La France culottée

Avec le culot qui la caractérise, la France se permet de faire la leçon à la Chine qui traite avec une relative mollesse (par rapport à ses habitudes) les émeutes se déroulant actuellement sur son territoire de Hong Kong. Que n’aurait-on dit si Pékin s’était ingérée dans les émeutes qui ont agité la France tout au long du premier semestre 2019 !

Hong Kong – Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères (14 août 2019).

Les manifestations à Hong Kong se poursuivent dans un climat de plus en plus tendu. Cette situation fait l’objet d’un suivi très attentif de la part de la France, en lien avec ses partenaires, notamment européens. J’appelle toutes les parties, en particulier les autorités hongkongaises, à renouer le fil du dialogue afin de trouver une issue pacifique à cette crise et de mettre fin à l’escalade de la violence.

La Loi fondamentale de Hong Kong et le principe « un pays, deux systèmes » garantissent l’Etat de droit, le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ainsi que l’autonomie du système judiciaire, qui sont essentiels à la population et à la prospérité économique de Hong Kong.

La France est profondément attachée au respect intégral de l’ensemble de ces principes.

www.diplomatie.gouv.fr

Le territoire et les citoyens de Hong Kong, ex-colonie britannique rendue à l’Empire du Milieu en 1997, bénéficient d’un statut particulier qui leur donne plus d’autonomie que le reste des régions chinoises. Ce statut est provisoire et doit durer jusqu’en 2047 suivant l’accord de décolonisation signé entre le Royaume-Uni et la Chine. Il est probable qu’à l’issue de ce délai, le territoire de Hong Kong retournera au droit commun de la Chine. Qui sait d’ailleurs ce que sera le régime chinois en 2047 ?

Les citoyens hong-kongais craignent en tout cas que leurs libertés seront alors restreintes. C’est probable compte tenu de ce que l’on sait aujourd’hui du régime chinois. Toutefois, le pragmatisme de Pékin fait que peut-être un air de liberté au moins économique continuera de souffler sur le territoire compte tenu de son importance comme place financière, à moins que d’ici-là Shangaï ne se soit substituée à Hong Kong ? C’est sans doute la meilleure tactique à mener par la Chine : rendre Hong Kong moins indispensable pour Pékin afin de pouvoir normaliser cette région.

Hélas pour les citoyens locaux, il est peu probable que personne au sein de la communauté internationale ne parte « en guerre » pour préserver leur liberté « spéciale ». De même que l’annexion de la Crimée par Moscou n’a pas déclenché une grande émotion au-delà de quelques sanctions économiques, le retour de Hong Kong dans le droit commun chinois ne sera probablement empêché par personne, d’autant plus qu’il est prévu dans le traité de décolonisation entre Londres et Pékin.

Confirmation : la Russie n’aime pas l’Occident

Pour ceux qui avaient encore des illusions sur ce que pense la Russie officielle de l’Occident, ils auront été éclairés par les récentes déclarations du président russe dans différents médias. Depuis une dizaine d’années que Moscou a réaffirmé sa puissance, ses représentants pointent la décadence de l’Occident qui « marie ses homosexuels », M. Poutine revient sur ces changements sociétaux qu’il désapprouve. Il déclare dans une interview au Financial Time du 27 juin que « l’idée libérale est morte » :

The ruling élites have broken away from the people [in the US as in Europe]. There is also the so-called liberal idea, which has outlived its purpose. Our Western partners have admitted that some elements of the liberal idea, such as multiculturalism, are no more tenable.

https://www.ft.com/video/a49cfa25-610e-438c-b11d-5dac19619e08

Interrogé sur cette déclaration au sommet du G20 d’Osaka le 29 juin il illustre ce qu’il a voulu dire en précisant qu’il se revendique libéral lui-même mais qu’il existerait à ce jour « cinq ou six genres de personnes… je ne comprends même pas ce que c’est » ! Il développe sa pensée en précisant qu’une minorité ne peut pas imposer sa volonté à la majorité, en tout cas ce n’est pas ainsi que cela se passe en Russie. Il élargit le sujet aux flux d’immigration qui arrivent en Europe.

Quand on détaille la politique économique russe et la façon dont elle a été privatisée après l’effondrement de l’Union soviétique, on peut avoir quelques doutes sur son aspect « libéral », mais qu’importe, tous les goûts (et les politiques) sont dans la nature et les résultats de cette politique économique feront œuvre de juge de paix le moment venu. Plus déprimant sont ce que ces déclarations racontent de l’état de la relation entre la Russie et le monde occidental, en tout cas européen : Moscou méprise profondément tout ce qui est à l’Ouest de l’Oural et, sans doute, matérialise ce mépris par des actions d’agit-prop afin de nuire à cet Occident honni qui lui, en retour, manifeste indécision et division dans l’attitude à opposer. C’est une sorte de nouvelle guerre froide dont l’issue, comme la précédente, reposera sur la capacité de la Russie à suivre économiquement l’Occident.

Malgré les envolées lyriques occidentales régulières sur l’amitié avec la Russie, l’Histoire montre que la relation a toujours été houleuse entre l’Ouest et Moscou, sous les tsars comme sous les soviétiques, les déclarations du président actuel ne sont que la continuation de cette situation : on a toujours préféré s’opposer que coopérer, à l’exception notable de la deuxième mondiale mais l’éclaircie fut de courte durée… C’est ainsi, on ne peut pas s’entendre avec tout le monde mais il faut arriver à maintenir l’affrontement dans les limites du raisonnable. Le reste est l’affaire du peuple russe qui, peut-être un jour, préfèrera que son Etat dépense un peu moins d’énergie et d’argent pour nuire à l’extérieur et un peu plus à développer son économie intérieure.

Négociations américano-talibanes

Les Etats-Unis mènent des négociations plus ou moins officielles au Qatar avec la rébellion talibane d’Afghanistan. L’objectif est de sortir l’armée américaine des terrains de combat afghans où elle tente avec assez peu de succès d’endiguer le retour des talibans au pouvoir à Kaboul, et avec eux leur cortège de pratiques religieuses d’un autre âge.

Les militaires américains sévissent sur place depuis 2001 et l’attentat terroriste du 11 septembre contre du World Trade Center. Il s’agissait alors de « casser la gueule » aux talibans qui avaient inspiré cet attentat (3 000 morts et 6 000 blessés) et qui abritaient Ben Laden, cerveau saoudien de l’opération. Le problème est qu’une fois cette tâche accomplie, l’Occident s’est mis en tête d’occidentaliser l’Afghanistan en lui indiquant le chemin de… la démocratie. C’était la théorie des néo-conservateurs américains : répandre la démocratie par l’exemple, et au besoin par la force militaire. Les forces de l’OTAN ont alors été mises à contribution et, près de 20 ans plus tard, le dossier n’a pas avancé. Les talibans sont repartis dans leurs montagnes à l’abri desquelles ils mènent leurs actions terroristes pour chasser les forces impies, le business d’opium a explosé, le gouvernement officiel ne gouverne pas grand-chose au-delà de la capitale, et encore, la plupart des forces de l’OTAN sont rentrées dans leurs pénates après avoir encouru des pertes significatives, les attentats terroristes sont légion, les contribuables occidentaux ont dépensé des dizaines de milliards d’euros dans ce pays en vain et les talibans sont aux portes du pouvoir. Seule éclaircie dans ce désastre, il semble que les attentats terroristes menés en Occident ces dernières années ne soient plus fomentés en Afghanistan mais plutôt au Proche et Moyen-Orient.

La constance avec laquelle l’Histoire se répète est parfois confondante. On se souvient qu’en 1962 la France coloniale signait avec l’Algérie des accords de paix et d’indépendance qui prévoyaient explicitement que les harkis (supplétifs locaux de l’armée française) ne feraient l’objet d’aucune mesure de discrimination après l’indépendance. Il ne fallut pas trois mois après la signature de l’accord pour qu’environ 100 000 harkis ne soient massacrés ! En 1973 les Etats-Unis négocient avec le Vietnam du Nord (communiste) un accord de paix qui prévoit le maintien de la République du Vietnam (du Sud). Il ne faudra pas trois années aux nordistes pour réunifier militairement le Vietnam et instaurer un régime communiste sur la totalité du pays.

La négociation en cours avec les talibans d’Afghanistan suivra probablement la même voie : promesses écrites de ces derniers contre engagement américain du retrait des troupes ; les premières ne seront pas réalisées une fois que ce dernier sera effectif et les talibans reprendront le pouvoir avec les méthodes qui leur sont propres afin de gouverner un pays qui, finalement, n’est sans doute pas vraiment contre.

Vouloir « casser la gueule » des talibans après les attentats américains de 2001 était somme toute compréhensible mais il aurait fallu évacuer ce pays une fois la tâche réalisée. Penser y instaurer la démocratie par les armes fut une illusion qui coûta très cher, à tout le monde. Croire aujourd’hui à des engagements talibans quels qu’ils soient serait une faute. Comme à Alger en 1962, comme à Saïgon en 1973, une fois la puissance colonisatrice ou occupante partie, les nouveaux dirigeants de ces pays « libérés » iront vers où les portent leurs sentiments, sans ne se soucier ni de leurs engagements pris ni des états d’âme de leurs anciens occupants.  Mais il faut bien que les « envahisseurs » s’en aillent un jour de façon plus ou moins honorable car ils ont encore une capacité de nuisance. Alors on négocie le départ contre un traité de papier sur lequel sans doute personne ne se fait beaucoup d’illusions. Le plus étonnant réside dans le fait que se renouvelle encore si régulièrement ce genre de situation !

Ainsi va l’Histoire et il est fort probable qu’elle ne se répète sous peu en Afghanistan.

La Turquie entre deux rives

La Turquie et son tonitruant président, membre actif de l’organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), est en train d’exécuter un contrat d’armement avec la Russie, prévoyant notamment la livraison de missiles anti-aériens supposés très sophistiqués qui doivent être opérés avec une assistance russe. Dans le même temps, les entreprises turques devaient participer au pool de fournisseurs du programme d’avion de combat américain F35. Les autres membres de l’Alliance, et plus particulièrement les Etats-Unis s’émeuvent de cette double allégeance et Washington vient de suspendre la participation turque au programme F35 craignant qu’elle ne facilité l’acquisition de données sur cet avion du futur par la Russie.

Au-delà de ces considérations tactiques et techniques bien compréhensible on voit une nouvelle fois les hésitations de la Turquie à se positionner : entre République et Empire, entre Europe et Asie, entre laïcité et religion, entre l’Est et l’Ouest, entre démocratie et dictature. Bref, à la différence de nombre de pays européens, elle n’a pas abdiqué de sa volonté de puissance et fait feu de tout bois pour tenter de revenir à un statut d’influence, empruntant toutes les voies qu’elle pense ouvertes pour ce faire. Cela se fait hélas au détriment de ses convictions et d’une ligne de politique étrangère claire.

Les alliés de la Turquie au sein de l’OTAN peuvent légitimement s’inquiéter de cette attitude girouette. En cas de conflit dur, quel camp choisirait Ankara ? On ne le sait pas vraiment, sans doute pas plus son tonitruant président d’ailleurs, et on frémit à l’idée que tout le matériel militaire de l’Alliance stationné en Turquie puisse être utilisé à mauvais escient. Sans doute des précautions ont été prises pour tenir compte de la fiabilité limitée de cet allié remuant. Entre la Pologne définitivement rebelle à tout rapprochement avec la Russie compte tenu de son histoire récente et la Turquie menant des alliances de circonstance avec Moscou, ennemi historique de l’OTAN, la voie est étroite pour gérer les intérêts contradictoires d’une alliance militaire. Pas sûr qu’elle n’y résiste, ou alors va-t-elle réduire son envergure comme l’Union européenne se séparant du Royaume-Uni, pour se concentrer sur ses vrais amis.

320 morts au Sri-Lanka dans un attentat religieux

Le groupe Etat islamique a revendiqué l’attentat terroriste qui a fait plus de 320 morts et encore plus de blessés dans des hôtels et des églises de cette île-Etat. Il s’agit d’une attaque coordonnée de plusieurs kamikazes qui ont ciblé tout particulièrement des églises où se pressaient des foules de fidèles à l’occasion de la célébration des fêtes catholiques de Pâques. La cible des hôtels a « permis » d’atteindre une population non-sri-lankaise nombreuse.

C’est un Dieu contre un autre, et la guerre continue ! Elle a même tendance à s’élargir à des pays d’Asie qui étaient jusqu’ici plutôt épargnés par cette barbarie religieuse.

Constantinople et la politique moderne

En campagne électorale municipale le président turc passe la vitesse supérieure dans le beaufitude de son argumentation politique. Le voici maintenant qui s’attaque au statut de la basilique Sainte-Sophie à Istanbul, qui a été successivement une église, puis une mosquée, puis un musée depuis 1934, au fur et à mesure des guerres de conquête des croisés catholiques puis des guerriers musulmans qui ont marqué cette ville, de Byzance à Istanbul, en passant par Constantinople. Dans sa grande sagesse le président Atatürk avait transformé l’ancienne basilique en musée pour marquer l’impossible réconciliation entre les religions, alors que ses troupes voulaient la dynamiter en 1918 après la défaite des puissances de l’Entente lors de la première guerre mondiale et que des troupes occidentales occupaient Istanbul…

Evidement le président actuel dont l’une des stratégies est de réislamiser la Turquie s’empare du dossier et veut retransformer ce musée en mosquée. On se demande s’il n’a vraiment rien de mieux à faire que de perdre son temps à ces billevesées religieuses qui n’intéressent que les extrémistes des deux bords. Il pourrait par exemple consacrer un peu plus de temps au développement économique de son pays ? Ainsi vont politique et religion lorsque par malheur elles sont mélangées.

La Turquie attise le feu

Tout en subtilité, le président turc commente dans ses meetings les attentats de Nouvelle-Zélande contre deux mosquées qui ont fait 50 morts et de nombreux blessés, commis par un suprémaciste blanc australien qui a priori ne nie pas les faits mais au contraire les a théorisé sur ses différents comptes dans les médias dits-sociaux. En campagne électorale le président turc harangue les foules en clamant :

Ce n’est pas un acte isolé, c’est quelque chose d’organisé… Ils sont en train de nous tester avec le message qu’ils nous envoient depuis la Nouvelle-Zélande, à 16 500 kilomètres d’ici.

Se référant à la bataille des Dardanelles pendant la première guerre mondiale, perdue par les alliés, y compris l’Australie, contre l’empire ottoman, il ajoute :

Il y a un siècle, vos aïeuls sont repartis à pied ou dans des cercueils. Si votre intention est la même que la leur, nous vous attendons.

Le terroriste australien qui a mené ces attaques a filmé ses exploits qu’il a diffusés en direct sur les réseaux dits-sociaux. Le président turc a rediffusé une partie de ces images lors de meetings électoraux. Il est indéniable que cet attentat en Nouvelle-Zélande était dirigé contre l’Islam comme ceux commis ces dernières années étaient dirigés contre les non-musulmans. Dans un cas comme dans les autres, ils sont surtout le triomphe de la bêtise humaine sur l’intelligence, la victoire de l’obscurantisme religieux contre la raison. Il n’est pas sûr que la récupération de ces attaques meurtrières dans le cadre d’un débat électoral puisse avoir d’autres effets que celui d’attiser les haines des uns contre les autres. Ce n’est pas le rôle qu’une démocratie assigne à ses dirigeants.

Le gouvernement australien s’est ému de ces propos présidentiels et en a demandé le retrait. Comme il est assez peu probable qu’il obtienne satisfaction, il recommande en attendant la prudence à ses concitoyens qui voudraient se rendre en Turquie. C’est bien le moins.

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Attentat terroriste en Nouvelle-Zélande

Un « suprémaciste blanc » australien a attaqué cette semaine des mosquées dans la ville de Christchurch en Nouvelle-Zélande, il y a une cinquantaine de morts. Le terroriste est arrêté, il a filmé et diffusé en direct ses meurtres sur Facebook. Ce pays pacifique est choqué, la dernière fois qu’il eut à affronter le terrorisme c’était lors de l’action des services secrets français contre le bateau écologiste Rainbow Warrior qui manifestait contre les essais nucléaires français dans le Pacifique, il y eut un mort, c’était en 1985.

On suppose que le nom de la ville, Christchurch, n’a pas été choisi au hasard par ce suprémaciste dont l’idéologie est de marquer la supériorité de la civilisation blanche et chrétienne sur le reste de la planète, et particulièrement face à la civilisation islamique. Le terrorisme idéologique est maintenant clairement mondialisé et le bal morbide des crétins n’a plus de frontière, du Bataclan à Christchurch.

La justice japonaise

L’emprisonnement en garde à vue au Japon du pédégé du constructeur automobile Nissan, Carlos Gohsn, pour soupçons de malversations financières au détriment de l’entreprise qu’il dirigeait, permet de réaliser ce dont est capable une justice de choc qui ne plaisante pas. Les délinquants en col blanc peuvent rester en prison des mois pour attendre leur jugement et c’est ce qui est train de se produire pour ce pédégé. A chaque fois que la fin de sa garde à vue approche de son terme, une nouvelle inculpation tombe et le garçon reste derrière les barreaux, a priori sans l’ombre d’un traitement de faveur.

Sans doute les (nombreux) responsables français qui accusent en permanence la justice nationale d’être « aux ordres du pouvoir », de « ne pas respecter la présomption d’innocence », et bla-bla-bla et bla-bla-bla, devraient regarder d’un peu plus près comment la chose judiciaire se déroule dans une démocratie comme le Japon, ils apprécieront peut-être un peu plus notre système national, sans doute perfectible mais aussi globalement respectueux des droits des droits des justiciables. La justice japonaise décidera de la culpabilité ou de l’innocence de M. Gohsn. Quoi qu’il ait fait, il devait savoir que travailler et vivre (au moins à épisodes) dans un pays étranger vous soumet aux lois et règlements dudit pays et qu’il convient de s’y plier si l’on ne pas encourir les foudres de la justice locale, surtout lorsqu’elle est sévère comme au Japon.

Les dictateurs jardinent


Une journaliste du Monde a identifié le parc Kim Il-sun dans le centre de Damas en Syrie. Inauguré en 2015, ce jardin est fermé au public mais son portillon est facilement franchissable et des gamins jouent au football sur ses pelouses. Il semble que ce parc ait été édifié en hommage à l’indéfectible amitié liée entre les dictateurs à la tête de ces Etats. Dans les deux pays le pouvoir se repasse de père en fils qui appliquent des politiques assez similaires avec comme objectif premier de garder le pouvoir au sein de la famille. Jusqu’ici ils y ont réussi. Les Assad rendant hommage aux Kim, c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité.

Exécutions capitales au Japon

Le Japon a fini d’appliquer les condamnations à mort prononcées par la justice locale à l’encontre de treize dirigeants de la secte Aum, une bande criminelle inspirée par un mélange d’idéologies religieuses, principalement bouddhiste et hindouiste, mais aussi par l’annonce de l’apocalypse cette fois-ci très chrétienne, le tout assorti d’un zeste de science-fiction.

Le gourou en chef de cette organisation finit par justifier meurtres et attentats comme outils de la doctrine. Le groupe terroriste commis une attaque chimique au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995 qui tua 13 personnes, en intoxiqua des milliers d’autres et créa un traumatisme profond dans la société japonaise. Ce gourou et douze membres participants à l’attentat ont été condamnés à mort et exécutés ces jours-ci par pendaison, vingt-trois ans après les faits.

Le coté troublant dans l’idéologie de cette secte fut sa capacité à recruter des militants issus de catégories sociales plutôt favorisées et bien formées. Le « charisme » du gourou laisse pantois. La secte qui avait une existence légale officielle a été remplacée depuis par une autre qui continue à diffuser les mêmes sornettes mais en se plaçant dans le cadre du respect de la loi.

Pas grand monde ne va trop s’émouvoir de l’exécution de ces treize membres d’une secte surréaliste et criminelle. Les pays européens, dont la France, rappellent leur solidarité avec les victimes et leurs familles mais aussi leur opposition à la peine de mort. On est ici face à un vrai cas de conscience : la culpabilité des condamnés n’est pas discutée, l’horreur aveugle d’une attaque chimique dans le métro est évidente, la démocratie japonaise n’est pas non plus contestée, le fait que les accusés soient sans doute irrécupérables pour s’adapter au mode de vie d’une société démocratique est sans doute très probable, mais soit l’on est opposé à la peine de mort par principe et on l’abolit, soit on garde cette arme judiciaire et on l’administre dans un cadre légal démocratique, c’est la position du Japon, et d’ailleurs des Etats-Unis d’Amérique. Le monde actuel vit le même genre de dilemme avec les terroristes religieux islamistes.

C’est un véritable cas de conscience. La majorité des sociétés occidentales l’ont résolu en abolissant la peine capitale sur le double thème de la morale et de son inefficacité à réduire la criminalité.

Psychodrame religieux en Israël

Depuis la création de cet Etat, les jeunes hommes étudiant la Torah dans les écoles religieuses israéliennes sont exemptés de faire leur service militaire, qui dure trois ans dans ce pays quasi-continuellement en guerre. Les partis religieux extrémistes qui font partie de la coalition au pouvoir estiment que les étudiants qui consacrent leur vie à Dieu et aux textes sacrés ne peuvent dévier de cette mission. En face certains parlent le langage du droit et de la rupture d’égalité des citoyens face au service de l’Etat.

Comme partout Dieu et le code civil n’ont jamais fait bon ménage, c’est la parole divine contre la construction humaine du droit. La religion s’y est toujours également bien entendu pour défendre ses privilèges, en Israël comme ailleurs. Ces pratiques d’un autre âge sont toujours de mise, hélas ! Que la République laïque nous protège de ces absurdités.

Les Russes en Centrafrique

Un accord militaire aurait été signé en décembre 2017 entre la Russie et la Centrafrique incluant une livraison d’armes au gouvernement local (dûment autorisée par l’ONU par exception à l’embargo en cours) et la formation des forces militaires gouvernementales.

La presse rapporte que l’on voit dans les rues de Bangui des militaires russes ressemblant plus à des mercenaires qu’à des soldats réguliers. Ils assurent la sécurité rapprochée du président centrafricain et cohabitent, pacifiquement pour le moment, avec la force internationale de l’ONU censée maintenir la paix entre les nombreuses milices qui se battent entre elles et avec les maigres forces gouvernementales. La Russie lorgne aussi sans doute sur les ressources minières dont ce pays est doté.

Ce pays bantou est un mystère insondable : incapable de se développer harmonieusement, la mauvaise gestion, les luttes tribales, l’alcool et le sida y font des ravages depuis des décennies. Massacres, pillages, fraudes et incompétence ont depuis longtemps perdu cette République. La France, ancienne puissance coloniale, a tout à se reprocher dans cette triste affaire. Le pays a été transformé en vaste terrain d’entraînement militaire français après l’indépendance. L’armée française y régnait en maître jusqu’à son départ à la fin des années 90’, un proconsul de la DGSE (le commandant Mansion) manipulait le président, des repris de justice corses dirigeaient les casinos de la capitale, Giscard-dit-d’Estaing venait y chasser le gros gibier et tout ce petit monde trafiquait le diamant se compromettant jusqu’au « sacre de l’empereur Bokassa », sommet du ridicule et de la perversion de la bien triste « francafrique ».

D’interventions militaires en débarquements de présidents, la France a plus ou moins passé la main à l’ONU au début du XXIème siècle, qui ne réussit pas plus à remettre ce pays sur les rails d’un développement paisible. Alors que les russes s’y essayent, pourquoi pas ? Les interventions étrangères de ces dernières années ont sans doute limité l’ampleur des massacres inter-ethniques mais l’avenir est sombre, sans doute sans espoir. Que les russes soient mercenaires ou réguliers, qu’importe, ils sont certainement soutenus et envoyés là par le gouvernement russe qui ne s’en cache pas. On se souvient avec quel aplomb le président russe affirmait que les citoyens russes tués sur le front ukrainien devaient y être « en vacances » mais certainement pas en mission commandée…

Cette fois-ci la Russie assume sa présence et c’est très bien ainsi. Nous verrons où ils en seront dans quelques années. Puissent-ils réussir à apaiser ce pays désespérant !

Confirmation en Turquie


Un président turc se fait réélire ce week-end au premier tour et son parti islamisé est confirmé au parlement. Après une modification de la constitution approuvée par référendum lui octroyant les pleins pouvoirs, M. Erdogan , un peu calife, un peu soupe-au-lait, très nationaliste, est reparti pour au moins cinq années à la tête de l’Etat après déjà quinze ans de pouvoir.

Le garçon ne plaît pas beaucoup à l’Occident, il copine avec Russes ou arabes (sunnites) selon ses intérêts, éventuellement avec des groupes terroristes si cela l’arrange, son armée bataille en Iraq et en Syrie, il vocifère contre l’Europe, traite les dirigeants allemands de « nazis », mène une guerre civile sans fin contre les kurdes de Turquie ; mais il plait à ses électeurs qui le renouvellent très régulièrement et, même s’il y a sans doute un peu de fraude électorale (sans doute pas plus que lors d’une élection d’un président de l’UMP en France), il est largement et bien élu. Son peuple est content.

Son action depuis quinze ans a sans doute définitivement réglé le sujet de la candidature de la Turquie à l’Union européenne dont des dirigeants de rencontre avaient imprudemment inclus le principe dans le traité de Rome. Ce pays ne peut ni ne veut adhérer, et c’est bien ainsi car les Etats membres actuels ne veulent pas plus de cette adhésion. Voilà un point sur lequel tout le monde est d’accord d’un côté et de l’autre du Bosphore. Alors bien sûr Ankara, comme une fiancée éconduite, va tout faire pour nuire à l’Union européenne mais ce n’est pas la seule capitale à chercher à perturber, nous pouvons même dire que ce sont les lois du genre.

Mais la Turquie fait partie du traité de l’alliance atlantique (OTA N) et là les choses sérieuses commencent. Cette alliance majoritairement américano-européenne offre l’abri du parapluie nucléaire US à l’Europe frileuse et oblige l’alliance à défendre chacun de ses membres en cas d’attaque, et ce n’est pas rien. Ankara abrite des troupes et des armes nucléaires de l’OTAN sur son sol. On frémit à l’idée de ce que ce pays oriental pourrait en faire si la mauvaise humeur de son président se transformait en attitude belliqueuse ! Les chefs militaires comme les dirigeants politiques de l’après-guerre ont cru que la Turquie était occidentale. Ils se sont trompés. Nous reverrons la situation dans 30 ans.

En attendant il faut bien composer avec ce pays clé malgré les sautes d’humeur de son chef. Une diplomatie basée sur les faits et la discrétion reste le mieux que l’on puisse faire pour le moment. Laissons le raïs s’égosiller dans ses meetings électoraux sans réagir, les réalités économiques permettront à l’Europe de maintenir ses intérêts bien mieux que des réactions verbales inutiles.

Les prix du fouteballe en Russie

 


Les prix officiels des tickets des matches de la coupe du monde de fouteballe en Russie s’échelonnent entre 105 et 1 100 USD selon le stade de la compétition auquel on s’intéresse. Il y a une catégorie pour « personnes obèses », sans supplément de prix. Il s’agit des prix officiels affichés sur le site de la fédération internationale mafieuse de foute, gageons que le marché noir doit multiplier par trois ou par quatre.

Israël se déchaîne

Israël fait parler d’elle ces derniers temps et pas toujours de la meilleure façon. En effet, face à des manifestations palestiniennes faisant mine de traverser leur frontière nord pour envahir Israël l’armée tire sur ces manifestants. Il y a des dizaines de morts et ce, le jour où le pouvoir inaugure en grande pompe la nouvelle ambassade américaine transférée de Tel-Aviv à Jérusalem marquant ainsi le soutien des Etats-Unis au fait que cette ville est la capitale unique d’Israël bien que l’organisation des Nations Unies ait voté plusieurs résolutions prônant Jérusalem comme capitale partagée entre Israël et le futur Etat palestinien à créer.

Et revient la petite musique religieuse rappelant que « Dieu a promis Israël au peuple juif » et que c’est ainsi, non discutable. C’est la vieille histoire des références historiques (et, pire, bibliques) pour justifier des conquêtes territoriales. Ces références peuvent être vraies, elles n’en sont pas moins subjectives par nature car jusqu’où remonte-t-on, à quel siècle s’arrête-t-on, la parole de quel vainqueur retient-on ? C’est sans fin et ce sont des fondements ne reposant ni sur le droit, ni sur la science, et encore moins sur la raison. Depuis Neandertal il y a toujours eu des peuples ou des tribus qui ont existé sur un territoire avant d’autres, cela ne leur donne pas pour autant de prééminence sur un territoire, sinon il faudrait rendre les Etats-Unis aux Apaches, les Antilles aux Arawaks, la Savoie à l’Italie et l’Algérie aux descendants d’Homo-Sapiens (qui étaient là bien avant les Kabyles).

Les israéliens et leurs soutiens se réfèrent à l’ancien testament de la Bible pour justifier le « grand Israël », la colonisation des territoires occupés et l’annexion de Jérusalem-Est. Les israéliens et leurs soutiens se réfèrent à l’ancien testament de la Bible pour justifier le « grand Israël », la colonisation des territoires occupés et l’annexion de Jérusalem-Est. Là c’est encore plus contestable car on ne sait même pas qui a écrit ce livre, qui l’a traduit. Il nous dit « Dieu a promis Israël au peuple juif », mais on ne sait pas bien qui est Dieu ; Henri IV ou César, on voit à peu près, mais Dieu on ne l’a jamais vu, il n’a jamais signé de traité international, il ne s’est jamais présenté non plus au cadastre avec un acte de propriété du territoire qu’il « donne au peuple juif » ! Et si l’on commence à croire la Bible sur le « Grand Israël » pourquoi ne faudrait-il pas croire non plus toutes les « vérités » assénées dans le Coran et qui justifient nombre de pratiques d’un autre âge. Non, les livres religieux sont des fables littéraires qui doivent rester dans les bibliothèques à la disposition des théologiens, et n’en point sortir.

Le gouvernement des Hommes doit reposer sur le droit et la Raison. Et il se trouve que le droit et la Raison après lui avoir octroyé un territoire en 1948 demandent à Israël de revenir dans ses frontières de 1967 en restituant les territoires conquis par la force et de partager Jérusalem comme capitale de deux Etats, dont celui de la Palestine à créer un jour. C’est sans doute la raison pour laquelle les conservateurs israéliens se réfèrent à la Bible plutôt qu’à l’ONU.

Après les dirigeants visionnaires, Ben Gourion, Golda Meir, Begin, Rabin, Peres, Israël est maintenant dans les mains d’un clan d’affairistes qui balancent entre l’extrême-droite et l’extrême-judaïsme et ne font pas honneur à l’esprit des fondateurs. Ils colonisent à tour de bras en violation des décisions de la communauté internationale pour imposer le fait accompli. Mais il y a un combat qui est perdu d’avance, c’est celui de la natalité : celle des arabes israéliens (20% de la population, en majorité musulmans) comme celle des pays arabes alentour qui est bien supérieure à celle des israéliens non arabes. L’Histoire est tragique et à terme ceux-ci seront balayés à la fois de l’intérieur de leur pays et de l’extérieur, un peu comme les occidentaux qui perdent progressivement de leur puissance face au reste du monde, ce qui n’est d’ailleurs pas une mauvaise nouvelle. Déjà sous cette pression démographique, Israël en est au point de devoir faire faire du tir au pigeon sur la frontière sud sur les arabes de Gaza pour les bloquer. Cela ne pourra pas durer éternellement, il leur faudra bien composer.

La détestation du monde arabe partagée en Occident, teintée d’une admiration des capacités militaires israéliennes font que ce pays bénéficie d’une indulgence excessive de nos pays. Gageons que l’intelligence et la raison vont prendre un jour le pas sur les sornettes religieuses, bibliques ou coraniques. C’est déjà plus ou moins le cas dans les démocraties occidentales et nombre de pays asiatiques, il n’y a pas de raison que cela ne diffuse pas un jour au Moyen-Orient. Cela prendra des générations mais c’est leur intérêt et celui du reste de la planète.

La Turquie impérieuse

L’hebdomadaire Le Point fait sa une sur la Turquie en affichant en page de couverture une photo de son président sous le gros titre : « Le Dictateur – Jusqu’où ira Erdogan ? ». Des manifestants turcs résidents en France, dont on ne sait pas s’ils ont également la nationalité française, forcent des kiosquiers à retirer l’affiche de la une du Point de leurs kiosques. La rédaction du journal explique être victime d’une campagne de « harcèlement, insultes, injures antisémites ». Les affiches sont remises en place après intervention des autorités françaises.

Cette situation n’est pas véritablement étonnante ni même vraiment inquiétante, mais elle est symptomatique de l’avènement de pratiques propres à ces nouvelles entités appelées parfois « démocratures », alliant démocratie et dictature. Qu’elles soient d’inspiration religieuse comme la Turquie, ou d’obédience plus humaine basée sur la simple volonté de puissance et d’impérialisme comme la Russie, ces nouveaux Etats cherchent à s’imposer au reste du monde non seulement militairement quand ils le peuvent, mais aussi par leurs idées et leurs façons de vivre.

Ainsi nous voyons des soutiens d’un président turc intervenir violemment à l’étranger contre la liberté d’expression propre à ce pays, la Russie perturber des processus électoraux dans des pays occidentaux pour tenter d’y faire élire des candidats de leurs choix, généralement ceux susceptibles d’amener le chaos dans leurs pays une fois élus (Le Pen en France, Trump aux Etats-Unis) et favoriser l’émergence de la puissance de leurs parrains. A l’extrême, des mouvements terroristes actuels inspirés par des courants religieux moyen-orientaux cherchent aussi à modifier profondément les modes de vie en semant le chaos dans leurs pays cibles, occidentaux souvent mais pas toujours.

Le concept « d’agit-prop » (agitation et propagande) n’est pas vraiment nouveau et les occidentaux n’ont pas été les derniers à le développer. La radio américaine Voice of America a pendant des années diffusé sa propagande vers les pays du bloc soviétique pour les convaincre d’abandonner Moscou, la France postcoloniale n’a pas lésiné sur les moyens durant des décennies pour faire prospérer la Françafrique après des indépendances données à ses anciennes colonies. Durant la période coloniale, l’Eglise catholique a aussi puissamment œuvré pour convertir, parfois de force, des populations de va-nu-pieds.

Non, ce qui est nouveau c’est que cette « agit-prop » déroule ses effets perturbateurs désormais au cœur des démocraties occidentales et, qui plus est, menée par les va-nu-pieds d’antan. C’est la réponse du berger à la bergère. Elle caractérise la perte de puissance et d’influence des démocraties occidentales, accentuée en interne par la baisse de moral de leurs populations.

Que l’on se rassure, tout n’est pas perdu pour l’Occident et son mode de vie et de liberté continue à attirer comme un aimant, la vague actuelle des migrants le démontre jusqu’à l’absurde. Même la Turquie met au premier plan de ses préoccupations politiques l’assouplissement dans la délivrance des visas européens à des citoyens turcs. Il y aurait a priori plus de demandes pour entrer en Europe depuis la Turquie que l’inverse. Il faut laisser passer ces caprices de gamins mal élevés, ces comportements passeront sans doute à la Turquie avant que la France ne s’en fatigue. Ce pays a probablement eu plus à souffrir des temps de sa puissance que de ceux de son ouverture à l’Occident. Il aura plus à regretter de sa « démocrature » que de la démocratie. Son peuple s’en rendra bien compte un jour et reviendra à de meilleurs sentiments.

Forte capacité de nuisance de Moscou

Un ex-agent double russe, Sergueï Skripal, réfugié au Royaume-Uni est empoisonné avec sa fille par un gaz de combat innervant. A ce jour les deux russes sont soignés en soins intensifs et dans un état critique, de même qu’un policier qui a été atteint par ce gaz en voulant intervenir sur les blessés. On se souvient qu’en 2006 un opposant russe, Alexandre Litvinenko, avait aussi été empoisonné avec un produit radioactif polonium. Il avait mis une vingtaine de jours à en mourir et produit quelques déclarations et écrits avant son décès. Ce polonium était tellement radioactif que la police britannique a pu suivre à la trace le retour à Moscou des deux agents qui avaient mélangé au thé de M. Litvinenko ; même les avions commerciaux qui les avaient transportés exsudaient la radioactivité… L’un de ces agents a été élu depuis député au parlement russe.

Le président russe et son entourage n’ont jamais caché qu’ils voulaient tuer les agents doubles russes considérés comme des traîtres à la patrie, probablement largement soutenus par la population locale. Les autorités britanniques ont déclaré que l’Etat russe lui semblait responsable de l’empoisonnement de M. Skripal et, du coup, ont rouvert les enquêtes concernant les décès douteux de nombre de citoyens russes, ou d’origine russe, sur le territoire britannique. En attendant des sanctions diplomatiques ont été annoncées par Londres, soutenue par d’autres pays d’Europe de l’ouest ainsi que les Etats-Unis d’Amérique. La Russie conteste son implication dans ces meurtres dans le langage fleuri qui est le sien et parle de manipulation occidentale pour interférer sur l’élection présidentielle se déroulant ce dimanche. Tout est possible, bien sûr.

Quelle que soit le fin mot de cette histoire on sait la Russie portée de tous temps à l’agit-prop internationale et en utilisant les moyens qui sont les siens, souvent brutaux, en tous cas manquant parfois de discrétion. Les bolcheviks et l’Union soviétique ont tout fait pour exporter leur révolution à l’étranger, n’hésitant pas à exécuter leurs opposants où qu’ils se trouvent. Trotski fut de ceux-là. Après une courte période de repli sur elle-même suivant la dissolution de l’Union soviétique, la Russie de Poutine a repris le chemin de l’interventionnisme malfaisant en dehors de ses frontières nationales. On a découvert avec une relative stupeur que ce pays développait ses compétences informatiques pour interférer dans les campagnes électorales occidentales et favoriser les candidats qu’elle estime meilleurs pour la Russie : ainsi de Trump aux Etats-Unis ou Marine Le Pen en France.

Dans le cas des Etats-Unis d’Amérique, le plus croquignolet dans l’affaire est que Donald Trump a effectivement été élu et que la nouvelle équipe républicaine marquait de réelles sympathies pour la Russie mais le dévoilement des interventions de Moscou et des liens un peu trop étroits de forbans américains proches de Trump avec l’ennemi intime de Washington force le gouvernement américain à prendre lui aussi des sanctions contre la Russie.

Ainsi vont les relations internationales. Il n’y a pas grand-chose de nouveau en ce XIXème siècle sinon les outils utilisés, mais l’ambition des hommes et des Etats restent toujours aussi malsaine et porteuse de violence. La Russie considère l’Occident comme décadent et faible, elle fait tout pour lui nuire. Ce que les démocrates optimistes déplorent est qu’un pays comme la Russie dépense autant d’énergie et d’argent pour chercher à perturber l’extérieur plutôt qu’à se concentrer sur son développement intérieur. Mais les démocraties sont prises à leur propre piège puisque le président russe actuel est élu à peu près librement à une très significative majorité, il est vrai après avoir éliminé, au besoin physiquement, ses opposants et noyauté les médias.

Chaque partie diffuse sa propagande en vantant les mérites de son système, persuadé de son bon droit. Le peuple russe dont l’armée intervient en Syrie sans mandat de l’ONU ne voit pas vraiment la différence avec l’invasion de l’Irak par les forces anglo-saxonnes en 2003 sans plus de mandat onusien, ou celle de la France et du Royaume-Uni en Lybie quelques années plus tard, outrepassant largement le mandat donné par l’ONU. Le peuple russe estime qu’il est autant fondé à aller abattre les traîtres russes réfugiés à l’étranger que l’armée françaises à éliminer les djihadistes nationaux partis guerroyer en Syrie. Il est vrai que les situations sont pour le moins ressemblantes…

Malgré tout, des oligarques russes viennent passer leurs vacances à Nice ou Gstaad, plutôt qu’à Sotchi, et investissent les milliards accumulés plus ou moins légalement à Londres et dans cet « Occident décadent » plutôt qu’à la bourse de Moscou. C’est aussi un moyen d’exercer des pressions sur le « capitalisme rapace » au sujet duquel Lénine disait « qu’ils [les capitalistes] nous vendront la corde pour les pendre ». Le dicton présente toujours une part de vérité mais il n’est pas sûr que Moscou gagne sur le long terme en basant son développement socio-économique et sa puissance d’abord sur sa capacité de nuisance extérieure plutôt que ses qualités et richesses intrinsèques. L’avenir le dira !

La Turquie sur tous les fronts

La Turquie qui occupe illégalement au regard du droit international depuis des années un pays membre de l’Union européenne, Chypre, s’est lancée dans une nouvelle conquête, cette fois-ci en Syrie, pour prendre le contrôle d’une bande de territoire frontalière « gérée » pour le moment par des bandes armées kurdes considérées comme terroristes par Ankara et d’autres capitales. On connaît l’extrême rejet de la Turquie à l’idée de toute reconnaissance du fait kurde et encore plus à la création d’un Etat kurde, elle est rejointe en ce sens par tous les pays où existe une forte minorité kurde, alors Ankara s’est alliée avec des milices opposées au régime syrien, pour chasser les kurdes de cette bande frontalière. Ses forces armées sont en train de combattre sur le territoire de cette Syrie dévastée par plusieurs années de guerre civile attisée par les intérêts divergents des grandes puissances.

L’imbroglio syrien se complexifie : la Turquie membre de l’Otan et donc alliée des pays occidentaux de cette alliance, occupant une partie de la République de Chypre membre de l’Union européenne, plus ou moins réconciliée avec la Russie, avec laquelle il était sévèrement fâché depuis que son armée de l’air avait abattu un avion russe, pour soutenir le régime Assad en Syrie, lui-même soutenu militairement par l’Iran et le Hezbollah libanais, se lie avec des opposants armés audit régime et fait intervenir son armée à l’étranger pour chasser les kurdes qui ont pris le pouvoir sur une partie de la Syrie, les kurdes étant soutenus militairement par l’Otan pour lutter contre le terrorisme religieux en Syrie… Il y a maintenant sur le terrain des soldats slaves, arabes, persans, ottomans, et dans les airs, les mêmes plus les américains et quelques européens… Relisez depuis le début si cela ne vous paraît pas clair !

Ce qui est hélas relativement compréhensible c’est que la Turquie est une alliée de l’Occident quand cela l’arrange. Son implication armée désordonnée dans le conflit syrien risque de lui revenir en boomerang un jour ou l’autre et elle devra sans doute en payer l’addition un jour, sans parler des effets intérieurs négatifs de sa progressive transformation en « démocrature religieuse » source potentielles de tensions internes, ne serait-ce qu’avec sa très significative communauté kurde déjà sérieusement malmenée. On frémit à l’idée que la situation se retourne, que la Turquie soit agressée par l’un de ses multiples ennemis et fasse appel à l‘article 5 du traité de l’Otan qui veut que les pays membres de l’alliance volent au secours d’un des leurs en cas d’agression extérieure. Le cas échéant, cela voudrait dire que les armées européennes et des Etats-Unis seraient engagées pour défendre une Turquie guerroyant indirectement contre certains pays membres et occupant Chypre…

Grandeur et décadence de la diplomatie internationale !

L’Asie nourrit les siens

Paris-Chinatown, dans l’entresol des tours Olympiades rue de Tolbiac, le parking Avis est logé au bout de cet immense espace dédié au commerce asiatique. Le locataire d’une minuscule Clio se faufile au milieu des semi-remorques qui défilent pour livrer leurs marchandises devant une succession d’entrepôts où s’entassent du crabe de Thaïlande, de la crevette de la mer de Chine, du Nuoc-mâm du Vietnam, de la nouille chinoise et sans doute d’autres marchandises plus ou moins avouables. C’est une véritable ruche en plein Paris, une sorte d’impressionnant Rungis chinois…

L’Asie nourrit les siens !