Quoi de neuf ?

Morcheeba – 2010/10/11 – Paris le Bataclan

Concert vanille, musique chair de poule, rythmes chaloupés : Morcheeba, ressuscité avec le retour de sa chanteuse fétiche Sye Edwards, a ébloui le Bataclan. Ce soir il n’était plus question de grève ou de retraite à 60 ans mais de vie éternelle à la lumière du romantisme soul des Morcheeba !

Skye est revenue après huit années d’absence insuffler un charme à couper le souffle à la formation britannique. Elégante comme une Sade trip-hop, vêtue d’une de mousseline rouge avec une longue traîne finement attachée à ses poignets, elle en joue devant un ventilateur lorsqu’elle chante et se transforme en princesse du désert, en ondine des sables.

Des frères Godfrey, créateurs du groupe, il ne reste que Ross aux guitares (mais Paul cosigne toujours les morceaux et figure sur la pochette). On dirait le marchand de journaux du coin de la rue, sous barbe et embonpoint, mais que l’on ne s’y trompe pas, c’est un guitariste d’exception et un mélodiste hors pair. Il jongle avec le manche de ses guitares avec virtuosité et à propos, heureux, comme le reste du groupe, d’offrir pour Skye l’écrin brillant où poser sa voix d’émeraude.

Toute à ses vocalises et effets de mousseline, Skye fait sérieusement monter la température dans le public. Elle est troublante et joue avec habilité de son charme surnaturel. Elle chante avec un naturel désarmant et un talent qui semble inné. Elle est belle, puissante, libérée, elle développe une voix chaude, douce et violente, sur les saccades du trip-hop ou les mélopées du blues. On avait aimé Manda dans la formation 2008 mais Skye ajoute ici son âme black ce qui, pour chanter le blues, révèle d’insoupçonnés trésors de sensibilité.

Ross délivre quelques solos de guitare redoutables et occupe le devant de la scène avec sa chanteuse. Il partage largement avec elle le succès d’estime et l’applaudimètre des spectateurs esbaudis par tant de talent.

Entre les chansons, Skye papote beaucoup, partage son bonheur d’être sur scène, le shopping qu’elle a fait à Paris et, humant des vapeurs de marijuana, déclame que par décret des Morcheeba l’herbe est autorisée pour leurs concerts…

Pour le rappel, le thermomètre et le taux d’humidité sont au plus haut, Skye oriente son ventilo vers le public et entame I Am The Spring avec Ross seul à la guitare folk : I am the spring/ Love is blossoming/ You take the fall/ And sacrifice/ I’ll cheer you u/. Fill your empty cup/ A weekend song/ On summer skies.

Le concert est un triomphe. Un deuxième est prévu demain soir, déjà complet bien entendu.

Set list : The Sea/ Friction/ Otherwise/ Never an Easy Way/ Even Though/ Part of the Process/ Blood Like Lemonade/ Slow Down/ Crimson/ Trigger Hippy/ Beat of the Drum/ Blindfold

Encore : I Am The Spring/ Over & Over/ Be Yourself/ Rome Wasn’t Built In A Day

Lanzmann Claude, ‘Le lièvre de Patagonie’.

Sortie : 2009, Chez : Folio 5113. Un livre exceptionnel, l’autobiographie de Claude Lanzmann : le récit de l’incroyable destin d’un homme d’action et de conviction. Résistant contre les nazis au lycée, philosophe, intellectuel un temps proche du parti communiste, compagnon de route de Sartre, compagnon de cœur (et de pensée) de Simone de Beauvoir, défenseur d’Israël contre vents et marées, auteur du film Shoah ; on se sent bien peu de choses face à un tel personnage.

Coetzee J. M., ‘Disgrâce’.

Sortie : 1999, Chez : Points. Le démon de midi d’un professeur quinqua du Cap le ramène subrepticement vers sa fille qui vit une expérience de brousse comme un boers des origines, et gère comme elle peut sa culpabilité de « l’homme blanc » dans un pays dévasté par la violence post-apartheid. Le thème et le ton font immanquablement penser aux romans d’André Brink.

Shannon Wright – 2010/09/30 – Paris le Point Ephémère

Shannon Wright est de retour moins d’un an après sa dernière prestation parisienne. Son prochain disque Secret Blood est tout juste annoncé pour les prochaines semaines.

Compositrice inspirée, toujours secrète et divagante, un jeu de guitare à la Lou Reed étrange et répétitif qui accompagne au mieux un chant extirpé du fond de son âme. Les concerts de Shannon sont toujours un moment exceptionnel où l’on voit un créateur livrer son être à un public. C’est sans doute la définition de l’Art. L’exercice est sincère et semble douloureux, comme initié par une force vitale qui n’est pas contrôlable. L’équilibre est instable et l’artiste surfe sur un axe étroit d’où tout peut basculer.

Affectueusement et efficacement entourée par un bassiste et un batteur, ses doigts frappent mécaniquement sur les cordes pendant que s’échappent ses cris d’une bouche parfois gigantesque noyée sous un déluge de cheveux roux.

Comme ensorcelée elle mène son show, chargée d’une mission divine… ou diabolique. Elle n’a d’autre choix que de délivrer le credo du rock, celui de l’électricité d’une poésie urbaine et touchante.

L’exorcisme abouti Shannon revient saluer sur la scène, purifiée de sa fureur, elle nous envoie son cœur et réintègre le monde qu’elle n’avait quitté que pour accomplir son destin musical.

Warm up : Mars Red Sky

Blonde Redhead – 2010/09/16 – Paris le Bataclan

Les Blonde Redhead sont de retour avec un nouveau disque : Penny Sparkle et un show au Bataclan. L’un et l’autre diffusent une ambiance électro nouvelle à l’image de Black Guitar qui démarre sombrement ce concert : longue élégie amoureuse où se superposent les arpèges de guitare sur les boites à rythmes, les nappes de claviers (jouées par un roadie de circonstance) et les dialogues d’Amadeo et de Kazu, cachée sous un masque en bois et rafia d’origine indéterminée : Black guitar gave me a song/ The role of your own demise awash my tears/ If the sun may blind you/ I find you the moon/ No one shadows/ The retina of your heart.

Le disque est disponible depuis trois jours seulement et peu nombreux sont ceux qui en connaissent déjà l’atmosphère un peu déroutante, aussi lorsque retentissent les stridences de Spring enchaîné sur Dr. Strangelove le public manifeste son plaisir d’un retour en territoire plus familier et dynamique.

Mais les Blonde ont atterri sur une nouvelle planète vers laquelle ils nous ramènent avec douceur, celle de l’électro où plane toujours bien haut la voix de Kazu, surfant sur des vagues de tendresse et de mystère. Habillée d’un pantalon à paillettes et d’un pull elle joue alternativement de la guitare ou de la bass, ou alors ondule accrochée à son micro dans un érotisme musical torride.

Elle se loupe sur deux lancements et dans un grand éclat de rire fait redémarrer le groupe plus à propos. Elle n’arrive plus à arrêter son clavier à la fin d’un morceau. Tout cela fleure bon le démarrage de tournée mais tout leur est presque pardonné. Laissez le charme agir !

Un petit rappel-retour sur Penny Sparkle et c’en est fini d’un show un peu court et improvisé qu’il faudra confirmer à l’écoute du disque mixé par Alan Moulder (Nine Inch Nails, Smashing Pumpkins, The Cure). Nouveau son, nouvelle inspiration, nouveau tempo, le trio new-yorkais exotique continue une route de traverse intéressante sur laquelle nous les suivrons avec gourmandise !

Set list : Black Guitar/ Here Sometimes/ Spring And By Summer Fall/ Dr. Strangeluv/ Love or Prison/ Oslo/ Falling Man/ 23/ SW

Encore : Not Getting There/ Harry and I/ Penny Sparkle

Beigbeder Frédéric, ‘Un roman français’.

Sortie : 2009, Chez : Livre de Poche 31879. Au cœur d’une (longue) garde à vue pour consommation de cocaïne, notre chevelu ex-fils de pub reconverti dans la littérature, revient sur son enfance. Celle d’un gamin errant dans un milieu socioculturel plutôt favorisé, baladé avec son grand frère, au gré du divorce de ses parents, de Neuilly à l’école Bossuet en passant par des voyages au long cours et la fréquentation du beau monde, apprenant l’anglais à New-York sur Dust in the Wind de Kansas, découvrant l’ivresse de la vitesse avec Jacques Laffitte conduisant l’Aston-Martin paternelle, et les grands auteurs dans la bibliothèque de la maison familiale au pays basque. L’itinéraire d’un enfant gâté de cette fin du XXème siècle qui s’est mis lui aussi à divorcer (deux fois) et, lorsque que les réjouissances du Polo club et de Castel ont cessé de l’intéresser, finalement, à se consacrer à l’essentiel, sa fille et les choses de l’esprit. C’est enlevé, bien écrit et plutôt charmant.

le Carré John, ‘La Chant de la Mission’.

Sortie : 2007, Chez : Points 2028. Les aventures d’un interprète originaire du Kivu, engagé pour ses talents dans une machination fomentée par de bons espions européens qui veulent « le bien » du Congo oriental et s’apprêtent à y organiser un coup d’Etat pour s’approprier ses richesses minérales, sous couvert de bons sentiments. Tout le monde en prend pour son grade dans un monde de corruption de fureur et de prévarication, les blancs comme les africains. Les tutsis rwandais ne sont pas les derniers à être épinglés pour leur férocité et leur machiavélisme. L’idée du personnage de l’interprète au courant de tout mais blanc comme neige est intéressante et permet à l’auteur de porter un regard perçant sur les autres personnages de ce roman hauts en couleurs.

Bramly Serge, ‘Le premier principe Le second principe’.

Sortie : 2008, Chez : Livre de Poche 31746. Passionnante histoire d’espionnage dans la France des années délétères de la fin de l’ère Mitterrand où se mêlent marchands d’armes, cabinets ministériels, supercheries des services, photographes people et manipulations diverses. Des faits réels (le « suicide » de Bérégovoy, la mort « accidentelle » de Lady Diana et d’autres) sont remis en perspective à l’aune des sales histoires de la République et de l’imagination débridée de l’auteur. On reste persuadé que tout ce qu’il invente aurait largement pu exister et a d’ailleurs peut-être été ! C’est ce qui donne à ce roman une actualité haletante de vérité.

Festival Rock en Seine – 2010/08/27>28 – Paris Parc de Saint-Cloud

Vendredi 27 août 2010

Les Black Rebel Motorcycle Club ne quittent plus la route pour laquelle ils sont taillés, et Paris qui leur voue un franc succès. Après leur show au Bataclan en mai et l’annonce de leur retour à l’Elysée Montmartre en décembre, les voici à Saint-Cloud pour un set de 50 mn. Pete et Lea font eux-mêmes le sound-check pendant que la scène de la Cascade se remplit doucement. Il fait frais et sombre lorsque le groupe débarque et entame Beat the Devil’s Tatoo. Robert est encapuchonné et Saint-Cloud se réveille sous les assauts de sa basse.

L’Amérique Rock ‘n’ Blues a débarqué sur les bords de Seine pour nous réjouir. Que demander de mieux pour lancer la cuvée 2010 de Rock en Seine ?

Les fans pogotent, les musiciens se déchaînent, tout est noir et sombre et le Rock est notre destin mené d’un train d’enfer par trois apôtres à qui la foi a été révélée dans les garages enfumés de San Francisco.
Robert termine le show sur Spread your Love, debout sur la barrière qui contient le public. On peut être un rocker d’anthologie en cuir noir, on en a pas moins un gros cœur : son père, ex-guitariste de The Call, et ingénieur-son des BRMC est décédé il y a deux semaines lors d’un show du groupe en Belgique. Le site web des BRMC lui rend depuis hommage.

Set list : Beat the Devil’s Tattoo/ Love Burns/ Mama Taught Me Better/ Stop/ Bad Blood/ Ain’t No Easy Way/ Conscience Killer/ Berlin/ Weapon of Choice/ Whatever Happened to My Rock ‘n’ Roll (Punk Song)/ Spread Your Love

Samedi 28 août 2010

Paolo Nutini sur la Grande Scène, habillé en marinière (comme cette déplorable mode qui envahit les rues parisiennes), folkeux écossais sympatoche en diable avec un groupe qui assure. Un succès d’estime mérité.

Queens of the Stone Age : c’est du sérieux, des rockers sévèrement burnés qui viennent nous délivrer le message stoner rock de Californie sous la direction avisée de Josh Homme, doigts tatoués et bagousés, crête blonde gominée, blouson élimé, clope à tout va. La musique est plus sophistiquée qu’il n’y parait : rythmes hypnotiques, guitares grasses et son plutôt lourd. Le vent qui souffle n’abaisse pas la crête de Josh et les riffs assénés réchauffent les spectateurs. Il y a de la foi dans ce rock caverneux, il y a de la joie sur la Grande scène, nous sommes à Rock en Seine et le festival bat son plein avec toujours autant d’à propos.

Set list : Feel Good Hit of the Summer/ The Lost Art of Keeping a Secret/ 3’s & 7’s/ Sick, Sick, Sick/ Misfit Love/ Monsters in the Parasol/ Burn the Witch/ Long Slow Goodbye/ Little Sister/ I Think I Lost My Headache/ Go With the Flow/ No One Knows/ A Song for the Dead

Massive Attack est là ce soir et ils sont plus que bienvenus après leurs deux concerts parisiens du Zénith fin 2009. L’ambiance festival et la nuit qui tombe sur les grands espaces de Saint-Cloud donnent une coloration différente à leur musique d’outre-tombe. Martina est avec eux et vient d’assurer un remplacement au pied levé sur la scène de l’Industrie.
Le concert est de facture classique. Les infrabasses et les sons des machines montent vers la lune pendant que le commando des voix des Massive rencontre toujours un accueil chaleureux à la hauteur de leurs magnifiques et sombres performances.

On ne se lasse pas de cette musique de notre temps, les spectateurs sur la plaine absorbent goulument ces couches d’électronique sur lesquelles se placent les voix traitées. 3D assure la direction du collectif, DaddyG a la tête qui tangente les étoiles, Horace (pour une fois sans couvre chef) nous envoie des cœurs et des vibratos, Martina nous émeut aux larmes sur Teardrop et Deborah nous emmène au firmament sur Safe from Harm.
Les horaires étant ce qu’ils sont, les Massive Attack enchaînent Atlas Air sans même une pose de circonstance pour faire rappel. Le final est éblouissant pour des spectateurs enchantés dont les sens résonneront encore longtemps de l’obsédante ritournelle de clavier de ce morceau d’anthologie souligné par l’explosion stroboscopique du light show.
Le trip-hop de Bristol a encore frappé sur la France !

Set list : United Snakes/ Babel/ Risingson/ Girl I Love You/ Invade Me/ Mezzanine/ Teardrop/ Angel/ Inertia Creeps/ Splitting The Atom/ Safe From Harm/ Atlas Air

Ouh là là là là là là, Bryan apparaît en smoking noir, cravate mauve clair sur chemise blanche et boutons de manchette, accompagné de Phil à la guitare et aux cheveux blancs, Andy aux instruments à vent, Paul à la batterie, Colin Good au piano et d’un gang de gamins/gamines pour réinventer Roxy Music : la claviériste violoniste en combinaison moulé-argentée aux allures de catwomen (et d’Eddy Jobson, violoniste historique du premier Roxy), Oliver Thomson jeune éphèbe guitariste déjà présent sur la tournée Dylanesque, un bassiste en costard noir et quatre choristes black. Tout ce petit monde démarre sur Re-Make Re-Model à 21h pétante sur la scène de la Cascade, le premier morceau du premier disque historique de Roxy Music ! Ouh là là là là là là :

I tried but I could not find a way/ Looking back all I did was look away/ Next time is the best we all know/ But if there is no next time where to go’/ She’s the sweetest queen I’ve ever seen (CPL593H)/ See here she comes, see what I mean’ (CPL593H)/ I could talk talk talk, talk myself to death/ But I believe I would only waste my breath/ Ooh show me

Et en plus ils enchaînent sur Out Of The Blue ! Mon Dieu ; le chroniqueur solidement installé au premier rang défaille. Oh My God ! Ils osent enchaîner sur Out Of The Blue : boum_tchak-tchak_boum-boum_tchak-tchak_boum… frappe Bryan son poing droit dans la paume gauche ; boum_tchak-tchak_boum-boum_tchak-tchak_boum… martèle la violoniste à grand moulinets de son archet dans l’air ; boum_tchak-tchak_boum-boum_tchak-tchak_boum … assène Paul sur ses caisses, et monte la lancinante progression de cette exceptionnelle chanson jusqu’au solo final de violon à la stridence orgasmique exécuté avec brio par catwomen debout sur son estrade :

Then: out of the blue/ Love came rushing in/ Out of the sky/ Came the sun/ Out of left field/ Came a lucky day/ Out of the blue/ No more pain

Sur In Every Dream Home A Heartache, Oliver nous sert le solo d’origine sous le regard protecteur et attendri de Phil. Et Roxy Music poursuit sa folle cavalcade glamour avec autant de bonheur : Virginia Plan, Do The Strand, My Only Love… tous les classiques n’ont pas pris une ride et les gamins de 20 ans qui poussent derrière et dansent sur Let’s Stick Together n’en pensent pas moins.

Et puis vient A Song for Europe où Bryan plus élégant que jamais décline le déclin de notre continent sur les trilles mineures de Colin :

…And here by the Seine/ Notre-Dame casts/ A long lonely shadow/ Now – only sorrow/ No tomorrow.

Ses vibratos se terminent en murmures, se transforment en sanglots :

Here’s no today for us/ Nothing is there/ For us to share/ But yesterday.

Et enfin, bien sûr, Bryan siffle sur le final de Jealous Guy, juste For Your Pleasure… Les iphones clignotent, les cœurs battent la chamade et les gamins dans la fosse se regardent en découvrant que la musique a existé avant l’électronique !

Et pendant que Roxy Music finissait d’éblouir la scène de la Cascade, les Arcade Fire démarraient leur show sous forte menace météorologique. Le temps de courir vers la Grande Scène et tout Saint-Cloud est déjà sous le feu de Ready To Start. Même au bout du bout du terrain, le son est gigantesque et balaye les nuages, l’éclairage est violent et les Arcade sont déchaînés. Leur musique est calibrée pour les grands espaces et leur présence au final de Rock en Seine ne pouvait mieux tomber.

Les premières notes d’accordéon de Régine sur Laïka déclenchent comme toujours une véritable hystérie collective chez les spectateurs et une agitation remarquable sur scène avec nos huit compères en ligne hurlant : Our mother shoulda just named you Laika!

Le vent souffle et les rafales balancent le son d’un coté à l’autre de l’assemblée, on s’accroche au mât pour soutenir le groupe qui souque ferme. La vague de The Suburbs (Win aux claviers) nous submergent mais le show continue à tracer sa route dans un environnement déchaîné.
Sur les grandes orgues de Intervention les nuages crèvent et des rideaux de pluie ondulent au-dessus des têtes. Qu’importe, le navire est secoué mais toujours vent debout :

…Singing hallelujah with the fear in your heart/ Every spark of friendship and love/ Will die without a home/ Hear the soldier groan, « We’ll go at it alone »

Et puis sur We Use to Wait, l’équipage abandonne, la tornade se déchaîne, la scène est inondée, les équipes techniques recouvrent les instruments de bâches, et les spectateurs prennent leur mal en patience sous l’orage, guettant une accalmie qui ne viendra point.

Les Arcade sont désolés, s’excusent puis reviennent jouer Wake Up en acoustique (seuls instruments autorisés sous la pluie), puis s’en vont, comme l’orage d’ailleurs. Mais il est trop tard pour reprendre le show. Les horaires, toujours les horaires de notre société aseptisée ! Il y a 20 ans, quand les concerts commençaient avec trois heures de retard, on a jamais vu les Rolling Stones arrêter un concert à cause de la météo…

Qu’importe, malgré ce coitus interomptus l’édition de 2010 fut d’une excellente tenue. Seule ombre au tableau le logo mortifère qui empêcha nombre d’entre nous d’acheter le T-shirt de l’année.

Set list : Ready to Start/ Keep the Car Running/ Neighborhood #2 (Laika)/ No Cars Go/ Haïti/ Modern Man/ Rococo/ The Suburbs/ Ocean of Noise/ Intervention/ We Used to Wait
Wake Up @Info[Acoustic]

Hole – 2010/08/25 – Paris le Bataclan

Après avoir annulé son concert de mai Hole est au Bataclan ce soir pour animer ce mois d’août parisien, finalement plus rock que les années précédentes. La sortie de Nobody’s Daugther n’a pas rencontré un franc succès critique, mais qu’importe, Courntey Love vient le présenter à Paris avec un nouveau groupe au milieu de l’été et le moins que l’on puisse faite est d’y être.

Il fait déjà extrêmement chaud lorsque les lumières s’éteignent et que la sono lance le Boléro de Ravel. La Miss apparaît en train d’enfiler un petit pull beige distingué sur robe en soie noire, toujours sous une tempête de blondeur pour une coiffure bien ordonnée. Ne seraient-ce les bottes cuissarde, on la croirait apprêtée pour un salon de thé du VIIème arrondissement. Avec son guitariste, une grande bringue à la Sid Vicious (qu’elle présentera comme son fils à la fin du show), ils balancent leurs clopes, elle chausse sa guitare rouge vif et ils démarrent Pretty on the Inside suivie d’une magnifique reprise grungy de Sympathy for the Devil des Stones. C’est étonnant. Déjà le concert déchire grave.

Le show suit son fil, il fait de plus en plus chaud, le rouge à lèvres de notre héroïne déborde, l’avatar de Sid est torse nu, la foule tangue et le groupe délivre du vrai-bon rock des familles. Cela fait beaucoup de bien. Courtney réclame à tue-tête des clopes apportée par une roady et qu’elle jette après trois bouffées, elle parle beaucoup entre les chansons, raconte sa vie avant de replonger dans son histoire musicale agrémentée de plusieurs reprises (The Rolling Stones, Pearl Jam, Leonard Cohen, Fleetwood Mac…) parfois inattendues mais toujours servies à sa sauce plutôt relevée !

Elle a une belle voix qu’elle pousse en criailleries stridentes sur les morceaux chauds mais qu’elle sait aussi contrôler dans les graves lorsque le tempo ralentit ; ange ou démon, comme toujours la marque de fabrique de Courtney Love. Au bout d’une heure et demie, le Bataclan n’est plus que moiteur, le groupe s’est retiré après deux rappels et le petit peuple des rockers parisiens estivaux en grille une dernière sur le parvis du Bataclan, heureux et repu, revitalisé par l’énergie punk et malfaisante, mais toujours rafraîchissante, de Courtney Love !

Set list : Pretty on the Inside/ Sympathy for the Devil @Cover[The Rolling Stones]/ Skinny Little Bitch/ Miss World/ Violet/ Celebrity Skin/ Honey/ Take This Longing @Cover[Leonard Cohen]/ Pacific Coast Highway/ Malibu/ Plump/ Jeremy @Cover[Pearl Jam]/ Doll Parts
Encore : Play with Fire @Cover[The Rolling Stones]/ How Dirty Girls Get Clean/ How Dirty Girls Get Clean (pop version)/ Codine @Cover[Buffy Sainte-Marie]/ Someone Else’s Bed/ Gold Dust Woman @Cover[Fleetwood Mac]/ Thirteen @Cover[Big Star]/
Warm up : The Dodoz

Au Revoir Simone – 2010/08/22 – Paris le Nouveau Casino


Erika, Anny et Heather ; une blonde, une brune et une châtain ; trois grâces new-yorkaises qui pourraient paraître limite nunuches à pub Cornflakes sur une télé américaine, si elles n’excellaient à créer et diffuser une musak délicieuse et obsédante. Elles ont fondé un groupe électro-pop du mystérieux nom d’Au Revoir Simone, allusion faite à une réplique d’un film de Tim Burton. On les avait vues en première partie de Air en 2007 au Zénith, puis à quelques autres occasions parisiennes. Elles présentent ce soir leur dernier disque Still Night, Still Life, une réussite.

Nos trois misses sont calées en ligne derrière leurs claviers, micros et machines diverses. Elles nous déclinent avec le sourire des empilements de nappes sonores déployées sur les rythmes simples diffusés par leurs boîtes électroniques. Et elles chantent, gracieusement, délicieusement, adorablement. Pour tout dire, leurs petits minois mutins emballent merveilleusement cette musique d’ambiance mais pourquoi gâcher son plaisir, laissons-nous pénétrer par la douceur, emporter par la grâce. Erika, Anny et Heather sont venues de Brooklyn pour nous offrir un instant de fraîcheur dans la moiteur de l’été parisien : Play me a sad song/ ‘Cause that’s what I want to hear/ I want you to make me cry/ I want to remember the places that we left/ Lost to the mists of time.

Relaxons-nous, c’est juste du bon temps !

Rufin Jean-Christophe, ‘Katiba’.

Sortie : 2010, Chez : Flammarion. Espionnage dans le Sahara, terrorisme au Quai d’Orsay, cœurs déchirés et conflit de civilisations, les recettes un peu faciles d’un roman d’été pas inoubliable. Rufin, écrivain reclassé dans la diplomatie avant d’en claquer la porte, a écrit ce livre alors qu’il était ambassadeur de France au Sénégal. On se demande s’il n’avait rien à faire comme représentant de la République sinon meubler son inactivité en écrivant, ou alors si ce livre un peu léger lui a pris tellement peu de temps qu’il n’a point nui à ses activités diplomatico-mondaines.

The Dandy Warhols – 2010/07/26 – Paris la Cigale

La Cigale était ce soir l’endroit où il fallait être avec The Dandy Warhols venus jouer à Paris pour présenter un best of dû à leur ex-compagnie de disque-major-business, Capitol. Concert complet et il a fallu acheter un billet à un black-marketeur de trottoir, à un prix à faire reculer Mamy Bettencourt, mais qu’importe.

Une scène vaguement décorée de boules japonisantes et quatre rockers made in United-States venus nous délivrer une bonne dose d’énergie et de sueur sur un boulevard du XVIIIème, entre sex-shops, cars de tourisme et magasins de guitares. Les Dandy sont là pour notre plaisir et ne seront pas avares de leur joyeuse énergie. Courtney affiche une nouvelle coupe de cheveux avec une longue mèche qu’il grignotera durant tout le show. Il nous annonce une soirée très spéciale. Zia est resplendissante derrière ses consoles et sous ses tatouages. Batteur et guitariste solo sont en ligne. La bande des quatre démarre sur Mohammed enchaîné sur We use to be Friends et le ton est donné. La foule ronronne sur la voix grave et sombre de Courntney.

Les choses sérieuses commencent avec The Last High. La scène est envahie de fumigènes, Zia jongle entre claviers, tambourins et chœurs. La Cigale sort ses griffes et grogne de plaisir, la température monte. Et le concert poursuit son chemin vers un paradis musical proche de l’enfer tropical : moiteur torride et profusion délirante qui explosent sur The Last Junky et Bohemian. On ne sait plus à quelle liane se raccrocher, tout glisse et transpire, les défaillances de spectateurs des premiers rangs poussent Zia à demander le calme pour éviter l’anéantissement de certains. Vœux pieux et de mauvaise foi alors que démarrent les premiers riffs de Get Off suivi de . Tout flashe, tous tanguent et la Cigale poursuit une ascension vertigineuse sans savoir où s’arrêter.

Après deux heures de ce rythme, il n’y aura pas de rappel mais l’apparition vaporeuse et épanouie de Zia qui revient seule nous chanter une comptine pour enfants : Daisy Song, a capella, après nous avoir vanté son petit ensemble noir fruit d’un shopping parisien de fin d’après-midi.

Beaucoup pour le plaisir et un peu pour la promotion d’un best of : The Capitol Years ; ils s’en sont donné à cœur joie deux heures durant le temps d’un énergique retour sur quinze années de carrière avec des envolées psychédéliques émouvantes et des morceaux endiablés. Décoiffant !

Set list : Mohammed/ We Used To Be Friends/ Shakin’/ Welcome To The Third World/ You Were The Last High/ You Come In Burned/ I love you/ Now You Love Me/ All The Money Or The Simple Life Honey/ Not If You Were The Last Junkie On Earth/ Bohemian Like You/ Talk Radio/ Godless/ Get Off/ Horse Pills/ Solid/ Wasp In The Lotus/ Boys Better/ Country Leaver/ Every Day Should Be a Holiday/ It’s a Fast-Driving Rave-Up With The Dandy Warhols
Encore : Daisy Song (Zia)

Pete Doherty – 2010/07/07 – Paris la Cité de la Musique

Le sympatique festival Days Off se poursuit avec une remarquable prestation solo de Pete Doherty. Après les Libertines et Babyshamble l’anglais rebelle se produit seul sur scène avec chapeau et guitare électro-acoustique. Son disque Grace/Wastelands, sorti en 2009, a fait un tabac chez la critique musicale. Sur le CD une photo entremêle Rimbaud et Pete dans un patchwork ambitieux… Ange et démon, le rocker sait où prendre modèle.

Reconverti en folk-singer après des années punk de dévastation, on a découvert avec ce disque un artiste accompli que le show de ce soir vient confirmer, si besoin en était.

Il arrive, à l’heure…, sanglé dans un impeccable costume gris assorti à son couvre-chef, chemise blanche, grosse chaîne autour du cou. Un roadie attentionné a posé une bouteille de vin rouge sur l’ampli et voici Pete qui nous emmène pour une balade presque romantique de 60 minutes. Il a l’air un peu perdu, solitaire sur cette grande scène face à un public déjà conquis. Mais après quelques pas timides autour de son micro, le voici à l’oeuvre des riffs sur sa guitare et la magie opère. Il laisse couler les doigts sur les cordes avec indifférence et chante trois extraits du dernier disque: Arcady, Last of the English Roses et Sweet by and by. La voix légèrement brumeuse et délicieusement forcée, il baguenaude sur les planches, se retrouvant à peu près quand il faut derrière son pied de micro pour y clamer des mots étranges et désabusés.

Il tombe la veste après cette superbe entrée en matière, ramasse les petits mots jetés sur scène par ses admirateurs, allume un clope et boit une gorgée, puis se lance dans des reprises de ses précédents groupes, interprétant des titres à la demande. Deux danseuses en tutus viennent tourbillonner sur ses notes, un peu désordre mais dans l’atmosphère du show. La bouteille est partagée avec le public puis remplacée par une nouvelle. Ses pas deviennent peut-être un peu plus hésitants, mais rien ne vient freiner l’inspiration de l’artiste qui promène sa morgue avec délicatesse sur cette scène dépouillée. Une heure à peine et le concert se termine sur Albion des Babyshambles, les danseuses déploient l’Union Jack, et il s’éclipse : Aaa-nywhere in Albion. La presse people le retrouvera le lendemain attablé à un bistrot du Marais alors qu’il était censé faire un sound-check au même moment pour un concert à Nice le soir… qui sera annulé.

Loin de l’électricité et des excès du rock on a l’impression que Pete a trouvé sa voie pour exprimer son âme, avec sa guitare et son chapeau. Un air de chanteur de métro mais un talent immense. Finalement le chroniqueur en est à se dire que la photo de Rimbaud n’était sans doute pas aussi incongrue. Les prochaines étapes sont à suivre de près.

In Arcady, your life trips along/ Pure and simple as the shepherd’s song.

LA SET LIST : ARCADY/ LAST OF ENGLISH ROSES/ SWEET BY AND BY/ FROM BOLLYWOOD TO BATTERSEA/ FOR LOVERS/ YOU’RE MY WATERLOO/ SHEEPSKIN TEARAWAY/ FRANCE/ CAN’T STAND ME NOW/ BLUE MOON/ BACK FROM THE DEAD/ SALOME/ THE GOOD OLD DAYS/ THE LOST ART OF MURDER/ ROBIN HOOD/ SMASHING/ALBION

Arcade Fire – 2010/07/05 – Paris le Casino de Paris

Les Arcade Fire font un passage surprise au Casino de Paris, les places en vente sont parties en cinq minutes pour cette salle de dimension modeste versus l’aura du groupe canadien. Heureusement quelques ebayeurs ont du surplus pour satisfaire les retardataires.

Le prochain album The Suburbs est annoncé pour la rentrée. Les Arcade viennent sans doute tester si leur extraordinaire popularité française est restée intacte. La réponse sera au-delà de leurs espérances !

Au fond de la scène un vaste écran est posé sur pied, style drive in, les instruments sont étagés sur deux niveaux, le tout un peu à l’étroit. Pas de première partie, les canadiens arrivent à 20h30 pour installer leur joyeuse confusion musicale. Win affiche le drapeau haïtien sur son blouson, Régine cheveux longs et bouclés, Dock marteens et robe vaporeuse, Richard et sa chevelure rousse dégoulinante, les deux filles aux violons, et les autres ; le groupe entamme sur deux nouveautés plus intimes, à découvrir, avant d’attaquer Laika qui bouscule le Casino et replonge les fans dans l’incroyable profusion qui fut la marque de fabrique de Funeral, le disque légendaire qui a fait ce groupe en Europe. Les huit sont en ligne sur le devant de la scène, Régine à l’accordéon place sa ritounelle de guinguette, et tout le monde déclame : Our older brother bit by a vampire!/ For a year, we caught his tears in a cup/ And now we’re gonna make him drink it/ Come on Alex, don’t die or dry up!/ Our mother shoulda just named you Laika! Enchaînement sur No Cars Go et la température du Casino prend 5° d’un coup. Le public ne se tient plus, il a retrouvé l’incroyable énergie communicative du groupe qui choisit ce moment pour calmer le jeu et chanter le mélancolique Haïti, rappelant son engagement pour l’ile caraïbe dont la famille de Régine est originaire.

Retour sur The Suburbs avec quelques nouveaux morceaux, dont le très beau Suburban War, qui précèdent l’enchaînement détonnant de Power Out et Rebellion Lies, attendu de tous, qui marque comme toujours le point d’orgue du show : fusion débridée des guitares hallucinées, des violons rassurants, des batteries furieuses, des textes fous et des voix déchaînées.

Le concert se poursuit et se termine avec Intervention (dédié à François Chevallier, compagnon et producteur d’Emilie Simon, collaborateur des Arcade, décédé l’an passé de la grippe A) et Wake Up. Il n’y aura pas de deuxième rappel.

Bien sûr nous n’avons pas retrouvé ce soir le sentiment de stupeur nouveau monde balancé lors de la découverte sur scène en 2007 de ce groupe à l’Olympia et Rock en Seine. L’effet de surprise s’est légèrement dilué, d’autant plus que les nouvelles compositions semblent relever d’une inspiration différente, plus sereine, dont il faudra s’imprégner progressivement à l’écoute de The Suburbs dès sa sortie. Mais on reste pour sûr face à un groupe impressionnant dont les performances scéniques ne doivent pas cacher la richesse des textes et de la musique. L’incroyable patchwork des personnalités de ces musiciens, des instruments et des compositions, assemblé dans une musique tellement originale relève toujours de l’exploit et produit un son tout à fait original et délirant. Bref, de la création et de la joie à l’état chimiquement pur.

Set list : Ready to Start/ Modern Man/ Neighborhood #2 (Laika)/ No Cars Go/ Haïti/ Empty Room/ The Suburbs/ Suburban War/ We Used to Wait/ Neighborhood #3 (Power Out)/ Rebellion (Lies)/ Month of May/ Keep the Car Running

Encore: Neighborhood #1 (Tunnels)/ Intervention/ Wake Up

Emilie Simon – 20100702 – Paris la Cité de la Musique

C’est l’été qui annonce la saison des festivals pour notre grand bonheur. La Cité de la Musique nous offre une très jolie programmation pour son Days Off.

Emilie Simon fait l’ouverture ce soir. Exilée aux Etats-Unis elle a publié The Big Machine l’an passé, un agréable disque qu’elle va jouer ce soir dans la salle de Pantin. Habillée d’une robe verte à paillettes, collant noir, béret vert rétro avec pétales de fleur en flèche, une longue natte sur le coté, les épaules façon boa et toujours son appareillage électronique sur le bras gauche comme une armure style Mad Max qui lui permet de mixer sa voix. Elle est installée derrière un clavier délicatement décoré bois et dorures, avec une pieuvre naïve face aux public, et nombre d’excroissances d’appareillages électroniques variés. Un platineur-percussionniste, un batteur, un bassiste et une percussionniste (avec de drôles d’instruments) l’accompagnent, mais elle occupe définitivement le centre de la scène.

Le DJ ouvre le show seul avec un set de percussions délivré à partir d’une bonbonne à eau minérale sonorisée, il faut quand même inventer un tel instrument… et nous ne seront pas au bout de nos surprises technologiques ! Emilie et les autres se mettent en place alors que les derniers effluves sonores de la bonbonne se dissipent dans l’atmosphère et là, et là, et là… laissez vous porter par le charme qui fait immédiatement succomber la salle entière.

Emilie joue les morceaux de The Big Machine dans un charmant concert électro-pop, énergique et subtil. Sa voix est merveilleuse, à la fois sucrée et agile, tendre et virtuose. Elle monte en octaves avec une incroyable souplesse de diva. Ses compositions sont toutes en ruptures : les tonalités changent soudainement alors que s’envolent ses trémolos ; les mesures se brisent sur le mur des boîtes à rythmes ; l’électronique fait se mouvoir et superposer les sons étranges. Un light show intelligent donne à l’ensemble une touche de magie venue des galaxies.

Et lorsque s’éclipsent les musiciens elle s’empare d’une guitare acoustique et à défaut de pied de micro s’agenouille devant un spectateur du premier rang qui lui tiendra le micro à bout de bras pour chanter la très bouleversante Fleur de Saison : Condamnée chaque année à l’amnésie/ …Dès les premières lueurs d’octobre/ En tout bien tout honneur/ Je sombre/ Oh le temps a tourné je compte les pousses des autres fleurs de saison/ Je ne sortirai pas encore de la mousse pas plus qu’une autre fleur de saison.

Pour le premier rappel, assise devant le piano à queue elle reprend deux très beaux morceaux de La Marche de l’Empereur avec un percussionniste invité qui répartit d’improbables objets sur le bois noir réfléchissant du Pleyel pour en extraire des sons venus d’un autre Monde, et Kira Kira (Islandaise contemporaine qui a fait la première partie) qui superpose ses vocalises vocodées sur cette musique majestueuse.

Après les derniers saluts et embrassades avec tous ses musiciens, Emilie seule sur la scène nous envoie baisers virevoltants et mercis stridents, avant de nous laisser enchantés et déjà frustrés de sentir le plaisir éphémère de cette soirée se dissoudre lentement dans nos neurones qui gardent l’image d’une Emilie délicieusement artiste, adorablement superficielle, définitivement électro, instantanément romantique. Comme la pieuvre rieuse qui décore le clavier, elle a lancé ses bras multiples qui nous ont entourés, caressés, effleurés, sans rien accrocher, diffusant juste le glissement du plaisir sur notre peau électrisée.

Au piano, à la guitare, aux machines bizarres, elle place sa voix merveilleuse et agile au-dessus de tout avec un enthousiasme sans borne et, telle une Marlène bionique, a enchanté la Villette ce soir pour le lancement de ce sympathique festival Days Off.

 Kira Kira fait la première partie, venue d’Islande.

Powers Richard, ‘Le temps où nous chantions’.

Sortie : 2003, Chez : 10/18_5053. Un roman fleuve (1100 pages en format poche) sur les aventures musicales d’une famille américaine qui traverse le 20ème siècle. Dans l’entre deux guerres mondiales, un juif allemand exilé aux Etats-Unis épouse une femme noire, ils ont trois enfants, deux suivront la voie de la musique et la petite dernière empruntera le chemin les Black Panthers. Leur père scientifique participe à la mise au point de la première bombe atomique, leur mère cherche à les élever comme des enfants « sans couleur » et doit compromettre avec la Cause défendue par sa propre famille. Les uns meurent, les autres luttent ; tout explose au cœur d’une Amérique violente et déchirée par ses guerres, ses races, ses rêves ; mais la musique rassemble cette famille improbable, fondée sur les ruines du massacre de deux peuples.

AC/DC – 2010/06/18 – Paris Stade de France


Douze mois exactement après leur dernier Stade de France les rockers australiens reviennent pour un deuxième Stade pour une nouvelle et immuable messe rock. Rien n’a changé, on dirait qu’ils n’ont même pas refait leurs valises entre les deux shows qui se déroulent à l’identique. Le gigantesque Stade de France est toujours accueillant et bien organisé : merguez, bière, posters et articles dérivés à profusion ; hôtesses-sandwichs numériques portant le programme et les horaires sur un écran fixé sur leurs épaules ; infirmiers et videurs pour parer aux excès. Même les verres sont recyclables alors que dire de notre combo des antipodes ?

Nous sommes le 18 juin (qui plus est le 70ème anniversaire d’un 18 juin plus historique et dramatique), alors l’appel a été fort et les rockeux européens convergent vers Paris Nord cloutés et bardés des différents oripeaux aux couleurs des 35 ans de carrière des AC/DC, avec bien sûr les cornes rouges clignotantes de circonstance. Bedaine et calvitie ont souvent pris le dessus. Le headshaking est moins éclatant quand on est chauve mais la foi est toujours là et d’aucun sont venus avec les enfants.

Après le warm-up des antédiluviens Slash le show des australiens se déroulera sans accroc et sans surprise : le strip-tease d’Angus sur The Jack, le bombardier cartoon qui balance ses flots de guitares électriques sur War Machine, la cloche qui fait vibrer Paris-Nord sur Hells Beels, la grosse Rosie gonflable sur Whole Lotta Rosie, les flammes sur Highway To Hell, les canons tonitruants sur We Salute You, l’interminable solo d’Angus sur on ne sait plus quel morceau, tellement c’était long, les filles qui montrent leurs poitrines sur grand écran, le batteur qui allume ses tiges et frappe sur ses caisses la clope au bec comme un camionneur dans son semi-remorque !

Deux heures du grand spectacle de la comédie hard-rock où chacun a joué sagement son rôle, public et musiciens, avec suffisamment d’autodérision pour en faire une excellente soirée parisienne. On parlait l’an passé du concert des adieux. Un an de patience et les AC/DC étaient de nouveau sur la scène et quelque chose nous dit que ce ne sera pas la dernière…

Set-List : Rock N’ Roll Train/ Hell Ain’t a Bad Place to Be/ Back in Black/ Big Jack/ Dirty Deeds Done Dirt Cheap/ Shot Down in Flames/ Thunderstruck/ Black Ice/ The Jack/ Hells Bells/ Shoot to Thrill/ War Machine/ High Voltage/ You Shook Me All Night Long/ T.N.T./ Whole Lotta Rosie/ Let There Be Rock
Encore : Highway to Hell/ For Those About to Rock (We Salute You)

Sophie Hunger – 2010/06/02 – Paris la Cigale

De la Boule Noire à la Cigale il n’y a qu’une porte et 900 spectateurs de plus. Douze mois plus tard, et un deuxième disque sorti, Sophie Hunger en a franchi le seuil ce 2 juin amenant avec elle musiciens et émotion. Emotion est d’ailleurs un mot bien faible pour traduire le bouleversant torrent de tendresse et de subtilité qui a emporté l’assistance deux heures durant.

Sophie fait cette année le show debout avec ses cinq même musiciens venus de Zurich, Lausanne, Berne et Frankfort, quand l’an passé ce petit monde était assis sur des chaises de bistrot dans l’espace intime de la Boule Noire. Plutôt éloignée de l’image guerrière de la couverture de 1983, elle est habillée ce soir en robe rouge et collant noir pour lancer le show avec un a capella en alémanique avant de s’emparer d’une guitare électrique qui ne fonctionnera pas avant que l’ampli ne soit changé « … c’est l’émotion qui la rend muette… » dira Sophie, dans un français hésitant, de son instrument rebelle.

Plus électrique, mais pas moins sensible, le show déroule les deux derniers disques dans la magie du live. L’assortiment inattendu du trombone à sourdine avec la voix romantique de Sophie produit un effet chair de poule instantané et irradiant. Qu’elle déclame sa révolte à poumons ouverts telle une suffragette ou qu’elle susurre une berceuse en allemand, qu’elle martèle l’électricité de ses guitares, qu’elle frappe ses cordes acoustiques ou qu’elle effleure l’ivoire de son piano, l’empathie est instantanée et le spectateur ne rêve que de repousser le terme de ces moment de charme absolu mais éphémère que sont les interprétations de ses chansons qui hélas ne durent que trois minutes. Dès que l’une se termine la frustration nous envahit car elle ne pourra plus faire mieux, mais cette triste perspective est immédiatement démentie par la chanson suivante, et ainsi de suite jusqu’à la fin du show, qui elle est écrite dans ces moments hors du temps.

Sophie et sa bande déclenche une sensation d’émoi amoureux et artistique qui est la marque des grands artistes. La complicité magique qui l’unit à ses musiciens est palpable, forge l’unité et la finesse de cette musique. Le guitariste allemand Christian Prader sous ses airs de barbu crypto-baba est présent là où il faut avec juste ce qu’il faut de virtuosité de volume. Le tromboniste Michael Flury tire d’incroyables déchirements de ses sourdines qui portent si bien cette musique mi-jazz mi-folk, et pour tout dire assez inqualifiable. Parfois même, abandonnant leurs instruments, ces deux compères assurent un chœur de basses pour enrober la voix de Sophie dans un écrin sonore.

Elle démarre la reprise de Noir Désir « Le Vent l’Emportera » après en avoir récité le refrain traduit en allemand. Elle introduit Valzer für Niemand en expliquant sa relation « avec personne » qui est « importante et permanente ».

Il faudra trois rappels pour se résoudre à les laisser repartir vers leur concert du lendemain. Le deuxième bis se termine par trois longues minutes de silence et d’immobilité, les mains suspendues au-dessus de piano dont les notes disparues depuis longtemps virevoltent encore dans nos âmes. Le dernier rappel est joué débranché et sans micro, tous assis sur le bord de la scène. Saluant le public avec ses musiciens Sophie se frappe le cœur, l’air de ne pas en revenir d’avoir dissipé une telle émotion sur un public en liesse et au bord des larmes. Elle est auteur, compositeur, elle chante merveilleusement, elle joue de la guitare, du piano, de l’harmonica, elle est folk, elle est rock, elle est jazz, elle est belle et pure, elle est subtile et fragile, timide et émouvante. Et elle a dédié son disque 1983 aux enfants de Suisse « May you grow up to take a part. » Quel immense talent !

Warm up : Mark Berube

BRMC – 2010/05/12 – Paris le Bataclan

On croyait Los Angeles dédiée au new age et autres fantaisies technoïsantes, aux surfeurs blonds et airhead et aux bombasses hollywoodiennes siliconées et bardées d’iphones, eh bien certains ignoraient que cette ville a engendré l’un des plus fantastiques groupes de rock de la planète : les Black Rebel Motorcycle Club ! Leur retour à Paris ce 12 mai lèvera toute ambigüité sur le sujet.

Le Groupe affiche une nouvelle batteuse, Lea Shapiro, ex-Raveonettes, appliquée, frappeuse et jolie, à l’aise dans ce monde de mecs, et un nouveau disque, Beat The Devil Tatoo.

Ils entrent sur scène au son de Please don’t leave me de ce bon vieux Buddy Gut joué sur  la sono qui déjà fait trembler le Bataclan sous les coups de bass. Tous habillés de noir, Robert et sa bass au bois aussi éraillé que son blouson-cuir, coiffe en bataille, Peter en chemise cow-boy, clope au bec et rouflaquettes, Lea cheveux au vent, les yeux grand ouverts comme étonnée au milieu de ses fûts. Les affaires commencent sur War Machine et Mama Taught Me Better extraits du dernier disque. Robert n’a pas même pris le temps de chausser la bandoulière de sa bass qu’il tient des deux mains alternativement sur ses genoux ou comme une mitrailleuse dont il arrose la foule. Sniper de génie, il touche au but à chaque coup. Dès les premières notes 80% des spectateurs se massent dans les 20% d’espace aux pieds de la scène ; pression et transpiration, telles sont les mamelles de l’évangile selon le Club. L’éclairage est minimal, des projecteurs aux pieds des micros donnent un air crépusculaire à nos deux héros qui sont le plus souvent plongés dans le noir, les yeux fermés, les doigts virevoltant sur les manches, délivrant leur épitre, celle des Dieux du Rock ‘n Roll, non point perdus dans une stratosphère cosmique et épurée, mais bien au centre de notre monde, celui de brutalité de la cité et des rythmes du combat. Car ces trois là sont bien sur le sentier de la guerre, fils d’une Amérique fondée sur la conquête et la salvation.

Une petite respiration sur Red Eyes And Tears et les choses repartent encore plus haut avec Bad Blood puis la suite ininterrompue d’une musique qui fait vibrer les murs et nos âmes, d’une noirceur vertigineuse et d’une énergie surhumaine, désespérément inspirée par un blues des plus véridique. Rob et Pete chante d’une voix similaire, aigüe et torturée, plaçant des mots simples sur la vie, évacuant les peines avec les notes. Ils parlent des épreuves et des déchirures, des pertes et des rédemptions. Ils parlent de notre existence et l’éclaire de leur brûlante vision de sac et de cordes. Ils sont les Black Rebel.

Whatever Happened To My Rock’n’Roll (Punk Song) qui termine la première partie est une envolée démesurée qui tend à l’épopée ; les musiciens ont quitté la scène et les larsens distordus des guitares jetées sur les amplis continuent de siffler. L’atmosphère est vitrifiée par l’émotion.

Mais ils reviennent bien vite pour un nouveau 3/4 d’heure de Rock qui débute par une reprise de Dylan jouée par Robert, seul à la guitare acoustique, à genoux devant le premier rang. Ils interrompront Conscience Killer  le temps d’évacuer un spectateur qui n’a pas tenu le choc et poursuivront par un deuxième rappel après Spread Your Love se termine sur Shadow’s Keeper dans un déluge sonique où Peter transforme le son de sa guitare en une éruption volcanique où l’électronique se substitue à la lave, générant la même dévastation.

Cette fois-ci après 2h1/4 de furie l’on croit le concert terminé mais retentit alors la bass lente et assourdie de Rob alors que se déploient des faisceaux de fin lasers verts à travers la salle et que les Black entonnent Open Invitation qui nous sera servi comme épitaphe d’un show d’anthologie :

On and on/ I’ve been waiting on the open invitation/ You’re silent show me no relation/ In the rising cold/ Don’t you feel alone/ I’ll be standing with your sorrow/ All you left me’s gone away tomorrow/ And we may never be here again/ And we may never be here again/ Pull me up/ On either side/ Don’t leave me standing alone in the light/ Pull me up/ On either side/ Don’t leave me standing alone in the light

On and on/ I’ve been waiting on the open invitation/ You’re silent show me no relation In the rising cold/ Don’t you feel alone/ I’ll be standing with your sorrow/ All you left me’s gone away tomorrow/ And we may never be here again/

And we may never be here again

Comme à son habitude Robert viendra jouer quelques morceaux acoustiques sur le trottoir du boulevard de la République pour les fans fidèles à la sortie du show.

Le chroniqueur bouleversé a déjà en poche son billet de Rock en Seine pour leur apparition parisienne du 27 août. Il surfe fébrilement sur leur site (d’excellente facture) pour sélectionner un prochain concert accessible : ce sera à Londres le 11 décembre.

Set list: War Machine / Mama Taught Me Better / Red Eyes And Tears / Bad Blood / Beat The Devil’s Tattoo / Love Burns / Ain’t No Easy Way / Aya / Berlin / Weapon Of Choice / Annabel Lee / Whatever Happened To My Rock’n’Roll (Punk Song) //

Encore1: Visions Of Johanna [Bob Dylan] / Shuffle Your Feet / River Styx / Half-State / Conscience Killer / Six Barrel Shotgun / Spread Your Love //

Encore2: Stop / Shadow’s Keeper / Open Invitation

Warm up: Zaza