce qu’elle ne sait chiffrer. Ou l’illusion apportée par le progrès scientifique qui veut que le « droit à » soit appliqué au « droit de ne plus avoir mal » ou au « droit à la jouissance » et éventuellement vécu comme un droit à la consommation de service médical, la douleur et la société qui transformerait le médecin en exécutant de la logique de marché pour remettre en état de travailler le patient handicapé par la douleur !

Il est rassurant de savoir que notre système de santé et ses professionnels, formés dans les facultés de la République, ont les compétences et les moyens de publier de telles analyses. Le patient potentiel se réjouit qu’un jour sa douleur puisse être prise en charge quelle qu’en soit l’expression.

Kraftwerk – 2019/07/13 – Paris la Philharmonie

Après Thom Yorke le 7 juillet et l’exposition « ELECTRO – De Kraftwerk à Daft Punk », la Philharmonie de Paris reçoit ce soir dans sa grande salle Pierre Boulez l’un des groupes historiques du monde musical électro : les allemands de Kraftwerk. Créé en 1970 à Düsseldorf par Florian Schneider et Ralf Hütter le groupe a joué dès les années 70’ sur la proximité, la fusion, entre homme et machine avec une musique synthétique, des paroles minimalistes et un visuel robotique. Ils ont développé cette thématique avec succès jusqu’à la fin des années 80’, puis sorti deux disques au tout début des années 2000’. Ils organisent depuis des tournées sous différentes formations. Kraftwerk avait été notamment invité pour le concert inaugural de la salle audio de la fondation Louis Vuitton au bois de Boulogne en 2014

Leur retour ce soir dans la salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris tient un peu de l’évènement mondain. Les vieux fans se bousculent néanmoins au portillon et le second marché explose pour ceux qui n’ont pas eu de places officielles pour l’une des trois soirées. Le groupe allemand qui a vulgarisé la musique électronique il y a 40 ans et considérablement influencé le rock du XXème siècle. La prestation ce soir est à leur image : industrielle et technologique, minimaliste et glaçante, dansante et sereine. Kraftwerk signifie « centrale électrique », leur label s’appelle « kling-klang » ; on est au cœur de la modernité vous dit-on !

Parmi les “historiques” seul Ralf Hütter est présent ce soir. Il est accompagné des trois musiciens : Henning Schmitz, Fritz Hilpert et Falk Grieffenhagen. Ils sont quatre habillés d’une combinaison sur laquelle est dessinée une sorte de structure fluorescente en squelette et installés derrière quatre blocs, style pupitre, disposés en ligne. Seul celui de Ralf affiche un clavier avec des touches, les autres sont un embrouillamini de boutons, de fils et de machines.

Nos quatre compères déclinent leur musique devant un vaste écran sur lequel sont projetés de superbes images numériques, aux formes modernes et aux couleurs vives, rappelant les thèmes de morceaux joués. Evidement il n’y a pas vraiment de nouveauté musicale ce soir, la plupart de ces mélodies ont été crées il y a deux ou trois décennies mais on est pris par l’aspect globalisant de la performance. Cette musique finalement n’a guère pris de rides avec la même recette : une rythmique en boîtes à rythmes, des ritournelles-boucles répétitives et obsédantes et la voix transformée de Ralph, transitant probablement par moulte filtres et vocodeurs avant d’être déversées dans les enceintes. Les thématiques sont définitivement industrielles : radioactivity, autobahn, robots, metal…

Sur The Robots les musiciens repartent en coulisse, un rideau s’ouvre et apparaissent sur une scène surélevée quatre robots qui dansent de façon saccadée sur la musique et dont les spectateurs ne sont toujours pas bien sûrs d’avoir identifiés de vrais robots ou, plus probablement, les quatre membres du groupe singeant les robots ? Ils semblent plus jeunes que les vrais musiciens mais une simple perruque peut masquer les calvities naissantes… La fusion hommes-machines est tellement à l’image du groupe que cette incertitude qui plane sur la vraie réalité des acteurs est plutôt bienvenue !

We’re charging our battery
And now we’re full of energy

We are the robots, we are the robots
We are the robots, we are the robots

We’re functioning automatic
And we are dancing mechanic

We are the robots, we are the robots
We are the robots, we are the robots

Ja tvoi sluga, Ja tvoi rabotnik
Ja tvoi sluga, Ja tvoi rabotnik

We are programmed just to do
Anything you want us to

Probablement les ordinateurs musicaux et les techniques de projection utilisées aujourd’hui ne sont plus celles des années 80’ mais le spectacle n’en est que plus techno et parfait pour aboutir à une œuvre d’art multimédia totale et sublime. Leur vision de l’avenir n’a guère changé depuis la création du groupe mais leur capacité d’anticipation à l’époque était certaine : il n’y a pas besoin de beaucoup d’imagination pour insuffler un peu d’intelligence artificielle dans cette construction robotique et en faire l’actualisation de ce que nous vivons aujourd’hui.

Ce groupe allemand novateur a influencé nombre de musiciens de la fin de XXème siècle. David Bowie leur a dédié la chanson V-2 Schneider de son album Heroes (faisant aussi probablement référence aux fusées allemandes V-2 ayant ravagé la capitale britannique durant la IIème guerre mondiale). Kraftwerk peut légitimement revendiquer une part de paternité de la musique électronique d’aujourd’hui. Leur capacité d’innovation, leurs recherches musicales et une inspiration industrielle leur ont permis de créer une musique assez unique et exceptionnelle. Quel bonheur de les avoir toujours sur la route.

Sur le final Music Non Stop, les musiciens, l’un après l’autre, se présentent sur la partie droite de la scène, saluent et rejoignent la coulisse. Ralph emporte un tonnerre d’applaudissements. Pendant ce temps, les machines continuent à diffuser. Un rappel n’a pas été programmé.

En sortant les jeunes d’aujourd’hui constatent que Daft Punk n’a finalement rien inventé : retour à la réalité !

Setlist : Numbers / Computer World – It’s More Fun to Compute / Home Computer – Computer Love – The Man-Machine – Spacelab – The Model – Neon Lights – Autobahn – Geiger Counter / Radioactivity – Electric Café – Tour de France / Prologue / Étape 1 / Chrono / Étape 2 – Trans-Europe Express / Metal on Metal / Abzug – The Robots – Metropolis – Aéro Dynamik – Planet of Visions – Boing Boom Tschak / Techno Pop / Music Non Stop

AUSTER Paul, ‘4321’.

Sortie : 2017, Chez : ACTES SUD.

Un roman monumental de Paul Auster (mille pages) ou l’histoire d’un adolescent américain dans les années 60 à New-York et alentours ; nous sommes au mi-temps des années 60, entre « summer of love » et assassinats des Kennedy et de Martin Luther King, des manifestations contre la guerre au Vietnam à celles pour l’émancipation des noirs, des Black Panthers aux Républicains tendance Nixon. Le héros du livre, Archie Fergusson, navigue entre ces évènements, intègre les concepts d’une époque qui en fut fertile, hésite entre les orientations, alterne entre les amours, bref, découvre la vie pré-adulte. Il y a sûrement beaucoup de Paul Auster dans cet adolescent tellement porté sur la littérature et le cinéma.

Le côté fantastique dans ce roman est sa structure : Auster raconte quatre scénarios possibles pour les années que nous traversons dans la vie d’Archie, chacun diffère par ce qui arrive au héros, non point par des options fondamentalement différentes mais par de petites touches qui marquent son entourage et ses choix. Nous sommes toujours au cœur d’une famille juive new-yorkaise, issue de l’immigration d’un ancêtre russe arrivé à Ellis Island le 1erjanvier 1900 et dont Archie représente la troisième génération désormais intégrée dans l’Amérique moyenne, mais l’auteur imagine quatre histoires possibles pour Archie et les siens, et ces quatre scénarios s’entremêlent dans la narration, chaque chapitre passant d’une vie à une autre. Celles-ci sont globalement proches mais toujours différentes, on se perd un peu dans toutes ces vies qui s’entrechoquent, selon les cas le même personnage féminin passera du statut d’amour infini à celui de belle-sœur confidente, Archie sera un apprenti-poète neurasthénique ou un brillant étudiant, son père mourra accidentellement dans l’incendie de sa compagnie ou d’un arrêt cardiaque sur un cours de tennis, etc.

Mais il y a des constantes dans cette mosaïque : la littérature tout d’abord dont Archie fait la découverte avant de se lancer dans l’écriture ou la traduction, le cinéma de la nouvelle vague française, la ville de New York et cette Histoire américaine si prolixe et tragique à l’époque, les émois amoureux de l’adolescence…

Le cheminement du héros à travers ces obstacles et découvertes est merveilleusement couché sur la papier par cet écrivain d’exception dont la capacité à décrire les petites choses de la vie est merveilleuse. Qui ne se retrouvera pas dans la narration des tourments de l’adolescence, de la difficulté des relations avec les parents, de la découverte des idées politiques… ? La densité de l’écriture ne laisse pas un moment de répit tout au long de ces mille pages qui se dévorent comme un roman policier. Evidement le lecteur apprend à la fin lequel des quatre Archie est le vrai, c’est l’écrivain bien sûr et le roman qu’il termine s’appelle « 4321 ». Merci Paul Auster !

Thom Yorke – 2019/07/07 – Paris la Philharmonie

Thom Yorke se produit avec Niger Godrich et Tarik Barri, animateur lumière et vidéo, sur la scène de la salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris. Ils viennent de jouer au Festival Jazz de Montreux, Thom a composé la musique du film Suspiria de Luca Guadagnino, une variation d’un film de Dario Argento… Bref, l’artiste désormais cinquantenaire est en pleine ébullition, toujours à l’affut d’innovation musicale, sautant d’un genre à l’autre, féru de musique contemporaine (Stockhausen, Pierre Henri) il remixe ces inspirations en mode électro sur les scènes du monde : Tomorrow’s Modern Boxes en est le dernier avatar

Délaissant pour un temps ses compères de Radiohead, l’un des groupes phares de notre temps, il a (ils ont) depuis longtemps abandonné le format guitares-batterie pour investir d’autres univers, celui de l’électro notamment, mais sur un mode sophistiqué, et même intellectualisé. Ce soir sur la scène ordinateurs et machines composent trois blocs blancs, pour chacun des musiciens-ingénieurs, répartis devant un grand écran. Thom est habillé de noir avec un pantacourt baggy et des baskets blanches, des cheveux en chignon et une barbe blanchissante de trois jours qui le font ressembler à un pêcheur de perles japonais. Il y a une bass et une guitare posées dans un coin, ainsi qu’un petit piano électrique, ils en joueront à l’occasion mais l’essentiel vient ce soir des machines et du chant de Yorke.

Les sons électroniques sont alternativement éthérés et rythmés, contrairement à la norme électro on n’est pas écrasés par un beat sourd mais au contraire portés par l’inspiration d’une musique hors du temps, illustrée par des images intergalactiques où les symphonies de couleurs le disputent à l’ordonnancement de dessins géométriques ou au contraire à la confusion des images ! Ordre-désordre, voilà qui pourrait caractériser cette musique étrange faite pour le rêve vers lequel nous porte la personnalité charismatique de Thom Yorke à la voix si particulière, planant vers le haut, réverbérée/répétée à l’infini par la technologie autant que nous guidant vers les graves profonds. Le son s’enroule autour de nous comme des volutes de fumée. Thom est souvent sur le devant de la scène dansant, vivant, transmettant cette musique avec passion. L’atmosphère dans le public est plutôt recueillie alors que la musique est supposée être dansante mais l’audience se concentre pour se laisser pénétrer par la musique et la voix de ce petit lutin fantastique, apôtre du chaos, créateur envoutant, à l’incroyable inspiration de notes et de mots. Jusqu’où ira-t-il ? Deux rappels ne suffiront pas à étancher notre soif de nouveauté et le trio repart sous un tonnerre d’applaudissements. Il se dit qu’un nouveau CD des Radiohead est sous presse.

Cette longue mélopée technoïde audiovisuelle laisse les spectateurs dans les limbes étoilées. Il leur faudra se diriger prudemment vers la sortie pour retrouver leurs esprits sur les marches de la Philharmonie de Paris ; l’impression d’avoir vogué à travers les astres dans un enchantement des sens. Les fans d’origine de Radiohead espèrent quand même que Thom Yorke ne va pas tuer Radiohead car la synthèse réalisée par ces cinq musiciens et leur producteur Nigel Godrich reste irremplaçable et les voir sur scène est l’un des grands moments dans la vie des habitués des salles de concert.