Finalement l’économie c’est assez simple !

Les médias s’excitent sur la situation de la zone euro. Le problème actuel est plus un problème de dette qu’un problème d’euro.

L’instauration d’une monnaie commune a été une étape supplémentaire dans l’intégration de l’Europe et a favorisé les échanges intra-européens. L’Europe est le premier marché de l’Europe. Comme un touriste en goguette en Italie a la vie plus facile avec l’euro qu’autrefois avec le franc et la lire, les entreprises européennes peuvent échanger plus facilement et c’est donc bon pour le business et la base fiscale des Etats.

La valeur d’une monnaie est déterminée par sa balance des paiements. Très très grossièrement si nous prenons l’exemple de la France du franc : quand la France importait plus qu’elle n’exportait, elle avait donc plus de devises non-franc à acheter pour régler ses dettes qu’elle n’encaissait de devises non-franc sur ses exportations ; dans ce cas la théorie économique veut que la valeur du franc baisse pour rééquilibrer cette balance des paiements en renchérissant les importations et rendant plus compétitives les exportations, et vice-versa pour un pays comme l’Allemagne qui exportait plus qu’elle n’importait. C’est la raison pour laquelle durant des années le franc a été régulièrement dévalué contre le mark.

Quand nous parlons d’exportations et d’importations, nous parlons de biens, de services et de capitaux. S’endetter à l’étranger revient à importer des capitaux, rembourser sa dette et ses intérêts revient à exporter des capitaux, et pour exporter des capitaux en devises encore faut-il avoir ces devises dans ses caisses…

La vraie vie est bien sûr beaucoup plus compliquée avec de nombreuses interférences additionnelles et notamment le fait que la valeur d’une monnaie est aussi relative par rapport à celle des autres monnaies. Aujourd’hui ce n’est pas tant l’euro qui est fort que le dollar US qui est faible…

Un pays qui ne contrôle pas ses dépenses et ne maîtrise plus sa dette comme la France ou la Grèce, lorsqu’il a sa propre devise voit celle-ci dévaluer progressivement rendant ainsi l’endettement externe de plus en plus onéreux avec l’effet vertueux de le pousser à rétablir ses finances internes puisqu’il n’y a plus moyen de s’endetter à l’extérieur pour financer sa mauvaise gestion. C’est ce qui s’est passé en 1983 en France où après de multiples dévaluations la France a du quémander une aide exceptionnelle à l’Union européenne de plusieurs milliards de francs (exactement comme la Grèce aujourd’hui) et mettre en place un plan de rigueur.

Aujourd’hui avec la zone euro, la valeur de la monnaie et les taux d’intérêt associés sont mutualisés sur un ensemble de pays, bien gérés au Nord de l’Europe, et mal gérés au Sud. Les pays club méditerranée, y compris la France, ont pu s’endetter sans compter et financer leur mauvaise gestion financière par de la dette à bas coût. Mais la dette, que ce soit pour un ménage ou pour un Etat se rappelle toujours aux débiteurs et il faut passer à la caisse à un moment ou un autre, ou alors négocier avec tes créanciers pour un rééchelonnement ou une annulation (ce qui revient à peu près au même en termes financiers). C’est ce que la Grèce essaye de faire avec ses créanciers en négociant soit un rééchelonnement/annulation partielle (option plutôt mal vue par la communauté financière internationale car reviendrait à prononcer un défaut de cet Etat) ou encore plus d’argent au reste des pays européens, ce qui revient à endetter encore plus ceux-là pour assurer la fiction que celle-ci est en mesure de payer ses dettes. Les allemands n’aiment pas trop cette option.

Il n’est pas envisagé de faire tomber la Grèce car ce serait prononcer son défaut sur sa dette bancaire et privée et les conséquences financières seraient sans doute désastreuses, bien au-delà de ce pays. Mais il faut donc que quelqu’un paye, a priori ce sera la communauté des contribuables européens.

En résumé, la zone euro est évidemment une bonne chose pour l’intégration et le développement économique des pays concernés. Son défaut est qu’elle ne permet pas d’éviter que les finances de ces pays soient bien gérées. Elle a simplement permis de repousser l’échéance pour les pays club méditerranée qui sans l’euro auraient été soumis plus tôt à la nécessité de redresser leur gestion. La France en est là (plus de budget en équilibre depuis Raymond Barre) et les quelques milliards de niches fiscales à supprimer annoncées hier par Baroin, n’y suffiront pas. Il y aura du sang et des larmes pour les mois et les années à venir.

Hélias Pierre Jakez, ‘Le cheval d’orgueil – Mémoires d’un breton du pays bigouden’.

Sortie : 1975, Chez : Plon – Terre Humaine. Un livre délicieux narrant la vie paysanne au fin fond de la Bretagne dans le premier tiers du XXème siècle, écrit avec douceur et subtilité (et en breton à l’origine). C’est tout un monde de tendresse familiale, de solidarité villageoise, de dureté de la vie de tous les jours qui s’ouvre au lecteur. Traité d’anthropologie bretonne, l’ouvrage se lit comme un roman, on y découvre les querelles picrocholines entre marins et paysans, entre « blancs » et « rouges », entre langue bretonne et langue française, entre haut et bas du bourg de Pouldreuzic, on y apprend surtout la vie d’un gamin des landes dressé par la droiture et l’exemple de parents dures à la tâche misant tout sur l’avenir de leurs enfants. On y ressent une douce nostalgie d’un temps qui n’est plus, mais surtout une immense reconnaissance à sa culture, son pays et les êtres sui l’ont entouré.