Don Delillo , ‘Outremonde’.

Sortie : , Chez : . 890 pages (un peu longues…) sur les pérégrinations d’une balle de base-ball issue d’un célèbre match à New York en 1951 qui parcourera ensuite toute l’Amérique de la guerre froide. Edgard Hoover y croise les personnages les plus divers, les aventures s’entremêlent et les destins de croisent, le tout donne le « le miracle américain » avec ses saints et ses déchets.

Levi Primo, ‘Si c’est un homme’.

Sortie : , Chez : . Une plongée désespérée au cœur du processus concentrationnaire de la barbarie nazie : l’auteur n’en sortira pas indemne et mettra fin à ses jours 40 ans plus tard. Et tout ceci s’est passé dans notre vieille Europe donneuse de leçons, à la génération de nos grands-parents !

The Strokes – 2003/12/10 – Paris le Zénith

The Strokes arrivent en France précédés d’une dithyrambique réputation et le public parisien se presse au Zénith pour découvrir « le nouveau Velvet » encensé par la presse rock internationale. Leur dernier disque Room On Fire est disponible dans les bacs depuis un mois. Il déclenche a priori moins d’enthousiasme que le premier.

Et l’on voit débouler sur la scène nos cinq trublions new-yorkais qui entament leur set avec Reptila sous une lumière éblouissante de stroboscopes flashant la salle. Avec son refrain déclamé sur un rythme effréné :

I said please don’t slow me down / If I’m going to fast

le ton est donné, et personne ne viendra ralentir ni tenter de décourager cet emballement musical.

Ils sont dégingandés, fagottés dans d’improbables Jeans/Converses, le cheveu dégoulinant, le jeu de scène plutôt statique. Julian Casablancas, auteur compositeur du groupe, promène sa rogue hésitante entre deux cigarettes et trois pirouettes avec le public. Fils du patron de l’agence de mannequins Elite, on imagine sa vie sentimentale plutôt fluide. Il développe une voix rocailleuse qu’un traitement électronique rend nasillarde. Il déclame des onomatopées sur les couples, la gloire, l’après, les nuits urbaines, le temps qui manque, bref l’urgence de la vie sur une planète hystérique.

Ce look désabusé n’empêche pas un déferlement d’énergie stupéfiant. Le son est puissant, les riffs saccadés crachent l’urgence sans rémission (Give me some time, I just need a little time / Is this how it ends?), les guitares déchaînent le beat furieux de nos temps modernes. Les solos sont réduits au strict minimum, quelques notes qui s’échappent par accident de la machine infernale en route vers l’enfer (Never was on time). Le tout est prévisible mais furieux, contrôlé mais débridé. On ne croule pas sous le déluge des notes ni des accords mais on reste pantois de leur maîtrise répétitive et machinale du fond musical. Guitares, bass et batterie sont au carré pour déployer le tapis pourpre d’une cadence hallucinante. C’est la grande force des Strokes d’impulser un rythme itératif et féroce sur lequel se placent à bon escient la voix et les mots de Casablancas.

Les morceaux de leurs deux disques se succèdent tels les flots de voitures dans les rues de Manhattan, seulement ponctués des Walk / Don’t Walk de feux impuissants à enrayer le déferlement : What Ever Happened, Automatic Stop, 12 :51, New York City Cops, Hard To Explain, Someday, Last Nite, …

Hommage aux Maîtres, ils nous offrent une redoutable reprise de Clampdown du Clash prélevé sur London Calling. Et plutôt que les références journalistiques au Velvet Underground ou à Blondie, on tient avec The Clash la réelle inspiration de ce groupe hargneux qui hurle à la cantonade :

The end has no end the end has no end

The Strokes nous sert un final éblouissant avec Take It Or Leave It et après une petite heure de musique enfiévrée, plie bagage pour ne plus revenir, laissant frustré un Zénith dans le feu du coitus interomptus.

Ce départ précipité relève de la faute de goût, d’autant plus qu’elle est récurrente. Mais soyons généreux, il s’agit seulement d’une bande de cinq gamins de 23 ans, à la morgue rafraîchissante, qui nous ont fait rock’n’roller aux rythmes incandescents de la rue new-yorkaise dans la joie et la bonne humeur. C’est revigorant et percutant. Ca pulse, ça déménage et ça réveille es morts. Ce n’est peut-être pas l’avenir du Rock’nRoll mais c’en est un présent emblématique.

Et puis des garnements qui inscrivent Thank You au dos de leurs disques ne peuvent pas être simplement de mauvais garçons.

Irving John, ‘La quatrième main’.

Sortie : , Chez : . L’histoire désopilante d’un journaliste qui s’est fait avaler la main par un lion au cours d’un reportage, continue à accumuler les conquêtes féminines, fait la moue devant la vie pour finalement ouvrir son cœur à la veuve de celui qui lui légua sa main pour un tentative (sans succès) de greffe. Irving continue à porter un regard finalement optimiste sur le monde à travers ces histoires de « loosers » qui toujours courent après (et souvent trouvent) l’Amour.

Revel Jean-François, ‘L’obsession anti-américaine’.

Sortie : , Chez : . Analyse au vitriol, à la Revel, des incohérences de la critique anti-américaine systématique (généralement européenne), où l’envie se dispute au mépris, où la contradiction est érigée en mode de pensée. L’Amérique est accusée de tout et son contraire, d’être hyper-puissante ou isolationiste, d’être inculte et coupable d’impérialisme culturel, d’être protectioniste et de promouvoir la globalisation de l’économie, etc. On y trouve aussi d’intéressantes analyses comparatives franco-américaines sur les systèmes éducatifs, l’intégration des immigrés, la capacité de réaction politique, voire militaire, aux agressions internes comme externes.

Pearl Mariane, ‘Un cœur invaincu’.

Sortie : , Chez : . Bouleversant récit de la femme d’un journaliste américain enlevé et décapité par le terrosrisme islamique dans un faubourg glauque de Karachi. Elle est enceinte de lui et va vivre dix jours d’horreur avant d’apprendre la fin. Elle décortique la montée de la douleur qui se substitue à l’espoir. Boudhiste, elle survit à la folie, abandonne la haine et remonte le flot de l’horreur pour donner naissance à leur fils déjà orphelin de son père.

David Bowie – 2003/10-11 – Paris et Marseille

Paris Bercy les 20 & 21 octobre, Marseille le 14 novembre

Un an à peine après son album Heathen et une superbe tournée dans des salles de dimension moyenne, David Bowie nous revient dans une forme éblouissante pour nous présenter son nouveau disque Reality et reformater l’un des plus subtils catalogue de chansons de notre époque.

L’équipe est la même que l’an passé, diabolique et soudée, au service d’une musique qui traverse le temps avec tellement de bonheur. Earl Slick et Gerry Leonard aux guitares (la légitimité rock associée à la technologie), Sterlling Campbell et sa frappe ahurissante à la batterie, Catherine Russel chœur et percussion, Mike Garson de plus en plus rondouillard dans ses trilles et ses costumes, et l’ineffable Gail-Ann Dorsey basse et chant.

Les lumières s’éteignent sur le lancement d’une intro filmée projetée sur un vaste écran vidéo : on y découvre un groupe de marionnettes colorées et naïves attaquant un instrumental rythmé, se transformant petit à petit en chacun des personnages, oh combien réels, que l’on voit se mettre en place pour le show. Comment mieux introduire les mues continuelles de l’artiste qui ont finalement abouti à ces soirées parisiennes ?

Bowie resplendissant rejoint ses musiciens qui entament The Jean Genie ; Bercy s’enflamme et ondule au gré des riffs légendaires (Sits like a man but he smiles like a reptile / Jean Genie let yourself go) ! Le temps de se dévêtir d’un improbable queue de pie en jean, de s’emparer d’une guitare et la machine repart sur New Killer Star, l’évocation de nos barbaries sur Battery Park mais l’espoir ténu d’une lumière au bout du tunnel : I got a better way / I discovered a star / A New Killer Star / The stars in your eyes / Oh my nuclear baby / Let’s face the music and dance.

Dans la foulée sont enchaînées Cactus, China Girl, Hallo Spaceboy. L’audience crie grâce après un tel déchaînement. Tout est carré, rythmé par l’inconcevable martèlement du duo Dorsey/Campbell à porter aux nues de la légende du rock ! Le son claque, les instruments sont réglés au quart de tour, pas une fausse note, pas une hésitation, la machine folle écrase tout sur son passage sauf la voix de Bowie. Et quelle voix ! Portée à merveille par un son surpuissant mais précis, il déclame ses textes, chuchote ses angoisses, crie ses menaces, donnant le La à une troupe de grognards, à lui dévoués, à la vie à la mort.

Mais quand il faut respirer au milieu de l’enfer, notre armée des ombres sait faire dans la dentelle, au besoin en reléguant provisoirement en coulisses les plus violents d’entre eux. Et Bowie interprète de délicieuses versions de Under Pressure superbement co-chantée par Dorsey, The Motel ou un si bouleversant et actuel Loving The Alien. Seul sur le devant de la scène, attentif et fragile, hanté mais libéré, il nous dévoile une nostalgique tendresse en plaçant sa voix éthérée sur les portées pleines de grâce et de détermination d’une musique complexe et sophistiquée.

Lors du deuxième Bercy, il jouera dans le même registre Days, complété à Marseille par Life on Mars et Five Years.

Le retour au rock se fait via l’éternel White Light, White Heat de Lou Reed, suivi de I’m Afraid of Americans toujours aussi terrifiant. Le spectacle de tous les membres du groupe hurlant dans la tourmente d’un vortex musical d’acier en fusion : I’m afraid of Americans / I’m afraid of the world / I’m afraid I can’t help it devant un parterre de français médusés de découvrir que God is an American, réconcilie avec le siècle en donnant un nouveau sens au mot Rock’n Roll pourtant tristement galvaudé de FM en Star’Ac !

Puis on écoute d’autres morceaux extraits du dernier album : Pablo Picasso, Fall Dog Bombs the Moon, Never Get Old. Le set du 21 octobre donne lieu à une troublante plongée dans l’album Low avec Sound and Vision, Breaking Glass, Be My Wife et Always Crashing in the Same Car. On y retrouve les trottoirs enneigés de Berlin quand Eno et Fripp, face au Mur de la honte, accompagnaient Bowie dans son parcours initiatique à la musique électronique, déclinée depuis sous d’autres formes bien navrantes.

The Man Who Sold the World sera au programme du concert de Marseille où Bowie se remettait d’une extinction de voix qui l’avait forcé à écourter Nice et annuler Toulouse.

Comme le veut la tradition, tous les shows se terminent par Ziggy Stardust et un vent d’émotion qui balaye l’assemblée, melting-pot de générations éblouies qui toutes reprennent en choeur : Making love with his ego /
Ziggy sucked up into his mind / Like a leper messiah / When the kids had killed the man I had to break up the band, pendant que défilent B O W I E en lettres géantes sur le fond de la scène.

Ziggy traverse le temps et inspire son Maître sans cesse renaissant. Bowie, Faust conquérant, égrène ses productions tel un voyeur errant dans une humanité désarticulée entre le Mal et le Bien, The Beauty and The Beast.

La partie hexagonale de cette tournée mondiale nous a révélé un artiste réconcilié avec les mythes éphémères qu’il a engendrés puis exorcisés. Seulement, à conjurer les légendes on en sacrifie la magie sauvage. Ces shows pétillants, merveilleux de perfection ont manqué de l’alchimie qui nous a ensorcelés des années durant lors de chaque apparition bowienne. L’ambition de cette tournée était un peu à la baisse, d’un niveau comparable à la taille basse des jeans dont il s’est affublé sur son nouveau look. Etait-il bien opportun de faire applaudir l’assemblée sur Heroes ?

Moins d’élégance exquise que l’an passé. C’est la tournée de la sérénité, de l’épanouissement, de l’énergie canalisée sur le thème : Bowie expliquée à ma fille… Mais ne boudons pas notre plaisir, la performance était immense, les compositions restent inégalées, la vision du monde toujours percutante et l’artiste au dessus de tous. Un groupe qui s’amuse et surfe en permanence sur l’axe effilé de la pure jouissance musicale. On en redemande !

 

Littell Robert, ‘La Compagnie – Le grand roman de la CIA’.

Sortie : , Chez : . Tous les coups tordus des occidentaux contre le communisme, l’islamisme et la révolution contre l’ordre capitaliste en général. On y traverse la guerre froide, de Berlin à Langley en passant par Cuba. On entre dans le nouveau désordre international de Peshawar à Moscou. Un monde de l’ombre où la fin dicte les moyens et où les scrupules ne sont pas légion. L’Occident a gagné la première bataille, la deuxième est en cours.

Payne David, ‘Confession d’un Taoïste à Wall-Street’.

Sortie : , Chez : . Eddy Love, pilote dans les Tigres Volants en Corée se distingue au sol et dans les cieux. Il laisse en Asie un enfant et le souvenir d’un flambeur. 20 ans plus tard, le fils devenu moine taoïste partira à la recherche du père sur les voies du Dow Jones à Wall-Street. De l’oracle taoïste à la théorie économique, il retrouvera l’image d’un père glorieux.

Rushdie Salman, ‘Furie’.

Sortie : , Chez : . A mi-chemin entre fiction et délire, les pérégrinations d’un indien dans les violences de New York ; le professeur SOLANKA fuit les dérapages de l’amour, de l’argent, du temps qui passe, en se réfugiant dans la création d’un monde de poupées singeant la fureur de l’humanité décadente. On a parfois un peu de mal à suivre le foisonnement d’une imagination féroce qui tend au style de GARCIA-MARQUES sans toutefois atteindre l’accomplissement de ce dernier.

Udal Brady, ‘Le destin miraculeux d’Edgar Mint’.

Sortie : , Chez : . Une sorte de Monde selon Garp en plus « trash », ou les pérégrinations d’un jeune métis indien à travers l’Amérique sombre des maisons de correction du Middle West, des réserves indiennes noyées sous l’alcool, des hôpitaux crasseux ; l’Amérique des camés au grand coeur, des mormons délirants, etc. Notre indien, orphelin de tout, déambule avec une vieille machine à écrire avec laquelle il noircit des pages de millions de mots au fur et à mesure qu’il s’enfonce dans l’abyme gluant de sa découverte de la vie. De crimes en suicides, de fuites en résurrections, de confusions en abandons, le « happy end » est la page 544 de ce roman haletant. Nous sommes en Amérique !

Kennedy Douglas, ‘La poursuite du bonheur’.

Sortie : , Chez : . Saga dans New York des années 50, amour et « black lists », rêve américain et dérapages conservateurs, grandeur et décadence de l’Amérique libératrice post deuxième guerre mondiale. Moins de souffle que les grands écrivains américains à la Harrison, mais un bon roman de vacances.

Sidhwa Bapsi, ‘La fiancée pakistanaise’.

Sortie : , Chez : . Histoires de massacres hindo musulmans, de guerres entre hommes des montagnes et des plaines, de femmes vendues ou lapidées, de traditions tellement pesantes, voire sanguinaires, qu’elles bloquent tout développement de l’Homme et des systèmes, bref, soyons heureux d’être nés dans notre bonne vieille France…

Salter James, ‘Une vie à brûler’.

Sortie : , Chez : . Le parcours d’un pilote de l’US Air Force en Corée, devenu romancier et scénariste, amoureux inconditionnel de la France. Il se souvient du jour de son premier lâcher en avion : « … j’avance la manette des gaz. Je ressens en cet instant -je m’en souviendrai toujours- le frisson de l’irréalisable. Récitant pour moi seul, exubérant, immortel, je sens l’appareil quitter le sol, par dessus les fermes et les champs de foin, faisant le bruit d’une énorme mouche bourdonnante. Je suis hors de portée, au-delà de la barre, nerveux mais sans effroi, ne sachant rien, certain de tout…, je tends un bras extatique dehors, l’exaltation, la divinité, enfin ! ». Il y a de belles et justes descriptions du sentiment de voler, ces retours au « port » au crépuscule quand tout est calme et que les premières lumières commencent à clignoter au sol, une profonde plénitude et l’impression fragile de dominer le monde.

Joe Strummer – GI’s Joe

He’s in love with rock’n’roll woaahh
He’s in love with gettin’ stoned woaahh
He’s in love with Janie Jones
But he don’t like his boring job, no…

1979, Palais des Sports – Paris, après trois heures d’attente un public parisien éberlué voit débouler The Clash sur la scène, tel un diable de sa boîte. Les riffs de London Calling se répercutent dans l’acoustique déplorable de ce hall à tout faire… sauf du rock’n roll. Et de R’nR il n’est justement question que de ça ce soir !

Yankee dollar talk
To the dictators of the world
In fact it’s giving orders
An’ they can’t afford to miss a word

Nos quatre compères commencent à jouer les lumières allumées. Ils se déchaînent dès l’ouverture, sautent, hurlent, trépignent en délivrant le rock de la fin des années 70 durant deux heures d’énergie désespérée. Les guitares sur les genoux, dégingandés, montés sur ressort, ils se bousculent et nous projettent le message post-punk qui va dynamiter le rock de la fin du siècle. Les classiques sont alignés, les notes se bousculent, les slogans déchirent nos âmes, les décibels saturent l’atmosphère, la révolution est en marche !

White riot – I wanna riot
White riot – a riot of my own

Fils de diplomate britannique, né à Ankara, trimballé durant sa jeunesse de représentations en ambassades de sa Gracieuse Majesté, Strummer crée le Clash en 1976 avec son complice guitariste Mick Jones. Ils vont écumer la scène européenne et américaine durant dix petites années remportant un succès d’estime plus que commercial.

I’m so bored with the U…S…A…
But what can I do?

Après la décadence primale du mouvement punk, Joe Strummer et sa bande, bardés de T-shirts aux couleurs de la Fraction Armée Rouge, vont pousser vers plus de sens le nihilisme de Johny Rotten et Sid Vicious. Ils appellent à la révolte, se battent avec les minorités pour la défense de leurs droits, veulent brûler Londres, passent par les geôles de Margaret Thatcher, injurient l’Amérique. Un concert des Clash est aussi terrifiant que la contemplation de Guernica !

The king called up his jet fighters
He said you better earn your pay
Drop your bombs between the minarets
Down the Casbah way
The shareef don’t like it
Rockin’ the Casbah
Rock the Casbah

Ils parlent de la misère, de la guerre, de l’arrogance du fric, de la drogue, de la guérilla sandiniste. Et toujours ils torturent leurs instruments pour en tirer la lave incandescente de ceux qui ont la foi, seuls contre tous. Ils incarnent les derniers soupirs d’un romantisme révolutionnaire déjà mort avec le Che dans les forêts colombiennes. Baader finira suicidé dans une prison allemande, les brigades rouges pactiseront avec la justice italienne, Strummer restera solitaire, illuminé sur son piédestal d’icône rock, investi de la mission divine d’ouvrir les yeux de la bourgeoisie occidentale sur ses mortelles perversions.

…’Cos years have passed and things have changed
And I move anyway I wanna go
I’ll never forget the feeling I got
When I heard that you’d got home
An’I’ll never forget the smile on my face
‘Cos I knew where you would be
An’ if you’re in the crown tonight
Have a drink on me
But go easy… Step lightly… Stay free

2002, on apprend la mort de Joe Strummer dans la nuit de Noël, paisiblement à 50 ans, d’une crise cardiaque, dans la maison où il vivait avec sa femme et ses filles, presque dans l’anonymat. Le coup est rude pour les quadras qui voient re-défiler dans leurs synapses encombrées de cholestérol l’image de leurs renoncements successifs au cours de deux décennies de compromission avec le système que dénonçait Strummer. Sa disparition fait remonter jusqu’à l’orée de notre conscience ce que nous n’avons pas su être. Les bulles effroyables de nos années de démissions et de désillusions se frayent une route sinueuse pour éclore à la surface nauséabonde du marigot de notre réalité, comme autant de coups de poignard dans la baudruche de notre pureté adolescente à jamais éventrée.

Brahic / Tapponier / Brown / Girardon , ‘La plus belle Histoire de la Terre’.

Sortie : , Chez : . Eruption, magma, collisions tectoniques, dérive des continents, explosion des météorites, extinction de races… ou l’histoire violente de notre planète qui sait parfois engendrer la douceur. On y apprend qu’Alger se rapproche de Marseille à raison de 6 mm par an. Cette attraction semble provoquer une certaine répulsion si j’en juge par les récentes secousses telluriques en Algérie…

de Gaulle Charles, ‘Traits d’esprit’.

Sortie : , Chez : . Les perles du Général classées par thème, et il n’en était pas avare. A Frey qui vient de faire arrêter Jouhaud après le putsch d’Alger : « Alors Frey, il vous a fallu un an pour arrêter un chef de l’OAS ! Et pour comble, vous m’arrêtez le plus bête et le plus difficile à fusiller ! »