Quoi de neuf ?

Djian Philippe, ‘Impuretés’.

Sortie : 2005, Chez : . Les déambulations d’un gamin cerné par trop de richesse, de drogue, de morts et de fuite. Djian décrit avec brio les enfants de la génération de bourgeois soixante-huitards. Ils n’ont retenu de leurs parents que le mauvais exemple de la facilité, de l’apparence et de la poudre. Ils s’en sortiront moins bien. Le style cynique et hyper-réaliste de l’auteur fait merveille pour décrire un tel milieu en pleine décrépitude.

An Pierlé & White Velvet – 2006/10/06 – Paris le Café de la Danse

Jolie surprise ce soir au Café de la Danse, An Pierlé & White Velvet nous offrent un concert de toute beauté après une récente prestation télévisée promotionnelle sur Campus ! C’est un délice de découvrir ce groupe flamand déjà aguerri par quelques disques et années de route, mais encore peu connu en France.

On parle de Rock ‘n’ Roll bien sûr, mais aussi de douceur ; cette musique originale et scintillante est portée par la voix et la présence d’An : sauvage et féline, blonde et délurée. Elle est la belle et la bête d’une musique enflammée où sa voix est capable de gronder tout autant que de câliner. Son amoureux est à la guitare, ensemble ils composent et écrivent cette musique souple et variée. C’est une histoire d’amour et d’harmonie des plus inspirées. Deux choristes, un clavier, une guitare rythmique et un batteur font du monde et du son sur cette petite scène de la Bastille.

De très fines compositions, bâties sur une montée progressive de tension, démarrées par An au piano et une voix mystérieuse se terminent en rocks énergiques et syncopés. L’amplitude vocale d’An fait merveille pour donner âme et sensibilité à cette musique ciselée. Une reprise de David McWilliams : The Days of Pearly au milieu du show, un deuxième rappel avec C’est comme ça des Rita Mitsouko, confirment la curiosité musicale du groupe, outre la référence au Velvet Underground.

An Pierlé & White Velvet, une affaire de séduction de nouveau à l’affiche parisienne en mars 2007.

Ellis Bret Easton, ‘Les lois de l’attraction’.

Sortie : 1987, Chez : . Sur la même veine que « Moins que zéro », on suit ici les déambulations d’un groupe d’étudiants sur un campus de la cote Est. Cocktail de cocaïne, de fainéantise et de coucheries. Cela donne très envie de faire ses études aux Etats-Unis dans les 80’s !

Ellis Bret Easton, ‘Moins que zéro’.

Sortie : 1985, Chez : . On a crié au génie quand ce premier roman d’un jeune auteur américain a été publié. Il ne faut tout de même rien exagérer ! Des phrases de trois mots, des dialogues d’onomatopées, pas d’histoire, bref, un grand vide pour narrer la vie ordinaire d’une jeunesse friquée de Los Angeles, qui dénomme ses doberman de compagnie Hanoi et Saigon et dont le seul souci est le nombre de rails de cocaïne qu’elle s’enfile en une heure ou le modèle de Porsche qu’elle demandera à ses parents pour son petit Noël. Sans parler de dérives sexuelles plus sordides. Le monde abordé est fort peu intéressant, l’absence de style littéraire n’arrange pas les choses.

Mimouni Rachid, ‘Le Fleuve détourné’.

Sortie : 2000, Chez : . Le roman amer d’un combattant de l’indépendance de retour en Algérie. Il découvre la faillite de ses idéaux et de son pays. Tout le monde l’avait cru mort, il recherche sa femme et son fils. La première a compromis pour sauver le second qui sombre dans le désespoir d’une adolescence pleine de rage.

McGuane Thomas, ‘Rien que du ciel bleu’.

Sortie : , Chez : . L’histoire d’un ancien hippie du Montana reconverti, sans joie, dans les affaires. Sa femme et sa fille vont « planter leurs choux ailleurs » et du coup il perd le moral et son sens du business, passant ses journées à la pêche. Ses deux femmes qui continuent de l’aimer le remettront dans le droit chemin. C’est raconté avec humour et « le détachement lucide de l’authentique désespoir ». Un genre Philippe Djian des grands espaces des montagnes rocheuses. Distrayant.

Giesbert Franz-Olivier, ‘Le viel homme et la mort’.

Sortie : 1996, Chez : . Les derniers jours de François Mitterrand, rongé par son cancer, racontés par l’un de ses fils spirituels, fasciné par le personnage. Alors que la vie s’essouffle, le vieil homme continue à proférer coups bas et analyses brillantes, continuellement tourné vers l’Histoire de France dans laquelle il désespère de laisser une trace.

Massive Attack – 2006/08/30 – Paris le Bataclan

De retour d’une tournée estivale dans les festivals du sud de la France, Massive Attack s’arrête à Paris pour trois soirées dans la capitale fin août. La bande étant plutôt habituée des salles gigantesques on se réjouit de profiter des Massive dans un espace plus humain, ce soir le Bataclan.

Le groupe de Bristol n’a pas sorti de nouveau disque depuis 100th Window en 2003, sinon un best of cette année : Collected agrémenté de quelques inédits. On sait la gestation de ses créations toujours très longue. On dit qu’ils accumulent les heures d’enregistrement. On imagine l’intensité des discussions artistiques pour arriver au degré de pureté et d’absolu de leur musique. Un nouveau disque est annoncé pour bientôt : Weather Underground  !

Le Bataclan trépigne lorsque s’éteignent les lumières vers 21h. Deux imposantes batteries occupent la scène et marquent le son de cette soirée d’un beat aussi puissant que mécanique. Elles cernent un clavier. Cette ligne d’arrière subit de plein fouet la lumière qui irradie du fond de la scène : un mur de diodes luminescentes, un gigantesque équaliseur dont les éléments suivent le cheminement mystérieux de cette musique venue d’ailleurs. Le mouvement de la lumière et la variation des couleurs sont un spectacle en eux-mêmes avec toujours la sophistication la plus extrême travaillée à l’infini pour la rendre évidente.

Sur le bord de la scène, devant les guitares, défile le collectif des voix. On distingue à peine les lèvres qui les expirent. C’est un théâtre d’ombres qui marque l’exploit unitaire de cette musique. Tout le show est joué à contre-nuit, les silhouettes des musiciens se dessinant en mouvement dans le flash des lumières qui violent les rétines alors que diffuse un son aux harmonies mineures et aux rythmes obsédants.

Si le verbe synthétiser a un sens technique, les Massive Attack lui insufflent une volonté artistique : la synthèse des influences ethniques, la fusion des rythmes, l’incandescence des lumières et des harmonies aboutissent à cette incroyable puissance délivrée live par ce groupe.

Derrière la musique il y a des mots qui surnagent, une poésie rap majoritairement écrite par le blanc Robert del Naja (3D), ce soir habillé en officier de marine de sa Majesté, et Grant Marshal (Daddy G) le longiligne black fondateur du groupe. Des mots imperceptibles qui tombent, diffus, confus. C’est le trip-hop de Bristol qui exhale la consanguinité de l’Afrique exilée en Jamaïque dans le sang de la traite, revenue se fondre sur les côtes de l’Empire britannique. Des mots qui scandent les sentiments présupposés universels : Don’t be afraid/ Open your mouth and say/ Say what your soul sings to you.

Compositeur/graffiteur, habitué de la scène mondiale, 3D s’efface avec élégance derrière l’équipe de chanteurs-compositeurs qui interprètent ses morceaux. Car Massive Attack est d’abord une histoire de partage : de Daddy G, dont les duos d’outre-tombe avec 3D sont parmi les morceaux les plus troublants, à Horace Andy et ses airs de vieux sage africain à la voix chaude et chevrotante, de Liz Frazer, la voix féminine et émouvante présente ce soir sur scène, habillée d’une djellaba bambara, à Sinead O’Connor sur 100th Window, des réalisateurs pour qui le groupe a écrit des musiques de film à tant d’autres musiciens, ce groupe partage, synthétise et transcende !

Massive Attack nous a délivré ce soir une musique sombre et poétique, fruit de l’unité d’un commando de musiciens bioniques, mi-DJs mi-chercheurs, dédiés à la création d’un son en phase avec notre temps : technologique et humain à la fois, avec des montées d’intensité paroxystiques qui attaquent tous les sens sans espoir de rémission et des moments d’extase romantique où des voix vaporeuses s’étagent avec douceur au milieu de vagues de claviers Teardrop on the fire/ Fearless on my breath/ Water is my eye/ Most faithful mirror/ Fearless on my breath.

Les lumières se rallument, ou plus exactement les diodes luminescentes s’éteignent sur scène. L’assistance reste sous le choc de la violence d’une confrontation avec cette musique inqualifiable, composée et jouée avec un grand talent. Peut-être sous l’effet du light-show ou d’une salle aux dimensions plus modestes qu’à l’habitude, mais on a ressenti plus de proximité avec le groupe, une musique plus colorée, moins radicale. Ou simplement est-ce l’aboutissement de musiciens atteignant l’âge de raison, celui de l’apaisement où la révolte est maintenant canalisée vers la qualité de l’écriture.

On attend Weather Underground, fébrilement !

Radiohead – 2006/08/26 – Paris Parc de Saint-Cloud

Dans la nuit tombante sur le festival Rock en Seine Radiohead démarre son show sur Airbag. Le public est déjà en transe. Les lumières baignent la scène d’un bleu électrique qui ne sera déchiré que par des éclairs orangés sur certaines montées de tension. Les deux écrans de chaque coté des musiciens et le grand du fond retransmettent des petits écrans virtuels projetant les images déformées de webcams fixes. Ce n’est pas évident à décoder (surtout pour le 30 millième spectateur, tout là-bas au fond de la pelouse) mais un concert de Radiohead se mérite.

Le quintet britannique déroule un impeccable show assaisonné live. Les élucubrations électro-mystiques des albums Kid A, Amnesiac ou Hail To The Thief passent remarquablement sur scène où le groupe démontre toute la subtilité de ces compositions. Thom place sa voix plaintive et aigüe au-dessus du son de son groupe historique de musiciens d’exception : les trois guitares savent ajouter le feu sur une rythmique syncopée par l’électronique comme les trois guitaristes peuvent aussi pianoter sur des synthétiseurs remplaçant la magie violente du pincer des cordes électriques par le mystère des volutes bioniques émanant d’improbables ordinateurs.

On aurait pourtant cru le contexte d’une foule en plein-air peu propice à une telle complexité musicale. Nous avions l’esprit étriqué et tellement peu imaginatif ! Les morceaux sont joués comme sur les disques, sans compromission aucune. Il est rassurant de voir une audience de 25 années d’âge moyen partager avec dévotion cette communion cérébrale avec une musique venue d’ailleurs, une musique à la sombre élégance, toute en émotion et en modernisme, en recherche et en aboutissement, qui alterne des pages sinistres avec une énergie vitale et revigorante. Une musique faite pour la nuit, celle d’un compositeur étrange dont la tête est pleine de ce qui s’avère tout simplement être une prodigieuse inspiration. Une musique qui parle aux tréfonds de notre âme jusque parfois en ébranler les fondements.

Lorsque Radiohead revient à des moments plus classiques de son œuvre le public souffle et reprend en cœur Paranoid Android, Airbag ou Karma Police (qui clôture le show). Le retour sur OK Computer rassure à peine tant il paraît maintenant acquis que ce groupe affronte avec bonheur les pistes escarpées de la création. On en profite tout de même ! Sans vouloir trop en demander, on aurait même pu écouter Creep

Plusieurs bonnes nouvelles ce soir : (i) Radiohead reste un groupe de scène majeur à la créativité unique et l’intellectualisme brillant, (ii) on trouve à Paris sans difficultés 40 000 personnes pour passer une nuit d’été avec la bande après les 80 000 des Rolling Stones à peine un mois plus tôt et (iii) il reste des saucisses et de la bière dans lesquelles on peu noyer les dernières effluves de Karma Police qui tournent encore en boucle dans nos oreilles ébahies : This is what you get…

 

La set list de Radiohead

1. Airbag 2. 2+2=5
3. The National Anthem
4. My Iron Lung
5. Morning Bell 6. Fake Plastic Trees 7. Videotape
8. Nude 9. The Gloaming
10. Paranoid Android

11. All I Need 12. Pyramid Song 13. Lucky 14. The Bends
15. I Might Be Wrong
16. Idioteque 17. Everything In Its Right Place Encore: 18. You And Whose Army
19. Bodysnatchers 20. There There
21. Karma Police

 

Festival Rock en Seine – 2006/08/26 – Paris Parc de Saint-Cloud

4ème année du Festival Rock en Seine : toujours une excellente programmation générant un franc succès, toujours un temps pluvieux donnant à l’ensemble un petit air woodstockien et toujours un grand plaisir de pouvoir assister à deux journées non-stop de rock en plein air dans le parc de Saint Cloud.

La journée du samedi est affichée « complet » depuis plusieurs semaines, la venue de Radiohead n’y est pas pour rien. Rock ‘n’ Folk fait sa couverture sur Thom Yorke, quelques radios et journaux généralistes annoncent la venue de ces extra-terrestres. Succès d’estime dans la presse grand-public qui ne comprend pas grand-chose à cette musique mais pressent quelque chose d’important. Alors on en parle ! Vers 10h du matin le samedi, le cours de la place sur ebay est dans les 150 euros. Quelques puristes revendent à prix coûtants, il faut les trouver.

Les acteurs de la scène parisienne alignent leurs stands publicitaires au milieu des vendeurs de saucisses. On se réchauffe dans la friture d’oignons et la bière blonde. Un petit passage sur l’expo Jean-Baptiste Mondino, clipeur-shooter du Rock, déificateur de la guitare, qui place sur ses très belles et très glacées photos les musiciens anonymes au même rang que Mick et Madonna.

Il y a trois scènes cette année, une de plus qu’en 2005 et une raison supplémentaire de se ronger les sangs pour décider qui privilégier. Beck et Rodiohead étant annoncés sur la grande scène, le chroniqueur va donc directement y tremper son stylo. Il n’en sortira plus, bloqué-compressé-pressurisé par les 30 à 40 000 fans qui vont progressivement s’agglutiner dans son dos. Et tant pis pour Skin ou The Rakes prévus sur la scène de la cascade.

15h30, Taking Back Sunday arrive de New York pour jouer un rock de bellâtres, brut et lisse, sans intérêt. Ils sont suivis par Phoenix, quatre parisiens dont on parle qui sont allés écrire-enregistrer leur dernier disque dans l’ancienne Berlin-Est, et délivre un son pop agréable et sincère.

Il est 18h, l’espace libre se raréfie, les gouttelettes qui tombent parfois du ciel n’arrivent plus à atteindre le sol. Les choses sérieuses s’annoncent. Les Dead 60’s  remportent un franc succès sur un style revival des rythmes ska. Ces quatre de Liverpool aux origines mélangées sont énergiques et hargneux, riffs reggae et basses appuyées, la foule essaye d’onduler.

Lorsque Beck entre en scène, la pelouse est noire de monde. L’américain aux longs cheveux blonds est habillé gilet noir sur chemise blanche, coiffé de chapeau et lunettes noires. La ressemblance avec Dylan est recherchée. L’originalité de l’élève égale celle du Maitre. Une mini-scène est installée au fond de la vraie, occupée par des marionnettes représentant le groupe, agitées par des marionnettistes aux bouts de leurs fils, filmées par un opérateur et retransmises sur grands écrans où l’on ne verra que les puppets. La prestation de Beck est surprenante, comme son dernier disque. Le chanteur mélancolique de Sea Change s’est transformé en musicien hip-hop, animant un groupe de joyeux déjantés jouant avec beaucoup de brio pour accompagner un non moins brillant compositeur et metteur en scène. Durant ce qui ressemble à un entracte, un clip projeté montre les puppets aller saccager la loge des Radiohead. C’est la très très bonne surprise de la soirée, ce groupe américain est époustouflant d’originalité artistique et de vitalité musicienne. Beck en est le maestro royal et imperturbable, même lorsque que ses acolytes s’attablent devant un banquet servi sur scène, bientôt transformé en batterie collective et hystérique. Comme il n’est que le faire-valoir des héros de la soirée, Beck laisse une pelouse frustrée de n’avoir point droit à un rappel.

La nuit tombe sur Saint-Cloud. Les allers-retours avec les baraques à frittes sont stoppés depuis longtemps, chaque place abandonnée étant inexorablement comblée par un mouvement de foule conséquent.

Dans la nuit tombante Radiohead démarre son show sur Airbag. Le public est déjà en transe. Les lumières baignent la scène d’un bleu électrique qui ne sera déchiré que par des éclairs orangés sur certaines montées de tension. Les deux écrans de chaque coté des musiciens et le grand du fond retransmettent des petits écrans virtuels projetant les images déformées de webcams fixes. Ce n’est pas évident à décoder (surtout pour le 30 millième spectateur, tout là-bas au fond de la pelouse) mais un concert de Radiohead se mérite.

Le quintet britannique déroule un impeccable show assaisonné live. Les élucubrations électro-mystiques des albums Kid A, Amnesiac ou Hail To The Thief passent remarquablement sur scène où le groupe démontre toute la subtilité de ces compositions. Thom place sa voix plaintive et aigüe au-dessus du son de son groupe historique de musiciens d’exception : les trois guitares savent ajouter le feu sur une rythmique syncopée par l’électronique comme les trois guitaristes peuvent aussi pianoter sur des synthétiseurs remplaçant la magie violente du pincer des cordes électriques par le mystère des volutes bioniques émanant d’improbables ordinateurs.

On aurait pourtant cru le contexte d’une foule en plein-air peu propice à une telle complexité musicale. Nous avions l’esprit étriqué et tellement peu imaginatif ! Les morceaux sont joués comme sur les disques, sans compromission aucune. Il est rassurant de voir une audience de 25 années d’âge moyen partager avec dévotion cette communion cérébrale avec une musique venue d’ailleurs, une musique à la sombre élégance, toute en émotion et en modernisme, en recherche et en aboutissement, qui alterne des pages sinistres avec une énergie vitale et revigorante. Une musique faite pour la nuit, celle d’un compositeur étrange dont la tête est pleine de ce qui s’avère tout simplement être une prodigieuse inspiration. Une musique qui parle aux tréfonds de notre âme jusque parfois en ébranler les fondements.

Lorsque Radiohead revient à des moments plus classiques de son œuvre le public souffle et reprend en cœur Paranoid Android, Airbag ou Karma Police (qui clôture le show). Le retour sur OK Computer rassure à peine tant il paraît maintenant acquis que ce groupe affronte avec bonheur les pistes escarpées de la création. On en profite tout de même ! Sans vouloir trop en demander, on aurait même pu écouter Creep

Plusieurs bonnes nouvelles ce soir : (i) Radiohead reste un groupe de scène majeur à la créativité unique et l’intellectualisme brillant, (ii) on trouve à Paris sans difficultés 40 000 personnes pour passer une nuit d’été avec la bande après les 80 000 des Rolling Stones à peine un mois plus tôt et (iii) il reste des saucisses et de la bière dans lesquelles on peu noyer les dernières effluves de Karma Police qui tournent encore en boucle dans nos oreilles ébahies : This is what you get

La set list de Radiohead

1. Airbag 2. 2+2=5
3. The National Anthem
4. My Iron Lung
5. Morning Bell 6. Fake Plastic Trees 7. Videotape
8. Nude 9. The Gloaming
10. Paranoid Android

11. All I Need 12. Pyramid Song 13. Lucky 14. The Bends
15. I Might Be Wrong
16. Idioteque 17. Everything In Its Right Place Encore: 18. You And Whose Army
19. Bodysnatchers 20. There There
21. Karma Police

 

Wolfe Tom, ‘L’Etoffe des héros’.

Sortie : 1979, Chez : . L’histoire passionnante de la conquête de l’espace dans l’Amérique des années Kennedy : le mythique Chuck Yeager qui passe le mur du son dans son X1 au-dessus du désert de Californie à l’héroïque John Glenn qui se promène en orbite dans une capsule Mercury. C’est l’Amérique conquérante et naïve, alors que tout était encore possible, racontée par un Tom Wolfe au style haletant, précis et ironique. Une tranche de vie à jamais révolue alors que le cynisme et le business ont maintenant recouvert notre planète d’un voile sombre et efficace.

Boyle T.C., ‘Water Music’.

Sortie : 1980, Chez : . 700 pages foisonnantes et délirantes sur un XVIII° siècle finissant, éclaté entre une Afrique en putréfaction explorée par un écossais candide et volontaire, et un Royaume-Uni où seule la rage permet de survivre. La violence de ces deux mondes est décrite avec profusion et cynisme. Cette violence implacable est élevée au rang de mode de fonctionnement, elle inspire merveilleusement Boyle dont la vision romanesque éblouissante nous emmène au bout de ces aventures humaines entrecroisées. La fiction est haletante, le style flamboyant, et le tout repose sur une reconstitution historique définitivement crédible. Un grand roman !

Sigur Ros – 2006/07/06 – Paris l’Olympia

Pas facile d’être un groupe islandais avec des chansons au format long, incompatible avec la FM, des textes en… islandais et des harmonies et instruments bizarroïdes. Björk nous a déjà fait le coup alors les radios ont du mal à se lancer dans la promotion de Sigur Ros (qui veut dire Rose Victoire, le prénom de la sœur du leader). Et pourtant, ce groupe dont le membre le plus âgé n’a pas trente ans, joyaux de créativité, a développé un fan-club, jeune et fidèle, qui vénère ces musiciens venus du froid. Le concert du 16 novembre dernier à l’Élysée Montmartre était déjà sur-réservé depuis plusieurs mois, alors nos islandais sont revenus ce 6 juillet à l’Olympia pour nous présenter le même show post-sortie de Takk, leur dernier disque, probablement le plus abordable.

Et nous fument aussi totalement bouleversés par cette seconde apparition qui toucha à la beauté pure. A l’extinction des lumières, la scène est masquée par un voilage transparent lorsque la musique démarre. Des projecteurs jouent sur les musiciens créant des effets d’ombres chinoises alors que monte l’intensité des notes pour s’achever dans un déluge de rythmes et de volume sur le groupe qui apparaît en direct après la disparition du voilage. Jón þór birgisson (Jónsi), longiligne chanteur-guitariste-inspirateur du groupe joue de sa voix éthérée, très haut-perchée, comme d’un instrument, posant des mélodies puissantes sur des textes en islandais ou en « hopelandic », un langage inventé pour meubler les compositions à un stade où les mots exprimés n’ont plus grande importance, les notes seules, générant le fluide vital du partage dans l’âme des spectateurs.

Rapidement rejoint par le quartet de cordes qui a assuré la première partie, les quatre musiciens de Sigur Ros développent une musique fascinante, définitivement ancrée à leur Islande natale, aussi mystérieuse que cette ile du grand Nord. Jónsi joue sur sa guitare électrique avec un archet déclenchant un son profond et sans attaque, le bassiste utilise parfois un stick sur ses cordes pour marquer la rythmique, les xylophones viennent régulièrement ajouter une touche d’exotisme glacial à l’ensemble. On est devant une musique expérimentale dont les pièces sont toutes originales et dont la combinaison sait nous parler.

En se laissant pénétrer par ces sons étranges à la synthèse si parfaite, nous gagne le mystère des volcans de Reykjavik qui se mélangent aux glaciers pour produire le bien être sublime des geysers nous baignant de leur vigoureuse félicité. C’est le feu et la glace réunis dans une troublante alchimie menée par l’archer du Maestro Jónsi à la voix placée au-dessus de tout, cette voix que l’on croirait sortie du Cri de Munch !

L’ensemble est stratosphérique, indéfinissable, nous comblant d’une sereine et infinie plénitude. Il y a du Radiohead dans cette capacité tranquille à rester en-dehors de sentiers battus et à développer une mélancolie mélodique pourtant si facile à vivre et à digérer.

Le final est rejoué derrière le voile sur un jeu de stroboscopes hypnotiques accompagnant la montée de tension progressive de la musique vers une ultime explosion. Cette violence nous mènera au terme de cette inoubliable soirée musicale d’un autre type.

Revenant des coulisses à deux reprises, l’ensemble des musiciens applaudit les spectateurs durant de longues minutes pour nous rappeler que Takk en islandais veut dire « merci ».

Pessoa Fernando, ‘Lettres à la fiancée’.

Sortie : , Chez : . Les lettres du grand poète portugais du Livre de l’Intranquillité à la seule femme qu’on lui ait connu dans sa vie. Il écrivait à sa fiancée notamment que « Les lettres sont des signes de séparation… Les lettres sont pour les gens à qui nous n’avons plus envie de parler. » Rien de bouleversant dans ces textes, une idylle épistolaire sur deux périodes de douze mois, séparées de dix années, qui montre que Pessoa, tel le goéland dans les cieux, était plus à l’aise dans les choses de l’esprit qu’avec le bric-à-brac de l’amour.

Auster Paul, ‘Mr Vertigo’.

Sortie : 1994, Chez : . Quelle verve ce Paul Auster ! Il nous emmène cette fois-ci au cœur de l’Amérique de la Grande dépression de 1929 au travers les yeux d’un gamin doué du pouvoir de lévitation, à un qui un Maître enseigne son art et les choses de la vie. C’est aussi une occasion de traverser l’Amérique profonde avec deux personnages attachants à la poursuite de reconnaissance. Après un périple de 50 années, notre héros qui ne lévite plus depuis bien longtemps, revient à la maison de son éducation. On a vécu avec lui la fin tragique du Maître, ses aventures, sa vengeance et sa fidélité. Et finalement, le besoin du retour au bercail après tant de tumultes. Un grand roman, souple et brillant, où l’héroïsme s’affronte avec l’ordinaire et où la composition des personnages est miraculeuse.

Nouvelle Vague – 2006/06/14 – Paris le Bataclan

Deux jours après l’apparition dans les bacs de Bande à Part, Nouvelle Vague revient au Bataclan. Le concept est le même, la reprise de standards new wave assaisonnés à l’inspiration Collin/Libaux et susurrés par des princesses aux voix de velours. Camille vogue vers d’autres cieux et est numériquement remplacée par un guitariste chanteur antillais : Gérald Toto.

Le dernier disque présente des morceaux de Echo & the Bunnymen, The Buzzckocks, The Lords of the New Church, Billy Idol, New Order, The Cramps, Bauhaus, Heaven 17 et d’autres qui viennent compléter sur scène les classiques habituels de la formation. L’ambiance est plus bluesy, un poil plus reggae, un soupçon moins latinos que sur le premier disque.

Gérald, grimé Kingston fashion, nous joue une incroyable version rasta de Heart of a Glass de Blondie et terminera le show avec Relax de Francky goes to Hollywood sur la même veine.

Le cérémonial reste bien agencé, le collectif de chanteuses/chanteur se succède au micro. La véritable vedette de cette soirée est la musique, celle composée par ces groupes de légende qui ont bercé nos années 80 !

Il n’est pas sur que ce concept Nouvelle Vague justifie un troisième disque. Mais le duo Collin/Libaux a sans doute plus d’un tour dans son sac.

Bensaïd et Leloup Catherine et Jean-Yves, ‘Qui aime quand le t’aime ? De l’amour qui souffre à l’amour qui s’offre’.

Sortie : , Chez : . Une psychiatre et un prêtre philosophe mènent une analyse de concert de la relation amoureuse : de la parabole de la Samaritaine à la métaphore de l’échelle, ils détaillent scrupuleusement et avec évidence le fait amoureux, ses étapes, des dérives, ses illusions, ses quêtes, ses brûlures, ses objectifs, ses transcendances, ses apaisements… Les auteurs déroulent leur raisonnement avec la rigueur impressionnante de ceux qui ont scruté la vie, la simplicité naturelle de ceux qui savent mettre leurs pensées à la portée de lecteurs seulement riches de leurs expériences. On les suit au long de ces lignes qui s’entrechoquent avec nos propres vies et déclenchent de salutaires réflexions et, parfois, avancent des clefs pour essayer d’entrouvrir le voile du mystère.

Houellebecq Michel, ‘Extension du Domaine de la Lutte’.

Sortie : 1994, Chez : . Les chemins de la dépression ordinaire d’un homme solitaire, racontés avec un cynisme politiquement incorrect mais tellement réaliste. On a tous traversé et pensé un jour ce que Houellebecq écrit ici, dépassant les inhibitions habituelles de 2000 ans d’influences judéo-chrétiennes. Un régal d’amertume !

Mailer Norman, ‘Les vrais durs ne dansent pas’.

Sortie : , Chez : . Un incroyable roman américain où s’exprime toute la puissance de Mailer, ce géant de la littérature moderne. Il y est question de têtes décapitées, d’alcool, de sexe, de relations humaines déjantées dans le cadre de la Nouvelle Angleterre d’une Amérique torturée qui présente tous les atours apaisants d’une nation parvenue et conquérante. L’imagination débridée de l’auteur est un régal pour l’esprit. Sa créativité littéraire et la perfection du verbe inspirent le respect.

Baer Robert, ‘La Chute de la CIA’.

Sortie : , Chez : . Les confessions amers d’un ancien agent de la CIA expliquant la métamorphose d’une agence de renseignement opérationnelle, spécialisée en coups tordus au profit de la sécurité nationale des Etats-Unis, en une bureaucratie techno couvrant les intérêts pétroliers du microcosme washingtonien.