Quoi de neuf ?

Suzanne Vega – 2005/06/19 – Paris la Cigale

Suzanne Vega chanteuse new-yorkaise décalée, mi folk mi rock, nous déroule un show du plus extrême dépouillement, seule avec un bassiste, sur la scène intimiste de La Cigale. Fragile et délicate, elle nous enchante de ses compositions douces-amères depuis Solitude Standing sorti en 1987 et son célèbre Town’s Dinner, créé  a capella et repris en version dance sur rythmes syncopés.

A l’écart des chemins de violence qu’inspire généralement sa ville natale, elle fait dans la douceur. Chevelure rousse et yeux bleus, elle ne quitte pas sa guitare électro-acoustique dont elle joue, debout, avec naturel et allant. Une voix troublante, brumeuse, détachée du monde. Elle maîtrise cet ensemble à cordes à la perfection.

Suzanne poursuit un chemin solitaire pour son plaisir et le notre. Pas de nouveau disque récent, Songs in Red and Gray date de 2001, mais simplement le bonheur de jouer en public et de présenter sa poésie et ses mélodies, un peu de douceur dans un monde musical de chocs :

If language were liquid/ It would be rushing in/ Instead here we are/ In a silent more eloquent/ Than any word could ever be/ Words are too solid…

Le concert attendrissant d’une post-adolescente romantique suivant le fil de ses rêves, mettant à jour l’harmonie de la vie ordinaire. Comme la verseuse de lait de  Town’s Diner elle observe de derrière la vitre les passagers du vent. Et justement elle termine son set sur cette jolie contine :

Oh, this rain/ It will continue/ Throught the morning/ As I’m listening/ To the bells/ Of the cathedral/ I’m am thinking/ Of your voice…

 

Joe Jackson & Todd Rungren – 2005/06/15 – Paris le Bataclan

Joe Jackson est de retour, sans réelle nouveauté, mais juste pour le fun. Pour l’occasion, des sièges sont disposés sur le parterre du Bataclan et un piano à queue sur la scène. Joe apparaît seul, avec sa bouille de clown triste, vêtu d’une redingote mauve et nous rejoue son répertoire avec une virtuosité jamais démentie. L’air mutin, ingénu et so british, il nous replonge dans ces années 80 que nous avons tant aimées. Grand compositeur, grand mélodiste, grand pianiste, il s’amuse et nous réjouis de ce flashback pour Grand Piano. Mais on regrette un peu le temps du Joe Jackson Band où ces mêmes morceaux étaient joués avec l’énergie rock insufflée par une rythmique de légende.

Joe a emmené avec lui sur la route des salles européennes Todd Rungren, rocker et producteur américain, qui a marqué l’imaginaire contestataire états-unien. Les campus  pro-Vietnam démocratique ont résonné de ses chansons au hasard des manifestations anti-Nixon. Il nous en ressert quelques unes à la guitare électroacoustique, vêtu d’une veste bariolée digne des 70’s à San Francisco, évoquant sans doute peu de choses aux quadras parisiens venus fêter Joe Jackson.

Tout ce petit monde revient pour le rappel avec Ethan, quatuor à cordes déjanté ayant assuré la première partie, pour une dernière reprise jacksonienne et la clôture d’une soirée légère.

Lodge David, ‘Thérapie’.

Sortie : , Chez : . Scénariste à succès de sitcom télé, Lawrence affronte toutes les thérapeutes pour régler ses problèmes personnels : sa femme qui le quitte, ses cheveux qui tombent, son genou qui le fait souffrir, la bêtise du monde des médias qui le fait vivre. Rien ne se règle jusqu’à ce qu’il retrouve l’amour de ses quinze ans. Lodge toujours aussi drôle et caustique pour décrire les soit-disant maux qui nous accablent.

Dugain Marc, ‘La malédiction d’Edgar’.

Sortie : , Chez : . La bio romancée d’Edgar Hoover qui est resté patron du FBI durant près de 50 ans à force de manipulations, dossiers secrets, enquêtes illégales, pressions amicales, assassinats téléguidés, amitiés mafieuses, pratiques douteuses… Toute une vie consacrée à défendre l’Amérique du communisme, sous l’étendard glorieux de la morale WASP, et à cacher une homosexualité honteuse.

Djian Philippe, ‘Sainte-Bob’.

Sortie : , Chez : . En pleine agitation post divorce, un écrivain voit débarquer sa belle-mère chez lui dans le petit village où il habite, ainsi d’ailleurs que son ex entretemps remariée à un voisin ! S’en suit un jeu du chat et de la souris avec cette nouvelle-venue, attirance-répulsion, séduction-destruction, qui se terminera dans la luxure et le sang. Une fin à la Kill Bill. Djian toujours aussi subtil et hilarant dans son auto-description de looser créateur au grand coeur à qui finalement plein de choses réussissent.

The Musical Box – 2005/05/18 – Paris l’Olympia

Un grand frisson ce soir lorsque Musical Box, groupe canadien a entamé sur la scène de l’Olympia, trente ans plus tard, l’histoire démoniaque de Rael : And the lambbbbb… lies down… on Broooooadway et nous revivons l’époque fulgurante du Genesis de nos 20 ans.

Dernier opéra de l’époque Genesis de Peter Gabriel, The Lamb Lies Down on Brodway a marqué l’ultime création de ce quintet britannique, héraut du rock progressiste qui a force d’imagination foisonnante et de créativité débordante a uni sur scène rock et théâtre en une synthèse musicale et lyrique exceptionnelle, marquant toute une génération dont les représentants, aujourd’hui quasi-quinqua, se bousculent dans le music-hall parisien pour y découvrir, ébahis, la re-création en l’état de cet opéra rock de 1974. Le décor, la mise en scène, le son, les projections de diapositives, les instruments, les masques et costumes, jusqu’au mimiques des musiciens grimés avec perruques pour singer leurs modèles dans une troublante similitude, tout est conforme à l’original, à commencer bien sûr par le chanteur, physiquement le portrait de Gabriel, qui chante avec la même voix légèrement éraillée, en reprenant sa gestuelle saccadée.

Les ingénieurs du son ont restitué les « Enossification » bricolées à l’origine par un Brian Eno en délicatesse avec Roxy Music, et toutes les ficelles techniques mises en œuvre à l’époque pour créer ce son si particulier de The Lamb…

Alors avec quel plaisir nous nous sommes laissés glisser une nouvelle fois sur les pas de Rael. Mon voisin qui était déjà au show d’hier en tremble de joie et moi, je ne boude pas mon plaisir, en revisitant ce disque si passionnément vénéré.

And the lamb lies down on Broadway,/ Early morning Manhattan/ Ocean winds blow on land…./ They say the lights are always bright on Broadway./ They say there’s always magic in the air. Sorti d’un midnight show Rael bondit sur le pavé de New York au petit matin, sous les assauts du vent venant d’un ciel bas et noir, croise Lenny Bruce et Howard Hugues aux coins des blocks. Rael court dans un monde irréel où les murs s’éloignent à mesure qu’il les atteint, la poussière l’enveloppe, il ne voit plus, ne sent plus et la seule chose qu’il entend encore est l’eau qui s’écoule, alors il s’endort. Puis se réveille dans une cage de stalactites et stalagmites où il reconnaît son frère John, une larme de sang coulant sur ses joues, il l’appelle au secours mais John disparaît. Prisonnier d’une cellule sur Brooklyn The only sound is water drops Rael hurle pour sortir de cette cave/cage insensée, garder son self-control pour survivre dans son âme, distorsion/obsession et l’orgue décline sa folie sur In The Cage quand dans un effort surhumain Rael s’expulse de sa prison pour se retrouver dans la chambre aux 32 portes dont une seule s’ouvre sur la sortie. Une vieille femme aveugle se propose de le guider et malgré son interrogation What’s the use of a guide if you got nowhere to go? Il suit Lilywhite Lilith dans un tunnel d’obscurité vers la lumière tout en frôlant son héros Death au hasard des roches froides qui forment ce tunnel. Il se retrouve dans une piscine naturelle d’eau rose où nagent des créatures reptiliennes à têtes de femmes, The Lamia of the pool, qui l’invitent à goûter la douceur de l’eau. Elles sont si belles que Rael cède à leur invite et entre dans l’eau. Les Lamia envoûtantes le caressent puis commencent à le grignoter. Mais à peine ont-elles croqué quelques bouchées de Rael qu’elles meurent en criant We all have loved you Rael. Alors, voyant flotter les corps des Lamia sur l’eau, il les dévore à son tour pour retrouver son intégrité corporelle. Il ressort par la porte par laquelle il est entré et se retrouve dans un ghetto dont les membres à l’allure monstrueuse sont tous issus de la même tragédie romantique vécue avec les Lamia qui se régénèrent après chaque aventure. Ces monstres sont condamnés à satisfaire l’appétit sans fin de leurs sens, hérité de la tragédie des Lamia. Et Rael y reconnaît son frère John. Une seule voie de salut, le Doktor Dyper qui reçoit Rael et John, et leur propose comme unique remède : la castration, Dock the Dick! Mais comme le résultat de l’opération était placé dans un tube jaune, soudain, un corbeau noir surgit de nulle part s’empare du précieux chargement et s’envole au loin. Rael hurle à l’aide mais son frère l’abandonne une nouvelle fois alors qu’il s’enfuit à la poursuite du mystérieux corbeau noir pour finalement apercevoir à la sortie d’un sombre tunnel l’oiseau fatal jeter le tube dans l’eau bouillonnante d’un rapide. Il court le long de la gorge du fleuve en furie, regarde par une fenêtre qui s’ouvre sur le ciel et y reconnaît les rues de chez lui, Is this the way out from the endless scene?/ Or just an entrance to another dream?/ And the Light dies down on Broadway, puis entendant un cri de détresse, reconnaît Brother John se débattant plus bas dans le flots. Rael doit choisir entre la fenêtre sur la liberté et son frère qui se meurt. Alors il plonge secourir John. Après l’avoir sorti des rapides et reposé sur la rive, il regarde son visage et y reconnaît sa propre face !

Et au crépuscule de cette odyssée fantastique narrée avec la puissance musicale de Genesis et la folie des mots de Gabriel, son sosie réapparaît sur scène vêtu d’un improbable vêtement de martien boursouflé. Il se gonfle des bourses monstrueuses à l’air comprimé avant d’entamer l’hymne final It dédié à la puissance du sexe sur un emballement mélodique ultime It is here, it is now/ It is Real, it is Rael.

En rappel, The Musical Box jouera le titre éponyme The Musical Box extrait d’un autre monument des Genesis : Nursery Crime et nous laissera pantois, redescendre doucement des nuages psychadélo-progressistes sur lesquels ces mélodies nous ont ramenés. C’est la musique d’une époque dont l’incroyable créativité a traversé les années sans trop de rides.

Interpol – 2005/04/21 – Paris le Zénith

Interpol est de retour à Paris, au Zénith, après un concert à l’Elysée Montmartre en novembre, raccourci pour cause de malaise du batteur. Le quatuor new-yorkais fait salle comble, et le mérite après la sortie de son remarquable deuxième disque : Antics.

L’ambiance sur scène est crépusculaire, à l’image de la musique, les éclairages venant de derrière le groupe font baigner celui-ci dans une lumière en contre-jour dans laquelle les musiciens se déplacent comme des fantômes. A chaque intermède la salle est replongée dans une obscurité totale où l’on sent que ces quatre là aiment se ressourcer. Bien habillés, ils jouent avec application une musique sombre et urbaine.

Paul Banks, chanteur/guitariste reste collé derrière son micro pour scander ses textes d’une voix sépulcrale. Daniel Kessler, fondateur du groupe, superbe guitariste amène sa touche de légèreté dans cette atmosphère blafarde ; il danse et bouge connecté sur l’infini. La rythmique est obsédante, menée par le bassiste Carlos Denger, tout de noir vêtu, grimé en Nosferatu filiforme

La pureté du son, les arpèges mineurs, les rythmes puissants, nous délivrent une ambiance poignante. On sent des influences post-punk : Joy Division, The Cure, Echo & The Bunnymen… Ce groupe nous emmène voyager au fil d’un Temps qui n’est pas toujours celui qu’on espère : Time is a like broken watch/And make money like Fred Astaire/…/We sail today/Tears are drowning in the wake of your life/There’s nothing like this built today/You’ll never see a finer ship in your life (Take you on a Cruise).

Interpol, un groupe abouti et sincère qui évite le macabre gothique et transforme en musique de qualité sa vision de la vie, sombre mais créatrice.

Mark Knopfler – 2005/04/19 – Paris Bercy

Mark Knopfler est à Bercy pour un concert complet, multi générations où tout le monde se presse sans doute plus pour revoir l’ex-héros des Dire Straits que le récent compositeur de ballades solos. Il présente son 4ème disque solo Shangri-La. Ecrit et enregistré en Californie, il en restitue la mollesse langoureuse et surannée des feux de bois au coucher de soleil sur une plage du Pacifique…

Le groupe est accompagné de deux claviéristes et de l’ancien batteur de Dire Straits, dont les reprises égrènent ce concert. Knopfler nous insuffle alors un peu de son énergie d’antan lorsqu’il assure les guitares de Sultan of Swing mais ces tubes éculés ont tout de même passablement vieilli ! Et lorsqu’il s’assoit sur une chaise pour jouer ses dernières compositions bluesy, on se verrait mieux au New Morning plutôt qu’à Bercy, temple peu propice aux manifestations d’intimisme.

Knopfler n’en reste pas moins un guitariste d’exception, au toucher si particulier ; un chanteur remarquable à la voix grave et l’articulation si personnelle, reconnaissable entre mille. Ces remarquables qualités furent exprimées ce soir dans une salle qui ne correspond plus à l’atmosphère musicale d’une inspiration, par ailleurs en petite forme.

Lou Reed – 2005/04/18 – Paris le Grand Rex

Hey Lou ! Te revoilà à Paris, vieux Frère. On s’y est croisé souvent tout au long de ma carrière d’homme normal que tu as ponctuée de mots exceptionnels. Te revoilà avec un groupe intense et une violoncelliste aux longs cheveux.

Tu as l’air de bien te porter Lou. Tes rides se creusent et accentuent ta morgue apparente mais tu continues à écrire des choses si bouleversantes. Tu pourrais changer de tailleur mais tu t’en fous, et puis ce n’est pas grave puisque tu caches tout ce fatras derrière les guitares auxquelles tu t’accroches depuis 35 ans.

Hey Lou ! Tu n’imagines pas combien ta musique a ponctué ma route. A la différence de Jenny dans Rock ’n’ Roll je n’ai pas découvert le rock sur une station de New York mais à l’écoute du Velvet Underground. Je n’avais que 10 ans quand le premier VU est sorti mais j’ai rattrapé mon retard et il a meublé mes tourments post-adolescents. Pale blue Eyes et Femme Fatale ont accompagné mes nuits nostalgiques à l’inspiration stérile. Je n’ai pas su écrire I’ll be your Mirror/ …Let me be your eyes/ A hand to your darkness/ So you won’t be afraid, et je n’avais personne à qui l’offrir, alors j’ai écouté Nico chanter ces vers en boucle pendant les heures sombres.

Tu as quitté ensuite tout ce beau monde : Andy, John Cale, Nico, pour t’enfoncer vers la mort et sortir Rock’n Roll Animal. A l’époque on pensait que tu ne passerais pas l’hiver. Ah, ce disque de légende ! Quelle fulgurance, quelle référence ! Les solos de Steve Hunter ont marqué à jamais les déambulations de Jack et Sweet Jane. Ce microsillon à la couverture si obscure m’a suivi tellement longtemps que je n’ai pas encore osé racheter le CD. Mais je vais bientôt le faire Lou car c’est une pièce essentielle de notre passé.

Mon histoire, elle a aussi été jalonnée par Transformer, Berlin et Coney Island baby. Ces trois joyaux ils sont avec moi pour toujours. J’ai marché des heures dans les rues New York, guettant ton ombre, en écoutant She’s my Best Friend sur mon walkman. Et lorsque j’étais épuisé, j’allais griller des cigarettes au bar du Chelsea Hotel à la recherche des Chelsea Girls disparues pour toujours.

Tu sais Lou, Perfect Day, c’est devenu la référence du bonheur dans mon univers. Chaque fois que je passe au Jardin des Plantes je vais pour Feed the animals in the zoo/ And then later a movie too and then home/ …Just a perfect day !

Alors, ce soir au Grand Rex, Lou, je me suis souvenu de tout ça. Lorsque tu nous a dit que Vanishing Act était la chanson préférée de ton dernier disque, j’ai écouté religieusement It must be nice to disappear/ To have a vanishing act/ To always looking forward/ And never looking back et j’ai pensé que tout allait bien mieux, pour tout le monde, que lorsque tu ânonnais I’m gonna try to nullify my life sur Heroin il y trente ans !

Et ce soir, Lou, tu nous a joué beaucoup de récentes compositions pour rappeler à ceux qui l’aurait oublié que tu continues à créer avec autant de d’excitation que par le passé : Guardian Angel (…who often saved my life), Halloween Parade, Mad, Ecstasy, et bien d’autres interprétées avec cette voix chevrotante mais assurée qui débite les poèmes de notre urbanité sclérosante, les vers inspirés par New York et le coté sombre de sa force, car toujours tu reviens sur la rue de New York où les déchets cohabitent avec la plus incroyable créativité. Sur ce tas de fumier, Lou, toi et les tiens, vous avez déposé les diamants désespérés de la culture de notre XX° siècle et c’est inoubliable.

Hey Lou ! Tu es revenu une dernière fois ce soir pour nous servir Perfect Day. Ah le cello Lou, ce cello déhirant est venu comme une larme salée, coulant sur une fontaine de glace. Just a Perfect Day !

Merci Lou, tu es un mythe vivant maintenant. Je serai là pour la prochaine et en attendant nous continuons derrière toi à marcher sur le coté sauvage de la Route.

Willy DeVille -2005/04/17 – Paris le Bataclan

Willy DeVille toujours fidèle à la France s’arrête un soir au bataclan. Il arrive claudiquant sur une canne noire à pommeau d’argent, habillé d’un costume en daim noir de desperado mexicain, chemise blanche à jabot et longue chevelure indienne retenue par une broche. Comme lui, les membres du groupe sont assis sur des tabourets, y compris deux pulpeuses choristes noires. Pas farouche, affichant une américanité rebelle, il nous régale de ses rythmes hispanisants et brûlants, allumant des Marlboro et décapsulant des canettes de bière à la chaîne.

L’actualité est son dernier disque Crow Jane Alley. Mais il nous rappelle aussi à ses anciennes compositions. Le style est inchangé, définitivement mixé peau blanche/peau rouge ! L’inspiration est latinos.

De son accent du Sud traînant il nous fait voyager au cœur de l’été moite et torride de la Louisiane. Avec lui, on se retrouve sous les arcades d’une rue dans la nuit de la Nouvelle Orléans, John Lee Hooker jouant du blues dans l’arrière salle, à regarder passer des filles fières dans la fumée s’échappant négligemment d’un fume-cigarette She got style, she got taste/ She’s got long long legs/ She got savoir faire. Il a la voix rocailleuse et puissante des flots boueux du Mississippi charriant des crues gigantesques. Il a le ton nasillard et aussi aigu que son profil aux joues creuses, taillé à la serpe. Son jeu de guitare est un plaisir lorsqu’il surenchérit sur le guitariste du groupe. Ces deux là s’amusent avec un brio de vieux professionnels, une facilité de complices de la première heure.

Ses textes nous parlent de femmes She got flamme in her blood, fire on her breath, du Sud et de son Bacon fat, mais aussi parfois de la nostalgie des amours perdus et de l’histoire trouble d’une Spanish Stroll.

Le concert est ponctué de reprises tirées de son monde musical, tellement bien arrangées à l’aune de son inspiration personnelle et qu’on les dirait composées par lui. On y trouve de vieux classiques du blues mais aussi le Slave to Love de Bryan Ferry, et bien sûr Hey Joe de Billy Roberts popularisé par Jimmy Hendrix joué en rappel :

Hey Joe, I heard that you shot your woman down/ Yes I did, ‘cos I caught her messin ’round/ Well I’m going down South/ Way down to Mexico/ Where there ain’t no hangman/ Gonna put no noose around me.

Et Willy est reparti en faisant tournoyer sa canne et justifiant une fois encore la joyeuse fidélité que lui vouent ses fans parisiens.

Eno Brian, ‘Une année aux appendices gonflés’.

Sortie : , Chez : . Le journal de l’année 1995, rédigé par l’un des concepteurs de la scène musicale moderne. Eno nous fait partager au jour le jour la vie d’un producteur (Bowie, U2,…) engagé dans la réflexion sur l’art, la culture (« tout ce que nous ne sommes pas obligés de faire ») et la musique au dessus de tout. On y partage également son engagement humanitaire en faveur de l’ex-Yougoslavie, en plein déchirement à l’époque.

Soulwax – 2005/02/21 – Paris l’Elysée Montmartre

SoulWax est de retour à Paris après sa prestation au Festival des Inrock, avortée pour cause de couvre feu. Ils sont précédés d’une honorable première partie : Whitey qui sonne dur et hargneux.

Fondé par les frères Dewaele, les SoulWax, groupe de cinq musiciens belges, vedettes de la soirée, arrivent ensuite, tous de noir vêtus, sur fond de décor crypto-ska (à moins d’une réminiscence de Parallel Lines de Blondie ?), lignes noires et blanches verticales.

Guitares et machines synthétiseurs composent la base de cette musique de DJs qui mixe le rock et l’électro. Le son est fort et les rythmes brutaux. Le chanteur dégoise dans un micro à l’ancienne, style Elvis. Désertant par moment leurs guitares et micros cette équipée sauvage de musiciens déjantés se penche sur ses ordinateurs, tournant boutons et agitant curseurs, nous délivrant du Kraftwerk revisité transe.

Avec les Radio4 et autres The Killers, cette nouvelle vague de gamins fringants et pressés reviennent à une punk attitude modernisée du meilleur effet. A suivre de près.

Radio 4 – 2005/02/16 – Paris le Trabendo

Une petite foule passionnée d’habitués se presse ce soir au Trabendo pour de nouvelles découvertes rock. La programmation de cette annexe du Zénith se fait pointue pour le plus grand bonheur des parisiens qui assistent dans une ambiance bar-boîte à la présentation des groupes de demain.

Nadj démarre le show par une demi-heure rafraîchissante. Une jeune néo-punkette grenobloise emmène un trio de choc qui ne mesure pas son énergie pour nous servir de courts morceaux plaqués de riffs vengeurs. C’est carré, charmeur et concis. Trois musiciens de circonstance se font plaisir en nous présentant leur création et en rêvant de gloire future. Je laisse 10 euros au comptoir pour repartir avec le disque de Nadj

Les cinq new-yorkais de Radio4 prennent la suite. Proprets, ils cachent bien leur jeu lorsque démarrent la lourde bass du chanteur-leader qui nous révèle un musique urbaine et saccadée. Un percussionniste placé sur le devant de la scène enrichit la classique batterie d’une touche exotique tirant parfois sur l’hystérique. Un guitariste funky sur le fil du rasoir assène des riffs électriques, grimaçants et coupants. Un clavier joue les utilités en trifouillant dans des machines au son techno. C’est une réincarnation des Talking Heads, moderne et attirante comme la formation de leurs glorieux aînés, peut-être pas encore aussi machiavélique.

La musique file à toute allure sur les rails d’une dance-punk originale et évidente. La salle s’en donne à cœur joie et goûte une félicité sans partage. Après un premier rappel, les musiciens, cédant aux hourras, reviennent sans instrument pour expliquer qu’ils ont joué toutes les chansons qu’ils connaissaient. On ne aurait bien réécouté une ou deux. Rideau !

Etxebarria Lucia, ‘Amour, Prozac et autres curiosités’.

Sortie : , Chez : . Biographe de Courntey Love, Etxebarria nous raconte la vie déjantée de trois sœurs madrilènes, l’une accrochée à Joy Division et à l’ecstasy, la deuxième au Prozac et la troisième à sa carrière. C’est une chronique désopilante et troublante des malheurs ordinaires de nos vies sans relief. On y trouve tous les ingrédients du désastre : le sexe lâche, la drogue illusoire, le père disparu, la mère envahissante, le travail sans création ; bref, la vie sans passion dans un quotidien sans enjeu.

Harrison Jim, ‘En Marge’.

Sortie : , Chez : . Harrison revient sur le parcours qui l’a fait un des écrivains importants du XX° siècle. Bien sûr il y est question de la nature sauvage du Michigan nord, de chasse, de pêche, de bouffe et, toujours, d’écriture et de poésie qui sont la trame du livre et de la vie de son auteur. Un destin pensé pour et orienté vers la création littéraire, qui a produit parmi les oeuvres majeures de la littérature américaine. De l’université à Hollywwod, du Nebraska à la Bourgogne, Harrison absorbe tout ce qui passe à sa portée et le restitue dans l’écriture. Il pêche son matériau dans les eaux profondes de l’humanité et ce qu’il ferre n’est pas toujours réjouissant mais c’est ce qui a forgé Dalva et Sur La Route Du Retour alors on en redemande.

Kasabian – 2005/01/27 – Paris le Trabendo

Kasabian, le groupe dont on parle est en tournée à Paris. C’est le Trabendo qui accueille cette joyeuse bande de va-nu-pieds de 25 ans, chevelus et barbus, à l’humour crypto lycéen : Kasabian est le nom de la petite amie de Charles Manson…

Dans cette petite salle au plafond bas plane l’atmosphère garage rock qui sied excellemment à ce groupe vainqueur assurant ici la promotion de son premier et unique disque. A la découverte du rock nouveau, on se prend à se souvenir de la Factory si créatrice sous l’ombre tutélaire d’Andy.

La musique de Kasabian est tendue, servie par un light show stroboscopique ajoutant à l’urgence de ce rock. La rythmique prééminente emmène l’ensemble dans une logique résolument moderne, pleine de joyeuse énergie. Les musiciens se relaient aux claviers pour produire quelques arabesques sonores synthétisantes qui viennent briser l’axe évident suivis par les guitares.

La voix grave du chanteur-compositeur Sergio Pizzorno déclenche l’hystérie de jeunes girls qui grimpent sur la scène pour déposer de bruyants smack sur ses joues mal rasées, débordant les body-guards qui ne savent plus où donner de la tête.

Puisqu’il est de bon ton de faire référence à Primal Scream, n’hésitons pas à confirmer. Avec Kasabian, Radio4, The Strokes et quelques autres, c’est le rock du 21ème siècle qui balbutie pour trouver ses marques. Rien de fondamental mais simplement des gamins de notre temps, avides de musique, qui nous développent une vitalité audacieuse et enthousiasmante.

Rouaud Jean, ‘Les Champs d’Honneur’.

Sortie : , Chez : . Un livre étonnant sur la mort des proches de l’auteur qui publie un premier roman d’une grande maturité. La Mémoire est investie dans ses moindres détails par un narrateur à la précision balzacienne. On y retrouve les habitudes de famille, les petites querelles et les grandes valeurs, les paysages trempés de la Loire inférieure et les tranchées tragiques de la Grande guerre. Au gré de ces brumes et de ces souffrances, on plonge au coeur de l’enchevêtrement des personnalités qui font notre Société. Ceux qui restent poursuivent l’Histoire !

Beigbeder Frédéric, ‘Windows on the World’.

Sortie : , Chez : . Les dernières minutes de visiteurs du dernier étage du World Trade Center entre le crash des jets et l’effondrement des tours. Beigbeder, incorrigible, en profite largement pour parler de lui et de ses angoisses « existentielles » d’ancien pubeur cocaïné. Malgré ces dérapages égocentriques, c’est enlevé dans le tragique, percutant dans le style, déprimant dans la narration de cet événement fondateur de la décadence de notre Monde.