Quoi de neuf ?

Keren Ann – 2007/12/12 – Paris le Café de la Danse

Keren Ann se produit ce soir au Café de la Danse avec en première partie son ami poète américaine Dayna Kurtz, une émouvante fusion de Joni Mitchell et de Dylan.

Keren est entourée d’un quatuor guitare et bass/ batterie et un incroyable trompettiste américain qui a branché son instrument sur une pédale wah-wah, générant un son original. Elle ne quitte pas ses guitares, y ajoutant parfois un harmonica.

Mélange d’influences et synthèse rock-folk presque parfaire, on ne sait plus trop d’où elle vient entre les Pays-Bas, Israël, les Etats-Unis, la France ? Cela n’a guère d’importance, son univers est celui de la musique, et nous y vivons. Son dernier disque « Keren Ann », chanté en anglais est un écrin de douceur. Ce soir elle est habillée de noir, distante et secrète, mélancolique et sereine, elle déroule ses compositions subtiles en regardant la salle d’un air amusé.

Tout est lisse comme ses cheveux qui tombent sur ses épaules, son piqué de guitare, ses mots simples entre les chansons, sa voix neutre qui nous emmène vers des hauteurs de légèreté inégalées. Et lorsqu’elle nous susurrent « And what I’m thinking of/ Just this time, why don’t you/ Lay your head down/ In my arms, in my arms » nous frissonnons de bonheur!

Après An Pierlé hier soir et avec Brisa Roché demain, c’est un trio de rockeuses romantiques qui a séduit Paris nous déployant leurs talents tout en émotion féminine.

An Pierlé & White Velvet – 2007/12/05 – Paris le Zèbre de Belleville

An Pierlé et son White Velvet ont posé leur sac pour une dizaine de jours dans cette agréable petite salle du Zèbre de Belleville qu’elle qualifie de son living room. Un environnement intimiste, propice aux confidences et au partage, un cadre où An parle à chacun de nous. Le White Velvet est en concert privé dans notre salon, laissons nous aller et ne boudons pas notre plaisir.

Une première partie, également belge, The Bony King Of Nowhere fait bonne impression.

Blonde charmeuse toute habillée de noir, An se faufile à travers les instruments posés au hasard de cette scène microscopique pour s’asseoir sur un ballon et attaquer l’ivoire de son piano électrique. Elle exhale un léger sentiment de domination en posant son fondement sur cette mappemonde, même Chaplin n’avait pas osé telle posture lorsque le Dictateur jouait avec le globe terrestre. Mais il y a surtout de la souplesse, de la rondeur, de l’à-propos à un tel siège. Elle le roule doucement lorsqu’elle remonte les arpèges, l’ovalise en l’écrasant lorsqu’elle plaque des accords rageurs. Tel un clown et son nez rouge elle vogue sur les vagues d’une musique profondément romantique et sereine.

Son groupe est inchangé, mené par son amoureux Koen Gisen aux guitares, renforcé par un clavier, un deuxième guitariste qui touche aussi au violoncelle, un bassiste et un batteur dont la batterie est réduite à sa plus simple expression vu l’exigüité de la scène.

Ses premières notes font frissonner ses invités, toujours cette voix chaude et douloureuse qui nous a tant séduits sur ses disques. Une voix parfaitement contrôlée qui exprime toute la gamme des sentiments avec la même perfection. Une voix à cœur ouvert pour nous enchanter. Une voix qui laisse couler des flots d’émotion et nous emporte dans le tourbillon de mélodies pleines de subtilité et d’allant. Des mots qui racontent le temps qui passe, les moments de bonheur qu’il faut préserver avant qu’ils ne se dissolvent dans les airs. Des textes empreints d’une sourde mélancolie que les clowneries d’An entre les morceaux ne suffisent pas à lever. Les instruments se complètent à merveille pour distiller la tension, appuyer le tragique ; le cello, comme toujours, les cordes de la tristesse.

Ce soir l’atmosphère est plus délicate que l’an passé au Café de la Danse mais le groupe sait reprendre le chemin la route du rock et se lance dans un hommage posthume et énergique à Fred Chichin avec la reprise endiablée de C’est comme ça des Rita Mitssouko sur laquelle les guitares claquent et la belle se déchaîne. Retour à la douceur avec une autre reprise originale : Such a Shame des Talk Talk. Quelques nouvelles chansons sont présentées laissant présager un futur disque à la hauteur des précédents.

Ce soir est à l’heure du romantisme et de l’harmonie, qui s’en plaindra tant la voix et la personnalité d’An sont séduisantes et envoutantes ? Sa maison de production s’appelle « A gauche de la Lune », quel meilleur endroit pour inspirer cette musique spatiale : Jupiter looks good tonight/ But I fear to fall into the sky/ Let it be, for what it’s worth/ Let it bleed into a mild surprise/ I musn’t make you call/ We ain’t got a future/ That is all.

Et après ces moments d’émotion à l’état pur, An revêtue d’un sweet-shirt noir passé sur sa chevelure blonde en sueur dédicace son disque au chroniqueur, après l’avoir gratifié d’un joli dessin naïf sur la couverture de Mud Stories.

Interpol – 2007/11/21 – Paris le Zénith

INTERPOL
PARIS – Zénith – 2007-11-21
LRG

Interpol est de retour au Zénith après la sortie de leur dernier disque Our Live to Admire. C’est encore la grève générale à Paris mais le Zénith est plein à craquer.

Une première partie toute en douceur avec les Blonde Redhead et leur chanteuse aux traits asiatiques, vêtue comme une inuit du grand Nord, une voix à la Jane Birkin. Emmenée par un guitariste et un batteur elle susurre des mélopées obsédantes, cachée derrière de longs cheveux, tapotant sur ses claviers qui déroulent des notes répétitives. Un groupe à découvrir. Une demi-heure de warm-up qui nous pousse doucement vers le show des new-yorkais.

Les Interpol prennent possession de la scène, tous de noir vêtus, costumes-cravates de rigueur et entament Pioneer to the Falls. La couverture de leur dernier disque, un cerf attaqué par deux lions, est projetée derrière eux. C’est une des pièces du bestiaire qui remplit la pochette de leur album, comme unique commentaire, de même que les pages de leur site web.

La voix vertigineuse de Paul Banks nous emmène dans ses graves abyssaux. Grand blond aux yeux bleus, sa Gibson est aussi noire que sa musique. Musicien romantique, compositeur urbain, chanteur tragique, il ajoute cette note d’humanité désarmante à une musique glaciale.

Daniel Kessler, musicien essentiel du combo, mangé par ses larges guitares demi-caisses, esquisse ses pas de deux, mouvant comme une anguille, marquant ses riffs de mouvements saccadés de son corps agile.

Un claviériste de rencontre ajoute des couches harmoniques aux rythmes bruts des guitares et de la batterie.

La scène reste baignée par des éclairages bleutés sur lesquels se dessinent les silhouettes fantomatiques des boys à l’assaut de Paris. De petits écrans montés sur pilonnes se colorent parfois au gré des morceaux, des fulgurances oranges qui flashent au milieu de l’obscurité. Un brin de fantaisie picturale qui ne vient pas distraire le groupe appliqué à nous décliner ses compositions et une musique caverneuse, pas vraiment optimiste, d’ailleurs il y est souvent question d’amour et de femmes.

Ce concert fut superbe de dépouillement et de subtilité, de la musique fluide qui coule et nous revêt d’une gangue de nostalgie et d’émotion. Les Interpol nous quittent, toujours l’air de planer en dehors du temps, presque indifférents, après nous avoir associé à une véritable action de grâce.

BRMC – 2007/11/20 – Paris l’Elysée Montmartre

Du bon, du vrai, du pur Rock ‘n’ Roll avec les Black Rebel Motorcycle Club à l’Elysée Montmartre. Trois musiciens américains avec des gueules de Marlon Brando dans l’Equipée sauvage (d’où le nom du groupe), habillés de noir, silhouettes dégingandées et mystérieuses se dessinant en ombres chinoises sur des éclairages venant du fond de la scène, des guitares ayant traîné sur des scènes douteuses et enfumées. Le groupe démarre Berlin, sur fond de tenture décorée d’une immense tête de mort dont les tibias sont remplacés par des pistons. Ambiance…

Les riffs sont gras et appuyés, le son saturé rebondit sur les murs du club déjà surchauffé. Les deux guitaristes sur le devant de la scène sont du même modèle et alternent basse-guitare-chant. L’un le cheveu hirsute, l’autre la coupe de près, allumant des clopes entre les morceaux, pas un mot ni un sourire, juste la sueur et les cordes. Les morceaux durent à l’infini, les guitares torturées miaulent d’amour et de haine. C’est le rock de la route et des caves. Les musiciens sont tout entiers à leur tâche, ne lésinent sur rien, et surtout pas leur engagement, pour décliner cette musique rugueuse. Ils la joueraient de la même manière s’il n’y avait personne dans la fosse.

Toujours masqués derrière les spots à contre-jour ils laissent parler l’électricité brute. Robert Levon Been passera une partie du show debout sur un mur d’amplis, revêtu d’un cuir de motard et d’une capuche de banlieue. On devine à peine leurs traits sous le déluge sonique, mais là n’est pas le but de cette messe noire.

Dans la lignée des Brian Jonestown Massacre ou des Dandy Warhols, ils sont investis d’une mission sur terre, celle de délivrer le blues-rock qui hante leurs âmes alors ils promènent leur morgue et leurs guitares sur toutes les planches de la planète Rock.

Le set se termine sur Whatever Happened To My Rock’n’Roll (Punk Song) : I fell in love with the sweet sensation/ I gave my heart to a simple chord/ I gave my soul to a new religion (rock’n’roll)/ Whatever happened to you, rock’n’roll?/ Whatever happened to our rock’n’roll?/ Whatever happened to my rock’n’roll?

Ils reviennent ensuite pour un rappel de 40 mn et nous quittent, épuisés, nous laissant abasourdis par cette plongée de plus de 2 heures au cœur de l’authenticité de ce trio gagnant du rock américain.

Set list: Berlin, Weapon of Choice, Stop, All You Do Is Talk, Howl, 666 Conducer, Ain’t No Easy Way Spread Your Love, Red Eyes And Tears, Killing The Light, Mercy, Fault Line, Complicated Situation, Weight Of The World, As Sure As The Sun, American X, Six Barell Shotgun, Whatever Happened To My Rock’n’Roll (Punk Song)

Encore: Took Out A Loan, Us Government, The Shows About To Begin, Heart And Soul

Air – 2007/11/19 – Paris le Zénith

Air est à Paris et nous sommes au Zénith pour nous faire bercer une fois encore de cette musique électronique élégante et distinguée.

Deux excellentes surprises en warm-up avec les Ukulele Girls et Au Revoir Simone. Le premier groupe de quatre françaises jouant de l’ukulélé et susurrant des mélodies douces avec des sourires complices : original et mutin. Au Revoir Simone, encore des femmes, trois new-yorkaises sur claviers et rythmes électroniques avec voix éthérées et mélodies en mode mineur. L’audience est sous le charme et déjà dans les limbes où Air devrait la maintenir.

Le duo Air arrive ensuite, toujours vêtu de blanc, accompagné sur scène d’un redoutable batteur black en cravate blanche, d’un clavier et d’un guitariste supplémentaires. Ils nous délivrent une musique sans surprise mais toujours au summum de l’harmonie et de la subtilité. Quelle que soient les modes du moment, garage, crypto-punk ou autre, les Air Guys sont égaux à eux-mêmes dans la finesse ciselée leurs compositions. L’énergie de la scène les fait transcender leur dernière œuvre, Pocket Symphony. Nicolas Godin (d’une maigreur que ne cache pas sa barbe rousse) est plus souvent à la basse qu’à la guitare et se déchaîne sur la rythmique.

Le jeu de scène est plutôt modeste, le light show dépouillé. La musique est superbe et surannée, inutile mais délicieuse. Il n’en reste pas grand-chose à l’issue du show sinon le sentiment envoutant d’avoir été plongé dans un lagon rafraichissant aux couleurs enchanteresses, d’avoir plané bien au-dessus des contingences douloureuses de la ville, d’être devenu soudainement léger comme une plume poussée par la brise du soir sur un merveilleux paysage en vert et bleu. C’est aussi vain que de grimper l’Annapurna en plein hiver, mais qu’est-ce que c’est beau !

Air ne s’attarde pas plus de temps qu’il n’en faut avant de nous laisser nous écraser sur les encombrements d’un Paris en pleine grève. Air reviendra sûrement et tout aussi certainement nous retournerons partager avec eux ces purs moments de plénitude.

PJ Harvey – 2007/11/16 – Paris le Grand Rex

PJ Harvey passe à Paris après la sortie de son dernier disque White Chalk. Le concert est aussi dépouillé que l’album, l’artiste est habillée d’une longue robe noire façon geisha avec chaussures à talons très hauts. Piano, amplis, claviers et percussions forment un cercle autour du micro, couverts de guirlandes de Noël.

Pas de première partie et Polly Jean arrive sur scène. Elle donnera tout son show seule avec ses instruments. Elle attaque à la guitare électrique To Bring You My Love, Send His Love datant de 1995, que l’on avait vu jouer lors de son passage au Zénith en 2004 avec un groupe de rock au complet. C’est ce soir une version beaucoup plus intimiste où les accents rugueux de l’électricité contrebalancent la fragilité de ce one women show sur talons aiguilles.

Elle passe ensuite au piano à guirlandes pour démarrer les premières compositions de White Chalk qui s’enchaîneront avec beaucoup d’harmonie et de douceur, des histoires de rien, du sable crayeux qui vole des falaises de Dorset : Scratch my palms/ There’s blood on my hands, des rêveries mélancoliques face au plafond Something’s inside me/ Unborn and unblessed/ Disappears in the ether/ Human kindness.

PJ déclenche parfois une petite boîte à rythmes histoire de rappeler d’où elle vient. Et elle reprend ses guitares, appuie sur ses pédales pour déclencher l’adrénaline de l’électricité, mais ce soir tout n’est qu’équilibre sur le fil tendu d’une voix envoutante maintenue par le balancier de compositions fulgurantes. Qu’elle susurre comme Madame Butterfly attendant son capitaine où qu’elle s’acharne sur ses guitares telle Calamity Jane  sur ses armes, elle n’est que PJ Harvey dans son nouvel habit de musique, profonde, sereine, touchante et contrôlée. L’expression d’une artiste majeure qui délaisse les artifices au profit de la sincérité. Le résultat de cette mutation est extraordinaire.

Le rappel se termine sur un enchaînement à la guitare acoustique The Piano / The Desperate Kingdom of Love bouleversant devant un Rex au comble de l’émotion.

Elle revient pour un deuxième rappel plus ou moins imprévu avec Horses in my Dreams :

Horses in my dreams/ Like waves, like the sea/ On the tracks of a train/ Set myself free again/ I have pulled myself clear.

Set list: To Bring You My Love, Send His Love To Me, When Under Ether, The Devil, White Chalk, Mansize, Angelene, My Beautiful Leah, Nina In Ecstasy, Electric Light, Shame, Snake, Big Exit, Down By The Water, Grow Grow Grow, The Mountain, Silence

Encore: Rid Of Me, Water, The Piano, The Desperate Kingdom Of Love

Encore 2: Horses in my Dreams

Ultra Orange & Emmanuelle -2007/11/12 – Paris le Bataclan

Une très jolie découverte que le dernier disque d’Ultra Orange & Emmanuelle, remake inspiré du Velvet Underground que l’on a tant aimé. Ce soir concert un peu mondain : la mezzanine est réservée VIP et on voit dans la fosse des costards-cravates inhabituels en ce genre de circonstances. Emmanuelle Seigner, actrice, attire un peu de monde people pour un lancement sur sa nouvelle orbite de rockeuse.

Le warm up est mené de main de maître par les Mellino un duo guitariste-chanteur / chanteuse-percussionniste qui nous offre un set manouche avec une guitare d’une incroyable virtuosité et notamment une version gitane de Jumping Jack Flash d’anthologie, avec de guitare électrique joué par l’ingénieur du son devant sa console !

Le concert de UO&E démarre sur les accords obsédants de Rosemary’s Lullaby, BO de Rosemary Baby de Roman Polanski, ci-devant époux d’Emmanuelle qui déboule en veste mauve dans un océan de blondeur. Sa voix est un peu hésitante, elle n’est pas encore habituée aux planches du Rock. Ces balbutiements touchants la rapprochent de Nico que l’on croit revivre sur scène. Et puis elle pose ses cordes vocales au bon endroit et affirme sa propre présence sur cette musique profonde écrite par Pierre Emery, guitariste-compositeur du groupe. Gil Lesage la deuxième fille de la bande joue d’une guitare désossée où les cordes agissent directement sur l’électronique pour produire un larsen sans fin digne du solo de Fripp sur Heroes. La rythmique est là où on l’attend.

Leur récent disque (mars 2007) est joué intégralement avec des montées de tensions sur Touch My Shadow, Won’t Lovers Revolt Now Pierre laisse parler la poudre et harcèle sa guitare, les riffs claquent, Emmanuelle crie, se déhanche sauvagement :

Remember to forget me/ And don’t forget to remenber this:/ Nobody will touch my shadow.

Le Bataclan est aux anges, le groupe se fait plaisir et en rajoute avec une reprise de I’m Sick Of You d’Iggy qui alterne arpèges saccadées avec déchaînements soniques. Emmanuelle suit le mouvement.

Des moments d’intimité également, guitare acoustique sur tabouret, accords lancinants et voix cajoleuse : Simple Words, One Day (en rappel) où la subtilité des compositions de Pierre émeut des spectateurs conquis. Le show se termine sur un deuxième rappel et le célèbre tango de Piazzolla , I’ve Seen That Face Before, également popularisé par Grace Jones, et par ailleurs musique du premier film d’E : Frantic.

Le groupe se congratule devant le Bataclan qui tire son chapeau. UO&E une grande et joyeuse surprise, un amateurisme très éclairé doublé d’une vraie énergie qui rappelle la fraîcheur punk avec en bonus la richesse des compositions.

Joss Stone – 2007/11/04 – Paris le Grand Rex

Une plongée dans le monde de la soul music et de l’élégance, Joss Stone est à Paris.

Something Sally en première partie chauffe la salle avec une pop jazzy et chaude. La voix de Sally s’envole bien haut sur des rythmes doucereux et nous met de charmante humeur pour ce qui va suivre. Le groupe rencontre un succès d’estime bien mérité mais la princesse du jour s’appelle Joss et se fait un peu attendre au cours d’un long entracte.

La scène est parsemée de tapis persans qui délimitent les territoires des musiciens et choristes qui entre les premiers pour jour l’intro : deux claviéristes blancs, un saxophoniste et un trompettiste, blancs eux aussi, habillés en costumes bleu clair, trois choristes blacks, deux femmes et un homme aux coffres impressionnants, un batteur et un guitariste blacks, ce dernier à la mise Cotton Club impeccable, costume beige, cravate et gilet à rayures, cravate et borsalino assortis, diamants dans les oreilles et une allure de félin. Et Joss entre pour entamer Girls They Won’t Believe It, pieds nus sur son tapis, devant son micro décoré d’un tissu indianisant.

De cette diva de la soul on a déjà tout dit. Une voix anglaise de génie connue dès ses 16 ans. Elle a d’abord chanté la musique des autres. Elle a fasciné des géants qui l’ont invité sur scène : les Rolling Stones, James Brown, Stevie Wonder et d’autres. Alors après ses deux premiers disques comme interprète elle a décidé de composer. Le résultat est un joyau : Introducing Joss Stone qu’elle présente ce soir au public parisien.

Et quelle voix, mon Dieu quelle voix ! Elle roule des vibratos avec une sensualité à réveiller les morts, elle monte dans des aigus nasillards, elle joue de ses cordes vocales avec une incroyable agilité, on la croirait née entre les lignes d’une portée de l’union magique entre une clé de sol et une clé d’ut.

Elle se meut avec une immense grâce, sur le devant de la scène, sans faire d’ombre à ses musiciens qui tiennent le beat et l’enrobent de leur atmosphère rassurante et affectueuse pour la laisser s’exprimer de manière si divine.

Sur son tapis volant elle surfe les vagues de la soul, une musique riche et complexe, irriguée par l’âme noire. Et ce n’est pas le moindre des miracles de cette artiste, si blanche et tellement inspirée par des racines qui ne sont pas siennes !

Joss est habitée par la musique dont elle chante son amour dans Music, amenée par deux accords obsédants : Music/ Nothing in this world got me like you do baby/ I’d give up my soul/ If I couldn’t sing with you daily/ I’m not the only girl/ In love with you it’s crazy/ I appreciate your groove/ Now I know I owe everything to you.

Durant le rappel Joss effeuille un bouquet de roses qu’elle lance dans son public avec douceur et attention alors que les musiciens mélangent les notes de No Women No Cry à son final.

Devant cette jeune femme de vingt ans si musicienne, si fragile, si créative, si épanouie, si belle, on se sent peu de choses en se demande s’il est vraiment nécessaire de se lever le matin pour aller au bureau…

Setlist: Intro – Girls they won’t believe it – Tell me what we’re gonna do now – (Segue) – Super duper love – Bruised but not broken – Proper nice – L-O-V-E – Music – Put your hands on me – Fell in love with a boy – Baby baby baby – Bad habit – Headturner – You had me – Tell me’bout it —- Right to be wrong – No woman no cry

Buckley David, ‘David Bowie – Une étrange fascination’.

Sortie : 2004, Chez : . L’histoire musicale et artistique de ce géant de notre époque : ses influences, ses inspirations, sa façon d’apréhender l’Art qui l’entoure, ses habitudes de compositeurs, ses réflexes de musicien. Un livre passionnant qui détaille le processus créatif de ce rocker hors normes.

Brisa Roché : interview

Un vent folk nommé Brisa Roché

Après The Chase qui lui avait valu toutes les éloges, Brisa Roché, Californienne exilée à Paris, sort le 5 novembre un nouvel opus appelé Takes. Ce disque, chanté entièrement en anglais, clôt définitivement la parenthèse jazz ouverte par la jeune et jolie femme qui avait fait de Saint-Germain des Prés son terrain de scène en débarquant chez nous. Elle se recentre sur ses racines : du folk, teinté de psychédélisme, de country. Une voix toujours si particulière et des sons un peu rétros. Une somme de délicatesse. Elle répète sa tournée à Lille, au local de Marcel et son orchestre.

Que fais-tu à Lille, Brisa ?
« Je répète depuis mardi mon passage à l’émission live le Pont des artistes, qui sera enregistré mercredi et diffusé le 27 octobre sur France Inter. Je reviendrai ensuite préparer mon premier concert à La Maroquinerie à Paris, le 13 décembre. »

Cet album était prévu en mars, avec une date à la Cigale, à Paris. Pourquoi ce retard ?
« J’ai changé de maison de disques. J’étais chez EMI, et puis ça a complètement bougé là-bas. Tout a été bousculé, les équipes, les manières de travailler… Il n’y avait plus de place pour ce disque. Alors je suis partie. L’album va sortir chez Discograph. En plus, je suis en train de reformer le groupe.  »

Ce projet dépasse le simple cadre musical, il n’y a qu’à regarder la photo de l’album, très sensuelle…
« Je ne m’attendais pas à ce qu’on la remarque. Je trouvais au contraire que la pochette du premier disque (avec son seule visage) était beaucoup plus « pornographique ». Je ne l’ai jamais aimée. Là, je ne vois rien de sexuel. J’ai toujours été à l’aise avec le corps nu. Quand je travaille, quand je suis en pleine puissance de moi-même, je suis toujours nue ou à moitié nue. Je me sens moi-même, naturelle. Quant à ce genre de culotte, j’en ai plein. Je les porte en short, en maillot de bain… »

Cette photo peut faire penser à la première scène de Lost in translation avec Scarlett Johansson,  en culotte, debout sur le lit. Et puis il y ce côté Björk… Elle s’interroge.
« Scarlett Johansson ? Quelle scène ? Ah oui, ça me fait plaisir, mais je n’y ai pas pensé au moment de la séance photo. Björk ? Non, le regard n’est pas pareil… » Elle semble en avoir un peu assez de cette comparaison.
Et puis il y a les micros et les casques, qui t’habillent…
« C’est un signe fort. J’ai enregistré la maquette toute seule. Ça a changé ma vie d’être égal à égal avec des garçons qui me parlaient de logiciels que je ne maîtrisais pas. Là, même le mixage, je suis allée à New-York et j’y ai vraiment participé. »

Tu voulais que rien ne t’échappe ?
« Oui, j’ai été déçu par le premier disque, dont je ne suis pas très fière. Celui-ci, c’est moi. Il y aura d’ailleurs un artwork livré avec le disque, avec des photos, et j’espère publier une nouvelle. J’ai enregistré les maquettes seule, dans mon village de Californie, à six heures au nord de San Fransisco. La ville s’est arrêtée en 1969. On écoute toujours Hendrix, Janis Joplin, Jefferson Airplane, les Stones, Joni Mitchell ou du bluegrass, voire de la country, Arlo Guthrie ou Johnny Cash. Mon enfance a été baignée dans cette culture folk, hippies. Ce sont mes racines et ce disque a été influencé par cet endroit. »

Tu étais chez tes parents ?
« Non, dans une chambre du village. J’ai enregistré quarante morceaux en 18 jours. J’avais des textes, mes musiciens avaient composé des mélodies et moi aussi. Ça a été très intense, j’ai travaillé jour et nuit. J’avais pris l’habitude de composer à vélo, de m’arrêter et d’enregistrer avec mon petit enregistreur cassette. Mais pas là, je n’avais pas le temps. Je suis allée courir trois fois et j’ai fait une radio live, c’est tout. »

Pourquoi quarante morceaux, d’ailleurs autant que pour le premier ?
« Avec EMI, on avait prévu 20 morceaux en anglais et autant en français. Mais mes traductions n’étaient pas terribles…» Elle sourit.

Et donc sur ce disque, il n’y a plus de chanson en français…
« Non, il y en a bien trois qui ne sont pas sur le disque, dont un duo, mais je pense que je n’en ferai rien. »

Il n’y a plus non plus Seb Martel… (guitariste de M)
« Non,  j’aurais bien aimé, mais il est très occupé.»

Ni de jazz…
« Non, le jazz a correspondu à une période de ma vie, entre 24 et 29 ans (elle en a 33). Pour le moment, c’est fini pour moi le jazz. C’est une façon de vivre et j’ai trop de respect pour ça. Encore une fois, j’ai vraiment préféré me replonger dans mes racines. Ça sonne folk, et même un peu country sur «Whistle». »

Cette chanson reste vraiment en tête, c’est toi qui siffle ?
« Oui. Au début, on l’a fait tous ensemble. Mais ce n’était pas terrible. Alors je siffle seule. J’espère pouvoir faire siffler le public en concert. »

Tu répètes donc dans le local des Marcel.
« Oui, je ne les connais pas, mais j’ai vu leurs affiches, elles sont très drôles. Quant à Lille, ça me fait penser un peu à Amsterdam. Je n’ai pas eu le temps de visiter beaucoup car on répète toute la journée. Je suis juste allée courir une fois, au bord du canal (la Deûle). C’est pas que je sois très sportive, mais je suis gourmande, alors je compense. Ici, la nourriture est bien riche. En plus, on est allée manger chez les uns et les autres, surtout chez les parents de l’équipe d’A gauche de la Lune (son tourneur, basée à Lille). Je reviens de dimanche à mardi et peut-être un peu après pour préparer le premier concert du 13 décembre à la Maroquinerie, à Paris. »

Tu appréhendes ?
« Non, j’ai hâte. Je patiente depuis mars, il faut que ça sorte. Je ne me suis pas ennuyée pendant tout ce temps, mais dans ces moments, tu as tendance à rester chez toi, à ne pas aller dans les fêtes, puisque tu n’as rien de sorti, de chaud… »

Qu’on t’assimile au mouvement néo-folk, avec Devendra Banhart… te plaît ?
« Devendra Banhart, je l’ai juste croisé pendant la promo, rien de plus. Je me suis toujours senti un peu exclue des familles. J’ai grandi dans un milieu rural, un peu seule, un peu sauvage. Alors quand on m’assimile à ce mouvement, je dirais que socialement, ça me plairait d’être avec eux. Je pourrais faire partie de quelque chose. Après, musicalement, je me dis qu’à notre âge, on doit avoir eu plus ou moins les mêmes influences. Mais chacun fait des choses différentes. »

Tu sors un disque, tu as eu quelques difficultés avec ta maison de disque, comment tu vois l’avenir du marché?
Elle mime de se tailler les veines et de s’égorger. « Ça me donne envie de pleurer. Je vois mon avenir en tant qu’artiste encore plus précaire que prévu. On nous parle des tournées, mais moi, en tant que spectatrice, je ne me vois pas acheter quatre places de concerts par semaine. Pour l’instant, la technologie nous dépasse. Peut-être qu’une surprise, une solution va sauver tout le monde. Mais c’est l’inconnu. »

Propos recueillis par LAURENT DECOTTE.
Photos KARINE DELMAS

http://musique.blogs.lavoixdunord.fr/archive/2007/10/19/un-vent-folk-nomme-brisa.html

19.10.2007

McCullin Don, ‘Risques et Périls’.

Sortie : 2006, Chez : . La traduction française de l’autobiographie d’un grand photographe-journaliste de l’actualité guerrière de la deuxième moitié du XXème siècle. Il a tout vu, du Biafra au Liban, du Vietnam au Salvador. Il raconte ses pérégrinations et ses sentiments face aux horreurs de la planète, avec un œil engagé. Il a consacré sa vie à filmer et commenter la face la plus sombre de notre humanité. Il faut sans doute une bonne dose de sérénité pour survivre face à un tel amoncellement de souffrance et de barbarie. Il y a de la tristesse dans les mots et les images de McCullin, mais quel parcours passionnant !

Coe Jonathan, ‘La Maison du sommeil’.

Sortie : 1997, Chez : . Un roman complexe où se mêlent les histoires et les époques, les charlatans de la psychiatrie et l’amour qui pousse à la folie, l’innocence et les expériences, le rêve et les réalités. C’est une histoire passionnante où l’imagination foisonnante de Coe laisse sa place à l’imagination de ses lecteurs. On peut penser que la fin est heureuse.

Björk – 2007/08/26 – Paris Parc de Saint-Cloud

Björk en Seine – 2007/08/26 – Festival Rock en Seine Paris Parc de Saint-Cloud

C’est l’évènement culturel et musical de la rentrée : après deux prestations dans le Sud en début de semaine qui ont embrasé les arènes de Nîmes, Björk et sa troupe glacio-technoïde s’installent à Saint-Cloud pour le final de Rock en Seine. La composition fut époustouflante, à la hauteur des plus hautes attentes des 20 000 spectateurs qui se pressaient devant une scène bariolée de drapeaux aux couleurs fluo, dessinés d’animaux divers.

A 21h40, alors que la pression (physique) devenait difficile pour les premiers rangs et l’intensité (artistique) insoutenable pour les fans en haleine, les musiciens se mettent en place : une section de cuivres-choristes islandaise composée d’une dizaine de femmes habillées en bouteille d’Orangina, aux couleurs flamboyantes du dernier album Volta, chacune un fanion rouge au dessus de la tête, un claveciniste, un batteur ainsi que Mark Bell et Damian Taylor, préposés aux machines et à l’électronique (voir encadré sur la Reactable). Une voute laser strie le ciel depuis le fond de la scène et Björk apparaît sur les premières rythmiques numériques obsédantes de Innocence. Pieds nus, vêtue d’une robe de fée à dominante dorée (très légèrement inspirée de la tenue de clown triste de Bowie sur le clip Ashes to Ashes), le front maquillé d’or et des mèches blanches dans les cheveux, elle parcourt déjà la scène de ses pas décalés et légers, dans le froufroutement inaudible des plis de sa chasuble moirée. Les bras tendus sous les lasers déchirant la nuit elle nous invite à la suivre dans une plongée au cœur de ses mystères.

Les 20 000 spectateurs hypnotisés par ce prologue libérateur vibrent déjà lorsque résonne la rumeur sinistre de l’intro de Hunter (de son avant-dernier disque Homogenic) : I’m hunting/ I’m the hunter/ (but you just don’t know me). Oui, Björk chasse inlassablement la nouveauté armée de sa seule foisonnante créativité. Elle tend à la fusion de l’électronique avec la stridence de sa voix cristalline, en une exceptionnelle unicité temporelle, visuelle et auditive. Et pour mieux nous enrôler dans cette quête, Hunter se clos sur le jaillissement soudain des mains de l’artiste d’un filet synthétique jeté vers la foule en deux cônes inextricables. Telle une Spider-woman spirituelle elle nous capte dans les rets étroits de son univers étrange et poétique, que nous n’avons d’ailleurs aucune envie de quitter, petits poissons consentants pris au piège de la pieuvre dominatrice, nous nous laissons dévorer avec délice.

S’ensuivent Joga et le déchaînement électronique de Earth Intruders. C’est le cri du centre de la terre, là où tout n’est que magma brûlant et d’où s’élève en une colonne volcanique le cri de Björk : We are the earth intruders/ We are the paratroopers/ Stampede of sharpshooters/ Voodoo… Le public captivé écoute religieusement l’éruption musicale qui s’échappe de la scène en coulées numériques et suit les pas de funambule de sa créatrice, voletant d’un incendie à une incandescence, dodelinant de la tête et contrôlant l’énergie.

Puis viennent d’autres retours aux albums du passé avec I miss you, Army of me (terrifiant), Hyperballad, Hidden place, Pagan poetry, 5 years, Pluto. Qu’elle soit à coté du claveciniste pour une bouleversante ballade, aux pieds de ses choristes pour s’unir à elles où parcourant inlassablement la scène elle fait toujours preuve d’une incroyable présence, d’une fulgurante personnalité. Seul faille à ce contrôle total sur les évènements un léger tic qui lui fait jouer avec la langue avant ses phrases.

On la croirait descendue du carrosse de Cendrillon pour nous délivrer le message d’un monde dont elle seule a les clés, celui d’une musique complexe et d’une poétique troublante. Telle une réincarnation évanescente du Petit Prince sur sa planète, elle a planté son arbre dont les racines nous enserrent dans une féérie de modernité et de subtilité.

Derrière l’image idyllique et pure de ce petit lutin de l’électronique et de la modernité se cache en réalité une artiste accomplie, au sommet d’une inspiration qui synthétise tous les courants musicaux et visuels du monde d’aujourd’hui.

L’unique rappel se termine sur un Declare Independance qui fait parler la poudre ! Les rythmes électronique s’entrechoquent et se superposent sur les hurlements libérateurs d’une Björk qui fait reprendre son hymne à tout le Parc : Raise the flag/ Raise the flag (higher, higher) ! Les écrans vidéo de chaque coté de la scène s’emballent sur des prises de la Reactable et autres écrans tactiles musicaux, machines sonores étranges manipulées par des apprentis sorciers qui en extraient des sons bouillotants et des rythmes furieux. Sous une cathédrale débridée de lasers hallucinés, les bras en croix Björk marque le beat infernal de son refrain sous une pluie de cotillons argentés puis soudainement tout s’arrête, laissant les spectateurs subjugués, mais un peu frustrés…, seulement 90 mn, l’artiste ne fait pas d’heures supplémentaires, on en aurait voulu tellement plus !

Set list : 01. Brennið Þið Vitar, 02. Innocence, 03. Hunter, 04. Immature, 05. Jóga, 06. The Pleasure Is All Mine, 07. Hidden Place, 08. Pagan Poetry, 09. Anchor Song, 10. Earth Intruders, 11. Army Of Me, 12. I Miss You, 13. Mother Heroic, 14. Five Years, 15. Wanderlust, 16. Hyperballad, 17. Pluto
Rappel: 18. Oceania, 19. Declare Independence.

Un nouvel outil musical est utilisé lors de la tournée Volta : La Reactable. Il s’agit d’une table à musique électro-acoustique développée par l’Université Pompeu Fabra de Barcelone qui permet à plusieurs utilisateurs de déplacer des objets sur une surface translucide créant ainsi différents types de son interférant entre eux. Le but est de déplacer des blocs appelés tangibles sur la table ronde rétro-éclairée de différentes formes modulables en fonction de leur emplacement et de leur nombre sur la Reactable. En déplaçant et en actionnant ces tangibles, l’interaction de ces derniers créé une sorte de synthétiseur virtuel créant des rythmes musicaux et des effets sonores représentés sur la table par des cercles et des sinusoïdales. Il existe seulement deux reactables dans le monde et Björk est ainsi la première artiste à en faire un usage grand public pour les concerts de la tournée Volta. Aucun apprentissage particulier n’est nécessaire pour l’utiliser, c’est un instrument collaboratif et intuitif.

Boyle T.C., ‘Le Cercle des Initiés’.

Sortie : 2004, Chez : . L’arrivée de la sexologie dans l’Amérique des années 40/50 racontée de façon truculente par Boyle. On suit les pas d’un professeur qui, de conférence en conférence, initie ses auditoires à cette nouvelle science. Avec ses adjoints ils mettent en fiche les pratiques sexuelles de leurs concitoyens sans oublier de s’occuper au passage de leurs propres perversions.

Festival Rock en Seine – 2007/08/24>26 – Paris Parc de Saint-Cloud

Björk en Seine

C’est l’évènement culturel et musical de la rentrée : après deux prestations dans le Sud en début de semaine qui ont embrasé les arènes de Nîmes, Björk et sa troupe glacio-technoïde s’installent à Saint-Cloud pour le final de Rock en Seine. La composition fut époustouflante, à la hauteur des plus hautes attentes des 20 000 spectateurs qui se pressaient devant une scène bariolée de drapeaux aux couleurs fluo, dessinés d’animaux divers.

A 21h40, alors que la pression (physique) devenait difficile pour les premiers rangs et l’intensité (artistique) insoutenable pour les fans en haleine, les musiciens se mettent en place : une section de cuivres-choristes islandaise composée d’une dizaine de femmes habillées en bouteille d’Orangina, aux couleurs flamboyantes du dernier album Volta, chacune un fanion rouge au dessus de la tête, un claveciniste, un batteur ainsi que Mark Bell et Damian Taylor, préposés aux machines et à l’électronique (voir encadré sur la Reactable). Une voute laser strie le ciel depuis le fond de la scène et Björk apparaît sur les premières rythmiques numériques obsédantes de Innocence. Pieds nus, vêtue d’une robe de fée à dominante dorée (très légèrement inspirée de la tenue de clown triste de Bowie sur le clip Ashes to Ashes), le front maquillé d’or et des mèches blanches dans les cheveux, elle parcourt déjà la scène de ses pas décalés et légers, dans le froufroutement inaudible des plis de sa chasuble moirée. Les bras tendus sous les lasers déchirant la nuit elle nous invite à la suivre dans une plongée au cœur de ses mystères.

Les 20 000 spectateurs hypnotisés par ce prologue libérateur vibrent déjà lorsque résonne la rumeur sinistre de l’intro de Hunter (de son avant-dernier disque Homogenic) : I’m hunting/ I’m the hunter/ (but you just don’t know me). Oui, Björk chasse inlassablement la nouveauté armée de sa seule foisonnante créativité. Elle tend à la fusion de l’électronique avec la stridence de sa voix cristalline, en une exceptionnelle unicité temporelle, visuelle et auditive. Et pour mieux nous enrôler dans cette quête, Hunter se clos sur le jaillissement soudain des mains de l’artiste d’un filet synthétique jeté vers la foule en deux cônes inextricables. Telle une Spider-woman spirituelle elle nous capte dans les rets étroits de son univers étrange et poétique, que nous n’avons d’ailleurs aucune envie de quitter, petits poissons consentants pris au piège de la pieuvre dominatrice, nous nous laissons dévorer avec délice.

S’ensuivent Joga et le déchaînement électronique de Earth Intruders. C’est le cri du centre de la terre, là où tout n’est que magma brûlant et d’où s’élève en une colonne volcanique le cri de Björk : We are the earth intruders/ We are the paratroopers/ Stampede of sharpshooters/ Voodoo… Le public captivé écoute religieusement l’éruption musicale qui s’échappe de la scène en coulées numériques et suit les pas de funambule de sa créatrice, voletant d’un incendie à une incandescence, dodelinant de la tête et contrôlant l’énergie.

Puis viennent d’autres retours aux albums du passé avec I miss you, Army of me (terrifiant), Hyperballad, Hidden place, Pagan poetry, 5 years, Pluto. Qu’elle soit à coté du claveciniste pour une bouleversante ballade, aux pieds de ses choristes pour s’unir à elles où parcourant inlassablement la scène elle fait toujours preuve d’une incroyable présence, d’une fulgurante personnalité. Seul faille à ce contrôle total sur les évènements un léger tic qui lui fait jouer avec la langue avant ses phrases.

On la croirait descendue du carrosse de Cendrillon pour nous délivrer le message d’un monde dont elle seule a les clés, celui d’une musique complexe et d’une poétique troublante. Telle une réincarnation évanescente du Petit Prince sur sa planète, elle a planté son arbre dont les racines nous enserrent dans une féérie de modernité et de subtilité.

Derrière l’image idyllique et pure de ce petit lutin de l’électronique et de la modernité se cache en réalité une artiste accomplie, au sommet d’une inspiration qui synthétise tous les courants musicaux et visuels du monde d’aujourd’hui.

L’unique rappel se termine sur un Declare Independance qui fait parler la poudre ! Les rythmes électronique s’entrechoquent et se superposent sur les hurlements libérateurs d’une Björk qui fait reprendre son hymne à tout le Parc : Raise the flag/ Raise the flag (higher, higher) ! Les écrans vidéo de chaque coté de la scène s’emballent sur des prises de la Reactable et autres écrans tactiles musicaux, machines sonores étranges manipulées par des apprentis sorciers qui en extraient des sons bouillotants et des rythmes furieux. Sous une cathédrale débridée de lasers hallucinés, les bras en croix Björk marque le beat infernal de son refrain sous une pluie de cotillons argentés puis soudainement tout s’arrête, laissant les spectateurs subjugués, mais un peu frustrés…, seulement 90 mn, l’artiste ne fait pas d’heures supplémentaires, on en aurait voulu tellement plus !

Set list : 01. Brennið Þið Vitar, 02. Innocence, 03. Hunter, 04. Immature, 05. Jóga, 06. The Pleasure Is All Mine, 07. Hidden Place, 08. Pagan Poetry, 09. Anchor Song, 10. Earth Intruders, 11. Army Of Me, 12. I Miss You, 13. Mother Heroic, 14. Five Years, 15. Wanderlust, 16. Hyperballad, 17. Pluto

Rappel: 18. Oceania, 19. Declare Independence

Un nouvel outil musical est utilisé lors de la tournée Volta : La Reactable. Il s’agit d’une table à musique électro-acoustique développée par l’Université Pompeu Fabra de Barcelone qui permet à plusieurs utilisateurs de déplacer des objets sur une surface translucide créant ainsi différents types de son interférant entre eux. Le but est de déplacer des blocs appelés tangibles sur la table ronde rétro-éclairée de différentes formes modulables en fonction de leur emplacement et de leur nombre sur la Reactable. En déplaçant et en actionnant ces tangibles, l’interaction de ces derniers créé une sorte de synthétiseur virtuel créant des rythmes musicaux et des effets sonores représentés sur la table par des cercles et des sinusoïdales. Il existe seulement deux reactables dans le monde et Björk est ainsi la première artiste à en faire un usage grand public pour les concerts de la tournée Volta. Aucun apprentissage particulier n’est nécessaire pour l’utiliser, c’est un instrument collaboratif et intuitif.

Rock en Seine – les Autres

Une bonne, une excellente cuvée 2007 pour le festival Rock en Seine, rendez-vous rock parisien de la fin de l’été, étalé sur trois jours et trois scènes cette année, pour nous remettre d’un été maussade. La programmation toujours plus remarquable, mais que vont-ils trouver l’année prochaine pour faire mieux ! La technique et l’organisation excellentes. Le Paris rock a été comblé une nouvelle fois. Seule fausse note, Huchon, président de la région Isle de France et initiateur/organisateur du festival ne résiste pas et colle sa photo en première page du programme gratuit, encravaté, stylo-or au dessus du parapheur ministériel, embonpoint républicain ; il aurait au moins pu enfiler un T-shirt Rock en Seine, cela lui aurait donné un air plus détendu, plus rock ‘n’ roll que diable !!!

Warmup le vendredi, ambiance boueuse sur la grande scène du parc Saint-Cloud mais programme revigorant : Mogwai, une espèce de progrock instrumental, agréable avec ses longues envolées de guitares et ses voix vocodées ; The Shins et ses jolies mélodies pop-folk bien emmenées par un chanteur-compositeur-guitariste de talent ; The Hives un groupe de suédois complètement cinglés, punk-garage, lookés noir et blanc, auto-satisfaits et bruyants, virtuoses et sans complexe, qui déchaînent le parc ; et, et, et… Arcade Fire, de retour à Paris, puissant et prodigieux sous la presque pleine lune, bien qu’un peu moins nature qu’à l’Olympia en mars dernier. On est à la fois heureux de les voir en plein air où le volume et l’effervescence de leur musique s’exprime à profusion, mais un peu frustrés de devoir les partager avec 20 000 spectateurs. Et puis Régine était de mauvaise humeur ce soir, toujours à chigner pour un retour pas comme elle voulait, un réglage à fignoler, mais quelle musique, quel bonheur ! La set-list était sans grand changement, sauf l’absence regrettée de Poupée de cire Poupée de son (Régine était nerveuse nous l’avons dit). Tout le monde est rentré chez soi la joie au cœur et l’âme regonflée de toute l’énergie véhiculée par cette musique du nouveau monde.

Samedi le terrain a commencé à sécher et Pravda ouvre le bal sur la scène de la Cascade : duo parisien, une bassiste style grande liane brune aux yeux bleus, habillées d’un fourreau noir, qui chante et joue de la basse comme elle tirerait à la Kalatch, son alter égo à la guitare peroxydé à la Billy Idol, une musique basique et efficace style The Kill ; Calvin Harris, un groupe écossais électro-funk énergique ; CSS et ses 5 musiciennes brésiliennes, fraîches, détendues, buvant des bières, faisant les folles, tirant des fusées à cotillons, fringuées multicolore, déchaînées sur la scène, déployant un rock dance très nouveau monde, très… Brésil ! Tout le monde est tombé sous le charme, il parait que la ministre de la culture était dans le public. CSS veut dire Cansei De Ser Sexy (Fatiguées d’Etre Sexy) mais elles sont en pleine forme les furies paulistes ; et en final les Rita Mitsouko qui ont bluffé la scène de l’Industrie avec un show très pro, très mesuré, la gestuelle contrôlée de Catherine Ringer, toujours moitié clownesque moitié déjantée, parfaitement adaptée au traitement de la musique. Fred est calme à la guitare électro-acoustique, lunettes noires et costar rayé, look mafieux barbu. La set-list est complète. Les quadras frétillent, les plus jeunes s’ennuient. Les Rita se permettent même une excellente reprise de Red Sails de Bowie avant le final sur Marcia Baila, et un dernier salut à deux au public qui, s’il avait insisté un peu plus aurait peut-être obtenu un rappel même si non programmé officiellement.

Dimanche, tout est sec, les remugles des toilettes publiques se mêlent aux senteurs des merguez, les festivaliers se préparent au final. Kings of Leon  délivre sa gouaille sudiste en plein soleil, un climat de circonstance pour ce groupe qui évolue de façon très favorable : voix déchirée par le bourbon et les cigarettes, guitares claquantes ou grinçantes, la grande scène est transformée en une immense et joyeuse salle de saloon ; Faithless est beaucoup moins séduisant, un genre de sous Massiv Attack avec rythmes obsédants et synthés démodés, conduits par Rollo Amstrong la sœur de Dido. Un afro-européen sur le devant dévide son trip-hop chaloupé en maillot Puma pendant que les indo-européens derrière assurent la logistique. Pas inoubliables bien qu’entraînant. Et puis… Björk que certains présentent comme une attraction pour bobos alors qu’elle est devenue la fiancée de Paris en ce jour inoubliable.

L’emmerdeur patenté du concert rock

Alors que le show est commencé, il tente une percée vers le premier rang un gobelet de bière tenu en équilibre au-dessus de la tête.
L’emmerdeur patenté se déplace en bande, avec une ribambelle de cinq ou six crétins qui se tiennent par la main et poussent, poussent, poussent, quoiqu’il se passe devant eux. Ils marchent sur les pieds, renversent de la bière au passage sur les spectateurs déjà pressurisés telles des sardines dans leur boîte, empêchent l’environnement proche de profiter du concert.
Comme dans notre bas monde la mauvaise éducation et la goujaterie payent souvent très bien, l’emmerdeur patenté qui n’a pas fait le pied de grue trois heures durant pour tenir sa place dans les premiers rangs, obtient finalement le même résultat, sans l’attente…
Le pire est quand l’emmerdeur patenté se rend compte qu’il ne peut plus progresser et s’arrête juste sur vos pieds. Il faut alors le persuader de poursuivre sa poussée plus loin, au besoin à coups de pieds sournois, voire à coups de coudes vicieux. Mais l’emmerdeur patenté est tellement insupportable que l’on arrive à devenir très créatif pour le chasser.

Architecture In Helsinki – 2007/08/03 – Paris Arène de Montmartre

Concert Architecture in Helsinki en plein air aux arènes de Montmartre dans le cadre du festival Paris Quartier d’Eté. Il fait doux et calme sur les hauteurs de Paris. Les gradins de pierre des arènes sont pleins, une mini scène a été montée à leurs pieds. L’ambiance est festive. Paris Quartier d’Eté, toujours là où il faut !

Les Architecture débarquent à la nuit tombée : un groupe australien (comme ne l’indique pas son nom) bien déluré, une bande de jeunes créatifs et cool. Le leader chanteur/guitariste en bermuda/chemise à fleurs, le bassiste blanc grimé en bushman avec locks et barbe, une chanteuse bien en chair et en T-shirt aux motifs aborigènes, et trois autres musiciens. Tout ce petit monde déboule à l’instant du vol de Singapour pour se retrouver à Montmartre, légèrement décalé mais toujours plein d’énergie et d’enthousiasme, buvant des quantités industrielles de bière, s’échangeant les instruments au hasard des morceaux et nous délivrant une musique neuve et artisanale, pleine de cassures de rythmes, de vocalises improbables, agrémentée d’un coup de trombone à coulisse de temps en temps, de drums électroniques et de l’esprit des antipodes. Une espèce de Talking Heads descendu de l’Ayers Rock.

Après le rappel, les musiciens vendent leurs CD et des T-shirts en sirotant des bouteilles de Bordeaux au goulot. Histoire de confirmer l’essai, les Architecture seront de retour à Paris à la rentrée. A ne pas manquer.

Wolfe Tom, ‘Moi, Charlotte Simmons’.

Sortie : 2004, Chez : . L’arrivée dans une prestigieuse université américaine d’une brillante lycéenne d’un comté rural des Etats-Unis : elle y découvre un monde de superficialité où la « coolitude » prime sur le savoir, l’apparence sur la pensée. Elle s’y débat pour essayer de faire valoir le fond sur la forme, sans trop de succès. Comme à son habitude Wolfe décrit avec une infinie précision et beaucoup d’humour tous les travers de notre société moderne, toutes ces petites choses que l’on ressent sans savoir les décrire lorsqu’il faut déployer la dernière énergie pour paraître « beau et drôle » dans notre société du « show permanent ». Ce sont 1000 pages de cynisme, souvent hilarantes, sur la vision du monde sous l’œil acéré d’un grand écrivain de notre temps.