Quoi de neuf ?

Primal Scream – 2011/09/06 – Paris la Cigale

Les Primal Scream sont de passage à Paris. Toujours emmené par le chanteur Bobby Gillespie  le groupe écossais ne casse plus trop la baraque ces dernières années et viens nous rejouer l’intégrale de l’album Screamadelica comme il l’a déjà jouée depuis le début de cette année dans différent festivals. Sorti au début des années 90 Screamadelica est resté le disque culte de ce groupe alternatif, un mix de guitares psychédéliques, de rythmes tournoyants et un chanteur déjanté.

Bobby est égal à lui-même, grande bringue habillée de noir, le cheveu raide et long, arpentant la scène pour resservir avec un plaisir manifeste ce monument de son passé. Andrew Innes guitariste historiques en borsalino et chemise hawaïenne, détendu et virtuose, une choriste au coffre impressionnant et une bande de musiciens jouant avec vitalité devant la Cigale surchauffée.

Il n’est pas bien sûr que ce Screamadelica ait bien vieilli, ou peut-être est-ce le chroniqueur qui s’est laissé déborder parle temps qui passe.

Warm up : Little Barrie

Stevens Shane, ‘Au-delà du mal’.

Sortie : 1979, Chez : POCKET 13901. 900 pages haletantes sur les périgrinations sanguinaires d’un psychopathe aux Etats-Unis dans les années 70. Pendant que notre « héros » découpe en morceaux des femmes de rencontre à la recherche d’une mère qu’il a mythifiée après l’avoir assassinée, on croise le monde de la politique et de la presse dans la déliquescence de la fin du mandat Nixon. C’est l’Amérique véreuse et violente où le bien ne finit pas toujours vainqueur.

Pécassou-Camebrac Bernadette, ‘La Dernière Bagnarde’.

Sortie : 2011, Chez : Flammarion. Un roman documentaire sur le bagne de Cayenne, fermé définitivement en 1946, camp de concentration officiel de la République où furent déportés après leurs condamnations des milliers d’hommes et de femmes dans des conditions effroyables. Ils y purgeaient leurs peines et souvent y finissaient leurs vies par manque de moyens pour revenir en France une fois « libres ». La dernière bagnarde, Marie Bartête, a existé et sa vie en Guyane a pu être ce que décrit la romancière: une horreur.

Littell Robert, ‘L’hirondelle avant l’orage’.

Sortie : 2009, Chez : POINTS P2348. Un poète se bat contre Staline dans l’Union soviétique des années 30. Avec un humour glaçant Littell revient sur le système concentrationnaire de cet Empire en suivant le cheminement du poète Mandelstam, avec un éclairage intéressant sur la personnalité du maître du Kremlin fasciné par les artistes. Ils ont joué leur rôle dans la chute de l’URSS, et ils ont payé, comme les autres, leur écot à la folie de ce système.

Festival Rock en Seine – 2011/08/26>28 – Paris Parc de Saint-Cloud

Vendredi 26 août 2011

Rock en Seine 2011 aligne une quatrième scène baptisée « pression live » et sponsorisée par Kronenbourg… Elle prend la place du camping repoussé plus loin.

Les brésiliennes de CSS ouvrent le bal, ou presque vendredi après-midi sur la grande scène. Après les embrouilles de l’ancienne bassiste avec le producteur, il y a maintenant deux hommes dans ce groupe de filles. Lovefoxxx la chanteuse anime la bande comme à son habitude. Elle arrive habillée en toréador puis effeuille progressivement sa tenue pour terminer en short et bas résille déchirées sur T-shirt siglé « Trash ». La musique est agitée et joyeuse, dance et électro, des ballons de rouge sont posés sur les amplis et tout ce petit monde joue un rock en couleur.

The Kills prennent la suite, à la hauteur de leur réputation : terrifiants et larsenés. Jamie en veste printanière bleue pâle et large cravate noire relâchée, Alison toute de noire vêtue, féline et troublante. Le duo est redoutable, branché sur une boîte à rythmes et le jeu de guitare si particulier, sans médiator, de Jamie. Les rythmes sont haletants sous le déluge sonique, la guitare est à la fois basique et sophistiquée, Alison humanise l’électricité brute et elle n’est pas pour rien dans cette musique obsédante. Elle parcourt la scène de long en large avec son T-shirt « Evil », se cache derrière sa masse de cheveux noirs et se harnache de temps en temps d’une guitare noire et blanche au fil blanc qui s’enroule délicieusement autour de ses longues jambes noires. Ses ongles manucurés rouges à gauche et bleus à droite agrippent le micro comme si sa vie en dépendait. Et puis au milieu du fracas elle cajole la foule avec une touchante interprétation de The Last Goodbye comme quoi la tigresse peut rentrer ses griffes :

It’s the last goodbye I swear/ I can’t survive/ On a half hearted love/ That will never be whole.

Jamaica : un trio français joyeux et enlevé, sur la scène Kronenbourg. Ils sont en fin de tournée : un bassiste la barbe en bataille, c’est aujourd’hui son anniversaire qui lui sera fêté par l’assistance, un guitariste chanteur, bon et sympa, et un batteur. Bref, une bande de potes qui jouent et qui dansent, qui s’amusent et nous font insensiblement taper du pied en rythme sur des mélodies bien foutues.

Pendant ce temps les Foo Fighters s’installent sur la grande scène mais le festivalier décide de démarrer en douceur et rentre ce coucher.

Samedi 27 août 2011

On craignait un peu pour les Blonde Redhead que le manque d’intimité de la grande scène nuise au caractère mystérieux et troublant de leur musique. Il n’en fut rien, même en plein jour, même sous l’orage menaçant, même au cœur de la bourrasque, Kazu en mini-jupette blanche nous a enchantés ! Sa voix brumeuse si bien portée par la guitare stridente d’Amadeo se répand sur le parc de Saint-Cloud déclenchant une mélancolique tendresse chez les spectateurs. Cette musique vient de l’âme et touche au cœur.

Un petit passage chez les BB Brunes sur la scène de la Cascade : ils ont grandi, ils s’amusent bien et déclenchent les hourvaris des lycéennes. Ils sont le Clash de la génération banlieue chic & Facebook. Hommage aux anciens tout de même, et ils reprennent Gaby de Bashung sur un rythme crypto-punk.

Cocorosie, deux américaines originales et délurées, fantasques et créatives, habillées comme des femmes de cavernes, entourées d’un piano à queue et d’instruments improbables ; une performance étonnante et curieuse.

Austra : blondeur, grand espaces et intuitions électroniques. Le Canada pop visite Saint-Cloud.

Keren Ann, pure et rock, tendre et accrocheuse, en short et collant noir, elle a abandonné sa coupe Mireille Mathieu affichée sur son dernier disque pour des cheveux longs, laissé de coté les trompettes évanescentes de sa dernière tournée et s’est harnachée d’une Gibson noire, elle joue avec un guitariste desperado. Ils parlent un rock policé et sympathique. Hommage aux anciens tout de même, et elle reprend Je Fume Pour Oublier que tu Bois de Bashung avec une grande sensibilité.

Artic Monkeys pour le final de ce samedi, du rock propret et enlevé, gueules d’anges en Perfecto, boots, banane rockabily et T-shirt blancs, ça joue fort, vite et bien, guitares + guitares + voix de crooner. C’est puissant, frénétique et explosif, simple et sans répit ! Ce sont les Artic Monkeys, une bande de gamins qui du haut de leurs 25 printemps en remontrent à plus d’un.

Setlist : Library Pictures/ Brianstorm/ This House Is A Circus/ Still Take You Home/ Don’t Sit Down ‘Cause I’ve Moved Your Chair/ Pretty Visitors/ She’s Thunderstorms/ Teddy Picker/ Crying Lightning/ Brick by Brick (Johnny B Goode’s Chuck Berry)/ The Hellcat Spangled Shalalala/ The View From The Afternoon/ I Bet You Look Good On The Dancefloor/ All My Own Stunts/ If You Were There, Beware/ Do Me A Favour/ When The Sun Goes Down
Encore: Suck It and See/ Fluorescent Adolescent/ 505

Dimanche 28 août 2011

Lilly Wood & The Pricks sont de retour à Rock en Seine après leurs passages en début d’année dans les salles parisiennes, dont l’Olympia. Lilly est habillée en vestale romaine et nous régale toujours de sa voix profonde et malicieuse. Ils jouent en plein jour un set enlevé et de bon goût : pas de temps mort mais des ritournelles entraînantes et de la joie de vivre. Lilly encore un peu maladroite et n’en revenant toujours pas du succès du groupe. Lilly et Ben : il va falloir réussir le deuxième album !

Cherri Bomb : quatre rockeuses hargneuses aux chevelures multicolores de Los Angeles. Quatre bombasses délurées qui jouent un hard-rock aussi chaud que le désert de Death Valley, aussi bruyant et urbain que les pistes de LAX un jour de grande affluence supersonique.

Anna Calvi : la révélation de l’année nous refait en légèrement raccourci le show du Trianon d’avril dernier, prodiguant la même voix puissante et une incroyable subtilité dans le jeu de guitare, entre violence dantesque sur l’irréparable solo de Love Won’t Be Leaving et douceur féline lorsqu’elle frôle les cordes pour accompagner les mesures où sa voix redevient enfantine. Le rouge est la couleur de ses lèvres, la parure de son chemisier, la teinte métaphorique de son toucher de guitare lorsque dévalent ses torrents de laves en fusion dans nos cerveaux brûlants, la chaleur intense d’une voix lyrique capable de toutes les virtuosités.

Anna Calvi : LA découverte de ces derniers mois n’a fait que confirmer ce soir son incroyable talent.

Deftones : les Deftones restent égaux à eux-mêmes, une bande de cow-boy hardeux, bondissants et puissants. C’est la grande cavalcade de l’électricité, des hurlements du chanteur et des stridences des guitares fluo d’un guitariste barbu-chevelu-massif. C’est bien aussi lorsque cela s’arrête.

Archive nous a rejoué le show Controlling Crowds avec son orchestre symphonique en arrière plan. Cette formation classique déjà vue cette année au Grand Rex avec un résultat mitigé est finalement bien passée en plein air malgré les inquiétudes. Rosko le rappeur qui avait été laissé au vestiaire en avril était cette fois-ci de la partie et ses incantations scandées dans la froideur du parc ont soulevé l’assistance, Maria, Dave et Pollard se sont passés les rôles sur les chants. Les tubes du groupe ont été joués avec enthousiasme, les musiciens classiques quand ils n’étaient pas à l’œuvre sur leurs cordes ou leurs cuivres se croyaient sur une piste de danse, le volume du son porté par la parfaite puissance de la sono poussait les nuages et enveloppait nos âmes. Pills, King of Speed, Bullets…ont déchaînés des visions de grands espaces et d’abymes infinis. Again pour le final fut un véritable sanglot, étiré, désespéré et violent qui a ébouriffé le parc et laissé les festivaliers ébahis, repus et obsédés par cette musique majestueuse.

Setlist : 1. Controlling Crowds/ 2. Fuck U/ 3. You Make Me Feel/ 4. Sane/ 5. Finding It So Hard/ 6. Bastardised Ink/ 7. The Empty Bottle/ 8. System/ 9. Kings Of Speed/ 10. Lines/ 11. Pills/ 12. Bullets/ 13. Dangervisit/ 14. Again

Hélias Pierre Jakez, ‘Le cheval d’orgueil – Mémoires d’un breton du pays bigouden’.

Sortie : 1975, Chez : Plon – Terre Humaine. Un livre délicieux narrant la vie paysanne au fin fond de la Bretagne dans le premier tiers du XXème siècle, écrit avec douceur et subtilité (et en breton à l’origine). C’est tout un monde de tendresse familiale, de solidarité villageoise, de dureté de la vie de tous les jours qui s’ouvre au lecteur. Traité d’anthropologie bretonne, l’ouvrage se lit comme un roman, on y découvre les querelles picrocholines entre marins et paysans, entre « blancs » et « rouges », entre langue bretonne et langue française, entre haut et bas du bourg de Pouldreuzic, on y apprend surtout la vie d’un gamin des landes dressé par la droiture et l’exemple de parents dures à la tâche misant tout sur l’avenir de leurs enfants. On y ressent une douce nostalgie d’un temps qui n’est plus, mais surtout une immense reconnaissance à sa culture, son pays et les êtres sui l’ont entouré.

Architecture In Helsinki – 2011/07/21 – Paris le Nouveau Casino

Architecture in Helsinki au Nouveau Casino, le nouveau monde descend à Oberkampf. Le groupe australien indie poursuit un parcours original. Une joyeuse bande au look d’étudiants attardés qui joue un rock un peu déjanté et sympathique. Et d’ailleurs ils entament leur show avec un reggae plutôt inattendu, mêlant des claviers entêtants aux guitares saccadées.

L’ambiance monte rapidement au Nouveau Casino, la musique chauffe l’atmosphère et l’assistance se dandine agréablement sur des rythmes plutôt incompréhensibles. Les musiciens s’échangent les instruments avec une facilité déconcertante mais restent unis derrière Cameron Bird, chanteur-leader de ce groupe, les cheveux en pétard, de l’énergie à revendre, la voix haut perchée, assénant des riffs rageurs sur sa guitare quand il ne bidouille pas des samples étranges.

Le bassiste ressemble toujours à un bushman hirsute à la tête d’un élevage de kangourous et assure les arrières. Kellie est blonde cette année et toujours active au chant, glockenspiel et autres claviers.

La scène est un peu étroite pour ces cinq musiciens qui diffusent une musique dansante des grands espaces avec des chansons percutantes. Ils affichent une originalité délurée et nous font passer une excellente et ondulante soirée.

TV On The Radio – 2011/07/13 – Paris l’Olympia

Les TV On The Radio sont de retour à Paris, à l’Olympia cette fois-ci. Toujours bouillonnants et inventifs, mixés black-blanc-nouveau monde, une musique résolument moderne et innovante, le son de Brooklyn débarqué boulevard des Capucines pour les petits français !

Ils nous servent un concert ébouriffant, peut-être un peu moins monté sur ressort qu’en 2008 au Bataclan mais un show passionnant. Le duo de choc guitariste barbu et chanteur binoclard tient les commandes, solidement soutenu par un second guitariste pompant des riffs de choc avec une main droite transformée en ventilateur, et un bassiste grande bringue baguenaudant parfois aussi sur des claviers.

Son strident, rythmes décalés, harmonies étranges, ce petit monde rap-rock-alternatif diffuse une joie communicative en partageant sa musique étrange. Il y a du Zappa dans l’attitude et le jeu, du débonnaire dans la simplicité, du sérieux dans les compositions. Définitivement, du bonheur musical et intellectuel sur la scène !

Setlist : 1.Halfway Home/ 2.The Wrong Way/ 3.Caffeinated Consciousness/ 4.Blues From Down Here/ 5.Will Do/ 6.New Cannonball Blues/ 7.Young Liars/ 8.Dreams/ 9.Keep Your Heart/ 10.Red Dress/ 11.Staring at the Sun/ 12.Repetition/ 13.Wolf Like Me
Encore : 14.Love Dog/ 15.Dancing Choose/ 16.Satellite
Encore 2 : 17.Dating Room

Lou Reed – 2011/07/05 – Paris le Grand Rex

Lou est de retour pour un show classique avec une bande de nouveaux musiciens dont la plupart pourraient être ses enfants. Malgré tout le fidèle Tony « Thunder » Smith (qui a aussi tourné avec Serge Gainsbourg) est à la batterie et un vieux guitariste officie auprès des gamins et de Lou.

La presse vient d’annoncer une collaboration improbable avec Metallica dont le produit, un disque de dix morceaux, devrait sortir à la rentrée.

69 ans, l’artiste est fatigué, cela se voit… un peu. Grossi, le pas hésitant pour arriver à son micro, mais sitôt harnaché de sa guitare (dont il ne joue plus beaucoup) le voilà revigoré pour déclamer son répertoire de légende de sa voix chanté-parlé si particulière mais toujours vigoureuse.

Le show démarre avec trois chansons extraites des tréfonds de sa playlist et quasiment inconnues. Le ton est enjoué, le rythme enlevé, un des Lou’s boys joue du sax avec un style original qui ajoute une touche psychédélique à l’ensemble et l’ambiance de Rock ‘n’ Roll Heart, d’ailleurs Senselessly Cruel et.Temporary Thing sont extraites de cet album de 1976.

Ecstasy nous ramène à un temps plus récent (2000) et plus noir. La ritournelle de guitare obsédante et tristounette, la voix chevrotante, on est dans du classique :

They called you ecstasy, ecstasy/ ecstasy/ They call you ecstasy, ecstasy/ ecstasy/ The moon passing through a cloud/ a body facing up is floating towards a crowd/ And I think of a time and what I couldn’t do/ I couldn’t hold you close, I couldn’t, I couldn’t become you

 They call you ecstasy, I can’t hold you down/ I can’t hold you up/ I feel like that car that I saw today, no radio/ no engine, no Hood 

I’m going to the cafe, I hope they’ve got music/ and I hope that they can play/ But if we have to part/ I’ll have a new scar right over my heart/ I’ll call it ecstasy

 Oh, ecstasy, ecstasy/ ecstasy/ Ecstasy, ecstasy/ ecstasy

Une reprise de Lennon puis une plongée dans le Velvet Underground dont quelques perles acoustiques : Sunday Morning, Femme Fatale. Et puis en deuxième rappel Pale Blue Eyes qui fait plier les derniers récalcitrants devant une prestation en demi-teinte. Lou récite une des plus belles chansons d’amour jamais écrite dans l’Univers, une ode à Nico, son océan de blondeur, son tsunami de destruction : Sometimes I feel so happy/ sometimes I feel so sad/ Sometimes I feel so happy/ but mostly you just make me mad/ Baby, you just make me mad/ Linger on your pale blue eyes.

Finalement Lou est un romantique caché derrière sa morgue de Brooklin, un garçon de 70 ans qui consacre une page de son site web au Romanticism et une autre à sa vieille cousine centenaire Shirley ne peut pas être qu’un triste cynique.

Eh oui, ainsi va la vie, parfois bien, parfois mal. Et elle s’arrête un jour, hélas ! Mais Lou s’en fout, il joue pour lui et peut-être pour nous. La musique et la poésie sont un monde qu’il a contribué à bâtir et qu’il condescend à partager. Des mots et des notes sont son œuvre, éternelle. Merci Lou.

Setlist : 1.Who Loves the Sun (The Velvet Underground song)/ 2.Senselessly Cruel/ 3.Temporary Thing/ 4.Ecstasy/ 5.Small Town/ 6.Mother (John Lennon cover)/ 7.Venus in Furs (The Velvet Underground song)/ 8.Sunday Morning (The Velvet Underground song)/ 9.Femme Fatale (The Velvet Underground song)/ 10.Waves of Fear/ 11.Sweet Jane (The Velvet Underground song)

Encore : 12.Charley’s Girl/ 13.The Bells

Encore 2 : 14.Pale Blue Eyes (The Velvet Underground song)

Powers Richard, ‘L’ombre en fuite’.

Sortie : 2000, Chez : 10/18 4317. La description de deux mondes parallèles, l’un tout en virtualité où des ingénieurs s’efforcent de récréer la vraie vie grâce à un simulateur, l’autre, celui d’un otage pourrissant des années durant dans une geôle au Liban et survivant grâce à ses rêves. Les premiers vont participer involontairement à un entreprise de destruction, le second va vaincre la déchéance grâce à la puissance de sa pensée. Une étrange parabole, pleine d’espoir, où l’humain l’emporte sur la machine. Cela se termine bien !

Bryan Ferry – 2011/06/11 – Paris l’Olympia

Bryan Ferry est de retour à l’Olympia pour présenter son dernier disque : Olympia ! Sur la couverture de celui-ci Kate Moss déploie buste et diamants, tête au plancher, renouant avec la tradition Roxy Music où des créatures de charme peuplaient les étuis cartonnés de nos vinyles d’antan.

Bryan était déjà revenu hanter nos mémoires l’été dernier pour une éphémère reformation de Roxy Music le temps de quelques festivals dont celui de Rock en Seine.

Mais Bryan, brillant troubadour, ne quitte jamais vraiment nos vies depuis ces 70’s qu’il a investies avec sa bande de musiciens délurés et talentueux.

Olympia n’est ni un bon ni un mauvais disque, il est le dernier Ferry, avec une brochette d’invités : David Gilmour, Eno, Jonny Greenwood… Le disque de Bryan Ferry c’est un peu là où il faut être lorsqu’on est un musicien quadra et au-delà, un peu comme un thé au May Fair Hotel par une après-midi brumeuse au cœur de l’hiver à Londres. On y est pour se réunir entre amis, se réchauffer et, surtout, pour évoquer un Monde nostalgique et créer la musique d’un futur incertain.

Olympia est arrivé dans les bacs à son heure, et dans nos discothèques sans délai. L’alerte Bryan Ferry a clignoté en son temps sur nos smartphones annonçant le show parisien, nos cartes de crédit ont crépité et nos cœurs se sont serrés de découvrir que l’Olympia était en configuration places assises car tant de temps est passé. Qui décide d’ailleurs de mettre des fauteuils dans la fosse de l’Olympia, l’artiste ou le management de la salle ? Bryan lui est debout et démarre deux heures de concert en fanfare sur un tonitruant I Put A Spell On You !

Notre héros de 65 ans est en costume sombre et chemise grise, cravaté et souriant, accompagné de Chris Spedding (l’historique) et Oliver Thomson (virtuose blondinet de 23 ans qui ne quitte plus Bryan depuis quelques années) aux guitares, Colin Good aux claviers, deux batteurs, belle-brune-blanche n°1 sax et claviers, belles-choristes-black n°1 et 2, belles-blondes-danseuses n°1 & 2, bref du monde sur scène qui officie dans une relative pénombre et un écran de fond de scène diffusant des vidéos brumeuses et emmêlées à l’image de l’affiche de la tournée.

Olympia nous l’avons dit n’est que le dernier disque de Bryan, alors cette soirée à l’Olympia sera un best of de ces années Ferry. Le son est fort, voir très fort, les solos de guitares un peu interminables et inutiles, et lorsque belle-brune-blanche n°1 vient sur le devant de la scène nous montrer ses gambettes (elle est en short) et son saxophone on regrette tout de même sérieusement Andy MacKay. Tout ceci n’est pas bien grave, le tremolo de Bryan nous fait toujours gémir de plaisir et s’il plaît au maître des lieux de s’entourer de jeunesses après tout que sa volonté soit faite pour autant que nous arrivions, assis dans nos fauteuils, à juguler une légère jalousie.

Bryan chante, Bryan joue du piano, Bryan joue de l’harmonica, Bryan nostalge sur Boys and Girls, Bryan reprend Dylan, Lennon ou Neil Young, Bryan chante et nous enchante, Bryan en équilibre sur le fil d’une carrière qu’il faudra savoir arrêter un jour, peut-être prochain.

Now the party´s over/ I´m so tired/ Then I see you coming/ Out of nowhere/ Much communication in a motion/ Without conversation or a notion/Avalon/ When the samba takes you/ Out of nowhere/ And the background’s fading/ Out of focus/ Yes the picture changing/ Every moment/ And your destination/ You don´t know it/ Avalon

Et Bryan siffle le final de Jealous Guy pour clôturer la soirée. Il nous reste maintenant à nous extraire de nos fauteuils.
Warm up : Boy, deux jeunes femmes de Hambourg et Zürich pour une folk acoustique sympa et rafraîchissante.

Setlist: 1.I Put A Spell On You (Screamin’ Jay Hawkins cover)/ 2.Slave To Love/ 3.Don’t Stop the Dance/ 4.Just Like Tom Thumb’s Blues/ 5.If There Is Something/ 6.You Can Dance/ 7.Make You Feel My Love/ 8.Alphaville/ 9.Boys and Girls/ 10.Sign of the Times/ 11.Like A Hurricane (Neil Young cover)/ 12.Tara Play/ 13.Bitter sweet/ 14.My Only Love/ 15.Avalon/ 16.All Along The Watchtower (Bob Dylan cover)/ 17.What Goes On/ 18.Love Is the Drug

Encore: 19.Let’s Stick Together (Wilbert Harrison cover)/ 20.Jealous Guy (John Lennon cover)

Lilly Wood & The Pricks – 2011/06/01 – Paris l’Olympia

Lilly Wood & The Pricks sont tout éberlués de jouer à l’Olympia après leur triomphe au Bataclan et à la Cigale. Encore inconnu il y a quelques mois le duo Nili et Ben est renforcé sur scène par trois complices, excellents musiciens, et tous ensemble donnent l’impression d’une bonne bande de potes dont l’enthousiasme est à la hauteur de leur professionnalisme, pour notre plus grand plaisir.

Ils démarrent sur le lent et mystérieux Hymn to my Invisible Friend. La voix calme et profonde de Lilly nous installe immédiatement dans leur atmosphère musicale : Hey sweet face/ Will you make me wait another year or two?/ Hey my friend of thoughts/ You see I’m scared of it being/ hello or goodbye/ So goodbye.

Quelques mots de Lilly étranglés par l’émotion et le groupe entame le dynamique Hey it’s ok qui réchauffe l’ambiance après cette sombre introduction. La scène est décorée des hiboux multicolores qui animent la couverture du disque Invincible Friends, les lumières sont à l’unisson de la musique, subtiles et non violentes.

La voix de Lilly est l’âme de ce groupe. Une voix rauque, une voix blues que l’on dirait éraillée par un cocktail de bourbon et de gauloises sans filtre, une voix parfaitement placée, une voix portée par des compositions sympathiques et des rythmiques entraînantes. Une voix grave qui dit des mots qui ne le sont pas moins. Une voix qui parle de dévastation sur un ton souvent guilleret.

Ben et le groupe se chargent avec talent de ponctuer cette vision décalée de leurs solos de guitare et autres ritournelles pop. Les morceaux les plus entraînants font vibrer l’Olympia qui reprend en chœur Somewhere to go sur Little Johnny et trépigne sur My Best.

Le show se termine par un rappel que Nili et Ben nous délivre en duo (c’est comme ça que tout a commencé) avec Untilttled.

Lilly Wood & The Pricks, un groupe neuf, sincère et talentueux qui offre moult raisons de se réjouir de l’apparition de cette nouvelle étoile dans le ciel de la scène rock.

Petitfils Jean-Christian, ‘Louis XVI – 1786-1793 (tome 2)’.

Sortie : 2005, Chez : Tempus 358. Louis XVI et la monarchie emportés par la tempête révolutionnaire jusqu’à l’échafaud : il s’en est fallu de peu pour que le bon Louis ne puisse sauver sa couronne mais la révolution de tous les excès a eu le dernier mot devant un roi indécis qui n’était pas vraiment un meneur d’hommes. Les leaders montagnards ont voulu que des flots de sang accompagnent la fondation de la République en France. Cet extrémisme marquera pour les siècles suivants l’idéologie « gauchiste » d’une partie de la politique et du monde intellectuel français. Le procès de Louis XVI a précédé les procès de Moscou mais il fut le terreau de la France moderne, fertile à certains égards, dramatique pour bien d’autres… Petitfils explique avec talent ces moments où tout a basculé et analyse avec précautions cette famille royale finalement dépassée par les évènements menés par des révolutionnaires implacables.

Sade – 2011/05/17 – Paris Bercy

Sade à Bercy

Sade en tournée mondiale, Sade tragiquement belle, Sade exceptionnelle musicienne, Sade en apesanteur émotionnelle, Sade surfeuse de génie sur l’océan de nos souvenirs, Sade magicienne de la douceur et de l’élégance ; Sade est descendue du paradis soul pour nous faire toucher du doigt le sublime dans l’arène de Bercy pourtant peu propice à un tel partage intime.

Elle est entourée de ses trois musiciens-complices d’origine dont l’inoubliable Stuart Matthewman, petit Prince du sax et de la guitare, Paul Denman, à la basse et aux tatouages et Andrew Hale, aux claviers. Ces trois là sont de la partie depuis Diamond Life en 1984, ils ont cosigné et joué parmi les plus morceaux les plus romantiques de l’histoire du rock. Sur scène également deux choristes hommes, un batteur, un percussionniste et un remarquable deuxième guitariste. Tout un subtil mélange blanc-black dont Sade, métis nigériane, réalise l’unisson.

Une première partie de papys jamaïcains, The Jolly Boys, un gang sympa qui joue Just a perfect day (Lou Reed) et The passenger (Iggy Pop) à la sauce reggae des faubourgs de Kinsgston.

Et Sade monte un escalier débouchant au milieu de la scène, apparaît aux yeux du public toute de noir vêtue, chemisier vaporeux, montée sur talons aiguilles, un sourire ravageur, les yeux plissés, ses longs cheveux rassemblés en couette dégageant son large front, rouge à lèvres carmin, et entame le show sur Soldier of Love.

Le temps d’un « Thank you so much, It’s good to be back… vraiment » et le sax de Stuart dégouline l’intro de Your Love is King, une doucereuse brise de nostalgie souffle sur Bercy…

La scène est extrêmement dépouillée, grand écran sur le fond et trappes qui avalent ou recrachent les quatre blocs batterie, claviers, percussions et choristes. Les guitaristes restent sur le devant où parfois sera poussé un clavier autour duquel les musiciens se rassembleront dans un coin de scène pour des moments plus intimes.

Le show coule et se déroule comme une évidence, et alors qu’un film projeté montre les lumières nocturnes de new York vues d’hélicoptère, les buildings se cognent aux ponts, les étages phosphorescents répondent aux taxis jaunes, et… Sade réapparaît en chemise blanche, boutons de manchette et gilet noir, bretelles négligemment pendantes sur un pantalon de smoking, sur les premiers accords de Smooth Operator :

Diamond life, lover boy./ We move in space with minimum waste and maximum joy./ City lights and business nights./ When you require streetcar desire for higher heights./ No place for beginners or sensitive hearts/ When sentiment is left to chance./ No place to be ending but somewhere to start./ No need to ask./ He’s a smooth operator,/ smooth operator,/ smooth operator,/ smooth operator…

Et puis à genoux sur la scène, Sade enchaîne sur Jezabel et Is it a Crime ? Sa voix merveilleuse s’enroule dans le gigantesque hangar du Palais omnisports en volutes envoutantes. Qu’elle soit brumeuse ou forcée, la voix de Sade est un monument bâti sur le socle immortel de la musique soul. Bercy est en adoration, bien sûr.

Bring me Home et son entêtante ritournelle au piano est joué alors qu’un immense voile entoure mes musiciens et que défilent des images de routes sans fin. Sade marche sur place dans cette atmosphère floue et douce, susurrant cette triste chanson :

Put me on a plate with petals and a fire/ And send me out of the sea/ Turn my angry sword against my heart/ And let me free.

Les lumières rouges orangées éclatantes déploient les silhouettes des musiciens en ombre chinoises brûlantes, les trois guitaristes se regroupent et entament Paradise pendant que Sade parcourt la scène avec toujours autant de naturel et de grâce, marquant la rythmique légendaire de ce morceaux avec les bras au-dessus de la tête : tchac-tchac. Vient ensuite les incontournables pas de danse avec les deux choristes toujours ponctués du tchac-tchac, éclat de lumière et de percussions. Sa façon de se mouvoir dégage un érotisme léger, sa manière de laisser tomber ses bras derrière son dos, de tenir son micro à l’horizontale à hauteur de poitrine à l’issue d’un couplet, de s’éloigner de son pied de micro en balançant la tête de gauche à droite lorsque sa voix forcit, et ce sourire éclatant, épanoui, qui plonge tout humain normalement constitué dans un abyme de ravissement.

Et Sade réapparaît en robe blanche immaculée, cheveux déployés, pour King of Sorrow, Sweetest Taboo, No Ordinary Love… puis une bouleversante version de Pearls, chantée seule sur scène, devant un immense soleil qui se déploie, puis disparaît de l’écran, pendant que Sade nous conte l’histoire tragique de cette femme en Somalie. Bercy défaille.

New York encore, en noir et blanc cette fois-ci sur l’écran, et Stuart démarre les petites notes aigues et étirées de Cherish the Day pour Sade revenue vêtue d’une robe et blouson rouges. Au cours de cette chanson une petite trappe l’élèvera à plusieurs mètres de hauteurs au milieu des buildings.

Le groupe reviendra saluer les spectateurs avec effusion, Sade présente et embrasse ses musiciens l’un après l’autre laissant Bercy éberlué.

Sade et son groupe représentent est un petit miracle de musique soul et de pureté. Tout est parfait et délicat. Sade talentueuse et intemporelle nous rappelle que la douceur et la subtilité n’ont pas été définitivement dévastées par la productivité. Sade donne un sens à la poésie de la vie et sait détacher de nos âmes ces moments d’émerveillement devant la beauté simple de l’œuvre humaine.

Notre Sade pleine de grâce, on vous retrouve comme on vous a toujours rêvée, en restant comme vous êtes vous nous préservez du temps qui passe, c’est une illusion bien sûr, mais comme le mensonge en votre compagnie est agréable !

Set list : Soldier of Love/ Your Love is King/ Skin/ Kiss of Life/ Love is Found/ In Another Time/ Smooth Operator/ Jezebel/ Bring Me Home/ Is it a Crime?/ Still in Love With You/ All About Our Love/ Paradise-Nothing can come Between Us/ Morning Bird/ King of Sorrow/ The Sweetest Taboo/ The Moon and the Sky/ Pearls/ No Ordinary Love/ By Your Side

Encore : Cherish the Day

Brisa Roché – 2011/05/04 – Paris la Maroquinerie


Brisa d’Amour
est revenue souffler sa brise légère sur nos cœurs énamourés, ce soir à la Maroquinerie, avec son groupe sympa et talentueux. Une soirée vanille, un instant délice, une offrande intime, comme toujours avec Brisa.

Elle apparaît habillée dans un dégradé d’oranges et de rouges, une espèce de blouse à épaulettes intergalactiques et décolleté terrien, sa masse de cheveux noirs ramenée sur la poitrine, cachant ce que les rythmes du rock dévoileront subrepticement au cours du show.

Sa voix est toujours grave, légèrement métallique, et capable d’incroyables envolées brumeuses, perdues dans les confins de l’écho électronique, qui transportent les spectateurs sur une autre planète.

Lena de Luxe officie aux claviers, et à la batterie de façon intermittente, une écharpe autour du cou comme le Petit Prince, la chevelure blonde agitée en saccades au gré de ses accords plaqués et de ses chœurs voluptueux. Lena un vrai talent à découvrir aussi sur Lena de Luxe !

Jay in Space aux guitares et le reste du groupe entourent affectueusement leur Brisa, plutôt moins bavarde qu’à l’accoutumé, cela qui laisse plus de temps à la musique. On apprendra tout de même que les paroles de Past Comtemplative ont mystérieusement disparu du livret du CD de All Right Now, mais aussi qu’elle aime son groupe, qu’ensemble ils nous aiment tant, et, Brisa d’Amour tu le sais, nous fondons de plaisir lorsque tu nous répètes de pareilles douceurs…

La musique défile, Brisa s’empare de sa guitare Destroyer, chante, la repose, chante, saute sur les rythmes, chante, joue seule à la guitare acoustique (Open your Lock), chante, Brisa nous enchante d’un excellentissime art vocal sur des compositions sucrées, jouée sur un fond plus rock que ses disques.

Puis Brisa sort de scène avant de réapparaître grimée en marron avec bordures en fourrure. Pendant l’habillage, un spectateur vêtu d’un costume croisé à rayures tel un mafieux italien monte sur scène avec un étui à guitare, en sort non pas une mitraillette mais une guitare demi-caisse, la branche sur un ampli, et là, et là… l’incroyable se produit sous nos yeux embués et notre ouïe dévorée, Siegfried Mandacé (le guitariste spectateur) produit une intro de guitare démesurée, jazzy-manouche, inqualifiable mais désespérément inspirée, et LA Brisa entame Gloomy Sunday (Billly Holidays) avant d’enchaîner sur Moon and Sand (Chet Baker) laissant l’assistance pantoise et confondue devant tant de grâce.

Brisa d’Amour, nous aimons le souffle de ton rock lorsque tu scandes Hard as Love, mais Brisa pour Toujours nous adorons ta sensibilité jazz qui nous a bouleversés sur ces deux reprises.

Brisa Roché, une artiste complète, multicartes (musique, peinture, vêtements, etc.), émouvante et… tellement sympa.

Anna Calvi – 2011/04/22 – Paris le Trianon

Anna Calvi  est au Trianon ce soir et il fallait être de la partie pour découvrir ce nouveau phénomène de la musique britannique : compositrice de talent, guitariste virtuose, chanteuse d’opéra, élégance naturelle, on ne parle que d’elle et on a raison. Elle est à Paris, alors nous aussi.

Tailleur et pantalon noirs, rouge à lèvres éclatant, colliers et bracelets en or, cheveux blonds en couette et talons aiguilles, Anna est discrètement accompagnée d’un batteur et d’une multi-instrumentiste (harmonium, percussion et guitare). Le trio démarre sur un instrumental Rider to the Sea. Dès l’intro, on croit que tout est dit : le touché des cordes est hendrixien au milieu d’accords qui dégagent un son de harpe électrifié dans un déluge de notes. Mais viennent ensuite les morceaux chantés et alors la miss bien proprette dégage une voix de stentor au vibrato désarmant qui met le Trianon en émoi, pour tout aussitôt se transformer en murmures imperceptibles. Guitare et voix sont utilisées avec subtilité et émotion, une force incroyable et une conviction percutante.

Entre les morceaux Anna redevient petite fille de bonne famille et étouffe des thank you imperceptibles derrière son maquillage.

Sa musique est une vague colossale qui déferle avec force gigantesque avant d’aller mourir sur la plage de nos sentiments en un petit clapot doucereux. La bouche grande ouverte elle clame ses doutes dans un rictus au lipstick carmin : Voices darkness is coming from my soul/ Should I fear you or should I just let go?/ Oh, blackout, I gotta know where you’re from/ what are you trying to tell me I don’t know.

Devant son micro, accrochée au manche de sa guitare elle est sans aucune retenue et laisse échapper la musique volcanique qui l’habite. Tigresse déchaînée elle nous prouve que plus rien n’a d’importance que son art brut déversé sur assistance ébahie devant ce concentré de talent, d’originalité et de flamboyance !

En fin du premier rappel Anna produit un incroyable solo sur Love Won’t Be Leaving. Les yeux tournés vers le ciel ses doigts vernis de rouge dévalent sur les cordes avec un brio exceptionnel, passant du miaulement aigu de la guitare martyrisée aux bombardements soniques lorsqu’elle remonte vers les graves. On est abasourdis mais elle nous rasure : I draw my name in the sand/ In the hope it’ll find you/ Because love won’t be leaving/ It won’t be gone until I find a way

La Callas revisitée et électrifiée, La Calvi nous emmène dans un monde flamenco-rock à grands mouvements de Telecaster et d’envolées lyriques. C’est décoiffant et enthousiasmant.

Morcheeba – 2011/04/05 – Paris le Casino de Paris

On a aimé Morcheeba au Bataclan l’an dernier, nous avons adoré Morcheeba ce soir au Casino. Pas de nouveau disque depuis Blood Like Lemonade, mais juste le plaisir de venir enchanter Paris une nouvelle fois avec cette musique éblouissante : de la douceur et du talent.

Skye en rouge et coiffure choucroute, charmeuse et polissonne, soulève d’enthousiasme le Casino avec son habituel final sur Beat of The Drum et ses vocalises sans fin, ses pas de danse et ses grands éclats de rire. Ross délivre son incroyable solo sur Crimson, inspiré et virtuose. Bref, rien de neuf dans le monde des Morcheeba, juste du rêve déversé sans retenu par un groupe au bonheur communicatif.

Archive – 2011/04/04 – Paris le Grand Rex


Et revoici les Archive à Paris pour deux soirées avec un orchestre classique, pourquoi pas. Bien sûr l’environnement de nappes électroniques des claviers archivesques doit pouvoir être remplacé par des cordes et des cuivres alors le chroniqueur ému se rend à son troisième concert Archive en trois ans depuis la sortie de l’inoubliable Controlling Crowds !

Le spectateur est accueilli par Rosko qui platine tranquillement sur scène le temps que tout le monde s’installe. Il ne fera pas partie de la suite, son rapp probablement incompatible avec l’ambiance classique de la soirée.

Les musiciens/iennes s’installent dans un frou-frou de soie et accordent leurs instruments (légèrement amplifiés), un peu curieux de voir débarquer notre bande trip-hop toute de noir vêtue qui démarre Light. Darius est assis derrière un piano à queue noir sur lequel il plaque la petite ritournelle obsédante de son intro. Une musicienne derrière ses monumentales timbales donne la réplique à la batterie rock. Les envolées de tension électronique sont remplacées par les archers pesant sur les cordes, sous la direction d’un maestro. L’illusion est parfaite mais un peu déplacée. Les voix de Pollard et Dave piétinent et hésitent au début avant de trouver le bon réglage, les cordes pardonnent moins que l’électricité !

Lorsque Maria entame I will Fade, posant sa voix bouleversante sur un nuage de mélancolie offert par la formation classique un frisson parcourt le Grand Rex. Le vibrato d’une violoniste sur l’érable de l’instrument n’a pas son pareil pour briser le cœur. Le clavier électronique parle avec sa puissance et sa sophistication là où le violon, simple assemblage de bois, dévoile toute la grandeur de l’âme humaine. Maria enchaîne sur Collapse-Collide laissant l’assistance transie dans l’ouragan du refrain où se bousculent pour mieux se dépasser : la formation classique à plein volume, les guitares électriques déchainées, la brutalité des percussions, timbales et grosse caisse mariées, et par-dessus tout, la voix exceptionnelle de Maria portée à son paroxysme par ce multiculturalisme musical. Bullets termine brillamment le set.

Une jeune violoniste japonaise du premier rang de l’orchestre semble fascinée par les facéties rock de Pollard derrière son micro. Lorsqu’elle ne joue pas, elle bat légèrement la mesure de son archet dressé et de ses épaules mouvantes, puis éclate de rire devant Darius qui agite les bras derrière son clavier comme pour diriger le maestro ; ses yeux bridés se plissent de complicité et de perplexité devant cette union improbable entre le classique et le trip-hop !

Pour le rappel, l’intro électronique de Controlling Crownds est jouée en pizzicatos légers débités par les violons, comme des papillons voletant dans la brise de printemps avant que l’électricité ne reprenne le dessus : I’m scarred of their controlling crowds here they come/ I’m scarred of their controlling crowds here they come/…

L’expérience est probablement intéressante, pas forcément concluante. Il n’est pas bien sûr que le trip-hop, même aussi symphonique que celui produit par Archive, se mêle bien avec le son du classique. Il fallait essayer et puis ce fut ainsi l’occasion de passer une nouvelle soirée avec Archive, ce qui n’est jamais du temps complètement perdu.

Set list : Lights/ You Make Me Feel/ Headlights/ The Feeling Of Losing Everything/ Blood In Numbers/ To The End/ Organ Song/ Finding It So Hard/ I Will Fade/ Collapse-Collide/ Words On Signs/ Slowing/ Fold/ Black/ Pictures/ Bullets
Encore : Dangervisit/ Controlling Crowds/ Again

Petitfils Jean-Christian, ‘Louis XVI – 1754-1786 (tome 1)’.

Sortie : 2005, Chez : Tempus 357. L’accession au trône et les premières années de règne de Louis XVI : la monarchie déjà ébranlée par les Lumières continue sa route et commence à se colleter à des exigences du peuple sans pour autant délaisser une politique étrangère complexe. On y retrouve aussi tous les balbutiement d’une Histoire qui est un éternel recommencement. La France surendettée ne sachant plus comment séduire les prêteurs et qui émet des emprunts viagers dont l’échéance est liée à la durée de vie de groupes humains prédéterminés, les manigances de courtisans sans foi ni loi, les luttes entre les empires, la guerre de conquête contre l’Anglais, l’aide à l’Amérique en voie d’indépendance, l’argent dépensé pour emporter l’adhésion, le casse-tête de l’impôt. Une épopée historique qui annonce la République pour le deuxième tome…

Interpol – 2011/03/15 – Paris le Zénith

Les Interpol au Zénith ce soir pour un best-of de leur œuvre après une apparition au Trabendo en septembre dernier. Evidemment les vrais fans furent quelque peu déçus de leur récente production discographique, plus pop, moins noire, mais le Zénith est plein ! C’est toujours un plaisir de passer une soirée avec ce groupe américain post-punk.

Paul Banks, chant et guitare, et Daniel Kessler, guitare, forment toujours l’ossature de la bande ; le grand blond à la voix sépulcrale et le petit nerveux cravaté derrière ses guitares, dodelinant et dansant en chœur avec ses arpèges. Batteur, clavier et bassiste complètent les rangs. La musique coule au naturel et s’immisce dans les recoins inconnus de notre sensibilité, la où règnent les grands et sombres espaces ouverts aux grands vents de la dépression.

Le Zénith écoute religieusement le requiem des américains, ne ménage pas ses applaudissements et certains espèrent un regain d’inspiration pour les prochains rendez-vous d’Interpol.

Set list : Success/ Say Hello To The Angels/ Narc/ Hands Away/ Barricade/ Rest My Chemistry/ Evil/ Length of Love/ Lights/ C’mere/ Summer Well/ NYC/ The Heinrich Maneuver/ Memory Serves/ Not Even Jail/

Encore: Untitled/ The New/ Slow Hands/ Obstacle 1