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Sniff…

Le chroniqueur-investisseur liquide ses valeurs Natixis avec une moins-value de 85%. Une fois séchées ses larmes, il se souvient que Natixis fut l’un des plus grands scandales financiers de la Vème République ! On y vit une bagarre d’égos qui voulurent transformer l’alliance capitalistique des caisses d’épargne et des banques populaires en une banque d’affaires, tout ceci pour satisfaire leurs besoins de standing et leurs ambitions démesurées. Laissés à eux-mêmes par un contrôle défaillant de leurs actionnaires, ils ont livré à la spéculation forcenée l’épargne populaire déposée par Mme. Michu à la caisse d’épargne ou à la banque populaire. Des dirigeants de rencontre sont alors tombés à partir de 2006 dans tous les pièges tendus aux incompétents ambitieux : les subprimes, les rehausseurs de crédit, les pyramides de Ponzi vendues par les Madoff et autres escrocs, les traders-fraudeurs, etc. En 2008, la crise financière mondiale révèle ces dérives et la banque n’évite la faillite que grâce au soutien des contribuables. Son cours en bourse s’est effondré depuis longtemps et les mauvais investisseurs n’ont plus que leurs yeux pour pleurer !

Cette banque dirigée par des forbans et contrôlée par des incompétents aurait du normalement être laissée en faillite et les responsables de ce désastre orientés vers la case prison. Il n’en fut rien : la République décida de sauver la banque et nombre de ses dirigeants furent révoqués avec de très confortables indemnités. Depuis Natixis continue d’exister en tant que banque d’investissement, sans doute mieux gérée qu’auparavant. La moins-value financière constatée par les investisseurs de la première heure est à la hauteur de l’incompétence de ceux qui l’ont amené à l’un des gros scandales financiers de notre temps et sans que personne n’ait vraiment endossé la responsabilité de l’escroquerie.

Le système des retraites selon la CGT

Philippe Martinez, chef du syndicat CGT explique ce matin sur France Culture sa vision du système de retraites que l’on peut résumer ainsi :

  • Rejet total du projet actuel de réforme proposée par le pouvoir en place établissant, notamment, une retraite universelle dite « à points » et la suppression des régime spéciaux.
  • Elargissement des domaines d’application des « régimes spéciaux » plus favorables que le régime général.
  • Retour à la retraite à 60 ans pour tous, sauf ceux qui bénéficient déjà d’un âge de départ inférieur à 60 ans et qui doivent le conserver.
  • Que les opposants aux régimes spéciaux viennent se lever tous les jours à 3 heures du matin pour conduire un bus à Saint-Denis et on les réinterrogera ensuite sur ce qu’ils pensent de ces traitements plus favorables.
  • Et pour le financement : instauration d’une taxe de 50% sur les dividendes versés aux capitalistes du CAC40 et l’on pourra même financer au-delà des régimes de retraite.

Tout est dit ! Il suffit maintenant de trouver une majorité de parlementaires pour voter pour une réforme allant dans le sens de ces propositions. Si on ne peut rassembler une telle majorité, eh-bien c’est une autre réforme qui sera votée. Ainsi va la démocratie.

La mère des réformes pour les retraites

Après plus d’une année de travail un « haut-commissaire à la réforme des retraites » a présenté un rapport en ce sens au premier ministre. Le document de 132 pages est assez facilement compréhensible par ceux qui prennent la peine de le lire et qui sont plutôt rares si l’on en juge par les réflexions et questions assénées au Café du commerce et sur les plateaux télévisés.

Le rapport prend acte que le système des retraites français date de 1945 et qu’il est nécessaire de le faire évoluer pour s’adapter à notre société du XXIème siècle. Il s’agit en gros de maintenir un système par répartition (les actifs payent pour les retraités) et qui tend à l’universel c’est-à-dire un système unique où chacun accumule des points durant sa vie active et se les voit restituer sous forme de rente lors de sa retraite. La valeur du point est la même pour tous. Les plus de 40 systèmes existant de retraites spécifiques devraient donc être fusionnés dans un seul avec des conditions de solidarité particulières pour la prise en compte des carrières différentes.

La rente versée à la retraite sera fonction du nombre de points acquis et… de la valeur de celui-ci. Alors évidement comme lors de toute réforme, il y aura des gagnants et des perdants. Ceux qui ont à perdre s’agitent et ceux qui vont gagner sont silencieux. C’est à qui défendra le mieux les intérêts particuliers de certains, l’intérêt général étant allègrement passé aux oubliettes. Les syndicats opposés et les journalistes mobilisent leurs troupes et s’égosillent en questionnant : « mais comment sera fixé la valeur du point ? Celle-ci peut-elle baisser ? ». Il suffit de lire le rapport, la réponse est claire :

La détermination de l’évolution des retraites. Si la règle de revalorisation par défaut sera l’inflation, le Conseil d’administration aura la possibilité de proposer une règle pluriannuelle de revalorisation des retraites. Le cas échéant, cette modalité d’évolution permettra, compte tenu des prévisions économiques réalisées, d’ajuster la revalorisation des retraites à la situation du pays, sans dépendre trop fortement des évolutions conjoncturelles du cycle économique.

La détermination de la revalorisation de la valeur du point. Si la règle de revalorisation par défaut tiendra compte de l’évolution du revenu moyen par tête (RMPT), le Conseil d’administration aura la possibilité de proposer une autre règle de revalorisation, au regard d’une analyse pluriannuelle de la situation du système.

La détermination de l’évolution de l’âge du taux plein par génération. Si la règle par défaut consistera à s’assurer que les éventuels gains d’espérance de vie soient partagés à 2/3 pour l’allongement de la durée de vie en activité et à 1/3 pour l’allongement de la durée de vie en retraite, le Conseil d’administration pourra proposer de moduler cet âge par génération. Pour ce faire, il tiendra compte des évolutions de gains d’espérance de vie constatées au sein de la population française.

Tout est dit, le point évoluera comme l’inflation sauf… lorsqu’il évoluera différemment. Il pourra effectivement baisser ou augmenter en fonction de l’équilibre financier à long terme du système. C’est déjà le cas aujourd’hui où l’on joue à chaque réforme (tous les 4 ou 5 ans) sur les paramètres habituels : âge légal de départ, durée de cotisation et revalorisation (ou gel) des rentes. La proposition sur la table est de faire la même chose de façon plus transparente. Nous verrons ce que sera la loi finale mais les grands principes du rapport vont dans le bon sens.

Les actifs dévalorisés du fouteballe

Un feuilleton financiaro- footeux déroule ses épisodes depuis quelques semaines. Le pousseur de baballe Naymard, acheté plusieurs centaines de millions d’euros par un club parisien en 2017 (222 millions a priori), a des états d’âme et est annoncé dans un autre club. Cette somme de 222 M est versée par le club acheteur au club vendeur, c’est un investissement. Le salaire versé au joueur est une autre histoire. Il s’agit en fait d’un achat d’actif, un peu comme si une société achetait un bâtiment ou une usine, mais il s’agit d’un pousseur de baballe avec deux jambes et quelques neurones.

Comptablement les 222 millions sont inscrits au bilan du club et sont amortis sur la durée du contrat du joueur, exactement comme une machine est amortie sur sa durée de vie estimée. Si le joueur est revendu avant le terme de son contrat et que la somme convenue pour le transfert est inférieure à la valeur nette inscrite au bilan, eh bien il faudra comptabiliser une perte, ou un gain dans le cas contraire. Et même si la transaction n’est pas conclue mais que la valeur de marché du joueur est inférieure à sa valeur nette comptable le club devra déprécier son bilan et enregistrer une perte.

Le cas actuel de Naymard est caractéristique de cette situation. Le garçon souvent blessé ne joue plus beaucoup et ne semble plus intéresser grand monde au prix proposé. Son club voudrait s’en débarrasser mais sans devoir enregistrer de perte comptable. En face du coté des acheteurs, peu semblent intéressés par payer un tel prix pour un pousseur de baballe qui ne tient pas ses promesses. C’est un cas d’investissement assez classique, ce qui est plus inhabituel est qu’il porte sur un humain mais la logique comptable est la même. Ainsi va la fouteballe aujourd’hui !

Les déserteurs du FMI !

Cabu – Charlie Hebdo 2011

Une nouvelle fois un chef du Fonds monétaire international (FMI) déserte son poste avant son terme et avec la même nonchalance que nombre de ses prédécesseurs.

  • 2019, Christine Lagarde démissionne pour prendre un poste à la Banque centrale européenne
  • 2011, Dominique Strauss-Kahn démissionne pour aller en prison
  • 2007, Rodrigo Rato démissionne pour prendre un poste dans une banque d’affaires (il finira en prison pour une affaire de corruption liée à la faillite de la banque Bankia dont il était le chef)
  • 1987, Jacques de la Rosière démissionne pour prendre un poste à Banque de France

et sans doute d’autres encore auparavant.

La légèreté avec laquelle ces apprentis-responsables délaissent les fonctions importantes qui leur sont confiées par la communauté internationale, le plus souvent pour des maroquins qu’ils estiment plus en rapport avec leurs petits prestiges personnels, est confondante. Il est regrettable qu’au moins 3 français se soient lâchement débinés au milieu de leurs mandats, le cas de M. Strauss-Kahn est un peu particulier puisque c’est la police qui a mis fin à ses activités, mais le résultat est le même. Il est d’ailleurs probable que s’il n’avait pas été impliqué dans un crime il aurait quand même démissionné pour se présenter à l’élection présidentielle française de 2012. La police new-yorkaise a permis à la République française d’éviter un tel naufrage.

Il faudrait interdire aux Etats qui ont couvert de telles désertions de pouvoir représenter un nouveau candidat national pour au moins les deux mandats suivants.

Un compte Suisse pour Raymond Barre

L’ancien premier ministre de la République de 1976 à 1981 Raymond Barre, qualifié à l’époque de « meilleur économiste de France », décédé en 2007 avait quelques millions d’euros (on parle de 7) cachés en Suisse. La révélation en a été faite par Le Canard Enchaîné qui explique que ses héritiers ont décidé de régler les impôts et pénalités nécessaire à l’administration française afin de régulariser cette somme frauduleuse. On ne sait pas à ce stade quelle était la source de revenus qui a permis d’accumuler ce pactole, sans doute pas les rémunérations versées par la République à ses serviteurs.

Il s’est rendu célèbre d’abord car c’est sous son règne que le dernier budget français a été voté en équilibre soit il y a plus de 40 ans, depuis, la France dépense plus qu’elle ne gagne. Il avait aussi été l’auteur de quelques sorties de légende notamment : un « si les Corses veulent leur indépendance, qu’ils la prennent », frappé au coin du bon sens, mais d’autres saillies moins glorieuses, à la toute fin de sa vie sur les juifs, ce qui prouve en tout cas que les hommes politiques ne devraient plus s’exprimer une fois leur retraite prise d’abord car ce qu’ils peuvent raconter n’intéresse plus personne et ensuite parce que l’avancée de la vieillesse peut entraîner parfois des dérèglements fâcheux dans le fonctionnement des neurones.

Raymond Barre fraudeur ! C’est une mauvaise surprise pour nombre de citoyens, tout au moins ceux qui se souviennent encore de lui tant le personnage incarnait la rigueur et l’orthodoxie économique. Il fut universitaire bien plus longtemps qu’homme politique et nombre d’étudiants en économie ont planché sur ses écrits. A priori cela ne l’a pas empêché de se laisser tenter par l’attrait de l’argent et prendre le risque de la fraude. C’est une nouvelle certitude qui s’effondre, une illusion qui s’envole. Pour un amateur de sciences économiques, apprendre que Raymond Barre était fraudeur c’est un peu comme si Christine Boutin découvrait que la vierge Marie n’était pas si vierge que ça ! Ça laisse pantois et un brin découragé.

Privatiser ou ne pas privatiser

Encore un débat franchouillard inutile : la République prévoit des modifications dans la gestion de ses actifs comme le fait très normalement tout détenteur d’un patrimoine. Un projet déclenche un hourvari général de l’opposition, de l’extrême gauche à son pendant d’extrême droite, en passant par les partis républicains placés au milieu : la poursuite de la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP), société déjà détenue à 49,4% par des acteurs privés qui possèdent donc 49,4% des infrastructures (pistes, terrains, etc.). Sur la forme il s’agit d’un mécanisme compliqué qui permettra à l’Etat de récupérer la pleine propriété des actifs au bout de 70 ans et de se repositionner alors sur la gestion de l’ensemble à confier à un nouvel opérateur ou à réintégrer dans le domaine public.

Tous les arguments et leurs contraires sont débités par les opposants professionnels qui s’agitent dans les couloirs du parlement pour tenter de nuire au gouvernement en place. On voit même la droite demander l’annulation de cette privatisation alors qu’elle a de tous temps promu les privatisations après s’être opposée aux nationalisations « idéologiques » réalisées à différentes reprises par la gauche. Laurent Wauquiez, l’ex-chef de Les Républicains, après avoir soutenu récemment les émeutiers en gilet jaune, s’être opposé à la baisse des emplois aidés décidée au début du quinquennat actuel, conteste maintenant la privatisation d’ADP en déclarant « …on brade les bijoux de famille pour boucher les trous budgétaires ». Oui, c’est tout à fait et il faut effectivement boucher l’abysse du déficit budgétaire alors la République, comme tout ménage qui serait dans la même situation, va, non pas « brader », mais monétariser quelques-uns de ses actifs pour essayer de se renflouer. C’est un comportement responsable. Le produit de cette opération, à laquelle s’ajouteront les privatisations de la Française des Jeux et d’Engie (ex-Gaz de France), doit venir doter un fonds pour l’innovation.

Peut-être que le parti Les Républicains ne doit pas chercher beaucoup plus loin la raison de la baisse significative de ses scores électoraux. Il arrive un moment où les retournements de vestes et autres reniements opportunistes ont tendance à perdre l’électeur, voir à le faire fuir !

L’élément nouveau dans cette affaire est le regroupement improbable de parlementaires opposés (du parti communiste à Les Républicains) pour déclencher un référendum d’initiative partagée (RIP) tel que prévu dans la Constitution et bloquer ainsi le processus en cours. C’est la première fois qu’un tel référendum serait ainsi mis en œuvre à l’initiative du parlement et des citoyens, si toutefois 10% du corps électoral en signe la demande, ce qui fait plus de 4 millions de citoyens. Si la démarche réussit, cela démontrerait par l’absurde que finalement cette procédure de RIP peut être déclenchée si « le peuple » en manifeste la volonté et qu’elle n’a pas vraiment besoin d’être réformée comme le réclame à cor et à cri. Pour le moment il suffit de cliquer sur une plateforme ouverte par l’administration, ensuite il faudra tout de même se déplacer physiquement et voter pour ou contre.

D’ici là, le processus de privatisation de cette société est bloqué en attendant (i) de savoir si 4 millions d’électeurs veulent l’organiser le référendum et (ii), en cas de réponse est positive, ce que votera in fine le corps électoral dans son ensemble. Ainsi va le cheminement tortueux de notre vieille démocratie.

Nos enfants vont payer


Nous nous demandions récemment qui allait devoir payer pour que les émeutiers cessent d’imposer leur chaos à la majorité. Le président de la République a donné la réponse hier soir à l’occasion d’une conférence de presse : ce sont nos enfants qui paieront pour maintenir notre niveau de vie d’aujourd’hui. Différentes mesures de baisses des dépenses publiques prises depuis deux ans sont annulées, de nouvelles dépenses sont annoncées et des impôts doivent baisser. C’est le cocktail classique en France depuis des décennies pour les sorties de crises sociales (le dernier budget de la nation voté en équilibre remonte à 1974) qui explique la situation tendue des finances publiques : on augmente les dépenses et on baisse les recettes, le résultat est explosif. C’est comme à la maison : la dette augmente.

Les bonnes résolutions sur la réduction des déficits et du niveau de dette sont jetées aux oubliettes, il est fort peu probable que les engagements électoraux du président vis-à-vis de ses électeurs comme de nos partenaires financiers de la zone euro puissent être tenus. Et comme il va bien falloir payer, et bien la République va emprunter des sous et nos enfants les rembourseront…

La première série d’annonces en décembre pesaient déjà une dizaine de milliards d’euros en année pleine, celles dévoilées hier ajoutent une autre dizaine, on en est donc maintenant à 20 milliards d’euros à distribuer pour arrêter les émeutes et acheter le calme social. Il n’est d’ailleurs pas sûr que l’objectif soit atteint tant les revendications des émeutiers sont irrationnelles. Une revue des « niches fiscales » dont bénéficient les entreprises devraient être lancées mais en excluant les deux principales que sont le crédit impôt recherche (CIR) et le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). Il y a sans doute assez peu de chance qu’une révision à la baisse des niches résiduelles permette de financer 20 milliards. Les méthodes habituelles devraient donner les résultats attendus : la dette publique va augmenter.

Les discours lénifiants sur les effets bénéfiques de cette injection de fonds publics sur la croissance sont évidemment servis, Keynes expliqué à Mme. Michu, mais on connaît maintenant les limites de cette tactique qui consiste à dépenser d’abord puis réformer ensuite, et la seconde étape passe toujours aux oubliettes bien entendu. C’est le drame financier de la France, qui continue !

Démesure et rapacité

Le prochain départ du chef de la société Airbus déclenche les mêmes réactions étonnées sur le montant extravagant des sommes cumulées que l’impétrant devrait percevoir jusqu’à son décès. On parle d’une trentaine de millions d’euros. Evidement il y a là-dedans des actions dont les cours de vente ne peuvent pas être connus à l’heure d’aujourd’hui, mais que l’on peut néanmoins les évaluer et qui font partie de la somme. Ensuite, il y a ce fumeux concept de « retraite chapeau » qui consiste pour l’entreprise à verser une retraite additionnelle à son ancien dirigeant jusqu’à sa mort. Dans le cas de ce patron, il percevra un petit million d’euros annuel pour une vingtaine d’années compte tenue de la durée de vie moyenne d’un homme allemand (il est de cette nationalité) soit 80 ans. Comme le grand chef n’est pas le seul à bénéficier de tels avantages dans la compagnie et qu’à un moment donné il y a un dirigeant en poste mais au moins deux ou trois retraités encore en vie, on peut craindre que la société soit non seulement une industrie de construction aéronautique mais également une caisse de retraite pour VIP.

Comme toujours, le citoyen, ébahi, redécouvre ces avantages financiers extraordinaires. Comme souvent l’employeur explique que ces conditions sont celles « du marché », qu’elles sont largement supérieures aux Etats-Unis, qu’elles sont transparentes et contractuelle, que le dirigeant bénéficiaire a atteint ses objectifs, et bla-bla-bla, et bla-bla-bla.

La vraie question que doit se poser l’économie libérale serait : est-ce qu’un dirigeant payé moins cher pourrait faire le même travail avec des résultats équivalents ? La réponse est très certainement « oui » tant ces grands patrons sont interchangeables, mais le système ne veut pas tenter l’expérience, préférant garder ces avantages faramineux pour un petit groupe de happy-few au sommet de l’échelle. La mise en concurrence c’est bien pour faire baisser les prix des fournisseurs mais pas les salaires des dirigeants… Les actionnaires n’ont que peu d’états d’âme du moment que leurs dividendes sont au rendez-vous et, finalement, les rémunérations abracadabrantesques versées à leurs mandataires est importante rapportée à un individu mais peu de chose rapportée au chiffre d’affaires et aux profits des grands groupes mondialisés qui les versent. En réalité, rien ne justifie de pareilles rémunérations, ni l’intelligence, ni la compétence, ni les résultats de leurs bénéficiaires. Certains s’émeuvent de ce marqueur de l’incroyable augmentation des inégalités générée par la société capitaliste ces dernières décennies. Le chef de la société agro-industrielle Danone vient d’annoncer qu’il renonçait à sa retraite chapeau (1,2 millions d’euros/an) en ajoutant : « l’argent qu’on a ne nous appartient pas, il ne m’appartient pas. C’est l’argent de nos agriculteurs, c’est l’argent de nos consommateurs, c’est l’argent de nos salariés, c’est l’argent de la planète et c’est pour ça que cet argent restera là ». Certains patrons, français et américains notamment, ont lancé des appels pour être plus imposés. Ils restent largement minoritaires et Wall-Street ne s’est pas encore transformée en organisme humanitaire, mais ces prises de conscience sont bonnes à prendre, surtout lorsqu’elles sont suivies d’actes concrets comme dans le cas Danone. On espère que M. Danone ne va pas se rattraper autrement.

Emotion et privatisation

Un projet de loi sur l’économie est en cours de discussion au parlement. Il s’appelle PACTE pour plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises, prévoit différentes mesures pour simplifier et dynamiser l’environnement dans lequel évoluent les entreprises. A priori, rien à redire s’agissant de nouvelles mesures dans le cadre d’un programme économique présidentiel sous le slogan « libérer et protéger ».

Plus délicat, le projet prévoit la vente ou sur le marché (ou la mise en concession) d’une partie des participations de l’Etat (c’est-à-dire de nous les contribuables) dans deux entreprises afin de créer un Fonds pour l’industrie et l’innovation à hauteur de 10 milliards d’euros dont les revenus serviront au financement de « dispositifs de soutien à l’innovation de rupture ». Les deux entreprises ciblées sont Aéroports de Paris (ADP) et la Française des Jeux (FDJ) ; par ailleurs un changement de mécanisme juridique au sein du capital d’Engie est également prévu, supprimant la contrainte du capital minimum de l’Etat.

Une polémique franchouillarde est en cours sur la soi-disant privatisation d’ADP. En réalité il ne s’agit pas d’une privatisation à proprement parler mais d’une mise en concession de l’exploitation pour 70 ans. Aujourd’hui l’entreprise est détenue par l’Etat à hauteur de 59% le reste revenant au privé, y compris donc la propriété des installations, pistes et terminaux. Le projet prévoit qu’à l’issue de la concession de 70 ans, la propriété de l’ensemble des actifs reviennent à la République qui pourra alors opter pour une nouvelle concession ou un autre mode d’exploitation. Accessoirement, il se trouve que le cours de l’action ADP étant plutôt haut, le rendement de cette participation publique est actuellement inférieur au rendement moyen du portefeuille de l’Etat…

A peu près l’ensemble des partis d’opposition contestent cette mise en concession et, le plus drôle, même la droite libérale argue contre « ce bradage des biens de la République ». Il s’est même trouvé un groupe de parlementaires pour lancer un processus de référendum d’initiative partagée comme prévu dans la constitution. L’argumentation des uns et des autres ne mérite même pas de s’y attarder tant elle relève du Café du commerce après mout blanc-secs ! Si l’on regarde le dossier sereinement il s’agit plus d’une question de financement que de philosophie. L’Etat, comme n’importe quel ménage, a sous la main un actif A et veut acquérir un actif B. Pour cela il vend A pour construire B. Il se trouve que le parlement élu démocratiquement approuve ce transfert. Il suffit de le réaliser tout en gardant à l’esprit qu’il s’agit bien d’une mise en concession prévoyant que l’ensemble des actifs (incessibles durant la concession sans l’accord de l’Etat) reviendra ensuite à la République, donc au contribuable.

La théorie économique libérale qui guide globalement le gouvernement actuel pose que le secteur privé saura faire mieux faire fonctionner cette société que l’Etat. Certes elle est rentable et efficace aujourd’hui, elle le sera peut-être plus demain, ou pas… Voir la droite, également libérale, se contorsionner pour défendre la gestion par l’Etat d’un aéroport est sans doute l’aspect le plus novateur et intéressant de ce dossier.

Cela rappelle le psychodrame qui était intervenu à l’issue du projet de mise en location de l’Hôtel de la Marine sur la place de la Concorde après que le ministère de la marine l’eut quitté en 2009. Le gouvernement de droite de l’époque (MM. Woerth ministre du budget, Juppé ministre des affaires étrangères, notamment, et Sarkozy président de la République) avait dû reculer et annoncer que ce lieu serait dédié à la culture et à l’Histoire, c’est-à-dire ne génèrerait pas de loyers substantiels. Eternel recommencement dans la gestion de l’Etat, on restructure le patrimoine public, en l’occurrence on avait réuni les états-majors militaires dans le nouvel ensemble immobilier de Balard, mais on conserve les anciens immeubles en renonçant à en tirer des revenus… Cette droite-là quand elle était aux commandes voulaient faire ce qu’elle reproche au gouvernement actuel qui lui, semble un peu plus malin car il a réussi à faire voter sa loi PACTE. L’avenir dira s’il réussit à en appliquer son volet privatisation.

Combien va-t-il falloir payer ?

L’agitation sociale dans la République depuis le mois de novembre 17’, fortement renforcée par des émeutes hebdomadaires du samedi d’une minorité de citoyens sur l’ensemble du territoire, n’en finit pas malgré l’annonce en décembre dernier de dépenses supplémentaires pour une dizaine de milliards d’euros en année pleine qui n’a pas calmé la contestation.

Un débat national a été organisé, sorte de psychothérapie de groupe pour tenter de canaliser les mécontentements et d’en tirer la substantifique moëlle en formalisant la volonté du citoyen. Il est prévu que le président de la République fasse sou peu des annonces susceptibles de renvoyer en douceur les émeutiers dans leurs pénates. Cela ne va pas être facile !

A défaut de savoir ce qui se trame dans la pensée présidentielle, les ministres annoncent des « mesures fortes », des « décisions puissantes », des « changements majeurs »… En fait, il va falloir payer et il n’y a plus de sous dans la caisse, c’est un classique français, d’autant plus grave cette fois-ci qu’a priori l’addition risque d’être très lourde, proportionnelle à la hauteur des exigences des émeutiers pour cesser leur révolte. Petit point de pédagogie : il ne serait pas inutile au passage de signifier aux citoyens le montant des dégradations de biens publics et privés subis un peu partout en France depuis six mois en précisant comment seront financées ces dépenses imprévues.

Comment payer ? Les solutions sont maintenant bien au point. Si l’on raisonne à niveau de dépenses publiques constantes, soit l’on augmente des impôts des uns pour baisser ceux des autres, soit, ce qui revient au même, on augmente les prestations sociales dont bénéficient les uns en baissant celle des autres ; si par contre on accepte que la République dépense plus qu’aujourd’hui, il suffit de désigner les bénéficiaires et ceux qui devront payer. Après il faudra déterminer combien transférer ou combien augmenter. Finalement c’est simple la politique !

La seule solution qui vaille est celle qui verrait la France reprendre le contrôle de son budget, comme le ferait n’importe quel ménage dans la difficulté, ce qu’elle n’a jamais réussi à faire depuis 45 ans (dernier budget voté en équilibre : 1974). Il s’agirait de procéder à une véritable baisse des dépenses publiques, non pas une baisse de la hausse, non plus une baisse du déficit, mais une diminution de ce que paye l’Etat de façon à équilibrer ses dépenses avec ses recettes. Bien entendu dépenser moins signifie que moins d’argent aboutira dans les poches des citoyens et il s’agit alors de répartir la pénurie de façon acceptable pour ceux-ci. Ce n’est pas facile, spécialement avec un peuple indiscipliné, mais il ne faut pas désespérer. C’est toute la noblesse du métier de gouvernant que de remettre sans cesse l’ouvrage sur le métier.

Le prélèvement fiscal « à la source »

Fin 2017 l’administration annonça la mise en œuvre du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu à partir du 1er janvier 2019. Cela consiste, en gros, à s’aligner sur les pratiques de quasiment tous les pays modernes et prélever l’impôt sur les revenus mensuels de l’exercice auquel ledit impôt se rattache. Réforme attendue depuis des décennies, promises par tous les gouvernements, votée par le parlement de gauche sous la présidence de gauche Hollande et finalement mise en œuvre sous la présidence de droite Macron. Ce fut immédiatement une longue litanie de critiques en tous sens, de plaintes nombrilistes, de doléances contradictoires, de revendications agressives, de pleurnicheries dérisoires, de geignements égoïstes, d’incapacité à voir le côté positif des choses, d’anticipations de catastrophes nationales, de révoltes populaires, d’arrêts de la croissance… Les plateaux télévisés étaient envahis d’experts mondains donnant des avis divers, contradictoires et opposés, de corporations expliquant comment elles allaient devoir mettre la clé sous la porte, et bla-bla-bla et bla-bla-bla.

Nous sommes en avril 2019 et a priori la planète continue de tourner. Plus personne ne parle de cette réforme qui est passée comme une lettre à la boîte. Il est vrai qu’entre temps d’autres révoltés se sont levés pour envahir la rue et ouvrir de nouveaux sujets de conflit. L’impôt sur le revenu est désormais prélevé à la source, l’affaire a été bien menée par l’administration, les bugs semblent avoir été en nombre limité, et la République a commencé à moderniser, un tout petit peu, sa jungle fiscale. Le pouvoir en place se garde bien de claironner sur cette réussite mais il pourrait avec élégance et un peu d’humour renvoyer quelques opposants à leurs contradictions, juste pour se faire plaisir !

Il va bien falloir travailler plus longtemps

Une ministre annonce au passage à la radio qu’à son humble et personnel avis il faudra se reposer la question d’éventuellement repousser l’âge minimum légal de départ en retraite actuellement de 62 ans. Elle est aussitôt noyée sous un déluge de critiques et se trouve forcée de démentir ses propos devant l’assemblée nationale. Le fait qu’un ministre doive avaler son chapeau n’est pas un drame en soi et ce n’est certainement pas la dernière fois que cela se produit, mais le véritable drame est que des responsables politiques intelligents, formés à l’école de la République, rémunérés par les contribuables, continuent à s’accrocher ainsi à de vieilles lunes dont ils connaissent bien le caractère dépassé.

Il est hélas devenu incontournable qu’une nouvelle réforme du système de retraite devra être mis en place. Celle qui est annoncée par l’exécutif devrait aller au-delà du simple réglage des paramètres habituels que sont la durée de cotisation et le montant des prestations. Aujourd’hui, à défaut de pouvoir jouer ouvertement sur le paramètre de la durée, on baisse subrepticement les prestations versées, en faisant varier l’ajustement des pensions à un niveau moindre que celui de l’inflation constatée par exemple. D’autres moyens plus sournois sont mis en œuvre comme l’accord pris par les partenaires sociaux (syndicats de salariés et du patronat) sur le bonus/malus sur les retraites complémentaires qui aboutit à repousser au-delà de 62 ans l’âge où le retraité touchera ses droits complémentaires pleins.

La grande majorité des pays qui entourent la France ont procédé au constat hélas criant que le nombre de cotisants aux systèmes de retraite baisse quand le nombre des prestataires augmentent. Ils ont pris les mesures nécessaires pour rééquilibrer les dépenses avec les recettes, celles-ci passant souvent par une augmentation de la durée de cotisation, mais pas uniquement.

La réforme qui s’annonce est gigantesque et devrait aboutir à unifier l’ensemble des systèmes existant pour mettre en commun les déficits des uns et les excédents des autres, mais aussi de refondre intégralement le dispositif d’acquisition des droits de façon que chaque euro gagné en période d’activité génère le même droit en prestation de retraite future ! Le simple sujet des 62 ans auquel s’accrochent désespérément quelques syndicats et partenaires antédiluviens ne sera qu’un détail de la tentative de nécessaire réforme. Celle-ci sera LE sujet économique et social de l’an prochain.

Mouvements capitaux chez Air-France-KLM

La compagnie aérienne Air France, spécialisée en grèves de ses pilotes et en renflouements par les contribuables français, s’est alliée il y a quelques années avec la compagnie néerlandaise KLM qui était à l’époque en bien mauvaise santé. Les deux sociétés ont créé le groupe Air-France-KLM au sein duquel l’Etat français détient 14,30%. Les autres actionnaires sont les marchés financiers pour environ 64% de capital flottant, et d’autres compagnies aériennes.

L’Etat néerlandais a récemment acquis 14% du capital, acheté discrètement sur les marchés. Il semble que les Pays-Bas, un peu agacés par le poids de la France dans la répartition du pouvoir au sein de la compagnie, aient voulu le rééquilibrer en leur faveur. Les dernières grèves et exigences des pilotes français ont par ailleurs dégradé la productivité de la partie française versus celle du partenaire néerlandais.

Lorsque le pot aux roses de cette opération capitalistique fut dévoilé, l’Etat français a mal réagi et, piqué au vif, a convoqué le ministre néerlandais des finances pour explication de texte. La situation est assez ironique car après tout c’est bien l’Etat français qui a privatisé son ex-compagnie nationale en vendant la majorité de son capital à des investisseurs anonymes sur les marchés, il est alors difficile de s’étonner que lesdits investisseurs refourguent leurs actions à un acheteur qu’il soit l’Etat néerlandais, ou qui que soit d’autres d’ailleurs. Ainsi va la dure vie de l’économie libérale mondialisée : on vend au plus offrant, c’est ce qu’on appelle la loi de l’offre et de la demande ! Ce genre d’opérations boursières ne se pratiquent pas en principe en douce. Lorsque les partenaires sont bien élevés ils s’en informent préalablement. Ce ne fut pas le cas cette fois-ci.

Elever le pouvoir de l’Etat néerlandais dans cette société de transport sera probablement une bonne chose pour contrebalancer celui de l’Etat français qui a fait preuve de sa mauvaise influence sur la gestion, notamment en décidant de la nomination de hauts fonctionnaires comme pédégés successifs qui n’étaient pas particulièrement connus pour leurs compétences en management. Idéalement il aurait été préférable que la France vende ses actions et laisse cette compagnie difficilement gérable se confronter à la réalité du secteur. A défaut, la montée au capital des néerlandais à hauteur des français met en place un contrepouvoir bienvenu qui devrait permettre de limiter la nuisance publique française dans la bonne marche de cette société.

L’esprit et la lettre

A l’occasion d’une cérémonie de galette des rois au palais de l’Elysée avec des artisans de la boulangerie de 11 janvier, le président de la République, insistant sur l’intérêt de la formation professionnelle, a notamment déclaré dans son discours :

Notre jeunesse a besoin qu’on lui enseigne un métier, des gestes, des savoirs, le sens de l’effort et le sens de cet engagement qui fait qu’on n’a rien dans la vie s’il n’y a pas cet effort.
Les troubles que notre société traverse sont aussi parfois dus, liés au fait que beaucoup trop de nos concitoyens pensent qu’on peut obtenir sans que cet effort soit apporté. Parfois on a trop souvent oublié qu’à côté des droits de chacun dans la République – et notre République n’a rien à envier à beaucoup d’autres – il y a des devoirs. Et s’il n’y a pas cet engagement et ce sens de l’effort, le fait que chaque citoyen apporte sa pierre à l’édifice par son engagement au travail, notre pays ne pourra jamais pleinement recouvrer sa force, sa cohésion, ce qui fait son histoire, son présent et son avenir.

Emmanuel Macron – président de la République

Et aussitôt s’est déclenché un déluge de commentaires et d’appréciations agressives sur ces quelques phrases qui marqueraient l’arrogance de son auteur et son éloignement des préoccupations « du peuple ». De l’extrême droite à la gauche, tout le monde tombe sur ce président en interprétant ce qu’il dit comme une « insulte contre son peuple (Florian Philippot) »… Qui pourrait ne pas être d’accord avec ces assertions qu’il faut effectivement rappeler aux jeunes? Le mieux pour les commentateurs serait de s’en tenir à la lettre des déclarations !

Le coût des émeutes

Les commentateurs et les agitateurs se gaussent du « soutien populaire » aux émeutes qui perturbent la République tous les samedis depuis maintenant deux mois, sans parler bien sûr du « soutien moral » que nombre de politiciens apportent à ces manifestations violentes en refusant de les condamner. Evidemment, les citoyens lambdas qui n’est pas présent sur les barricades assiste à toute cette contestation devant sa télévision qui excite son tropisme révolutionnaire. Le dimanche ou le lundi matin quand il sort de chez lui, tout a disparu : les rues ont été nettoyées par les services municipaux, les carcasses de voitures brûlées enlevées par les pompiers, les vitrines de magasins dévastées réparées au frais de commerçants, les blessés tranquillement soignés dans les hôpitaux publics financés par les cotisants, l’ordre à peu près maintenu par les fonctionnaires de police payés grâce à l’impôt. Ledit citoyen lambda ne réalise pas encore que c’est lui qui paiera l’addition le moment venu, qui la règle déjà d’ailleurs !

Une alternative, très théorique il est vrai, serait de laisser faire : laisser les émeutiers saccager les villes, laisser les carcasses de voitures brûlées au milieu des rues, laisser les poubelles brûler sur les trottoirs, laisser les rues dépavées, etc. Il n’est pas sûr dans ces conditions que le « soutien populaire » perdurerait très longtemps. Les politiciens pro-émeutes s’en prendraient alors au pouvoir pour son laxisme au lieu de l’accuser de provocation, il s’agirait juste d’un changement d’argumentaire, la cible restant la même.

Depuis des décennies le citoyen oublie qu’il est aussi contribuable, ce qu’il casse aujourd’hui il le paira demain, s’il demande une baisse des impôts il est difficile d’exiger dans la même phrase une hausse des dépenses publiques, etc. Ainsi va la France, le sursaut des élections présidentielles de 2017 semble s’estomper doucement dans les fumées des gaz lacrymogènes dans les rues des villes en fusion, hélas.

« Jeunes Génération.s » et utopies

Cette affiche est placardée par le mouvement des jeunes du parti « Génération.s », fondé par Benoît Hamon en déshérence du PS après les élections présidentielles de 2017 où il a emporté 6,36% des suffrages sous la casquette socialiste. Au moins a-t-il la décence d’appeler à voter Macron contre Le Pen au deuxième tour (ce que n’ont pas fait nombre de partis de droite).

Cette affiche réclame des points surréalistes pour « changer la vie des jeunes » : études et vacances payées par le contribuable, salaire garanti par le même contribuable et fumette à la clé pour se détendre (il n’est pas précisé si les fumeurs pourront se faire rembourser leurs dépenses). C’est un programme qui ne dénote pas un sens des réalités très développé. Il ne précise pas comment seront financées ces mesures de changement. Il va quand même falloir que quelqu’un explique à cette jeunesse que pour le moment notre économie occidentale ne fonctionne pas tout à fait selon ces principes, même si en France les études sont quand même déjà majoritairement payées par la République…  

Durant sa campagne présidentielle Benoît Hamon avait déjà avancé l’idée du « revenu universel », défendue il est vrai par quelques économistes de qualité mais généralement abandonnée devant le mur du financement impossible à abattre. Chassée par la porte du premier tour, la voici revenue par la fenêtre.

Dans sa revue interne, Jeunes Génération.s explique que :

L’ambition du revenu universel doit être la disparition de la pauvreté en France et l’avènement d’un contre-modèle à une société qui exploite autant les individus que la planète. Il doit permettre de rebattre les cartes du monde du travail pour sortir des millions de travailleurs.es de la précarité.

L’objectif est noble, pas sûr que ces jeunes arrivent à le mettre en place entre deux pétards…

NB : La caractéristique la plus voyante de ce nouveau parti fut l’adoption de l’écriture dite « inclusive » (ou encore appelée « non sexiste ») consistant à utiliser une syntaxe destinée à assurer une égalité des représentations entre les femmes et les hommes, notamment en n’appliquant plus la règle donnant préférence au masculin : on n’écrit plus « les étudiants » pour désigner les étudiants et les étudiantes, mais « les étudiant.e.s » ; plus quelques règles complémentaires comme de ne plus mettre de H majuscule à l’homme : on écrit « les droits de l’homme » et non plus « les droits de l’Homme ». Pour le moment cette nouvelle grammaire est fort peu utilisée, sauf par le parti « Générations.s » toujours à la recherche d’innovation.

Le syndrome français

On le sait, la France est perturbée depuis deux mois par des émeutes initiées à l’occasion de l’application d’une hausse de taxes sur les carburants afin de rendre plus chers les modes de déplacement moins « écologiques ». Au vu du niveau d’énervement des manifestants, du nombre de morts (par accident sur les barrages) et blessés et des destructions significatives, la République dans un premier temps a mis en place des « mesures d’accompagnement » consistant à compenser une partie de ces augmentations de taxes pour les plus défavorisés.

Les émeutes continuant à enflammer la France et très sérieusement perturber son économie, l’Etat a finalement décidé d’annuler ces hausses de taxes et d’ajouter à ce recul d’autres mesures financières destinées à améliorer le sort des plus défavorisés. L’ensemble coutera une dizaine de milliards en 2019 aux contribuables.

L’augmentation des taxes ayant généré les troubles étant annulée, ces « mesures d’accompagnement » auraient également dues être annulées. Mais nous sommes en France et face à la pression, le gouvernement a dû les maintenir après avoir tenté vainement de les reprendre. Les contribuables vont donc payer pour compenser une hausse des taxes qui n’existe plus.

C’est Noël et c’est ainsi que le budget de la République est déficitaire depuis 45 ans.

Un pédégé en prison

Carlos Ghosn, pédégé (ou assimilé) de trois groupes automobiles : Renault + Nissan + Mitsubishi est embastillé au Japon pour divers soupçons de délits financiers et fiscaux. Le dirigeant qui dispose de trois nationalités : française + brésilienne + libanaise a régulièrement fait parler de lui dans la presse économique, d’abord pour la réussite de son concept d’alliance qui a permis à ces trois groupes de mettre en commun toute une série de départements et d’activités, sans pour autant fusionner dans un groupe tentaculaire et ingérable, chaque partenaire gardant une relative indépendance, au moins juridique. C’est ainsi ces trois entreprises qui étaient plutôt en mauvaise santé prises séparément, mais pas au même moment, se sont ragaillardies sous la direction de l’impétrant. C’est bien.

Cependant, le garçon a fait aussi parler de lui pour de moins bonnes raisons et tout d’abord pour les rémunérations indécentes qu’il cumulait aux trois sources et sous différentes formes, l’ordre de grandeur est d’une quinzaine de millions d’euros par an. L’Etat français qui reste actionnaire de Renault a toujours voté « Non » en assemblée générale à la résolution informant de la rémunération de son chef. C’était avisé. Celle-ci étant présentée « pour information », ces votes négatifs n’ont jamais empêché Renault de verser ces sous à son pédégé. Il était également connu pour n’avoir pas su ou pas voulu préparer sa succession. C’est l’un des travers assez fréquents de ce genre d’ambitieux.

Il semble qu’il soit en train de tomber au Japon à cause de sa voracité financière : on l’accuse, entre autres joyeusetés, d’avoir dissimulé des rémunérations au fisc local, d’avoir facturé à Nissan des pertes d’investissements personnels et de s’être fait attribuer des résidences de prix exorbitants dans ses différents pays d’origine.

Toute ceci doit évidement se doubler de règlements de comptes et de différences culturelles entre les dirigeants de Nissan, japonais et étrangers, comme c’est souvent le cas à ce niveau de pouvoir et de responsabilités. Bref, il est à craindre qu’au moins une partie de ces accusations ne soient vérifiées et l’on verrait alors Carlos Ghosn tomber par où il a péché, pour avoir eu les yeux plus gros que le ventre. Qu’avait-il besoin de gagner et de dissimuler tant d’argent ? Au-delà de son cas personnel qui n’a finalement que peu d’importance, on voit là l’une des faiblesses du capitalisme financier d’aujourd’hui : verser de pareilles rémunérations n’a aucun sens ni justification (et encore les banquiers de la crise financière de 2008 pouvaient percevoir 2 à 3 fois ces montants) mais au contraire génère des risques significatifs de déconnection de leurs bénéficiaires qui, obnubilés par l’argent, peuvent perdre complètement la raison et oublier l’intérêt social de l’entreprise qu’il gouverne au profit de leur propre intérêt. On a vu des cas similaires chez Lehman Brothers, Enron, Vivendi… Heureusement cela reste plutôt exceptionnel mais il est navrant de constater que le court-termisme des actionnaires de marchés pousse au crime. Ils se disent : « Carlos nous a fait verser beaucoup de dividendes donc donnons lui ce qu’il demande, ce n’est finalement qu’une goutte d’eau dans la marée des milliards de dividendes, il suffira d’avoir revendu nos actions avant qu’il ne tombe ». Nous en sommes là.

La vérité c’est que ces hauts dirigeants mercenaires sont interchangeables et il était sans doute aisé de trouver à temps un clone de Carlos sur le marché des pédégés mondialisés, et pour bien moins cher. Cela n’a pas été fait en temps utiles. L’histoire dira comment et pourquoi le clan japonais a mené cette cabale. Il aurait été plus efficace et moins dangereux de débarquer le pédégé en conseil d’administration comme n’importe quel mandataire social, ou tout simplement de lui refuser ces rémunérations vertigineuses. Mais sans doute tous ces gros poissons se tiennent par la barbichette et ils ont estimés la voie judicaire plus certaine et définitive. Gageons que Carlos Ghosn ne va pas se laisser faire, il a du répondant et des moyens pour financer de bons avocats. Le procès, s’il a lieu, sera intéressant.

Que la justice japonaise passe !

Les cordons de la bourse

Comme c’était à prévoir, après avoir accepté de débourser 10 milliards d’euros pour répondre aux revendications des émeutiers qui perturbent la France depuis plus d’un mois, le bureau des pleurs et des lamentations n’arrive pas à refermer ses portes et se succèdent désormais à son guichet toutes les corporations qui ont quelque chose à demander. Les forces de sécurité ont déjà commencé depuis hier et à n’en pas douter d’autres attendent déjà à la porte : les infirmières, les enseignants, d’autres catégories de fonctionnaires, la liste sera longue !

Les policiers ne sont doute pas les moins méritants mais on pourra sans doute en dire autant de nombre de corporations. Il va être difficile de renouer les cordons de la bourse et il très peu probable que ces dépenses publiques non anticipées puissent être compensées par une baisse équivalente d’autres dépenses. La République est donc repartie dans un cycle de dépenses publiques et de dettes. Comment reprendre le contrôle des choses ?