Les dictateurs jardinent


Une journaliste du Monde a identifié le parc Kim Il-sun dans le centre de Damas en Syrie. Inauguré en 2015, ce jardin est fermé au public mais son portillon est facilement franchissable et des gamins jouent au football sur ses pelouses. Il semble que ce parc ait été édifié en hommage à l’indéfectible amitié liée entre les dictateurs à la tête de ces Etats. Dans les deux pays le pouvoir se repasse de père en fils qui appliquent des politiques assez similaires avec comme objectif premier de garder le pouvoir au sein de la famille. Jusqu’ici ils y ont réussi. Les Assad rendant hommage aux Kim, c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité.

Exécutions capitales au Japon

Le Japon a fini d’appliquer les condamnations à mort prononcées par la justice locale à l’encontre de treize dirigeants de la secte Aum, une bande criminelle inspirée par un mélange d’idéologies religieuses, principalement bouddhiste et hindouiste, mais aussi par l’annonce de l’apocalypse cette fois-ci très chrétienne, le tout assorti d’un zeste de science-fiction.

Le gourou en chef de cette organisation finit par justifier meurtres et attentats comme outils de la doctrine. Le groupe terroriste commis une attaque chimique au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995 qui tua 13 personnes, en intoxiqua des milliers d’autres et créa un traumatisme profond dans la société japonaise. Ce gourou et douze membres participants à l’attentat ont été condamnés à mort et exécutés ces jours-ci par pendaison, vingt-trois ans après les faits.

Le coté troublant dans l’idéologie de cette secte fut sa capacité à recruter des militants issus de catégories sociales plutôt favorisées et bien formées. Le « charisme » du gourou laisse pantois. La secte qui avait une existence légale officielle a été remplacée depuis par une autre qui continue à diffuser les mêmes sornettes mais en se plaçant dans le cadre du respect de la loi.

Pas grand monde ne va trop s’émouvoir de l’exécution de ces treize membres d’une secte surréaliste et criminelle. Les pays européens, dont la France, rappellent leur solidarité avec les victimes et leurs familles mais aussi leur opposition à la peine de mort. On est ici face à un vrai cas de conscience : la culpabilité des condamnés n’est pas discutée, l’horreur aveugle d’une attaque chimique dans le métro est évidente, la démocratie japonaise n’est pas non plus contestée, le fait que les accusés soient sans doute irrécupérables pour s’adapter au mode de vie d’une société démocratique est sans doute très probable, mais soit l’on est opposé à la peine de mort par principe et on l’abolit, soit on garde cette arme judiciaire et on l’administre dans un cadre légal démocratique, c’est la position du Japon, et d’ailleurs des Etats-Unis d’Amérique. Le monde actuel vit le même genre de dilemme avec les terroristes religieux islamistes.

C’est un véritable cas de conscience. La majorité des sociétés occidentales l’ont résolu en abolissant la peine capitale sur le double thème de la morale et de son inefficacité à réduire la criminalité.

Psychodrame religieux en Israël

Depuis la création de cet Etat, les jeunes hommes étudiant la Torah dans les écoles religieuses israéliennes sont exemptés de faire leur service militaire, qui dure trois ans dans ce pays quasi-continuellement en guerre. Les partis religieux extrémistes qui font partie de la coalition au pouvoir estiment que les étudiants qui consacrent leur vie à Dieu et aux textes sacrés ne peuvent dévier de cette mission. En face certains parlent le langage du droit et de la rupture d’égalité des citoyens face au service de l’Etat.

Comme partout Dieu et le code civil n’ont jamais fait bon ménage, c’est la parole divine contre la construction humaine du droit. La religion s’y est toujours également bien entendu pour défendre ses privilèges, en Israël comme ailleurs. Ces pratiques d’un autre âge sont toujours de mise, hélas ! Que la République laïque nous protège de ces absurdités.

Les Russes en Centrafrique

Un accord militaire aurait été signé en décembre 2017 entre la Russie et la Centrafrique incluant une livraison d’armes au gouvernement local (dûment autorisée par l’ONU par exception à l’embargo en cours) et la formation des forces militaires gouvernementales.

La presse rapporte que l’on voit dans les rues de Bangui des militaires russes ressemblant plus à des mercenaires qu’à des soldats réguliers. Ils assurent la sécurité rapprochée du président centrafricain et cohabitent, pacifiquement pour le moment, avec la force internationale de l’ONU censée maintenir la paix entre les nombreuses milices qui se battent entre elles et avec les maigres forces gouvernementales. La Russie lorgne aussi sans doute sur les ressources minières dont ce pays est doté.

Ce pays bantou est un mystère insondable : incapable de se développer harmonieusement, la mauvaise gestion, les luttes tribales, l’alcool et le sida y font des ravages depuis des décennies. Massacres, pillages, fraudes et incompétence ont depuis longtemps perdu cette République. La France, ancienne puissance coloniale, a tout à se reprocher dans cette triste affaire. Le pays a été transformé en vaste terrain d’entraînement militaire français après l’indépendance. L’armée française y régnait en maître jusqu’à son départ à la fin des années 90’, un proconsul de la DGSE (le commandant Mansion) manipulait le président, des repris de justice corses dirigeaient les casinos de la capitale, Giscard-dit-d’Estaing venait y chasser le gros gibier et tout ce petit monde trafiquait le diamant se compromettant jusqu’au « sacre de l’empereur Bokassa », sommet du ridicule et de la perversion de la bien triste « francafrique ».

D’interventions militaires en débarquements de présidents, la France a plus ou moins passé la main à l’ONU au début du XXIème siècle, qui ne réussit pas plus à remettre ce pays sur les rails d’un développement paisible. Alors que les russes s’y essayent, pourquoi pas ? Les interventions étrangères de ces dernières années ont sans doute limité l’ampleur des massacres inter-ethniques mais l’avenir est sombre, sans doute sans espoir. Que les russes soient mercenaires ou réguliers, qu’importe, ils sont certainement soutenus et envoyés là par le gouvernement russe qui ne s’en cache pas. On se souvient avec quel aplomb le président russe affirmait que les citoyens russes tués sur le front ukrainien devaient y être « en vacances » mais certainement pas en mission commandée…

Cette fois-ci la Russie assume sa présence et c’est très bien ainsi. Nous verrons où ils en seront dans quelques années. Puissent-ils réussir à apaiser ce pays désespérant !

Confirmation en Turquie


Un président turc se fait réélire ce week-end au premier tour et son parti islamisé est confirmé au parlement. Après une modification de la constitution approuvée par référendum lui octroyant les pleins pouvoirs, M. Erdogan , un peu calife, un peu soupe-au-lait, très nationaliste, est reparti pour au moins cinq années à la tête de l’Etat après déjà quinze ans de pouvoir.

Le garçon ne plaît pas beaucoup à l’Occident, il copine avec Russes ou arabes (sunnites) selon ses intérêts, éventuellement avec des groupes terroristes si cela l’arrange, son armée bataille en Iraq et en Syrie, il vocifère contre l’Europe, traite les dirigeants allemands de « nazis », mène une guerre civile sans fin contre les kurdes de Turquie ; mais il plait à ses électeurs qui le renouvellent très régulièrement et, même s’il y a sans doute un peu de fraude électorale (sans doute pas plus que lors d’une élection d’un président de l’UMP en France), il est largement et bien élu. Son peuple est content.

Son action depuis quinze ans a sans doute définitivement réglé le sujet de la candidature de la Turquie à l’Union européenne dont des dirigeants de rencontre avaient imprudemment inclus le principe dans le traité de Rome. Ce pays ne peut ni ne veut adhérer, et c’est bien ainsi car les Etats membres actuels ne veulent pas plus de cette adhésion. Voilà un point sur lequel tout le monde est d’accord d’un côté et de l’autre du Bosphore. Alors bien sûr Ankara, comme une fiancée éconduite, va tout faire pour nuire à l’Union européenne mais ce n’est pas la seule capitale à chercher à perturber, nous pouvons même dire que ce sont les lois du genre.

Mais la Turquie fait partie du traité de l’alliance atlantique (OTA N) et là les choses sérieuses commencent. Cette alliance majoritairement américano-européenne offre l’abri du parapluie nucléaire US à l’Europe frileuse et oblige l’alliance à défendre chacun de ses membres en cas d’attaque, et ce n’est pas rien. Ankara abrite des troupes et des armes nucléaires de l’OTAN sur son sol. On frémit à l’idée de ce que ce pays oriental pourrait en faire si la mauvaise humeur de son président se transformait en attitude belliqueuse ! Les chefs militaires comme les dirigeants politiques de l’après-guerre ont cru que la Turquie était occidentale. Ils se sont trompés. Nous reverrons la situation dans 30 ans.

En attendant il faut bien composer avec ce pays clé malgré les sautes d’humeur de son chef. Une diplomatie basée sur les faits et la discrétion reste le mieux que l’on puisse faire pour le moment. Laissons le raïs s’égosiller dans ses meetings électoraux sans réagir, les réalités économiques permettront à l’Europe de maintenir ses intérêts bien mieux que des réactions verbales inutiles.

Les prix du fouteballe en Russie

 


Les prix officiels des tickets des matches de la coupe du monde de fouteballe en Russie s’échelonnent entre 105 et 1 100 USD selon le stade de la compétition auquel on s’intéresse. Il y a une catégorie pour « personnes obèses », sans supplément de prix. Il s’agit des prix officiels affichés sur le site de la fédération internationale mafieuse de foute, gageons que le marché noir doit multiplier par trois ou par quatre.

Israël se déchaîne

Israël fait parler d’elle ces derniers temps et pas toujours de la meilleure façon. En effet, face à des manifestations palestiniennes faisant mine de traverser leur frontière nord pour envahir Israël l’armée tire sur ces manifestants. Il y a des dizaines de morts et ce, le jour où le pouvoir inaugure en grande pompe la nouvelle ambassade américaine transférée de Tel-Aviv à Jérusalem marquant ainsi le soutien des Etats-Unis au fait que cette ville est la capitale unique d’Israël bien que l’organisation des Nations Unies ait voté plusieurs résolutions prônant Jérusalem comme capitale partagée entre Israël et le futur Etat palestinien à créer.

Et revient la petite musique religieuse rappelant que « Dieu a promis Israël au peuple juif » et que c’est ainsi, non discutable. C’est la vieille histoire des références historiques (et, pire, bibliques) pour justifier des conquêtes territoriales. Ces références peuvent être vraies, elles n’en sont pas moins subjectives par nature car jusqu’où remonte-t-on, à quel siècle s’arrête-t-on, la parole de quel vainqueur retient-on ? C’est sans fin et ce sont des fondements ne reposant ni sur le droit, ni sur la science, et encore moins sur la raison. Depuis Neandertal il y a toujours eu des peuples ou des tribus qui ont existé sur un territoire avant d’autres, cela ne leur donne pas pour autant de prééminence sur un territoire, sinon il faudrait rendre les Etats-Unis aux Apaches, les Antilles aux Arawaks, la Savoie à l’Italie et l’Algérie aux descendants d’Homo-Sapiens (qui étaient là bien avant les Kabyles).

Les israéliens et leurs soutiens se réfèrent à l’ancien testament de la Bible pour justifier le « grand Israël », la colonisation des territoires occupés et l’annexion de Jérusalem-Est. Les israéliens et leurs soutiens se réfèrent à l’ancien testament de la Bible pour justifier le « grand Israël », la colonisation des territoires occupés et l’annexion de Jérusalem-Est. Là c’est encore plus contestable car on ne sait même pas qui a écrit ce livre, qui l’a traduit. Il nous dit « Dieu a promis Israël au peuple juif », mais on ne sait pas bien qui est Dieu ; Henri IV ou César, on voit à peu près, mais Dieu on ne l’a jamais vu, il n’a jamais signé de traité international, il ne s’est jamais présenté non plus au cadastre avec un acte de propriété du territoire qu’il « donne au peuple juif » ! Et si l’on commence à croire la Bible sur le « Grand Israël » pourquoi ne faudrait-il pas croire non plus toutes les « vérités » assénées dans le Coran et qui justifient nombre de pratiques d’un autre âge. Non, les livres religieux sont des fables littéraires qui doivent rester dans les bibliothèques à la disposition des théologiens, et n’en point sortir.

Le gouvernement des Hommes doit reposer sur le droit et la Raison. Et il se trouve que le droit et la Raison après lui avoir octroyé un territoire en 1948 demandent à Israël de revenir dans ses frontières de 1967 en restituant les territoires conquis par la force et de partager Jérusalem comme capitale de deux Etats, dont celui de la Palestine à créer un jour. C’est sans doute la raison pour laquelle les conservateurs israéliens se réfèrent à la Bible plutôt qu’à l’ONU.

Après les dirigeants visionnaires, Ben Gourion, Golda Meir, Begin, Rabin, Peres, Israël est maintenant dans les mains d’un clan d’affairistes qui balancent entre l’extrême-droite et l’extrême-judaïsme et ne font pas honneur à l’esprit des fondateurs. Ils colonisent à tour de bras en violation des décisions de la communauté internationale pour imposer le fait accompli. Mais il y a un combat qui est perdu d’avance, c’est celui de la natalité : celle des arabes israéliens (20% de la population, en majorité musulmans) comme celle des pays arabes alentour qui est bien supérieure à celle des israéliens non arabes. L’Histoire est tragique et à terme ceux-ci seront balayés à la fois de l’intérieur de leur pays et de l’extérieur, un peu comme les occidentaux qui perdent progressivement de leur puissance face au reste du monde, ce qui n’est d’ailleurs pas une mauvaise nouvelle. Déjà sous cette pression démographique, Israël en est au point de devoir faire faire du tir au pigeon sur la frontière sud sur les arabes de Gaza pour les bloquer. Cela ne pourra pas durer éternellement, il leur faudra bien composer.

La détestation du monde arabe partagée en Occident, teintée d’une admiration des capacités militaires israéliennes font que ce pays bénéficie d’une indulgence excessive de nos pays. Gageons que l’intelligence et la raison vont prendre un jour le pas sur les sornettes religieuses, bibliques ou coraniques. C’est déjà plus ou moins le cas dans les démocraties occidentales et nombre de pays asiatiques, il n’y a pas de raison que cela ne diffuse pas un jour au Moyen-Orient. Cela prendra des générations mais c’est leur intérêt et celui du reste de la planète.

La Turquie impérieuse

L’hebdomadaire Le Point fait sa une sur la Turquie en affichant en page de couverture une photo de son président sous le gros titre : « Le Dictateur – Jusqu’où ira Erdogan ? ». Des manifestants turcs résidents en France, dont on ne sait pas s’ils ont également la nationalité française, forcent des kiosquiers à retirer l’affiche de la une du Point de leurs kiosques. La rédaction du journal explique être victime d’une campagne de « harcèlement, insultes, injures antisémites ». Les affiches sont remises en place après intervention des autorités françaises.

Cette situation n’est pas véritablement étonnante ni même vraiment inquiétante, mais elle est symptomatique de l’avènement de pratiques propres à ces nouvelles entités appelées parfois « démocratures », alliant démocratie et dictature. Qu’elles soient d’inspiration religieuse comme la Turquie, ou d’obédience plus humaine basée sur la simple volonté de puissance et d’impérialisme comme la Russie, ces nouveaux Etats cherchent à s’imposer au reste du monde non seulement militairement quand ils le peuvent, mais aussi par leurs idées et leurs façons de vivre.

Ainsi nous voyons des soutiens d’un président turc intervenir violemment à l’étranger contre la liberté d’expression propre à ce pays, la Russie perturber des processus électoraux dans des pays occidentaux pour tenter d’y faire élire des candidats de leurs choix, généralement ceux susceptibles d’amener le chaos dans leurs pays une fois élus (Le Pen en France, Trump aux Etats-Unis) et favoriser l’émergence de la puissance de leurs parrains. A l’extrême, des mouvements terroristes actuels inspirés par des courants religieux moyen-orientaux cherchent aussi à modifier profondément les modes de vie en semant le chaos dans leurs pays cibles, occidentaux souvent mais pas toujours.

Le concept « d’agit-prop » (agitation et propagande) n’est pas vraiment nouveau et les occidentaux n’ont pas été les derniers à le développer. La radio américaine Voice of America a pendant des années diffusé sa propagande vers les pays du bloc soviétique pour les convaincre d’abandonner Moscou, la France postcoloniale n’a pas lésiné sur les moyens durant des décennies pour faire prospérer la Françafrique après des indépendances données à ses anciennes colonies. Durant la période coloniale, l’Eglise catholique a aussi puissamment œuvré pour convertir, parfois de force, des populations de va-nu-pieds.

Non, ce qui est nouveau c’est que cette « agit-prop » déroule ses effets perturbateurs désormais au cœur des démocraties occidentales et, qui plus est, menée par les va-nu-pieds d’antan. C’est la réponse du berger à la bergère. Elle caractérise la perte de puissance et d’influence des démocraties occidentales, accentuée en interne par la baisse de moral de leurs populations.

Que l’on se rassure, tout n’est pas perdu pour l’Occident et son mode de vie et de liberté continue à attirer comme un aimant, la vague actuelle des migrants le démontre jusqu’à l’absurde. Même la Turquie met au premier plan de ses préoccupations politiques l’assouplissement dans la délivrance des visas européens à des citoyens turcs. Il y aurait a priori plus de demandes pour entrer en Europe depuis la Turquie que l’inverse. Il faut laisser passer ces caprices de gamins mal élevés, ces comportements passeront sans doute à la Turquie avant que la France ne s’en fatigue. Ce pays a probablement eu plus à souffrir des temps de sa puissance que de ceux de son ouverture à l’Occident. Il aura plus à regretter de sa « démocrature » que de la démocratie. Son peuple s’en rendra bien compte un jour et reviendra à de meilleurs sentiments.

Forte capacité de nuisance de Moscou

Un ex-agent double russe, Sergueï Skripal, réfugié au Royaume-Uni est empoisonné avec sa fille par un gaz de combat innervant. A ce jour les deux russes sont soignés en soins intensifs et dans un état critique, de même qu’un policier qui a été atteint par ce gaz en voulant intervenir sur les blessés. On se souvient qu’en 2006 un opposant russe, Alexandre Litvinenko, avait aussi été empoisonné avec un produit radioactif polonium. Il avait mis une vingtaine de jours à en mourir et produit quelques déclarations et écrits avant son décès. Ce polonium était tellement radioactif que la police britannique a pu suivre à la trace le retour à Moscou des deux agents qui avaient mélangé au thé de M. Litvinenko ; même les avions commerciaux qui les avaient transportés exsudaient la radioactivité… L’un de ces agents a été élu depuis député au parlement russe.

Le président russe et son entourage n’ont jamais caché qu’ils voulaient tuer les agents doubles russes considérés comme des traîtres à la patrie, probablement largement soutenus par la population locale. Les autorités britanniques ont déclaré que l’Etat russe lui semblait responsable de l’empoisonnement de M. Skripal et, du coup, ont rouvert les enquêtes concernant les décès douteux de nombre de citoyens russes, ou d’origine russe, sur le territoire britannique. En attendant des sanctions diplomatiques ont été annoncées par Londres, soutenue par d’autres pays d’Europe de l’ouest ainsi que les Etats-Unis d’Amérique. La Russie conteste son implication dans ces meurtres dans le langage fleuri qui est le sien et parle de manipulation occidentale pour interférer sur l’élection présidentielle se déroulant ce dimanche. Tout est possible, bien sûr.

Quelle que soit le fin mot de cette histoire on sait la Russie portée de tous temps à l’agit-prop internationale et en utilisant les moyens qui sont les siens, souvent brutaux, en tous cas manquant parfois de discrétion. Les bolcheviks et l’Union soviétique ont tout fait pour exporter leur révolution à l’étranger, n’hésitant pas à exécuter leurs opposants où qu’ils se trouvent. Trotski fut de ceux-là. Après une courte période de repli sur elle-même suivant la dissolution de l’Union soviétique, la Russie de Poutine a repris le chemin de l’interventionnisme malfaisant en dehors de ses frontières nationales. On a découvert avec une relative stupeur que ce pays développait ses compétences informatiques pour interférer dans les campagnes électorales occidentales et favoriser les candidats qu’elle estime meilleurs pour la Russie : ainsi de Trump aux Etats-Unis ou Marine Le Pen en France.

Dans le cas des Etats-Unis d’Amérique, le plus croquignolet dans l’affaire est que Donald Trump a effectivement été élu et que la nouvelle équipe républicaine marquait de réelles sympathies pour la Russie mais le dévoilement des interventions de Moscou et des liens un peu trop étroits de forbans américains proches de Trump avec l’ennemi intime de Washington force le gouvernement américain à prendre lui aussi des sanctions contre la Russie.

Ainsi vont les relations internationales. Il n’y a pas grand-chose de nouveau en ce XIXème siècle sinon les outils utilisés, mais l’ambition des hommes et des Etats restent toujours aussi malsaine et porteuse de violence. La Russie considère l’Occident comme décadent et faible, elle fait tout pour lui nuire. Ce que les démocrates optimistes déplorent est qu’un pays comme la Russie dépense autant d’énergie et d’argent pour chercher à perturber l’extérieur plutôt qu’à se concentrer sur son développement intérieur. Mais les démocraties sont prises à leur propre piège puisque le président russe actuel est élu à peu près librement à une très significative majorité, il est vrai après avoir éliminé, au besoin physiquement, ses opposants et noyauté les médias.

Chaque partie diffuse sa propagande en vantant les mérites de son système, persuadé de son bon droit. Le peuple russe dont l’armée intervient en Syrie sans mandat de l’ONU ne voit pas vraiment la différence avec l’invasion de l’Irak par les forces anglo-saxonnes en 2003 sans plus de mandat onusien, ou celle de la France et du Royaume-Uni en Lybie quelques années plus tard, outrepassant largement le mandat donné par l’ONU. Le peuple russe estime qu’il est autant fondé à aller abattre les traîtres russes réfugiés à l’étranger que l’armée françaises à éliminer les djihadistes nationaux partis guerroyer en Syrie. Il est vrai que les situations sont pour le moins ressemblantes…

Malgré tout, des oligarques russes viennent passer leurs vacances à Nice ou Gstaad, plutôt qu’à Sotchi, et investissent les milliards accumulés plus ou moins légalement à Londres et dans cet « Occident décadent » plutôt qu’à la bourse de Moscou. C’est aussi un moyen d’exercer des pressions sur le « capitalisme rapace » au sujet duquel Lénine disait « qu’ils [les capitalistes] nous vendront la corde pour les pendre ». Le dicton présente toujours une part de vérité mais il n’est pas sûr que Moscou gagne sur le long terme en basant son développement socio-économique et sa puissance d’abord sur sa capacité de nuisance extérieure plutôt que ses qualités et richesses intrinsèques. L’avenir le dira !

La Turquie sur tous les fronts

La Turquie qui occupe illégalement au regard du droit international depuis des années un pays membre de l’Union européenne, Chypre, s’est lancée dans une nouvelle conquête, cette fois-ci en Syrie, pour prendre le contrôle d’une bande de territoire frontalière « gérée » pour le moment par des bandes armées kurdes considérées comme terroristes par Ankara et d’autres capitales. On connaît l’extrême rejet de la Turquie à l’idée de toute reconnaissance du fait kurde et encore plus à la création d’un Etat kurde, elle est rejointe en ce sens par tous les pays où existe une forte minorité kurde, alors Ankara s’est alliée avec des milices opposées au régime syrien, pour chasser les kurdes de cette bande frontalière. Ses forces armées sont en train de combattre sur le territoire de cette Syrie dévastée par plusieurs années de guerre civile attisée par les intérêts divergents des grandes puissances.

L’imbroglio syrien se complexifie : la Turquie membre de l’Otan et donc alliée des pays occidentaux de cette alliance, occupant une partie de la République de Chypre membre de l’Union européenne, plus ou moins réconciliée avec la Russie, avec laquelle il était sévèrement fâché depuis que son armée de l’air avait abattu un avion russe, pour soutenir le régime Assad en Syrie, lui-même soutenu militairement par l’Iran et le Hezbollah libanais, se lie avec des opposants armés audit régime et fait intervenir son armée à l’étranger pour chasser les kurdes qui ont pris le pouvoir sur une partie de la Syrie, les kurdes étant soutenus militairement par l’Otan pour lutter contre le terrorisme religieux en Syrie… Il y a maintenant sur le terrain des soldats slaves, arabes, persans, ottomans, et dans les airs, les mêmes plus les américains et quelques européens… Relisez depuis le début si cela ne vous paraît pas clair !

Ce qui est hélas relativement compréhensible c’est que la Turquie est une alliée de l’Occident quand cela l’arrange. Son implication armée désordonnée dans le conflit syrien risque de lui revenir en boomerang un jour ou l’autre et elle devra sans doute en payer l’addition un jour, sans parler des effets intérieurs négatifs de sa progressive transformation en « démocrature religieuse » source potentielles de tensions internes, ne serait-ce qu’avec sa très significative communauté kurde déjà sérieusement malmenée. On frémit à l’idée que la situation se retourne, que la Turquie soit agressée par l’un de ses multiples ennemis et fasse appel à l‘article 5 du traité de l’Otan qui veut que les pays membres de l’alliance volent au secours d’un des leurs en cas d’agression extérieure. Le cas échéant, cela voudrait dire que les armées européennes et des Etats-Unis seraient engagées pour défendre une Turquie guerroyant indirectement contre certains pays membres et occupant Chypre…

Grandeur et décadence de la diplomatie internationale !

L’Asie nourrit les siens

Paris-Chinatown, dans l’entresol des tours Olympiades rue de Tolbiac, le parking Avis est logé au bout de cet immense espace dédié au commerce asiatique. Le locataire d’une minuscule Clio se faufile au milieu des semi-remorques qui défilent pour livrer leurs marchandises devant une succession d’entrepôts où s’entassent du crabe de Thaïlande, de la crevette de la mer de Chine, du Nuoc-mâm du Vietnam, de la nouille chinoise et sans doute d’autres marchandises plus ou moins avouables. C’est une véritable ruche en plein Paris, une sorte d’impressionnant Rungis chinois…

L’Asie nourrit les siens !

La puissance des nations désunies


Le clan syrien des Assad qui tient la Syrie avec l’aide de ses alliés russe et iranien continue à reconquérir le territoire un temps perdu face à un patchwork, devenu assez incompréhensible, composé de rebelles, de terroristes, de religieux, de laïques, de kurdes, d’arabes, soutenus, ou pas, par un autre patchwork de nations étrangères arabes, slaves, européennes, américaines… Dans cette situation kafkaïenne, ceux qui tirent leur épingle du jeu sont les Etats qui sont sur le terrain avec des forces armées : la Syrie, qui est chez elle, la Russie et l’Iran qui y sont invités par la première. Ces Etats sont déterminés, ont des moyens et ne renoncent à rien pour atteindre leurs objectifs. Ils sont donc en train de gagner, au moins provisoirement.

Le pays est en partie détruit, des millions de syriens quittent ou ont quitté la Syrie, des massacres en tous genres ont eu lieu et sont en cours, des civils et des hôpitaux sont sciemment visés. Il faudra plusieurs générations pour redresser ce pauvre pays si la situation un jour le permet. Les quinze pays membres du conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU) planchent régulièrement sur le sujet pour essayer de mettre fin à cette guerre d’un nouveau genre et peine à trouver un accord.

Une nouvelle résolution sur un cessez-le-feu temporaire en en cours de discussion. Les associations humanitaires et la presse à sensation s’époumonent contre « l’impuissance des Nations-Unies ». Le refrain est connu, la naïveté des commentateurs ne change pas. Les « Nations-Unies » sont tout simplement Nous ! L’impuissance des Nations-Unies c’est la puissance des nations fortes à défendre leurs intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général. Les Nations-Unies ne sont pas une création ex-nihilo, ce sont tout simplement nos nations qui essayent de se mettre d’accord sur des sujets communs, avec difficultés et des résultats mitigés. L’irresponsabilité des « Nations-Unies » c’est notre responsabilité collective. Ceux qui siègent et qui votent au conseil de sécurité ce sont les représentants de nos dirigeants élus. L’impuissance des Nations-Unies, c’est tout simplement notre incompétence qui laisse la bride au cou aux nations puissantes dans un contexte donné comme c’est actuellement le cas de la Russie et de l’Iran sur le terrain des combats en Syrie. Le mieux est de l’assumer. Ceux qui ont l’illusion de la puissance sont ceux qui ont des combattants sur le terrain, mais cette puissance est éphémère, souvenons-nous de l’Indochine, du Vietnam, de la Somalie, de l’Irak… Ceux qui détiennent la clé sont les syriens qui peut-être un jour réussiront à s’entendre et reconstruire.

Pour le moment, l’Occident n’arrive à rien avec la Syrie dont le régime s’est donné au Diable. Tout le monde le paiera, les syriens ont commencé, la Russie suivra et l’Occident avec.

La réalité dépasse la fiction en Afghanistan

Un salve d’attentats religieux particulièrement violents ensanglante l’Afghanistan ces derniers jours, généralement revendiqués par les talibans, rebelles de profession, fous de Dieu et trafiquants de drogue particulièrement efficaces : 20 morts le 20 janvier dans un hôtel international, 5 morts dans une organisation non gouvernementale le 25 janvier, plus de 200 morts dans une rue bondée du centre de Kaboul le 27 janvier. D’habitude les talibans déclenchent leur « offensive de printemps », au printemps, cette année ils prennent de l’avance et ne reculent devant vraiment rien.

Lire aussi : ‘Pukhtu : Primo (tome 1) & Secundo (tome 2)’ par DOA

Mumbai

Mumbai – 2017-11

Mumbai, sur les traces de ses pas il y a presque quarante ans, le chroniqueur redécouvre Gateway of India, un monument colonial sans grand intérêt sinon sa situation au bord de la mer d’Arabie. Construit à la gloire du roi Georges V, il fut franchi une dernière fois par les militaires britanniques après que leurs dirigeants aient octroyé l’indépendance du pays.

Cet immeuble servit de base à Gandhi de 1917 à 1934 et il y proclama le lancement de l’action pacifique pour l’indépendance de l’Inde. Il y fut aussi arrêté en 1932. Mais finalement le combat non-violent fut victorieux, l’indépendance fut proclamée en 1947 mais Gandhi ne sut éviter le drame de la partition du pays entre Inde et Pakistan, ni son cortège de massacres qui entraînèrent près d’un millions de morts.

www.gandhi-manibhavan.org

Visa et religion

Dans sa demande de visa faite auprès du consulat Indien de Paris, le citoyen français doit mentionner sa religion.

Pour ceux qui en doutaient, la laïcité n’a guère traversé les frontières hexagonales. Cette laïcité paraissait un principe de gouvernement de la Cité normal et admis de tous mais le concept prend l’eau de toutes parts en France, quant à l‘étranger, il n’y a jamais été vraiment exporté.

Des dirigeants séditieux en fuite

Démis de leurs fonctions par le gouvernement espagnol, poursuivis en justice pour rébellion et sédition, les principaux ex-dirigeants du gouvernement autonome catalan ont fui l’Espagne pour se réfugier en Belgique. Leur président est convoqué par la justice en fin de semaine à Madrid.

Dans un autre genre, le président du Kurdistan irakien qui avait lui aussi organisé un référendum illégal a démissionné. Le vote en faveur de l’indépendance n’a abouti qu’à une reprise en main par le gouvernement légitime et le départ du président.

Dans ces deux situations, des dirigeants de rencontre ont fait de l’agit-prop au lieu de gouverner avec raison, ils ont mené des clans au lieu d’agir dans le sens de l’intérêt général, ils ont fait preuve de maladresse insigne alors qu’on attendait d’eux du courage et de l’efficacité. Alors, une fois leur incompétence avérée et le chaos installé, ils ont fui !

La Turquie… encore et toujours

Le président turc, qui a priori n’a pas d’autres tâches plus urgentes à accomplir, conseille dans les médias aux citoyens allemands d’origine turque de ne pas voter pour les partis qu’il qualifie « d’ennemis de la Turquie », c’est-à-dire, dans son esprit, de tous les partis traditionnels. Comme il y a en Allemagne environ trois millions de citoyens d’origine turque, on peut imaginer que cette nouvelle saillie présidentielle puisse rencontrer quelque écho. Ce ne sera pas le cas si ces citoyens se sentent plus attachés à leur nouvelle patrie plutôt qu’à celle dont ils sont issues. L’analyse des votes des prochaines élections législatives allemandes sera édifiante à cet égard.

C’est d’ailleurs là l’un des défis importants de l’immigration dans les pays occidentaux. La France avec sa communauté d’origine magrébine y est également confrontée : comment intégrer ? La meilleure preuve de bonne acclimatation à une nouvelle communauté nationale dont on a hérité de la nationalité (ou dont les générations précédentes l’ont acquise), n’est-elle pas justement la participation au processus politique de son pays d’adoption en parallèle à l’abandon de celui dont on vient ?

Un second critère intéressant pourrait être de savoir où ces citoyens investissent leurs économies (pour ceux qui le peuvent). On se souvient que l’immigration portugaise en France des années 50 et 60 s’est traduite par un nombre significatif de naturalisations de citoyens qui continuèrent à réinvestir leur épargne dans la construction de maisons… au Portugal. C’est l’exemple d’une intégration partielle que l’octroi de la nationalité française, et donc du droit de vote, n’a pas vraiment approfondie.

Les slogans antiallemands lancés à tout va par les autorités turques ont finit par déclencher un peu d’émotion à Berlin qui est en train de revoir sa coopération économique avec ce pays belliqueux. Les investissements allemands sont relativement importants en Turquie et chacun risque de d’y perdre, Ankara sans doute plus que Berlin.

Dictateur, c’est un métier !

Les dictatures de Corée du Nord et du Venezuela occupent l’actualité ces derniers temps avec des exploits dont on se passerait bien.

La Corée du Nord est maintenant élevée au statut de puissance nucléaire grâce à la constance de la famille Kim qui a engendré trois dictateurs staliniens d’opérette ayant successivement dirigé le pays. Le régime est totalitaire et a développé une propagande qui a éteint toute opposition et érigé un culte de la personnalité en faveur de son dirigeant suprême à l’égal de celui dont Staline avait disposé en son temps. Il n’y a pas d’élections libres. Le pays est isolé du reste du monde et l’un de ses principaux objectifs politiques est la confrontation avec l’extérieur.

Le Venezuela est gouverné depuis plusieurs années par des dirigeants populistes élus dans des élections plus ou moins démocratiques mais en tout cas soutenus par une partie des citoyens. Le développement économique est basé sur des principes marxistes et le pays est ruiné malgré ses réserves pétrolières considérables.

Dans un cas comme dans l’autre, ces dirigeants consacrent la majorité de leur temps et des moyens des Etats qu’ils squattent à se maintenir au pouvoir quel qu’en soit le prix à payer pour leurs pays : la ruine, voire la guerre. La confrontation avec l’extérieur leur permet par ailleurs de mobiliser leurs peuples, plus ou moins consciemment, derrière eux. Au Venezuela où existe tout de même un processus électoral, le pouvoir doit jouer avec les institutions pour museler son opposition. En Corée du Nord, il suffit d’exécuter les contestataires qui de ce fait semblent assez peu nombreux.

Si ces dirigeants de rencontre consacraient la moitié de l’énergie qu’ils dépensent actuellement pour maintenir leurs dictatures au développement censé de leurs pays, nous n’en serions pas là et eux non plus.

La démocratie dans sa conception occidentale a bien des inconvénients que nous vivons tous les jours, mais elle a l’immense mérite d’empêcher l’apparition de telles situations, au moins jusqu’ici. Conservons-là, protégeons-là et cessons de maugréer à tous instants contre ce qu’elle est !

La religion prend le dessus de l’éducation en Turquie

Les autorités en charge de l’éducation en Turquie annoncent que les programmes scolaires du pays ne mentionneront plus la théorie de l’évolution de Darwin faute « de pertinence » mais incluront désormais l’enseignement du « bon jihad », celui qui exalte l’amour de la patrie. C’est le début de la fin du principe de la laïcité turque encore inscrit dans la constitution pour le moment. C’est en tout cas le crépuscule d’une époque, celle lancée par Atatürk de la modernisation du pays basée sur son virage vers l’Ouest.

Le créationnisme qui va à l’encontre du darwinisme est inscrit dans l’ancien testament et le jihad l’est dans le Coran. Ils sont donc privilégiés par le pouvoir religieux démocratiquement élu : la foi plutôt que la raison. C’est une vieille histoire. Rien n’est éternel et gageons que ce pays reviendra un jour sur les chemins abandonnés aujourd’hui. Il aura simplement pris du retard.