Les Russes en Centrafrique

Un accord militaire aurait été signé en décembre 2017 entre la Russie et la Centrafrique incluant une livraison d’armes au gouvernement local (dûment autorisée par l’ONU par exception à l’embargo en cours) et la formation des forces militaires gouvernementales.

La presse rapporte que l’on voit dans les rues de Bangui des militaires russes ressemblant plus à des mercenaires qu’à des soldats réguliers. Ils assurent la sécurité rapprochée du président centrafricain et cohabitent, pacifiquement pour le moment, avec la force internationale de l’ONU censée maintenir la paix entre les nombreuses milices qui se battent entre elles et avec les maigres forces gouvernementales. La Russie lorgne aussi sans doute sur les ressources minières dont ce pays est doté.

Ce pays bantou est un mystère insondable : incapable de se développer harmonieusement, la mauvaise gestion, les luttes tribales, l’alcool et le sida y font des ravages depuis des décennies. Massacres, pillages, fraudes et incompétence ont depuis longtemps perdu cette République. La France, ancienne puissance coloniale, a tout à se reprocher dans cette triste affaire. Le pays a été transformé en vaste terrain d’entraînement militaire français après l’indépendance. L’armée française y régnait en maître jusqu’à son départ à la fin des années 90’, un proconsul de la DGSE (le commandant Mansion) manipulait le président, des repris de justice corses dirigeaient les casinos de la capitale, Giscard-dit-d’Estaing venait y chasser le gros gibier et tout ce petit monde trafiquait le diamant se compromettant jusqu’au « sacre de l’empereur Bokassa », sommet du ridicule et de la perversion de la bien triste « francafrique ».

D’interventions militaires en débarquements de présidents, la France a plus ou moins passé la main à l’ONU au début du XXIème siècle, qui ne réussit pas plus à remettre ce pays sur les rails d’un développement paisible. Alors que les russes s’y essayent, pourquoi pas ? Les interventions étrangères de ces dernières années ont sans doute limité l’ampleur des massacres inter-ethniques mais l’avenir est sombre, sans doute sans espoir. Que les russes soient mercenaires ou réguliers, qu’importe, ils sont certainement soutenus et envoyés là par le gouvernement russe qui ne s’en cache pas. On se souvient avec quel aplomb le président russe affirmait que les citoyens russes tués sur le front ukrainien devaient y être « en vacances » mais certainement pas en mission commandée…

Cette fois-ci la Russie assume sa présence et c’est très bien ainsi. Nous verrons où ils en seront dans quelques années. Puissent-ils réussir à apaiser ce pays désespérant !

Attentat religieux en Egypte

Des terroristes islamiques égyptiens ont attaqué une mosquée dans le Sinaï égyptien ce vendredi 24 novembre. Il y aurait près de 250 morts. Il s’agit d’une mosquée pour des fidèles pratiquant le soufisme, une variante de l’islam que les radicaux sunnites considèrent comme hérétique pour des subtilités théologiques qui échappent à l’entendement du commun des mortels.

250 morts pour une querelle théorique au sein de la même religion, cela rappelle les massacres entre catholiques et protestants, ou les staliniens tuant les trotskistes, bref, cela ramène à l’âge de pierre de l’humanité et pourtant cela se passe à côté de chez nous.

Attentat religieux islamiste en Egypte

Le groupe Etat islamiste a revendiqué deux attentats commis ce 9 avril dans deux églises chrétiennes-cooptes en Egypte faisant une cinquantaine de morts. Des fous de Dieu égyptiens se seraient fait exploser lors de la messe des rameaux qui se déroulaient dans ces églises. L’Egypte comme quelques autres pays du Moyen-Orient garde une petite communauté chrétienne qui est traitée avec plus ou moins d’égards par le reste de la population musulmane. Dans le contexte actuel il est à craindre que cette communauté soit de peu de poids face au rouleau compresseur de la religion majoritaire et de ses dérives terroristes.

L’Occident doit-il se mêler de tout, partout ?

La Libye continue à de décomposer en se livrant à des bandes armées se combattant les unes les autres au nom de Dieu, du pétrole, des armes ou tout simplement pour de l’argent. Le pays s’effondre dans le clanisme et la violence. Et revient toujours la même question, après l’Irak, la Centrafrique, avec la Syrie : la communauté internationale (très majoritairement occidentale) doit-elle intervenir pour officiellement établir la démocratie dans des régimes d’un autre âge, et surtout lorsque ceux-ci dépassent les bornes de la décence en matière de répression de leurs peuples ?

Si l’on en juge par les résultats en Irak, en Libye ou en Centrafrique, les buts officiels d’intervention n’ont pas été atteints. Ceux peut-être un peu plus officieux de sortie des dictateurs de l’époque  le sont un peu plus mais les sortis ont été remplacés par le chaos.

On ne sait plus bien ce qu’il fallait faire ou ne pas faire. La Libye est emblématique de ce dilemme. On peut imaginer qu’il n’y avait pas trop d’arrières pensées dans l’intervention internationale pour empêcher le régime de mettre en œuvre la répression qu’il annonçait, « des rivières de sang ! » pronostiquées par Kadhafi. Et puis une fois le régime renversé la coalition a regagné ses pénates laissant place au chaos.

Gardons confiance dans l’avenir de l’Humanité. Ces pays sont sans doute mieux sans leurs dictateurs qu’avec. Le chemin vers leur démocratie sera long et violent mais ils vont bien y arriver un jour. Et puis, ces interventions extérieures ont au moins le mérite de mettre fin à des règnes personnels, sinon sans fin.

A se taper la tête contre les murs !

La secte Boko Haram qui sévit au Nigéria s’illustre encore de façon sordide en enlevant plus de 200 gamines dans une école. Boko Haram signifierait « l’éducation occidentale est un péché » ! Ce groupe veut bien entendu établir la charia au Nigéria et ailleurs, et pour bien marquer cette stratégie, massacre, pille et enlève à tout va. Comble de l’absurde on voit aujourd’hui une vidéo où le chef de ce clan, plutôt hilare, parade en treillis militaire et bonnet de laine devant un véhicule blindé, une kalachnikov en bandoulière, assénant qu’il est contre l’éducation occidentale, et que « j’ai pris les filles et je les vendrai, il existe un marché pour vendre les filles ». Il mixe dans sa liste des mécréants Abraham Lincoln et François Hollande, et appelle à la guerre contre tous les chrétiens.

C’est à se taper la tête contre les murs mais c’est la réalité. Il trouvera certainement des acheteurs pour ses filles occidentales, un peu par concupiscence et beaucoup par croyance pour les éloigner de l’éducation occidentale et ainsi les rapprocher de Dieu.

Il y a des gens qui croient à tout ce galimatias psycho-religieux et il y en a d’autres, sans doute les mêmes d’ailleurs, qui sont prêts à acheter ces gamines. Comme souvent on croit que l’on touche ici au summum de l’intolérable, et comme souvent la croyance sans la raison pousse vraiment à la folie la plus inepte.

Privilégier le multilatéralisme

C’est le vingtième anniversaire du génocide rwandais contre tes tutsis et le pouvoir en place continue à distiller les accusations contre la France qui aurait participé à la préparation et à l’exécution de ce terrible génocide rwandais contre les tutsis. On reste assez incrédules face à un tel soupçon : comment est-il même concevable que des français, qui plus est l’armée, aient pu massacrer des tutsis au bout de l’Afrique dans les années 90 ? Et pour quoi faire ?

A défaut de preuves patentes d’une telle participation il reste avéré que la France a soutenu, y compris militairement, le gouvernement rwandais de l’époque dans le cadre d’accords de coopération comme notre pays a eu le tort d’en signer avec toute une palanquée de pays africains. Ce gouvernement était hutu, l’ethnie majoritaire, et sans doute mieux élu que bien dans bien d’autres pays du continent. La France avait-elle des indices que ce gouvernement, ou tout au moins sa frange extrémiste, concoctait l’extermination de sa minorité tutsi ? Cela parait difficile à imaginer. Les citoyens optimistes tableront plutôt sur une vaste incompétence du monde diplomatico-humanitaire qui n’a pas su anticiper ce génocide ni stopper quand il le fallait la coopération avec un Etat pré-génocidaire. Peut-être une partie plus réaliste de ces diplomates pensait pouvoir amener à une meilleure coopération entre hutus et tutsis ? Ils ont à tout le moins été bernés.

La conclusion première de tout ceci est qu’il ne faudrait en aucun cas soutenir bilatéralement quelque régime que ce soit, au sud de Marseille ni à l’est de la ligne Oder-Neisse… mais laisser cette tâche aux institutions multilatérales pour au moins partager la responsabilité en cas de dérive. C’est plus facile à dire qu’à faire, parfois moins efficace. La gestion du démantèlement de la Yougoslavie a été menée au niveau multilatéral et européen, avec du bon et du tragique, mais sans doute de la moins mauvaise façon possible compte tenu des intérêts des différents Etats engagés : les français pro-serbes, les allemands pro-croates, les russes pro-salves, etc. Et finalement les principaux protagonistes de ces conflits fratricides se sont retrouvés à un moment ou à un autre devant la justice internationale.

L’implication directe et bilatérale de la France hier au Rwanda, aujourd’hui au Mali ou en Centrafrique est une source de difficultés, peut-être pavée de bonnes intentions, mais des voies solitaires à éviter en cette époque mondialisée où n’importe quel tweet en 140 signes peut faire tomber un gouvernement et diffuser la rumeur.

Voyage au bout de l’enfer

La République Centrafricaine poursuit sa descente vers l’enfer et l’on se demande où s’arrêtera cet effondrement. La presse internationale raconte par le menu des scènes de lynchage, diffuse jusqu’à la nausée des photos d’enfants blessés ou tués à coups de machettes… Bref, une régression humaine que la communauté internationale essaye d’enrayer, du bout des doigts.

La France post-colonialiste a beaucoup pêché dans ce pays, maintenant une présence militaire lourde, entretenant des conseillers occultes des années durant, entre proconsuls et repris de justice, pour manipuler ce dérisoire et sanguinaire confetti de l’empire. Il n’est que de relire le Voyage au Congo de Gide, publié en 1927, pour y découvrir comment sa caravane y fut pillée à Bossangoa par la population locale mais aussi les pratiques détestables des colons français de l’époque. Plus récemment j’ai vécu deux années dans ce pays, encore et toujours en guerre civile, entre rébellions militaires et coups d’Etat, de 1996 à 1998, et je n’ai souvenir que de pillage généralisé, anarchie complète, conflits ethniques et violence fauve. A l’époque lorsqu’un voleur était attrapé par la population, et quel que soit son âge, on l’attachait à un poteau, on lui plantait un clou dans la tête qui lui transperçait le cerveau le laissant mourir à petit feu au soleil. J’ai vu un de mes collègues rafalé, c’est-à-dire se faire déchiqueter les jambes par une rafale de Kalachnikov par des coupeurs de route, des bandits de grand chemin ayant élevé le pillage au rang d’unique mode de vie, le tout dans les vapeurs d’alcool.

Pour bien faire il faudrait mettre ce pays sous tutelle mais ce n’est plus dans l’air du temps, et, même si l’ONU en décidait ainsi, qui voudrait assurer cette tutelle de toute manière vouée à l’échec et au rejet ? Alors la communauté internationale fait ce qu’elle peut, assurant le service minimum lorsque le niveau de violence dépasse les bornes de la décence et se faisant plaisir avec de beaux discours sur la démocratie et l’organisation d’élections. Il est regrettable que la France soit en première ligne dans cette affaire car son rôle négatif d’ancienne puissance coloniale fait qu’elle est régulièrement rejetée par la population, mais après tout nous nous devons d’assurer une responsabilité collective sur le mal qui a été fait à ce pays, alors buvons le calice jusqu’à la lie et faisons attention de ne pas trop traîner dans cette Afrique centrale dont la France n’arrive pas à s’extraire depuis les indépendances dans les années 60 !

La saga des généraux en Egypte

Etonnant : l’Egypte qui avait éjecté plutôt en douceur son ancien général dictateur, s’en remet deux ans plus tard à un nouveau général bien parti pour lui aussi endossé le costume de dictateur en treillis militaire. Entre temps des élections à peu près démocratiques ont porté au pouvoir des barbus qui ont appliqué leur programme habituel et tellement effrayé la population que celle-ci acclame dans sa majorité le retour au pouvoir de l’armée sur base d’un coup d’Etat… Il fallait quand même le faire.

Des barbus aux galonnés et des galonnés aux barbus, l’histoire de ce pays est marquée par une triste rémanence.

Commerce d’otages au Nigeria

Un curé français retenu en otage au Nigeria, sans doute par la secte des Boko Haram, qui prône l’application de la charia dans tout le pays mais ne néglige pas de remplir ses caisses en se livrant au commerce (ou au massacre) des otages, a été libéré le 1er janvier.

Alors que la presse l’interroge sur sa détention qui ne s’est pas trop mal passé comparée à d’autres, il explique que « ces gens n’ont de compassion pour personne, ils travaillent pour eux ». Heureusement que c’est un prêtre qui le dit, d’autant plus que le garçon a l’air d’avoir le cœur sur la main et semble épris de bonté catholique à l’égard de son prochain.

Il est bon de dire quelques vérités sur ce sujet. Il serait également opportun que nos Etats disent la réalité en ce qui concerne le paiement des rançons car ne nous y trompons pas, il y a certainement de l’argent qui est versé à ces despérados qui n’ont de compassion pour personne ! Les dirigeants français jouent sur les mots et affirment que la France ne paye pas de rançon. Certes, l’Etat n’a sans doute pas signé un chèque prélevé sur le Trésor Public, mais les entreprises, comme Areva pour les ex-otages du Niger, voire certains Etats « amis », comme le Qatar pour les infirmières bulgares de Lybie, ou le Cameroun dans le cas de notre bon curé, ont versé de l’argent. Comment imaginer autrement que les otages fussent libérés. Si les ravisseurs n’ont pas été payés avec de l’argent ils l’ont été avec des armes ou toutes autres marchandises susceptibles de satisfaire leur rapacité.

Pourquoi ne pas le dire que ces gens font du commerce d’humains ? Ce serait les faire apparaître tels qu’ils sont : des businessmen bien éloignés de toute considération religieuse ou morale. Qui sait, peut-être certains de leurs fans trouveraient à y redire ? La raison officielle pour justifier ce silence coupable est de ne pas favoriser ce business en affichant que la France paye pour récupérer ses otages. Restons sérieux, les gens impliqués dans ce trafic savent bien qui paye et qui ne paye pas, alors quitte à payer, faisons le savoir : combien, à qui, par quels canaux ! Soyons transparents autant que ces despérados sont manipulateurs.

La revanche d’un destin africain

Deux soldats français tués en Centrafrique, les massacres interethniques se poursuivent, l’anarchie est totale. La prochaine étape sera lorsque les populations se retourneront contre les forces françaises. Etrange destin que celui de ces anciennes puissances coloniales qui restent collées à leurs conquêtes. C’est peut-être la revanche du destin justement, boire le calice jusqu’à la lie pour expier ce passé félon.

Nelson Mandela est mort


Nelson Mandela est mort aujourd’hui. Quel Homme ! En Afrique dans les années 90 postapartheid nous étions tous persuadés qu’un bain de sang était au rendez-vous. Il a évité cela avec l’afrikaner de Klerk, son compagnon de prix Nobel de la paix. Non pas un miracle mais une conviction rivée à son âme, celle de la réconciliation. Inespéré, surhumain.

Les sables mouvants de l’Azawad

Le Mouvement de libération de l’Azawad (MLNA), composés de multiples factions, réunissant des Touareg moitié indépendantistes moitié islamistes, dont les membres ont, en ordre dispersé, mené une guerre civile au Mali dans les années 80 et 90, servi de nervis au clan Kadhafi du temps de sa gloire, fait alliance avec Al Qaida en 2012 pour tenter un coup d’Etat et instaurer la charia, puis pactisé avec l’armée française en lutte contre les barbus tout en enlevant des otages occidentaux, le MLNA donc, ce groupe aux convictions politiques pour le moins mouvantes vient de déclarer qu’il reprenait les armes contre le gouvernement malien. Bien, voilà qui est clair… pour le moment !

Des Touaregs à la dérive

Il semble que les deux journalistes assassinés au Mali au début du mois l’aient été par des rebelles Touaregs enrôlés dans l’islamisme, mêlant revendications d’indépendance et de charia après avoir vendu leurs services au clan Kadhafi des années durant et s’être recyclés depuis dans le juteux business des otages. Ont-ils même les idées au clair sur ce qu’ils veulent ou ce qu’ils sont ? En tout cas ces groupes dépenaillés, disséminés dans l’immensité du Sahara, se déjouant des frontières invisibles et se défiant d’Etats locaux inexistants, ayant troqué les chameaux pour des Toyota, tiennent tête à l’Occident dans leurs dunes. Tout ça n’est pas bien brillant.

Centrafrique ou Francafrique ?

La grande asperge Christine Okrent (70 ans) qui anime l’émission Affaires Etrangères le samedi sur France-Culture (sans égaler son prédécesseur Jean-Marie Colombani [65 ans]) consacre son émission d’aujourd’hui à la Centrafrique suite à la décision française d’y envoyer un contingent militaire, une nouvelle fois, pour essayer d’y rétablir l’ordre et de préserver les populations civiles des exactions de voyous dépenaillés qui mettent le pays à feu et à sang.

Ses invités chercheurs y assènent quelques contre-vérités étonnantes, notamment que les pillages actuels du pays sont du « jamais vu » ! Le garçon devrait retourner à ses chères études et relire Gide dans Voyage au Congo de 1927 dans lequel il raconte comment toute sa caravane a été intégralement pillée lors de son étape à Bossangoa…

Bossangoa c’est justement devant la cathédrale de ce bourg de brousse que des milliers de villageois des environs sont actuellement réfugiés en espérant que Dieu les protégera des leurs.

En matière d’inepties, le pouvoir politique français n’est pas en reste en ânonnant sur les risques « pré-génocidaires », les nécessités du développement pour compléter l’opération sécuritaire et le rôle de l’armée française comme supplétive de la force interafricaine, sans parler de l’habituel couplet sur les droits de l’homme.

Soyons réalistes et arrêtons de confondre massacres délinquants et génocide. Ce dernier terme a une définition bien précise donnée par l’ONU : il s’entend comme des crimes « commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». Il se caractérise par l’intention d’extermination totale ou partielle d’une population et la mise en œuvre systématique de cette volonté. Nous n’en sommes pas là semble-t-il en Centrafrique ou plus simplement des voyous surarmés sans foi ni loi pillent et massacrent en toute impunité du fait de la disparition de toute autorité. Cela fait des décennies que cela dure dans ce pays, avec plus ou moins d’intensité, au hasard des errements des pouvoirs en place et des dérives de la Francafrique.

Car Dieu seul sait que la France a des choses à se reprocher dans la déliquescence de ce pays depuis sa décolonisation. Il a servi de camp d’entraînement pour l’armée française jusqu’en 1995, de terrain de chasse pour Giscard d’Estaing durant sa présidence, de bac à sable pour les centurions de la République envoyés à Bangui pour gouverner le pays, de théâtre pour Grand Guignol avec l’avènement de Bokassa 1er, de terre d’accueil pour des corses, des repris de justice, des agents secrets, bref tout un monde franchouillard interlope qui se retrouvait au bord de l’Oubangui pour festoyer dans cette poussière d’Empire au milieu des diamants, des jeunes filles, des casinos véreux et de l’illusion du pouvoir.

Le développement économique, n’y pensons même pas pour le moment ; l’implication de la force interafricaine, une vraie blague ; les droits de l’homme, on en reparlera au siècle prochain. L’armée française va là-bas pour rétablir l’ordre, montrer son gros bâton et mettre fin au banditisme. Elle peut le faire (elle l’a d’ailleurs déjà fait), c’est bien le moins qu’elle doive à ce pays qu’il faudrait mettre sous tutelle avec finesse et subtilité en attendant des jours meilleurs.

La paix introuvable au Congo ex-Zaïre

La guerre dans l’est du Congo continue dans le même anonymat. Les puissances locales s’affrontent par l’intermédiaire de mouvements de rébellions créés et utilisés comme des marionnettes. La Rwanda et l’Ouganda veulent rester à l’avant-garde du pillage des ressources minières congolaises et soutiennent le mouvement rebelle M23. Cette fois-ci cette union hétéroclite perd un point contre l’Etat congolais soutenu par une force des Nations Unies. Mais l’hydre renaîtra de ses cendres dans cette région incontrôlable selon des critères onusiens. Il faudra faire un jour le bilan des millions de morts décomptés dans l’est congolais, depuis Kolwezi jusqu’au M23 en passant par le génocide rwandais. Tout le monde a participé à la curée : les forces coloniales, le Roi des belges, les sociétés minières, l’élite zaïroise affidée à Mobutu, les pays de la région, les ethnies locales. Tout le monde s’est ligué pour piller et asservir ce pauvre coin de la planète, loin de tout et riche de tant. L’affaire est loin d’être terminée et la paix semble un objectif inatteignable.

Récupération d’otages libérés d’Afrique

Quatre otages français, retenus dans le Sahara par des barbus sont libérés après trois années de captivité qui n’ont pas dues être faciles tous les jours. Comme de bien entendu, le ballet des politicards accompagne cette salutaire libération. Président et ministres se bousculent devant les micros et sur le tarmac où atterrit l’avion les ramenant à la mère-patrie.

Hollande est de la partie : serrage de paluches et discours au programme. Toute cette agitation est-elle bien nécessaire ? A-t-elle le moindre impact sondagier et populaire ? On peut en douter, il ne se passerait rien de différent si les choses étaient faites avec un peu plus de discrétion. Il n’y aurait sans doute ni plus d’électeurs ni moins qui voteraient pour les uns ou pour les autres aux prochaines échéances électorales. Peut-être même la décence pourrait être portée au crédit de ceux qui en ferait preuve…

La Centrafrique dans le gouffre



La République Centrafricaine poursuit sa longue descente vers l’abîme. Entamée il y a plusieurs décennies avec quelques épisodes aussi clownesques que tragiques, où la France hélas a joué un rôle pernicieux et fort peu glorieux, cette décadence n’est qu’une longue succession de sang et de misère. J’ai accompagné deux années durant ce destin d’un pays ravagé par la violence, le sida et l’alcool. Des années sombres.

Le dernier épisode est un énième coup d’Etat mené l’an passé par une bande de dépenaillés qui a fait tomber le pouvoir défaillant comme un fruit pourri de son arbre. Evidemment les nouveaux barbares n’ont pas ramené l’Etat qui a déserté ce pays depuis des années, ils ont par contre introduit le conflit religieux qui n’existait pas vraiment avant, on se contentait de conflits ethniques.

La ville de Bossangoa au milieu du pays est aujourd’hui le centre des combats. Déjà Gide racontait en 1926 dans son Voyage au Congo comment la caravane qu’il accompagnait fut intégralement dévalisée à… Bossangoa. J’y ai vécu des évènements similaires dans les années 90.

Craignant une somalisation de cette République, l’Occident poussé par la France, prend une énième résolution du conseil de sécurité pour mettre en place une énième force internationale qui devrait battre la brousse à la recherche des « coupeurs de route », sorte de despérados sanguinaires d’une autre époque, tuant-massacrant-dépouillant les populations. Et comme à chaque fois, cette force multinationale devra quitter le pays dans quelques mois sous les caillassages des centrafricains, ou au moins de certains d’entre eux, accusée de néo-colonialisme. Le pays sera alors rendu à son penchant pour cette diabolique anarchie qui semble le guider depuis des lustres. Ou peut-être un homme providentiel sortira de la brousse pour emmener cette République vers un gouvernement apaisé ?

Des cinglés en Somalie

Une bande de cinglés somaliens (et autres nationalités semble-t-il), moitié islamistes, moitié gangsters, massacrent à tout va dans un supermarché de Nairobi au Kenya. Evidemment ils se drapent une fois encore derrière le drapeau de l’islam pour commettre leur forfait. Les autorités kényanes ont du mal à reprendre le contrôle de la situation. Le bilan va sans doute se chiffrer en dizaines de morts.

Ben Laden a dit de son vivant : « nous aimons la mort autant que vous aimez la vie ». Les cinglés du jour appliquent cette maxime devant les médias du monde entier, et en direct sur leur compte tweeter. C’est ce qu’on appelle de la terreur. On peut être assuré que demain le régime syrien va expliquer pourquoi il a raison de lutter dans son pays contre le terrorisme, et la boucle sera bouclée dans ce Moyen-Orient agité dont la violence déborde gravement sur l’Afrique ces derniers temps.