François de Closet bouge encore

Un intéressant article de François de Closet dans le Figaro Magazine sur l’addiction de la France au déficit. L’homme a fait son fonds de commerce depuis plusieurs décennies sur les excès franchouillards ; je me souviens de l’un de ses premiers ouvrages Toujours Plus paru en 1982 et détaillant les dérives du corporatisme hexagonal. Les choses n’ont pas suffisamment changé. L’article d’aujourd’hui est frappé au coin du bon sens et devrait fonder les programmes économiques de nos candidats à l’élection présidentielle :

« Cessons de nous comporter comme des autruches ! « 

FRANÇOIS DE CLOSETS Publié le 06/01/2012 à 13:58

Les Français ne savent plus où ils en sont et, plus grave encore, ils ne savent plus où ils vont. L’incertitude face à l’avenir est leur seule certitude. 60 % d’entre eux craignent de devenir un jour SDF! Prisonniers d’un piège diabolique qui ruine un pays de cocagne, ils s’indignent, en attendant de se révolter. Autant maudire le volcan qui gronde à la veille de l’éruption… Mieux vaut chercher dans notre propre comportement la cause et, pourquoi pas, la solution de nos maux.

Le Français est une étrange chimère : il marie le coq glorieux à l’autruche apeurée, le premier s’imagine que tout lui est dû, la seconde fuit la réalité dans le sable de ses illusions. Ce «coqtruche» serait une espèce non viable s’il n’entretenait un troupeau de boucs émissaires qu’il charge de tous ses péchés et qui l’exonère de toute responsabilité. Cette trilogie du coq, de l’autruche et du bouc émissaire, je ne l’ai pas inventée. Elle apparut en 1979 sur la couverture d’un essai * que mon maître Alfred Sauvy consacrait à la France. Je ne l’ai jamais oubliée. Tantôt présomptueux, tantôt défaitistes, mais jamais pragmatiques, nous sommes foncièrement irréalistes. Et la situation dramatique de notre pays traduit d’abord le basculement d’un irréalisme dynamique et constructeur à un irréalisme passif et défaitiste.

Le bon usage de notre tempérament national, de Gaulle l’avait trouvé en 1958. La IVe République n’avait pas moins succombé à la crise algérienne qu’à la crise budgétaire. Les faits ne laissaient aucune marge de manœuvre, il fallait en finir avec notre rêve colonial et remettre en état nos finances. Amputation et austérité, le sinistre programme ! Pour le vendre, le Général choisit d’exalter la grandeur et l’indépendance de la nation. Il fit rêver les Français, mais, dans le même temps, il imposa un redressement financier d’une telle rigueur, augmentations des impôts en rafales, coupes des dépenses à la tronçonneuse, qu’il effraya le ministre des Finances, un certain Antoine Pinay. Comble d’irréalisme d’un côté, comble de réalisme de l’autre, c’est ainsi que de Gaulle relança la France dans les Trente Glorieuses, une France dont les budgets devinrent excédentaires et qui paya toutes ses dettes.Le 14 février 2003, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères, trouve des accents gaulliens pour s’opposer à l’intervention américaine en Irak. Mais le même jour, le ministre des Finances, Francis Mer, se rend à Bruxelles afin d’expliquer à la Commission européenne que, pour la trentième année consécutive, la France sera incapable de ramener ses finances à l’équilibre. D’une époque à l’autre, l’irréalisme français a changé. Il ne repose plus sur la réalité, mais sur le déni de réalité. Le coq gaulois n’est plus que le « coqtruche » face à l’échéance. Au moindre faux pas, nous pouvons être entraînés dans la spirale du surendettement : hausse des taux, cessation de paiement, mise sous tutelle, explosion sociale. Un comble de malheur pour une simple affaire de gros sous, comment est-ce possible ?

Pour le comprendre, il faut réhabiliter une discipline ingrate et négligée depuis des décennies : la comptabilité. Elle vit le nez sur ses chiffres, ne connaît qu’un impératif catégorique : équilibrer recettes et dépenses, éliminer les déficits. Mais c’est elle qui dit le possible et l’impossible dans la répartition de la richesse, autant dire la gestion de la pénurie, première fonction du politique. Le déficit chronique est donc un déficit politique et le déni de comptabilité, un déni de réalité. Par bonheur, les boucs émissaires sont là pour masquer cette vérité désagréable.

La crise bancaire, tout d’abord. La tornade venue des Etats-Unis n’est-elle pas responsable de notre banqueroute ? Certainement pas. Dès 2005, le rapport Pébereau annonçait que notre dette allait devenir insoutenable. L’échéance était annoncée autour de 2015. L’explosion des déficits publics consécutive au cataclysme bancaire l’a avancée de trois ans. Subprimes ou pas, la France se serait endettée à hauteur de son PIB et aurait coulé.

La mondialisation et la crise économique, ensuite. Simples complices. Des pays comparables au nôtre, et pas seulement l’Allemagne, résistent dans la tourmente tandis que nous sombrons. Or la France a tous les atouts pour se retrouver dans le camp des gagnants et pas des perdants.

L’amortisseur social encore. Il coûte fort cher, c’est vrai. Mais les pays scandinaves offrent à leurs peuples la même protection sans se ruiner. Nos déficits n’ont jamais payé que l’incapacité de nous moderniser, notre dette n’a pas préparé mais compromis l’avenir de nos enfants.

Et les marchés financiers ! Nous les maudissons tous les jours. Pourtant, ils ne nous tiendraient pas à leur merci si nous ne les avions pas tant sollicités. Les banques, c’est vrai, se sont beaucoup enrichies au passage, mais les Français n’auraient pas moins souffert si l’on avait fait marcher la planche à billets.

C’est donc la politique suivie depuis trois décennies qui nous a mis en si fâcheuse posture. Et les torts sont fort bien partagés entre droite et gauche. La classe politique dans son ensemble porte la responsabilité de ces trente-cinq années qui transformèrent une France championne d’Europe en grand homme malade. La classe politique… voilà assurément un excellent bouc émissaire.

A condition de ne pas oublier, comme le font les populistes, que nous vivons en démocratie et que les élites et le peuple sont coresponsables. Le laxisme budgétaire fut-il imposé par les gouvernements aux Français ou par les Français aux gouvernements ? La réponse, nous la connaissons. En 1988, le corps électoral a choisi Jacques Chirac contre Raymond Barre ; en 2007, il a encore préféré le couple des Pères Noël, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, au Père la Rigueur : François Bayrou. La discipline budgétaire, même si elle avait été approuvée par l’opinion, n’aurait pas été soutenue par les électeurs. C’est la France dans son ensemble qui est droguée aux déficits.

L’Etat emprunte pour distribuer l’argent qu’il n’a pas

Depuis une trentaine d’années, le pays a donné congé à la comptabilité, donc à la réalité. Le général de Gaulle avait misé sur l’exigence des Français, ses successeurs, sur leur laisser-aller. Paris gagnés dans l’un et l’autre cas. C’est ainsi que la démocratie se pervertit dans la démagogie, peuples et dirigeants confondus. La crise financière constitue le meilleur cas d’école pour explorer ce refus du réel, cette fuite insouciante dans l’irréalisme comptable.

Les citoyens ordinaires, peu au fait des finances publiques, se rassuraient en répétant que « la France est riche et ne saurait faire faillite ». Juste le cri du coq pour dissiper les ténèbres. Leur quiétude était confortée par l’escroquerie des 3 %. Tout au long de ces années, les Français ont cru que les dépenses de l’Etat excédaient ses recettes d’environ 3 %. Un pourcentage rassurant. En réalité, le déficit était de l’ordre de 20 %. Comment passe-t-on de 20 % à 3 % ? En comparant le solde de l’Etat au produit intérieur brut et non plus à ses recettes. Un tour de passe-passe imaginé en 1983 par nos technocrates pour rendre présentable un budget détestable. Bien évidemment, les 3 % du PIB devinrent 3 % de déficit budgétaire. Fallait-il que les comptables de Bruxelles soient vétilleux pour s’attacher à de telles peccadilles ?

Cette minoration du déficit est si commode que médias, économistes, politiques l’adoptèrent en France comme à l’étranger. Les Français ne faisaient pas clairement le lien entre le déficit et le crédit, mais ils pressentaient tout de même que le déséquilibre budgétaire ne doit pas être une bonne chose et que le retour à l’équilibre pourrait être inconfortable. C’est alors que l’autruche fut plongée dans le sable de l’idéologie. Nos économistes de cour expliquèrent que le déficit public, loin d’être dangereux, est tout au contraire bénéfique. Pour accréditer leurs comptes à dormir dessus, ils firent appel à la plus glorieuse des cautions : John Maynard Keynes.

S’opposant à la doctrine libérale du « laisser faire », Keynes a montré que l’économie doit se piloter de façon contracyclique. Lorsqu’elle est languissante, l’Etat s’endette pour injecter de l’argent et, lorsque la croissance est revenue, il rembourse ses dettes. Donner un coup d’accélérateur quand ça freine et un coup de frein quand ça accélère n’empêche pas de rester à l’équilibre sur la durée. C’est devenu le b.a.-ba de toute politique économique. Merci Monsieur Keynes. Dans des conditions particulières et des limites très précises, l’Etat peut donc emprunter pour distribuer l’argent qu’il n’a pas. Le rêve de tout gouvernement ! Passant allègrement du keynésianisme à l’hyperkeynésianisme, les idéologues de gauche ont libéré le déficit public de toute barrière. Il suffit de le baptiser « relance » pour qu’en toutes circonstances et à n’importe quelle dose il assure la croissance et les emplois. La recette est d’application aussi générale que la purge et la saignée chez les médecins de Molière.

Un remède aussi plaisant n’a pas à faire la preuve de son efficacité. Après avoir échoué une première fois avec Jacques Chirac en 1975, puis une deuxième avec Pierre Mauroy en 1981, la relance s’imposa comme la panacée. La gauche n’a cessé de revendiquer cette « politique budgétaire dynamique » et la droite, faisant vertu de nécessité, ne l’a pas moins pratiquée. On se souvient des rodomontades de Jean-Pierre Raffarin transformant son impuissance budgétaire en un engagement pour la croissance et l’emploi. Nicolas Sarkozy resta dans la même logique avec sa loi Tepa qui aggravait le déficit mais était censée doper la croissance. La France fit même de la croissance fondée sur la consommation et le déficit un modèle économique.

Plus on dépensait, plus on s’enrichissait. Les Français ne demandaient qu’à le croire et s’imaginaient même subir l’austérité alors qu’ils vivaient à crédit. Lorsqu’ils s’inquiétaient de voir ainsi croître la dette du pays, l’idéologie était encore là pour les rassurer. Elle décrétait que l’endettement n’avait pas du tout la même signification dans le secteur privé et dans le secteur public. Sous prétexte que les Etats ne sont pas soumis au droit des faillites, qu’ils battent monnaie et ne meurent pas, il fallait croire que ces emprunts n’auraient jamais à être remboursés. Le déficit devint une ressource budgétaire comme une autre, une ressource inépuisable dont on aurait grand tort de se priver.

Longtemps, la comptabilité fut réactionnaire et le déficit, progressiste

Lorsque je dénonçais les dangers du surendettement pour la France, je me faisais corriger, morigéner, ridiculiser par les économistes de renom et de salon. Que peuvent les rappels à la raison quand les gourous annoncent que le pays s’enrichit en s’endettant ?

La comptabilité ne fut plus seulement ignorée, mais bien ostracisée. Elle était réactionnaire et le déficit, progressiste. L’équilibre des comptes publics cessa d’être une exigence universelle, une simple discipline civique, et devint une politique de droite, antisociale.

Cette école de pensée, après avoir dénigré le pacte de stabilité, est partie en guerre contre la récente union budgétaire européenne, lancée à Bruxelles en décembre dernier. Les Français s’entendent dire que ce traité représente un intolérable abandon de souveraineté et nous condamne à une politique ultralibérale. Double mensonge pour camoufler un peu plus la réalité. Cet accord se limite aux problèmes comptables, c’est sa faille cent fois dénoncée. Les véritables décisions concernent l’équilibre budgétaire ; pour le reste, on se contente de vœux pieux. Or la souveraineté nationale porte sur les choix politiques, non sur les exigences comptables. Le rétablissement de nos finances ne nous est pas imposé car il s’impose à nous en tout état de cause. Si nous refusons aujourd’hui une discipline collective, nous nous verrons imposer demain une austérité bête et méchante par l’Europe et le FMI. Et ce sont les chantres de la relance, ceux qui, déficit après déficit, ont bradé l’indépendance nationale qui s’en font aujourd’hui les champions. Ce serait à pleurer si les larmes n’étaient devenues hors de prix.

Mais le réalisme comptable est tout sauf une politique. Il s’impose à toutes les sociétés, qu’elles soient libérales ou socialisées, démocratiques ou autoritaires. L’Amérique ultralibérale croule sous les déficits tandis que les sociétés scandinaves très socialisées tiennent leurs finances. Il s’agit d’une exigence civique préalable au débat politique, aux choix de l’avenir.

Les Français ont donc été les victimes consentantes de toutes ces fausses querelles, de ce terrorisme moral, de ce détournement des valeurs. Car la même déconstruction pourrait être opérée à propos de l’immigration, de l’école, de l’insécurité, de la fiscalité ou de la protection sociale. Partout et toujours, l’idéologie interdit de regarder les réalités en face, de s’accorder sur le diagnostic, d’identifier les véritables dangers et pas les périls fantasmatiques, les solutions possibles et pas les chimères hors d’atteinte. Lorsque les finances sont à ce point dégradées, le retour au pragmatisme démocratique, à un consensus civique, qui n’exclut nullement le débat politique, est indispensable. Si la classe politique se déchire, alors les marchés prennent peur, comme ils l’ont fait avec les Etats-Unis. Or la crise des finances est devenue pour nous un enjeu électoral et chaque camp s’efforce d’en imputer à l’autre la responsabilité, de refuser en bloc les propositions adverses et de promettre une issue sans douleurs. Croit-on que ce peuple querelleur et mauvais joueur trouvera en 2012 auprès des marchés financiers les 180 milliards d’euros à bas prix qui lui sont indispensables ?

Mais cet indispensable retour à la discipline comptable ne peut à lui seul mobiliser les Français. Il nous faut retrouver la formule de 1958 qui permet tout à la fois d’affronter la réalité et de la transcender. Nous le pouvons car cette France à la dérive de 2012 possède des ressources extraordinaires. Avec sa rente touristique, son espace agricole, ses services publics, sa main-d’œuvre, ses pôles de recherche et ses écoles d’ingénieurs, sa jeunesse, son épargne, etc., bref avec ce « génie » qui a fait ses preuves tout au long de l’Histoire, elle détient les clés de la prospérité. Des atouts gâchés par une défiance maladive. Tous les sondages concordent : les Français ne croient plus en rien et, en premier lieu, plus en leur pays. Pourtant, ils font des enfants comme jamais. Paradoxe apparent. Car le scepticisme à grande échelle masque une confiance de proximité. La famille, la commune, la PME ont plus que jamais la cote. Les Français créent des entreprises, s’engagent dans l’humanitaire, font vivre des associations. Mais ils ne croient plus dans les grands systèmes mystificateurs. Un art de vivre ensemble est à réinventer, un art qui reposera sur les faits et pas sur les mots.

La politique ne peut pas tenir lieu de comptabilité, c’est vrai, mais, à l’inverse, la comptabilité ne peut pas tenir lieu de politique. Si le réalisme consiste à enfermer les Français dans les pourcentages de déficits et les tableaux de la comptabilité nationale, alors il devient irréaliste par rapport à notre tempérament national. La fin d’un monde que nous vivons, c’est aussi la naissance d’un nouveau monde. La France y a sa place. Pour autant qu’elle sache la prendre. En surmontant l’épreuve financière, c’est vrai, mais aussi en inventant la suite de l’Histoire. On ne rétablira pas la confiance en niant l’épreuve financière, on ne la surmontera pas en ne faisant que la rappeler. Notre part d’irréalisme, disons d’avenir, doit s’ancrer dans un réalisme sans concession. C’est à ce prix, très élevé, que le coq gaulois peut encore prétendre faire se lever le soleil. Mais l’optimisme ne se décrète pas. Il se mérite.

Dernier ouvrage paru : L’Echéance. Français, vous n’avez encore rien vu, Fayard, 2011 (avec Irène Inchauspé).

* Alfred Sauvy, Le Coq, l’autruche et le bouc… émissaire, Paris, Grasset, 1979.

François Hollande s’emballe

Hollande s’emballe dans un discours :

« …je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies. Désormais, il est possible en une fraction de seconde de déplacer des sommes d’argent vertigineuses, de menacer des Etats. Cette emprise est devenue un empire. Et la crise qui sévit depuis le 15 septembre 2008, loin de l’affaiblir, l’a encore renforcée. Face à elle, à cette finance, les promesses de régulation, les incantations du « plus jamais ça » sont restées lettre morte. Les G20 se sont succédés sans résultat tangible. En Europe, 16 sommets de la dernière chance ont été convoqués pour reporter au suivant la résolution définitive du problème. Les banques, sauvées par les Etats, mangent désormais la main qui les a nourries. Les agences de notation, décriées à juste raison pour n’avoir rien vu de la crise des subprimes, décident du sort des dettes souveraines des principaux pays, justifiant ainsi des plans de rigueur de plus en plus douloureux. Quant aux fonds spéculatifs, loin d’avoir disparu, ils sont encore les vecteurs de la déstabilisation qui nous vise. Ainsi, la finance s’est affranchie de toute règle, de toute morale, de tout contrôle. »

Ça fait du bien de le dire mais cela revient à pisser dans le sable. Après tout il n’y a pas de raison de ne pas se faire un peu de bien de temps en temps, ça énerve nos banquiers mondains et c’est déjà ça, même si cela ne sert à rien.

Qui s’assemble se ressemble

Avez-vous remarqué comme Alain Minc ressemble furieusement à Paul Wolfowitz ?

Le premier, français, formé dans les écoles de la République (Sciences-Po, ENA), bidouille dans le capitalisme français depuis des années, diffusant conseils aux entreprises et aux politiques sans prendre trop de risques par lui-même, il a mené à quelques échecs financiers majeurs (le raid contre la Société Générale de Belgique, le journal Le Monde, notamment), dans le même temps il est membre de nombre de conseils d’administration de multiples entreprises du CAC 40, il pose régulièrement sur les plateaux mondains des médias où ses analyses sont recherchées et diffusées avec humour.

Le second, américain, est l’un des concepteurs du néo-conservatisme de l’Oncle Sam, sous-secrétaire à la Défense sous Georges Bush père il a développé le concept d’établissement de la démocratie au Moyen-Orient par la force, la guerre en Irak et la fin du régime de Saddam Hussein étant censée diffusée naturellement les avantages de celle-ci à tous les pays de la région. Nommé président de la Banque Mondiale, il sera poussé vers la sortie au milieu de son mandat pour avoir favorisé la carrière de sa maitresse travaillant dans cette institution.

L’un et l’autre sont des conservateurs professionnels aux influences pas toujours très heureuses. La ressemblance n’est donc pas que physique.

Morin et la mémoire

Hervé Morin, élu normand, déclare dans un meeting :

« Moi qui ai vu en Normandie le débarquement des alliés, nous avons vécu des épreuves drôlement plus difficiles que celles que nous avons à vivre aujourd’hui. »

M. Morin est né en 1961, soit près de vingt années après le débarquement… Ce serait plutôt drôle si le personnage n’était candidat à la présidence de la République…

Les bourses boursicotent

Hilarant : on ne sait plus bien quelle instance communautaire anti-trust est en train de s’opposer à la fusion des bourses allemande et de New-York (NYSE Euronext) elle-même déjà le fruit d’une fusion transatlantique, au motif d’entrave à la concurrence ! Et les deux impétrants de se payer des encarts publicitaires pour jurer leurs grands dieux que jamais au grand jamais il ne leur viendrait à l’esprit d’aller contre les sacrosaintes règles de la concurrence. Et d’ailleurs cette fusion « permettrait de réaliser 3 milliards d’euros d’économies pour le compte de nos clients et des milliards d’euros pour celui des utilisateurs. » C’est touchant de sincérité et de bonne volonté, on tire ses mouchoirs devant une telle humilité, ce dévouement qui tend au sacrificiel. Saintes bourses priez pour nous pauvres pécheurs.

Les grands requins de la finance (les potes de Hollande) s’apprêtent à se manger entre eux après avoir dévoré les petits poissons autour. Ils ne sont plus que deux ou trois à tourner comme des fauves aux aguets dans une piscine qui s’est substantiellement rétrécie. Ça va saigner !

Jeu de chaises musicales en Russie

Rigolo : la principale opposition structurée en Russie à Poutine en train de se préparer à un quatrième mandat à la tête du pays, est… le parti communiste russe. Quel retournement de l’Histoire ! Poutine le kgébiste ex-soviétique, brutal et glaçant, qui a servi bien des causes troubles de l’ancien régime joue maintenant au jeu de chaises musicales avec son premier ministre pour rester à la tête du pays sans violer la lettre de la constitution. La Russie est en partie désoviétisée, mais Poutine ne l’est que fort peu. Quelle ironie de voir aujourd’hui le parti communiste s’opposer aux agissements de l’un de ses ex-serviteurs qui tente de faire perdurer les méthodes soviétiques !

Pasqua est au mieux un sacré tripatouilleur, au pire…

Dans un dîner en ville la conversation revient sur le fait de savoir si Eva Joly qui a claironné à la radio de Charles Pasqua était un criminel avait tort ou raison.

Pasqua (et parfois avec son fiston) a été impliqué dans plusieurs affaires judiciaires a pour des faits s’étant déroulé lorsqu’il était ministre et lorsqu’il ne l’était pas.

Il a été condamné à 18 mois de prison avec sursis pour faux, financement illégal de campagne et abus de confiance dans une sombre affaire de casino à Annemasse. Son parti de l’époque aurait reçu des fonds de ce tripot. Cette condamnation a été confirmée par la cour de cassation en avril 2010, elle est donc définitive.

Il a ensuite été condamné le 30/04/2010 à un an de prison avec sursis par la cour de justice de la République (chargée de juger les ministres ou le président pour des faits menés dans l’exercice de leurs fonctions) pour complicité d’abus de biens sociaux et de complicité de recel dans une affaire de vente de matériel de sécurité. Par contre la même cour de justice l’a relaxé pour les faits de corruption du casino d’Annemasse, ce qui veut dire qu’il est coupable en tant que citoyen dans l’affaire du tripot mais innocent dans le volet ministériel de cette même affaire.

Le condamné s’est pourvu en cassation pour l’affaire des matériels de sécurité et ce pourvoi a été rejeté rendant la condamnation définitive. Finalement on ne sait pas s’il est un criminel ou un délinquant mais, dans le doute, mieux vaut ne pas lui donner nos enfants à garder le soir.

Des soldats français meurent à l’étranger

Quatre soldats français tués en Afghanistan, plus 15 blessés, par un soldat afghan qui a tiré dans le tas dans l’enceinte d’une caserne où les français formaient… les forces afghanes.

Sarko l’agité communique dans les 5 minutes pour envisager le retrait anticipé des troupes françaises si « leurs conditions de sécurité ne sont pas clairement rétablies. » Pour la sécurité en Afghanistan ce n’est pas gagné ! En matière de défense et de guerre chaude il est sans doute opportun de donner un peu de temps à la réflexion et à l’analyse en préalable à la décision politique. Heureusement que les américains n’ont pas dit la même chose en juin 1944 en Normandie…

Cela étant dit, il apparaît qu’en Afghanistan on n’aime pas beaucoup les troupes occidentales, donc on les tue pour les faire partir encore plus vite que ce qui est prévu. C’est la vieille histoire des troupes d’occupation.

« Casanova » à la Bibliothèque de France

Exposition Casanova, la passion de la liberté à la Bibliothèque de France qui a acheté en 2010 le manuscrit en dix tomes de l’Histoire de ma Vie de Giacomo Casanova. Le vénitien né en 1725 a connu une vie d’aventures à travers l’Europe du XVIIIème siècle et a consacré les dernières années de sa vie dans un château en Bohème à écrire ce monument dont une réédition à la Pléiade est en préparation. Le manuscrit original est bien sûr exposé dans les vitrines, l’écriture de Casanova est relativement lisible en lignes régulières penchées vers le haut. Les désormais irremplaçables techniques de numérisation permettent à chacun de feuilleter ce document sur des écrans ou à la maison sur internet.

L’arrivée d’un trublion dans le petit monde bien réglé des télécommunications françaises

Free fait le buzz après la présentation de ses tarifs dans la téléphonie mobile et la presse en fait ses gorges chaudes. Même Le Monde passe en première page une photo pleine largeur de Xavier Niel, le chefaillon de Free, en présentation de ses produits lors d’un show mondain. La nouvelle est reprise en boucle dans tous les médias et présentée comme une révolution industrielle…

Bon, il est gentil le garçon Niel mais il n’a tout de même pas inventé la navette spatiale ; il veut juste vendre des abonnements de téléphone mobile à 20 balles sur des réseaux qu’il n’a même pas construits mais qui ont été financés par les contribuables français des décennies durant.

Beaucoup de bruit pour rien mais au moins risque-t-il d’introduire un peu de concurrence dans un monde qui en manque manifestement comme le démontrent les tarifs des opérateurs actuels. D’ailleurs la petite bande des SFR et autres Bouygues a immédiatement présenté des offres commerciales alignées sur celles de Free.

Comme toujours, et malgré les grands discours auto-persuasifs sur les avantages incomparables de la concurrence pour le consommateur, vous laissez 3 ou 4 entreprises sur un marché comme actuellement celui de la téléphonie mobile en France, et la première chose qu’elles font est de s’entendre pour se partager le marché, voir tous les abonnements à 29,90 EUR vendus par ces fournisseurs…

La dette française va coûter plus cher aux contribuables

La note de la dette publique française est dégradée du 20/20 (AAA) au 18/20 (AA+). C’est déjà pas mal de garder ce niveau, si nous avions eu ça à l’école c’eut été déjà pas mal, hélas ce fut loin d’être le cas. C’est la sanction de 35 ans de déficits budgétaires et de l’incapacité du peuple et de ses dirigeants à admettre la nécessité d’ajuster ses dépenses à ses recettes. Le dernier avatar de cette irresponsabilité est illustré par le recul du gouvernement qui voulait rétablir le taux de TVA standard sur le prix des places d’entrée dans les parcs d’attraction, face à la bronca d’un quarteron de sénateurs impotents !

Les taux d’intérêt payés par la République (et donc in fine les contribuables) vont probablement augmenter, cela dit vu le stock de dette actuelle aux taux anciens, il va s’écouler quelques temps avant que le taux moyen s’accroissent substantiellement. Et puis en même temps, la baisse des taux de référence EURIBOR absorbe une partie de la hausse des marges générée par cette nouvelle notation.

Mais d’une façon ou d’une autre, s’endetter va couter plus cher, la solution est donc de s’endetter moins, et pour s’endetter moins il suffit de viser l’équilibre entre les dépenses et les recettes. Ce n’est pas plus compliqué que cela. Nous avons déjà proposé le 8 janvier la suppression des cérémonies de vœux officiels, c’est un symbole mais en la matière les symboles comptent aussi, le reste suivra. Il faut aussi de toute urgence rétablir le taux de TVA normal sur l’entrée des parcs d’attraction à thème, et même si Raffarin en tombe de sa chaise !

On peut imaginer que l’accroissement du coût de la dette poussera à des décisions financières plus rigoureuses, l’avenir le dira.

Supprimons les vœux officiels qui sont une perte de temps

A quoi servent ces interminables cérémonies de vœux présentés par les dirigeants français à la presse, au corps diplomatiques, aux enseignants, au personnel de l’Elysée, des ministères, j’en passe et des meilleures ? Beaucoup de temps perdu et de dépenses de petits fours ; un toilettage du protocole républicain et la suppression de ces mondanités inutiles seraient opportuns.

Finalement… Jeanne

Ah si, finalement, l’agitation médiatique autour de Jeanne d’Arc va influencer au moins un vote : le mien. C’est désormais acquis, je ne voterai pas en 2012 pour quelque candidat que ce soit qui aurait participé au grand cirque médiatique autour de la Jeanne. Comme quoi l’action politique peut avoir des effets !

Lire aussi : Laissons Jeanne où elle se trouve

Laissons Jeanne où elle se trouve

La politicaille franchouillarde s’empare du personnage de Jeanne d’Arc comme nouvel étendard de la France combattante, qui, rappelons-le, a été brûlée vive par l’Eglise à la suite d’un procès en hérésie. Bien évidemment chaque intervenant y trouve ce qu’il veut et utilise le symbole à sa sauce. Est-ce qu’il existe un seul électeur susceptible de changer son intention de vote aux élections présidentielles du fait de cette agitation mondano-historique autour d’un personnage en grande partie oublié ? Sans doute non, donc le conseil du jour est que nos dirigeants et opposants travaillent un peu plus dans leurs bureaux plutôt que de parader dans les lieux marqués par Jeanne, ils seront plus utiles à la République.

Il faut mettre ce vieux Jack à la retraire

Finalement ce bon vieux Jack Lang, 72 ans n’arrive pas à se faire à l’idée d’une retraite. Après s’être fait débarqué brutalement de sa circonscription dans le nord de la France par le parti socialiste il est maintenant investi dans les Vosges comme candidat député.

Est-ce que Jack sert encore à quelque chose sinon à inaugurer chaque année la fête de la musique à la création de laquelle il fut à l’origine il y a quelques décennies ? La réponse est malheureusement non mais Jack a du mal à s’y résoudre et les cireurs de pompes qui l’entourent n’ont pas réussi à l’en convaincre. S’il est élu en mai prochain, il finira son mandat de député à 77 ans, espérons qu’il ne remettra alors pas le couvert en 2017, ce serait déraisonnable.

On voit bien qu’il est déjà surchargé le garçon : son blog n’est plus mis à jour depuis 2007, ce qui pour un communicant de première catégorie est un terrible renoncement. Alors une retraite paisible entre les plateaux télé et son appartement parisien serait la meilleure voie pour ce vieux Jack qui finalement n’a pas démérité de la République et mérite un peu de repos (et nous aussi d’ailleurs).

Merci Carla (et Charlie) !

Oui c’est vrai, c’est un peu vulgaire, plutôt facile, très Charlie, mais tellement drôle qu’il ne faut pas s’en priver. L’année 2012 sera suffisamment difficile pour notre vieille France décadente qu’il ne faut pas se priver d’une occasion de rigoler bien franchement :

Luz / Charlie-Hebdo (28/11/2011)

Une décoration nationale galvaudée !

Photo by Stephen Lovekin/Getty Images

Salma Hayek, une bombasse mondano-hollywoodienne à gros seins, mexicaine naturalisée américaine, femme pour le moment d’un fils-à-papa du CAC 40 français, est décorée de la légion d’honneur. En quoi cela sert-il à la République sinon à l’émoi du décorateur qui va épingler la légion au plus près d’un sein laiteux ? Quelle décadence !