Et hop ! Une première augmentation d’impôt à l’horizon

Niant l’évidence, le pouvoir actuel continue à clamer qu’il n’y aura pas d’augmentation des impôts pour ne pas casser la reprise de la croissance comme cela avait été malencontreusement fait après la crise financière de 2008. Et tout le monde de se demander mais qui va payer pour tous ces milliards qui s’abattent sur les citoyens français ? Chacun pressent la réponse mais pas grand monde n’ose la formuler : c’est nous tous qui allons payer collectivement ces dépenses publiques pharaonesques et comme nos vies n’y suffiront pas, nos enfants continueront la tâche et probablement encore les générations qui suivront, et ceci dans l’hypothèse optimiste qu’aucune nouvelle crise du même ordre ne viendrait encore alourdir la barque au risque de la faire couler.

Nous allons tous payer par un mix d’impôts, de cotisations et de dépréciations d’actifs monétaires, financiers et/ou immobiliers. Le premier coup de semonce vient d’être tiré avec la très probable reconduction de la CRDS (Contribution au remboursement de la dette sociale) pour au moins une dizaine d’années. Cette taxe avait été crée en 1996 par le gouvernement de M. Juppé pour financer la CADES (Caisse d’amortissement de la dette sociale), un machin public dans lequel avait été transféré la dette de la sécurité sociale de l’époque (environ 35 milliards d’euros) puisqu’il était clairement avéré que les cotisations sociales ne pourraient jamais suffire au remboursement de celle-ci. On chargeât donc les contribuables de la payer à la place des cotisants. Depuis cette époque quasiment chaque gouvernement, renonçant à équilibrer les recettes et les dépenses sociales, a refourgué à cette CADES des dizaines de milliards de dettes sociales. C’est devenu un jeu de bonneteau : les cotisations encaissées étant insuffisantes pour financer les dépenses engagées, on transfère les déficits sur le contribuable qui les rembourse en payant la CRDS qui était annoncée à sa création comme « provisoire ».

Promis-juré, dès que la dette est remboursée on supprime la CRDS et tout est fini. Mais bien sûr, la France impécunieuse et mal gérée a continué à faire grossir cette dette sociale composée des déficits accumulés et la CRDS n’a jamais été abolie. Il a même fallu à plusieurs reprises proroger la durée de vie légale de la CADES… C’en est devenu une galéjade qui fait se tordre de rire tous les fiscalistes de la planète.

Devinez-quoi ? Compte tenu de nouveaux gigantesques déficits sociaux dus à la crise sanitaire, le gouvernement français étudie actuellement un projet de loi pour proroger une nouvelle fois cette CRDS au-delà de 2024 qui était la dernière date d’extinction annoncée (après déjà deux ou trois reports). Il serait même question d’en augmenter le taux qui est resté fixe à 0,5% des revenus depuis sa création. Et voici donc la première augmentation (ou prorogation, ce qui revient au même) d’impôt coronavirus. La vérité est sans doute encore pire : cette taxe va être permanente et il faudra bien un jour ou l’autre entériner cette situation dans le droit fiscal.

Devant cette absence de contrôle de ses dépenses et de sa dette, on comprend mieux pourquoi la France inspire tant de méfiance aux autres pays européens du nord plus rigoureux qui ne souhaitent pas « mutualiser la dette », c’est-à-dire payer pour un partenaire aux poches percées.

L’histoire du canapé délocalisé

C’est l’histoire d’un canapé orange acheté au Galeries Lafayette il y a quinze ans, un modèle à deux places, modeste et convertible en lit, recouvert d’un tissu orange, payé sans doute moins de 1 000 euros à l’époque et sans doute fabriqué dans des pays exotiques à bas salaires, bref, un produit sans intérêt (ni valeur ajoutée) de la mondialisation. Le temps est passé et le tissu mérite d’être changé, la structure du canapé pouvant a priori survivre encore de nombreuses années. Le devis reçu pour recouvrir ce meuble est de 2 100 euros soit plus de deux fois le prix d’un canapé neuf de même standing.

Pour ceux qui n’auraient pas encore bien compris ce que veut dire concrètement délocalisation-relocalisation ce petit exemple du canapé orange l’illustre à merveille et mériterait d’être cité dans les débats oiseux et verbeux sur le sujet de « la chaîne de valeurs » qui hantent les plateaux télévisés en ces temps de pandémie planétaire où Mme. Michu semble découvrir que même son comprimé de paracétamol est fabriqué en Asie…

Eh oui, l’heure de couture coûte plus cher dans le XIIIème arrondissement qu’au Bangladesh. Délocalisation veut dire dépendance mais faible coût donc favorable au pouvoir d’achat, relocalisation veut dire indépendance mais coût élevé donc défavorable au pouvoir d’achat, et cela joue particulièrement pour les produits à faible valeur ajouté comme un canapé, beaucoup moins pour un Airbus. Le propriétaire du canapé orange fait ses calculs pour déterminer s’il veut payer deux fois le prix d’un canapé neuf pour retapisser son canapé d’occasion. Il lui faut déterminer s’il est prêt à payer un surcoût d’environ 1 500 euros pour favoriser une couturière française et éviter un transport international du meuble. Ainsi va l’économie, l’indépendance et l’écologie ont un coût qui n’était pas payé jusqu’ici.

Enfin une bonne nouvelle

Kiro / Le Canard Enchaîné (08/01/2020)

La crise mondiale du virus baladeur a au moins un avantage en ce qu’elle a ramené l’affaire de la fuite de Carlos Ghosn à ce qu’elle est vraiment c’est-à-dire un dossier de cornecul délinquant qui a fui la justice du pays où il travaillait. Les autorités japonaises continuent à le rechercher bien sûr, mais chacun a mieux à faire que de suivre les aléas d’un aventurier aux petits pieds. On espère néanmoins que son action en justice contre Renault pour percevoir ses indemnités de rupture de contrat et autres retraites chapeaux va tomber d’elle-même. L’entreprise Renault est actuellement portée à bout de bras par les contribuables français et il pourrait être mal vécu qu’une partie de ces soutiens financiers en espèces sonnantes et trébuchantes puissent se retrouver dans les poches du fuyard à égo surdimensionné !

Lire aussi : Carlos et sa malle

Le prévisionniste qui se trompe

Patrick Arthus est polytechnicien, économiste, directeur de la recherche et des études de la banque Natixis. Il s’est beaucoup trompé dans sa carrière de prévisionniste mais ce sont les risques du métier. En 2008 pendant qu’il se trompait dans son analyse de la crise financière occidentale, il ne voyait pas non plus que se développait au cœur de la banque qui l’emploie un des plus grands scandales financiers de la Vème République lorsque qu’un quarteron de dirigeants irresponsables et incompétents a joué avec l’argent des petits déposants des banques populaires et des caisses d’épargne sur le casino des marchés financiers. Les contribuables ont alors sauvé Natixis de la faillite.

Au moins M. Arthus, qui prévoyait une crise financière de courte durée en 2008, admit que ses prévisions étaient erronées. Il est chevalier de la légion d’honneur, on ne sait pas bien pourquoi.

La dernière théorie de M. Arthus est intéressante en ce qu’il prévoit que l’émission massive de monnaie centrale en cours dans la plupart des pays pour survivre à la crise sanitaire ne va pas générer une inflation galopante comme le postulent les sciences économiques mais une baisse de la valeur des actifs immobiliers. Dans un cas comme dans l’autre l’émission de monnaie sans rapport avec la production va dévaloriser les actifs. Que ce soient l’épargne de Mme. Michu ou la valeur de son bien immobilier quand elle en a un, elle va y perdre et se retrouvera avec moins de richesse une fois la crise passée. L’avenir dira si les prévisions de M. Arthus se révèlent une nouvelle fois erronées.

Les milliards tombent comme les obus à Gravelotte

Comme souvent, à situation équivalente, la France va dépenser plus d’argent public (celui des contribuables) que d’autres pays occidentaux pour essayer d’amortir les effets économiques dramatiques de la crise sanitaire en cours. De prêts garantis par l’Etat en fonds de secours d’urgence, de mesures de chômage partiel en annulations de charges, les contribuables français se sont engagés dans des dépenses considérables, qui vont peser sur les finances publiques pour des décennies. Comme toujours en France, les revendications sociales sont fortes et même accrues à la suite de cette crise. Durant la période de confinement, ceux qui ont fait leur travail sur le terrain veulent des augmentations de salaires pour risques pris (personnel soignant, employés des magasins de distribution alimentaire, éboueurs, etc.), ceux qui ont été mis en chômage partiel (financé par l’Etat et non leurs employeurs) se verraient bien poursuivre ainsi jusqu’à que le risque soit complètement circonscrit et ceux qui sont d’ores et déjà sans emploi émargent en masse à l’assurance chômage.

Tout le monde se plaint, tout le monde critique, tout le monde attaque l’Etat, chacun en veut plus pour sa corporation et se scandalise qu’elle ne soit pas considérée comme prioritaire et pendant ce temps les contribuables se sont fouiller les poches sans même s’en apercevoir. Les experts de plateaux télévisés regardent leurs courbes d’audience, sondent l’humeur de Mme. Michu sur l’Hydroxychloroquine et l’interroge : « Etes-vous en faveur de l’augmentation des salaires du personnel soignant ? Oui-oui-oui » en oubliant la question conséquente : « Etes-vous prête à payer plus de cotisations sociales ? Non-non-non ! ».

En réalité le robinet des aides publiques est déjà largement ouvert et coule à flot. Le chroniqueur a pu constater qu’il a été crédité en 8 jours du chômage partiel de son employée de maison, que l’association d’insertion qu’il conseille a obtenu la garantie de l’Etat pour un prêt bancaire de 30 000 euros sur simple déclaration sur le site Internet de la Banque publique d’investissement (BPI), qu’un petit commerçant qu’il aide dans sa gestion a touché deux fois 1 500 euros d’aide en avril et en mai compte tenu de la fermeture de son magasin (soit plus que son salaire mensuel), etc. Il serait peut-être opportun que quelques journalistes regardent un peu plus loin que la niche fiscale dont ils bénéficient indûment, pour constater, chiffrer et relater ce qui fonctionne dans notre pays au lieu de chercher sans relâche à mettre en difficulté leurs interlocuteurs politiques.

Les décideurs français sont à l’image de leurs électeurs et gèrent une crise, incroyable il y a encore 6 mois, comme ils le peuvent. Il y a certainement des erreurs commises, il y a des changements de pieds, il y a des questions sans réponse un jour dit, il y a des décisions prises qui ne satisfont pas tout le monde, il y a 26 000 morts connus à ce jour (sur une moyenne annuelle d’environ 650 000 en régime de croisière) mais la situation est gérée sans doute pas plus mal que dans les pays avoisinants. La seule chose que cette crise ne semble pas en voie de régler est le pessimisme tapageur des français, leur propension à se plaindre de tout et leur réflexe pavlovien à critiquer tout le monde sauf eux-mêmes.

La CGT ne dévie pas de sa ligne

Kiro / Le Canard-Enchaîné (04/02/2019)

Alors que l’entreprise Renault soutenue à bout de bras par les contribuables nationaux pour éviter sa cessation des paiements, le syndicat CGT parvient à faire annuler la décision de réouverture post-confinement de l’usine de Sandouville dont les conditions sanitaires avaient été négociées et acceptées par les autres syndicats de l’usine. Pour atteindre son but la CGT a utilisé un vice de forme dans la procédure de communication de la direction avec les représentants syndicaux. Des courriels auraient été utilisés à la place de courriers recommandés.

Cette entrave n’a fait que retarder de quelques jours la réouverture qui était souhaitées par les autres syndicats. Elle marque en tout cas la constance de la CGT qui suit sa ligne quoi qu’il arrive : retraite à 60 ans (sauf pour ceux qui bénéficient déjà d’une retraite à un âge inférieur et qui doivent le conserver), semaine de travail à 32 heures pour tous, pas de reprise du travail s’il n’y a pas zéro risque pour la santé, financement de toutes ces mesures par les contribuables et les cotisants.

Fiston-Lagardère reste en place, l’assaut d’Amber raté de peu

L’assemblée générale du groupe Lagardère a rejeté à 79% toutes des résolutions proposées par le fonds activiste Amber Capital qui voulait prendre le pouvoir en remplaçant tous les administrateurs par des individus de son cru avec pour mission de remplacer le grand chef Arnaud Lagardère dont le mandat arrive à échéance l’an prochain. Grâce à ses nouveaux « amis » Bolloré et Sarkozy, le fiston Lagardère a sauvé son poste et son système. Le « loup » Bolloré étant désormais dans la bergerie il n’est sûr que Lagardère garde longtemps sa place dans l’édifice. D’ailleurs, Vivendi le groupe qu’il préside a continué à acheter des actions depuis l’assemblé générale du 5 et se retrouve aujourd’hui avec plus de 13% du capital du groupe Lagardère qui a publié les résultats de son assemblée assortis d’un remerciement ému :

La Société remercie ses actionnaires de la confiance qu’ils ont exprimée, en soutenant la stratégie claire, responsable et ambitieuse qui leur est présentée avec transparence depuis de nombreuses années.

COMMUNIQUÉS DE PRESSE Lagardère – 06/05/2020

L’affaire ne va sans doute pas en rester là. A suivre…

Lire aussi : La chasse est ouverte

Coronavirus en France : des morts et un enterrement de première classe

La pandémie de coronavirus a fait à ce jour 25 000 morts en France (pour un nombre annuel moyen de décès de 640 000 morts) mais aussi un enterrement de première classe, celui des réformes qui étaient en cours et déclenchaient moulte grèves et émeutes depuis un an et demi. Compte tenu de l’effondrement économique actuel de la République qui va entraîner des faillites d’entreprises en masse et de nouveaux chômeurs en nombre, sans doute pour plusieurs années, on voit mal le pouvoir actuel reprendre la marche forcée des réformes qui bouleversent le quotidien des citoyens, notamment celle des assurances retraites et chômage.

Ces évolutions dans les modes de fonctionnement de la France ont été annoncées comme « suspendues » au début de la crise sanitaire. On peut craindre que le provisoire ne devienne définitif ce qui posera un problème juridique car une partie de ces réformes a déjà été votée par le Parlement. Faudra-t-il défaire ce qui a déjà été fait ?

Une fois encore la France va se cacher derrière une crise pour ne pas réformer alors qu’elle n’a pas profité des intermèdes entre deux crises pour le faire comme l’ont pratiqué les pays européens mieux gérés, majoritairement ceux du nord. Alors évidemment les pays mal gérés comme la France se retrouvent en plus mauvaise position pour affronter les dépenses supplémentaires rendues nécessaires par la prise en charge de la crise actuelle. Et bien entendu les pays « cigales » réclament la « solidarité » des pays « fourmis » pour les aider… Cette histoire est un éternel recommencement !

Le nouveau contexte du transport de masse

Les reportages se multiplient sur les conditions de transport dans le cadre de la pandémie de coronavirus. Des passagers de compagnies aériennes s’étonnent que leurs avions soient pleins, idem pour les trains à grande vitesse (TGV). Il leur échappe sans doute que compte tenu du modèle économique de ces activités, un avion ou un TGV à moitié rempli, si cela devait être durable, va déclencher un prix du billet à peu près multiplié par deux, ou alors la prise en charge par les contribuables de pertes conséquentes.

L’augmentation des prix de vente du transport est d’ailleurs probablement la seule solution efficace pour revenir sur le modèle du transport de masse si tel était l’objectif. Idéalement il conviendrait que l’augmentation de ces prix soit plus le fait d’application de taxes écologiques plutôt que l’accroissement des coûts du fait d’une moindre productivité, mais si l’on continue à pouvoir acheter un aller-retour pour la Thaïlande pour 400 EUR ou à 120 EUR pour le Maroc, les classes moyennes continueront à aller passer en masse leurs vacances à Phuket ou leurs week-ends à Marrakech.

Ce sera l’un des sujets sur la table post épidémie.

Des sous…

Riss / Charlie-Hebdo (05/12/2018)

Vous avez aimé les émeutes sociales de l’année 2019 ?  Vous allez adorer les lendemains sociaux de la crise sanitaire en cours !

Les observateurs découvrent que toute une série de « petits métiers » sont nécessaires au fonctionnement de l’économie d’un pays. Alors que les bobos télétravaillent depuis l’Ile-de-Ré les caissières sont dans les supermarchés, les poissonniers dans leurs échoppes, les aides-soignantes dans leurs hôpitaux et les ramasseurs de poubelle sur leurs camions. Ils font un travail qui n’est que peu numérisable et doivent exercer physiquement leurs tâches lorsque celles-ci sont considérées comme de « première nécessité ». En cas de pandémie ils prennent plus de risques pour leur santé que le bobo à l’Ile-de-Ré.

La preuve de leur utilité étant faites, ces corporations réclament « une reconnaissance » c’est-à-dire de manière plus directe : « des sous ». Le gouvernement a déjà annoncé des versements de primes exceptionnelles au personnel soignant. Les entreprises vont être soumises à de rudes revendications salariales dès la sortie de crise, en tout cas pour celles qui survivront à cette période de confinement. Jusqu’ici les salaires étaient plutôt fixés sur les critères de l’offre et la demande, si demain les salaires doivent être fixés sur base de l’utilité sociale de leurs bénéficiaires c’est un changement de paradigme (pour reprendre un mot à la mode). La simple définition de « l’utilité sociale » sera déjà un casse-tête de première catégorie, tout le monde voulant bien entendu apparaître comme socialement utile et éligible à « une reconnaissance ». Des lendemains sociaux qui s’annoncent chauds dans un pays en faillite !

La chasse est ouverte

Petite guéguerre dans le monde feutré des patrons du CAC40. Le fonds d’investissement activiste Amber Capital veut remplacer l’héritier Lagardère, Arnaud, toujours à la tête du groupe qui porte son nom. Le groupe a été fondé par son père, Jean-Luc Lagardère, sous forme d’un conglomérat avec une nature majoritairement industrielle (Matra [voitures, espace, missiles et armements divers], co-fondateur d’EADS [l’ancêtre d’Airbus], édition avec Hachette, média avec la radio Europe 1). Jean-Luc est décédé brutalement en 2003 d’une infection nosocomiale lors d’une intervention chirurgicale bénigne à l’hôpital. Le fiston (unique) a hérité du bébé et s’est employé depuis à en gommer la nature industrielle pour le recentrer sur la presse, l’édition et le sport.

Le pouvoir d’Arnaud sur le groupe est verrouillé via le statut de la société de tête sous forme de commandite. La stratégie et la gestion du groupe sont fortement contestées. Il se murmure que, très endetté à titre personnel, Arnaud gèrerait son groupe en fonction de ses intérêts personnels (le remboursement de sa dette) et non celui des actionnaires. Sommé par le tribunal de commerce de Paris de publier les comptes de ses holdings personnelles Arnaud s’y refuse, préférant payer une astreinte à la place, sa situation personnelle réelle est donc opaque. Des actionnaires minoritaires activistes essayent régulièrement de le remplacer, sans succès jusqu’ici car le garçon est malin et sait s’allier avec certains de ses pairs du CAC40 et ses amis du Qatar. L’assemblée générale du 5 mai prochain donnera lieu à une nouvelle offensive d’Amber Capital qui veut remplacer tout le conseil de surveillance ce qui devrait lui permettre de désigner un nouveau gérant, le mandat d’Arnaud arrivant à son terme en 2021, et de changer le statut juridique de la société. Amber publie de pleines pages de publicité dans la presse française cette semaine et a ouvert un site web pour défendre sa position car il a besoin du soutien d’une partie de l’actionnariat pour emporter la victoire

Amber therefore wishes to propose to Lagardère shareholders the complete replacement of its Supervisory Board. The Board, “emanation of shareholders” in charge of the permanent control of the management of the company, is indeed the only counter power to the Management within a private company limited by shares (société en commandite par actions). Its entire replacement is therefore the sine qua none condition for initiating a real turning point in the organisation, structuring and strategy of the company, the effects of which will benefit the stakeholders.

https://strongerlagardere.com/our-resolutions/

Ces dernières semaines, Lagardère a fait entrer quelques « amis » à son capital dont MM. Bolloré et Ladreit de Lacharrière[1] pour l’appuyer. La bataille va être rude et même si Amber Capital était défait, M. Lagardère se retrouve avec de nouveaux actionnaires « amis » qui ont très certainement des intérêts à défendre au-delà de leur « amitié » pour Arnaud Lagardère. Dans un cas comme dans l’autre, fiston se retrouve comme un petit poisson dans un marigot où frayent des requins assoiffés de sang.


[1] Condamné récemment pour avoir assuré un emploi fictif à l’épouse de l’ancien premier ministre Fillon, après avoir plaidé coupable et donc reconnu les faits.

Le prix de la démondialisation se profile

Les consommateurs français constatent une augmentation des prix de leurs fruits et légumes depuis le début de la crise sanitaire. L’inflation générale n’est pas significative notamment car elle est tirée vers le bas par le prix du pétrole, mais sur certains produits alimentaires il faut payer plus cher. La raison est notamment que les produits d’origine française sont maintenant majoritaires sur les étals et que les frais de transport ont augmenté du fait du confinement. Le ministre de l’économie assène que c’est là le prix de la qualité à payer car la fraise gariguette est meilleure que la fraise espagnole.

C’est en tout cas un effet à méditer en ces temps où les commentateurs de plateaux télévisés expliquent à tout va qu’il faut « démondialiser » et « relocaliser » comme l’une des conséquences à tirer de la crise sanitaire en cours qui révèle les interdépendances mondiales. Eh oui, mais revenir à des productions purement nationales reviendra à des augmentations de coûts de production pour les pays à coûts salariaux élevés comme la France, des augmentations qu’il sera difficile à faire absorber par des efforts de productivité.

Si l’Inde et la Chine sont devenues les premiers pays producteurs de médicaments génériques c’est aussi parce que les autorités de santé des pays développés ont voulu contrôler la hausse permanente de leurs budgets de santé et, en ouvrant la concurrence, ont rendu les productions de ces produits en Chine et en Inde plus compétitives que les productions françaises.

Quel que soit le secteur concerné, de la fraise gariguette aux médicaments, relancer la production en France aura sans doute des avantages macroéconomiques favorables en termes d’emploi et d’activité, mais génèrera aussi très certainement des augmentations de prix. La réflexion à venir sur la redéfinition des rapports économiques entre pays de la planète va être un passionnant et difficile sujet aux enjeux considérables. Il nécessitera une capacité d’analyse qui est fort peu partagée sur les plateaux télévisés ni sur les comptes Tweeter des aboyeurs politicards. Il sera certainement à l’affiche des prochains mois.

Le secteur aérien en sérieux décrochage

Pour la énième fois depuis sa création les contribuables français vont être amenés à sauver la compagnie aérienne Air France de la faillite.  Ce fut déjà le cas à différentes reprises lorsque cette société était détenue à 100% par l’Etat. C’est encore le cas après sa privatisation avec la part publique ramenée à 14,3% (dans le capital du Groupe AirFranceKLM, la participation de l’Etat néerlandais étant de 14%). Un prêt octroyé par les banques et les deux Etats actionnaires de 6 milliards d’euros, 100% garanti par les Etats, est mis en place pour permettre à la compagnie de survivre à l’arrêt quasi-complet de son activité pour cause de pandémie. Il n’est pas sûr que le groupe AirFranceKLM soit sauvé du désastre, encore moins que le prêt soit remboursé normalement. Les contribuables vont sans doute y laisser des plumes, en plus du reste. Le transport aérien va probablement devoir revoir son mode de fonctionnement après la crise, pas sûr qu’il y aura autant de voyageurs pour se bousculer dans les aéroports et sur les plages de Phuket avant longtemps. En France, le transport aérien, qu’il soit privé ou public, coûte aux contribuables. Ce sont en fait eux qui subventionnent en partie les prix cassés sur les billets d’avions des vacances à Phuket du bobo qui préfère voler sur Air France que sur la Thaï.

Peut-être qu’un virus microscopique va arriver à modifier les comportements transhumants de l’humanité là où les défenseurs du climat ont échoué ? Peut-être que les bobos iront cet été plus en vacances en Corrèze qu’au bord du Zambèze ? Peut-être que les futurs salariés licenciés d’Air France seront recyclés dans la production d’éoliennes et autres énergies propres ?

L’étape suivante va concerner les difficultés annoncées dans la construction aéronautique, secteur de pointe important pour l’économie française et européenne…

Des montagnes de dettes qui s’accumulent

La France, comme nombre de ses partenaires occidentaux, déversent actuellement des montagnes d’argent sur son économie pour tenter de passer la crise sanitaire et de plus ou moins maintenir son système productif en état de repartir une fois que les citoyens (producteurs et consommateurs) seront déconfinés. Elément nouveau, l’Etat (c’est-à-dire ses contribuables) prend en charge le « chômage partiel » de millions de salariés et met en place un système équivalent pour les indépendants. Même le personnel de maison est éligible à ce système de chômage partiel. En gros, la République a décidé de rémunérer elle-même ses citoyens qui sont empêchés de travailler afin d’éviter leur licenciement par les entreprises qui sont à l’arrêt et de maintenir le système à flot, prêt pour la reprise. Cette tactique avait été mise en œuvre en Allemagne lors de la crise financière de 2008, avec un relatif succès. A défaut d’autres idées, on suppose que cette méthode produira aussi des effets positifs en 2020.

En termes de finances publiques le chômage partiel ne doit pas coûter beaucoup plus que le chômage classique, mais en trésorerie le déboursement est immédiat alors que si on avait laissé les entreprises licencier leurs personnels et attendre que ces derniers soient inscrit à Pôle-Emploi il aurait coulé de l’eau sous les ponts avant que l’assurance chômage ne soit mise à contribution. Outre son immédiateté, l’avantage majeur de ce système est de transférer la charge des salaires des citoyens qui ne travaillent plus temporairement des entreprises vers les cotisants/contribuables, préservant ainsi la capacité des entreprises à survivre et reprendre leurs activités dès le lendemain du déconfinement.

En outre, l’Etat a mis en place très rapidement un plan de garanties publiques des prêts aux entreprises (300 milliards d’euros) et mis sur pieds un plan de relance à démarrer dès après la crise. Pour autant que l’on puisse savoir ces actions sont relativement opérationnelles et nous sommes nombreux à constater autour de nous des exemples précis de salariés ou d’indépendants ayant perçu leurs indemnités de chômage partiel du mois de mars dès la mi-avril, ou d’entreprises ayant reçu la garantie publique de leur financement bancaire sur une simple déclaration sur un site internet.

Enfin, la banque centrale européenne (BCE) a accepté de refinancer les dettes des Etats pour des montants considérables (1 000 milliards d’euros) et l’Union européenne se prépare également à mettre en œuvre différents mécanismes budgétaires déjà disponibles pour financer les pays en crise et la relance qui, espère-t-on, devrait suivre. Tous ces montants annoncés risquent fortement d’être revus en hausse compte tenu de l’incertitude majeure dans laquelle se trouve l’économie mondiale.

Alors Mme. Michu se demande d’où vient tout cet argent et comment peut-il être aujourd’hui disponible alors qu’hier il ne l’était pas ? Majoritairement cet argent va être emprunté par nos Etats sur les marchés financiers, dans la mesure où l’on trouvera des prêteurs, et aux taux d’intérêt que ceux-ci voudront bien consentir. Pour ce qui concerne les rachats de dette publique de la BCE c’est un mécanisme un peu plus complexe qui permet de refinancer les créances que les établissements financiers prêteurs détiennent sur les Etats. En principe ces refinancements sont provisoires et se terminent lorsque les Etats ont remboursé leurs dettes. Il n’y a donc pas création définitive de monnaie centrale sauf… si les Etats ne remboursent pas ! Dans l’intervalle il y a création provisoire de monnaie centrale, qui devient définitive en cas de défaut de paiement des Etats. La théorie monétaire veut que si la création de monnaie est déconnectée de la production, l’ajustement se fait par l’inflation des prix. C’est ce qui s’est passé en Allemagne dans les années 30’ (avec les funestes conséquences que l’on connaît) et c’est ce qui se passe en Argentine depuis quelques années. On peut toutefois noter que la théorie monétaire ne sait pas trop expliquer pourquoi l’Occident garde une faible inflation malgré la création massive de monnaie centrale post-crise financière de 2008 ! C’est sans doute l’exception qui confirme la règle…

En France, des commentateurs aux connaissances économiques limitées et des hommes politiques roublards expliquent à Mme. Michu que ces montagnes de dettes ne seront jamais remboursées, qu’elles doivent être « annulées » et que cela peut être fait « sans conséquence » sur les citoyens. S’agissant de la dette des Etats, une annulation génèrera une perte identique chez les prêteurs et leur réaction immédiate de stopper de l’octroi de tous nouveaux financements. Les prêteurs ne sont pas les « méchants banquiers capitalistes » qui ne sont que des intermédiaires prêtant l’argent des citoyens. Par ses quelques économies placées à la Caisse d’épargne ou dans un contrat d’assurance-vie Mme. Michu prête aussi aux Etats. Comme nous le disions ce 14 avril dernier les ménages français disposent de 3 500 milliards d’épargne monétaire, eh bien une partie de ces 3 500 milliards est la contrepartie de la dette publique française de 2 300 milliards d’euros (avant la crise en cours). Ne pas rembourser cette dette revient à annuler une partie de cette épargne monétaire qui ne sera donc perdue pour Mme. Michu. C’est techniquement possible. Lorsque la République annule, par exemple, la dette des pays en développement elle renonce ainsi à des remboursements qui devaient venir financer ses propres dépenses, y compris pour rembourser sa propre dette et c’est donc Mme. Michu qui verra ses impôts financer ce que les remboursements desdits pays ne financeront plus. Simplement dans le cas d’espèce les montants en jeu sont d’une ampleur limitée et sont absorbés sans trop de difficultés par le budget de l’Etat.

Lire aussi : L’épargne des ménages risque d’être entamée.

Et si l’on dit à la place (comme l’assène les « souverainistes » français) : la BCE rachète définitivement les dettes publiques, voire finance directement les Etats, ce que l’on appelait autrefois « faire tourner la planche à billets » et créer plus de monnaie que la croissance de la production, eh bien Mme. Michu le paiera par de l’inflation qui amputera son pouvoir d’achat, et son épargne lorsqu’elle en dispose.

Dans un cas comme dans les autres, nous allons devoir tous payer ces montagnes de dettes qui s’accumulent par des impôts, par de l’inflation et, probablement, subir les affres de la décroissance car il apparaît désormais peu probable que l’économie mondiale reparte « comme avant » après un tel séisme.

Pavlov et le coronavirus

Parmi les réflexes pavloviens qui surgissent régulièrement dans le débat français, deux d’entre eux réapparaissent avec vigueur en ces temps de coronavirus baladeur : la fermeture des frontières et l’annulation de la dette africaine…

Quelle que soit la courbe des évènements, qu’il fasse beau ou qu’il pleuve, que l’économie croisse ou décroisse, que la criminalité baisse ou augmente, que les français soient heureux ou non, la droite conservatrice préconise la fermeture des frontières comme mode essentiel de gouvernement. Si ça va mal, c’est de l’étranger que vient le mal. Si cela va mieux, cela serait encore meilleur si les étrangers ne venaient pas consommer notre bonheur. Les Marine Le Pen et autres Thierry Mariani appellent sans cesse à la fermeture des frontières comme l’alpha et l’oméga de toute politique en France. L’Union européenne a d’ailleurs fermé ses frontières extérieures pour le moment mais ce n’est pas assez pour les tenants du nationalisme qui veulent fermer les frontières de l’Etat et non pas uniquement celles de l’Union [des Etats]. Ce n’est pas la décision qui a été prise à ce stade par les élus français.

Dans son intervention récente de lundi dernier, le président de la République française a appelé à « l’annulation de la dette africaine » pour aider ce continent à lutter contre le virus. C’est aussi un maronier de la doxa française : quoi qu’il se passe, annulons les dettes de l’Afrique ! Cela ne fait jamais de mal d’ânonner ce genre de slogan surtout lorsque l’on n’est plus le créditeur principal… La France (et donc ses contribuables) a déjà annulé par le passé des dizaines de milliards de dettes publiques au bénéfice des pays africains et délivre désormais son aide aux Etats des pays les moins avancés sous forme de dons. Evidemment cela fait moins de sous disponibles pour les bénéficiaires que lorsqu’elle distribuait généreusement des prêts en entretenant la fiction qu’ils seraient remboursés.

Il semble qu’une partie significative de la dette des pays les moins avancés soit désormais le fait de prêteurs privés et de la Chine (en tant qu’Etat ou via des prêteurs chinois privés). Il leur revient d’annuler, ou non, cette dette qui, soit dit en passant, ne concerne pas que le continent africain. Le G20 a entériné lors de sa réunion du 15 avril une suspension provisoire des remboursements dus par les pays les plus pauvres (the poorest countries) aux Etats membres et demandé aux créanciers privés de s’associer à cette initiative, sans bien sûr pouvoir l’exiger puisqu’il s’agit de prêteurs privés. Il a par ailleurs lancé une énième réflexion sur l’inextricable et permanent serpent de mer : comment continuer à prêter à bas taux à des emprunteurs qui ne sont pas en mesure de rembourser leurs dettes. Si la réponse est « il n’y a pas de solution », il faut alors transformer les financements en dons ce qui nécessite une plus grande générosité des contribuables des pays riches. Cela fait juste un siècle que cette question tourne en boucle sans trouver de réponse vraiment satisfaisante ni définitive… si ce n’est de ressortir à chaque choc économique que les pays pauvres ont bien entendu plus de difficultés à amortir que les pays riches.

We support a time-bound suspension of debt service payments for the poorest countries that request forbearance. We agreed on a coordinated approach with a common term sheet providing the key features for this debt service suspension initiative, which is also agreed by the Paris Club. All bilateral official creditors will participate in this initiative, consistent with their national laws and internal procedures. We call on private creditors, working through the Institute of International Finance, to participate in the initiative on comparable terms. We ask multilateral development banks to further explore the options for the suspension of debt service payments over the suspension period, while maintaining their current rating and low cost of funding. We call on creditors to continue to closely coordinate in the implementation phase of this initiative.

G20 Finance Ministers and Central Bank Governors Meeting 15 April 2020 [Virtual]

Le lien entre ces deux réflexes pavloviens est d’ailleurs que les partisans de la fermeture des frontières sont généralement contre l’annulation de dettes en faveur des pays pauvres, préférant favoriser leurs citoyens nationaux plutôt que des emprunteurs étrangers…

L’épargne des ménages risque d’être entamée

Les statistiques de la Banque de France du 3ème trimestre 2019 confirment que les ménages français sont toujours des épargnants importants. C’est environ 5 400 milliards d’euros de placements financiers qui sont détenus par les ménages au 30 septembre 2019, dont 3 500 en produits monétaires (principalement en dépôts bancaires et assurance vie). Pour donner un ordre de grandeur, le budget annuel de l’Etat est de l’ordre de 300 milliards et celui des prestations sociales de 530 milliards. Le stock d’épargne des ménages équivaut grosso-modo à 7 fois les budgets cumulés de l’Etat et des prestations sociales (retraite, assurance chômage, assurance santé, etc.) :

Ce sont là des masses de placements financiers assez considérables. C’est évidemment une bonne nouvelle de savoir que le ménage français moyen est plus fourmi que cigale malgré sa réputation. Si l’on ajoute à cela qu’environ 60% des français sont propriétaires de leur résidence principale, on peut déduire qu’il y a quand même eu un peu de richesse créée dans ce pays même si bien entendu il y a de la dette privée en contrepartie pour financer ces actifs. Mais actifs financiers et immobiliers il y a !

Pour environ 30 millions de ménages en France, le placement financier moyen est donc de 180 EUR par ménage (et de 83 EUR par personne pour les 65 millions de citoyens français), ce qui est nettement moins impressionnant que les chiffres en valeur absolue. Bien évidemment une moyenne n’a probablement guère de sens statistique sans prendre en compte l’écart-type par rapport à cette moyenne (le taux de répartition par catégorie socio-professionnelle). Mais pour un Etat affichant de gros besoins, cette masse de 3 500 milliards d’épargne monétaire des ménages va être une cible bien tentante.

La crise économique majeure en cours provoquée par la pandémie de coronavirus risque de faire fondre une partie de cette richesse soit car elle sera consommée par le renforcement de l’inflation provoquée par l’action des banques centrales créant de la monnaie sans rapport avec la production, soit empruntée par la République comme « l’emprunt sécheresse » de 1973, soit carrément taxée comme ce fut le cas lors de la faillite de Chypre en 2013. Les trois hypothèses reviennent d’ailleurs au même en termes financiers même si elles n’ont pas des effets psychologiques identiques.

Les placements en actions ont déjà perdu environ 30% de leur valeur. D’une façon ou d’une autre les placements dits « de taux » en principe plus sécurisés (dépôts bancaires et assurances vie) devraient plus ou moins connaître le même sort. Il va bien falloir payer toute cet effondrement économique d’une façon ou d’une autre. En tant de crise il vaut toujours mieux être endetté qu’épargnant. L’Histoire risque encore de le confirmer.

Le risque de change des bobos

La banque française BNP Paribas s’est distinguée en distribuant via sa filiale Cetelem environ 800 millions d’euros de prêts « toxiques » libellés en francs suisses (CHF) et remboursables en euros (EUR) avec un mécanisme compliqué de calcul des intérêts basé sur le différentiel de taux de change EUR/CHF. Il y aurait environ 4 600 emprunteurs, généralement investisseurs immobiliers dans des opérations de défiscalisation (Scellier, Robien…). C’était avant la crise financière de 2008 et lorsque celle-ci intervint la parité EUR/CHF évolua au détriment des emprunteurs de la BNP Paribas. Ceux-ci se sont donc retrouvés avec une augmentation significative de leurs échéances qui ont dépassé largement les montants empruntés.

La plupart des emprunteurs n’ont bien entendu pas lu les documents de prêt qu’ils ont signés, ou ne les ont pas compris, et on peut compter sur les vendeurs de la BNP, ou ses intermédiaires, pour avoir soigneusement passé sous le tapis les éléments de risque. Nous étions avant la crise financière une époque où les banques ont fait exploser la planète économique en fourguant aux marchés des produits « structurés » composés de prêts immobiliers à des débiteurs insolvables. Nous les savons donc capables de tout.

Nos emprunteurs en CHF ont intenté une action en justice contre la BNP Paribas. Celle-ci a été condamnée en février dernier pour « pratique commerciale trompeuse » et devra verser des dommages et intérêts d’environ 150 millions d’euros aux 2 500 emprunteurs s’étant portés partie civile. On ne va évidemment pas pleurer sur le sort des forbans qui gouvernaient nos banques à l’époque, prêts à tout et surtout au pire, pour fourguer du grand n’importe quoi à n’importe qui afin d’alimenter leurs bonus stratosphériques et immérités. On a vu ce que cela a donné en 2008 et il fallut l’intervention des contribuables pour soutenir leur corporation qui dévasta une économie mondiale à qui il fallut une bonne décade pour se remettre de leurs avanies.

Mais on ne peut pas non plus complètement exonérer les emprunteurs dont la ligne de défense est basée sur la crédulité et leur ignorance du risque de change… Il s’agit tout de même d’investisseurs qui finançaient des montages immobiliers défiscalisant et qui devaient quand même avoir quelques neurones correctement connectés ? Après tout n’importe quel travailleur frontalier avec la Suisse sait très bien utiliser le risque de change à son profit pour aller acheter ses cigarettes en Suisse lorsque la parité est à son avantage, n’importe quel bobo parisien arbitre parfaitement ses vacances entre Phuket et Ibiza en fonction de l’évolution de la devise thaïlandaise, n’importe quel éleveur de moutons malien analphabète comprend parfaitement quand il a intérêt à aller vendre ses bêtes en Mauritanie selon l’évolution de la devise mauritanienne versus le franc CFA. Et il faudrait entériner que le bobo n’est pas en mesure de comprendre que s’il emprunte en CHF alors que ses revenus sont en EUR il fait donc face à un risque de change, même si sa banque lui dit le contraire ?

Ça n’est pas raisonnable et il faut quand même que celui qui spécule sur les devises assume une partie de ses responsabilités, même s’il spéculait « sans le savoir ». La BNP a fait appel du jugement qui contredit nombre des décisions prononcées par des juridictions civiles. Si celui-ci était cassé il serait légitime qu’un nouveau jugement laisse une partie du risque pris, même symbolique, à la charge des emprunteurs. Et en tout cas que ces derniers ne soient pas bénéficiaires d’un dédommagement de leur « préjudice moral » pour leurs spéculations.

Bien entendu la défense des parties civiles fait dans le misérabilisme en invoquant « les gens peu éduqués qui se sont fait embobiner par les vendeurs de la BNP Paribas ». Ces gens « peu éduqués » qui ont bénéficié de l’éducation de la République (le premier budget de l’Etat) ont tout de même emprunté dans une banque pour se lancer dans des investissements immobiliers le plus souvent assortis d’avantages en termes de défiscalisation. Bien ou peu « éduqués » il est juste qu’ils assument une partie de leurs erreurs de choix et de leur absence de la réflexion préalable nécessaire dans tout investissement. Les gros (la banque) paieront beaucoup et les petits (les emprunteurs irréfléchis) doivent payer un peu, sinon plus personne n’est responsable de rien et on renforce encore cette tendance à la déresponsabilisation générale qui mine notre société. Il y aura également un aspect éducatif à une sanction financière, comme à l’école, celui qui fait une bêtise prend un coup de règles sur les doigts et va au coin avec le bonnet d’âne. La fois suivante il retient bien mieux ses leçons, c’est ainsi que l’on apprend.

NB : les indemnisations auxquelles la banque a été condamnées par le tribunal correctionnel sont payables immédiatement, même en cas d’appel. La BNP se bat aussi pour faire suspendre cette décision car si l’appel cassait le jugement il ne serait évidemment pas aisé de recouvrer ces indemnités déjà versées…

Le risque du tourisme à l’étranger

Comme lors de chaque catastrophe, humaine ou naturelle, planétaire ou localisée, des touristes français se retrouvent bloqués à l’étranger, parfois très loin, avec la volonté de retrouver la mère-patrie au plus vite. Comme à chaque catastrophe, la République, bonne-mère, déploie tous les efforts nécessaires pour ramener ses enfants sur le sol national, généralement aux frais des contribuables. Comme à chaque catastrophe, la plupart des rapatriements se passent bien et sont réalisés rapidement avec la bonne volonté de tous les acteurs impliqués. Mais comme à chaque catastrophe, un certain nombre de touristes sont difficiles à exfiltrer rapidement pour différentes raisons.

C’est le cas avec cette épidémie de coronavirus pour certains pays, notamment aux Philippines en confinement où il n’y a plus de lignes aériennes entre les multitudes d’iles de l’archipel et la capitale. Les touristes sont un peu laissés à eux-mêmes pour trouver une solution avec l’aide en ligne des ambassades et consulats français. Bien sûr, certains d’entre eux se révoltent et ne comprennent pas pourquoi la République n’est pas capable de leur envoyer un avion spécial toutes affaires cessantes pour les cueillir là où ils sont, bien sûr gratuitement… Et de déverser leur rancœur sur les réseaux dits sociaux auxquels ils ont toujours accès, surtout quand ils ont dû payer à leurs frais un billet d’avion retour.

Selon le ministère français des affaires étrangères il y avait 130 000 nationaux dans cette situation (y compris des voyageurs d’affaires) au début de l’épidémie. Il n’en resterait plus que 10 000 à ce jour en attente d’une solution que les autorités françaises s’efforcent de mettre en œuvre. L’épicentre de la pandémie étant désormais européen, les touristes bloqués aux Philippines ou ailleurs sont parfois stigmatisés par les populations locales.

Gageons que tout ceci va se résoudre progressivement mais l’irresponsabilité de certains français est, comme souvent, plutôt confondante. Aller passer des vacances à l’étranger c’est prendre un risque, celui de se retrouver dans un environnement social, économique, politique qui est différent de celui de son pays d’origine. Quand tout va bien, on profite de cet exotisme que l’on est venu chercher, mais quand un grain de sable grippe la belle machine du tourisme au long cours on se rend compte assez rapidement que l’on est plus « chez soi ». Prendre l’avion pour passer quinze jours de vacances aux Philippines c’est encourir divers risques, celui de la faillite de la compagnie aérienne qui vous y transporte et disparaît avant de vous en avoir ramené, celui d’une éruption volcanique, d’un coup d’Etat, d’une guerre ou… d’une pandémie planétaire comme aujourd’hui. Quel que soit le cas, il est plus difficile et plus onéreux de ramener un touriste français en perdition aux Philippines que dans le Cantal. Nous en sommes là aujourd’hui.

« C’est l’ambassade de France qui est maintenant chargée de nous trouver une solution de retour avec Qatar Airways et un vol via Doha. Aucune idée des dates possibles et des prix. Nous sommes donc en attente, sans plus de précisions, et avons été obligés de prolonger, à nos frais, l’hôtel et les dépenses quotidiennes, sans parler du billet à venir… » (Une touriste en Birmanie)

« Au fond ma situation est loin d’être grave…. Mais on peut se demander si c’est normal que l’on puisse laisser des ressortissants français seuls comme ça et qu’on leur assène que le rapatriement n’est pas de leur ressort, sans explication et sans solution bis. » (Un étudiant en Allemagne)

Journal Le Monde du 25/03/2020

La mondialisation « heureuse » dans laquelle nous baignions ces dernières années nous a fait oublier ces quelques évidences et, il est vrai que les risques pris étaient marginaux, mais l’intensité de ceux-ci est probablement en train de croître. Le transport aérien va sans doute être l’un des plus atteints par la crise actuelle et, au sortir de celle-ci, il n’est pas sûr que l’activité aérienne soit rétablie « comme avant ». Peut-être qu’il coûtera désormais plus cher de se transporter à l’autre bout du monde, favorisant ainsi les vacances… dans le Cantal, moins risquées s’il faut revenir chez soi en cas de problème. A priori on attrape autant le coronavirus à Aurillac qu’à Cebu mais peut-être est-on mieux potentiellement mieux soigné dans le Cantal qu’aux Philippines, surtout quand on est français. Il faut juste y penser avant de s’embarquer à Roissy.

Quelques chiffres sur les dépenses de santé

En ces temps de crise sanitaire où les experts de plateaux télévisés assènent des sentences définitives et non documentées (« la casse de l’hôpital public », « une gestion de comptables » et bla-bla-bla et bla-bla-bla), il n’est pas inutile de rappeler quelques faits chiffrés publics disponibles à quiconque sur les sites web de l’administration et du parlement.

Le budget de la sécurité sociale fait l’objet d’une loi votée chaque année par les élus de la République. La Loi de financement de la sécurité sociale 2020 (PLFSS) rappelle les montants qui sont en jeu :

Compte tenu des circonstances il est probable que les chiffres votés pour l’année 2020 devront être actualisés mais ils s’élèvent pour le moment à 533 milliards d’euros de dépenses, dont 224 milliards pour la maladie (y compris les hôpitaux). Chaque année depuis 2018 les recettes sont inférieures aux dépenses dégageant donc un déficit. Pour donner un ordre de grandeur, la dette publique française est d’environ 2 400 milliards pour le moment.

En résumé, la République collecte et dépense 500 milliards d’euros chaque année pour ses prestations sociales, dont 220 pour le volet maladie. Cela représente 21% du produit intérieur brut du pays et 117% du budget de l’Etat, et cela augmente chaque année en valeur absolue. Alors ces sommes sont peut-être mal dépensées, insuffisantes, mais elles sont tout de même assez considérables. Il serait judicieux que nos experts de plateaux télévisés les mentionnent de temps à autre pour que leurs auditeurs se rendent compte de ce dont on parle. A tout le moins il serait intéressant de demander à ceux qui se plaignent et réclament « plus de moyens » quels sont exactement les besoins et une fois que l’on s’est mis d’accord sur les « dépenses », passer aux « recettes » nécessaires pour arbitrer ce qui est possible et ce qui ne l’est pas.

Augmenter ces sommes est envisageable, on peut passer les dépenses sociales de 21% du PIB à 25 ou 30 ou 40%, il suffit de voter cette évolution, en dépenses comme en recettes

Allez, encore deux petits croquis pour la route qui permettront à nos stars de plateaux télévisés qui n’ont ni le temps ni les neurones pour lire les 94 articles de la Loi n° 2019-1446 du 24 décembre 2019 de financement de la sécurité sociale pour 2020, d’améliorer leurs analyses :

“Rest in peace” referendum

On se souvient de l’initiative de parlementaires français qui avaient demandé l’organisation d’un référendum d’initiative populaire (RIP) pour se prononcer sur le projet de privatiser la concession sur 70 ans d’Aéroports de Paris (ADP). Cette procédure constitutionnelle nécessite qu’au moins 1/10 des électeurs inscrits sur les listes électorales se prononcent en faveur de ce référendum. Le nombre à recueillir était de 4 717 396 électeurs favorables sur une durée de neuf mois. Le Conseil constitutionnel en a décompté 1 093 030 entre le 13/06/2019 et le 12/03/2020 et a donc constaté que :

La proposition de loi visant à affirmer le caractère de service public national de l’exploitation des aérodromes de Paris n’a pas obtenu le soutien d’au moins un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales.

Décision n° 2019-1-8 RIP du 26 mars 2020

Evidemment, le décrochage boursier actuel rendait de toutes façons cette privatisation techniquement impossible mais force est de constater que le projet n’a pas trouvé les 4,7 millions de personnes disposées à faire un clic sur internet pour s’y opposer.

Le sujet reviendra bien un jour ou l’autre sur la table. En attendant, la ressource pour les finances publiques qui était attendue de cette opération devra être remplacée par une autre, à moins que l’on arrive à réduire des dépenses par ailleurs pour compenser.