Quoi de neuf ?

Faithfull vs. Nico

Marianne Faithfull a écrit une chanson sur Nico dans son dernier disque Kissing Time. Elle y raconte avec nostalgie l’errance de l’ange blond de Lou Reed :

She’s innocent…
… Yesterday is gone
There’s just today, no tomorrow
Yesterday is gone
It’s just today, no more…

Touchant hommage de la pasionaria des Rolling Stones à l’égérie du Velvet Underground : la seringue s’incline devant la cuillère, l’une a survécu, l’autre non.

David Bowie – Heathen

david_bowie_heathen

J’ai su qu’elle arrivait pour me retrouver par avion spécial dans l’après-midi.  A peine l’aéroplane atterri j’étais déjà fébrile dans le hall d’arrivée à l’idée de l’apercevoir se profiler dans la file des passagers. Elle est sortie, rayonnante et déjà troublante. Je l’ai tendrement enlacée. Plus tard, dans la voiture, je la sentais à mes cotés, sereine ; je l’ai effleurée de mes mains avides alors que nous faisions route vers la maison. Mais alors que quelques rendez-vous m’empêchaient de me consacrer tout entier à elle, c’est dans un coin de mon bureau qu’elle m’a sagement attendu, offrant ses atours aux regards de mes invités, toujours calme et patiente tandis que l’excitation me gagnait. Quand enfin l’heure est venue de nous retrouver seuls face à face, après un instant de recueillement partagé pour goûter ce lien si fort qui déjà nous unissait, cette attirance irrépressible qui nous menait l’un vers l’autre, j’ai voulu doucement, tout doucement, la découvrir et elle s’est abandonnée à moi, enfin !
Ce fut une nuit de délices et d’engagement où quelque chose s’est passé au-delà du plaisir éphémère d’une première rencontre. Ce furent les prémices d’un amour fort et intense qui nous emmènera loin. J’ai senti de l’inspiration et de la profondeur dans ses paroles, un rythme de braise dans la musique qu’elle m’a jouée cette nuit. J’ai vécu le début de quelque chose de sublime. Et lorsqu’au petit matin, épuisé et heureux, j’ai senti le sommeil me gagner, j’ai jeté un ultime regard attendri sur la dernière œuvre de David Bowie qui venait de m’offrir une nuit de résurrection.

Velvet

Velvet toujours

J’ai divagué une heure durant avec Étienne Daho devant ma télévision. Il y a quelques années, ED est parti en Amérique sur les traces de Kerouac, accompagnée d’Édith Fabuenna du groupe Les Valentins, sa guitariste fétiche, et d’un cameraman pour marquer ces moments étranges sur une pellicule noire et blanche. Il en est ressorti un film troublant où l’on voit alternativement notre petit monde au Chelsea Hotel de NYC, déprimer sur les traces de Nico et d’Andy Warhol, faire un « boeuf » avec Chris Isaak à la Nouvelle Orléans, rouler dans une décapotable rose sur les routes rectilignes de la vallée de la mort entourées de sable blanc, découvrir émus la grandeur de l’Amérique en gratouillant sur une guitare dans un motel au milieu de nulle part.

J’ai communié avec l’ambiance de ce film « On the road », avec cette attirance morbide pour l’underground new-yorkais, avec l’image de cette époque révolue où les junkies hantaient le Village à la place des boutiques fashion d’aujourd’hui. L’hiver dernier, alors que terré à New York je courrais après mes illusions (« Pale blue eyes »), j’ai moi aussi divagué en écoutant le Velvet, fumant cigarette sur cigarette, repassant en boucle sur un baladeur Sweet Jane et Heroin dans les rues aseptisées de Soho, essayant d’imaginer une époque jamais vécue, des héros à peine entrevus. Depuis, je suis saisi d’une loureedite aigue et il ne peut s’écouler plus de 24 heures sans que la voix chevrotante du poète américain n’irrigue mon cerveau assoiffé de musique.

Velvet encore

Poursuivi par le Velvet et ses démons, je fus pendu à la tv devant un troublant docu John Cale, l’âme damnée du quatuor warholien. Et de revoir nos compères apprendre à jouer dans la Factory d’Andy dédiée à l’Art underground, Lou se déchirer avec John avant de le virer. Lou et John s’arracher Nico pleurant sur la vie dans un désastre de blondeur et de drogue. Cale faire sa vie après le Velvet, produisant « Horses » de Patti Smith et goûtant la fascination du précipice. Découvrant Iggy et les Stooges. Puis se marie et procrée. Puis affronte la mort de Nico et de Warhol. Retrouve Reed pour les funérailles d’Andy à la cathédrale St-Patrick de New York. Ils ne se sont pas parlé depuis vingt ans, ils vont lire ensemble le journal intime de Warhol sur un fond musical qu’ils improvisent avec guitare et harmonium devant l’underground new-yorkais, survivant de ces années de braise. Et ils vont écrire Songs for Drella, hommage à Andy.

Il parle de Nico de façon bouleversante et écrit un ballet pour elle : Nico, mélange de danses corporelles bizarroïdes sur fond de son moderne sur orchestre classique et guitares électrifiées. 1993, reformation du Velvet Underground pour une tournée européenne et un enregistrement live à l’Olympia. Moe Tucker ressortie de sa retraite aux baguettes, riant de ces querelles d’hommes. Et puis nouvelle fâcherie Reed/Cale sur la route du retour vers New York où leur projet de disque studio avorte. Toujours cette étrange tristesse sereine qui émane de ces survivants quand ils se penchent sur leur passé avec de longs plans rapprochés sur les visages fatigués de Reed et Cale parlant sans relâche l’un de l’autre et de leurs aventures des années 60. Quelles vies !

Il faut réécouter les disques solos de Cale et bien sûr posséder le « Velvet Live ».

Mick For Ever

Le chroniqueur vient de passer 1h avec Mick sur C+. Dans ce monde de sigles ce furent 60 minutes d’allégresse. Loin du foot et du loft, un peu de noblesse et une dose d’ego : Mick à Miami chez Lenny Kravitz, Mick dans des jets privés au-dessus de nulle part, Mick et Jade, Mick à Los, Mick et Jerry (au fait, je croyais que ces deux-là étaient broken in two), Mick à la guitare, Mick avec Elisabeth et le Prince Charles. Mick et le BLUUUUUUUES.

Bref : « Mick… déroulant le tapis rouge de quarante ans de Rock’n Roll sur lequel galopent les chevaux sauvages de tous nos fantasmes de gloire et de destinée. »

Bryan Ferry – 2000/03/09 – Paris le Grand Rex

Ferry is the Drug

Bryan Ferry, ex-chantre glamour du rock décadent, ex-leader de feu et flamboyant Roxy Music, ex-dandy marié à Jerry Hall, ex-crooner so british, et encore un peu de tout ceci, nous revient. Il a réalisé son rêve d’enfant en enregistrant un album de reprises de classiques du jazz des années 30 qui ont bercé sa jeunesse : Cole Porter, Kurt Weill etc. Il nous présente son nouveau show à l’occasion d’une tournée dont la dernière étape passe par le Grand Rex à Paris.

L’ambiance est résolument jazzy, la salle s’y prête. Sur fond de lourdes tentures noires sur lesquelles flashent des étoiles, le band entre en scène. A tribord, une section cordes : violons, alto, violoncelle tenue par quatre jeunes créatures de rêve blondes, sanglées dans des pantalons de cuir noir et body microscopiques de même couleur. A bâbord, une section cuivre : saxophones, trompette, clarinette de quatre sexagénaires en smoking, bedonnants et chauves. Au milieu en figure de proue une harpiste, blonde bien sûr, et trois smoking à la guitare, la bass et au piano à queue. C’est un doux mélange de Cotton Club et Sexy Parade sur les grands boulevards.

Le navire trace sa route, les douze musiciens souquent ferme dès le déhalage et lancent le show avec deux instrumentaux jazz. La croisière s’annonce sportive mais raisonnable. Le Capitaine peut prendre la barre.

Ferry entre en scène, pantalon de cuir noir, veste de smoking sur chemise blanche. Et toujours tellement d’élégance féline. Il fait le lien entre cuivre et cordes, la synthèse du cuir et de l’alpaga. Il démarre avec As Time Goes By et enchaînera quasiment toute sa dernière production discographique : Where or When, Sweet and Lonely, Love me or Leave me, Falling in Love again, I’m in the Mood for Love etc. Le tout est résolument plus optimiste, plus léger, que les derniers disques solos de Ferry à la beauté sombre et tragique.

La musique est fluide et coule comme de l’eau pure sur des rochers de diamants. Le groupe est dynamique, parfaitement contrôlé par le pianiste maestro. La voix de Ferry, mûrie avec l’âge, nous emmène sur des sommets de légèreté et de profondeur. C’est de loin l’instrument le mieux maîtrisé sur scène. Il en joue avec délicatesse et tellement de charme.
C’est comme de la crème brûlée qui fond sur le palais. C’est onctueux comme un câlin au coin du feu. C’est doux comme un sourire d’enfant. C’est noble et inutile comme l’Union Jack flottant sur les restes de l’Empire.

Premier retour vers le passé avec Casanova suivie de Out of the Blue où le violon enfiévré d’Eddie Jobson est remplacé avec brio par celui de blonde n° 1 debout pour reprendre ce classique que devaient fredonner ses parents.

Intermède de douceur avec The Only Face. Ferry assis au piano dialoguant avec le cello de blonde n° 2. Oh ! ce cello si déchirant marquant avec délicatesse la voix soignée de notre crooner : no backstreet woman / you drive me crazy / I want to be alone / me myself no-one else.

Avalon et Jealous Guy sont enchaînées avec grâce. L’assistance pétrifiée de bonheur, retient son souffle pour ne manquer aucune intonation de cette voix si chaude, si douce, dont ferry joue avec une redoutable et manipulatrice séduction. Le solo éthéré de Yannick Etienne sur Avalon est remplacé, sans l’égaler, par la trompette nasillarde de smoking n° 3.

Le jeu de scène de notre crooner est à l’image de ses compositions, simple et de bon goût, élégant et parfois un peu distant. Sa façon de se mouvoir est empreinte de cette touch of class propre à la vieille noblesse européenne enfermée dans des rêves du passé et qui ne veut pas mourir. Ses mains rythment la musique, miment la guitare, ponctuent le beat. Quelques pas de danse parfois, on croit entendre des claquettes sur fond de trompette en sourdine. Sa lourde mèche de cheveux bruns marque son opposition à l’ordre établi. La seule rébellion dans un show si délicat.

Ferry qui en a vu d’autres n’hésite pas à quitter son micro pour donner la vedette à ses partenaires, blondes ou smokings, délaissant la scène pendant de longues minutes. alors que l’orchestre déploie une énergie maîtrisée.

Pour le rappel, un peu de liberté et blondes n° 1, 2 et 3 ont détaché leurs cheveux qui volent en rythme. Elles portent un T-shirt noir qui couvre maintenant leurs épaules. On ne peut pas tout avoir ! Debout, elles font les chœurs de Love is the Drug. Les archers sont remisés. Les blondes s’amusent, et nous avec. Comme il se doit au terme d’un concert ferryen, Do the Strand clôture une prestation qui déclenche le tonnerre d’applaudissements d’un public conquis. Ferry n’ose partir et, se tournant vers le maestro au piano lui fait signe de relancer la machine pour un ultime As Time goes by qui clôturera cette magnifique soirée : it’s still the same old story / a fight for love and glory / a case of do or die ! Ferry a largement gagné ce combat. Quelle sera la prochaine étape ?

Et lorsque le chroniqueur encore ému quitte le restaurant du coin de la rue pour retrouver son stylo, il croise Ferry sortant du Grand Rex dans un loden, sans un faux pli bien sûr, coiffé d’une casquette de titi parisien qui lui donne un air de gavroche des rues. Avec beaucoup de gentillesse et un grand sourire l’artiste serre quelques mains, signe des autographes, se fait prendre en photo avec des fans avant de monter, seul, dans un taxi qui l’emmènera dans un grand hôtel parisien, à moins que quelques soirées de la ville lumière se disputent l’honneur de s’approprier cette étoile qui brille d’un feu si chaud, si rassurant, et encore pour longtemps.

King Crimson – 2000/06/24 – Paris le Grand Rex

21th century schizoïd band

Grand-Rex, Paris, fauteuils larges et profonds, programmes sur papier glacé, King Crimson est en ville. Flashback.

En pleine lumière Fripp leader-créateur-concepteur-killer-rédempteur de King Crimson accueille ses invités, seul en scène, avec sa musak d’aéroport à mi-chemin entre Klaus Shulze et Tangerine Dream. L’électronique a remplacé les Revox d’antan, le clignotement des diodes s’est substitué au déroulement des bandes magnétiques. De l’analogique au numérique, c’est toujours l’électricité qui court, guidée par l’inspiration du musicien pour créer les ondes du plaisir délétère.

L’homme est le même : costume noir, petites lunettes rondes, cheveux court taillés, mimique posée et attentive, peut-être ironique. Une bouille de Trotski sans la barbichette. Il est relié par des vagues de fils à son armoire d’amplis. Sa guitare est posée en équilibre sur un genoux, une main sur le manche pendant que de l’autre trifouille les machines, branche les prises, pousse les curseurs, sans que cela semble d’un quelconque effet sur les sons étranges qui sortent de la six-cordes autonome. Il s’amuse. On s’installe !

Puis Fripp s’en retourne vers les coulisses le temps de laisser les lumières s’éteindre. King Crimson entre en scène. Trente ans plus tard, les quadra frémissent. Sur le devant, l’inévitable Adrian Belew, aussi bon guitariste que piètre chanteur. Il a joué pour les plus grands : clown hystérique du Frank Zappa de Cheik Yerbouti, guitare frippienne de David Bowie sur le Heroes Tour, second couteau des Talking Heads lorsqu’ils se sont rapprochés de Brian Eno et puis retour avec Fripp et King Crimson depuis 10 ans. Il écrit des textes parfaitement hystériques et pourtant on lui donnerait le bon dieu sans hésitation ni même confession. On dirait un cadre de banque, mais il tire de sa guitare d’incroyables et effrayantes sinusoïdes sonores.

Fripp, en arrière plan au bout de ses fils, est toujours juché sur son tabouret, à moitié caché dans la pénombre. Bill Bruford et Tony Levin ne sont pas du voyage. Leurs successeurs font plus que de la figuration.

Les anciens ont profité de cette longue mise en place pour se remémorer le parcours éclectique du Roi pourpre et de sa cour. Des mélodies douces de Moonchild aux ironies désespérées de Epitaph en passant par les délires métalliques de Red, les Rois Crimson nous ont habitué à tellement d’avance sur leur temps qu’ils en furent souvent incompris de la masse et adulés de l’élite. Passant avec bonheur et subtilité de l’harmonie au désenchantement, du déchirement à la cacophonie, ils ont inspiré la musique progressiste des années 70 d’une manière fondatrice. Les nombreux musiciens qui ont joué sous l’étiquette de King Crimson ont ensuite essaimé l’âme du Maître au hasard de leurs vies musicales. Genesis a acheté son premier mélotron à Fripp et Peter Gabriel découvre à peine les mérites de cet instrument alors que les Crimson en ont fait le tour en berçant l’intelligentsia hippie de la vieille Europe sur les nappes d’harmoniques de In the wake of Posseidon. Alors que Bill Bruford leur batteur inspiré les quitte pour rejoindre Yes, Jon Anderson chanteur-compositeur de Yes retrouve Fripp sur Lizzard. John Wetton, bassiste-chanteur des derniers enregistrements, auteur des chants les plus bouleversants du groupe ne se remettra jamais de la séparation et errera dans des groupes dénués d’inspiration, à la recherche de son passé. Et lorsque Gabriel brise le rêve de Genesis, il fait appel à Fripp pour produire et jouer sur ses premiers disques solo. On le devine même, à Londres sur scène, caché, comme toujours derrière les amplis, jouant dans les coulisses pour la première réapparition de Gabriel en public.

Mais notre homme était déjà ailleurs. Il a approché les frontières troubles et démoniaques du délire métallique de la guitare kamikaze et répétitive sur Red et Lark’s Tongues in Aspic, il ne va plus quitter ce nouveau monde.
Nous sommes à la fin des années 70, le progressisme n’est déjà plus qu’un bon et lointain souvenir, la nouvelle vague éclate. Le Clash et les Stranglers explorent l’environnement primaire mais Ô combien réjouissant d’une musique basique rythmant les affres du chômage et de la crise économique durable. Pendant ce temps, Fripp débute une errance musicale et intellectuelle qui le mènera à jouer les invité sur Parallel Lines de Blondie, à quémander un poste d’intérimaire chez Devo ou à commettre de longues solitudes musicales sur les créations éphémères de Brian Eno sur No Pussyfooting ou Evening Star.

Et alors que David Bowie, quittant la Cité des Anges où il fréquenta la folie et ses compagnes malfaisantes, erre dans Berlin et tente de se refaire une santé et une morale, entre schizophrénie et guerre froide, parcourant à vélo les allées enneigées de Tiergarten au milieu des porteurs de valises de la CIA, Fripp exorcise ses démons dans une école de discipline au fin fond des Etats-Unis d’Amérique.

Bowie, entre chien et loup, équilibriste désarticulé sur son fil, travaille avec Brian Eno et Tony Visconti dans le studio Hansa by the Wall, bâtisse délabrée au pied du Mur qui servit de salle de bal à la Gestapo en d’autres temps. Ensemble ils explorent, ils visionnent, ils inventent la musique de demain. Comme chaque matin, à la conquête de nouvelles compositions, à la recherche de permanentes inspirations, Bowie se penche par la fenêtre du studio pour regarder tristement le Mur de la honte et, comme chaque matin, il découvre, au pied de l’ouvrage, le même couple d’amoureux se câlinant à l’ombre des baïonnettes des Vopos. Ainsi lui viendra le texte de Heroes, point d’orgue de la trilogie berlinoise glaciale HeroesLowLodger.

Avec Heroes Bowie et Eno tiennent, ils le savent, le morceau d’anthologie de la guerre froide et de l’amour vainqueur, mais il leur manque…, que leur manque-t-il d’ailleurs ? Penchés sur le Mur, guettant les ombres, ils veulent marquer le déchirement d’une fin de siècle si sombre, Fripp leur apparaît comme une révélation. Il atterrit 48 h plus tard à Tempelhof où les Dakotas du Luftbrücke ont nourri Berlin en 1948, assailli par la famine et le blocus communiste. Aussitôt amené à Hansa by the Wall, encore dans les brumes du décalage horaire et de l’arrachement à sa méditation, Fripp commet l’inoubliable, l’achèvement ultime de ce que un immense talent et une guitare peuvent produire : hurlement dantesque, stridence hallucinée qui rythme les mesures de Heroes, douleur constante qui vrille le cerveau de tout être, marquant la séparation fulgurante qui pose le Mur au milieu de tout.

Fripp poursuivra une collaboration avec Bowie sur Lodger et Scary Monster et se lancera dans d’étranges récitals solo intimistes avec guitare et Revox, pour lesquels il accueille personnellement ses spectateurs en leur serrant la main à l’entrée de la salle et erre parmi eux durant la première partie, avant de déployer ses étranges arabesques musicales, seul, assis devant une table basse où est posée sa théière.

Au début des années 80, ragaillardi et sûr de lui après ses aventures berlinoises il relance King Crimson avec trois condisciples : Bill Bruford, Tony Levin et Adrian Belew. Leur premier disque est surprenant. Il s’appelle Discipline. C’est un long dialogue de guitares où Fripp et Belew se passent le relais, démarrant à coup de pizzicatos parfaitement convergents, d’un brio éblouissant avant de diverger indiciblement, pour superposer deux partitions séparées d’un huitième de mesure chacune, mêlant les dissonances et les cassures de rythme. C’est le sang d’une époque, l’âme de la future House music où la mélodie est oubliée au profit du rythme et de la répétition.

S’en suivent une série de productions du même tonneau, difficiles à aborder, où parlent l’acier en fusion et la performance des guitares, agrémentés de textes délirants chantés par Belew : Beat, Thrak, Dekonstruction of light. Ces trois créations constituent l’essentiel de notre concert. Et toujours on se demande comment l’homme qui a engendré les mélodies ambrées de Starless peut maintenant générer un tel Hiroshima sonore. Imperturbable, Fripp décline sa logique de la boucle : Lark’s Tongues in Aspic créé en 1973 revient comme un jalon référentiel tout au long de ses productions, chaque fois plus torturée et violente. Lark’s Tongues in Aspic – part four nous est resservie trente ans plus tard dans son dernier disque et en final de cette soirée. Le Grand Rex est en feu. Les héros se retirent.

King Crimson revient sur scène et, du haut de son tabouret, Fripp enclenche à nouveau le solo mythique, le concert se termine sur Heroes. Quittant la salle, les fans du début chantonnent Confusion will be my epitaph.

Eurythmics – 1999/10/15 – Paris Bercy

Le couple fringuant du rock écossais des années 80 est de retour. Annie Lennox et Dave Stewart ont reformé Eurythmics et entamé une tournée aux relents humanitaires, qui fait suite à la sortie d’un nouveau disque.

Bercy n’est pas plein lorsque le groupe entre sur scène et quelques problèmes techniques d’éclairage et de son confirmeront tout au long du show que tout notre petit monde n’est plus très ajusté ; depuis le temps… Stewart toujours blond, Lennox grande et mince avec ses cheveux courts et roux, cachée derrière ses lunettes noires ; tous deux et leurs musiciens sont uniformément vêtus de costumes en style camouflage, tendance forces spéciales russes en Tchétchénie qui dénotent quelque peu avec les sponsors de la tournée : Amnesty international et Greenpeace. Sans doute un message antimilitariste qui vient compléter le titre de l’album du jour : Peace !

Mais tout ceci n’est de guère d’importance car la longiligne Annie chante toujours aussi bien et ses vocalises vibrionnantes envahissent le Palais de Bercy dont elles remplissent l’espace et comblent les oreilles des spectateurs. Elle occupe le devant de la scène avec son partenaire ; leurs musiciens et les trois choristes, essentiellement black-soul, sont relégués à l’arrière. Stewart à la guitare, qui a pris du ventre, s’écoute un peu jouer et s’avère toujours meilleur compositeur que grand virtuose. La scène est dominée par un large écran rectangulaire qui affiche alternativement des images filmées en direct du groupe et des compositions picturales informatisées aux couleurs vives du meilleur effet.

Eurythmics nous fait revivre avec bonheur et énergie tous ses tubes chéris il y a dix ans et chacun écoute avec émotion les rythmes appuyés de I need a Man, Would I lie to You et autre Missionary Man qui déclenchent quelques ondulations dans la foule conquise par avance. Le nouveau disque est décliné sans que l’on note de véritable évolution musicale par rapport aux compositions du passé. Eurythmics ne brille plus de l’éclat de son originale modernité des années 80 mais la musique tourne rond, harmonies et rythmes sont au bon endroit. La voix d’Annie s’est fortifiée avec le temps : puissance, justesse et précision particulièrement bien mises en valeur par la bonne acoustique. Elle en use en grande virtuose tout spécialement dans les morceaux lents : The Miracle of Love, There must be an Angel

Le rappel est commencé par notre couple qui réapparaît devant un mur de sapin verts pour un set acoustique et vocal de bonne tenue et se termine avec l’ensemble du groupe sur Sweet Dreams, après un petit racolage de circonstance pour les sponsors de ce Peacetour.

David Bowie – 1999/10/14 – Paris l’Elysée Montmartre

Mercredi, la rumeur enfle dans Paris : David Bowie en concert à l’Élysée Montmartre jeudi 14. Seules 700 places sont à vendre. La bagarre sera rude…

Jeudi soir, dans l’attente du Thursday’s child, bracelets oranges et bracelets jaunes distinguent les invités des fans qui ont consenti à cinq heures d’attente au petit matin devant les guichets du boulevard Montmartre pour obtenir le sésame.

Bowie entre en scène avec Mike Garson, son pianiste d’antan, et chante Life on mars, très simplement et sans fioritures, comme le sera l’ambiance tout au long de ce concert. Il est vêtu d’un pantalon de nylon marron et d’un polo turquoise dont les manches longues se terminent en mitaines. Ses cheveux longs et châtains lui tombent en mèches sur les épaules. Très détendu il rit beaucoup. Il nous annonce que ce concert est un peu une répétition publique. Un chevalet est posé à coté de son micro, s’il tourne les pages de ses partitions consciencieusement entre chaque morceau, il ne les consulte pas pendant. Comme répétition, on a vu plus improvisé !

Les musiciens montent en scène après ce rappel du passé : Page Hamilton, le guitariste et leader du groupe Helmet, Gail-Ann Dorsey et son crâne rasé à la basse, Sterling Campbell à la batterie et Mark Plati comme guitariste rythmique, plus deux choristes pas très utiles. On regrette l’absence de Reeves Gabrels qui a co-écrit tout le dernier disque, pour cause de fâcherie semble-t-il !

Et l’on rentre dans le vif du sujet avec Thursday’s child et Something in the air, les deux premières chansons du nouvel album Hours…, presque fredonnées. C’est un retour nostalgique et parfois angoissé sur la vie qui s’est déroulée et sur le passé qui s’éloigne. Et quand la seule chose qui justifie et fait accepter ce passé c’est l’Aimée dont on a brisé l’amour en se demandant encore pourquoi, alors il faut survivre. Et Bowie enchaîne le si déchirant Survive.

Nouveau flash-back avec un China girl extatique et très dur, bass prédominante et rythme effréné. Des retours sur image qui font vibrer les bracelets jaunes : Driving saturday, Changes, Always crashing in the car, Repetition, Word on a wing et même son premier enregistrement Can’t help thinking about me.

On craignait un concert promotionnel centré sur Hours…, nous aurons un brillant résumé d’un parcours musical unique peuplé de visions fantasmagoriques. Les extravagances d’antan ne sont plus de mise. Bowie est apaisé et élégant, et cela suffit à nous consumer de bonheur. Il est heureux sur scène et la sérénité inonde ses gestes. Bowie sourit et reste souverain même en nous déclinant ses amertumes de quinqua.

Le rappel commencé par Seven (I got seven days to live my life/or seven ways to die) se termine par Rebel Rebel. Mais la rébellion n’est plus de son fait, il est maintenant le Maître du monde. Tel Orphée sublime et décadent dont le chant a charmé les Dieux et les mortels pour tenter de sauver Eurydice, il parcourt le système solaire où il a propulsé Major Tom dans l’orbite de nos rêves schizophréniques avant de nous révéler, vingt ans plus tard, que le Major était un junky.

Histrion démoniaque grimé de Ziggy Stardust en Scary monster, il nous a emmené aussi loin que possible dans ses mythes planétaires. Il nous accompagne de nouveau sur ce parcours initiatique pour tenter d’oublier qu’Orphée a perdu Eurydice et terminé sa vie désespéré et solitaire.

Maintenant que Ziggy et le Thin white duke voguent à jamais dans les poussières d’étoile de l’espace intergalactique, David Bowie explore la planète Internet depuis sa maison des Bahamas qu’il partage avec Iman. Du rêve de l’âge lunaire au pouvoir du silicium, le héraut britannique continue à tisser sa toile de modernité sur BowieNet.

Le problème avec un tel artiste c’est que l’on se sent bien peu de chose sur la Terre face à ce géant. Mais heureusement nous savons maintenant qu’il y a la vie sur Mars.

Vendredi, les bracelets jaunes sont encore en transe pendant que les bracelets oranges qui ont suivi la star pour une soirée privée au Man Ray transpirent sur leurs copies. La presse du jour étale déjà leurs chroniques désabusées où, à défaut de pouvoir critiquer ce concert au-delà du sublime, ils en tancent les buts soit disant commerciaux. Bref, les pisse copies dégorgent leurs désillusions mondaines mais les fans savent qu’ils ont croisé Bowie pour une nouvelle étape de sa création, plus introspective mais toujours flamboyante.

Massive Attack – 1999/09/10 – Paris Bercy

Massive Attack se produit à Bercy. Le concert est complet depuis plusieurs semaines. Ambiance glaçante et lumières tamisées. Beaucoup d’ordinateurs, de samples et d’électronique. C’est le nouveau son des années 90. Créé sous le nom de The Wild Bunch le groupe a adopté son pseudonyme actuel en 1991 lorsque le Conseil de sécurité a voté une résolution de massive attack contre Saddam. L’Occident racoleur et repu est alors parti à l’assaut de l’Empereur de Babylone. Le message a été entendu à Bristol où les fils d’esclaves ont recomposé un ghetto métissé sur la terre de leurs bourreaux.

D’inspiration rapp et black-soul, nos compères déclinent une musique sombre et radicale qui vogue au cœur de l’univers intergalactique. Les mots sont noyés dans des nappes de sons s’étageant dans l’espace. Les chanteurs(euse) se succèdent. Un duo grand black et petit blanc, rappeurs-diseurs-conteurs, évolue avec beaucoup d’élégance, la démarche souple de deux guerriers du désert au milieu des mirages. Ils s’échangent le devant de la scène, se répondent et s’entrechoquent. Les mots confus se fondent dans le rythme. Leurs voix lancinantes sont basses et sourdes. Une chanteuse, noire également, apparaît, parfois solo, parfois pour des chœurs. Un dernier chanteur black et enrobé, à la voix haut perchée, assure l’unité ethnique de ce patchwork musical venu de Bristol, Royaume-Uni.

Beat lourd et envoûtant qui aspire notre énergie. Les boîtes à rythmes font battre le sang sur nos tempes affolant les ventricules de nos cœurs cataplectiques. Le son courre dans nos synapses et transite dans le hub de nos émotions. Tout est tactile et irréel. Le flux fébrile d’une musique hors du temps repousse le bouclier de nos perceptions. Les flots de notes avancent à l’assaut de nos résistances et dévalent sur la peau comme un arc électrique. C’est la musique de la fin du siècle. De nos années barbares à l’ère des computers, Massive Attack nous ouvre le portail du nouveau millenium dont le beat sera désormais le fluide vital.

Le son naît du courant qui irradie les puces de silice : plus/moins, attraction/répulsion, noir/blanc. Il n’y a plus qu’une alternative, nos sentiments énucléés ont transformé un syncrétisme décadent en manichéisme ultime. Nos neurones en fusion absorbent goulûment cet ample magma électronique. La vitesse est le maître mot, l’énergie magnétique file et n’attend pas. Les compositions de Massive Attack brillent comme le quartz mais échappent à l’entendement de nos cerveaux hallucinés.

Massive Attack séduit. On y retrouve la musique impersonnelle et révolutionnaire de Kraftwerk qui aurait été réinitialisée en noir et blanc. Le process a été rebooté et formaté au langage techno du ghetto. Il faudra double-cliquer à nouveau sur l’icône de leur label. Il s’appelle… Melankolik. Son slogan est : Glad to be Sad.

Brrr…, il fait froid dans le nouveau monde.

R.E.M. – 1999/07/05 – Paris Bercy

Because the night…

Vingt-cinq ans après, Patti Smith est de retour à Paris en guest star de R.E.M. A 52 ans, un peu de gris hante une chevelure coiffée avec deux petites nattes de squaw. La prêtresse pré-punk des 70’s est toujours, ô combien, débordante d’énergie convulsive. Un ruban rouge à la boutonnière de sa veste symbolise son dernier combat. Elle a sans doute renoncé à changer le monde et se consacre plus modestement à la survie de ses occupants les plus vulnérables. Il est vrai qu’elle en a vécu des désillusions au cours de ce quart de siècle : drogue, suicide, révolution, dépression ont ponctué son chemin et décimé ses visions. Beaucoup sont partis (Fred Sonic Smith -son mari et professeur de clarinette-, Morisson, Hendrix, Nico…), d’autres se sont effondrés, mais le Rock’n Roll a su reconnaître les siens. Patti Smith, Lou Reed, Chrissie Hynde, toujours là, sont sortis de l’underground vers un peu de lumière et de sérénité au prix d’un zest de renoncement.

Le son est lourd, la voix véhémente atteint toujours des sommets de joie et de douleur. Lorsque le groupe entame “Because the night”, les quadra sortent les mouchoirs et essuient les larmes amères de leur révolte suicidée pendant que l’inamovible et mythique Lenny Kaye dérape sur son solo de guitare. La gorge serrée ils hurlent le refrain et se demandant encore si “the night belongs to lovers” ? eux qui se shootent le soir au Temesta pour oublier le stress de la création de valeur actionnariale. Ils ont laissé au bord du chemin les Valeurs auxquelles ils ont cru dans le sillage de la flamboyante Patti. Le set se termine par un “Rock’n Roll niger” effréné et fusionnel. Et passe dans notre mémoire l’image évanescente de la vestale éthérée tout de blanc vêtue sur les couvertures de nos vinyls “Horses”, “Wave” et “Easter”, illustrés de photos du Pape, de Rimbaud, des références à Genet et Rilke. Les plus fous se souviennent d’un concert de rêve donné dans le sordide Pantin de l’époque, le jour de Pâques 1978, pour la sortie d’Easter, la veille d’un autre set, à Charleville Mézières, au cœur de la mystique rimbaldienne. Les projecteurs s’éteignent, la poétesse anarchique qui a inspiré nos jeunes années retourne à la garde de ses enfants et à la poursuite de ses chimères. Recueillement. Fin du premier acte.

La scène se découvre à nouveau sous la lumière, magnifiquement décorée par des rideaux successifs d’objets en néon, tels des réclames lumineuses d’hôtels au bord des routes du middle west. On y trouve un assemblage hétéroclite de la symbolique R.E.M.ienne : la banane jaune de Warhol qui restera allumée tout le concert, hommage appuyé au Velvet, des “Up” sous toutes formes (titre du dernier album), des personnages grimaçants, une hélice d’ADN, un “Thank You” rose, mais aussi un missile Tomahawk noir, fuselé, sur fond de planète Terre verte, une ribambelle de bombes rouges qui tombent en clignotant, des trucs et des machins, bref, un immense capharnaüm superbement illuminé de couleurs chatoyantes et fluo pour l’arrivée du groupe américain, star officielle de la soirée.

Stipe apparaît, crâne rasé, pantalon bleu nuit et tunique jaune vif, avec une espèce de collerette flashy. Les premières notes de « Lotus » fusent et déjà Bercy est en transe. Ce hit de leur dernier disque est fortement inspiré par Brian Ferry (“Casanova”). Il entraîne la danse. Stipe annone le refrain “Bring my happy back again” et çà tombe bien, tout le monde pense la même chose après le set de Patti. Il danse avec une gestuelle saccadée et parfois hystérique, à mi chemin entre David Byrne et Peter Garrett (Midnight Oil). Puis, soudainement, il se fige en vous regardant et 14 000 fans savent à ce moment que le grand Michael Stipe les fixe en personne, et plus rien n’existe au monde, surtout pas les 13 999 autres spectateurs. Une grosse personnalité et une immense présence sur la scène de Bercy.

Se succèdent ensuite tous les classiques du groupe, anciens et nouveaux, rythmés et planants, dont “Radio Song”, “The One I love”, “So. Central rain”, “Crush with eyeliner”, “Star 69”, “Tongue”, et bien sûr un “Losing my religion” d’anthologie. Les trois compères fondateurs de R.E.M. sont renforcés sur scène par un batteur, un clavier et un guitariste. Au fil des compositions tout se petit monde échange les instruments avec plus de polyvalence que de virtuosité, mais une grande cohérence. Après un long discours introductif où se mêlent Nostradamus et Placebo, on termine sur “It’s the end of the world as we know it (and I feel fine)” dans un désordre musical calculé et un feu d’artifice de lumières stroboscopiques et hypnotiques. Emerveillement. Fin du deuxième acte.

Rappel en duo avec Patti. Michael Stipe, respectueux et attendri, prend la main de son égérie, la couvant de regards énamourés. Nos mouchoirs sont jetés depuis longtemps, on se passe les bassines. Patti est calme, souriante. On la dirait heureuse. Elle a passé le flambeau du Rock à un groupe exceptionnel. Le nihilisme en moins. Mais l’étendard de la révolte est en berne alors que chacun rentre pour une nuit réparatrice qui mènera demain la moitié de l’assemblée aux Assedic et l’autre faire avancer le monde global vers plus de productivisme. Heureusement il reste des poètes et, peut-être, après tout, “the night belongs to us”. Fin de la révolte.

Hole – 1999/06/22 – Paris le Zénith

Hole est en ville comme nous l’a confirmé Canal + hier soir où le groupe s’est produit dans Nulle part ailleurs au cours d’une prestation acoustique très sage. Même les interviews furent rangées et sans vague. Étonnant : Courtney Love papillonnant sous ses cheveux blonds et les projecteurs d’une télé parisienne chic, nous parlant de l’éducation de sa fille devant les spectateurs de service faisant la claque. Au Zénith, ce fut autre chose…

Après deux guest stars qui se sont plus que bien défendues : Everlast et Bush, l’heure de Hole est venue. Le fond de la scène est décoré d’une lourde teinture rouge relevée par des cordons à pompons. Le rideau du théâtre grunge est levé. Courtney arrive vêtue d’un maillot deux pièces rose tirant sur le grenat, entourée d’un tissu vaporeux dans les mêmes teintes qui dévoile largement ses pulpeux atours. Deux ailes d’ange accrochées au dos, sa guitare lui pendouille sur les genoux. Toujours blonde, des paillettes brillent dans ses cheveux. La bassiste canadienne francophone est habillée façon go-go girl de saloon du fin fond de l’Ouest : justaucorps rouge vif à strass et mini-short noir sur bas résilles. Jusqu’à sa guitare brille de mille feux. La batteuse est aussi féminine qu’on peut l’être à un tel poste… et sa frappe est digne d’AC/DC au paradis hard. Seul homme du quatuor, Éric le guitariste est plutôt efféminé, classiquement en jeans T-shirt, il se cache derrière sa longue chevelure blonde, réincarnation de Kurt, le charisme en moins, très peu présent. Dès l’intro, tout est dit. La bassiste avec son petit minois coquin nous annonce dans un délicieux français du nouveau monde : “Nous sommes des belles filles et Éric est un joli garçon. Nous allons vous parler ce soir d’amour et de sexe”. Et çà démarre très fort. Le volume est maximum mais le son reste bon. C’est désordre à souhait mais les décibels écrasent les dérapages. Love vocalise et plaque quelques riffs quand elle y pense. Elle s’interrompt sans cesse pour faire monter sur scène les jeunes filles du premier rang qui s’agglutinent sur les barrières. Une sorte de solidarité féminine qui accompagne chaque extraction de jurons où sont étroitement mêlés les hommes et toute une panoplie de fuck variés et fleuris. Une fois extirpées de la foule en délire par les roadies inquiets, les élues sont installées sagement assises en rang devant la batterie. A la fin du show elles seront au moins une vingtaine. Parfois c’est un homme qui monte sur scène en se cramponnant à la main secourable de Love. Elle l’injurie, danse brutalement avec lui avant de le rejeter comme une poupée déglinguée. Puis Courntey est ensuite prise de velléités de haute montagne et escalade les murs d’enceintes avec des roadies accrochés à ses basques qui tentent non pas d’empêcher ses exploits, mais au moins de l’assurer dans sa varappe, les ailes d’ange pouvant s’avérer insuffisantes en cas de chute…

De longs discours ponctuent les morceaux. L’un est particulièrement et délicatement dédié à Nicole Kidman que Courtney ne semble pas porter dans son cœur. On y apprend que John Galiano refuse d’habiller Courtney car elle est quelque peu enveloppée et préfère Nicole à la taille mannequin de base. Alors elle demande à plusieurs reprises à la foule de huer Galiano et Kidman, ce qu’elle fait sans trop d’énergie. Il est vrai que Courtney est un peu dodue mais si délicieusement pneumatique, surtout mise en valeur comme ce soir avec tant de délicatesse et de bon goût.

Au milieu de toutes ces simagrées et démonstrations nous avons parfois un peu de musique, et c’est bien. Car le groupe joue fort, vite, violemment et puissamment. Les guitares saturent, le beat est terrifiant, la voix se mue en cris éructés. C’est du rock comme on l’aime. Le dernier disque “Celebrity skin” est repris presque en entier. On aurait aimé entendre la très belle et très tragique chanson “Petals” qui malheureusement n’est pas au programme. Alors qu’on sent la patte de Billy Corgan (Smashing Pumpkins et ex de Madame) dans la production du CD, un coté violence contenue, sur scène c’est considérablement plus débridé… Beaucoup moins contenu mais finalement assez convenu. Il ne faut pas confondre grunge et musique de chambre. Les chansons du début s’enchaînent avec les nouvelles. En rappel, notre princesse nous revient avec une robe moulante à souhait, encore plus érotisante que le bikini. Seule avec Éric à la guitare acoustique, elle interprète le magnifique “Northern Star”, bluesy et triste, « l’étoile du Nord devant laquelle les anges s’agenouillent dans la lumière glaciale”. Et tout notre petit monde revient pour un “Celebrity Skin” (la chanson) dur et final.

On aime Courtney, sa bande et leurs compositions. Mais on aime surtout quand ils jouent cette musique violente et parfois déchirante. On est moins intéressé par le cirque qui entoure tout ceci et rogne largement sur le temps du show. L’un ne va sans doute pas sans l’autre, c’est dommage. Avec sa dernière production, on la croyait revenue sur un chemin un peu moins punk où elle aurait canalisé son énergie dévastatrice pour continuer d’écrire de purs joyaux comme ceux qui composent Celebrity Skin. Il n’en est rien et la scène attise ses excès, reflétant sa vie. La mue salvatrice sera peut-être pour plus tard. Elle en a le talent pour peu que s’apaisent ses pulsions destructrices. Elle le mérite, et nous aussi.

Alanis Morissette – 1999/06/15 – Paris le Zénith

Ce soir, Alanis Morissette a enflammé Paris. Le Zénith comme un seul homme a acclamé toute l’énergie et la fraîcheur venues du Nouveau Monde pour déferler sur les bords de Seine. The Junkie Tour égale la fureur des hautes eaux du Saint Laurent se jetant dans l’Atlantique, charriant les blocs de glace de textes très personnels.

Les musiciens jouent une longue intro musicale faisant monter la tension pour préparer le débarquement d’Alanis sur Baba, moitié chantante, moitié récitante : long déroulement sur la prétention des apprentis gourous occidentaux à la recherche du nirvana sur les plages de Goa. C’est le début d’un superbe show qui déclenchera l’enthousiasme d’un bout à l’autre. La troublante canadienne est vêtue de couleurs vives et d’un accoutrement vaguement indien : tunique mi longue sur pantalon noir en soie, juste au corps avec une manche mauve et l’autre orange, gilet patchwork multicolore et ses longs cheveux bouclés descendant jusqu’au bas du dos dont elle joue comme d’une parure. La décoration de la scène est également à forte connotation indiennisante, à base de tissus néo-baba. Alanis parcourt le vaste espace que lui réservent ses musiciens et sur lequel ils se gardent bien de s’aventurer. Le micro dans une main, l’autre est parcourue en permanence d’étranges contorsions sur la soie multicolore de ses parements exotiques. Elle se dirige à l’aveuglette, avançant, reculant, dansant. Elle semble ignorer l’état d’immobilité. Elle s’agite, tressaute et mouline ses longs cheveux pendant des moments d’abandon avant de revenir, toujours fraîche, au centre de la scène. Parfois elle danse proche de l’hystérie, telle un sorcier bantou aux rythmes des tam-tam. Ses vocalises et autres effets de voix sont stupéfiants de perfection, des aigus aux graves, du chant à la diction, elle nous offre le contrôle parfait de ses cordes vocales. La musique est réglée au quart de tour avec un groupe dont l’enthousiasme n’a d’égal que le professionnalisme, avançant sans concession dans le plus pur style rock pour soutenir cette voix d’anthologie selon une dévorante alchimie. Deux guitares (parfois trois quand Alanis ajoute la sienne), une bass, un clavier-percussions et une batterie, pas un mot, pas un regard, mais tout défile avec un naturel digne des vieux routards du rock circus.

La quasi-totalité de sa dernière production Supposed Former Infatuation Junkie est reprise sur scène, sans fioritures mais avec la magie et le volume du live. De longs textes en prose, intimistes et brouillés. Une succession de mots sans fin qui se percutent sur un mode introverti et psychotique. Ce qu’est la vie, ce qu’elle devrait être, les conflits relationnels, les destructions sentimentales, les générations qui s’affrontent, la nécessité de l’autre pour définir sa route, les rêves et les compromissions, les amours que l’on a voulu et les amants que l’on a perdu. Tout çà est léger et profond, cosmique et réel. L’artiste si extérieurement lisse et bien élevée nous dévoile le cataclysme des troubles qui agitent sa conscience. C’est poignant et sombre. La violence des mots et la hargne des rythmes sont balancées par la fluidité des mélodies et la justesse de la voix. L’équilibre est instable mais le bouillonnement est certain. Elle nous délivre le côté obscur de la Force dans sa quête de la lumière.

Alanis utilise la scène comme le canapé d’un analyste. L’un de ses textes s’appelle d’ailleurs « The Couch », elle ne le jouera pas ce soir. Pas la peine, elle a 5 000 psy pour l’écouter, l’acclamer, l’adorer… Ce manque de pudeur est délicatement enrobé dans les notes. Belle performance que des textes si touffus se mêlent à la mélodie avec tant d’harmonie. La cohérence est remarquable. La fusion lyrique est totale. Un ego torturé émerge des décibels.

Le show se termine par un set acoustique devant un rideau tiré sur le devant de la scène et sur lequel est imprimé un texte d’inspiration « peace and love » : ne volez pas, ne tuez pas, n’agressez pas etc. On aurait pu se passer de cette fin guimauvisante pour rester sur l’énergie vitale des morceaux rock. Mais Alanis est spirituellement plus inspirée par Ravi Shankar que par Sid Vicious. On ne se refait donc pas.

Les lumières sont rallumées et l’artiste nous a quittés. Il nous reste heureusement son site Internet pour revenir surfer dans l’univers complexe où elle nous a entraînés. Dans un style « On the road » on y trouve des photos live mélangées à celles de gamins des rues de Calcutta, les dates de ses concerts, des poèmes manuscrits écrits de sa douce main, et même une boîte aux lettre électronique pour communiquer avec notre princesse. Tout ceci fleure un peu le marketing mais enfin, c’est Alanis, un sommet de fraîcheur, de naturel, d’élégance, on voudrait dire de douceur si l’on ne venait d’entendre deux heures de riffs rageurs pour accompagner ses compositions. On aimerait bien l’inviter à dîner, alors on s’invite sur www.alanismorissette.com.

The Rolling Stones – 1999/06/12 – Londres Wembley

Dans un décor de friche industrielle, quatre gangsters avancent sur l’écran vers la fosse aux lions. Ils sont sombres, tendus vers les mauvais coups qu’ils mijotent, les surfaces grillagées succèdent aux piliers métalliques, les portes claquent, les bottes crissent, les caches poussière frôlent le sol. Des allures de Mad Max partant au combat au milieu de nulle part. Les tueurs de “ Reservoir dogs “ avant le hold up. Nous sommes dans les entrailles de la lumière. Ils marchent d’un pas saccadé par le ralenti de la caméra, apparaissent au fond d’un couloir, tournent au détour d’une coursive. Keith brandit sa guitare comme une Kalachnikov. Ron la porte en bandoulière telle un Lumpara. Charlie joue nerveusement avec ses baguettes. Mick chausse ses lunettes noires éblouit par sa gloire. Un beat de bass lourd et gras ponctue l’avancée du gang virtuel en noir et blanc. Travelling et gros plans alternent avec des images subliminales de la bouche stonienne. La bande des quatre s’engouffre dans un monte charge grinçant. L’écran affiche l’ouverture des portes, passant dans le réel, les Stones font leur entrée sur scène. Ils sont chez eux, à Londres. Ils jouent pour nous. La guerre a commencé. La pluie s’est arrêtée de tomber. Les nuages déguerpissent. Ce soir, le tonnerre est engendré par les Pierres, le ciel n’a qu’a bien se tenir. Pas très haut passent les avions en approche pour l’atterrissage, craignant s’être trompés de planète en survolant Wembley.

“ Jumping Jack Flash “ démarre le show. Jagger arpente déjà la scène gigantesque, vêtu d’une chemise et d’une veste bleue électrique. Il fréquentera beaucoup son vestiaire pendant le concert pour changer de tenues aux couleurs criardes et assortiments osés, marquant une affection certaine pour les longs manteaux. La décoration de la scène est démesurée, d’un goût très Stones et fort peu Rolling. A droite, une énorme femme trône à genoux sur deux colonnes gréco-romaines, vêtue d’un unique collier à pointes, la croupe soumise et offerte à son maître, car c’est bien sûr d’une esclave babylonienne qu’il s’agit Sur la gauche, une torche plantée dans le sol s’ouvre vers le ciel. Le tout couleur bronze-doré domine Wembley de sa symbolique de braise.

70 000 spectateurs, incrédules voient défiler le répertoire des Stones. Au gré des morceaux apparaissent cuivres et choristes bien vite ravalés par les coulisses afin de ne point porter ombre aux héros du jour. Sur “ Gimme Schelter “, Lise Fisher, pulpeuse chanteuse vaguement métissée et tout de noir moulée vient épauler Mick de ses vocalises vibrionnantes. C’est elle qui a du servir de modèle à la poupée-esclave décorative. Elle est capable d’étouffer le frêle Jagger dans sa plantureuse poitrine, mais quelle coffre. Son sourire carnassier laisse rêveur.

Pendant ce temps, nos grognards de la guitare resserrent leur carré autour de l’empereur. Ridés comme de vieilles pommes ils sont soudés à leurs six cordes qu’ils ne quittent que pour allumer une cigarette ou enfiler de nouveaux oripeaux. On entend des fausses notes mais qu’importe, il ne s’agit pas ici de virtuosité mais de feeling. Ron grimace dans son manteau d’hermine synthétique bleu et rouge. Il ne lui manque que la perruque pour paraître Lord. Richard prendra même le devant de la scène pour une interprétation longuette de “ Thief in the night “ suivie de “ Before they make me run “ Il quitte son cuir noir pour l’occasion et nous gratifie d’un débardeur avachi XXXXL, également noir. Les lettres D-E-V-I-L s’impriment en gras sur sa poitrine souffreteuse d’ancien junkie. Un garrot toujours attaché au bras droit en souvenir du bon vieux temps sans doute. Des papillotes décorent les ersatz de locks qui terminent ses cheveux grisonnants et rares. Son énorme baguouse argentée à tête de mort pèse sur ses doigts fatigués. Des écharpes de couleurs pendouillent à sa ceinture. Le succédané de Bill Wyman à la bass, Darryl Jones (ex-Miles Davis et ex-Madonna), est typé Caraïbes et dénote par son embonpoint, comme s’il était passé du riz blanc des faubourgs de Kingston aux plats gras de West Kensington ! Le vieux Charlie à la chevelure immaculément blanche et au sourire statique n’a que deux ou trois caisses et une cymbale devant lui mais imprime le plus fabuleux tempo de l’histoire du rock à un stadium qui vibre sur chacun de ses coups de maréchal ferrant.

Sur “ Honky Tonk Woomen “, Cherryl Crow qui a assuré la première partie revient sur scène. Elle est un peu dépassée par les événements et beaucoup par la gloire de Mick. Ce n’est juste qu’un peu de présence féminine dans un monde de machos. Elle court après le héros mais échoue à le rattraper. L’ancienne choriste de Prince en duo avec Jagger à Wembley, de quoi faire chavirer les esprits les mieux trempés. “ Angie “ vient calmer un peu le feu.

Tout s’arrête soudain et une passerelle jaillissant de sous la scène amène nos compères au dessus des spectateurs jusqu’à une deuxième et plus modeste scène au centre du stade. On y entend notamment l’incontournable et dylanissime “ Like a Rolling Stone “ avant le retour sur la scène principale aux premières notes de “ Sympathie for the Devil “, Mick ayant pris le temps d’enfiler un nouveau cache poussière grimé façon Nymphéas de Monet-United colors of Benetton. Curiosité du jour, les Stones nous sortent leurs enfants : Lee Wood (fille de Ron) et Elisabeth Scarlett (fille de Mick et de Jerry) chantent pour accompagner leurs glorieux papas sur ce morceau. On fait travailler la famille mais Oedipe doit faire des ravages ! A défaut de voix bien valeureuses, les gamines s’en sortent et approchent un instant d’éternité.

La grosse esclave a disparu de ses colonnes, consciente de son ridicule. On enchaîne ensuite “ It’s only Rockín Roll “, “ Start me up “ au milieu des fusées d’artifice, “ Brown Sugar “ et l’incontournable “ Satisfaction “ en rappel.

Les spectateurs sont heureux, les héros ont l’air toujours en forme après trois heures de show. Le public repu abandonne le stade couvert de bouteilles de bière vides. La bande des quatre offre un dernier salut, les pièces rapportées s’étant discrètement éloignées dans l’ombre. Un feu d’artifice fait se retourner l’assemblée cosmopolite déjà sur le départ. Les quinqua ramènent leurs enfants se coucher satisfaits de perpétuer la tradition stonienne, les quadra se demandent s’ils afficheront une telle forme à l’âge de Mick, et les plus jeunes, émerveillés comprennent enfin ce qu’est l’inspiration et le charisme rock. Ils décident sur le champs de brûler toute leur collection de Boy’s bands dans un ultime autodafé purificateur. Dans l’interminable file des 70 000 spectateurs qui s’en vont sagement vers le métro, les sonneries des mobiles nous rappellent à la vaine réalité quand sourdent encore les riffs de “ Satisfaction “ dans les oreilles sifflantes de l’assemblée comblée.

Les Rolling Stones sont venus. Ils n’ont surpris personne, la machine tourne rond comme à son habitude. L’âge aidant, nos compères en rajoutent une couche dans le look mauvais garçons et la lourde vulgarité de leurs décors. On en redemande d’ailleurs. A défaut, on pourrait presque prendre Mick pour le gendre idéal. Mais quels inimitables show men. Et puis ils ne faiblissent pas à la tâche et y prennent manifestement un malin plaisir. Ces vieux routiers des stades sont à ce point à leur aise dans leur rôle qu’ils créent l’intimité entre eux et 70 000 personnes, leur déroulant le tapis rouge de quarante ans de Rock’n Roll sur lequel galopent les chevaux sauvages de tous nos fantasmes de gloire et de destinée.

God save the Quenn ; et puisse le Royaume-Uni sauver le monde pour avoir engendré pareil mythe.

The Cranberries – 1999/04/14 – Paris le Zénith

Hier soir les Cranberries étaient en ville et votre serviteur n’a pas manqué leur show. La petite Dolorès O’Riordan est en pleine forme après avoir vogué trop longtemps sur les lèvres du gouffre trouble et attirant de son anorexie. Elle est toujours plutôt fine mais la peau s’est décollée des os… Ses cheveux ont poussé et sont teints en blond. Elle est gainée de cuir noir. Un air de France Gall revisitée Stratocaster. Et surtout elle danse et bouge sur scène avec une énergie vitale retrouvée. Les morceaux tragiques de ses premiers albums sont archivés au rayon des antiquités. Les riffs ont remplacé les arpèges. Les love songs succèdent aux lamentations. Bref, c’est la résurrection, « Salvation is free » est sa nouvelle ode. Le secret de tout çà, elle nous l’avoue en intro de « Saving grace », elle a fait un baby. Alors elle nous passe à la moulinette rock les morceaux de son nouvel album (à paraître le 26 avril dans toutes les bonnes maisons), et çà chauffe, qu’on se le dise. Une voix toujours très pure et éthérée. Petite faute de goût néanmoins, les musicos en sont restés à la période anorexo-dépressive, mal attifés et pas trop punchy mais un gros son tout de même. Des décors très soignés avec des cônes immenses qui sortent du sol et qui descendent du plafond, tels des stalactites éclairés à la rencontre de stalagmites phosphorescents. Des projecteurs flashent et stroboscopent l’ensemble de multi-couleurs fluos. L’audience est conquise. Quelques drapeaux irlandais flottent sur la foule. Une heure et demie passe sans en avoir l’air. « Zombie » s’achève de même que l’époque qu’il caractérise. Le show se termine. Les artistes sortent sous les acclamations du public tendrement ému par une telle grâce. Une bande enregistrée nous débite « l’Ave Maria » expiré par la si belle voix de Dolorès pendant que les lumières se rallument. Le « Stabat Mater Dolorosa » n’est plus de
mise. Mystique la déesse, catholique bien sûr, irlandaise toujours !