Giesbert Franz-Olivier, ‘Le viel homme et la mort’.

Sortie : 1996, Chez : . Les derniers jours de François Mitterrand, rongé par son cancer, racontés par l’un de ses fils spirituels, fasciné par le personnage. Alors que la vie s’essouffle, le vieil homme continue à proférer coups bas et analyses brillantes, continuellement tourné vers l’Histoire de France dans laquelle il désespère de laisser une trace.

McGuane Thomas, ‘Rien que du ciel bleu’.

Sortie : , Chez : . L’histoire d’un ancien hippie du Montana reconverti, sans joie, dans les affaires. Sa femme et sa fille vont « planter leurs choux ailleurs » et du coup il perd le moral et son sens du business, passant ses journées à la pêche. Ses deux femmes qui continuent de l’aimer le remettront dans le droit chemin. C’est raconté avec humour et « le détachement lucide de l’authentique désespoir ». Un genre Philippe Djian des grands espaces des montagnes rocheuses. Distrayant.

Massive Attack – 2006/08/30 – Paris le Bataclan

De retour d’une tournée estivale dans les festivals du sud de la France, Massive Attack s’arrête à Paris pour trois soirées dans la capitale fin août. La bande étant plutôt habituée des salles gigantesques on se réjouit de profiter des Massive dans un espace plus humain, ce soir le Bataclan.

Le groupe de Bristol n’a pas sorti de nouveau disque depuis 100th Window en 2003, sinon un best of cette année : Collected agrémenté de quelques inédits. On sait la gestation de ses créations toujours très longue. On dit qu’ils accumulent les heures d’enregistrement. On imagine l’intensité des discussions artistiques pour arriver au degré de pureté et d’absolu de leur musique. Un nouveau disque est annoncé pour bientôt : Weather Underground  !

Le Bataclan trépigne lorsque s’éteignent les lumières vers 21h. Deux imposantes batteries occupent la scène et marquent le son de cette soirée d’un beat aussi puissant que mécanique. Elles cernent un clavier. Cette ligne d’arrière subit de plein fouet la lumière qui irradie du fond de la scène : un mur de diodes luminescentes, un gigantesque équaliseur dont les éléments suivent le cheminement mystérieux de cette musique venue d’ailleurs. Le mouvement de la lumière et la variation des couleurs sont un spectacle en eux-mêmes avec toujours la sophistication la plus extrême travaillée à l’infini pour la rendre évidente.

Sur le bord de la scène, devant les guitares, défile le collectif des voix. On distingue à peine les lèvres qui les expirent. C’est un théâtre d’ombres qui marque l’exploit unitaire de cette musique. Tout le show est joué à contre-nuit, les silhouettes des musiciens se dessinant en mouvement dans le flash des lumières qui violent les rétines alors que diffuse un son aux harmonies mineures et aux rythmes obsédants.

Si le verbe synthétiser a un sens technique, les Massive Attack lui insufflent une volonté artistique : la synthèse des influences ethniques, la fusion des rythmes, l’incandescence des lumières et des harmonies aboutissent à cette incroyable puissance délivrée live par ce groupe.

Derrière la musique il y a des mots qui surnagent, une poésie rap majoritairement écrite par le blanc Robert del Naja (3D), ce soir habillé en officier de marine de sa Majesté, et Grant Marshal (Daddy G) le longiligne black fondateur du groupe. Des mots imperceptibles qui tombent, diffus, confus. C’est le trip-hop de Bristol qui exhale la consanguinité de l’Afrique exilée en Jamaïque dans le sang de la traite, revenue se fondre sur les côtes de l’Empire britannique. Des mots qui scandent les sentiments présupposés universels : Don’t be afraid/ Open your mouth and say/ Say what your soul sings to you.

Compositeur/graffiteur, habitué de la scène mondiale, 3D s’efface avec élégance derrière l’équipe de chanteurs-compositeurs qui interprètent ses morceaux. Car Massive Attack est d’abord une histoire de partage : de Daddy G, dont les duos d’outre-tombe avec 3D sont parmi les morceaux les plus troublants, à Horace Andy et ses airs de vieux sage africain à la voix chaude et chevrotante, de Liz Frazer, la voix féminine et émouvante présente ce soir sur scène, habillée d’une djellaba bambara, à Sinead O’Connor sur 100th Window, des réalisateurs pour qui le groupe a écrit des musiques de film à tant d’autres musiciens, ce groupe partage, synthétise et transcende !

Massive Attack nous a délivré ce soir une musique sombre et poétique, fruit de l’unité d’un commando de musiciens bioniques, mi-DJs mi-chercheurs, dédiés à la création d’un son en phase avec notre temps : technologique et humain à la fois, avec des montées d’intensité paroxystiques qui attaquent tous les sens sans espoir de rémission et des moments d’extase romantique où des voix vaporeuses s’étagent avec douceur au milieu de vagues de claviers Teardrop on the fire/ Fearless on my breath/ Water is my eye/ Most faithful mirror/ Fearless on my breath.

Les lumières se rallument, ou plus exactement les diodes luminescentes s’éteignent sur scène. L’assistance reste sous le choc de la violence d’une confrontation avec cette musique inqualifiable, composée et jouée avec un grand talent. Peut-être sous l’effet du light-show ou d’une salle aux dimensions plus modestes qu’à l’habitude, mais on a ressenti plus de proximité avec le groupe, une musique plus colorée, moins radicale. Ou simplement est-ce l’aboutissement de musiciens atteignant l’âge de raison, celui de l’apaisement où la révolte est maintenant canalisée vers la qualité de l’écriture.

On attend Weather Underground, fébrilement !

Radiohead – 2006/08/26 – Paris Parc de Saint-Cloud

Dans la nuit tombante sur le festival Rock en Seine Radiohead démarre son show sur Airbag. Le public est déjà en transe. Les lumières baignent la scène d’un bleu électrique qui ne sera déchiré que par des éclairs orangés sur certaines montées de tension. Les deux écrans de chaque coté des musiciens et le grand du fond retransmettent des petits écrans virtuels projetant les images déformées de webcams fixes. Ce n’est pas évident à décoder (surtout pour le 30 millième spectateur, tout là-bas au fond de la pelouse) mais un concert de Radiohead se mérite.

Le quintet britannique déroule un impeccable show assaisonné live. Les élucubrations électro-mystiques des albums Kid A, Amnesiac ou Hail To The Thief passent remarquablement sur scène où le groupe démontre toute la subtilité de ces compositions. Thom place sa voix plaintive et aigüe au-dessus du son de son groupe historique de musiciens d’exception : les trois guitares savent ajouter le feu sur une rythmique syncopée par l’électronique comme les trois guitaristes peuvent aussi pianoter sur des synthétiseurs remplaçant la magie violente du pincer des cordes électriques par le mystère des volutes bioniques émanant d’improbables ordinateurs.

On aurait pourtant cru le contexte d’une foule en plein-air peu propice à une telle complexité musicale. Nous avions l’esprit étriqué et tellement peu imaginatif ! Les morceaux sont joués comme sur les disques, sans compromission aucune. Il est rassurant de voir une audience de 25 années d’âge moyen partager avec dévotion cette communion cérébrale avec une musique venue d’ailleurs, une musique à la sombre élégance, toute en émotion et en modernisme, en recherche et en aboutissement, qui alterne des pages sinistres avec une énergie vitale et revigorante. Une musique faite pour la nuit, celle d’un compositeur étrange dont la tête est pleine de ce qui s’avère tout simplement être une prodigieuse inspiration. Une musique qui parle aux tréfonds de notre âme jusque parfois en ébranler les fondements.

Lorsque Radiohead revient à des moments plus classiques de son œuvre le public souffle et reprend en cœur Paranoid Android, Airbag ou Karma Police (qui clôture le show). Le retour sur OK Computer rassure à peine tant il paraît maintenant acquis que ce groupe affronte avec bonheur les pistes escarpées de la création. On en profite tout de même ! Sans vouloir trop en demander, on aurait même pu écouter Creep

Plusieurs bonnes nouvelles ce soir : (i) Radiohead reste un groupe de scène majeur à la créativité unique et l’intellectualisme brillant, (ii) on trouve à Paris sans difficultés 40 000 personnes pour passer une nuit d’été avec la bande après les 80 000 des Rolling Stones à peine un mois plus tôt et (iii) il reste des saucisses et de la bière dans lesquelles on peu noyer les dernières effluves de Karma Police qui tournent encore en boucle dans nos oreilles ébahies : This is what you get…

 

La set list de Radiohead

1. Airbag 2. 2+2=5
3. The National Anthem
4. My Iron Lung
5. Morning Bell 6. Fake Plastic Trees 7. Videotape
8. Nude 9. The Gloaming
10. Paranoid Android

11. All I Need 12. Pyramid Song 13. Lucky 14. The Bends
15. I Might Be Wrong
16. Idioteque 17. Everything In Its Right Place Encore: 18. You And Whose Army
19. Bodysnatchers 20. There There
21. Karma Police

 

Festival Rock en Seine – 2006/08/26 – Paris Parc de Saint-Cloud

4ème année du Festival Rock en Seine : toujours une excellente programmation générant un franc succès, toujours un temps pluvieux donnant à l’ensemble un petit air woodstockien et toujours un grand plaisir de pouvoir assister à deux journées non-stop de rock en plein air dans le parc de Saint Cloud.

La journée du samedi est affichée « complet » depuis plusieurs semaines, la venue de Radiohead n’y est pas pour rien. Rock ‘n’ Folk fait sa couverture sur Thom Yorke, quelques radios et journaux généralistes annoncent la venue de ces extra-terrestres. Succès d’estime dans la presse grand-public qui ne comprend pas grand-chose à cette musique mais pressent quelque chose d’important. Alors on en parle ! Vers 10h du matin le samedi, le cours de la place sur ebay est dans les 150 euros. Quelques puristes revendent à prix coûtants, il faut les trouver.

Les acteurs de la scène parisienne alignent leurs stands publicitaires au milieu des vendeurs de saucisses. On se réchauffe dans la friture d’oignons et la bière blonde. Un petit passage sur l’expo Jean-Baptiste Mondino, clipeur-shooter du Rock, déificateur de la guitare, qui place sur ses très belles et très glacées photos les musiciens anonymes au même rang que Mick et Madonna.

Il y a trois scènes cette année, une de plus qu’en 2005 et une raison supplémentaire de se ronger les sangs pour décider qui privilégier. Beck et Rodiohead étant annoncés sur la grande scène, le chroniqueur va donc directement y tremper son stylo. Il n’en sortira plus, bloqué-compressé-pressurisé par les 30 à 40 000 fans qui vont progressivement s’agglutiner dans son dos. Et tant pis pour Skin ou The Rakes prévus sur la scène de la cascade.

15h30, Taking Back Sunday arrive de New York pour jouer un rock de bellâtres, brut et lisse, sans intérêt. Ils sont suivis par Phoenix, quatre parisiens dont on parle qui sont allés écrire-enregistrer leur dernier disque dans l’ancienne Berlin-Est, et délivre un son pop agréable et sincère.

Il est 18h, l’espace libre se raréfie, les gouttelettes qui tombent parfois du ciel n’arrivent plus à atteindre le sol. Les choses sérieuses s’annoncent. Les Dead 60’s  remportent un franc succès sur un style revival des rythmes ska. Ces quatre de Liverpool aux origines mélangées sont énergiques et hargneux, riffs reggae et basses appuyées, la foule essaye d’onduler.

Lorsque Beck entre en scène, la pelouse est noire de monde. L’américain aux longs cheveux blonds est habillé gilet noir sur chemise blanche, coiffé de chapeau et lunettes noires. La ressemblance avec Dylan est recherchée. L’originalité de l’élève égale celle du Maitre. Une mini-scène est installée au fond de la vraie, occupée par des marionnettes représentant le groupe, agitées par des marionnettistes aux bouts de leurs fils, filmées par un opérateur et retransmises sur grands écrans où l’on ne verra que les puppets. La prestation de Beck est surprenante, comme son dernier disque. Le chanteur mélancolique de Sea Change s’est transformé en musicien hip-hop, animant un groupe de joyeux déjantés jouant avec beaucoup de brio pour accompagner un non moins brillant compositeur et metteur en scène. Durant ce qui ressemble à un entracte, un clip projeté montre les puppets aller saccager la loge des Radiohead. C’est la très très bonne surprise de la soirée, ce groupe américain est époustouflant d’originalité artistique et de vitalité musicienne. Beck en est le maestro royal et imperturbable, même lorsque que ses acolytes s’attablent devant un banquet servi sur scène, bientôt transformé en batterie collective et hystérique. Comme il n’est que le faire-valoir des héros de la soirée, Beck laisse une pelouse frustrée de n’avoir point droit à un rappel.

La nuit tombe sur Saint-Cloud. Les allers-retours avec les baraques à frittes sont stoppés depuis longtemps, chaque place abandonnée étant inexorablement comblée par un mouvement de foule conséquent.

Dans la nuit tombante Radiohead démarre son show sur Airbag. Le public est déjà en transe. Les lumières baignent la scène d’un bleu électrique qui ne sera déchiré que par des éclairs orangés sur certaines montées de tension. Les deux écrans de chaque coté des musiciens et le grand du fond retransmettent des petits écrans virtuels projetant les images déformées de webcams fixes. Ce n’est pas évident à décoder (surtout pour le 30 millième spectateur, tout là-bas au fond de la pelouse) mais un concert de Radiohead se mérite.

Le quintet britannique déroule un impeccable show assaisonné live. Les élucubrations électro-mystiques des albums Kid A, Amnesiac ou Hail To The Thief passent remarquablement sur scène où le groupe démontre toute la subtilité de ces compositions. Thom place sa voix plaintive et aigüe au-dessus du son de son groupe historique de musiciens d’exception : les trois guitares savent ajouter le feu sur une rythmique syncopée par l’électronique comme les trois guitaristes peuvent aussi pianoter sur des synthétiseurs remplaçant la magie violente du pincer des cordes électriques par le mystère des volutes bioniques émanant d’improbables ordinateurs.

On aurait pourtant cru le contexte d’une foule en plein-air peu propice à une telle complexité musicale. Nous avions l’esprit étriqué et tellement peu imaginatif ! Les morceaux sont joués comme sur les disques, sans compromission aucune. Il est rassurant de voir une audience de 25 années d’âge moyen partager avec dévotion cette communion cérébrale avec une musique venue d’ailleurs, une musique à la sombre élégance, toute en émotion et en modernisme, en recherche et en aboutissement, qui alterne des pages sinistres avec une énergie vitale et revigorante. Une musique faite pour la nuit, celle d’un compositeur étrange dont la tête est pleine de ce qui s’avère tout simplement être une prodigieuse inspiration. Une musique qui parle aux tréfonds de notre âme jusque parfois en ébranler les fondements.

Lorsque Radiohead revient à des moments plus classiques de son œuvre le public souffle et reprend en cœur Paranoid Android, Airbag ou Karma Police (qui clôture le show). Le retour sur OK Computer rassure à peine tant il paraît maintenant acquis que ce groupe affronte avec bonheur les pistes escarpées de la création. On en profite tout de même ! Sans vouloir trop en demander, on aurait même pu écouter Creep

Plusieurs bonnes nouvelles ce soir : (i) Radiohead reste un groupe de scène majeur à la créativité unique et l’intellectualisme brillant, (ii) on trouve à Paris sans difficultés 40 000 personnes pour passer une nuit d’été avec la bande après les 80 000 des Rolling Stones à peine un mois plus tôt et (iii) il reste des saucisses et de la bière dans lesquelles on peu noyer les dernières effluves de Karma Police qui tournent encore en boucle dans nos oreilles ébahies : This is what you get

La set list de Radiohead

1. Airbag 2. 2+2=5
3. The National Anthem
4. My Iron Lung
5. Morning Bell 6. Fake Plastic Trees 7. Videotape
8. Nude 9. The Gloaming
10. Paranoid Android

11. All I Need 12. Pyramid Song 13. Lucky 14. The Bends
15. I Might Be Wrong
16. Idioteque 17. Everything In Its Right Place Encore: 18. You And Whose Army
19. Bodysnatchers 20. There There
21. Karma Police

 

Boyle T.C., ‘Water Music’.

Sortie : 1980, Chez : . 700 pages foisonnantes et délirantes sur un XVIII° siècle finissant, éclaté entre une Afrique en putréfaction explorée par un écossais candide et volontaire, et un Royaume-Uni où seule la rage permet de survivre. La violence de ces deux mondes est décrite avec profusion et cynisme. Cette violence implacable est élevée au rang de mode de fonctionnement, elle inspire merveilleusement Boyle dont la vision romanesque éblouissante nous emmène au bout de ces aventures humaines entrecroisées. La fiction est haletante, le style flamboyant, et le tout repose sur une reconstitution historique définitivement crédible. Un grand roman !

Wolfe Tom, ‘L’Etoffe des héros’.

Sortie : 1979, Chez : . L’histoire passionnante de la conquête de l’espace dans l’Amérique des années Kennedy : le mythique Chuck Yeager qui passe le mur du son dans son X1 au-dessus du désert de Californie à l’héroïque John Glenn qui se promène en orbite dans une capsule Mercury. C’est l’Amérique conquérante et naïve, alors que tout était encore possible, racontée par un Tom Wolfe au style haletant, précis et ironique. Une tranche de vie à jamais révolue alors que le cynisme et le business ont maintenant recouvert notre planète d’un voile sombre et efficace.

Sigur Ros – 2006/07/06 – Paris l’Olympia

Pas facile d’être un groupe islandais avec des chansons au format long, incompatible avec la FM, des textes en… islandais et des harmonies et instruments bizarroïdes. Björk nous a déjà fait le coup alors les radios ont du mal à se lancer dans la promotion de Sigur Ros (qui veut dire Rose Victoire, le prénom de la sœur du leader). Et pourtant, ce groupe dont le membre le plus âgé n’a pas trente ans, joyaux de créativité, a développé un fan-club, jeune et fidèle, qui vénère ces musiciens venus du froid. Le concert du 16 novembre dernier à l’Élysée Montmartre était déjà sur-réservé depuis plusieurs mois, alors nos islandais sont revenus ce 6 juillet à l’Olympia pour nous présenter le même show post-sortie de Takk, leur dernier disque, probablement le plus abordable.

Et nous fument aussi totalement bouleversés par cette seconde apparition qui toucha à la beauté pure. A l’extinction des lumières, la scène est masquée par un voilage transparent lorsque la musique démarre. Des projecteurs jouent sur les musiciens créant des effets d’ombres chinoises alors que monte l’intensité des notes pour s’achever dans un déluge de rythmes et de volume sur le groupe qui apparaît en direct après la disparition du voilage. Jón þór birgisson (Jónsi), longiligne chanteur-guitariste-inspirateur du groupe joue de sa voix éthérée, très haut-perchée, comme d’un instrument, posant des mélodies puissantes sur des textes en islandais ou en « hopelandic », un langage inventé pour meubler les compositions à un stade où les mots exprimés n’ont plus grande importance, les notes seules, générant le fluide vital du partage dans l’âme des spectateurs.

Rapidement rejoint par le quartet de cordes qui a assuré la première partie, les quatre musiciens de Sigur Ros développent une musique fascinante, définitivement ancrée à leur Islande natale, aussi mystérieuse que cette ile du grand Nord. Jónsi joue sur sa guitare électrique avec un archet déclenchant un son profond et sans attaque, le bassiste utilise parfois un stick sur ses cordes pour marquer la rythmique, les xylophones viennent régulièrement ajouter une touche d’exotisme glacial à l’ensemble. On est devant une musique expérimentale dont les pièces sont toutes originales et dont la combinaison sait nous parler.

En se laissant pénétrer par ces sons étranges à la synthèse si parfaite, nous gagne le mystère des volcans de Reykjavik qui se mélangent aux glaciers pour produire le bien être sublime des geysers nous baignant de leur vigoureuse félicité. C’est le feu et la glace réunis dans une troublante alchimie menée par l’archer du Maestro Jónsi à la voix placée au-dessus de tout, cette voix que l’on croirait sortie du Cri de Munch !

L’ensemble est stratosphérique, indéfinissable, nous comblant d’une sereine et infinie plénitude. Il y a du Radiohead dans cette capacité tranquille à rester en-dehors de sentiers battus et à développer une mélancolie mélodique pourtant si facile à vivre et à digérer.

Le final est rejoué derrière le voile sur un jeu de stroboscopes hypnotiques accompagnant la montée de tension progressive de la musique vers une ultime explosion. Cette violence nous mènera au terme de cette inoubliable soirée musicale d’un autre type.

Revenant des coulisses à deux reprises, l’ensemble des musiciens applaudit les spectateurs durant de longues minutes pour nous rappeler que Takk en islandais veut dire « merci ».

Auster Paul, ‘Mr Vertigo’.

Sortie : 1994, Chez : . Quelle verve ce Paul Auster ! Il nous emmène cette fois-ci au cœur de l’Amérique de la Grande dépression de 1929 au travers les yeux d’un gamin doué du pouvoir de lévitation, à un qui un Maître enseigne son art et les choses de la vie. C’est aussi une occasion de traverser l’Amérique profonde avec deux personnages attachants à la poursuite de reconnaissance. Après un périple de 50 années, notre héros qui ne lévite plus depuis bien longtemps, revient à la maison de son éducation. On a vécu avec lui la fin tragique du Maître, ses aventures, sa vengeance et sa fidélité. Et finalement, le besoin du retour au bercail après tant de tumultes. Un grand roman, souple et brillant, où l’héroïsme s’affronte avec l’ordinaire et où la composition des personnages est miraculeuse.

Pessoa Fernando, ‘Lettres à la fiancée’.

Sortie : , Chez : . Les lettres du grand poète portugais du Livre de l’Intranquillité à la seule femme qu’on lui ait connu dans sa vie. Il écrivait à sa fiancée notamment que « Les lettres sont des signes de séparation… Les lettres sont pour les gens à qui nous n’avons plus envie de parler. » Rien de bouleversant dans ces textes, une idylle épistolaire sur deux périodes de douze mois, séparées de dix années, qui montre que Pessoa, tel le goéland dans les cieux, était plus à l’aise dans les choses de l’esprit qu’avec le bric-à-brac de l’amour.

Nouvelle Vague – 2006/06/14 – Paris le Bataclan

Deux jours après l’apparition dans les bacs de Bande à Part, Nouvelle Vague revient au Bataclan. Le concept est le même, la reprise de standards new wave assaisonnés à l’inspiration Collin/Libaux et susurrés par des princesses aux voix de velours. Camille vogue vers d’autres cieux et est numériquement remplacée par un guitariste chanteur antillais : Gérald Toto.

Le dernier disque présente des morceaux de Echo & the Bunnymen, The Buzzckocks, The Lords of the New Church, Billy Idol, New Order, The Cramps, Bauhaus, Heaven 17 et d’autres qui viennent compléter sur scène les classiques habituels de la formation. L’ambiance est plus bluesy, un poil plus reggae, un soupçon moins latinos que sur le premier disque.

Gérald, grimé Kingston fashion, nous joue une incroyable version rasta de Heart of a Glass de Blondie et terminera le show avec Relax de Francky goes to Hollywood sur la même veine.

Le cérémonial reste bien agencé, le collectif de chanteuses/chanteur se succède au micro. La véritable vedette de cette soirée est la musique, celle composée par ces groupes de légende qui ont bercé nos années 80 !

Il n’est pas sur que ce concept Nouvelle Vague justifie un troisième disque. Mais le duo Collin/Libaux a sans doute plus d’un tour dans son sac.

Houellebecq Michel, ‘Extension du Domaine de la Lutte’.

Sortie : 1994, Chez : . Les chemins de la dépression ordinaire d’un homme solitaire, racontés avec un cynisme politiquement incorrect mais tellement réaliste. On a tous traversé et pensé un jour ce que Houellebecq écrit ici, dépassant les inhibitions habituelles de 2000 ans d’influences judéo-chrétiennes. Un régal d’amertume !

Bensaïd et Leloup Catherine et Jean-Yves, ‘Qui aime quand le t’aime ? De l’amour qui souffre à l’amour qui s’offre’.

Sortie : , Chez : . Une psychiatre et un prêtre philosophe mènent une analyse de concert de la relation amoureuse : de la parabole de la Samaritaine à la métaphore de l’échelle, ils détaillent scrupuleusement et avec évidence le fait amoureux, ses étapes, des dérives, ses illusions, ses quêtes, ses brûlures, ses objectifs, ses transcendances, ses apaisements… Les auteurs déroulent leur raisonnement avec la rigueur impressionnante de ceux qui ont scruté la vie, la simplicité naturelle de ceux qui savent mettre leurs pensées à la portée de lecteurs seulement riches de leurs expériences. On les suit au long de ces lignes qui s’entrechoquent avec nos propres vies et déclenchent de salutaires réflexions et, parfois, avancent des clefs pour essayer d’entrouvrir le voile du mystère.

Baer Robert, ‘La Chute de la CIA’.

Sortie : , Chez : . Les confessions amers d’un ancien agent de la CIA expliquant la métamorphose d’une agence de renseignement opérationnelle, spécialisée en coups tordus au profit de la sécurité nationale des Etats-Unis, en une bureaucratie techno couvrant les intérêts pétroliers du microcosme washingtonien.

Mailer Norman, ‘Les vrais durs ne dansent pas’.

Sortie : , Chez : . Un incroyable roman américain où s’exprime toute la puissance de Mailer, ce géant de la littérature moderne. Il y est question de têtes décapitées, d’alcool, de sexe, de relations humaines déjantées dans le cadre de la Nouvelle Angleterre d’une Amérique torturée qui présente tous les atours apaisants d’une nation parvenue et conquérante. L’imagination débridée de l’auteur est un régal pour l’esprit. Sa créativité littéraire et la perfection du verbe inspirent le respect.

Louise Attaque – 2006/04/25 – Paris le Zénith

Une grande vague de rock et de tendresse a submergé le Zénith ce soir avec Louise Attaque qui y clôturait une série de deux concerts. Le groupe français recordman du disque rock le plus vendu dans l’hexagone avec 2,5 millions de leur premier opus en 1997, s’est reformé en 2005 pour un nouvel album, A Plus Tard Crocodile, dans la veine des deux précédents.

Adepte des Violent Femmes dont Gordon Gano a produit le deuxième disque, les Louise… se sont tournés cette fois-ci vers Mark Plati, guitariste/ingénieur/producteur que l’on a vu sur scène à plusieurs reprises avec Bowie, pour la coproduction du Crocodile qui les a emmenés à New York pour une partie de l’enregistrement.

Ils nous livrent ce soir un concert plein de bonheur, mené tambour battant par un quatuor régénéré et mature, toujours à l’écart des chemins trop fréquentés mais sachant déclencher l’enthousiasme de salles bondées. Ils affichent une originalité jamais démentie sous la bannière du rock pur, juste atténué par la douceur des textes. Une poésie au fil de l’eau, sorte d’écriture automatique appliquée aux choses de la vie, où il est bien sûr question d’amour et de doutes, sujets tellement propices au jeu des mots manié avec habileté par Gaëtan Roussel, l’âme des Louise : J’vis toujours des soirées parisiennes/ J’voudrais vivre des soirées belles à Sienne et vivre au vent/ A feu/ A cent/ M’ouvrir au sang/ Tu mens…

Et nous voyons ce soir un formidable groupe de scène, sans décorum excessif, juste le son des guitares enluminées par le violon aérien d’Arnaud Samuel, et une incroyable énergie déployée pour leur musique. Les chansons sont toutes jouées en version allongée, prolongeant d’autant notre félicité. Ils ne savent plus s’arrêter ! A minuit nous y étions encore, leurs potes de Dionysos et des Wampas étaient montés sur scène pour la gig des copains, et tout ce petit monde, épuisé, revenait pour un énième rappel.

La princesse naïve aux grands yeux doux qui illustre leurs albums nous tire sa révérence, laissant partir ses princes charmants courir les festivals musicaux de l’été qui s’annoncent Très Louise…

Perry Blake – 2006/04/13 – Paris le Café de la Danse

Concert intimiste de Perry Blake à Paris : cet artiste inclassable nous y déroule ses dernières compositions échappées d’un monde dont il nous entrouvre régulièrement les portes le temps d’un CD. Très attaché et inspiré par la culture française, on lui connaît des collaborations régulières avec Françoise Hardy ou Emilie Simon, c’est donc au Café de la Danse, place oh combien parisienne qu’il nous dévoile son dernier disque The Crying Room. Habillé d’un costume de velours coupé années 30, il est assis au milieu d’un groupe de musiciens français jazzy qui collent complètement à sa musique.

Blake, délaissé par son label, a enregistré son dernier album dans sa maison irlandaise au milieu de nulle part. Une solitude insulaire qui transparaît dans ses notes et son attitude sur scène. On le croirait juste sorti de ses vallées vertes battues par les grands vents marins et peuplées de moutons errants. La musique inspirée par un tel environnement est pleine d’une puissance contenue, la voix émouvante de son compositeur est évidemment follement romantique. Un show basé sur le plaisir musical qui transcende la mélancolie naturelle qui exsude de tempi lents et harmonieux. Et d’ailleurs les musiciens s’amusent en se serrant autour de Blake pour l’emmener dévoiler son âme au-delà de ce qu’il aurait probablement envisagé. Clavier et guitares, percussions jazzy, entourent parfaitement ce musicien délicat et subtil dont les notes perlent comme des gouttes de rosée argentées où se reflètent nos joies et nos tourments. Dieu merci ces créateurs marginaux peuvent-ils encore nous bercer de leurs mélopées autoproduites malgré l’abandon dont ils font l’objet de la part de l’industrie du disque. Une reprise de Georges Harisson termine ce concert avant que Blake ne se retire sur la pointe des pieds.

What did you find in my past life?/ What you’ll find if you come is forgiveness/ What you’ll find if you come is you’re forgiven

Morrissey – 2006/04/11 – Paris l’Olympia

Concert complet (depuis longtemps) à l’Olympia ce soir où Morrissey vient présenter son dernier disque : Ringleader of the Tormentors. L’icône du rock indépendant continue un parcours de grâce musicale dont les étapes sont ponctuées de productions éclairées par ses déambulations à travers la planète, Londres, Manchester, Los-Angeles, Rome depuis un an et l’Irlande, toujours, dont le sang irrigue le terreau si fertile de sa nostalgie pérégrine. En France, il ne fait que passer, mais nous le savons tous, bien sûr cet artiste romantique viendra un jour tremper son inspiration sur les bords de Seine et rejoindre la mémoire de tous les poètes qui s’y sont brûlé les ailes. Morrissey, Paris t’attend, la ville lumière est à toi, et ce soir n’est qu’un avant-goût !

Smoking noir et chemise rose cintrée, Morrissey apparaît, cheveux grisonnants, un pack de musiciens collés à ses notes. Le show démarre sur First of the Gang et s’emballe sur You Have Killed Me puis The Youngest Was The Most Loved : guitares cinglantes, voix cajoleuse qui décroche harmonieusement dans les aigus, claviers nuageux, rythmique majestueuse. Le son est marqué de la patte de Tony Visconti, le producteur sorcier (T-Rex, Bowie, The Stranglers, Rita Mitsouko, et même Marc Lavoine…) de Ringleader…, à la fois foisonnant et ordonné, emphatique et subtil. Tout ce petit monde affiche la nonchalance qui sied aux grands professionnels traînant derrière eux des décennies de route et de composition, l’unité profonde d’un groupe qui a joué les histoires et les humeurs de Morrissey sur toutes les scènes de la planète Rock. Cette apparente facilité laisse l’artiste exprimer librement sa nouvelle félicité romaine déversant sur un public conquis un torrent furieux et pur de romantique élégance.

Sur la pochette du dernier disque on découvre Morrissey en maestro du violon estampillé Deutsche Gramophone, puis en dandy négligemment appuyé sur un scooter dans une rue romaine taguée. Ce sont les images du retour à l’Europe si délicieusement illustré par sa nouvelle inspiration musicale où se mêlent Rome et Pasolini, des harmonies modernes et éternelles, bref du Morrissey enthousiaste qui n’abandonne pas sa marque de fabrique d’une vision amer de la vie, transcendée par la musique comme guide salvateur.

Le show se déroule avec naturel, quelques retours sur les Smiths et sur You Are the Quarry, l’opus américain du retour vers la gloire : Irish blodd English heart/ That’s I’m made of/ There is no one on earth/ I’m afraid of/ And I will die/ With both my hands untied puis le superbe Let Me Kiss You. Une surprise avec la reprise de A Song From Under The Floor Boards de Howard Devoto que Morrissey présente comme écrite avant sa naissance ! Il ne faut tout de même rien exagérer jeune homme, nous nous souvenons d’un concert mémorable de Magazine au Palace en 1980 année où cette chanson a été créée.

Le concert touche au sublime lorsque démarre la basse hypnotique de Life is a Pigsty (La vie est une porcherie) qui nous ramène aux ambiances sombres d’antan : Life is a pigsty/ Life is a pigsty/… / Can you please stop the time?/ Can you stop the pain?/ I feel too cold/ Can you stop this pain/ Even now in the final hour of my life/ I’m falling in love again/ Again/ Again…

Un trop court rappel sur Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me et notre funambule repart pour l’Irlande, prochaine étape de son tour.

Ce soir s’est exprimée la quintessence de ce qu’un artiste intemporel est capable de produire lorsque son âme enfin tend à l’apaisement, désertant la noirceur des Smiths au profit à la sérénité d’un créateur abouti ! On retrouve du Bryan Ferry dans cette évolution personnelle vers toujours plus d’harmonie, le sourire en moins. Les frissons courent sur la peau des spectateurs comme coule la fontaine pure et débordante de cette musique portée par la voix sublime d’émotion de Morrissey dont les créations délicates nous tourneboulent délicieusement dans la joie de partager ces mélodies si pleines de finesse.

Set list

First Of The Gang To Die / Still Ill / You Have Killed Me / The Youngest Was The Most Loved / Reader Meet Author / Let Me Kiss You / My Life Is A Succession Of People Saying Goodbye / Girlfriend In A Coma / I Will See You In Far-off Places / To Me You Are A Work Of Art / Life Is A Pigsty / Trouble Loves Me / How Soon Is Now? / Irish Blood, English Heart / A Song From Under The Floor Boards / I Just Want To See The Boy Happy / At Last I Am Born // Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me

Littell Robert, ‘Légendes’.

Sortie : , Chez : . Les histoires d’espionnage post guerre froide où la CIA ruine la Russie en s’appuyant sur les Tchétchènes, liquide ses propres agents empêtrés dans les personnages successifs, les légendes, que leur forge le service action pour les couvrir. La psychologie se mêle au terrorisme, la manipulation s’ajoute à la folie du pouvoir, la vie humaine n’a plus de sens face aux intérêts supérieurs des Etats et la gestion de l’avenir de la planète. Cela fait froid dans le dos, mais il reste l’espoir que tout ceci ne soit que roman !

Simple Minds – 2006/03/15 – Paris l’Olympia

Les Simple Minds sont à l’Olympia ce soir. Ces musiciens écossais ont bâti leur succès européen des années 80/90 en mixant un progressisme flamboyant avec un rock pur et des textes inspirés. Loin d’être aussi simples d’esprit que ne l’indique leur nom soufflé par le Jean Genie de David Bowie (« He’s so simple minded he can’t drive his module/ He bites on the neon and sleeps in a capsule/ Loves to be loved, loves to be loved/ The Jean Genie lives on his back »), ils ont mené une carrière à succès à une époque où l’harmonie et la composition faisaient jeu égal avec le rythme dans le cœur des spectateurs et des critiques. Et l’on se souvient des ritournelles élégamment ciselées qui ont déboulé sur les platines des disc-jockeys des boîtes de nuit des étés de la fin des 80s : Don’t You Forget About Me, New Gold Dream, Love Song… servies jusqu’à plus soif sur fond de clips vidéo superbes où se mêlaient les grand espaces de l’Ecosse et la gestuelle si particulière de Jim Kerr. C’était rafraîchissant comme une vodka-orange dans la chaleur d’une nuit tropicale, vertigineux comme la pleine lune illuminant un ciel d’encre. Et l’on en a abusé au hasard des passages dans les festivals où nos musiciens ont joué leur musique dans les arènes romaines du sud de la France, mêlant l’histoire de ces lieux avec la modernité de leur démarche, dévorés par ce plaisir musical qui tendait à la magie. A l’époque, l’inoubliable choriste Robin Clark partageait leurs tournées ajoutant ses vocalises à l’incroyable amplitude de la voix de Kerr.

Nous sommes quelques temps plus tard, le dernier succès remonte à une dizaine d’années, c’était en 1995 avec Good News From the Next World. Depuis, à défaut des chroniques rock, Jimmy a fait la une des journaux en divorçant de Chrissie Hynde (The Pretenders) avec laquelle il formait le couple musical le plus glamour qui soit, pour épouser Patsy Kensit, une blondasse hollywoodienne que tous les fans ont immédiatement et définitivement détestée pour avoir détourné l’ange écossais de son égérie rock. La harpie l’a d’ailleurs rapidement zappé pour poursuivre son entreprise de séduction de tous les rockers de la place de Londres, tâche dans laquelle elle rencontra d’ailleurs un franc succès.

Et nous sommes encore là ce soir pour un passage de Simples Minds à Paris, les tripes nouées par l’émotion en attendant l’entrée en scène de nos funambules inspirées. Ils démarrent sur Stay Visible et enchaînent avec Home, au milieu duquel… la sono explose. Les temps ne sont plus ce qu’ils étaient ! Mais après quelques bricolages tout revient dans l’ordre et le groupe nous replonge dans un passé fulgurant, entrecoupé de ses dernières créations, avec Hypnotised, Someone-Somewhere-in-Summertime, New Gold Dream, Book of Brilliant Things, Waterfront, Don’t you Forget About Me, Big Sleep, Alive and Kicking, A Life Shot In Black And White, Kiss The Ground et d’autres.

La formation est dépouillée comme le décor. Les historiques : Jimmy, Charlie Burchill aux guitares et Mel Gaynor à la batterie sont accompagnés pour la circonstance d’un bassiste et d’un clavier. Jim Kerr déploie toujours une présence charismatique même si la voix est un peu moins posée, les aigus plus difficiles à atteindre, mais la joie de cette musique si généreuse est toujours là. Il a besoin de se rassurer et demande un peu trop souvent au public s’il va bien avec un accès écossais épais comme le brouillard d’un matin d’hiver sur les Highlands. Charlie Burchill reste un fidèle maestro, accroché aux manches de ses guitares surlignant à loisir la voix de son partenaire par un foisonnement de notes irréelles et éthérées. Et le public vibre à l’unisson à chacun des rappels de ce brillant passé :

Somewhere there is some place, that one million eyes can’t see/ And somewhere there is someone, who can see what I can see/ Someone, Somewhere In Summertime !

Le show se termine sur Dolphins, une ode à la planète Terre et les habitants magiques de ses océans : Dolphins look around/ And then the dolphins drag me down/ And when it looks though the world just in/ Dolphins drag me down/ Drag me down, qui clôt également leur dernier disque Black And White et dont le clip vidéo est une succession de vues prises de la navette spatiale : une grande beauté, beaucoup d’innocence et de sombre pureté. Alors que les dernières nappes de claviers achèvent de se retirer tel l’océan qui reflue sur l’infini, les lutins tirent leur révérence sur un « You’re a wonderful audience », ce qui est la plus pure vérité car nous sommes en plus un vrai public de fidèles, pour toujours et à jamais.

Deux rappels enflammés achèvent une bonne soirée musicale nostalgia qui manqua un peu de l’émerveillement qui fut le nôtre il y a vingt ans devant l’inspiration de Once Upon A Time.