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Le contribuable va donc payer

Afin de tenter de calmer les émeutiers qui perturbent la France et cassent ce qui leur tombe sous la main, la République a décidé de plusieurs mesures qui vont venir mettre un peu de sous dans les chaumières. Le tout est évalué en première analyse à 10 milliards d’euros qui vont donc être dépensés en 2019 en plus de ce qui était prévu. On ne sait pas bien encore comment cette somme sera financée : par l’impôt, la dette ou des économies par ailleurs, la dernière hypothèse étant la moins probable même si elle devrait pouvoir être mise en œuvre, au moins partiellement.

Comme souvent, la France utilise la voie de la dépense pour résoudre une difficulté à laquelle elle est confrontée, renonçant par ailleurs à respecter ses engagements internationaux. Du coup, nombre de nos « amis » ont l’hilarité facile, on ne saurait vraiment leur en vouloir. Après la Turquie qui appelait le gouvernement français à la modération dans le traitement des émeutiers, c’est maintenant l’Italie qui se tient les côtes de rires après avoir subit les foudres françaises pour avoir annoncé un déficit budgétaire en hausse bien qu’inférieur à celui de la France, retour à l’envoyeur…

Cela étant dit, les émeutiers affichent bien entendu que ces transferts sont insuffisants mais ne précisent pasvraiment leur intention de poursuivre ou ralentir leurs actions de blocage et d’émeutes. Nous verrons samedi prochain puisque ces manifestations sont hebdomadaires depuis un mois!

De fortes attentes comptables

Les « experts de plateaux télévisés » enchaînent les prévisions vides de sens et annoncent comme parole d’évangile que le président de la République « après la réponse sécuritaire doit maintenant dégainer une solution politique » pour sortir des émeutes. En fait les contestataires n’attendent pas grand-chose de « politique » mais bien des annonces comptables : combien vont-ils avoir de sous en plus à court terme à la fin du mois dans leurs poches ! Pour ce faire il va bien falloir payer et financer ces dépenses, soit en augmentant des impôts, soit en baissant d’autres dépenses, soit en transférant les dépenses d’un poste à l’autre, soit en augmentant la dette.

C’est comme à la maison, cela n’a rien de politique mais relève plutôt de la tuyauterie budgétaire. L’exercice est difficile quand il faut sortir des émeutes et satisfaire aux équilibres financiers. Ainsi va la démocratie et… le caractère des français.

Du pain béni pour les pays autoritaires

Les émeutes françaises déclenchent une salve de commentaires réjouis de nombre de démocratie « illibérales » qui avaient subi elles-mêmes des remarques diplomatiques de la France à diverses occasions sur le respect des droits de l’Homme ou du droit de manifester. C’est évidemment du pain béni pour les dirigeants de nombre de ces pays qui  veulent nuire aux démocraties occidentales. La Turquie en tête de gondole appelle Paris à plus de « retenue » et dénonce « l’usage disproportionné de la force ». A Moscou, le ministère des affaires étrangères déclare :

« Nous appelons les autorités parisiennes à s’abstenir de tout recours excessif à la force, conformément aux principes généralement admis de l’humanisme. »

 Même Donald y va de son petit tweet vengeur :

« Je suis content de voir que mon ami @EmmanuelMacron et ceux qui protestent acceptent la conclusion à laquelle je suis parvenu depuis deux ans : l’accord de Paris est fondamentalement mauvais, car il provoque une hausse des prix de l’énergie pour les pays sérieux, tout en donnant un blanc-seing à certains des pires pollueurs. »

C’est évidemment de bonne guerre, même si assez peu élégant, mais la France récolte un peu le fruit des leçons de morale qu’elle se croit régulièrement autorisée à distribuer à travers la planète.

Le gouvernement adopte une proposition des émeutiers

Ça y est : le pouvoir s’incline devant la violence et annule les hausses de taxes sur les carburants qui ont déclenché les émeutes en cours en France. Le coût serait de 3 ou 4 milliards au titre de l’année 2019. Cette recette étant déjà prévue pour le financement des dépenses 2019, il faudra sans doute augmenter un autre impôt ou baisser les dépenses d’un montant équivalent si la République veut maintenir son déficit dans l’ordre de grandeur initialement annoncé. Le premier ministre a indiqué que cette décision se traduirait par une réduction de dépenses ce qui risque de ne pas être très populaire.

Entre temps, la liste des revendications économiques s’est considérablement accrue et le coût pour les finances publiques (et donc les prélèvements sur les contribuables) risque d’être important. Nous sommes en France et la contestation ne se résout généralement que par de la distribution d’argent public. C’est le syndrome national une nouvelle fois à déplorer. On distribue lorsque les choses vont mal et on ne sait pas reprendre lorsqu’elles s’améliorent. Nous vivons sans doute aujourd’hui une nouvelle étape de cette maladie chronique.

Un grand moment de faux-jettonerie politicienne

Samedi dernier, les contestataires anti-taxe sur le gas-oil ont manifesté leur mécontentement à travers le pays, parfois renforcés par les habituels « casseurs » désormais inévitables dans tout rassemblement. Certaines villes ont été sérieusement secouées par ces perturbateurs. Paris notamment a vu ses beaux quartiers livrés aux combats de rue, noyés sous les gaz lacrymogènes et la fumée des incendies. Les forces de l’ordre ont fait preuve de beaucoup de sérénité face au déchaînement des sauvageons qui ont tagué partout où ils le pouvaient, y compris sur l’Arc de Triomphe, fait les zouaves devant le monument aux morts, pillé des boutiques, attaqués les colonnes de CRS en vagues successives, bref ils se sont exprimés. D’autres troubles sérieux ont eu lieu en province, « dans les territoires » comme il est désormais d’usage de le dire : préfecture incendiée à Vaux-en-Velay, affrontements divers un peu partout, blocages de circulation de ci de là. C’est un miracle qu’il n’y ait eu que des blessés. On compte toutefois plusieurs morts depuis le début de ce mouvement il y a trois semaines, mais plus par accident qu’autre chose. Le lien avec ce mouvement de contestation est malgré tout évident.

Depuis ce samedi agité c’est un festival de faux-jettoneries dans le microcosme. Avant ce samedi noir, le personnel politique d’opposition dans son ensemble avait quasiment appelé à l’émeute : Marine Le Pen avait exigé l’ouverture des Champs-Elysées aux sauvageons, Laurent Wauquiez visité un barrage routier la semaine dernière, Isabelle Balkany publié des gilets jaunes sur son compte tweeter, Jean-Luc Mélanchon crié à l’unisson des casseurs « Macron démission », on en passe et de meilleures. Cette opposition accuse maintenant le gouvernement de faiblesse face aux manifestants et chacun critique la façon dont l’ordre a été plus ou moins maintenu. Il fallait ouvrir les Champs-Elysées, ou pas, il fallait plus de policiers mobiles, ou moins, il fallait faire appel à l’armée, à moins que non, etc. etc. Chacun de ces politicards aux petits pieds s’érige en spécialiste du maintien de l’ordre sur les plateaux télévisés et y va de sa conclusion définitive sur le sujet.

Lorsque l’on voit les images des combats à Paris on imagine aisément que les autorités ont tout fait pour éviter que les opérations de maintien de l’ordre ne se traduisent par des dommages plus graves du côté des manifestants. Il y eut de nombreux blessés, dont l’un gravement après avoir pris sur la tête une grille du jardin des tuileries consciencieusement dessoudée par les émeutiers, dont l’impétrant semble-t-il, quelques mains arrachées par des grenades, mais pas de mort. Ces cassandres qui aujourd’hui, confortablement installés dans les palais de la République et rémunérés par les contribuables, critiquent l’échec du pouvoir, auraient bien entendu été les premières à monter au front pour accuser le gouvernement de disproportion dansl’usage de la force s’il y avait eu des morts. Bref, ces pratiques politiques alliant mauvaise-foi et manque de courage continuent à tirer la France vers la décadence. On les croyait en voie d’abolition avec l’arrivée en 2017 d’un pouvoir jeune et innovant, il y a encore beaucoup de progrès à faire pour ce personnel politique assis sur ses certitudes.

Sur le fond, la République fait face à des contestataires qui veulent « plus desous » et se tournent vers l’Etat pour régler ce problème, n’hésitant pas à compromettre, voire à s’allier, avec des voyous. Ce qu’ils veulent c’est que la France réussisse économiquement, vite, et que le fruit de cette réussite soit mieux réparti. Ils le font savoir bruyamment et s’opposent sur la méthode mise en œuvre aujourd’hui par les dirigeants élus il y a seulement dix-huit mois. Idéalement il aurait été préférable qu’ils manifestent dans les urnes lors des prochaines élections plutôt que dans la rue, mais ils ne peuvent pas attendre. Le programme de réformes économiques mené actuellement est destiné à résoudre leur première revendication et remettre le pays sur les rails de la croissance. Il n’est pas sûr que leur deuxième revendication, celle de l’équité, soit vraiment au programme… Les bases de celui-ci sont essentiellement libérales et la justice sociale n’a jamais été véritablement un objectif de ce modèle économique, même si des effets collatéraux positifs peuvent en ressortir pour toutes les couches de la population. Jusqu’ici l’Etat français s’est employé à exercer une redistribution sociale en prélevant l’impôt et en le reversant via des prestations sociales. L’exercice a des limites qui ont été atteintes où la population a globalement le sentiment de trop payer par rapport à ce qu’elle reçoit. C’est évidemment macro-économiquement faux puisque l’Etat étant déficitaire depuis 40 ans c’est donc bien qu’il dépense plus qu’il n’encaisse. Nous en sommes là et la revendication générale porte sur « on veut plus de prestations et moins d’impôts ». C’est un cercle vicieux qui n’est pas soluble par des slogans ni des dogmes, mais par de l’intelligence. Le temps n’est pas à la raison pour le moment. Laissons passer l’orage.

Les revendications qui circulent

Certains membres des« gilets jaunes » ont émis une liste de 41 revendications que l’on trouve ci-dessous. On ne sait pas bien si cette liste est représentative de ce que pensent tout ou partie de ces contestataires mais elle a au moins de mérite d’exister. Elle est en tout cas particulièrement représentative du mal français : on augmente les dépenses et les prestations, on baisse les impôts et les taxes pour la majorité, mais on les augmente pour les« gros ». On note aussi les mesures 18 à 21 (pas vraiment politiquement correctes) qui concernent l’immigration et expliquent notamment pourquoi un certain nombre de syndicats et partis politiques soutiennent le mouvements ans véritablement appeler à le rejoindre.

On se croirait revenu en 1968, tout le monde peut y trouver son compte sauf l’Etat qui se trouve devant une équation insoluble…

  1. Zéro SDF : URGENT.
  2. Davantage de progressivité dans l’impôt sur le revenu, c’est-à-dire davantage de tranches.
  3. Smic à 1 300 euros net.
  4. Favoriser les petits commerces des villages et centres-villes. Cesser la construction des grosses zones commerciales autour des grandes villes qui tuent le petit commerce et davantage de parkings gratuits dans les centres-villes.
  5. Grand plan d’isolation des logements pour faire de l’écologie en faisant faire des économies aux ménages.
  6. Impôts : que les GROS (MacDo, Google, Amazon, Carrefour…) payent GROS et que les petits(artisans, TPE, PME) payent petit.
  7. Même système de Sécurité sociale pour tous (y compris artisans et auto-entrepreneurs). Fin du RSI.
  8. Le système de retraite doit demeurer solidaire et donc socialisé. Pas de retraite à points.
  9. Fin de la hausse des taxes sur le carburant.
  10. Pas de retraite en dessous de 1 200 euros.
  11. Tout représentant élu aura le droit au salaire médian. Ses frais de transports seront surveillés et remboursés s’ils sont justifiés. Droit aux tickets-restaurant et aux chèques-vacances.
  12. Les salaires de tous les Français ainsi que les retraites et les allocations doivent être indexés à l’inflation.
  13. Protéger l’industrie française : interdire les délocalisations. Protéger notre industrie, c’est protéger notre savoir-faire et nos emplois.
  14. Fin du travail détaché. Il est anormal qu’une personne qui travaille sur le territoire français ne bénéficie pas du même salaire et des mêmes droits. Toute personne étant autorisée à travailler sur le territoire français doit être à égalité avec un citoyen français et son employeur doit cotiser à la même hauteur qu’un employeur français.
  15. Pour la sécurité de l’emploi : limiter davantage le nombre de CDD pour les grosses entreprises. Nous voulons plus de CDI.
  16. Fin du CICE. Utilisation de cet argent pour le lancement d’une industrie française de la voiture à hydrogène (qui est véritablement écologique, contrairement à la voiture électrique.)
  17. Fin de la politique d’austérité. On cesse de rembourser les intérêts de la dette qui sont déclarés illégitimes et on commence à rembourser la dette sans prendre l’argent des pauvres et des moins pauvres, mais en allant chercher les 80 milliards de fraude fiscale.
  18. Que les causes des migrations forcées soient traitées.
  19. Que les demandeurs d’asile soient bien traités. Nous leur devons le logement, la sécurité, l’alimentation ainsi que l’éducation pour les mineurs. Travaillez avec l’ONU pour que des camps d’accueil soient ouverts dans de nombreux pays du monde, dans l’attente du résultat de la demande d’asile.
  20. Que les déboutés du droit d’asile soient reconduits dans leur pays d’origine.
  21. Qu’une réelle politique d’intégration soit mise en œuvre. Vivre en France implique de devenir français (cours de langue française, cours d’histoire de France et cours d’éducation civique avec une certification à la fin du parcours).
  22. Salaire maximum fixé à 15 000 euros.
  23. Que des emplois soient créés pour les chômeurs.
  24. Augmentation des allocations handicapés.
  25. Limitation des loyers. Davantage de logements à loyers modérés (notamment pour les étudiants et les travailleurs précaires).
  26. Interdiction de vendre les biens appartenant à la France (barrage, aéroport…)
  27. Moyens conséquents accordés à la justice, à la police, à la gendarmerie et à l’armée. Que les heures supplémentaires des forces de l’ordre soient payées ou récupérées.
  28. L’intégralité de l’argent gagné par les péages des autoroutes devra servir à l’entretien des autoroutes et routes de France ainsi qu’à la sécurité routière.
  29. Le prix du gaz et de l’électricité ayant augmenté depuis qu’il y a eu privatisation, nous voulons qu’ils redeviennent publics et que les prix baissent de manière conséquente.
  30. Fin immédiate de la fermeture des petites lignes, des bureaux de poste, des écoles et des maternités.
  31. Apportons du bien-être à nos personnes âgées. Interdiction de faire de l’argent sur les personnes âgées. L’or gris, c’est fini. L’ère du bien-être gris commence.
  32. Maximum 25 élèves par classe de la maternelle à la terminale.
  33. Des moyens conséquents apportés à la psychiatrie.
  34. Le référendum populaire doit entrer dans la Constitution. Création d’un site lisible et efficace, encadré par un organisme indépendant de contrôle où les gens pourront faire une proposition de loi. Si cette proposition de loi obtient 700 000 signatures alors cette proposition de loi devra être discutée, complétée, amendée par l’Assemblée nationale qui aura l’obligation, (un an jour pour jour après l’obtention des 700 000 signatures) de la soumettre au vote de l’intégralité des Français.
  35. Retour à un mandat de 7 ans pour le président de la République. L’élection des députés deux ans après l’élection du président de la République permettait d’envoyer un signal positif ou négatif au président de la République concernant sa politique. Cela participerait donc à faire entendre la voix du peuple.
  36. Retraite à 60 ans et, pour toutes les personnes ayant travaillé dans un métier usant le corps (maçon ou désosseur par exemple), droit à la retraite à 55 ans.
  37. Un enfant de6 ans ne se gardant pas seul, continuation du système des aides Pajemploi jusqu’à ce que l’enfant ait 10 ans.
  38. Favoriser le transport de marchandises par la voie ferrée.
  39. Pas de prélèvement à la source.
  40. Fin des indemnités présidentielles à vi
  41. Interdiction de faire payer aux commerçants une taxe lorsque leurs clients utilisent la carte bleue. Taxe sur le fuel maritime et le kérosène.

Des manifestations anti-impôt

Une agitation frénétique s’est emparée de la rue et des plateaux médiatiques de France et de Navarre : le motif est une hausse des prix de l’essence, fruit d’une augmentation des cours du pétrole, sur le sacrosaint marché, et des taxes y afférentes dans un objectif écologique de rendre plus chères les énergies dîtes « carbonées ». L’objectif est plus qu’atteint puisque du coup une partie de la population manifeste dans la rue contre cette ponction de son « pouvoir d’achat ». Evidemment les plus défavorisés souffrent plus de ce genre de mesures que ceux qui le sont moins, c’est une vieille histoire, comme le disait naguère Snoopy (et Francis Blanche d’ailleurs) : « mieux vaut être riche et en bonne santé que pauvre et malade ».

Alors un certain nombre de citoyens, souvent ceux qui habitent en banlieue ou en province, sans tellement d’alternatives à l’utilisation de leur voiture pour aller travailler ou faire des courses, bloquent les routes et les ronds-points, marchent vers Paris aux cris de « Macron démission ». Ils réclament l’abolition de ces taxes qui amputent leur pouvoir d’achat. Bien entendu ceux qui peuvent absorber les conséquences économiques cette mesure se gardent bien de s’en féliciter pour ses effets bénéfiques.

Au niveau macro-économique ces augmentations auront évidement des effets car ceux qui voyagent, favorisés comme défavorisés, vont arbitrer leurs modes de transport en fonction de leurs coûts respectifs, voire même contre d’autres postes du budget familial pour les moins avantagés. Alors pour faire passer la pilule et tenter de calmer les manifestants, le gouvernement applique ce qu’il fait depuis des années et s’apprête à rendre à certains ce qu’il prendra en plus aux autres. Ainsi va la loi des transferts qui font grimper les dépenses publiques françaises depuis des décennies.

Les contestataires du jour se griment avec les gilets jaunes désormais obligatoires dans les automobiles. Ils manifestent un peu partout, se font infiltrer par des casseurs à l’occasion, réclament tout et son contraire et s’affrontent à la grande règle de la fiscalité qui, depuis des millénaires, veut qu’il vaut mieux tondre un peu tout le troupeau de moutons que de tondre uniquement mais complètement les boucs du troupeau. C’est de la statistique, pas toujours compatible avec l’équité. La spécificité française, outre le déni de cette loi statistique, est que les citoyens veulent à la fois payer moins d’impôts et voir les politiques et services publics se développer. Il suffit de « faire payer les riches » et l’on revient à notre loi statistique…

Le psychodrame de la baisse les dépenses

Le grand dossier du gouvernement français de la baisse des dépenses publiques par le pouvoir actuel. Rien de bien grave, cela dure ainsi depuis plus de 40 ans et aucun gouvernement n’a osé essayer (juste essayer) à commencer à ralentir légèrement la progression des dépenses qui ont toujours augmenté en France plus rapidement que les recettes, créant ainsi les 2 000 milliards d’euros de dette, toujours en hausse, que nous laissons à nos enfants.

Le projet de budget 2019 prévoit la baisse du nombre de fonctionnaires « conseillers techniques sportifs » de 1 600. Aussitôt le hourvari se déclenche de toutes parts : c’est un drame national, la France aura moins de médailles aux prochains jeux olympiques, la République ne s’en remettra pas, notre jeunesse va tomber au fond du gouffre, etc. etc. Avec son manque de subtilité habituelle, la société française, de Mme. Michu aux journalistes mondains en passant par les tweetos politicards, explique combien ces 1 600 conseillers sont un élément stratégique du futur de la France dans le monde.

Comme toujours, chacun est d’accord pour que baissent les dépenses publiques, mais en commençant chez le voisin. Intérêt général contre intérêts particuliers, encore. Une République rongée par la dette devrait pouvoir se poser sereinement et démocratiquement la question de la priorisation de ses dépenses. On peut sans doute imaginer que quitte à réduire la dépense, commencer par celle concernant le sport n’est pas la plus mauvaise des directions possibles. Mais… il faut aussi arriver à convaincre les français que « baisser les dépenses » signifie que les dépenses vont diminuer. Vaste tâche !

Spectacle étonnant dans le microcosme

A l’occasion d’une réforme technique visant à prélever l’impôt sur le revenu à la source et l’année des revenus au lieu du paiement volontaire l’année suivante, le microcosme politique français s’accroche sur les plateaux télévisés et les comptes Twitter. C’est assez affligeant et tellement représentatif des contradictions nationales. Cette réforme ne touche d’abord que ceux qui paye l’impôt sur le revenu, soit une minorité de citoyens, hélas, mais par contre tout le monde a son avis sur la question, généralement négatif. L’impôt sur les revenus est devenu tout à fait minoritaire dans les ressources de l’Etat dont la grande majorité est déjà prélevée à la source l’année de son apparition, que ce soient la TVA, les prélèvements sociaux ou l’impôt sur les sociétés sans que cela ne pose de difficulté.

Cette réforme n’aura aucun effet sur la croissance économique de la République ni sur le montant de l’impôt, c’est juste une affaire de trésorerie qui présente d’ailleurs nombre d’avantages pour les contribuables, dont celui d’instaurer « l’impôt contemporain » : on paye l’impôt sur ses revenus de l’année. En fait ce n’est pas même une réforme, mais juste une question de logiciel informatique à mettre au point. Il y aura des bugs c’est certain, ils seront bien réglés d’une façon ou d’une autre, il faut prendre un minimum de risques pour avancer.

L’affaire est montée en épingle par les commentateurs de sondage qui affirment tout et son contraire en un chœur émouvant. Cela fait des décennies que nos vedettes politiques sont d’accord pour instaurer cette mesure qui concerne un impôt marginal payé par une minorité de foyers fiscaux. Qu’ils soient de gauche ou de droite, tous l’ont annoncée, un des gouvernements de François Hollande l’a voté, mais en reportant prudemment son application au quinquennat suivant. Nous y sommes :

  • La gauche qui n’aime pas le président Macron l’admoneste car il tarde à mettre en œuvre cette brillante réforme votée par la gauche.
  • La droite qui soutient la réforme mais n’aime pas le président Macron l’abomine car il a déjà repoussé d’un an cette réforme indispensable.
  • La droite qui conteste la réforme et n’aime pas le président Macron l’injurie car il va mettre en œuvre cette réforme abjecte.

Tout ce petit monde qui n’est responsable de pas grand-chose (si ce n’est d’encaisser leurs salaires payés par les contribuables) glose, ergote, cancane, commère, dénigre, épilogue…, bref perd son temps et nous fait perdre notre argent. Il est temps de passer aux sujets suivants maintenant que la rentrée a été copieusement polluée par ce programme informatique !

Les migrants et le patronat

On avait déjà noté les réactions du syndicat patronal MEDEF en septembre 2015 lors du pic de la crise de l’immigration : son patron de l’époque vantait alors dans une tribune du journal Le Monde « l’opportunité » que représentaient ces migrants :

Cessons toute condescendance envers ces migrants : ils ont souvent un fort niveau d’éducation, sont la plupart du temps jeunes, formés et n’ont qu’une envie, vivre en paix et pouvoir élever une famille… Accueillons-les et sachons tirer profit de leur dynamisme, de leur courage, de leur histoire aussi. Accélérons enfin nos réformes pour être capables de les intégrer pleinement dans la durée… Nous en sortirons tous gagnants. Agissons.

Bien entendu il ne précisait pas ce qu’il plaçait derrière ce slogan « Agissons. »

Aujourd’hui le Groupement national des indépendants de l’hôtellerie et de la restauration (GNI-Synhorcat) rappelle dans un communiqué du 10/08/2018 rappelle la pénurie de main d’œuvre face à laquelle se trouve ce secteur et propose comme l’une des solutions possibles à cette situation l’embauche des migrants titulaires des papiers et autorisations nécessaires.
En principe ils peuvent déjà le faire si ces migrants sont légalement autorisés à travailler, pas besoin de faire un communiqué pour ça. Dans la vraie vie on peut penser que ce syndicat cherche à exercer une légère pression sur les autorités administratives pour accélérer la délivrance de papiers aux populations immigrées afin de pouvoir les embaucher. Bien entendu les syndicats ouvriers soupçonnent très fortement le patronat d’être pro-immigration afin de peser sur les salaires et d’éviter de devoir augmenter ceux-ci pour intéresser les chômeurs nationaux… On ne peut pas complètement exclure un tel machiavélisme.

Ensuite, nous sommes dans la vraie vie du libéralisme, là où un Etat doit pouvoir faire de la politique s’il veut vraiment interférer dans les règles du marché : est-on capable de pousser des chômeurs français actuels vers ces emplois peu qualifiés? S’il faut pour ce faire augmenter les salaires de la profession est-on en position de compenser ces hausses de coûts par la baisse d’autres charges ou faudra-t-il accepter une hausse des prix au risque de décourager les consommateurs ? Ou faut-il orienter des populations immigrées vers ce marché, quitte à ouvrir les vannes de la délivrance de papiers pour ce secteur ? C’est un sujet pas facile à traiter compte tenu de sa sensibilité. Il mérite en tout cas beaucoup de pédagogie de la part des décideurs et sans doute un peu d’innovation.

Ce qui est ironique dans cette situation est que si véritablement les règles du marché s’appliquaient librement, en principe les salaires de cette profession devraient augmenter tout seul puisque la demande de personnel est supérieure à l’offre. Ce n’est pas le cas et c’est l’une des nouveautés de la pratique économique ces dernières années : le marché répond désormais à la surchauffe du marché du travail par la précarisation de celui-ci. La perspective de cette réserve de travailleurs immigrés à bas prix pousse aussi sans doute le patronat de ce secteur à l’attentisme… Nous sommes dans un cycle qui peut-être s’inversera un jour, personne ne le sait à ce stade.

Lire aussi : Les migrants et Mme. Michu

Un chef anglo-saxon pour Air France

Après des mois de recherches et tractations plus ou moins discrètes, Air France, la compagnie aérienne détenue par les contribuables français à travers l’Etat à hauteur de 14,30%, a nommé son futur pédégé qui est l’actuel sous-pédégé d’Air Canada. Plus exactement c’est le groupe Air France – KLM qui a désigné son chef comme l’indique le communiqué officiel :

Le Conseil d’administration d’Air France-KLM, réuni le 16 août 2018, a décidé de nommer Benjamin Smith Directeur général d’Air France-KLM.

Benjamin Smith  est un dirigeant  reconnu du secteur du transport aérien au plan international. Il a joué un rôle majeur au cours des 20 dernières années au sein d’Air Canada, dont il a été un acteur clé du développement économique et commercial, de la transformation, de la création de valeur et de l’engagement des équipes de la compagnie. Il était jusqu’à ce jour President Airlines et Chief Operating Officer d’Air Canada…

Le volet Air France de ce groupe fut plusieurs fois au bord de la faillite au cours des dernières décennies et chaque fois renfloué par les contribuables. Une des causes majeures de cette situation fut, et demeure, la rigidité des syndicats de salariés ne voulant en aucun cas compromettre sur « leurs avantages acquis » et satisfaire aux nécessités de la concurrence féroce apparut sur le marché du transport aérien. Autrefois compagnie majoritairement publique, ces syndicats ont pris des habitudes d’enfants gâtés sachant que les contribuables étaient toujours présents pour éviter la faillite de leur société qui aurait dû en principe intervenir si la compagnie se trouvait dans une situation d’entreprise privée.

Lire aussi : Air France en chute libre

Des grèves à répétition début 2018 ont entraîné la démission du pédégé de l’époque qui était un haut-fonctionnaire français comme ce fut régulièrement le cas depuis l’origine d’Air France. Cette fois-ci, l’actionnariat désormais majoritairement privé et relevant plutôt d’une logique libérale, a décidé d’imposer sa volonté en nommant un professionnel du secteur pour essayer de redresser Air France. Il fallut pour ça tripler le salaire du pédégé afin de l’aligner sur les conditions de marché car les volontaires de se bousculaient pas au portillon pour prendre la tête de ce groupe qui n’est qu’une source d’ennuis et d’échec.

A peine connu cette nomination, les syndicats d’Air France éructent leur colère et diffusent un communiqué de bienvenue à leur nouveau grand chef ce 16 août :

En ce qui concerne la candidature du prochain PDG à la tête de NOTRE entreprise, l’intersyndicale soutient qu’il est inconcevable que la compagnie Air France, Française depuis 1933, tombe dans les mains d’un dirigeant étranger dont la candidature serait poussée par un groupe industriel concurrent (Delta Airlines pour ne pas le citer…

On retient de « NOTRE entreprise » en première ligne. C’est la vieille tradition syndicale française qui fait considérer les anciennes sociétés publiques comme la « propriété » desdits syndicats. On voit où cela a mené Air France ! Chaque restructuration de cette compagnie a été considérée comme celle de « la dernière chance », mais chaque fois ce ne fut pas le cas et il y eut un énième plan de la « dernière chance » a été exécuté du fait de la faiblesse de l’Etat français.

Le nouveau pégégé va devoir s’attaquer à rude épreuve. Sa place est peu enviable, gageons que les syndicats vont lui rendre la vie impossible, une menace de grève est déjà annoncée s’il ne donne pas satisfaction aux revendications salariales. Le contexte a un peu changé avec un Etat qui a déjà affiché sa volonté de ne pas interférer dans le redressement de la compagne et, surtout, de ne rien payer pour celui-ci. Il n’est pas sûr qu’il arrive à tenir cet engagement. Les contribuables l’espèrent, les syndicats n’y croient pas. L’avenir va être intéressant.

Lire aussi : Décadence à Air France

Salaires, prix et profit

La compagnie aérienne « low cost » Ryanair est soumise au dilemme capitaliste si bien décrit par Marx dans son célèbre article « Salaires, prix et profit ». Pour consentir des prix de vente du transport aérien considérablement plus bas que ceux des compagnies classiques, Ryanair joue sur tous les tableaux pour réduire ses coûts : une seule catégorie d’avion, rotation accélérée de ceux-ci, subventions publiques pour l’utilisation d’aéroports régionaux et, surtout, optimisation des frais de personnel d’une façon plutôt hétérodoxe. Les pilotes sont des autoentrepreneurs prestant leurs services à la compagnie sous des contrats généralement de droit irlandais, évitant à celle-ci d’employer des salariés et de payer des charges sociales dans les différents pays d’origine de ceux-ci. Bien gérée, cette compagnie est devenue l’une des premières en Europe.

Dans le trio « salaires-prix-profit », les deux premiers éléments sont liés et figurent à un niveau bas, les profits semblent quant à eux normaux pour une société cotée en bourse. Tout allait bien jusqu’ici car les pilotes n’avaient guère d’autres opportunités de trouver du boulot ailleurs mais le vent est en train de tourner et le marché du pilote devient désormais demandeur, poussant ceux de Ryanair à s’agiter et à réclamer de meilleures conditions à leur employeur. On voit donc actuellement des grèves de pilotes de cette compagnie coordonnées sur plusieurs pays et menant à l’annulation de centaines de vols.

Le rapport de forces est engagé. La compagnie ne semble pas prête pour le moment à modifier sa politique salariale mais par contre disposée à pousser ses pilotes dans leurs retranchements. S’ils partent en masse (le pourront-ils ?) la compagnie devra revoir son modèle ; si elle veut maintenir son caractère low-cost (l’aspect prix) il faudra compenser la hausse des salaires par une baisse des profits. Si le capitaliste veut maintenir son niveau de profit, il faudra donc augmenter les prix et donc perdre le label low-cost. Si par contre les pilotes perdent la partie, le modèle pourra être poursuivi tel quel.

L’équation salaires-prix-profit est incontournable, la variation d’un de ses éléments doit être compensée par la variation de sens inverse d’un ou des deux autres éléments pour aboutir un résultat constant. Marx a développé ce concept finalement assez simple dès 1865. Ryanair est en train de le revalider.

Populisme et théorie économique

La vague de dirigeants autoritaires qui peu à peu prend les rênes des démocraties occidentales a pour premier résultat la fermeture des pays qu’ils dirigent : fermeture à l’immigration, fermeture aux importations, fermeture au multilatéralisme, fermeture au multiculturalisme. C’est une sorte de reflux de la mondialisation qui a animé le développement socio-économique de la planète ces dernières décennies. A court terme il en résulte une guerre commerciale initiée par les Etats-Unis d’Amérique qui aboutit à relever les taxes à l’importation dans un pays A des produits venant d’un pays B qui est en excédent commercial avec A. C’est une course à l’échalote car bien sûr le pays B va réagir et appliquer la même méthode pour ses importations venant de B. Il s’en suit un renchérissement progressif des biens et des rentrées de fonds dans les caisses des Etats, au moins dans un premier temps.

La théorie économique stipule que dans un deuxième temps une tactique de ce genre impliquera une baisse des échanges et donc un appauvrissement économique global. La même théorie explique par ailleurs que les déséquilibres commerciaux entre pays sont une mauvaise chose et que les parties déficitaires ne sont pas moins responsables que les parties excédentaires, mais que chacun doit tendre vers l’équilibre avec ses partenaires commerciaux : j’achète autant que je vends à chacun pris individuellement ! La mondialisation a considérablement accru ces déséquilibres avec des chaînes de valeur des produits saucissonnées dans une multitude de pays successifs, phénomène rendu possible avec l’ouverture des frontières économiques aux échanges et aux capitaux, les systèmes fiscaux diversifiés et l’abaissement des droits de douane. En principe le cours de la monnaie est censé rétablir l’équilibre des échanges mais l’expérience a prouvé que c’est assez peu souvent le cas, celle-ci étant soit administrée en dehors des forces du marché, soit commune à plusieurs pays rendant difficile un usage ciblé sur un pays, soit manipulée pour bien d’autres considérations politiques.

La confrontation actuelle est intéressante. La théorie économique s’étant beaucoup trompé ces dernières décennies, nous allons voir si la réactivation de l’outil « taxes » peut donner de meilleurs résultats que les « forces du marché » chères aux économistes libéraux. On ne peut rien exclure même si la seule certitude est que nous rentrons dans… une zone d’incertitude. Voir les Etats reprendre en main leurs politiques de taxes à l’importation fait frémir les défenseurs de « Monsieur le Marché », mais celui-ci ayant montré les limites de son efficacité, l’avenir seul dira si, dans ce nouveau contexte, une gestion avisée des barrières à l’importation permettrait de rétablir un semblant d’équilibre des échanges, même au prix d’un renchérissement des termes de ces échanges !

Propagande boursière et réclame gnangnan

Dans une interview publiée sur le journal de l’actionnaire d’Orange, le chef d’Orange Bank, nouvellement créée pour diversifier l’activité de l’opérateur de télécommunications, déclare :

Et parce que les clients d’Orange Bank sont les mieux placés pour mesurer ce qu’il leur est nécessaire et imaginer ce qu’ils aimeraient découvrir, leurs retours sont pris en compte pour faire évoluer et perfectionner notre service. C’est ça la culture de l’innovation ouverte !

« La culture de l’innovation ouverte ! » : on peut difficilement faire bla-bla plus clinquant et vide de sens. C’est la propagande boursière qui se poursuit d’ailleurs sur le site de la banque (www.orangebank.fr) où des photos de nunuches pleines de dents blanches se mélangent avec une population de jeunes souriants et heureux, illustrant la diversité et l’autosatisfaction, vantent les mérites de « la banque mobile » en alliant tous les poncifs possible en matière de publicité gnangnan et peu imaginative.

Orange Bank offre sans doute des innovations technologiques et commerciales à ses clients ; il est peu probable que son chef gagne un jour le prix Nobel de l’innovation de la réclame. Souhaitons quand même un avenir heureux à cette nouvelle banque en espérant qu’elle vienne un peu secouer le cocotier du secteur financier dont tomberont sans doute quelques branches mortes !

Quelques rappels du droit de propriété


Une petite troupe de syndicalistes grévistes de la SNCF tente de pénétrer de force dans la gare Montparnasse pour communiquer avec les clients. Les forces de police l’en empêche et il y a un peu d’animation, fumigènes et coup de pieds dans quelques derrières grévistes. Le soir, sur les plateaux télévisés, l’un des syndicalistes, couvert de tatouages et vêtu d’un T-Shirt « AC/DC », se scandalise de cette offense en clamant : « la gare Montparnasse c’est chez nous » !

Il n’y eut personne pour rappeler à ce représentant que les propriétaires de la SNCF sont les contribuables qui détiennent la société, représentés par l’Etat, et ce d’autant plus qu’ils s’apprêtent à payer environ 50 milliards d’euros que la compagnie, insolvable, ne peut pas rembourser. Les contribuables sont donc chez eux dans la gare Montparnasse et les salariés de la compagnie sont leurs employés. Il serait bon de rappeler ces quelques principes de comptabilité publique à qui de droit.

Décadence à Air France

A l’issue d’un énième mouvement social chez Air France et de x jours de grève, le pédégé de la compagnie aérienne Air France-KLM (détenue à hauteur de 14,30% par les contribuables français) a organisé un référendum interne, la dernière mode en matière de gestion participative, sur la politique salariale proposée pour cette entreprise versus celle exigée par les syndicats. Le garçon a mis sa démission en balance, tel MonGénéral en 1969 lors du référendum sur la régionalisation.

Les résultats sont tombés, et le personnel a dit non à son pédégé qui, du coup, démissionne. Le personnel continue ses grèves, la compagnie aggrave ses pertes, les passagers réservent sur d’autres compagnies, et la lassitude gagne tous les acteurs de cette tragi-comédie qui dure depuis des décennies, le plus souvent au frais des contribuables français qui ont dû sauver cette société de la faillite à plusieurs reprises, sans qu’on leur demande leur avis bien entendu. La compagnie aérienne a été en partie privatisée il y a quelques années, mais pas complètement ce qui rassure sans doute son personnel comme ses dirigeants qui se disent : « de toutes façons, les contribuables paieront toujours le prix de nos bêtises ». Et comme une bande d’enfants gâtés ils continuent consciencieusement à tondre le mouton qui leur sert d’employeur. Mais la laine se fait rare sur le dos de la bête de plus en plus maigrichonne et pelée.

Le ministre français des finances a déclaré :

« On se trompe si on pense que l’Etat [c’est-à-dire les contribuables NDLT] épongera les pertes d’un groupe qui ne réalise pas les efforts pour se mettre au niveau de compétitivité des compagnies aériennes concurrentes en Europe et dans le monde. »

Espérons qu’il tienne ses promesses ! Cette espèce de gestion triparties syndicats/ direction/ Etat a montré ses limites pour cette compagnie aérienne à la traîne des autres. Il ne faut pas s’interdire d’envisager sa privatisation complète même si cela doit entraîner sa disparition en tant qu’Air France-KLM. L’essentiel est que les résidents français puissent continuer à bénéficier de services de transport aérien pour se déplacer à travers la planète. Si Air France-KLM était rachetée par une autre compagnie, il est plus que probable que l’acquéreur continuerait à servir le marché français de 65 millions de citoyens, simplement il le ferait avec des méthodes de gestion purement privée, meilleur gage d’efficacité en la matière.

Les malheureux néerlandais de KLM doivent se mordre les doigts tous les matins de s’être alliés capitalistiquement en 2004 avec ce mouton-noir du transport aérien européen.

Nombre de compagnies aériennes plus ou moins nationales ont été absorbées ou liquidées aux Etats-Unis, en Suisse, en Allemagne, et que l’on sache les citoyens de ces pays continuent à prendre l’avion. Il faut en finir avec le feuilleton Air France à la tête de laquelle se succèdent énarques et grand commis d’Etat sans arriver à la faire tourner de façon harmonieuse et profitable.

Gibson en faillite


Le fabricant de guitares Gibson a déposé son bilan, mais avec un plan de continuation d’activité. Gageons que les créanciers de cette société consentiront à quelques sacrifices pour sauver cette marque mythique, utilisée par les plus grands !

Une dette irréelle

A l’occasion d’un conflit entre la société ferroviaire publique SNCF et ses propriétaires, la communauté des citoyens contribuables représentée par l’Etat, on assiste à des débats étonnants sur le sort à réserver à la dette de 50 milliards accumulée depuis des décennies par cette entreprise publique, pour de bonnes et de mauvaises raisons. Ces sommes faramineuses sont dues au fait que les recettes de la SNCF ont été insuffisantes la rembourser. Comme on sait qu’il est a priori impossible de facturer les vrais coûts ferroviaires aux utilisateurs ce qui reviendrait à doubler les tarifs, voire plus, il faut bien combler les trous. Pour le moment ce comblement est réalisé en endettant l’entreprise. C’est à peu de chose près ce que fait la République puisqu’elle dépense plus qu’elle n’encaisse.

La dette de la SNCF est garantie par les contribuables si bien que la société ferroviaire trouve encore des prêteurs malgré son insolvabilité patente. La question est de « transférer » cette dette des comptes de la SNCF à ceux de la République, en d’autres termes de ceux des clients du train à ceux des contribuables de la nation.

Les parties au conflit actuel et les commentateurs mondains traitent de ce sujet (il s’agit de 50 milliards tout de même, excusez du peu) avec une légèreté confondante. Ils parlent de « reprise », de « transfert » et autres termes abscons comme si cette dette allait disparaître d’un coup de baguette magique. En fait l’idée est de la faire rembourser par les contribuables plutôt que par les clients-usagers de la SNCF. Ce n’est pas complètement incohérent si l’on considère que le pays a intérêt à subventionner son système de transport ferroviaire pour des raisons écologiques et de développement local notamment. Mais cela mériterait d’être intelligemment expliqué aux citoyens.

En théorie si nous étions un pays bien géré ce subventionnement aurait dû être régulier et des transferts de l’Etat vers la SNCF, c’est-à-dire du contribuable vers l’usager, auraient dû être effectués pour cofinancer les missions de service public de cette activité. Cela n’a pas été fait et l’endettement a donc remplacé les subventions non versées. Le paiement de cette dette par les contribuables va globalement aboutir au même résultat.

Il reste maintenant à voir comment une future SNCF libérée de ses 50 milliards de dette va se mettre à ré-accumuler une nouvelle dette, ou pas. C’est tout l’objet des négociations en cours sur des réformes structurelles de cette société avec des syndicats qui ne semblent pas très ouverts à l’idée de tout changement.

Bataille de forbans dans les communications

TF1, chaîne de télévision privée criarde envahie par la publicité et la beaufitude, s’est fait couper sa diffusion par un « opérateur », en l’occurrence le groupe Canal+. Les forbans qui dirigent ces deux entités se sont battus à coup de communiqués de presse au sujet que la rémunération que l’un veut exiger de l’autre qui ne veut pas lui payer. Bref, un conflit commercial classique entre un client et un fournisseur dont on ne sait pas bien qui est le client de qui d’ailleurs.

TF1 a eu l’audace de faire état de téléspectateurs « désespérés » qui ne pouvaient plus regarder cette chaîne via leur abonnement payant à Canal+. Il leur restait plusieurs centaines d’autres chaînes disponibles, ou tout simplement la possibilité de se rebrancher sur la télévision numérique gratuite, mais ils frisaient le suicide. Devant la « gravité » de ce désespoir les pouvoirs publics sont intervenus (via le Conseil supérieur de l’audiovisuel – CSA) pour convaincre les forbans de trouver un accord. Ils l’ont trouvé bien entendu et l’on peut gager qu’une semaine de TF1 en moins aura eu un effet revitalisant sur les neurones des téléspectateurs.

Le salon des lobbys

Comme chaque année le salon de l’agriculture à Paris qui s’est clos ce 6 mars fut l’occasion pour le monde rural de faire valoir ses problèmes et pour le microcosme politico-médiatique de se montrer sur les écrans en dégustant des verres de blanc en caressant de petits agneaux tous mignons et tous tendres quelques jours avant qu’ils ne terminent dans nos assiettes.

Comme chaque année ce salon fut un long moment de pleurs et de lamentations pour un secteur qui se qualifie globalement en crise depuis des décennies et qui utilise au mieux sa forte capacité de lobbying pour faire admettre par la pensée commune que la « crise » agricole est plus profonde que partout ailleurs. La réalité est sans doute plus nuancée car si nombre de petits paysans sont laminés par la concurrence dans notre monde libéral et le font savoir, d’autres secteurs de l’agriculture restent beaucoup plus discrets car ils ont développé des business rentables.

La France est le premier producteur agricole européen et tient aussi la première place dans les productions végétale et animale. Le secteur génère des exportations significatives et des flux de subventions également importants, c’est-à-dire qu’il y a un transfert de richesse des contribuables vers les producteurs agricoles, ceci pour de bonnes raisons de développement économique, social et environnemental. Cela n’a pas empêché une partie de ce secteur de se restructurer et de se moderniser au point de rester compétitif sur les marchés internationaux. Evidemment il reste les petits producteurs qui se heurtent douloureusement aux forces du marché, au secteur de la distribution et qui n’arrivent pas à survivre. Ceux-là vont disparaître du moins tant que les consommateurs ne sont pas prêts à payer plus cher leur production par rapport à celle de l’agriculture industrielle vendue dans les supermarchés, ou aux contribuables à financer à des niveaux de subventions supérieurs à ceux actuellement constatés.

C’est le b-a-ba de l’économie libérale : les plus efficaces mangent les moins efficients et globalement l’économie est censée être gagnante ; la destruction créatrice est à l’œuvre modulo les transferts financiers des contribuables vers les agriculteurs compte tenu de l’importance sociale du secteur.

Il faudrait idéalement mettre un terme à ce rapport émotif que l’on porte sur le secteur économique de l’agriculture où tout est toujours plus grave qu’ailleurs : les déficits, la dette, la difficulté du marché libéral, etc. C’est aussi le symptôme d’un lobby fort et puissant qui malgré son peu d’impact électoral (le nombre d’agriculteurs-électeurs est maintenant extrêmement faible) continue à agir avec force et influence sur les leviers politiques multi-partisans. Il faut continuer à restructurer l’agriculture, comme le fait l’économie privée et publique depuis des décennies pour s’adapter à l’évolution des marchés et des pratiques ; là où il y a surproduction il faudra bien réduire celle-ci à moins de revenir à l’économie de kolkhoze, là où il faut augmenter la taille des exploitations il faudra favoriser les rapprochements, là où il y a besoin d’aides du contribuable il faudra le cas échéant réorienter les flux de subventions vers les activités pouvant les utiliser avec le plus d’efficacité, etc.

Bref, il faut faire de la politique entre gens intelligents et si possible de bonne compagnie.