Quoi de neuf ?

Impérialisme et mondialisation

Dans les Origines du totalitarisme publié au début des années 1950, Hannah Arendt introduit le chapitre L’impérialisme par ce qui suit :

En réalité, les impérialistes souhaitaient une expansion du pouvoir politique sans que soit institué un corps politique. L’expansion impérialiste avait été déclenchée par une curieuse forme de crise économique, la surproduction de capitaux et l’apparition d’argent « superflu » résultant d’une épargne excessive qui ne parvenait plus à trouver d’investissement productif  à l’intérieur des frontières nationales. Pour la première fois, ce ne fut pas l’investissement du pouvoir qui prépara la voie à l’investissement de l’argent, mais l’exportation du pouvoir qui suivit docilement le chemin de l’argent exporté, puisque des investissements incontrôlables réalisés dans des pays lointains menaçaient de transformer en joueurs de larges couches de la société, de changer l’économie capitaliste tout entière de système de production qu’elle était e système de spéculation financière, et de substituer aux profits tirés de la production des profits tirés des commissions. La décennie précédant l’ère impérialiste, c’est-à-dire les années 1870, connut une augmentation inouïe d’escroqueries, de scandales financiers et de spéculation sur le marché des valeurs.

Vous remplacez impérialisme par mondialisation et vous avez un parfait résumé de la crise financière de ce début de XXIème siècle.

Le trader-fraudeur de Goldman Sachs

Fabrice Tourre, l’ex-trader-fraudeur de Goldman Sachs est reconnu coupable de fraude par la justice américaine devant il comparait. C’est bien le moins, on voit mal comment aurait pu être qualifié autrement le fonds Abacus qu’il a constitué en tranches de crédit sub-prime, vendu à des gogos avec le lobe gauche de son cerveau, pendant qu’il spéculait contre avec le lobe droit du même cerveau en association avec ses petits copains fraudeurs.

On attend de connaître sa condamnation. Il n’est pas nécessaire qu’elle soit lourde en terme d’années de prison ni d’amende financière, le garçon est un fraudeur, certes, mais il paye aussi pour les autres. Il faut par contre l’interdire à vie de toute responsabilité financière et d’accès aux marchés financiers, un peu comme les joueurs frénétiques que la justice peut interdire de casino. –

La noyade des partis politiques

C’est l’été, il y a des noyés sur les plages, ni plus ni moins que les années précédentes. La plupart du temps les victimes se baignaient dans des zones indiquées comme dangereuses, voire même interdite. La droite accuse la gauche de laxisme dans la surveillance des plages, et, bien entendu, la gauche répond qu’il s’agit là du résultat de la politique de la droite pendant dix années. Les requins qui bouffent les surfeurs à la Réunion, c’est aussi la faute à Flamby…

Est-ce que la politique ne s’honorerait pas pour une fois à mettre les citoyens devant leurs responsabilités plutôt que de se rejeter la balle d’un parti à un autre ?

Le yo-yo fiscal

Certains responsables de la majorité actuelle s’émeuvent du niveau intolérable des impôts pesant sur les classes moyennes. On se demande s’ils le font exprès ou s’ils prennent vraiment des vessies pour des lanternes. En tout cas, ils considèrent les électeurs comme des gogos.

La politique du yo-yo fiscal semble être la tactique favorite de nos gouvernants avec une petite variante selon la couleur : la droite commence par les baisser puis les augmente, alors que la gauche les accroit puis les diminue. Et aucune des deux tendances n’arrive durablement à maîtriser les dépenses publiques face à la puissance des lobbys divers et varier qui arrive coûte que coûte à forcer l’Etat à dépenser plus qu’il ne gagne. On peut remonter ainsi jusqu’à Louis XVI, car l’une des causes de la révolution française fut aussi la faillite financière de la monarchie qui, déjà, grâce aux astuces de Necker, roi de la dette publique, vivait au-dessus de ses moyens.

On a les dirigeants que l’on mérite !

Le pervers transalpin lifté tombe

Berlusconi, le pervers transalpin lifté tombe pour fraude fiscale et se retrouve condamné définitivement à quelques années de prison. Il n’exécutera pas formellement sa peine en prison car il est trop vieux (77 ans) mais au moins sera-t-il mis à l’écart de la vie politique, tournant ainsi une page pathétique de la vie politique italienne durant laquelle un bellâtre grotesque a été élu et réélu pour diriger ce vieux et noble pays européen.

Comment l’Italie, mère de nos cultures européennes a pu se laisser ainsi aller à confier sa destinée à un tel clown malfaisant ? Faut-il vraiment que le reste de sa classe politique ait été défaillante pour que ce matamore (par ailleurs en procès pour détournement de mineures) dirige le pays si longtemps !

Dostoïevski , ‘Crime et Châtiment’.

Sortie : 1865, Chez : . Roman feuilleton parut à l’époque dans un journal pour aider à la résolution de problèmes d’argent de l’auteur. C’est une grande histoire sur la culpabilité, la rédemption, l’amour, l’injustice, bref sur l’Humaine. Ce livre est à la foi tarabiscoté, sur l’enchevêtrement des personnages et des sentiments, et simplet dans la succession des scènes (un peu pièce de boulevard).
C’est aussi l’âme russe qui parle, belle comme un concerto de Chostakovitch : bouleversante et complexe.

Chaleur intense sur la créativité journalistique

Commetous les étés, les chaînes de télévision passent et recyclent les éternelsreportages sur les effets de chaleur sur Monsieur et Madame Michu. Il y a le format maison de retraite où l’on voit les petits vieux réunis dans une pièce climatisée avec infirmière les hydratant avec une bombe Evian. Il y a le modèle travaux publics où l’on transpire avec les ouvriers sur un chantier nous expliquant que ce n’est pas agréable de couler le béton quand il fait 40°dehors. Et enfin il y a l’inévitable baignade des enfants dans les bassins du Trocadéro. Tout ceci est aussi répétitif qu’inintéressant. Est-il besoin de détenir une carte de presse pour commettre de telles platitudes sur un rythme annuel ?

DSK, la Loi et les putes

DSK, le pervers mondain et bling-bling devrait être jugé pour proxénétisme aggravé en réunion avec une douzaine de complices, dont le célèbre proxénète belge Dodo la Saumure, dans l’affaire dite du Carlton de Lille. Ses avocats crient à l’innocence de leur client qui n’aurait enfreint aucune loi en participant à des parties fines avec ses copains. S’il est innocent la justice prononcera son acquittement et il pourra rentrer chez lui tranquillement, comme après l’affaire de la mutuelle étudiante MNEF dans laquelle il a relaxé.

Ceci dit, ses avocats ont raison : peut-être faudrait-il penser à une loi qui interdise explicitement à tout ancien ministre de la République assurant des fonctions à responsabilité dans une organisation internationale (DSK était chef du Fonds monétaire international à l’époque des faits) de partouzer avec des putes dans un hôtel à Lille ?

Non mais dans quel mondevit-on ?

Cat Power – 2013/07/17 – Paris l’Olympia

Cat Power à l’Olympia, Chan Marshall de son vrai nom, folkeuse américaine tristoune à ses débuts à la fin des années 90, une voix lancinante sur des arpèges simplistes de guitare ou de piano, recyclée un peu plus pop ces dernières années. Elle a commis de beaux albums comme You Are Free ou The Greatest, emprunts de mélancolie. Elle a annulé une tournée l’an passé pour raisons « de santé » a-t-on entendu.

Ce soir elle apparaît relookée blonde, un peu déglingue, un peu joyeuse, devant une salle pas complètement remplie, qu’importe. Une guitariste et trois musiciens l’entourent, les lumières sont bleutées comme le blouson de la Miss. Ils jouent Sun, le dernier album aux sonorités plus électro, et des retours sur le passé. La voix de Cat est douce et métallique, elle semble porter toute la misère du monde sur les épaules, mais cette souffrance est créatrice.

On retient de ce concert vaporeux mais pesant, introspectif, une chanteuse un peu perdue dans son monde mais habitée par sa musique. Elle termine sur Ruin : I’ve seen gypsies who made it all the way/ And kept going, kept rolling with nowhere to go/ Nowhere to go./ What are we doing?/ We’re sitting on a ruin/ What are we doing?/ We’re sitting on a ruin… C’est un peu ça!

Setlist : The Greatest/ Cherokee/ Silent Machine/ Manhattan/ Human Being/ King Rides By/ Bully/ Angelitos Negros/ Always On My Own/ 3,6,9/ Nothin’ But Time/ I Don’t Blame You/ Metal Heart/ Shivers/ Peace & Love/ Ruin

Morcheeba – 2013/07/09 – Paris le Trianon

Morcheeba pour une soirée au Trianon pleine de douceur. Un prochain disque est annoncé pour la fin d’année avec un concert à l’Olympia en novembre. On est un peu en répétition aujourd’hui ; l’été arrive, l’atmosphère se détend, rien de mieux qu’un concert de Morcheeba sur la route des vacances. Les Morcheeba rencontrent un franc succès en France, le retour de Sky n’y est pas pour rien.

Alors que le groupe démarre The Sea, elle arrive montée sur d’incroyables talons aiguilles, une robe vaporeuse noire et un haut de cosmonaute métallique argenté, et puis ce désarmant sourire qui fait chavirer la salle dès qu’elle se tourne vers le public. Et enfin elle chante et déroulant cette voix si chaude et envoutante qui fait roucouler l’audience de plaisir. Elle chante et elle se déhanche, pendant que Ross tire de merveilleux solos aériens de sa guitare.

Le concert coule comme une fontaine jouvence, les vibratos torrides de Sky posés sur les instruments éthérés du groupe. Ces six anglais ont le trip-hop aussi joyeux et communicatif que les Massive Attack l’ont sombre et déprimé. Les titres s’enchaînent, présentés par les bavardages de Sky ponctués comme toujours de grands éclats de rire.

Elle chante et elle danse, s’essaye au français et à la batterie, Ross boit sa bière entre les morceaux, ils placent quelques nouveaux titres, beaucoup d’anciens et une reprise d’Arlo Guthrie (le fils de Woodie), la chaleur dans la salle atteint des niveaux tropicaux… et puis Sky revient pour le rappel intégralement revêtue maintenant en métallique-argenté, la foule défaille, encaisse Rome Wasn’t Built In A Day et repart follement amoureuse des Morcheeba.

Un show détendu, une musique optimiste portée par des musiciens enthousiastes. Une mise ne jambe d’une petite heure et demie qui annonce un retour incandescent pour novembre prochain après la sortie du dernier disque.

Setlist : The Sea/ Friction/ Otherwise/ Never an Easy Way/ ID/ Part of the Process/ Coming into Los Angeles (Arlo Guthrie cover)/ Slow Down/ Crimson/ Trigger Hippie/ Blindfold

Encore: I’ll Fall Apart/ Rome Wasn’t Built in a Day/ Face of Danger

Chateaubriand François-René de, ‘Mémoires d’Outre-Tombe Tome 2’.

Sortie : 1951, Chez : Livre de Poche 1353, 54 & 55. Et 700 pages de plus pour terminer ce monument littéraire des Mémoires d’Outre-Tombe ! La plus grande part de cet ouvrage retrace l’histoire de Napoléon, donc de l’Europe, durant le règne de l’empereur. Il décrit le personnage avec un mélange d’admiration pour sa puissance, et de mépris pour son despotisme qui a mené la France au bord de l’abîme, occupée par les troupes alliées et mené à la restauration monarchique. Cette dernière ne fut pas pour déplaire à l’écrivain breton qui du coup a repris du service comme ministre puis ambassadeur. Il publie ses notes diplomatiques de l’époque analysant la situation européenne toujours façonnée par la guerre, ses lettres aux grands de l’époque, ses démêlés politiques, ses échanges avec Mme. De Staël, Mme. Récamier, etc. Le tout est nimbé de la mélancolie d’un vieil homme qui approche de la fin mais touche à la sagesse. Le style est magnifique, celui d’un immense écrivain du XIXème siècle qui devrait inspiré les écrivains d’aujourd’hui.

Dead Can Dance – 2013/06/30 – Paris le Zénith

Dead Can Dance revient avec un nouveau disque Anastasis (résurrection en grec… et dont la couverture est illustrée d’un champ d’opium en noir et blanc) et une tournée mondiale passant par Paris ce soir. Ce groupe australo-britannique a fait le bonheur de la cold music des années 1980/90’s avec l’association improbable de deux chanteurs classiques (Brendan Perry baryton et Lisa Gerrard contralto) avec l’électricité de la pop. Ils sont accompagnés sur scène de deux claviéristes et deux percussionnistes.

Elle est habillée comme une reine médiévale, il est vêtu d’un costume sombre, crâne lisse et barbichette blanche. Ils jouent parfois d’une espèce de petite harpe horizontale frappée avec des baguettes produisant des sons pizzicato métalliques

A la fois un peu datée mais aussi hors du temps, cette musique étrange et sombre mêle toutes sortes d’influences orientales et intergalactiques, avec celles de Klaus Schulze et Tangerine Dream. Le résultat est un empilement de nappes de sons sur lesquelles voguent sans fin les voix tristes et magnifiques de ce duo de chanteurs.

Rien ne se passe durant ces concerts, sinon la diffusion d’une atmosphère de méditation et de trouble intérieur, de la beauté et de la pureté qui permettent de marquer une pause dans notre Monde à la dérive : Sometimes/ I fell like I wanna leave/ Behind all these memories/ And walk through that door/ Outside/ The black night calls my name/ But all roads look the same/ They lead nowhere… [Opium].

Dead Can Dance encore appelé « DCD », à la sinistre consonance française, a charmé ce soir une assemblée de fans déjà conquises venus communier à cette grande messe de la Résurrection.

Setlist: Children of the Sun/ Agape/ Rakim/ Kiko/ Amnesia/ Sanvean/ Black Sun/ Nierika/ Opium/ The Host of Seraphim/ Ime Prezakias/ Cantara/ All in Good Time/ The Ubiquitous Mr. Lovegrove/ Dreams Made Flesh/ Song to the Siren 
(This Mortal Coil cover)/ Return of the She-King

Bruce Springsteen & The E-Street Band – 2013/06/29 – Paris le Stade de France


Nous avons aimé Bruce Springsteen & the E-Sreet band à Bercy l’an dernier ; nous l’avons adoré ce soir au Stade de France !

La joyeuse bande de musiciens américains est la même mais il y a ce soir 80 000 spectateurs alors pour les faire patienter le Boss viendra leur jouer un pré-show acoustique de trois morceaux vers 18h histoire que tout le monde se mette en place dans la joie et la bonne humeur.

Cette fois-ci le concert démarre avec le tonitruant Badlands et le même frisson parcourt l’assemblée… et c’est parti.

3 heures ¼ plus tard le groupe a joué 30 morceaux, dont la reprise intégrale de l’album Born in the USA, le Boss a animé la scène comme jamais, fait monter une fan pour danser avec lui sur Dancing in the Dark, donné une guitare à une autre fan qui grattera les cordes en rythme sur un final bruyant, pris une gamine sur ses épaules et chanté avec elle sur Waitin’ on a Sunny Day, accepté sur scène un fan qui voulait danser avec la violoniste le temps d’une chanson, bien sûr improvisé des morceaux à la demande du public, chanté-joué-transpiré comme si sa vie en dépendait, rendu hommage à Clarence et Danny, enchanté le stade par sa vision d’une Amérique populaire plutôt peu connue de ce coté de l’Atlantique et finalement si proche de nous, déployé une gentillesse et une proximité hors normes pour un artiste de cette trempe, salué un à un ses musiciens à la fin du premier rappel pour nous en offrir un second, en solo à la guitare acoustique avec le bouleversant Thunder Road.

Bruce Springsteen : une légende, toujours !

Set list: 1. Badlands/ 2. Out in the Street/ 3. Lucille (Little Richard cover) (Sign request, tour premiere)/4. Wrecking Ball/ 5.Death to My Hometown/6. Cadillac Ranch (Sign request)/7. Spirit in the Night/
Born in the U.S.A./ 8. Born in the U.S.A./ 9. Cover Me/ 10. Darlington County/ 11. Working on the Highway/ 12. Downbound Train/ 13. I’m on Fire/ 14. No Surrender/ 15. Bobby Jean/ 16. I’m Goin’ Down/ 17. Glory Days/ 18. Dancing in the Dark/ 19. My Hometown/ 20. Pay Me My Money Down (The Weavers cover)/ 21. Shackled and Drawn/ 22. Waitin’ on a Sunny Day/ 23. The Rising/ 24. Land of Hope and Dreams
Encore: 25. We Are Alive/ 26. Born to Run (with Elliott Murphy)/ 27. Ramrod/ 28. Tenth Avenue Freeze-Out/ 29. American Land
Encore 2: 30. Thunder Road (Solo acoustic)

Pre show: This Hard Land/ Burning Love (Arthur Alexander cover) (Sign Request)/ Growin’ Up

Depeche Mode – 2013/06/15 – Paris le Stade de France

Depeche Mode au Stade de France, un boulot bien fait pour un concert sans surprise. Les trois compères viennent de sortir leur dernier disque : Delta Machine. Sur scène ils sont renforcés par le duo habituel claviériste et batteur. La scène est gigantesque et dépouillée, les images projetées sur les vastes écrans frappent et font apparaître les musiciens tels de petits nains qui commandent la Machine Delta telle la sixième flotte US dans l’océan.

Cette bande se connaît sur le bout des doigts depuis des années, Just Can’t Get Enough date de 1981… Archétype de la musique new wave des années 1980/90 ils ont survécu à tout et continuent de diffuser leur pop synthétique et glaçante avec un bonheur plus ou moins égal. Ils sont quasiment les seuls à avoir traversé ces décennies sans vraiment changer d’inspiration.

Tout est réglé au millimètre sur scène, jusqu’au déshabillé de Dave au bout du troisième morceau, qui tombe la veste pour laisser apparaître ses muscles tatoués sous son éternel gilet. Le garçon tient la route malgré certaines années d’excès et anime l’ensemble avec talent. Il a tenté une incursion solo il y a quelques années avec deux disques pas inoubliables (Paper Monsters et Hourglass) mais c’est au cœur de Depeche Mode qu’il est le meilleur. Sa voix profonde n’est jamais mieux portée que par les sombres harmonies de Martin Gore, la tête pensante du trio. Dave réussit de loin en loin à caser quelques compositions dans les disques du groupe mais elles sont rarement aussi réussies que celles de Martin.

Ces deux-là semblent faits pour créer ensemble et quand chacun s’essaye à la spécialité de l’autre le résultat n’est pas bouleversant. Les shows réservent toujours une ou deux pauses où Martin vient chanter sur le devant de la scène (un peu comme l’instant Keith Richard au milieu des concerts des Rolling Stones), ce soir ce sera pour une belle reprise de Higher Love.

Delta Machine n’est pas encore très connu des fans et d’un abord un peu complexe, alors le retour sur les classiques déclenche l’enthousiasme. Trente ans plus tard Depeche Mode continue à faire danser les stades avec la même ferveur sur A Question of Time, Black Celebration et autres comètes tubesques de la galaxie synthpop.

Performance sympathique, voix définitivement marquante de Dave sur une musique oh combien efficace ; c’est le cocktail gagnant des Depeche Mode depuis tout ce temps, de quoi passer une excellente soirée du mois de juin à Paris.

Setlist : Intro/ Welcome to My World/ Angel/ Walking in My Shoes/ Precious/ Black Celebration/ Policy of Truth/ Should Be Higher/ Barrel of a Gun/ Higher Love (Sung by Martin)/ Judas (Acoustic)/ Heaven/ Soothe My Soul/ A Pain That I’m Used To (‘Jacques Lu Cont’s Remix’ version)/ A Question of Time/ Secret to the End/ Enjoy the Silence/ Personal Jesus/ Goodbye

Encore : Home (Acoustic)/ Halo (‘Goldfrapp Remix’ version)/ Just Can’t Get Enough/ I Feel You/ Never Let Me Down Again

BRMC – 2013/06/13 – Paris le Trianon

Les Black sont de retour, toujours fringants, légèrement embourgeoisés dans ce Trianon bon chic bon genre, théâtre dédié au Rock & Roll depuis peu. La veille 15 mars ils ont commis « a fantastic night » comme nous le dira Rob, laissant les spectateurs de la soirée dépités de n’être là que… le 16. Mais le concert fut malgré tout largement à la hauteur des attentes.

Les héros sont (un peu) fatigués et on leur pardonne. Leur dernier album Specter At The Feast n’est pas encore disponible dans les bacs. Ils en joueront presque l’intégralité sur scène ce soir et il semble de bonne facture : Rock & Blues harassant, rythmes pesants, voix éraillées, trio toujours soudé par cette énergie vitale du blues que transcendent des générations de guitaristes depuis les champs de coton du Sud des Etats-Unis au XIXème siècle, de Robert Jonhson à B.B. King en passant par Keith Richard.

Ce soir les trois Black perpétuent cette tradition, électrique ou acoustique ; ils jouent sans compter, sur des guitares éraflées, mixant vibrato, larsen et rythmes syncopés ; les deux garçons se passent les vocaux sur la batterie de Lea et enchaînent les solos sur des sons gras. Formés sur la route, inspirés par le Blues, virtuoses du Rock, showmen en noir, accrochés à leurs instruments comme à une bouée de sauvetage on se plonge toujours avec bonheur dans leur univers sombre et intense.

Le retour sur les classiques déclenche hourvari et hystérie : Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll, Spread Your Love… sont reprises par une salle en délire ; désormais des classiques du Rock ! On retrouve bientôt les Black sur la grande scène de Rock-en-Seine le samedi 24 août.

Set-list : Fire Walker/ Let the Day Begin (The Call cover)/ Rival/ Hate the Taste/ Beat the Devil’s Tattoo/ Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll (Punk Song)/ Ain’t No Easy Way/ Berlin/Rifles/ Returning/Conscience Killer/ Windows/ Visions of Johanna (Bob Dylan cover, Rob alone on acoustic)/Lullaby/ Shade of Blue/ Funny Games/Stop/ Awake/ Red Eyes and Tears/ Six Barrel Shotgun/ Spread Your Love

Encore: Sell It/ Lose Yourself

Neil Young & Crazy Horses – 2013/06/06 – Paris Bercy

Neil Young & Crazy Horses à Bercy ce soir : un fantastique concert pour un musicien d’exception ! La foule des grands soirs est venue en procession pour se délecter de la musique et des textes intemporels de cet artiste de légende.

La scène est décorée avec de gigantesques amplis Fender factices de cinq à six mètres de haut. D’étranges roadies barbichus s’agitent en blouses blanches et s’exclament autour de ces monuments en toc quand retentit la Marseillaise qui accompagne l’entrée des quatre musiciens, Neil tout de noir vêtu, chapeau y compris, ses acolytes en jeans et T-shirts blancs (à l’effigie d’Hendrix pour le guitariste Franck Sampedro). Les cheveux sont blancs également, tout ce petit monde tourne autour des 65 ans mais s’accroche aux manches. Ce soir il s’agit de Neil Young & Crazy Horses, mais il s’agit aussi et surtout de guitares.

Pour le chroniqueur qui avait laissé Neil Young en 1972 à l’époque folkeuse de Harvest (Old man, look at my life/ I’m a lot like you were/ Live alone in a paradise/ That’s make me think of two…) la surprise est explosive quand il découvre halluciné un vrai groupe de rock brut, à l’inspiration grunge, jouant des morceaux de plus de quinze minutes dans un déluge de sons saturés, agrémenté de larsen stridents et d’effets des plus bizarres pour ajouter à la fusion sonore qui envahit Bercy.

Neil Young déroule sa poésie de sa petite voix aigüe et nasillarde si caractéristique, sur cette musique psychédélique. Son dernier disque s’appelle d’ailleurs Psychadelic Pill, ce n’est rien que de le dire. Ce concert vaut à lui seul toutes les pilules de la terre. Le groupe assène son rock avec enthousiasme à une audience multi-générations aux anges.

Un petit intermède folkeux sous le signe de l’oiseau de Woodstock projeté en fond de scène avec Neil seul à la guitare et harmonica pour Heart of Gold et Blowin’ in the Wind  de Dylan et la cavalcade reprend dans un déchaînement de guitares endiablées, agrémenté de solos magistraux pour nous amener sur les riffs saturés de Hey Hey, My My, chanson phare du groupe reprise en chœur par l’assistance éperdue d’admiration et d’affection pour son héros : My my, hey hey/ Rock and roll is here to stay/ It’s better to burn out/ Than to fade away/  My my, hey hey.

Avec de tels monstres sacré, effectivement le Rock & Roll n’est pas près de mourir, Dieu merci.

Set list : Love and Only Love/ Powderfinger/ Psychedelic Pill/ Walk Like a Giant/ Hole in the Sky (Unreleased song)/ Heart of Gold (Solo acoustic)/ Blowin’ in the Wind (Bob Dylan cover, Solo acoustic)/ Singer Without a Song (Unreleased song)/ Ramada Inn/ Cinnamon Girl/ Fuckin’ Up/ Mr. Soul (Buffalo Springfield song)/ Hey Hey, My My (Into the Black)

Encore : Rockin’ in the Free World

Cojean Annick, ‘Les Proies – Dans le harem de Kadhafi’.

Sortie : 2012, Chez : Bernard Grasset. Un livre terrifiant, à peine croyable, sur les pratiques sexuelles du dictateur libyen durant les 42 ans de son règne délirant et sanguinaire. Il sélectionnait des gamines dans des écoles, les faisait enlever par ses sbires puis les transformait en esclaves sexuels. Au besoin il faisait de même avec de jeunes garçons. Il aurait également agressé sexuellement certaines épouses de dirigeants étrangers, ce qui a été soigneusement tu par les diplomates craignant de froisser le dictateur pourvoyeur de pétrole. La Libye toujours féodale et de plus en plus islamique ne peut revenir sur ces épisodes dramatiques qui font honte à l’homme libyen et ne seront sans doute jamais jugés.
Annick Cojean, journaliste au Monde, est une professionnelle reconnue et aguerrie. Son reportage doit être fondé mais les faits (ceux d’un Dutroux du désert des Syrtes) rapportés sont tellement hallucinants qu’un doute subsiste face à l’énormité des ces crimes que l’on aurait voulu voir jugé par un tribunal international.

Rachid Taha – 2013/05/16 – Paris le Trianon

Rachid Taha nous met un joyeux boxon ce soir dans un Trianon qui n’est pas plein. Petit bonhomme nerveux qui a défrayé la chronique avec son premier groupe Carte de Séjour, il est définitivement engagé en faveur de meilleurs comportements de la France vis-à-vis de ses immigrés. Il a collaboré avec quelques grands du rock : Eno, Mick Jones, Steve Hillage… sans doute touchés par sa capacité à orientaliser tout ce qu’il touche et commis une inoubliable reprise de Rock in the Casbah des Clash !

Mal fagoté dans un costume noir-cravate rouge-et-chapeau hauteforme, mais qu’importe, il anime sa joyeuse bande avec un entrain tout méditerranéen. Guitaristes, claviériste, batteur et un musicien qui joue d’une sorte de bouzouki électrifié sous un chapeau cuir et en tire des sons qui marquent le coté arabe de cette musique.

Rachid court et se déchaîne, chante alternativement en anglais, en arabe, en français, mais quel que soit le langage choisi, l’enthousiasme des rythmes fait onduler l’assistance. Il mêle le Raï et le Punk, Oum Kalsoum et l’électronique, la France avec Pigalle où il joue ce soir, et accueille toute une bande de potes pour marquer son message de musicien engagé du monde.

L’arrivée de Mick Jones, co-fondateur du mythique The Clash fait frémir d’émotion les quinquas présents qui se souviennent de leurs grandes heures de rockers rebelles. Il passera la moitié du concert sur scène, nouera nos tripes sur les riffs de Rock in the Casbah et cassera ses cordes sur Should I Stay or Should I go. Rachid fait venir tous ses potes sur la scène pour partager sa musique : Jeanne Added qui assure aussi la première partie, pour une reprise d’Elvis Presley, Rodolphe Burger grand gaillard guitariste présent sur la scène française depuis des années, l’ex-leader des Têtes Raides, et d’autres.

Il rend hommage aux grands disparus : Alain Bashung, Joe Strummer, Daniel Darc… Il sait d’où il vient et ce qu’il leur doit. Exilé, écorché, il reprend Voilà, Voilà (pamphlet anti-FN) comme un hymne avec l’assistance, au cœur de Barbès. Il s’agite, il bout, il pulse, il se révolte et il se marre, la musique et le rythme collés à la peau, et laisse le Trianon épuisé par tant d’énergie communicative.

The Raveonettes – 2013/05/12 – Paris la Maroquinerie

The Raveonettes @ la Maroquinerie, Paris, 12/05/2013

The Raveonettes à la Maroquinerie : un duo nerveux et séduisant venu du Danemark. Deux guitaristes/chanteurs : lui Sune Rose Wagner, elle Sharin Foo, et un batteur. Leur ancienne batteuse Leah Shapiro a rejoint le Black Rebel Motorcycle Cub depuis quelques années et quitté Copenhague pour Los Angeles !

Le fond de la scène est tendu d’un simple drap blanc, Sharin blouse jaune et dégoulinante de blondeur, Sune casquette sur frisures brunes ; tous les deux armés de guitares redoutables, sur-saturées d’effets électroniques, l’ambiance est électrique.

La musique est ambigüe, d’apparence un peu pop-sucrée (effet cheveux blonds sans doute) mais résolument moderne et undergroud. Il y a du Blondie dans ce duo danois inspiré Velvet Underground ! La miss joue parfois de la bass mais reste le plus souvent à la guitare et le jeu des deux instruments superposant leurs distorsions sur la batterie abusant des cymbales avec éclairage stroboscopique, donne un rendu suraigu plutôt hystérique.

Des chansons courtes, un format qui fuse, une ambiance urgente, un climat urbain. Une de leur chanson récente s’appelle War in Heaven, on ne saurait mieux les qualifier. Comment se fait-il que ce groupe de soit pas plus apprécié ?

Chateaubriand François-René de, ‘Mémoires d’Outre-Tombe Tome 1’.

Sortie : 1951, Chez : Livre de Poche 1327, 28 & 29. Les mémoires d’un romantique qui a traversé les XVIII et XIXème siècles, fut présenté à Louis XVI, vécut la révolution française, l’exil, la réconciliation avec Bonaparte, se fâche avec Napoléon, écrit des romans, voyage des Etats-Unis à Jérusalem, exerce des fonctions politiques, pour, enfin, commettre ces mémoires monumentales. Le style est merveilleux, celui d’un autre temps, les références historiques sont passionnantes. Chateaubriand nous parle de lui, mais à travers ses pérégrinations, revient sur cette période clé que fut la Révolution dans l’Histoire de la France.