Quoi de neuf ?

Anna Calvi – 2011/04/22 – Paris le Trianon

Anna Calvi  est au Trianon ce soir et il fallait être de la partie pour découvrir ce nouveau phénomène de la musique britannique : compositrice de talent, guitariste virtuose, chanteuse d’opéra, élégance naturelle, on ne parle que d’elle et on a raison. Elle est à Paris, alors nous aussi.

Tailleur et pantalon noirs, rouge à lèvres éclatant, colliers et bracelets en or, cheveux blonds en couette et talons aiguilles, Anna est discrètement accompagnée d’un batteur et d’une multi-instrumentiste (harmonium, percussion et guitare). Le trio démarre sur un instrumental Rider to the Sea. Dès l’intro, on croit que tout est dit : le touché des cordes est hendrixien au milieu d’accords qui dégagent un son de harpe électrifié dans un déluge de notes. Mais viennent ensuite les morceaux chantés et alors la miss bien proprette dégage une voix de stentor au vibrato désarmant qui met le Trianon en émoi, pour tout aussitôt se transformer en murmures imperceptibles. Guitare et voix sont utilisées avec subtilité et émotion, une force incroyable et une conviction percutante.

Entre les morceaux Anna redevient petite fille de bonne famille et étouffe des thank you imperceptibles derrière son maquillage.

Sa musique est une vague colossale qui déferle avec force gigantesque avant d’aller mourir sur la plage de nos sentiments en un petit clapot doucereux. La bouche grande ouverte elle clame ses doutes dans un rictus au lipstick carmin : Voices darkness is coming from my soul/ Should I fear you or should I just let go?/ Oh, blackout, I gotta know where you’re from/ what are you trying to tell me I don’t know.

Devant son micro, accrochée au manche de sa guitare elle est sans aucune retenue et laisse échapper la musique volcanique qui l’habite. Tigresse déchaînée elle nous prouve que plus rien n’a d’importance que son art brut déversé sur assistance ébahie devant ce concentré de talent, d’originalité et de flamboyance !

En fin du premier rappel Anna produit un incroyable solo sur Love Won’t Be Leaving. Les yeux tournés vers le ciel ses doigts vernis de rouge dévalent sur les cordes avec un brio exceptionnel, passant du miaulement aigu de la guitare martyrisée aux bombardements soniques lorsqu’elle remonte vers les graves. On est abasourdis mais elle nous rasure : I draw my name in the sand/ In the hope it’ll find you/ Because love won’t be leaving/ It won’t be gone until I find a way

La Callas revisitée et électrifiée, La Calvi nous emmène dans un monde flamenco-rock à grands mouvements de Telecaster et d’envolées lyriques. C’est décoiffant et enthousiasmant.

Morcheeba – 2011/04/05 – Paris le Casino de Paris

On a aimé Morcheeba au Bataclan l’an dernier, nous avons adoré Morcheeba ce soir au Casino. Pas de nouveau disque depuis Blood Like Lemonade, mais juste le plaisir de venir enchanter Paris une nouvelle fois avec cette musique éblouissante : de la douceur et du talent.

Skye en rouge et coiffure choucroute, charmeuse et polissonne, soulève d’enthousiasme le Casino avec son habituel final sur Beat of The Drum et ses vocalises sans fin, ses pas de danse et ses grands éclats de rire. Ross délivre son incroyable solo sur Crimson, inspiré et virtuose. Bref, rien de neuf dans le monde des Morcheeba, juste du rêve déversé sans retenu par un groupe au bonheur communicatif.

Archive – 2011/04/04 – Paris le Grand Rex


Et revoici les Archive à Paris pour deux soirées avec un orchestre classique, pourquoi pas. Bien sûr l’environnement de nappes électroniques des claviers archivesques doit pouvoir être remplacé par des cordes et des cuivres alors le chroniqueur ému se rend à son troisième concert Archive en trois ans depuis la sortie de l’inoubliable Controlling Crowds !

Le spectateur est accueilli par Rosko qui platine tranquillement sur scène le temps que tout le monde s’installe. Il ne fera pas partie de la suite, son rapp probablement incompatible avec l’ambiance classique de la soirée.

Les musiciens/iennes s’installent dans un frou-frou de soie et accordent leurs instruments (légèrement amplifiés), un peu curieux de voir débarquer notre bande trip-hop toute de noir vêtue qui démarre Light. Darius est assis derrière un piano à queue noir sur lequel il plaque la petite ritournelle obsédante de son intro. Une musicienne derrière ses monumentales timbales donne la réplique à la batterie rock. Les envolées de tension électronique sont remplacées par les archers pesant sur les cordes, sous la direction d’un maestro. L’illusion est parfaite mais un peu déplacée. Les voix de Pollard et Dave piétinent et hésitent au début avant de trouver le bon réglage, les cordes pardonnent moins que l’électricité !

Lorsque Maria entame I will Fade, posant sa voix bouleversante sur un nuage de mélancolie offert par la formation classique un frisson parcourt le Grand Rex. Le vibrato d’une violoniste sur l’érable de l’instrument n’a pas son pareil pour briser le cœur. Le clavier électronique parle avec sa puissance et sa sophistication là où le violon, simple assemblage de bois, dévoile toute la grandeur de l’âme humaine. Maria enchaîne sur Collapse-Collide laissant l’assistance transie dans l’ouragan du refrain où se bousculent pour mieux se dépasser : la formation classique à plein volume, les guitares électriques déchainées, la brutalité des percussions, timbales et grosse caisse mariées, et par-dessus tout, la voix exceptionnelle de Maria portée à son paroxysme par ce multiculturalisme musical. Bullets termine brillamment le set.

Une jeune violoniste japonaise du premier rang de l’orchestre semble fascinée par les facéties rock de Pollard derrière son micro. Lorsqu’elle ne joue pas, elle bat légèrement la mesure de son archet dressé et de ses épaules mouvantes, puis éclate de rire devant Darius qui agite les bras derrière son clavier comme pour diriger le maestro ; ses yeux bridés se plissent de complicité et de perplexité devant cette union improbable entre le classique et le trip-hop !

Pour le rappel, l’intro électronique de Controlling Crownds est jouée en pizzicatos légers débités par les violons, comme des papillons voletant dans la brise de printemps avant que l’électricité ne reprenne le dessus : I’m scarred of their controlling crowds here they come/ I’m scarred of their controlling crowds here they come/…

L’expérience est probablement intéressante, pas forcément concluante. Il n’est pas bien sûr que le trip-hop, même aussi symphonique que celui produit par Archive, se mêle bien avec le son du classique. Il fallait essayer et puis ce fut ainsi l’occasion de passer une nouvelle soirée avec Archive, ce qui n’est jamais du temps complètement perdu.

Set list : Lights/ You Make Me Feel/ Headlights/ The Feeling Of Losing Everything/ Blood In Numbers/ To The End/ Organ Song/ Finding It So Hard/ I Will Fade/ Collapse-Collide/ Words On Signs/ Slowing/ Fold/ Black/ Pictures/ Bullets
Encore : Dangervisit/ Controlling Crowds/ Again

Petitfils Jean-Christian, ‘Louis XVI – 1754-1786 (tome 1)’.

Sortie : 2005, Chez : Tempus 357. L’accession au trône et les premières années de règne de Louis XVI : la monarchie déjà ébranlée par les Lumières continue sa route et commence à se colleter à des exigences du peuple sans pour autant délaisser une politique étrangère complexe. On y retrouve aussi tous les balbutiement d’une Histoire qui est un éternel recommencement. La France surendettée ne sachant plus comment séduire les prêteurs et qui émet des emprunts viagers dont l’échéance est liée à la durée de vie de groupes humains prédéterminés, les manigances de courtisans sans foi ni loi, les luttes entre les empires, la guerre de conquête contre l’Anglais, l’aide à l’Amérique en voie d’indépendance, l’argent dépensé pour emporter l’adhésion, le casse-tête de l’impôt. Une épopée historique qui annonce la République pour le deuxième tome…

Interpol – 2011/03/15 – Paris le Zénith

Les Interpol au Zénith ce soir pour un best-of de leur œuvre après une apparition au Trabendo en septembre dernier. Evidemment les vrais fans furent quelque peu déçus de leur récente production discographique, plus pop, moins noire, mais le Zénith est plein ! C’est toujours un plaisir de passer une soirée avec ce groupe américain post-punk.

Paul Banks, chant et guitare, et Daniel Kessler, guitare, forment toujours l’ossature de la bande ; le grand blond à la voix sépulcrale et le petit nerveux cravaté derrière ses guitares, dodelinant et dansant en chœur avec ses arpèges. Batteur, clavier et bassiste complètent les rangs. La musique coule au naturel et s’immisce dans les recoins inconnus de notre sensibilité, la où règnent les grands et sombres espaces ouverts aux grands vents de la dépression.

Le Zénith écoute religieusement le requiem des américains, ne ménage pas ses applaudissements et certains espèrent un regain d’inspiration pour les prochains rendez-vous d’Interpol.

Set list : Success/ Say Hello To The Angels/ Narc/ Hands Away/ Barricade/ Rest My Chemistry/ Evil/ Length of Love/ Lights/ C’mere/ Summer Well/ NYC/ The Heinrich Maneuver/ Memory Serves/ Not Even Jail/

Encore: Untitled/ The New/ Slow Hands/ Obstacle 1

The Dø – 2011/03/09 – Paris le Trianon

© Nicolas

The Dø au Trianon ce soir pour la présentation de leur dernier disque Both Ways Open Jaws et surtout de leur nouvel univers musical. Six musiciens sont sur scène, 3 garçons et 3 filles. Olivia est habillée d’un délicieux petit short rose à poids blanc sur collant noir bariolé, Dan d’une chemise à carreaux rouge de bucheron, un guitariste chevelu et talentueux permet à Olivia de se consacrer au chant, mais le plus curieux de la soirée est certainement le duo féminin qui assure une section cuivre et instruments hétéroclites donnant au concert une touche acide et déjantée.

Le show démarre avec Olivia chantant dans un mégaphone serti d’une guirlande lumineuse et se poursuivra 75 minutes durant dans une joyeuse cacophonie avec échange d’instruments en continu : Dan de la bass au saxophone en passant par les claviers, guitariste chevelu de la six cordes aux percussions, les deux grâces sur leur estrade entre trombones, violons et frappes sur couvercles de cuisine ; ce petit monde mène sa route avec originalité et brio, tous unis autour de la remarquable voix d’Olivia, vaporeuse sur les berceuses, sucrée sur les ritournelles, stridente sur le reste, et douée d’une incroyable agilité. La musique est toute en cassures et dissonances mais unifiée par ce nouvel esprit des Dø insufflé par son duo créateur. Il y a du free jazz dans l’air, du contemporain dans les décibels.

Olivia danse sans retenue devant son Dan arcbouté sur sa bass et sous une houppette de cheveux à la Tintin. Ces deux là sont en osmose visible et ébullition contrôlée. Ils produisent une musique nouvelle que l’on n’attendait pas, avec toujours autant de charme.

 

Mademoiselle K – 2011/03/03 – Paris le Bataclan

Mélanie Bert

Mademoiselle K publie un disque : Jouer Dehors, qu’elle vient interpréter sous l’abri accueillant du Bataclan ce soir !

Rien de bien neuf mais toujours cette revigorante énergie des guitares électriques qui mettent en musique une poésie de banlieue, plus subtile qu’il n’y paraît au premier abord. Ah si, quand même une nouveauté, il y a un claviériste qui fait le cinquième cavalier de la bande des quatre. Katerine, délaissant les cordes, viendra même tapoter les touches pour s’y accompagner.

Les musiciens déboulent à l’extinction de lumières et laisse déboucher Mademoiselle K d’une porte en bois donnant sur la scène, éclairée par derrière, en majestueuse amazone coiffée d’une superbe crête qui déploie son ombre portée sur une joyeuse assistance.

Une ligne un peu moins punky, un rock toujours francophile joué avec enthousiasme devant une bande d’aficionados déchaînés et en adoration. Une déesse tendre sous ses airs de Hell Angel, longiligne et bardée de cuir noir, torse nu sous son Perfecto.

Le nouveau disque révèle des refrains pop et des paroles enfantines et émouvantes : Il fait sombre/ Eclaire un peu toute cette misère/ Eh oh c’est quand qu’on sort ?/ Je voudrais jouer dehors je vois des petits vieux/ Pas envie d’être vieux/ J’ai pas choisi d’être grand/ Mais j’aimerais être le plus fort/ Viens on va jouer dehors…

Katerine déroule ses chansons récentes de sa voix claire et traînante et revient sur ses anciens tubes.  Elle bavarde toujours autant entre les morceaux, tutoyant le public et ponctuant ses envolées de « Putain, tu vois… » toutes les deux phrases.

Elle clôture ce dynamique show sur le classique Final : Même quand j’ferme les yeux jvous vois les gens/ Et j’imagine vos vies/ Où vous étiez là juste avant/ Pourquoi vous êtes venus ici ?/ Pourquoi vous êtes resté ?/ C’est qu’sa vous a plus !/ C’est qu’sa vous a plus !/ Est-ce-que ça vous a plût ?/ Est-ce que vous reviendrez ? avant de se laisser porter à bout de bras pour parcourir le Bataclan à ses quatre coins portée par ses fans pendant que ses musiciens arrachent les derniers riffs rageurs de leurs instruments.

Aron Raymond, ‘L’opium des intellectuels’.

Sortie : 1955, Chez : Pluriel. La réédition d’un livre complexe et réjouissant dans lequel Aron démonte, dès 1955, les contradictions de l’intelligensia française en adoration coupable devant le soviétisme, voire le maoïsme. Philosophe, véritable spécialiste de Marx, il en connaît parfaitement la pensée et les théories, mieux que tout autre il est bien placé pour analyser les dérives de leur application à Moscou comme à Pékin. S’appuyant sur des faits il démontre l’irresponsabilté et la trahison des intellectuels dans leur soutien sans condition à la pratique soviétique. Un livre courageux qui a déclenché une polémique extrêmement violente lors de sa publication mais finalement peu de véritable constestation fondée sur le raisonnement tant la puissance de celui d’Aron était percutante.

Laetitia Shériff – 2011/02/17 – Paris les Trois Baudets

Laetitia Shériff assure la première partie de Marcel Kanche aux Trois Baudets, théâtre à Pigalle. Toujours solitaire avec sa guitare baryton et ses machines, toujours inspirée aux chants et aux cordes, la musicienne rennaise crée une musique habitée et moderne basée sur des boucles, des répétitions une voie brumeuse et un extrême dépouillement qui la rend si naturelle mais si mystérieuse.

L’artiste est dans les couloirs à la fin du show, aussi souriante que sa musique est crépusculaire. On papote avec elle pour apprendre qu’un disque est en préparation, de nouveau en groupe avec Olivier Mellano, guitariste d’exception.

Et l’on découvre après Laetitia, Marcel Kanche, auteur-compositeur sous une crinière de cheveux blancs, un Bashung de quartier qui chante avec poésie.

Hessel Stéphane, ‘Indignez vous !’.

Sortie : 2011, Chez : Indigène. Le cri du cœur d’un homme bon et âgé. Il a participé aux grands mouvements du XXème siècle : la lutte contre le nazisme et le fascisme, la déclaration universelle des droits de l’Homme, et il continue du haut de ses 93 années à se battre avec ses moyens et sa sincérité. Ce pamphlet est beau comme un arc-en-ciel sur une goutte de rosée, il n’éclabousse que fort peu le monde du XXIème siècle, mais tout n’est pas perdu tant que des intellectuels de sa trempe continuent à se battre.

Economistes Atterrés , ‘Manifeste d’économistes atterrés’.

Sortie : 2010, Chez : LLL (Les Liens qui Libèrent). Une très réjouissante lecture que ce Manifeste rédigé en 60 pages par un collectif d’économistes qui démontent 10 idées préconçues post-crise financière de 2008, la première étant que le Marché est parfait et se trouve le meilleur outil pour affecter les capitaux aux secteurs les plus productifs, les autres que le Marché est favorable à la croissance économique ou un bon outil de mesure de la solvabilité des Etats, etc. Au total 10 billevesées diffusées en boucle par le monde néolibéral contre les évidences amenées par l’explosion de la planète financière en 2008/2009.
Après chaque idée sont proposées des pistes de réflexion qui malheureusement ne seraient efficaces que si et seulement si tous les pays les appliquaient en même temps et de la même façon. Tout ceci est un peu naïf, purement intellectuel, mais au moins ces idées sont exprimées et les gouvernants ne pourront pas faire semblant de les découvrir lors de la prochaine crise financière dont la survenance est déjà inscrite dans l’Histoire, reste juste à en découvrir la date. La maison d’édition s’appelle LLL – Les Liens qui Libèrent. Tout est dit !
Les atterrés ont créés leur site web sur http://atterres.org/ dont la lecture est très vivement recommandée ici.

Lady Gaga – 2010/12/20 – Paris Bercy

Lady Gaga est venue faire son cirque deux soirs à Bercy. Après les annulations du mois d’octobre pour cause de grève, les fans ont eu encore une très sérieuse montée d’adrénaline lorsque la Diva a annoncé le report du show du 19 décembre pour cause de routes enneigées. Les admirateurs transis qui ont survécu à la nuit devant les portes de Bercy pour squatter les premiers rangs à l’ouverture des portes, en furent bons pour soigner leur bronchopneumonie et revenir le 21…

En attendant, la Lady, coincée dans son bus sur l’autoroute du Nord, bombarde ses petits monsters de twitts énamourés pour faire porter à leur inefficace gouvernement franchouillard la responsabilité de ce nouveau psychodrame.

Finalement tout est rentré dans l’ordre, les concerts décalés de 24 heures, et les fans ont enfin pu entrer dans le temple de leur déesse, pour assister, gagas, à la superproduction de leur héroïne.

Joyeuse ambiance à Bercy, âge moyen 18/19 ans, seule la présence de nombreux parents venus partager avec leurs enfants ces moments festifs relève cette moyenne au-dessus des 14/15 ans.

Lorsque s’éteignent les lumières un film est projeté sur un colossal écran arrondi qui masque la scène du sol au plafond. Et qui croyez-vous qu’il apparaît sur ce film ? Lady Gaga en body cuir dont on peut détailler tout à loisir et au ralenti la courbure des reins, la solidité des abdo-fessiers, la musculature des gambettes et la débordante chevelure peroxydée. Et lorsque démarre Dance in the Dark, apparaissent des décors en forme de mécano gigantesque, moitié échafaudage, moitié maison de poupées, et notre Lady perchée bien haut sur une nacelle, une sono très forte et un public déjà debout et hurlant, posture qu’il gardera jusqu’à la fin.

Aussitôt ramenée sur la terre ferme la Miss emaillotée dans un improbable costume est rejointe par une équipe de danseurs-danseuses plutôt compétents, qui l’entourent, la cernent, la servent, la portent et la projettent dans une gloire digne du Roi Soleil dans la Galerie des Glaces à Versailles ! Gaga chante, Gaga danse, Gaga s’exhibe, Gaga cajole ses little monsters et Gaga se déshabille, car c’est là une de ses principales activités sur scène. A peine revêtue d’incroyables tenues, dont elle change de nombreuse fois durant la soirée, elle n’a de cesse de s’en dévêtir pour terminer très rapidement en petite culotte de cuir noire qui semble de très très loin le seul ustensile revêtant qu’elle accepte de porter sur son corps de rêve.

En fin de show on la voit revenir des coulisses ensanglantée à la sauce tomate, il doit y avoir un scénario explicatif mais on n’a probablement pas tout suivi.

Les vieux présents dans la salle ne peuvent s’empêcher de penser que Madonna a tout de même sérieusement inspiré Gaga ! Mais qu’importe, Lady Gaga fait son show devant des gamins en transe à qui elle en donne comme rarement deux heures durant. Ils sortent de là avec les mirettes hallucinées et les tympans déchirés, mais déjà ils pianotent SMS et twitts à tous va pour narrer à leurs amis un spectacle décoiffant.

Ah, nous avons oublié de parler de musique… il est vrai que ce n’était pas ce soir le principal sujet. La Miss a des bases et des musiciens, alors ils arrivent sans difficulté ni relief à porter le show.

Set list : Intro/ Dance in the Dark/ Glitter and Grease/ Just Dance/ Beautiful, Dirty, Rich/ The Fame/ Love Game/ Boys Boys Boys/ Money Honey/ Telephone/ Speechless/ You and I/ So Happy I Could Die/ Monster/ Teeth/ Alejandro/ Poker Face/ Paparazzi

Encore : Bad Romance

Sophie Hunger – 2010/12/06 – Paris le Théâtre de l’Atelier

© Philippe Pache

Sophie Hunger pour un dernier concert parisien de cette année finissante, au théâtre de l’Atelier cette fois-ci. Il neige et il fait froid mais nous courrons le cœur vaillant, infuser toute la chaleur humaine que dégage cette artiste. Ce théâtre n’est pas à proprement parler une salle de concert, mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivraie…, Sophie et les siens sauraient transformer un bunker en champ de roses. La formation est la même qu’à la Cigale cet été.

Elle entre seule en scène pour une intro a capella dans une langue alémanique rugueuse et incompréhensible, avant d’être rejointe par les musiciens pour dérouler un concert de rêve. Ce groupe, leurs mots, leurs notes, leur empathie, fondent à chaque fois un nouveau partage avec le public. On croit entendre des titres inconnus mais peut-être ne sont-ce simplement que le réarrangement de morceaux anciens. Chacun attend les sommets que sont 1983, Shape, Your Personal Religion, Le Vent l’Emportera. Ils nous seront servis bien entendu dans l’enthousiasme général.

Sophie passe des guitares acoustique à l’électrique, du piano au micro pour de gentils petits blabla partagés comme au coin du feu, toujours avec une égale grâce. Elle chante avec une énergie insondable, déclenchant un ouragan d’émotion sur un public ébahi. Sophie se livre intégralement avec une grande subtilité musicale et un immense talent. Elle se dépense sans compter pour faire partager son univers mystérieux qui nous attire comme au bord d’un gouffre. Elle rayonne tel un astre au fond de la galaxie, attirant et hors de portée :

With the sounds of my city/ In the blowing of the wind/ In the silence of our children sleep/ Are my continuance day/ In the pushing of the river/ In the falling of the rain/ In the dust in the street/ Are you singing and singing again?/ It’s never gonna die/ It’s never gonna die/ Oh no/ We’re always gonna die/ We’re always gonna die

Trois rappels seront nécessaires dont le dernier est une chanson populaire a capella à cinq, issue sans doute de ses montagnes helvétiques. Alors que les applaudissements ne veulent plus s’arrêter elle nous dit avec son délicieux accent alémanique : « c’est tellement que je ne vais pas pouvoir dormir cette nuit, alors j’en prends seulement un peu que je garderai pour quand le ne pourrai pas jouer pour vous. »

BRMC – 2010/12 – Paris & Londres

Paris l’Elysée Montmartre – 1er décembre 2010 & Londres Brixton Academy – 11 décembre 2010

Les Black poursuivent une tournée triomphale des salles européennes de taille moyenne. Après leurs deux prestations parisiennes cette année en mai au Bataclan et en août à Rock en Seine, le voici de retour le 1er décembre à l’Elysée Montmartre où ils avaient déjà commis un irréparable show en 2007. Et on en redemande ! Les héros sont un peu fatigués, sono et lumières un peu bricolées, mais qu’importe le cœur est toujours vivace et ils nous assènent de nouveau 90 minutes d’âme blues-rock, martelée sur cordes et peaux, de la plus pure inspiration.

Dedans la température explose et dehors la neige fond, les Black sont encore à l’œuvre devant une audience conquise. Des concerts quasiment tous les jours depuis la sortie de Beat the Devil’s Tattoo ; ils terminent celui-ci sur le classique Open Invitation après le déluge de feu de Shadow’s Keeper. Demain Porthmouth, après-demain Nottingham, …et samedi 11 à Londres-Brixton, nous y serons !

En arrivant ce samedi soir à la Brixton Academy le chroniqueur émoustillé chantonne évidemment le Guns of Brixton de feu le Clash en guettant the black Maria qui pourrait l’emmener au poste de police. Mais tout est calme… pour le moment, sauf la Brixton Academy qui chauffe la foule avec le warm up de…

La salle ressemble un peu au Grand Rex de Paris avec un décor kitch façon château fort et un très agréable floor en pente qui offre une vue impeccable sur la scène. Deux bars au fond servent la bière à gogo, tout se passe pour le mieux lorsque débarque le Black : Robert, perfecto noir et capuche, Peter, cuir noir et Lea, Tshirt noir ; et le show démarre sur un torride Love Burns joué en clair obscur avec déchaînement de stroboscopes sur le refrain. Le ton est donné et il n’y a pas à dire lorsqu’un concert démarre par un « Good evening London! » on se sent tout de suite naturellement là où il faut être : au cœur de la patrie du Rock.

S’en suit un Red Eyes and Tears très sombre, plein de guitares miaulantes et larsénisantes sur fond de violents éclairages dirigés vers un public qui n’en peut mais, les mirettes et les ouïes déjà débordantes, et encaisse ensuite un Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll endiablé qui place la barre très haut pour le reste du show « … 1…2…3…4… I fell in love with the sweet sensation/ I gave my heart to a simple chord/ I gave my soul to a new religion/ Whatever happened to you?/ Whatever happened to our rock’n’roll?  » Les britishs en perdraient leur flegme !

Le trio est à l’aise sur cette grande scène dédiée aux Dieux du Rock sous les auspices de la Couronne d’Angleterre, le public est simplement heureux sous les déluges soniques, lumineux et la bière fraiche qui elle aussi coule à flot.

Le concert se déroule de façon fantastique : deux heures trente de blues-rock à l’état chimiquement pur, tout est parfait. Au milieu de la noirceur de la furie, un moment d’émotion avec un hommage à Michael Been, père de Robert, décédé d’une crise cardiaque en août cette année alors qu’il opérait comme ingénieur du son sur la tournée des Black après avoir lui-même tourné comme leader de quelques groupes rocks américains. L’hommage est rendu par Iggy Pop via une bande enregistrée diffusée sur scène en intro d’une furieuse reprise de Real Wild Child (Wild One), elle-même reprise de l’australien Johnny O’Keefe popularisée par l’iguane. Sur scène un guitariste de The Call l’ex-groupe de Michael vient épauler Robert assis au piano pour ce touchant témoignage à un père désormais installé au paradis des rockers pour suivre le parcours gagnant de son fiston !

Le concert de ce soir est aussi le 1 000ème show du groupe alors tout est bon pour se laisser aller aux joies du Rock. Voilà dix ans qu’ils sont sur la route. Ils ont sorti six albums et su développer leur vision de la musique, pure et américaine, violente et inspirée. Une formation à trois qui se marie parfaitement avec un jeu de scène dépouillé. Des allures de cow-boys déjantés, le bon, la brute et le truand, passés d’un saloon du Grand Ouest aux salles de concert de notre ère post-punk.

Robert en commandeur dégingandé se contorsionne sur ses bass que l’on croirait sorties d’un magasin d’antiquité. Il assure le spectacle avec brio et modestie. Peter est la base du groupe, tout en discrétion et technique, chemise de bucheron trouée aux manches, caché sous cheveux et rouflaquettes que l’on dirait n’avoir plus vu de peigne depuis des lustres. Il est un exceptionnel guitariste, en principe toujours entre deux cigarettes, mais pour une fois, discipline britannique sans doute, on ne le verra pas fumer sur scène. Lea martelle ses fûts avec autant d’énergie qu’elle dégage de charme. Elle a trouvé la place parfaire dans cet univers de rockers.

Leur Rock est de la musique vraie qui se déroule comme une évidence, frottée à toutes les influences black-blues de la planète, usée par les scènes du monde entier, inspirée par l’âme lugubres de ses créateurs. Ils passent ensemble de l’électricité la plus puissante à une acoustique délicate (sur Suffle your Feets, Lea vient faire les chœurs avec Robert et un tambourin). Ils ont développé maintenant un vrai succès d’estime auprès d’un public croissant.

Robert débute le rappel seul avec une guitare acoustique et s’essaye avec le sourire, à la demande du public, à une reprise de Cyndi Lauper : Girls Just Wanna Have Fun, abandonnée au milieu car il ne sait plus les paroles. Et le concert se termine après le foudroyant Shadow’s Keeper qui se termine comme il se doit par le délire des guitares mêlées à l’électronique, que l’on diraient en roue libre dans un monde sans fin de répétition, de larsen et de gargouillis ; lumières tamisées et lasers perçant permettent de découvrir Robert à genoux entonnant les notes de Open Invitation qui clôture un show de presque trois heures.

Gode save the queen et les BRMC, invités d’honneur du Royaume Uni de Grande Bretagne et du Rock ‘n’ Roll !

Dehors on attend un peu si jamais les héros venaient nous jouer un petit set acoustique comme ils en ont l’habitude, mais il fait trop froid ce soir au cœur de Londres, les lumières de l’Academy s’éteignent et le chroniqueur s’en retourne baguenauder dans Brixton : « When they kick at your front door/ How you gonna come?/ With your hands on your head/ Or on the trigger of your gun. »

Mais le chroniqueur ébahi et rasséréné ne craint plus rien, se disant que finalement une année 2010 qui se termine sur un quatrième concert des Black ne pourra pas être une mauvaise année.

Set list Paris : 666 Conducer/ Mama Taught Me Better/ Red Eyes and Tears/ Awake/ Martyr/ Beat the Devil’s Tattoo/ Ain’t No Easy Way/ Bad Blood/ Berlin/ Weapon of Choice/ Long Way Down/ Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll (Punk Song)/ Dirty Old Town @Cover[The Pogues]/ Devil’s Waitin’/ Salvation/ Howl/ Conscience Killer/ Six Barrel Shotgun/ Spread Your Love

Encore: In Like the Rose/ Shadow’s Keeper/ Open Invitation

Set list Londres : Love Burns/ Red Eyes and Tears/ Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll (Punk Song)/ Spread Your Love/ Stop/ Six Barrel Shotgun/ We’re All in Love/ Heart + Soul/ Devil’s Waitin’/ Shuffle Your Feet @Info[Acoustic]/ Ain’t No Easy Way/ Weight of the World/ Took Out a Loan/ Berlin/ Weapon of Choice/ Windows @Info[Tribute to Michael Been, with Tom Ferrier]

Encore : Girls Just Wanna Have Fun/ Dirty Old Town @Cover[The Pogues]/ Real Wild Child (Wild One) @Info[Johnny O’ Keefe / Iggy Pop cover, with recorded message from Iggy Pop]/ Beat the Devil’s Tattoo/ Bad Blood/ Half State/ Conscience Killer/ Shadow’s Keeper/ Open Invitation

Parker Graham, ‘Pêche à la carpe sous Valium’.

Sortie : 2000, Chez : Points P2400. Graham Parker, légendaire héraut du rock britannique qui n’a jamais connu qu’un succès d’estime auprès des initiés, se commet aussi à l’écriture. Dans ce petit livre déjanté chaque chapitre est comme une nouvelle mais il y a un lien entre chaque, un lien qui pourrait être le fil de vie de Graham. De l’enfance dans les zones industrielles à chômage de l’Angleterre aux tournées de fin de carrière devant des salles de province américaines à moitié vides, en passant par la rencontre avec Keith qui lui propose de remplacer Mick Jagger récemment écrasé bar un bus. Et chaque ligne est truffée de références au monde du rock, ses visions comme ses violences.

SMITH Patti, ‘Babel’.

Sortie : 1981, Chez : .

Après son retrait de la scène rock à la fin des années 70’s, Patti Smith a passé une dizaine d’années « à la campagne », histoire de faire deux enfants et de vivre d’autres histoires loin de la frénésie du rock marquée par son disque de légende « Horses ». Elle est revenue, Dieu merci, a déjà commis quelques nouvelles perles discographiques, photographiques et littéraires. Babel est un long monologue poétique peuplé des phantasmes et visions de Patti. C’est ardu et porteur, délirant et réjouissant. Le bonheur de ce genre de texte c’est la liberté de leur écriture, un déluge de mots dévalant la pente raide de l’esprit d’un créateur !

Hugh Cornwell – 2010/11/22 – Paris la Java

Le Hugh Cornwell Band est de retour à la Java dans les odeurs de merguez de Belleville. Cette année il y a environ 200 personnes dans ce petit club en sous-sol, soit quatre fois plus que l’an passé, mais le barman n’est pas trop bousculé pour servir ses pressions avec olives en sus.

Hugh reste le même. Il porte le même pantalon/T-shirt noir que l’an passé, quelques mèches de cheveux en moins et toujours une maigreur ascétique. Son groupe a changé : en lieu et place de sa virtuose et pulpeuse bassiste il nous a sorti un quinqua joufflu à rouflaquettes et un chevelu à la batterie.

Il joue de la même Fender noire et éraillée, et avec une identique énergie crypto-punk dont il a su garder la pureté originelle. Il est toujours aussi sympathique une fois passée ses grimaces de mauvais garçon. Connaissez-vous beaucoup d’artistes qui autorisent le téléchargement gratuit de leurs albums sur leur site web ? Et qui publient tout aussi gratuitement les tablatures de leurs chansons ? Et bien Hugh, l’homme en noir le fait pour nos beaux yeux. Même la construction de son site est sympa et multilingue avec options pour le grec, turc, arabe et chinois…

Mais sur scène c’est une autre histoire et le show démarre avec un pêle-mêle de morceaux Hugh Cornwell et The Stranglers qui regonfle l’assistance, pas assez tout de même pour relever les plus moroses qui ont osé amener des tabourets aux pieds des musiciens et s’y asseoir. Les compositions d’Hugh se mêlent parfaitement avec les retours sur le passé. La formation « 3 musiciens » permet cette unité, sans les fioritures si typiques des claviers Stranglers. In the City enchaîné avec Always the Sun, ça passe comme dans un rêve. Alors que l’excitation monte-monte-monte avec la musique et le feedback sur nos jeunes années, les vieux assis du devant résisteront jusqu’à No More Heroes qui clôture le premier set et déclenche un véritable houri-vari, l’entrechoquement des gobelets de bière, la valse des tabourets, le pogo des quinqua.

On croit le show terminé mais Hugh nous annonce qu’ils reviennent après un petit break pour nous jouer Rattus Norvegicus. On croit avoir mal entendu et on file vers le bar pour attendre une possible surprise.

Et ils reviennent, et nous avions bien compris, et ils jouent l’intégrale de Rattus Norvegicus, le premier album des Stranglers, datant de 1977. 33 ans et pas une ride : Hanging Around, Sometimes… C’est le délire à la Java, il n’est plus question de places assises, les quinquas se retrouvent au milieu des musiciens (il n’y a pas de séparation entre la scène et le public), Hugh et son producteur leur demandent de rester un peu en arrière car le groupe ne peut plus jouer, c’est presque peine perdue tant plus personne n’écoute lorsque démarre Peaches.

Tant bien que mal Hugh place sa rythmique ravageuse, assène des refrains légendaires : Walking on the beaches/ Looking at the peaches…, rejoue les solos de claviers sur sa Fender pendant que rouflaquettes bombarde ses basses et que chevelu sur ses fûts en ferait presqu’oublier Jet Black.

Hugh Cornwell mâtiné The Stranglers : une soirée inoubliable ! Pas de nostalgie, juste du Rock vrai et sincère joué par une bande de durs assagis qui dédient leur âme à la musique, quoiqu’il arrive. Après les années de galère, les aléas de violence, les disques à la pelle, ils sont toujours là, et nous aussi. A l’année prochaine.

Goldfrapp – 2010/11/22 – Paris le Trianon

Goldfrapp au Trianon ce soir, ambiance disco pour musique électro. Une grande coupole argentée est posée debout en fond de scène par laquelle les artistes entrent sur scène, une espèce de pupille géante stylée James Bond. Les musiciens sont habillés façon Abba année 70’s et accueillent Alysson, un ouragan de blondeur, vêtue d’un blouson à fanfreluches synthétiques noires dont elle jouera le show durant devant ses ventilateurs.

La musique est définitivement électro et binaire, dansante et rétro, mais on aime. Goldfrapp recyclé disco s’en donne à cœur joie, froufrous et nylon, brillant et doré. Une batteuse costaud frappe sur ses caisses à faire trembler la salle, la claviériste manipule ses machines et chante pour accompagner Alysson qui se lance dans de délirantes vocalises retraitées par l’électronique, qui rebondissent sur les balcons du Trianon tout en joie. Un multi-instrumentiste à tête de Jésus exfiltré d’une communauté de babas à Goa, assure les arrières avec un redoutable bassiste.

C’est simple, propret et bien enlevé ; le show défile sans heurt. Grimée en Marlène bionique Alysson assure le devant de la scène et nous offre un retour vers le passé avec une musique calibrée danse. Chaque nouveau disque de ce groupe (en fait un duo Alysson Goldfrapp et Will Gregory [qui ne se produit plus sur scène]) est surprenant et d’une ambiance changeant du tout ou tout. C’est leur marque de fabrique.

Pour le rappel Alysson a remplacé son blouson nylon par un improbable vêtement en gaze blanche qui se rapproche plus de l’abat-jour que du costume… Elle interprète Lovely Head (extrait de son premier disque, 10 ans déjà) pour lequel deux micros sont disposés sur scène dont l’un utilisé pour d’incroyables déchaînements vocaux pour les refrains, dignes d’une La Callas synthétique. C’est Goldfrapp, une voix, de l’originalité et un look, les parfaits ingrédients pour une bonne soirée parisienne, délicieusement désuète, adorablement démodée, joyeusement inutile mais immanquablement tendance.

Set list : Voicething @Tape[intro]/ Crystalline Green/ You Never Know/ Dreaming/ Head First/ Number 1/ Alive/ Rocket/ Believer/ Shiny and Warm/ Train/ Ride a White Horse/ Ooh La La

Encore : Black Cherry/ Little Bird/ Lovely Head/ Strict Machine

Tricky – 2010/11/30 – Paris le Trianon

Noir c’est Noir : Tricky au Trianon ce soir nous a délivré un très beau et troublant concert. You don’t wanna est joué instrumental comme intro (on dirait un arrangement de Sweet dreams… des Eurythmics). Aussitôt arrivé sur scène il dévoile ses abdominaux sculpturaux. Puis il se réfugie, dos au public, sur l’estrade de son clavier. Il passera une bonne partie du concert dans cette position à fumer des clopes (ou pire ?), pendant que son groupe trace sa route, irradiant le lieu de sa seule présence.

Sur scène : une chanteuse et une guitariste métisses, une bassiste blanche, un batteur et un clavier, et Tricky bien sûr, inspirateur de cette musique si sombre qu’il semble dominer et diriger mentalement. Lorsque parfois l’aigle descend de son refuge pour se mêler physiquement à son groupe, il s’accroche à son micro comme si sa vie en dépendait et s’agite avec ce tressautement caractéristique pour décliner son trip-hop mâtiné de rap. Parfois il place son micro sur son cœur et continuant à chanter, une voix d’outre-tombe excavée de sa poitrine enfumée. A d’autres occasions il lève le bras pour demander à son groupe de jouer en sourdine avant de le relancer dans de furieux moulinets et laisser parler une rythmique guerrière.

Le combat est mené vaillamment par les trois filles dont cette remarquable chanteuse, toute de noir vêtue, aux déhanchements torrides. Elle fait l’essentiel des vocaux sur les nappes de claviers qui s’empilent en une vertigineuse pyramide de sons électroniques. Les rythmes sourds et violents envahissent l’espace kitch du Trianon et résonnent dans nos cerveaux conquis par cette noirceur.

A deux occasions l’aigle se mêle aux terriens et fait monter sur la scène une foule de spectateurs qui n’en croient pas leurs yeux. Les filles musiciennes se réfugient alors que les estrades et laissent Tricky au milieu de ses fans et de sa musique. Quelques incontournables pétasses sortent leur iphone pour marquer ce moment sur les pixels et interrompent la transe du maître, qui s’y prête avec bonhommie, pour une vulgaire photo.

Et puis la scène est de nouveau rendue au groupe, Tricky remonte fumer ses clopes sur son nid et les filles reprennent le pouvoir des cordes en nous assénant un best of Tricky plus quelques reprises. Les morceaux sont rendus avec l’énergie décuplée de cet excellent groupe dévoué à son mystique leader.

Hakim est invité à jouer un titre éponyme et un son arabisant vient nous ramener au titre de son dernier disque : Mixed Race !

Le rappel est fait sur Past Mistake et pendant que la batterie assourdissante martèle son beat sur la voix bouleversante de la chanteuse et cette obsédante ritournelle de piano, Tricky descend au milieu du public et traverse lentement le floor, étreignant chacun avec tranquillité et sincérité alors que se déroule ce superbe morceau :

I know I paid, that’s why I’m alone today/ Just me myself, no mental health/ My mistake overtakes/ Your love’s overgrown my love/ My love, my love, my love for you/ My love, my love, my love for you…/ Till it burns my soul/ Burns my soul/ Burns a hole…

et Tricky disparaît dans les coulisses nous laissant ébahis.

Vu de près lors de son passage dans la fosse, Tricky a caché ses tatouages sous un sweet rose, son bon sourire, son crâne lisse et le temps qu’il passe à saluer ses fans le font prendre pour un bon père de famille plutôt qu’un mauvais garçon. C’est juste un superbe musicien qui a su intégrer les couleurs de son époques, collaborer avec nombre de ses pairs (Massive Attack dont il fut un membre fondateur, Björk, Goldfrapp,…) et synthétiser l’ensemble dans une musique mystérieuse qui prend vraiment tout son sens sur scène.

Et d’ailleurs, ce même soir Horace Andy, le pilier reggae de Massive Attack, jouait à la Cigale à 50 mètres du Trianon. Se sont-ils parlé ? On ne le sait, mais leur âmes trip-hop / reggae a longtemps plané encore sur le boulevard Rochechouart après la fermeture des portes.

Lloyd Cole – 2010/11/05 – Paris l’Alhambra

Llyod Cole nous revient à Paris avec un nouveau disque Broken Record, mais toujours autant de subtilité, de brio, de talent et cette petite touche d’humour british qui fait tout passer avec douceur et élégance.

Son disque a été produit avec l’aide financière des internautes visiteur de www.lloydcole.com et sans doute beaucoup de persévérance. Enregistré à New York, on y retrouve un groupe relativement classique et électrique, et toujours cette voix enchanteresse. Sur scène, alors que l’an passé il s’était présenté solitaire, il est cette fois-ci accompagné de son small ensemble, deux guitaristes folk qui encadrent Llyod avec beaucoup d’efficacité et de discrétion.

Le concert est un monument de romantisme et de poésie, comme un thé Darjeeling partagé dans un manoir britannique au coin d’un feu violent brûlant dans une vaste cheminée aux armes de la Reine. C’est le résumé sur soixante minutes d’une vie consacrée à l’art et la musique : chaque année l’expérience s’approfondit et l’intensité poétique s’accroît. Tout n’est que tact et nostalgie, si bien résumé par If I were a song : What if I was just a song?/ Words on a page to sing – a song/ What if my essence was pure/ Pure mathematics no more/ Than a romance from a store?/ Would you still cry when I played?/ Would you still turn to me for the pain/ If I were just a song?

Le show est ponctué d’une courte pose pour laquelle Lloyd recommande d’aller fumer une cigarette et d’acheter son disque à vendre à coté du bar, ce que nous ferons bien entendu avant de replonger avec délice dans cette broken musique : But we already sang that song/ and she’s already gone, gone, gone/ and we’re starting to sound like a broken record/ Broken promises/ Broken dreams/ Broken marriages/ Broken rings.

Lloyd Cole nous brise le cœur mais de façon si charmante et légère ! Sa musique dépose subrepticement dans nos âmes une tristesse surannée qui nous fera attendre avec sérénité ses futures étapes. A l’année prochaine Mister Lloyd !