Quoi de neuf ?

Les mille et une nuits

C’est l’histoire des turcs sunnites, les enfants de l’ex-Empire ottoman, qui s’allient avec des milices syriennes arabes sunnites, plus ou moins proches du groupe Etat islamique, appliquant un islam radical et souvent meurtrier ; ensemble ils envahissent un territoire appartenant à la Syrie dont le pouvoir alaouite, une branche du chiisme, réprime férocement (entre 300 et 500 mille morts) une rébellion politico-religieuse, plutôt sunnite, qui mine le pays depuis 2013. Pour se faire épauler dans ce combat, la dictature syro-alaouite, soutenue par sa minorité chrétienne, reçoit l’aide des russes orthodoxes et des iraniens chiites qui veulent tous deux avoir un accès à la Méditerranée. Dans ce territoire syrien envahi par les turcs s’étaient rassemblés depuis quelques années des syriens kurdes, majoritairement musulmans sunnites mais du genre plutôt flexible (les femmes combattent et ne sont pas voilées) versus les syriens arabes sunnite (les femmes sont voilées et restent à la maison), mais aussi alliés des turcs kurdes, eux-aussi musulmans. Les kurdes, syriens comme turcs, sont pourchassés de façon obsessionnelle et depuis des décennies par le pouvoir turc non-kurdes.

Comme tout ceci était finalement un peu trop simple, la dictature syro-alaouite n’ayant pas réussi à réduire la rébellion interne, cette dernière a prospéré en Syrie dans de multiples directions politico-religieuses dont celle défendue par des sunnites-salafistes encartés au groupe Etat islamique. Ce groupe on le sait veut abattre l’Occident et convertir la planète à ses convictions religieuses. Dans ce but il commet des massacres terroristes dans les grandes capitales. Les pays occidentaux touchés, majoritairement chrétiens, se sont donc alliés aux syriens kurdes pour lutter sur le terrain contre le groupe Etat islamique basé en Syrie. Comme ces occidentaux ne veulent pas risquer de se retrouver face à face avec l’armée turque avec laquelle ils sont membres d’une alliance commune, l’OTAN, eh bien ils ont lâché les syriens kurdes et sont rentrés chez eux. Du coup les syriens kurdes sunnites flexibles viennent de de réconcilier avec le pouvoir syrien alaouite inflexible pour limiter les ambitions turques sunnite sur le territoire syrien !

Vous n’avez pas tout compris ? C’est normal, reprenez depuis le début mais ne tardez pas trop car toutes ces alliances incompréhensibles sont éphémères et changent tous les matins.

Ce que l’on peut affirmer sans trop de risques de se tromper c’est que si la Turquie maintient son invasion du territoire syrien elle risque de le regretter. Cela ne sera sans doute pas aussi tranquille que l’occupation turque illégale d’une partie de Chypre, pays membre de l’Union européenne depuis 1974. Si aucun pays de l’Union n’a estimé vraiment opportun de faire la guerre à « l’allié » turc pour un bout d’île méditerranéenne, on peut prévoir que dans le contexte moyen-oriental tortueux décrit ci-dessus l’occupation de la Syrie va déclencher du bruit et de la fureur.

Un match de fouteballe France-Turquie

Les hasards du calendrier fouteballistique ajoutés à l’incongruité d’avoir inclus un pays asiatique dans une compétition européenne font qu’un match France-Turquie a lieu ce soir au Stade de France dans le cadre du championnat d’Europe de fouteballe. Compte tenu de l’humeur actuelle va-t-en-guerre de la Turquie qui vient d’envahir le nord de la Syrie, le ministre français des Affaires étrangères vient d’annoncer qu’il n’assistera pas à ce match.

Voilà au moins un effet collatéral positif des évènements actuels, un ministre français évitera d’aller perdre son temps dans une compétition sportive sans intérêt et pourra ainsi passer plus de temps sur ses vrais dossiers.

“Un jour de Pluie à New York” de Woody Allen

Une comédie plaisante de Woody Allen qui se déroule dans sa ville fétiche de New York : deux étudiants (d’une université moyennement cotée, hors de la ville) amoureux doivent y passer deux jours et rien ne va se passer comme prévu. Venant tous deux de familles aisées, originaire de New York pour lui mais de l’Arizona pour elle, bobos contre ploucs, mais ils croient s’aimer au-delà des stéréotypes propres à leurs origines.

Alors Woody accumule tous ces petits clins d’œil qui nous font tant sourire depuis le début de sa carrière, sur la mère, la famille, les habitudes de la bourgeoisie intellectuelle de New York, la communauté cinématographique hollywoodienne, etc. Finalement, ce week-end agité va faire réaliser au jeune héros que sa vie est dans cette ville et qu’il se morfondrait ailleurs. Une fois réalisée cette évidence, il renvoi sa petite amie dans son université de province et reste au cœur de Big Apple où il a déjà initié une relation avec une pure new-yorkaise : jolie et peste.

Ce film est un délice de fraîcheur réalisé par ce jeune cinéaste de 83 ans qui ne peut plus diffuser ses productions aux Etats-Unis compte tenu des accusations de harcèlement sexuel dont il est accusé. L’Europe, bonne mère, continue à l’accueillir et l’acclamer. Le temps passe, hélas, pour tout le monde, mais on regrette un peu l’époque où Woody jouait dans ses propres films. C’est encore lui qui arrivait le mieux à exprimer cet humour allenien tellement apprécié en France.

DEDET Christian, ‘La mémoire du fleuve – l’Afrique aventureuse de Jean Michonet’.

Sortie : 1984, Chez : d’ailleurs phébus

La biographie passionnante d’un forestier au Gabon, avant et après l’indépendance de ce pays : rédigé à la première personne par le médecin-écrivain Christian Dedet, ce livre est un « roman-vrai », fruit de l’amitié et du dialogue entre l’auteur et Jean Michonet, le héros.

Le récit remonte au grand-père qui a fait deux enfants (dont la mère de Jean) avec une femme noire mariée « à la coutume »*. Après le décès de ses deux parents de tuberculose dans l’hôpital de Lambaréné du Dr Schweitzer (1875-1965, prix Nobel de la paix 1952), Jean, métis, prend la suite de son père après la Iième guerre mondiale en exploitant des permis forestiers achetés à l’administration coloniale puis à l’Etat gabonais une fois créé. A l’époque tout est manuel, les arbres sont abattus à la hache et transbordés à Port Gentil par le fleuve, camions et remorqueurs apparaîtront plus tard. Les forêts sont peuplées d’insectes, de maladies, d’éléphants, de crocodiles et, surtout, de traditions ancestrales et peu compréhensibles pour les coloniaux faisant plus confiance à Descartes qu’aux gris-gris. Le cannibalisme n’est jamais loin. Jean Michonet en tant que métis cohabite avec ces deux cultures et se fera initié au bwiti, sorte de société secrète se prétendant quasi-religion.

Le lecteur suit la vie de Jean, ses expéditions à 15 ans dans le Sud afin de « recruter » des bras pour les compagnies forestières, le lancement et la chute de différents business de bois, puis de peaux de crocodiles, son implication dans les dispensaires soignant la lèpre, dans des écoles privées pour démocratiser l’enseignement autant que faire se peut. Ses mariages, ses enfants, ses relations complexes avec ses familles française et gabonaise, ses rencontres avec d’autres forestiers au cœur de nulle part, les histoires de vieux blancs entre deux bouteilles qui hantent encore l’Afrique de nos jours.

Le roman est « vrai », l’aventure est réelle et plutôt admirable. Il n’est pas bien sûr que les choses aient véritablement changé au cœur de la forêt depuis cette période. L’indépendance, la mauvaise gouvernance et les compromissions avec la francafrique ont enrichi le clan familial au pouvoir, il y a sans doute moins de tuberculose, et encore, mais tout autant de traditions bloquant un véritable développement de ce pays où l’on a découvert depuis de très grands gisements de pétrole qui devaient pourtant assurer sa prospérité.

Michonet porte d’ailleurs un regard partagé sur ces traditions si prégnantes : il fait soigner ses enfants à l’hôpital et fait plus confiance aux chiffres qu’aux Dieux pour la gestion de ses affaires. Mais il doit composer avec les comportements des hommes et femmes qui l’entourent. Alors il croise des chefs et marabouts aux pouvoirs surnaturels dont il raconte des exploits auxquels il aurait assisté, entre hallucination collective de fêtes traditionnelles et véritables phénomènes inexplicables. On sent son scepticisme devant ces manifestations que sa double origine l’empêche sans doute de rejeter définitivement.

Il mourra bêtement noyé dans l’océan avec ses deux filles qu’il eut avec une deuxième femme mariée « à la coutume » après que la première, française, renonçât avec leurs deux enfants à cette vie de forestiers usante.

Quoi qu’il en soit, ces personnages ont vécu une véritable aventure dont le récit est devenu un des livres culte des apprentis-aventuriers d’une Afrique immobile.

* Ce qui veut dire dans le langage de l’époque, un couple mixte dont l’élément africain risque d’être oublié plutôt facilement au gré des évènements, et qui se traduira souvent par « un vieux blanc avec une gamine locale », toujours valable des décennies plus tard.

Incompétence et hystérie de la presse

Impayable : hier soir la police de Glasgow annonce avoir arrêté un homme qui pourrait être Xavier Dupont de Ligonnès qui est soupçonné du meurtre de sa femme et de leurs quatre enfants à Nantes et qui a disparu de la circulation depuis 10 ans. On a retrouvé les corps des cinq premiers mais jamais le sien, laissant supposer toutes sortes d’hypothèses pour ce qui le concerne. La presse et ses acteurs qui adorent ce genre d’histoires ont produit depuis nombre d’articles, de livres et de documentaires retraçant ce que l’on sait des meurtres et ce que l’on imagine de la fuite de celui qui en est le principal accusé.

Alors quand la nouvelle de l’arrestation possible de celui qui est soupçonné d’avoir commis cette tuerie est rendue publique, les radios et télévisions d’information continue se jettent sur l’affaire comme un nuage de crickets sur un champ de sorgho. Les ridicules logo « Edition spéciale » fleurissent comme des fleurs sur un tas de fumier et leurs soirées sont consacrées à répéter en boucle ce qu’ils ne savent pas. Tous et toutes s’y mettent avec un enthousiasme désarmant.

Les empreintes digitales de la personne seraient comparables avec celles de l’accusé alors on s’en lèche les babines sur les plateaux médias où sont convoqués avec concupiscence tous les soi-disant experts de cette affaire criminelle mystérieuse. Une équipe de police française serait en route vers l’Ecosse pour réaliser des tests ADN. En attendant les envoyés spéciaux des chaînes font le pied de grue devant l’aéroport de Glasgow à répéter qu’ils ne peuvent pas en dire plus à ce stade. Tous les journaux parus ce matin ont titré sur cette arrestation.

Las, les tests ADN réalisés ce matin ont montré que la personne arrêtée n’est pas le soupçonné. Elle est donc relâchée à Glasgow sans autre forme de procès. Depuis ce soir ce sont encore des « éditions spéciales » à tous les étages pour répondre à la question existentielle « Affaire Ligonnès : y-a-t-il eu défaillance [de la police] ? ». On croit rêver ! Les journalistes font tout de même, du bout des lèvres, amende honorable mais cherchent maintenant les coupables de leur déroute en dehors de leur profession.

En réalité, pour douloureuse que soit cette affaire criminelle pour les familles qui y sont impliquées, elle n’est qu’un fait divers qui ne justifie en rien tout ce tapage médiatique, que l’on ait ou pas retrouvé le principal accusé. Au mieux cela peut générer trois lignes d’information en dernière page de l’édition du journal une fois le fait établi. Mais non ! Des journalistes de circonstance, unanimes, ont fait leurs choux gras d’une rumeur de caniveau sans aucun intérêt, montrant le peu de cas qu’ils font de leur mission de vérification et d’analyse de l’information qu’ils diffusent, décrédibilisant encore un peu plus leur profession. Au moins auraient-ils pu employer un peu plus le conditionnel, mais ce doit être une conjugaison que l’on n’enseigne plus dans les écoles de journalisme. Pas plus que la hiérarchie de l’information d’ailleurs, comme s’il n’y avait rien de plus approprié à publier hier soir et ce matin qu’une rumeur de commissariat de police concernant un obscur dérangé du 22 long rifle alors que le Moyen-Orient est à feu et à sang, que l’économie mondiale ralentit, que le parlement français traite de la loi bioéthique et de l’immigration, etc. ?

Ainsi va la presse de nos jours : hystérie, précipitation et incompétence. Tous les risques se justifient pour un scoop de caniveau.

Bonnes nouvelles sur le front de la décolonisation

En application des accords de Nouméa, un second référendum sur l’indépendance sera organisé en Nouvelle Calédonie en septembre 2020 après celui du 4 novembre 2018 qui avait donné un score de 43,3% en faveur de l’indépendance de ce territoire. Un troisième référendum pourra encore être mené dans les deux ans si, par malheur, la majorité n’était pas réunie pour l’indépendance.

Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, on apprend que le mouvement corse indépendantiste Corsica Libera, dirigé par Jean-Guy Talamone-avec-un-i-muet, par ailleurs président de l’assemblée territoriale corse et Rock Wamytan, président du congrès calédonien, ont signé à… Paris, une « convention de partenariat ». Celle-ci régente des relations de coopération entre les deux institutions sans manquer de rappeler la notion de « peuple » et des références à « la reconnaissance du droit à l’autodétermination des nations sans-Etat » ou « la préservation de nos terres au profit des intérêts de nos peuples ».

Cette coopération est annonciatrice d’avancées en faveur de l’indépendance de ces îles. Il n’est pas impossible que le second référendum calédonien permette d’aboutir à la décolonisation de cette terre comme le suggère régulièrement l’assemblée générale des Nations Unies et comme le promeut son comité spécial de la décolonisation. Espérons que Nouméa glissera progressivement vers une indépendance apaisée montrant ainsi le chemin à la Corse et aux autres confettis de l’empire.

La Turquie à l’assaut de la Syrie

Maintes fois annoncée, toujours retenue, l’invasion du nord de la Syrie par l’armée turque a débuté cette semaine, appuyée par des supplétifs locaux, plus ou moins islamistes. Le motif officiel est de sécuriser sa frontière sud où, coté syrien, existent des organisations kurdes considérées par Ankara comme ennemi intime depuis des décennies. Officiellement le gouvernement turc souhaite également réinstaller au nord de la Syrie les 2 à 3 millions de réfugiés syriens accueillis sur son sol.

Le chaos syrien s’aggrave, personne ne sait vraiment comment va évoluer la situation que l’Occident a échoué à régler. Ce pays déchiré est maintenant laissé à la dérive avec de nouveaux alliés que sont la Russie et l’Iran. La Turquie s’installe dans sa partie nord et il n’est pas dit que le gouvernement syrien y soit véritablement opposé puisqu’il s’agit de combattre les kurdes, pas vraiment pro-régime syrien.

Les forces kurdes ont mené la plus grande part des combats au sol contre le groupe Etat islamique, les forces de la coalition internationale restant essentiellement aériennes. Elles détiennent toujours un certain nombre de terroristes de ce groupe dont beaucoup sont des étrangers (on parle de plusieurs centaines de français) que leurs gouvernements respectifs rechignent à récupérer. Le risque est aussi de les voir s’égayer de nouveau dans la nature, à moins que les forces turques ne récupèrent la gestion des camps dans lesquels ils sont détenus ?

Les organisations kurdes crient à la trahison des occidentaux qui laissent la Turquie venir les combattre sur le terrain syrien. Les alliances se font et se défont ! L’Histoire hélas est riche en abandon : les harkis laissés en Algérie lors du retrait de la France, les sud-vietnamiens laissés par les américains en 1973 après les accords de Paris, etc. Lorsqu’une force étrangère s’installe dans un pays, pour une bonne ou une mauvaise raison, elle va bien en partir un jour et ceux qui ont « collaboré » avec elle auront sans doute des comptes à rendre s’ils restent dans ledit pays. C’est ce qui est en train de se passer au nord de la Syrie en cours d’évacuation par les forces occidentales.

On peut toutefois gager que les forces turques vont en partir un jour, peut-être plus tôt qu’elles ne pensent elles-mêmes d’ailleurs. Tous les éléments d’un profond chaos sont en mis en œuvre pour remplacer l’équilibre, certes instable, qui subsistait avec la présence de quelques centaines de soldats occidentaux dans cette région qui empêchait les nombreuses autres forces belligérantes de trop tenter le diable. Aujourd’hui la Turquie envahit un Etat étranger avec en plus l’appui de milices plus ou moins locales, plus ou moins religieusement fanatisées. Tout ceci fleure bon les règlements de comptes à l’horizon et, à tout le moins, la poursuite de cette tragique guerre civile en Syrie avec l’arrivée officielle d’une nouvelle armée qui jusque-là n’agissait qu’en sous-main. Il y aura forcément des retournements de vestes, des attentats contre l’armée turque, voir contre des civils en Turquie même, des réactions et contre-réactions. L’histoire ne fait que commencer.

Devant ces bruits de bottes on frémit en se rappelant que la Turquie est membre de l’alliance occidentale OTAN et dispose sur son territoire d’armes nucléaires américaines. Après avoir envahi Chypre, un pays membre de l’Union européenne, qu’elle occupe toujours, voici maintenant Ankara envahissant la Syrie. En tant que membre de l’OTAN, la Turquie bénéficie de la clause de solidarité qui veut que les pays de l’Alliance soient engagés à se défendre les uns les autres en cas d’attaque de l’extérieure. Cela veut dire que si la Syrie (ou ses alliés) voulant défendre son territoire ripostait contre Ankara, les pays membres pourraient être appelés à la rescousse.

L’Orient est décidemment très compliqué !

New Order – 2019/10/11 – Paris le Grand Rex

Bluedot festival 2019 (photo by Warren Jackson)

Superbe concert de New Order à Paris ce soir, débuté sur Wagner et clôt sur Gainsbourg ! Il reste trois des musiciens historiques, Barney bien sûr, principal auteur-compositeur, musicien et chanteur (Bernard Sumner de son vrai nom), Stephen Morris à la batterie, Gillian Gilbert aux claviers. Peter Hook (dit Hooky), bassiste fondateur du groupe les a quittés en plutôt mauvais termes il y a dix ans (voir ses mémoires « Substance – New Order vu de l’intérieur ») et est remplacé par Tom Chapman. Phil Cunningham fait le deuxième guitariste depuis bientôt quinze ans.

Et tout ce petit monde nous fait replonger avec bonheur dans le son des années 80’ que nous avons tant aimé. Le début de la décennie, lorsqu’ils reprirent le flambeau du groupe post-punk Joy Division explosé en plein vol après le suicide de leur charismatique chanter Ian Curtis, guitares brutes, voix et petite ritournelle de clavier ; le son de la fin de la décennie, plus électronique et dansant. Ils passent largement en revue ces périodes et font tressauter le Grand Rex lorsqu’ils entament les classiques électro. Les puristes, sans doute aussi les plus âgés, s’émeuvent sur les retours à l’époque Joy Division, d’ailleurs Barney porte sur son T-shirt noir le célèbre logo du disque Unknown Pleasure, premier des deux disques que produira Joy Division.

Le light show coloré et animé ajoute une note de gaîté dans la musique plutôt sombre de ce groupe qui fut un peu la tête chercheuse du rock de la fin du siècle dernier. Le résultat est enthousiasmant.

New Order a continué d’écrire des disques et de les jouer sur scène dans les années 2000, après diverses interruptions consacrées à des projets alternatifs, après diverses interruptions dont Music Complete en 2015. Le groupe est toujours sur les planches et tout le monde s’en félicite.

Setlist : Intro Das Rheingold Vorspiel (Richard Wagner song)

Age of Consent/ Restless/ She’s Lost Control (Joy Division song)/ Disorder (Joy Division song)/ Academic/ Your Silent Face/ World/ Tutti Frutti/ Subculture/ Bizarre Love Triangle/ Fine Time/ Plastic/ True Faith/ Blue Monday/ Temptation

Encore : Decades (Joy Division song)/ Love Will Tear Us Apart (Joy Division song)

Outro : Je t’aime… moi non plus (Jane Birkin & Serge Gainsbourg song)

Sniff…

Le chroniqueur-investisseur liquide ses valeurs Natixis avec une moins-value de 85%. Une fois séchées ses larmes, il se souvient que Natixis fut l’un des plus grands scandales financiers de la Vème République ! On y vit une bagarre d’égos qui voulurent transformer l’alliance capitalistique des caisses d’épargne et des banques populaires en une banque d’affaires, tout ceci pour satisfaire leurs besoins de standing et leurs ambitions démesurées. Laissés à eux-mêmes par un contrôle défaillant de leurs actionnaires, ils ont livré à la spéculation forcenée l’épargne populaire déposée par Mme. Michu à la caisse d’épargne ou à la banque populaire. Des dirigeants de rencontre sont alors tombés à partir de 2006 dans tous les pièges tendus aux incompétents ambitieux : les subprimes, les rehausseurs de crédit, les pyramides de Ponzi vendues par les Madoff et autres escrocs, les traders-fraudeurs, etc. En 2008, la crise financière mondiale révèle ces dérives et la banque n’évite la faillite que grâce au soutien des contribuables. Son cours en bourse s’est effondré depuis longtemps et les mauvais investisseurs n’ont plus que leurs yeux pour pleurer !

Cette banque dirigée par des forbans et contrôlée par des incompétents aurait du normalement être laissée en faillite et les responsables de ce désastre orientés vers la case prison. Il n’en fut rien : la République décida de sauver la banque et nombre de ses dirigeants furent révoqués avec de très confortables indemnités. Depuis Natixis continue d’exister en tant que banque d’investissement, sans doute mieux gérée qu’auparavant. La moins-value financière constatée par les investisseurs de la première heure est à la hauteur de l’incompétence de ceux qui l’ont amené à l’un des gros scandales financiers de notre temps et sans que personne n’ait vraiment endossé la responsabilité de l’escroquerie.

« Steve Bannon – le grand manipulateur » d’Alison Klayman

Un documentaire sur Steve Bannon : ex-âme damnée du président américain Trump, l’un de ses conseillers les plus proches qui l’a mené à la Maison Blanche, il est depuis tombé en désamour avec son président mais il continue de développer sa vision politique prônant le retour à la nation, la fermeture des frontières à l’immigration et la fin de tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à une institution multilatérale ou supranationale.

Le garçon est suivi et filmé comme son ombre par la réalisatrice Alison Klayman au cours de la période précédant les élections américaines de mi-mandat en 2018. A cette époque il a déjà été remercié par la présidence mais il continue à parcourir le pays pour y développer ses idées et soutenir la politique trumpienne. Comme il a plus de temps depuis qu’il ne travaille plus à la présidence, il parcourt également l’Europe pour essayer de fédérer les partis d’extrême droite autour de son discours. Et il n’a pas trop de mal à réunir les Salvini, Le Pen, Orban et consorts qui surfent sur cette vague populiste depuis longtemps.

Le documentaire ne rentre pas vraiment au fond de la vision de Bannon et se contente de décrire son personnage. Ex-banquier chez Goldman Sachs il a l’air largement plus malin et pernicieux que les dirigeants européens qu’il soutient. On ne mesure pas bien la solidité de ses convictions mais on voit qu’il goûte cette action d’agit-prop conservatrice que Mme. Michu adore. Bannon a sans doute encore de beaux jours devant lui.

« Apocalypse now final cut » de Francis Ford Coppola

C’est la troisième version d’Apocalypse now, légendaire film de Coppola sur la guerre du Vietnam, sorti en 1979. Le principal intérêt de la version 2 était l’apparition d’une scène au cœur d’une plantation de colons français avec une soirée dans laquelle s’affrontaient la vision colonisatrice française en Indochine et le combat anticommuniste américain au Vietnam. Cette scène est maintenue dans la version 3 et le mythique final de Marlon Brando avec son discours sur l’horreur est sans doute un peu rallongé. Globalement le film est le même, on se demande d’ailleurs un peu à quoi sert ce versionning ? Si on élimine des raisons commerciales, sans doute Coppola est-il conscient d’avoir commis une œuvre cinématographique marquante qu’il veut peaufiner pour n’en laisser que la substantifique moëlle, ou au moins ce qu’il croit l’être.

Quoi qu’il en soit, le spectateur ne se lasse pas de visionner une fois encore ce film éblouissant sur cette guerre tragique de la seconde moitié du XXème siècle ! Tout a été démesuré dans cette guerre comme dans le film qui en raconte un épisode. Le plus étonnant dans cette aventure cinématographique fut que le scénario ait été basé sur le roman de Conrad paru en 1899, Au cœur des ténèbres. Le roman se passe en Afrique durant la colonisation belge, le film se déroule près d’un siècle plus tard au Vietnam au cours de la lutte militaire américaine contre le communisme. Dans les deux cas, un homme est saisi d’une folie meurtrière déshumanisée, ivre de son pouvoir, dans un contexte où en somme tout est permis. Dans les deux cas la raison reprendra le dessus avec des méthodes peu orthodoxes mais parfois nécessaires.

Un nouvel attentat religieux à Paris : 5 morts dont le terroriste

Un citoyen français, converti à l’Islam, travaillant à la préfecture de Paris, a tué quatre de ses collègues à coups de couteau dans les locaux mêmes de la préfecture ce jeudi 3 octobre. Il a ensuite été abattu par un gardien de la paix. L’administration française de la police est ébranlée de découvrir qu’un terroriste ait pu prospérer au cœur même d’un de ses lieux de pouvoir emblématiques. Les commentateurs de circonstance et élus de l’opposition s’égosillent sur les plateaux médias en appelant à la démission du ministre de l’intérieur, en déplorant le « laxisme du pouvoir qui ne protège pas les français » et bla-bla-bla… Les journalistes en rajoutent comme à leur habitude en produisant des sondages de pacotille interrogeant Mme. Michu pour savoir si elle a confiance ou pas dans ses dirigeants pour la protéger.

Au-delà de cette agitation médiatique désormais rituelle, hélas, force est de constater une nouvelle fois que le mal terroriste religieux est niché au cœur de la société française et qu’aucune couche n’y échappe. Aujourd’hui c’est donc un service de police spécialisé dans la lutte anti-terrorisme qui est atteint en son sein par… un terroriste. C’est une version différente mais tout aussi pernicieuse des agents doubles du temps de la guerre froide. Le combat sera sans fin !

Chirac, très bon client

Charlie-Hebdo – 02/10/2019

La presse satyrique, représentée par Charlie Hebdo et la Canard Enchaîné, a adoré Jacques Chirac tout au long des 40 années de sa carrière politique et jusqu’à sa mort la semaine dernière. Ses changements de pied et retournement de vestes, les trahisons diverses dont il fut la victime, les affaires judicaires dans lesquelles il fut impliqué (il a été condamné dans le dossier des emplois fictifs de la mairie de Paris), sa capacité à boire des bières et serrer des paluches, son immobilisme politique quand il fut au pouvoir, son ambition féroce et inépuisable quand il n’y était pas, son côté populo, sa femme l’ineffable Bernadette, etc. en ont fait un vrai bonheur pour les dessinateurs et chroniqueurs de cette presse.

Dans les numéros sortis aujourd’hui ils lui rendent donc l’hommage qu’il a bien mérité avec des pages spéciales consacrées à ce (très) bon client qui va leur manquer !

Bacon en toutes lettres

In Memory of George Dyer (1971)

Exposition dédiée à Francis Bacon (1909-1992) au centre Pompidou de Paris : peinture mêlée aux lettres, des petites salles sonorisées disent des textes d’Eschyle, Nietzsche, Bataille, Leiris, Conrad et Eliot, écrivains ayant inspirés le peintre qui était un grand lecteur. On ne trouve pas de lien direct évident entre les œuvres peintes et écrites sinon une folie un peu morbide et effrayante des deux côtés.

Les œuvres exposées sont celles peintes entre 1971 et le décès de l’artiste britannique. Elles sont parfois de grande taille, souvent en triptyque, toujours avec un fond de couleur chatoyante et le personnage central dans les beiges-marrons. Les formes sont celles si typiques de Francis Bacon, dégoulinantes, désarticulées, monstrueuses. Rien n’est droit, tout est mouvant, c’est la réalité telle que l’artiste la voyait. Certaines toiles sont dédiées à George Dyer, son modèle et amant qui se suicidera (drogue et alcool) en 1971 à Paris à la veille d’une rétrospective au Grand Palais. Elles ne sont pas plus perturbantes que les autres.

Tout s’effondre dans cette vision du monde tellement particulière. Le texte de Conrad présenté dans l’une des salles est celui si célèbre repris par Marlon Brando dans Apocalypse Now se terminant par ce mot répété deux fois dans un souffle : « L’horreur ! L’horreur ! ». C’est un peu le fil rouge de la création de cet artiste, on éprouve de la fascination voyeuriste devant ces images de dévastation qui hante Francis Bacon : que peut-il se passer dans l’âme d’un créateur pour produire de telles œuvres ?

Le texte d’Eschyle est lui aussi évocateur :

J’entre au fond du sanctuaire, couvert d’offrandes, et je vois près de l’ombilic un homme souillé de sacrilège assis en suppliant, qui serre dans ses mains dégoutantes de sang une épée fraichement tirée et un long rameau d’olivier soigneusement enveloppé de bandelettes, ou pour mieux dire comme une éclatante toison.

Eschyle, « Les Euménides »

On découvre par ailleurs l’amitié inattendue de Bacon avec Michel Leiris (1901-1990), écrivain-poète et ethnologue français. Inattendue tant ces deux personnages paraissaient peu assortis. Le second a fait connaître le premier en France à la fin des années 60’ qui lui a aussi inspiré des textes. Leiris a aussi préfacé la majorité des catalogues de Bacon. Les deux artistes vont s’inspirer et se stimuler l’un l’autre au long de ces années de fréquentation. Des portraits de Leiris sont présentés dans l’exposition.

On ne mettrait sans doute pas les tableaux de Bacon dans son salon sous peine de sérieusement perturber l’atmosphère, mais cette exposition rend un bel hommage à cet artiste important du XXème siècle.

Il fait chaud dans le golfe persique

Un championnat du monde d’athlétisme se déroule actuellement au Qatar. Les sportifs qui y concourent se plaignent de… la chaleur. Un stade est climatisé mais les épreuves qui se déroulent en dehors de celui-ci. Il fait effectivement plus de 40° la nuit avec un taux d’humidité de 70%. Ce qui est étonnant est que les autorités sportives responsables de l’organisation de tels évènements n’anticipent pas que dans le golfe persique… il fait chaud, même la nuit, même à l’automne !

Les footeux ont mis quelques années à se rendre compte qu’une coupe du monde de fouteballe organisée également au Qatar en 2022 en été est annonciatrice de grosse chaleur… Dans un grand accès de clairvoyance il a finalement été décidé de déplacer cette compétition d’été en hiver.

Il faudrait sans doute prévoir une petite formation aux bases de la météorologie pour les patrons de fédérations sportives. En attendant les sportifs se plaignent et le stade de Doha où de déroule la compétition d’athlétisme est plutôt déserté par les spectateurs.

C’est un peu trop

Jacques Chirac, politicien français longue durée, ancien président de la République, est mort cette semaine à 86 ans. Il était sévèrement malade depuis plusieurs années et sa fin avait déjà été annoncée prématurément en 2016 par l’ineffable Christine Boutin :

Tweet du 21/09/2016

Comme à chaque disparition d’un président de la République, la France entière se recueille devant le souvenir d’un de ceux qui l’a dirigée. Les chaînes de médias d’information affichent leurs logos « édition spéciale » et glosent jusqu’à l’écœurement sur les grands moments et la petite histoire du disparu. Mme. Michu pleurniche devant les caméras, oubliant qu’elle a voté Mitterrand en 1981. Les stades de fouteballe respectent une minute de silence. La mise en scène est de rigueur. Ce sont les règles de la communication de masse.

En l’occurrence le coté simple de Chirac est loué par tous, sa maladie neurodégénérative ainsi que le handicap de sa fille qui s’est suicidée il y a quelques années emportent l’affection des citoyens, même ceux qui se sont opposés à lui. Quelques convictions rivées à l’âme, d’autres beaucoup plus mouvantes, ont marqué une carrière politique qui aura plus brillé par sa longueur que par son brio. L’heure est au recueillement et à la nostalgie. On dirait que les français apprécient ces évènements morbides pour se réunir. En tout cas c’est aussi un passage obligé pour le président en titre de prononcer un hommage télévisé en l’honneur d’un de ses prédécesseurs décédés. Chirac lui-même avait marqué les esprits en 1996 par son beau discours à l’occasion de la mort de François Mitterrand. Macron s’est acquitté de cette tâche, plutôt bien, jeudi dernier.

En vérité, Jacques Chirac fut un garçon sympatoche, un politicien madré, un homme du XXème siècle, auteur de certaines fulgurances en politique internationale (les guerres en ex-Yougoslavie ou en Irak, l’écologie) et de beaucoup d’immobilisme dans le domaine national. Ce légitime hommage unanime sur sa personnalité est de circonstance, l’heure du bilan politique viendra plus tard. Il se dit que Chirac préférait les vins d’honneur au Café du commerce aux cérémonies officielles sous les dorures des palais de la République. Là où il se trouve, il pense peut-être que la France en fait un peu trop…

Notons qu’à cette heure Christine Boutin n’a pas twitté sur cette disparition mais s’est contentée de retwitter une annonce du site https://twitter.com/InfosFrancaises.

Le système des retraites selon la CGT

Philippe Martinez, chef du syndicat CGT explique ce matin sur France Culture sa vision du système de retraites que l’on peut résumer ainsi :

  • Rejet total du projet actuel de réforme proposée par le pouvoir en place établissant, notamment, une retraite universelle dite « à points » et la suppression des régime spéciaux.
  • Elargissement des domaines d’application des « régimes spéciaux » plus favorables que le régime général.
  • Retour à la retraite à 60 ans pour tous, sauf ceux qui bénéficient déjà d’un âge de départ inférieur à 60 ans et qui doivent le conserver.
  • Que les opposants aux régimes spéciaux viennent se lever tous les jours à 3 heures du matin pour conduire un bus à Saint-Denis et on les réinterrogera ensuite sur ce qu’ils pensent de ces traitements plus favorables.
  • Et pour le financement : instauration d’une taxe de 50% sur les dividendes versés aux capitalistes du CAC40 et l’on pourra même financer au-delà des régimes de retraite.

Tout est dit ! Il suffit maintenant de trouver une majorité de parlementaires pour voter pour une réforme allant dans le sens de ces propositions. Si on ne peut rassembler une telle majorité, eh-bien c’est une autre réforme qui sera votée. Ainsi va la démocratie.

Le Grenelle des tics verbaux

On ne dit plus une « réunion sur les violences conjugales » mais le « Grenelle sur les violences conjugales ».

Le terme « Grenelle » fait référence à la réunion qui eut lieu au ministère du travail rue de Grenelle à Paris en 1968 entre les syndicats ouvriers et patronats, et le gouvernement pour mettre fin aux émeutes de cette année 1968. Désormais, chaque fois qu’un grand raout politico-social est organisé on parle de « Grenelle de ceci ou de cela » : le Grenelle de l’environnement en 2007, le Grenelle des violences conjugales cette année, etc.

Cela pose son homme de se référer à Grenelle. Cela fait sans doute aussi plus cultivé ! C’est le propre du tic verbal de remplacer un mot par un autre véritable rationnel que « c’est plus joli ».