Quoi de neuf ?

La presse se vautre dans la fange

L’histoire sordide d’une gamine a priori assassinée par ses parents déclenche la passion des médias. Les soi-disant journalistes se vautrent dans la fange telle une truie dans sa bauge. Les chaînes d’information de la TNT diffusent ce soir les mêmes insanités en boucle : anciennes interviews de la mère, analyses subtiles et délicates pour savoir comment la fillette a-t-elle été tuée, si elle a été enterrée nue dans la forêt ou habillée, les envoyés spéciaux qui font le siège du procureur pour poser leurs questions indécentes, etc. etc. et ainsi de suite durant toute la soirée.

On se demande ce qui se passerait si l’une de ces chaînes faisait le pari de l’intelligence contre le voyeurisme populaire : si elle se contentait de citer ce tragique fait divers en fin de journal au lieu d’en faire son miel des heures durant, aurait-elle vraiment moins d’audience ? Il faudrait au moins essayer une fois pour obtenir une réponse à cette question.

La comédie humaine…

L’immigration en France des populations Rom (nomades) de Bulgarie et de Roumanie dans le cadre de la liberté de circulation qui a été donnée aux citoyens de ces pays suite à leur adhésion à l’Union européenne, déclenche force commentaires et conflits politiques franchouillards devant le spectacle pathétique de ces crève-la-faim recréant des bidonvilles au hasard de leurs pérégrinations et déployant la mendicité de gamins crasseux sur les trottoirs.

La libre circulation des personnes (comme des capitaux) est un des éléments faisant partie des traités constitutifs de l’Europe, et encore est-elle limitée pour les pays non-Schengen (visa tourisme 3 mois). Si l’on veut restreindre cette liberté il faut renégocier les traités. Si l’on veut ne pas supporter les effets pervers de cette liberté, il faut sortir de l’Europe et donc aussi renoncer à ses effets bénéfiques.

Au-delà des réactions épidermiques des uns et des autres sur ce sujet, le problème de fond est d’avoir fait adhérer la Roumanie et la Bulgarie à l’Union européenne en 2005 après 10 ou 15 ans de négociations. Il était sans doute difficile d’y échapper après la dé-soviétisation de ces pays en 1989. Ces négociations sont, comme toujours, un doux mélange de vision politique (faire revenir ces pays à l’Europe occidentale qu’ils n’auraient jamais dû quitter après 1945) et de sordides intérêts commerciaux : j’accepte l’adhésion des pays de l’Est [question vitale à l’époque pour l’Allemagne] mais toi tu renonces à la puissance du Deutsche Mark pour lancer l’euro, ou tu acceptes que l’Union européenne finance et aide l’Afrique [question toujours vitale pour la France de tous temps], etc. etc. C’est la comédie humaine, comme toujours faite de nobles objectifs, de conséquences désastreuses, mais aussi sans doute d’effets bénéfiques. Nous avons fourgué des Airbus aux compagnies aériennes de ces pays, Renault a acheté Dacia, etc. Dans ce genre de construction multilatérale, les Etats ne savent plus dire non, soumis à une multitude d’intérêts contradictoires. Même l’Allemagne a finalement dû se résoudre à participer au sauvetage de la Grèce, c’est dire ! L’Histoire dira si la balance de tout ceci aura été positive pour l’ensemble de l’Union européenne comme on peut le penser.

Tant que la France est membre de l’Union européenne, la gestion des dommages collatéraux comme la question Rom doit être négociée patiemment dans les instances européennes sur une base multilatérale avec les pays d’origine. En attendant de trouver une solution un peu plus durable, la France (de droite comme de gauche) applique sa Loi et les textes européens : destruction des bidonvilles insalubres et renvoi dans leurs pays des voyageurs en situation irrégulière. Il serait plus élégant et responsable de la part de la classe politique de le faire sans trop de tambours ni trompettes, mais c’est sans doute trop en demander à des responsables accrochés à leurs comptes Twitter. Le reste n’est que caquetages de coqs sur leurs tas de fumier, à la recherche des votes de Mme. Michu, comme un troupeau de Zébus en quête de points d’eau après la migration.

Et il faudra bien trouver une solution acceptable pour tous puisqu’après la Croatie qui vient d’adhérer au 01/07/2014, d’autres pays sont sur la liste d’attente : la Serbie qui a livré ses criminels de guerre (et engagé DSK comme conseiller économique), le Kosovo sans doute un jour, la Turquie sans doute jamais, l’Albanie pour beaucoup plus tard… Mais l’Europe n’a pas encore atteint sa taille finale.

Les citoyens payent l’impôt

Un certain nombre de ménages vont désormais être éligibles à l’impôt sur les revenus (IR) 2012 et donc payer de l’IR en 2013. Les tranches du barème de l’IR qui n’avaient pas été réévaluées de l’inflation en 2011 par un gouvernement de droite n’ont pas plus été réévaluées de l’inflation en 2012 par un gouvernement de gauche.

De ce fait certains ménages qui ont vu leurs revenus augmenter se retrouvent taxables, même si ces revenus n’ont augmenté que du niveau de l’inflation. Il faut quand même noter que ces nouveaux taxés ont bien vu leurs revenus avant impôt augmenter, c’est déjà une bonne nouvelle. Evidemment, ceux dont l’augmentation de revenus est modeste peuvent se la voir confisquer et plus par l’arrivée de l’impôt. Dans certains cas le revenu net en 2012 peut effectivement devenir inférieur à celui de l’année précédente. Dans d’autres cas, même primo-taxés, les ménages en question verront leurs revenus nets augmenter, même après l’impôt. Ce n’est jamais agréable de devoir payer un impôt qu’on ne payait pas auparavant, comme toute nouvelle dépense imposée, elle et douloureuse.

Le problème de fond réside bien sûr dans le système fiscal français que personne n’arrive à réformer et dans lequel la moitié des ménages ne paye pas d’IR. La fusion de cet impôt et de la CSG était envisagée par le candidat Hollande, elle aurait accru la base taxable, ce qui est juste, et limité ces effets de seuil. Cette réforme est a priori repoussée aux calendes grecques, hélas. Il est vrai que ce type de méga-réforme ne peut se mener qu’en période où l’économie se porte bien, ce que la France n’a jamais réussi à faire, soumise comme elle est à la puissance néfaste des lobbies et à la perte complète de sens de l’intérêt général. Grandeur et décadence de la démocratie participative !

Graham Parker – 2013/09/24 – Paris le New Morning

Ce vieux chenapan de Graham Parker revient parmi nous. Il vient de reformer The Rumour avec la sortie de Three Chords Good et une tournée au Royaume-Uni. On aurait aim voir la petite bande à Paris, mais c’est Graham seul qui se produit au New Morning, dans l’intimité de peut-être 100 ou 150 spectateurs de cette petite salle habituellement plutôt dédiée au jazz.

Quel bonheur de voir ce fameux rocker, en chair et en os, avec nous pour ce show, petit nerveux encore aujourd’hui du haut de ses 63 ans, ses éternelles et énormes lunettes de soleil sur le nez. Il est né avec une guitare en bandoulière et une très jolie inspiration pour décrire le monde autour de lui, pas toujours très gai. Mais surtout avec une incroyable énergie que lui et sa Rumour ont répandu sur les salles de concert des années 70’s. Ils auraient dû dynamiter la scène rock mais hélas, ils n’ont rencontré qu’un succès d’estime auprès des initiés. A tel point que la Rumour, sans doute un peu fatiguée de la galère a trahi le maître au début des années 80 pour aller jouer avec Garland Jeffreys. L’histoire ne dit pas s’ils ont regretté ou non ce choix délicat, mais toujours est-il que les voici revenus au bercail pour cette mini-tournée britannique de Graham Parker & The Rumour.

Depuis les années 80’s, Graham tournait seul, sortait des disques avec des collaborations diverses, y compris celle de Brinsley Schwarz, guitariste de la Rumeur ! Exilé aux Etats-Unis le garçon a continué à faire la seule chose qui le motive : produire et jouer de la musique. Accessoirement il écrit et publie des romans bien déjantés et maintient un site web décapant !

Tout ça fait vivre le bonhomme qui nous avoue quand même : « getting old, sucks », ce que la majorité des quinquas/sexas présents savent déjà, hélas.

Mais qu’importe, ce soir est un moment de musique et chacun retrouve sa jeunesse avec Graham Parker qui lui contrairement à la majorité d’entre nous, continue à être productif.

A la guitare acoustique ou avec sa Pinkie rose (une guitare électrique fabriquée sur ses indications et siglées GP, en vente chez tous les bons luthiers) il nous charme de sa voix rocailleuse et nous ballade dans son univers : White Honey, Howling’ Wind, Heat Treatment, mais aussi des extraits de Three Chords Good : Long Emotional Ride, au sens plus introspectif et moins colérique qu’à ses débuts: I thought I was a cold cold man/ As a writer you have to be/ Got to observe everything from a distance recorded for posterity/ But lately I’ve been hearing things/ That I never have before/ Maybe I’m just getting older someday but somethings broken my Resistance and opened the door/ Cuz’ its a long long emotional ride/ Long long long emotional ride…

Ironique et bavard, il nous raconte sa vie longuement entre les morceaux, se moque gentiment de lui-même et du Monde, mais toujours pour revenir à la musique qui est la meilleure forme d’expression qu’il connaît, qu’il maîtrise et… que nous partageons. Sa voix si particulière serait les suites d’une maladie infantile mal soignée, elle est depuis sa marque de fabrique et se coule au mieux avec ses rythmes rock et reggae. Certaines de ses ballades sont bouleversantes : Squeezing Out Sparks, une chanson sur l’avortement qu’il ne chantera pas ce soir. Bruce Springsteen fait les vocaux avec lui sur la chanson Up Escalator de l’album éponyme et leur duo est enthousiasmant. L’homme est reconnu par les plus grands, il a su mener une carrière musicale magnifique même si trop discrète aux yeux de ses vrais fans.

L’inévitable Eric Nauleau est présent ce soir, cultureux télévisuel, le chroniqueur médiatique soutient Graham Parker et l’édite depuis des années. Il a même commis un livre : Parkeromane sur son héros. On ne va pas lui reprocher. Par contre, il ne peut s’empêcher de vouloir briller et monte sur scène pour introduire le rappel sur Hey Lord Dont Ask Me Question, un célèbre tube de… 1978. Mis à part la prestation du mondain Nauleau dont on aurait pu se passer, le show est touchant, même légèrement nostalgique : Graham Parker seul devant seulement 100 parisiens, un peu tristoune quand même vu la dimension du personnage. Mais notre héros est toujours là, écrivant et jouant de la musique comme jamais, alors prenons cet instant de bonheur sans penser au reste.

Des cinglés en Somalie

Une bande de cinglés somaliens (et autres nationalités semble-t-il), moitié islamistes, moitié gangsters, massacrent à tout va dans un supermarché de Nairobi au Kenya. Evidemment ils se drapent une fois encore derrière le drapeau de l’islam pour commettre leur forfait. Les autorités kényanes ont du mal à reprendre le contrôle de la situation. Le bilan va sans doute se chiffrer en dizaines de morts.

Ben Laden a dit de son vivant : « nous aimons la mort autant que vous aimez la vie ». Les cinglés du jour appliquent cette maxime devant les médias du monde entier, et en direct sur leur compte tweeter. C’est ce qu’on appelle de la terreur. On peut être assuré que demain le régime syrien va expliquer pourquoi il a raison de lutter dans son pays contre le terrorisme, et la boucle sera bouclée dans ce Moyen-Orient agité dont la violence déborde gravement sur l’Afrique ces derniers temps.

Exposition « La spoliation des juifs – une politique d’Etat 1940-1944 »

 


Exposition au Memorial de la Shoah sur le processus de spoliation des juifs de France de 1940 avec l’occupation allemande jusqu’à la libération en 1944. Sont exposés les textes définissant la qualité de « juif » et ceux légalisant la saisie de leurs biens, tous signés par le pouvoir français de l’époque. On y découvre le détail des procédures : recensement des hommes et de leurs biens, mise sous administration provisoire des biens détenus directement ou indirectement par des juifs, saisies, ventes aux enchères à des « bons français », versement des produits des ventes à la Caisse des dépôts et consignation pour 90% et le solde sur le compte de fonctionnement du Commissariat général aux questions juives, etc. La plupart des saisies portent sur de petites entreprises, des boutiques individuelles. On y lit des lettres de chefs de famille ruinés et spoliés adressées aux autorités françaises demandant une indulgence qui ne sera pas accordée. Et d’autres lettres d’administrateurs volontaires qui proposent leurs services pour la gestion des biens juifs… Tout ceci est quelque peu terrifiant !

Festival Rock en Seine – 2013/08/23>25 – Paris Parc de Saint-Cloud

Vendredi 23 août 2013

Savages

4 filles en noir, l’air renfrogné et pas un sourire, une forte inspiration Siouxsie, The Cure et Joy Division. Un excès de réverbération, des effets de guitare miaulante, du rythme sombre et une chanteuse charismatique ; on se retrouve dans les 90’s, les misses n’ont rien inventé mais jouent avec l’énergie du désespoir ; cette époque musicale fut grandiose alors pourquoi se priver à l’heure où ces jeunes femmes s’y replongent ?

Setlist : I Am Here/ City’s Full/ Shut Up/ Give Me a Gun/ I Need Something New/ Strife/ Flying to Berlin/ No Face/ She Will/ Hit Me/ Husbands

Belle and Sebastian

Une joyeuse bande de potes écossais(es), folkeux électrifiés des Highlands, habillés en marinière, sautillants et proprets, mélancoliques et bien coiffés, de jolies voix et des rythmes enjoués, leur musique s’écoule comme dans une veillée scout, ou sur une autoroute un jour grisonnant.

Setlist: Judy Is a Dick Slap/ I’m a Cuckoo/ Le Pastie De La Bourgeoisie/ The Stars of Track and Field/ I Want the World to Stop/To Be Myself Completely/ Your Cover’s Blown/ We Are the Sleepyheads/ I Didn’t See It Coming/ The Boy with the Arab Strap/ Legal Man/ Judy and the Dream of Horses

Johnny Marr

Ex-membre du groupe légendaire The Smiths et guitariste du duo qu’il composait avec Morrissey. Chacun vaque à ses occupations depuis la séparation à la fin des 80’s, mais aucun ne fait oublier quelques-uns des disques qu’ils ont produits ensemble, parmi les plus mythiques du rock.
Johnny entre en scène mordant une rose rouge, toujours mince et nerveux, le voilà reparti pour nous charmer d’un jeu de guitare virtuose. Il s’est mis au chant, il faut bien, et nous ressert quelques classiques des Smiths, cela tombe très bien puisque le public est venu pour ça.

Setlist : The Right Thing Right/ Stop Me If You Think You’ve Heard This One Before/ Upstarts/ Sun & Moon/The Messenger/ Generate! Generate!/ Bigmouth Strikes Again/ New Town Velocity/ I Fought the Law/How Soon Is Now?/ There Is a Light That Never Goes Out

Alt J

Le groupe dont on parle, un quatuor de jeunes britanniques tout en subtilité et créativité. Un guitariste chanteur accompagné par un claviériste, un deuxième guitariste et un batteur. L’âge moyen de ce petit monde doit tourner dans les 23 ans, et leur inventivité est stupéfiante.
Visuellement tout d’abord : la scène est d’un dépouillement ultime, il n’y a même pas un ampli qui est visible, les 4 sont en ligne horizontale sur le devant de la scène, le clavier et sa casquette-à-l’envers qui chante en contre-point, le chanteur barbu qui pizzicate sa guitare et place sa voix nasillarde dans les aigus pour des mélodies désarmantes, le second guitariste/bassiste noyé sous une mèche de cheveux peroxydés et le batteur aux caisses étranges.

Et cette musique si pure s’infiltre dans nos méninges comme une rivière de miel, tout est délicat et inattendu, tout est harmonie et originalité. On comprend comment ce groupe venu de Leeds aura créé le buzz cette année sur la scène rock. Que peut-il bien se passer dans la tête des garçons si sages pour produire une musique d’une telle douce intensité ?

Setlist: Intro/ ❦ (Ripe & Ruin)/ Tessellate/ Something Good/ Buffalo/ Warm Foothills/ Dissolve Me/ Fitzpleasure/ Matilda/ ❦ (Guitar)/ Bloodflood/ Ms/ Breezblocks/ A Real Hero/ Taro

Frantz Ferdinand

Encore des écossais proprets mais ces 4 la sont largement plus délurés que Belle and Sebastian, ce n’est rien que de le dire et c’est la raison pour laquelle ils font la fin de soirée sur la grande scène !

Chemises chamarrées, tressautant, sympatoches et un peu têtes-à-claques, ils mènent bien leur barque et remportent un franc succès. Des guitares saccadées, des riffs rageurs, des voix bien placées, des morceaux courts et bien tournés, la recette sans surprise pour emporter la foule sur des nuages, dans lesquels on ne reste pas si longtemps, le plaisir étant aussi éphémère que les compositions.

Setlist : No You Girls/ Right Action/ The Dark of the Matinée/ Evil Eye/ Do You Want To/ Walk Away/ Stand on the Horizon/ Can’t Stop Feeling/ The Fallen/ Bullet/ Michael/This Fire

Samedi 24 août 2013

Black Rebel Motorcycle Club

He-he ! Les Black sont sur la grande scène pour ce début de soirée, de mieux en mieux. Leur blues électrifié se porte mieux dans des petites salles enfumées, mais ils font bonne figure à Saint-Cloud, ils n’ont peur de rien.

Lea bat le rythme qui se perd un peu dans les nuages et ses deux boys assurent le devant de la scène. Certains blues grinçants des Blacks ne sont pas forcément formatés pour grands espaces mais les classiques réveillent les spectateurs en cette fin d’après-midi.

Nine Inch Nails

C’est le clou du week-end et la foule est venue s’installer en masse aux pieds de la grande scène déjà bien avant le début du show.

Et le spectacle fut terrifiant, halluciné, à la mise en scène définitivement moderniste, frisant l’art contemporain. Trent Reznor et les siens ont su monter un jeu d’installations fantomatiques et explosives s’alliant si bien avec ce rock industriel dont ils sont les chantres. Une série de panneaux électroniques coulissants sur lesquels sont projetées des images incertaines allant de visions d’échographies aux spectres radiologisés des musiciens qui vont et viennent devant et derrière ces panneaux infernaux. C’est l’odyssée de l’espace atterrissant sur la planète rock.

Comme toujours Reznor affiche une présence charismatique et athlétique qui foudroie l’atmosphère. Une boule de nerfs émergeant d’un paquet de muscles : qu’il manipule fébrilement ses claviers, extirpe d’incroyables déchaînements soniques de sa guitare ou vocifère accroché à son pied de micro comme si sa vie en dépendait, il mène à la baguette un groupe et un show uniques pour l’accomplissement d’une débauche de rock tendance (très) dure, de technologies et de lumières.

La musique, puisqu’il s’agit tout de même d’elle, est assez indicible, à la fois primaire et sophistiquée, bruitiste et complexe, parfois douce mais toujours pour mieux préparer l’arrivée de la violence sonique. Le tout est dantesque.

Un concert des Nine Inch Nails c’est une expérience sensorielle écrasante… et inoubliable.

Setlist: Somewhat Damaged/ The Beginning of the End/ Terrible Lie/ 1,000,000/ March of the Pigs/ Piggy/ Closer/ Gave Up/ Help Me I Am in Hell/ Me, I’m Not/ Find My Way/ The Way Out Is Through/ Wish/ Only/ The Hand That Feeds/ Head Like a Hole/ Hurt

Valerie June

Un petit passage chez Valerie June, pas d’un grand intérêt et a encore du chemin à faire ; mais on peut aussi admettre que le festivalier au sortir d’un show de Nine Inch Nails a des sens un peu perturbé…

Dimanche 25 août 2013

Tricky

Et Tricky clôture le festival sur la scène Pression Live avec en intro un instrumental remake de Sweet Dreams are made of this. Toujours félin et évoluant dans une autre galaxie dont il nous entrouvre quelque voies d’accès vers sa planète trip-hop. Comme à son habitude il joue avec un groupe mixte (sexes et origines), et notamment une remarquable chanteuse qui chante au moins autant que son leader… Tout ce petit monde doit anticiper et suivre les indications de l’imprévisible Tricky capable de quitter la scène de longues minutes ou de faire durer un morceau plus de 15 minutes, à grands moulinets de bras dans le vide pour guider l’intensité du jeu.

C’est de l’improvisation inspirée qui réjouit les spectateurs mais désespère la sécurité. Le concert prévu pour 45 minutes va durer 1h30… malgré les demandes pressantes des organisateurs. Qu’importe, Tricky a déjà éjecté un cameramen qui le gênait, allumé une quantité incroyable de joints, fait monter à 3 ou 4 reprises 100 ou 150 spectateurs pour danser sur la scène avec lui, avec eux, alors rien ne l’arrête et il terminera le concert quand bon lui semblera

Le micro sur le cœur pour nous faire partager les battements vitaux, ils nous emmènent très haut dans sa mystique musicale. On craint la coupure de la sono pour dépassement du temps réglementaire mais ils iront au bout de notre rêve ce soir, au crépuscule de cet excellent Rock-en-Seine 2013 dont nous fêtions le dixième anniversaire !

Setlist: You Don’t Wanna/ I Live Alone/ Nothing’s Changed/ Ace of Spades/ Parenthesis/ Tribal Drums/ Puppy Toy/ Black Steel/ I Sing For The Joker/ Bonnie & Clyde/ Do You Love Me Now?/ Nothing Matters/ Vent/ Feel the Same

Dostoïevski , ‘Crime et Châtiment’.

Sortie : 1865, Chez : . Roman feuilleton parut à l’époque dans un journal pour aider à la résolution de problèmes d’argent de l’auteur. C’est une grande histoire sur la culpabilité, la rédemption, l’amour, l’injustice, bref sur l’Humaine. Ce livre est à la foi tarabiscoté, sur l’enchevêtrement des personnages et des sentiments, et simplet dans la succession des scènes (un peu pièce de boulevard).
C’est aussi l’âme russe qui parle, belle comme un concerto de Chostakovitch : bouleversante et complexe.

Cat Power – 2013/07/17 – Paris l’Olympia

Cat Power à l’Olympia, Chan Marshall de son vrai nom, folkeuse américaine tristoune à ses débuts à la fin des années 90, une voix lancinante sur des arpèges simplistes de guitare ou de piano, recyclée un peu plus pop ces dernières années. Elle a commis de beaux albums comme You Are Free ou The Greatest, emprunts de mélancolie. Elle a annulé une tournée l’an passé pour raisons « de santé » a-t-on entendu.

Ce soir elle apparaît relookée blonde, un peu déglingue, un peu joyeuse, devant une salle pas complètement remplie, qu’importe. Une guitariste et trois musiciens l’entourent, les lumières sont bleutées comme le blouson de la Miss. Ils jouent Sun, le dernier album aux sonorités plus électro, et des retours sur le passé. La voix de Cat est douce et métallique, elle semble porter toute la misère du monde sur les épaules, mais cette souffrance est créatrice.

On retient de ce concert vaporeux mais pesant, introspectif, une chanteuse un peu perdue dans son monde mais habitée par sa musique. Elle termine sur Ruin : I’ve seen gypsies who made it all the way/ And kept going, kept rolling with nowhere to go/ Nowhere to go./ What are we doing?/ We’re sitting on a ruin/ What are we doing?/ We’re sitting on a ruin… C’est un peu ça!

Setlist : The Greatest/ Cherokee/ Silent Machine/ Manhattan/ Human Being/ King Rides By/ Bully/ Angelitos Negros/ Always On My Own/ 3,6,9/ Nothin’ But Time/ I Don’t Blame You/ Metal Heart/ Shivers/ Peace & Love/ Ruin

Morcheeba – 2013/07/09 – Paris le Trianon

Morcheeba pour une soirée au Trianon pleine de douceur. Un prochain disque est annoncé pour la fin d’année avec un concert à l’Olympia en novembre. On est un peu en répétition aujourd’hui ; l’été arrive, l’atmosphère se détend, rien de mieux qu’un concert de Morcheeba sur la route des vacances. Les Morcheeba rencontrent un franc succès en France, le retour de Sky n’y est pas pour rien.

Alors que le groupe démarre The Sea, elle arrive montée sur d’incroyables talons aiguilles, une robe vaporeuse noire et un haut de cosmonaute métallique argenté, et puis ce désarmant sourire qui fait chavirer la salle dès qu’elle se tourne vers le public. Et enfin elle chante et déroulant cette voix si chaude et envoutante qui fait roucouler l’audience de plaisir. Elle chante et elle se déhanche, pendant que Ross tire de merveilleux solos aériens de sa guitare.

Le concert coule comme une fontaine jouvence, les vibratos torrides de Sky posés sur les instruments éthérés du groupe. Ces six anglais ont le trip-hop aussi joyeux et communicatif que les Massive Attack l’ont sombre et déprimé. Les titres s’enchaînent, présentés par les bavardages de Sky ponctués comme toujours de grands éclats de rire.

Elle chante et elle danse, s’essaye au français et à la batterie, Ross boit sa bière entre les morceaux, ils placent quelques nouveaux titres, beaucoup d’anciens et une reprise d’Arlo Guthrie (le fils de Woodie), la chaleur dans la salle atteint des niveaux tropicaux… et puis Sky revient pour le rappel intégralement revêtue maintenant en métallique-argenté, la foule défaille, encaisse Rome Wasn’t Built In A Day et repart follement amoureuse des Morcheeba.

Un show détendu, une musique optimiste portée par des musiciens enthousiastes. Une mise ne jambe d’une petite heure et demie qui annonce un retour incandescent pour novembre prochain après la sortie du dernier disque.

Setlist : The Sea/ Friction/ Otherwise/ Never an Easy Way/ ID/ Part of the Process/ Coming into Los Angeles (Arlo Guthrie cover)/ Slow Down/ Crimson/ Trigger Hippie/ Blindfold

Encore: I’ll Fall Apart/ Rome Wasn’t Built in a Day/ Face of Danger

Chateaubriand François-René de, ‘Mémoires d’Outre-Tombe Tome 2’.

Sortie : 1951, Chez : Livre de Poche 1353, 54 & 55. Et 700 pages de plus pour terminer ce monument littéraire des Mémoires d’Outre-Tombe ! La plus grande part de cet ouvrage retrace l’histoire de Napoléon, donc de l’Europe, durant le règne de l’empereur. Il décrit le personnage avec un mélange d’admiration pour sa puissance, et de mépris pour son despotisme qui a mené la France au bord de l’abîme, occupée par les troupes alliées et mené à la restauration monarchique. Cette dernière ne fut pas pour déplaire à l’écrivain breton qui du coup a repris du service comme ministre puis ambassadeur. Il publie ses notes diplomatiques de l’époque analysant la situation européenne toujours façonnée par la guerre, ses lettres aux grands de l’époque, ses démêlés politiques, ses échanges avec Mme. De Staël, Mme. Récamier, etc. Le tout est nimbé de la mélancolie d’un vieil homme qui approche de la fin mais touche à la sagesse. Le style est magnifique, celui d’un immense écrivain du XIXème siècle qui devrait inspiré les écrivains d’aujourd’hui.

Dead Can Dance – 2013/06/30 – Paris le Zénith

Dead Can Dance revient avec un nouveau disque Anastasis (résurrection en grec… et dont la couverture est illustrée d’un champ d’opium en noir et blanc) et une tournée mondiale passant par Paris ce soir. Ce groupe australo-britannique a fait le bonheur de la cold music des années 1980/90’s avec l’association improbable de deux chanteurs classiques (Brendan Perry baryton et Lisa Gerrard contralto) avec l’électricité de la pop. Ils sont accompagnés sur scène de deux claviéristes et deux percussionnistes.

Elle est habillée comme une reine médiévale, il est vêtu d’un costume sombre, crâne lisse et barbichette blanche. Ils jouent parfois d’une espèce de petite harpe horizontale frappée avec des baguettes produisant des sons pizzicato métalliques

A la fois un peu datée mais aussi hors du temps, cette musique étrange et sombre mêle toutes sortes d’influences orientales et intergalactiques, avec celles de Klaus Schulze et Tangerine Dream. Le résultat est un empilement de nappes de sons sur lesquelles voguent sans fin les voix tristes et magnifiques de ce duo de chanteurs.

Rien ne se passe durant ces concerts, sinon la diffusion d’une atmosphère de méditation et de trouble intérieur, de la beauté et de la pureté qui permettent de marquer une pause dans notre Monde à la dérive : Sometimes/ I fell like I wanna leave/ Behind all these memories/ And walk through that door/ Outside/ The black night calls my name/ But all roads look the same/ They lead nowhere… [Opium].

Dead Can Dance encore appelé « DCD », à la sinistre consonance française, a charmé ce soir une assemblée de fans déjà conquises venus communier à cette grande messe de la Résurrection.

Setlist: Children of the Sun/ Agape/ Rakim/ Kiko/ Amnesia/ Sanvean/ Black Sun/ Nierika/ Opium/ The Host of Seraphim/ Ime Prezakias/ Cantara/ All in Good Time/ The Ubiquitous Mr. Lovegrove/ Dreams Made Flesh/ Song to the Siren 
(This Mortal Coil cover)/ Return of the She-King

Bruce Springsteen & The E-Street Band – 2013/06/29 – Paris le Stade de France


Nous avons aimé Bruce Springsteen & the E-Sreet band à Bercy l’an dernier ; nous l’avons adoré ce soir au Stade de France !

La joyeuse bande de musiciens américains est la même mais il y a ce soir 80 000 spectateurs alors pour les faire patienter le Boss viendra leur jouer un pré-show acoustique de trois morceaux vers 18h histoire que tout le monde se mette en place dans la joie et la bonne humeur.

Cette fois-ci le concert démarre avec le tonitruant Badlands et le même frisson parcourt l’assemblée… et c’est parti.

3 heures ¼ plus tard le groupe a joué 30 morceaux, dont la reprise intégrale de l’album Born in the USA, le Boss a animé la scène comme jamais, fait monter une fan pour danser avec lui sur Dancing in the Dark, donné une guitare à une autre fan qui grattera les cordes en rythme sur un final bruyant, pris une gamine sur ses épaules et chanté avec elle sur Waitin’ on a Sunny Day, accepté sur scène un fan qui voulait danser avec la violoniste le temps d’une chanson, bien sûr improvisé des morceaux à la demande du public, chanté-joué-transpiré comme si sa vie en dépendait, rendu hommage à Clarence et Danny, enchanté le stade par sa vision d’une Amérique populaire plutôt peu connue de ce coté de l’Atlantique et finalement si proche de nous, déployé une gentillesse et une proximité hors normes pour un artiste de cette trempe, salué un à un ses musiciens à la fin du premier rappel pour nous en offrir un second, en solo à la guitare acoustique avec le bouleversant Thunder Road.

Bruce Springsteen : une légende, toujours !

Set list: 1. Badlands/ 2. Out in the Street/ 3. Lucille (Little Richard cover) (Sign request, tour premiere)/4. Wrecking Ball/ 5.Death to My Hometown/6. Cadillac Ranch (Sign request)/7. Spirit in the Night/
Born in the U.S.A./ 8. Born in the U.S.A./ 9. Cover Me/ 10. Darlington County/ 11. Working on the Highway/ 12. Downbound Train/ 13. I’m on Fire/ 14. No Surrender/ 15. Bobby Jean/ 16. I’m Goin’ Down/ 17. Glory Days/ 18. Dancing in the Dark/ 19. My Hometown/ 20. Pay Me My Money Down (The Weavers cover)/ 21. Shackled and Drawn/ 22. Waitin’ on a Sunny Day/ 23. The Rising/ 24. Land of Hope and Dreams
Encore: 25. We Are Alive/ 26. Born to Run (with Elliott Murphy)/ 27. Ramrod/ 28. Tenth Avenue Freeze-Out/ 29. American Land
Encore 2: 30. Thunder Road (Solo acoustic)

Pre show: This Hard Land/ Burning Love (Arthur Alexander cover) (Sign Request)/ Growin’ Up

Depeche Mode – 2013/06/15 – Paris le Stade de France

Depeche Mode au Stade de France, un boulot bien fait pour un concert sans surprise. Les trois compères viennent de sortir leur dernier disque : Delta Machine. Sur scène ils sont renforcés par le duo habituel claviériste et batteur. La scène est gigantesque et dépouillée, les images projetées sur les vastes écrans frappent et font apparaître les musiciens tels de petits nains qui commandent la Machine Delta telle la sixième flotte US dans l’océan.

Cette bande se connaît sur le bout des doigts depuis des années, Just Can’t Get Enough date de 1981… Archétype de la musique new wave des années 1980/90 ils ont survécu à tout et continuent de diffuser leur pop synthétique et glaçante avec un bonheur plus ou moins égal. Ils sont quasiment les seuls à avoir traversé ces décennies sans vraiment changer d’inspiration.

Tout est réglé au millimètre sur scène, jusqu’au déshabillé de Dave au bout du troisième morceau, qui tombe la veste pour laisser apparaître ses muscles tatoués sous son éternel gilet. Le garçon tient la route malgré certaines années d’excès et anime l’ensemble avec talent. Il a tenté une incursion solo il y a quelques années avec deux disques pas inoubliables (Paper Monsters et Hourglass) mais c’est au cœur de Depeche Mode qu’il est le meilleur. Sa voix profonde n’est jamais mieux portée que par les sombres harmonies de Martin Gore, la tête pensante du trio. Dave réussit de loin en loin à caser quelques compositions dans les disques du groupe mais elles sont rarement aussi réussies que celles de Martin.

Ces deux-là semblent faits pour créer ensemble et quand chacun s’essaye à la spécialité de l’autre le résultat n’est pas bouleversant. Les shows réservent toujours une ou deux pauses où Martin vient chanter sur le devant de la scène (un peu comme l’instant Keith Richard au milieu des concerts des Rolling Stones), ce soir ce sera pour une belle reprise de Higher Love.

Delta Machine n’est pas encore très connu des fans et d’un abord un peu complexe, alors le retour sur les classiques déclenche l’enthousiasme. Trente ans plus tard Depeche Mode continue à faire danser les stades avec la même ferveur sur A Question of Time, Black Celebration et autres comètes tubesques de la galaxie synthpop.

Performance sympathique, voix définitivement marquante de Dave sur une musique oh combien efficace ; c’est le cocktail gagnant des Depeche Mode depuis tout ce temps, de quoi passer une excellente soirée du mois de juin à Paris.

Setlist : Intro/ Welcome to My World/ Angel/ Walking in My Shoes/ Precious/ Black Celebration/ Policy of Truth/ Should Be Higher/ Barrel of a Gun/ Higher Love (Sung by Martin)/ Judas (Acoustic)/ Heaven/ Soothe My Soul/ A Pain That I’m Used To (‘Jacques Lu Cont’s Remix’ version)/ A Question of Time/ Secret to the End/ Enjoy the Silence/ Personal Jesus/ Goodbye

Encore : Home (Acoustic)/ Halo (‘Goldfrapp Remix’ version)/ Just Can’t Get Enough/ I Feel You/ Never Let Me Down Again

BRMC – 2013/06/13 – Paris le Trianon

Les Black sont de retour, toujours fringants, légèrement embourgeoisés dans ce Trianon bon chic bon genre, théâtre dédié au Rock & Roll depuis peu. La veille 15 mars ils ont commis « a fantastic night » comme nous le dira Rob, laissant les spectateurs de la soirée dépités de n’être là que… le 16. Mais le concert fut malgré tout largement à la hauteur des attentes.

Les héros sont (un peu) fatigués et on leur pardonne. Leur dernier album Specter At The Feast n’est pas encore disponible dans les bacs. Ils en joueront presque l’intégralité sur scène ce soir et il semble de bonne facture : Rock & Blues harassant, rythmes pesants, voix éraillées, trio toujours soudé par cette énergie vitale du blues que transcendent des générations de guitaristes depuis les champs de coton du Sud des Etats-Unis au XIXème siècle, de Robert Jonhson à B.B. King en passant par Keith Richard.

Ce soir les trois Black perpétuent cette tradition, électrique ou acoustique ; ils jouent sans compter, sur des guitares éraflées, mixant vibrato, larsen et rythmes syncopés ; les deux garçons se passent les vocaux sur la batterie de Lea et enchaînent les solos sur des sons gras. Formés sur la route, inspirés par le Blues, virtuoses du Rock, showmen en noir, accrochés à leurs instruments comme à une bouée de sauvetage on se plonge toujours avec bonheur dans leur univers sombre et intense.

Le retour sur les classiques déclenche hourvari et hystérie : Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll, Spread Your Love… sont reprises par une salle en délire ; désormais des classiques du Rock ! On retrouve bientôt les Black sur la grande scène de Rock-en-Seine le samedi 24 août.

Set-list : Fire Walker/ Let the Day Begin (The Call cover)/ Rival/ Hate the Taste/ Beat the Devil’s Tattoo/ Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll (Punk Song)/ Ain’t No Easy Way/ Berlin/Rifles/ Returning/Conscience Killer/ Windows/ Visions of Johanna (Bob Dylan cover, Rob alone on acoustic)/Lullaby/ Shade of Blue/ Funny Games/Stop/ Awake/ Red Eyes and Tears/ Six Barrel Shotgun/ Spread Your Love

Encore: Sell It/ Lose Yourself

Neil Young & Crazy Horses – 2013/06/06 – Paris Bercy

Neil Young & Crazy Horses à Bercy ce soir : un fantastique concert pour un musicien d’exception ! La foule des grands soirs est venue en procession pour se délecter de la musique et des textes intemporels de cet artiste de légende.

La scène est décorée avec de gigantesques amplis Fender factices de cinq à six mètres de haut. D’étranges roadies barbichus s’agitent en blouses blanches et s’exclament autour de ces monuments en toc quand retentit la Marseillaise qui accompagne l’entrée des quatre musiciens, Neil tout de noir vêtu, chapeau y compris, ses acolytes en jeans et T-shirts blancs (à l’effigie d’Hendrix pour le guitariste Franck Sampedro). Les cheveux sont blancs également, tout ce petit monde tourne autour des 65 ans mais s’accroche aux manches. Ce soir il s’agit de Neil Young & Crazy Horses, mais il s’agit aussi et surtout de guitares.

Pour le chroniqueur qui avait laissé Neil Young en 1972 à l’époque folkeuse de Harvest (Old man, look at my life/ I’m a lot like you were/ Live alone in a paradise/ That’s make me think of two…) la surprise est explosive quand il découvre halluciné un vrai groupe de rock brut, à l’inspiration grunge, jouant des morceaux de plus de quinze minutes dans un déluge de sons saturés, agrémenté de larsen stridents et d’effets des plus bizarres pour ajouter à la fusion sonore qui envahit Bercy.

Neil Young déroule sa poésie de sa petite voix aigüe et nasillarde si caractéristique, sur cette musique psychédélique. Son dernier disque s’appelle d’ailleurs Psychadelic Pill, ce n’est rien que de le dire. Ce concert vaut à lui seul toutes les pilules de la terre. Le groupe assène son rock avec enthousiasme à une audience multi-générations aux anges.

Un petit intermède folkeux sous le signe de l’oiseau de Woodstock projeté en fond de scène avec Neil seul à la guitare et harmonica pour Heart of Gold et Blowin’ in the Wind  de Dylan et la cavalcade reprend dans un déchaînement de guitares endiablées, agrémenté de solos magistraux pour nous amener sur les riffs saturés de Hey Hey, My My, chanson phare du groupe reprise en chœur par l’assistance éperdue d’admiration et d’affection pour son héros : My my, hey hey/ Rock and roll is here to stay/ It’s better to burn out/ Than to fade away/  My my, hey hey.

Avec de tels monstres sacré, effectivement le Rock & Roll n’est pas près de mourir, Dieu merci.

Set list : Love and Only Love/ Powderfinger/ Psychedelic Pill/ Walk Like a Giant/ Hole in the Sky (Unreleased song)/ Heart of Gold (Solo acoustic)/ Blowin’ in the Wind (Bob Dylan cover, Solo acoustic)/ Singer Without a Song (Unreleased song)/ Ramada Inn/ Cinnamon Girl/ Fuckin’ Up/ Mr. Soul (Buffalo Springfield song)/ Hey Hey, My My (Into the Black)

Encore : Rockin’ in the Free World

Cojean Annick, ‘Les Proies – Dans le harem de Kadhafi’.

Sortie : 2012, Chez : Bernard Grasset. Un livre terrifiant, à peine croyable, sur les pratiques sexuelles du dictateur libyen durant les 42 ans de son règne délirant et sanguinaire. Il sélectionnait des gamines dans des écoles, les faisait enlever par ses sbires puis les transformait en esclaves sexuels. Au besoin il faisait de même avec de jeunes garçons. Il aurait également agressé sexuellement certaines épouses de dirigeants étrangers, ce qui a été soigneusement tu par les diplomates craignant de froisser le dictateur pourvoyeur de pétrole. La Libye toujours féodale et de plus en plus islamique ne peut revenir sur ces épisodes dramatiques qui font honte à l’homme libyen et ne seront sans doute jamais jugés.
Annick Cojean, journaliste au Monde, est une professionnelle reconnue et aguerrie. Son reportage doit être fondé mais les faits (ceux d’un Dutroux du désert des Syrtes) rapportés sont tellement hallucinants qu’un doute subsiste face à l’énormité des ces crimes que l’on aurait voulu voir jugé par un tribunal international.

Rachid Taha – 2013/05/16 – Paris le Trianon

Rachid Taha nous met un joyeux boxon ce soir dans un Trianon qui n’est pas plein. Petit bonhomme nerveux qui a défrayé la chronique avec son premier groupe Carte de Séjour, il est définitivement engagé en faveur de meilleurs comportements de la France vis-à-vis de ses immigrés. Il a collaboré avec quelques grands du rock : Eno, Mick Jones, Steve Hillage… sans doute touchés par sa capacité à orientaliser tout ce qu’il touche et commis une inoubliable reprise de Rock in the Casbah des Clash !

Mal fagoté dans un costume noir-cravate rouge-et-chapeau hauteforme, mais qu’importe, il anime sa joyeuse bande avec un entrain tout méditerranéen. Guitaristes, claviériste, batteur et un musicien qui joue d’une sorte de bouzouki électrifié sous un chapeau cuir et en tire des sons qui marquent le coté arabe de cette musique.

Rachid court et se déchaîne, chante alternativement en anglais, en arabe, en français, mais quel que soit le langage choisi, l’enthousiasme des rythmes fait onduler l’assistance. Il mêle le Raï et le Punk, Oum Kalsoum et l’électronique, la France avec Pigalle où il joue ce soir, et accueille toute une bande de potes pour marquer son message de musicien engagé du monde.

L’arrivée de Mick Jones, co-fondateur du mythique The Clash fait frémir d’émotion les quinquas présents qui se souviennent de leurs grandes heures de rockers rebelles. Il passera la moitié du concert sur scène, nouera nos tripes sur les riffs de Rock in the Casbah et cassera ses cordes sur Should I Stay or Should I go. Rachid fait venir tous ses potes sur la scène pour partager sa musique : Jeanne Added qui assure aussi la première partie, pour une reprise d’Elvis Presley, Rodolphe Burger grand gaillard guitariste présent sur la scène française depuis des années, l’ex-leader des Têtes Raides, et d’autres.

Il rend hommage aux grands disparus : Alain Bashung, Joe Strummer, Daniel Darc… Il sait d’où il vient et ce qu’il leur doit. Exilé, écorché, il reprend Voilà, Voilà (pamphlet anti-FN) comme un hymne avec l’assistance, au cœur de Barbès. Il s’agite, il bout, il pulse, il se révolte et il se marre, la musique et le rythme collés à la peau, et laisse le Trianon épuisé par tant d’énergie communicative.

The Raveonettes – 2013/05/12 – Paris la Maroquinerie

The Raveonettes @ la Maroquinerie, Paris, 12/05/2013

The Raveonettes à la Maroquinerie : un duo nerveux et séduisant venu du Danemark. Deux guitaristes/chanteurs : lui Sune Rose Wagner, elle Sharin Foo, et un batteur. Leur ancienne batteuse Leah Shapiro a rejoint le Black Rebel Motorcycle Cub depuis quelques années et quitté Copenhague pour Los Angeles !

Le fond de la scène est tendu d’un simple drap blanc, Sharin blouse jaune et dégoulinante de blondeur, Sune casquette sur frisures brunes ; tous les deux armés de guitares redoutables, sur-saturées d’effets électroniques, l’ambiance est électrique.

La musique est ambigüe, d’apparence un peu pop-sucrée (effet cheveux blonds sans doute) mais résolument moderne et undergroud. Il y a du Blondie dans ce duo danois inspiré Velvet Underground ! La miss joue parfois de la bass mais reste le plus souvent à la guitare et le jeu des deux instruments superposant leurs distorsions sur la batterie abusant des cymbales avec éclairage stroboscopique, donne un rendu suraigu plutôt hystérique.

Des chansons courtes, un format qui fuse, une ambiance urgente, un climat urbain. Une de leur chanson récente s’appelle War in Heaven, on ne saurait mieux les qualifier. Comment se fait-il que ce groupe de soit pas plus apprécié ?

Chateaubriand François-René de, ‘Mémoires d’Outre-Tombe Tome 1’.

Sortie : 1951, Chez : Livre de Poche 1327, 28 & 29. Les mémoires d’un romantique qui a traversé les XVIII et XIXème siècles, fut présenté à Louis XVI, vécut la révolution française, l’exil, la réconciliation avec Bonaparte, se fâche avec Napoléon, écrit des romans, voyage des Etats-Unis à Jérusalem, exerce des fonctions politiques, pour, enfin, commettre ces mémoires monumentales. Le style est merveilleux, celui d’un autre temps, les références historiques sont passionnantes. Chateaubriand nous parle de lui, mais à travers ses pérégrinations, revient sur cette période clé que fut la Révolution dans l’Histoire de la France.