Universités « ouvertes »

On ne dit plus (comme Marine Le Pen) : « une université bloquée par les bolchos », mais une université ouverte « pour construire une vie politique alternative et plus démocratique au service de nos luttes que tout dans l’université contribue d’ordinaire à masquer, voire à réprimer » comme sur le site web Révolution Permanente (http://www.revolutionpermanente.fr/) qui se revendique comme le Courant Communiste Révolutionnaire du NPA.

On reconnaît ici toute la subtilité du débat politique franchouillard.

Jeux de maux

En ces temps d’agitation syndicale on ne dit plus « convergence des luttes » mais « coagulation des revendications ». Dans le même ordre on a remplacé autrefois « l’enculage de mouches » par « la sodomisation de coléoptères » ! On joue avec les maux, cela ne trompe pas grand monde et on peut placer de bons mots.

Tic verbal compulsif : les territoires et les quartiers

On ne parle plus de régions ou de provinces ou de départements, on parle maintenant de « territoires », en les accompagnant généralement de l’adjectif « oubliés ». On a même créé un Ministère de la cohésion des territoires dans le gouvernement actuel ! L’expression « les territoires » est employée dans un cadre toujours un peu misérabiliste : le territoire est forcément oublié et, par construction, maltraité par la « capitale » qui en est le négatif, ou vice-versa.

On avait déjà il y a quelques années détourné le terme « quartier » pour désigner des zones urbaines, plutôt en banlieue, peuplées d’habitants défavorisés, si possible « issus de la diversité ». Un quartier représente sémantiquement une partie d’une ville désigne désormais une banlieue peuplée de chômeurs et de dealers, possiblement d’origine immigrée.
La langue bouge avec les modes et les snobismes !

Enrichir le narratif et bla-bla-bla

Nouveau tic verbal compulsif entendu dans la bouche d’un soi-disant « communiquant » : enrichir le narratif. En gros cela veut dire changer de discours. Ce conseil abscons est généralement adressé aux hommes politiques de plateaux télévisés à qui les « communicants » apprennent la joute oratoire c’est-à-dire parler pour ne rien dire en réponse à un adversaire qui n’en dit guère plus.

Rachida « hors sol »

Rachida Dati, ex-ministre un peu oubliée, élue plutôt inexistante, qui se rappelle au souvenir des électeurs par une activité compulsive sur Tweeter, cède aux tics verbaux de circonstance et ponctue ses phrases de « hors-sol » pour illustrer le fait que les politiciens incompétents sont loin du peuple, ce qui n’est pas son cas bien entendu.

Cette expression « hors-sol » nous vient de l’agriculture où l’on parle d’élevage hors-sol lorsque l’alimentation du bétail ne provient pas de l’exploitation elle-même ou de culture « hors-sol » c’est-à-dire sans terre, ou tout au moins pas la terre de la ferme.

On se demande bien comment les politiciens et les journalistes ont adopté ce terme pour l’adapter à la critique politique ? Sans doute leur désir de changer les mots pour cacher la répétition et la platitude du fond.

Tic verbal compulsif : l’adjectif disruptif

Employé à toutes les sauces, l’adjectif disruptif fait savant quand il est employé dans les dîners en ville. A l’origine il sert à désigner un phénomène technique lié à l’électricité, sorte de court-circuit. Aujourd’hui, employé en économie ou la vie de tous les jours, il indique un changement, une rupture, dans la façon de mener un business ou de conduire sa vie. Il marque surtout le côté précieux, et même un peu anglophone, de celui qui l’emploie.

Fluidifions

Le nouveau tic verbal compulsif dans le monde politico-médiatique est le verbe fluidifier. La définition du Larousse en est :

« Faire passer un corps à l’état fluide ou en augmenter la fluidité. »

On se souvient de la désormais légendaire sortie d’un des patrons du syndicat patronal MEDEF, Denis Gautier-Sauvagnac, pour justifier un détournement de fonds de quelques dizaines de millions d’euros de la caisse du syndicat : il s’agissait de « fluidifier le dialogue social » ! En clair, de distribuer des enveloppes en liquide à des syndicats ouvriers pour emporter leurs accords dans des négociations diverses. C’est ce que l’on appelle de la corruption.

Aujourd’hui le terme est repris à tout va : on « fluidifie » le marché du travail, le travail parlementaire, l’administration… et tutti quanti. Même au sein de l’entreprise il faut « fluidifier » les processus, les procédures etc.

En fait c’est le nouveau terme pour désigner le démantèlement raisonné des règles qui nuisent à la créativité. Le bloc solide des lois et procédures doit être ramolli et amené tranquillement à l’état fluide.

Le parti de la famille

On ne dit plus en France un parti politique mais on parle de la famille politique. On ne sait pas bien ce qui a déclenché cette évolution des éléments de langage, sans doute le rejet des partis devant leur absence de résultat. Peut-être aussi parce que les partis traditionnels sont devenus de véritables auberges espagnoles où l’on essaye de faire cohabiter des courants irréconciliables sous l’apparence du rassemblement et d’une vision commune. A défaut de chefs capables d’imposer le silence dans les rangs, ces partis se sont divisés au point d’en être inefficaces, plus préoccupés de querelles d’égos que d’intérêt général.

Alors pour cacher cette misère on rebaptise les partis en familles pour y donner un côté sympathique et ouvert à la discussion interne. Le problème est que cette notion de famille fait aussi sérieusement penser à la mafia, ses familles et ses parrains…

Tic verbal compulsif : la dynamique

Créer la dynamique devient un tic verbal compulsif autant dans le monde des business plans en entreprise que dans les cénacles politico-médiatiques. Les publicitaires qui ont envahi les entourages de nos dirigeants ne placent pas deux phrases fumeuses sans y intercaler la dynamique, et les journalistes qui n’ont pas le temps de lire les programmes politiques compensent leurs faibles connaissances en plaçant de la dynamique à tous les étages.

Le dictionnaire Larousse définit le mot ainsi :

Ensemble de forces qui entraînent, provoquent un mouvement, une évolution à l’intérieur d’une structure en développement : La dynamique révolutionnaire.

Les pubards employant ce terme veulent laisser entendre que le candidat qui les rémunère a suffisamment d’idées ou de charisme pour auto-déclencher un cercle vertueux vers plus de bonheur et d’efficacité. Les mêmes nous expliquait il y a trente ans qu’un baril d’Omo valait mieux que deux barils d’une lessive lambda… Bref, créer une dynamique pour un politicard revient à mieux se placer en tête de gondole, à grand frais payés aux agences de publicité.

Tic verbal compulsif : la séquence

Le terme séquence est de plus en plus employé par la classe médiatique et de façon souvent inappropriée pour désigner un moment politique comme « la séquence des élections primaires », et non une suite d’évènements comme il se devrait. Cette mode verbale qui sévit depuis plusieurs mois déjà cause bien entendu moins de dégâts sémantiques que le très envahissant « on va dire » dont l’épidémie ne faiblit pas, mais il convient néanmoins de surveiller la prolifération de ce nouveau tic verbal.

Définition du Larousse : nom féminin (bas latin sequentia, succession, du latin sequi, suivre)

Suite ordonnée d’opérations, de phases, d’éléments, etc.

Suite d’unités linguistiques ordonnées conventionnellement.

Dans une installation automatique, suite d’opérations indépendantes se succédant dans un ordre préétabli.

Suite de plans formant un tout du point de vue de la construction du film.

Succession d’images constituant une sorte de narration. (Ce genre est pratiqué par certains artistes conceptuels et certains photographes, tel Duane Michals.)

Succession chronologique typique, concernant les roches d’une formation géologique, les minéraux d’une roche, ou les différentes phases d’un même phénomène géologique.

Réunion d’au moins trois cartes de même couleur et qui se suivent sans interruption

Stigmatisons les tics verbaux compulsifs

« Stigmatiser » est le verbe à la mode employé à tort et à travers dans un environnement où tout le monde aime à se plaindre de tout et surtout désigner l’autre comme le responsable de ses malheurs. Alors on aime à évoquer la stigmatisation des jeunes, des musulmans, des réfugiés, de la gauche, de la droite, etc…

Le dictionnaire Larousse définit le terme comme :

Dénoncer, critiquer publiquement quelqu’un ou un acte que l’on juge moralement condamnable ou répréhensible : Stigmatiser les responsables de la mauvaise gestion économique.

Les politiques et les intellectuelles s’accusent à tout bout de champ les uns les autres de stigmatiser les autres et les uns. Comme l’analyse et la réflexion sont devenus des concepts sortant peu à peu du champ médiatique, dès qu’un projet de réforme (ou de réformette) est mis sur la table ceux qui n’en sont pas à l’origine l’accuse de stigmatiser. Tout changement se faisant forcément au détriment des avantages acquis de certains, l’accusation de stigmatisation peut être sortie du chapeau à tout moment, et on ne s’en prive pas.

Tics verbaux

On ne dit pas : «  l’armée française a tué x terroristes religieux au Mali » mais plutôt « l’armée française a neutralisé x terroristes religieux au Mali ». Cette faux-jettonerie sémantique laisse subsister l’éventualité, improbable, qu’il puisse rester quelques survivants chez les extrémistes et que les militaires français aient pu faire des prisonniers à traduire en justice. On aime parler de guerre, il est plus difficile de parler des morts qui en résultent.

Tics verbaux dans l’armée

Depuis la généralisation des interventions armées aériennes occidentales ou onusiennes au Moyen-Orient on parle moins de bombardements que de « frappes ». Cette subtilité sémantique est destinée à être moins effrayante sur l’acte lui-même qui consiste, quelle que soit son appellation, à balancer une ou des bombes depuis un avion sur des cibles humaines et matérielles comme le rappelle Wikipedia :

Le bombardement (mot dérivé de bombarde) est une opération consistant à attaquer un objectif à l’aide d’éléments d’artillerie, qu’il s’agisse de boulets ou de toute variété de bombe.

Les bombardements ont généralement pour objectif la destruction des défenses ou des ressources de l’adversaire, ayant un intérêt stratégique, tactique ou psychologique. Ils peuvent être terrestres (bombardement d’artillerie), maritimes (bombardement côtier) ou aériens (lâcher de bombes par des avions).

Appelons les choses par leur nom : un bombardement est un bombardement ! La frappe devrait être réservée à la monnaie, à la machine à écrire ou aux joues des enfants mal élevés.

En lutte contre les tics verbaux compulsifs

En parallèle à l’envahissant « on va dire » on déplore l’utilisation compulsive des termes « voilà » et « instrumentaliser ».

Le premier ponctue les phrases de ceux qui ne savent pas comment les poursuivre ou les terminer, alors lorsque l’on cherche un mot que l’on ne trouve pas on le remplace par « voilà ».

Le verbe « instrumentaliser » est utilisé à tort et à travers et donne un aspect un peu techno au vocabulaire. C’est mieux de dire instrumentaliser qu’utiliser, alors on s’en donne à cœur joie.

« On va dire » : stop aux tics verbaux compulsifs

L’envahissement du tic verbal compulsif consistant à commencer toutes ses phrases par « on va dire… » atteint des proportions alarmantes, non seulement les plateaux télévisés, les interviews de fouteballeurs, mais aussi les élus, Mme. Michu chez le boucher, etc. etc. Une population de 65 millions de français atteinte par le syndrome de la répétition d’une mode verbale sans queue ni tête.

Il faut stopper la viralité de ce trouble compulsif et arrêter de le répéter comme un réflexe ! En lutte contre le « on va dire… ».

Et voilà…

Un nouveau tic verbal envahit les ondes et les conversations. Il consiste à placer un « voilà » dès que le manque d’inspiration empêche de terminer une phrase. Une variante est le « voilà, quoi » utilisé dans le même contexte. Comme le manque d’inspiration est la caractéristique d’une portion importante des conversations et débats entendus sur les ondes le « voilà » devient un élément de langage majeur du discours d’aujourd’hui.