Archive – 2015/10/30-31 – Paris Le Zénith

 

Archive_2015

Et revoici les Archive avec nouveau disque, Restriction (suivi d’un album de remix : Unrestricted) et tournée de promotion, ils sont pour deux soirées au Zénith de Paris. Un nouveau et excellent guitariste, Mickey Hurcombe, remplace Steve Harris en tournée avec Gary Numan (oui, vous avez bien lu : Gary Numan, toujours actif !), Maria Q n’est pas là et Holly Martin assure la partie féminine des chants.

Le reste du groupe est stable ne serait-ce la nouvelle coiffure de Pollard Berrier, les chevaux raides dans le dos et chapeau d’indien, une vague allure de squaw. En fond de scène trois écrans rectangulaires diffuseront une atmosphère vidéo plutôt sobre.

Le show démarre sur le nouveau hit du moment : Feel It, un morceau rythmé avec son refrain en riffs de guitare accrocheurs, enchaîné sur Fuck You et Danger Visit puis quelques morceaux toujours bien enlevés histoire de maintenir ce démarrage rock au cours duquel apparaît Holly en mini-jupette à paillettes sur Violently. Un ralentissement émouvant sous un ciel étoilé et elle interprète les deux morceaux romantiques du dernier album : Black And Blue et End Of Our Days, c’est beau comme une larme, l’écho utilisé à profusion étire sa voix et les nappes de claviers dans l’espace obscur du Zénith, Dave et Pollard y ajoutent quelques arpèges de guitares discrets, le tout est bien empaqueté, lisse comme la voix de la chanteuse : Time is the key/ Give me your heart/ And you will see what I see/ Turning in circles to find what you seek/ This is the feeling I want to release// Take all my pain/ I am just a soul to be lost in your hate/ Take me wherever your spirit will fade/ I will be with you till the end of our days…

Les choses sérieuses reprennent ensuite avec quelques références archivennes de choix : You Make Me Feel, Bullets (et un très beau duo vocal Dave & Pollard : bullets are the beauty of the blistering sky/ bullets are the beauty and I don’t know why/ personal responsibility/ personal responsibility…). Le concert prend de l’épaisseur et de l’énergie avec ces morceaux emblématiques de l’histoire du groupe, dont le final sur Numb de 2004, puis le rappel avec Lights et sa montée de tension hallucinée.

La set-list des deux shows successifs sera à l’identique, à la virgule près, leur interprétation également. Comme avec ce dernier disque Restriction le groupe voit son originalité un peu ralentie, mais on s’en contente rien que pour le plaisir de ces finals interminables où s’entassent riffs de guitare, boîtes électroniques et claviers, jusqu’à l’explosion. C’est la marque de fabrique des Archive dont la production discographique de ces dernières années est impressionnante. Et on annonce déjà nouveau CD et tournée pour fin 2016 ! Leur musique reste une sorte de progressive rock remixée à la sauce du Trip-Hop, ceux qui ont aimé les Genesis et autres King Crimson et Yes des années 80 adorent aujourd’hui Archive, et même bien d’autres si l’on en juge par la jeunesse de l’assistance, comme quoi il y a une vie en dehors du Hip-Hop, bonne nouvelle.

Setlist des 2 concerts : Feel It/ Fuck U/ Dangervisit/ Finding It So Hard/ Crushed/ Conflict/ Violently/ Black And Blue/ End Of Our Days/ Kid Corner/ You Make Me Feel/ Bullets/ Distorted Angels/ Baptism/ Ladders/ Numb
Rappel : Lights
Première partie : BRNS

Le communautarisme encore à l’œuvre

Des manifestants communautaires brûlent des voitures, bloquent routes et voie ferrée une journée durant à Moirans dans l’Isère en réclamant la possibilité pour l’un des leurs, emprisonné, de pouvoir sortir temporairement de prison pour assister aux obsèques de son frère, celui-ci étant décédé dans un accident de la route au volant d’une voiture volée et de retour d’un cambriolage… Le refus de sortie temporaire a été motivé par des violences en détention. Finalement, le jeune homme décédé sera enterré dans le calme et sans son grand frère.

Cette affaire, comme bien d’autre, marque la dérive du communautarisme qui aboutit à la négation de l’intérêt général au profit de celui des communautés, voire des individus concernés. On atteint ici un sommet dans l’absurde quand on voit le passif judiciaire des impétrants. Mais nous sommes dans un monde où plus personne n’est responsable de rien, chacun évoque ses droits et néglige ses devoirs, alors on casse, on brûle, on se plaint, on exige et qu’importe l’intérêt général. Il s’agissait à Moirans de la communauté gitane mais cela aurait pu en être bien d’autres. Ainsi va la vie aujourd’hui, tristement.

Une jeunesse allemande

Une-jeunesse-allemandeUne jeunesse allemande, un documentaire de Jean-Gabriel Périot sur le groupe terroriste allemand Fraction Armée Rouge, encore appelé la « bande à Baader » et qui défraya la chronique dans les années 70’ en même temps que les Brigades rouges en Italie et Action Directe en France. Ce furent les « années de plomb » dans une vieille Europe qui se débattait idéologiquement entre les lambeaux du marxisme et les joies du capitalisme, le tout dans une ambiance de guerre froide Est-Ouest et d’agitation étudiante soixante-huitarde.

Basé uniquement sur des images d’archive, le film raconte la sidération du peuple allemand devant ces combattants d’un autre âge défendant le prolétariat et la lutte des classes par les armes. Andreas Baader, Ulrike Meinhof, Gudrun Ensslin, Holger Meins sont les enfants de la génération nazie, tous nés durant la seconde guerre mondiale (sauf Meinhof, plus âgée, née en 1934). Le père de Baader est mort en 1945 sur le front russe. Ils ont du mal à vivre ce lourd héritage, surtout quand ils voient nombre d’anciens nazis toujours aux commandes de la République fédérale, dont le chancelier Kiesinger de 1966 à 1969.

Comme la jeunesse de cette époque ils s’interrogent sur les options idéologiques possibles, du marxisme au capitalisme, avec dans le cas particulier de l’Allemagne, 25 ans après l’ouverture des camps, le poids de la culpabilité nationale. Ulrike Meinhof était journaliste dans un journal de gauche plus ou moins communiste, participait à nombre de débats télévisés et radiophoniques, de ce fait des archives la concernant sont plus nombreuses que pour ses acolytes.

Le documentaire montre l’évolution du groupe jusqu’à la prise des armes et l’action violente contre le système capitaliste dont ils sont très majoritairement issus. Le combat s’achèvera faute de combattants, la grande majorité des allemands étant plus tournée vers la prospérité renaissante que l’action révolutionnaire, même si une certaine intelligentsia apportait un soutien moral au groupe. Jean-Paul Sarthe rendit d’ailleurs une visite restée célèbre à Andreas Bader emprisonné dont la légende dit qu’il en ressortit en assénant un lapidaire « Ce qu’il est con ce Baader ! » mais il continua néanmoins à contester les conditions de haute sécurité dans lesquelles étaient détenus les membres du groupe mis à l’isolement total.

Au total ce ne furent que quelques dizaines de citoyens allemands qui furent membres de la bande et bien moins encore qui participèrent à l’action violente. Ils reçurent un temps le soutien de palestiniens chez qui ils étaient bien sûr allés se former : un détournement d’avion de la Lufthansa par des terroristes moyen-orientaux réclamant la libération des prisonniers Baader-Meinhof se termina par un assaut à Mogadiscio et la libération des otages.

La grande majorité des membres du groupe Baader-Meinhof sont morts en prison dans des conditions qui ne sont pas encore parfaitement établies, les hypothèses possibles alternant entre suicide collectif (version officielle) et assassinats d’Etat. Ulrike Meinhof est retrouvée pendue dans sa cellule le 8 mai 1976, Gudrun Ensslin dans les mêmes conditions le 18 octobre 1977, Andreas Baader une balle dans la tête le même jour (l’arme lui aurait été remise par son avocat) et Holger Meins était mort suite à une grève de la faim le 9 novembre 1974.

Un film troublant sur une époque que l’on pensait révolue… Mais le terrorisme a réapparu aujourd’hui dans les conditions que l’on connaît. Seule l’idéologie a changé, on est passé de Marx à Dieu mais la dévastation est la même. La similitude entre ces deux dérives est d’ailleurs frappante : dans les deux cas les enfants d’une nation en viennent à répandre la mort parmi les leurs en se laissant emporter par des slogans idéologiques aboutissant à la déraison.

Indécence et beaufitude

Un grave accident de la circulation fait 43 morts sur une petite route du sud-ouest. Aussitôt les chaînes de télévision s’emparent du sujet avec la délectation morbide qui leur sied si bien en de telles circonstances et la perspective d’amélioration de leurs recettes publicitaires qui ira de pair avec la croissance de leur audience.

France 2 a immédiatement créé son petit logo-en-bas-à-droite-de-l’écran « collision mortelle » et dépêché ses reporters à travers la France pour « couvrir l’évènement ». Evidemment l’accident s’étant déroulé le matin même personne ne sait bien encore comment expliquer un tel tragique bilan mais tout le monde échafaude, envisage, imagine, raconte ce qui aurait pu se passer sur cette route tragique. Le plus piquant pour les journalistes est que la majorité des morts sont des retraités en goguette tous issus du même petit village. Tous les ingrédients sont réunis pour un 20H mémorable.

Les journalistes se rendent dans le village, filment les familles en pleurs qui ne savent pas même encore si leurs proches sont morts ou vivants, interrogent au hasard des rues : « c’était votre mère ? », « que savez-vous ? », « on ne vous dit rien, comment est-ce possible ? », « que ressentez-vous ? », etc…

La Marie Drucker avec sa dégoulinade de cheveux noirs sur l’épaule en profite même à la fin des 20 mn du journal consacré à l’accident pour conseiller aux téléspectateurs de télécharger l’application « FranceTVInfo » pour pouvoir continuer à suivre en direct les prochaines étapes de l’affaire. Ca ne peut pas faire de mal !

Comme à chaque exploitation du tragique par la presse racoleuse on reste confondu devant tant d’indécence et de beaufitude. Comment peut-on délivrer des cartes de presse (et l’accès aux niches fiscales qui vont de pair pour leurs titulaires) à de tels profiteurs de gogos ? Nous le savons depuis longtemps, la presse à la recherche d’audience est, avec le fouteballe, très fortement génératrice d’abrutissement des masses, mais parfois les bornes de la décence sont clairement dépassées comme ce soir, hélas.

François 1er à l’assaut du conservatisme des siens

Rigolo : François 1er, pape catholique et représentant de leur Dieu sur terre essaye de faire changer la mentalité légèrement conservatrice de ses ouailles et cela n’a pas l’air de tout repos. Un synode réunit actuellement des évêques de tous pays et ce petit monde planche sur le sort que l’Eglise doit réserver aux divorcés et aux homosexuels.

Aujourd’hui le dogme catholique interdit aux de communier. Ils ne sont pas vraiment chassés de l’Eglise mais ils n’ont pas accès à la communion. Les homosexuels ne sont guère mieux lotis car ils commettent des actes ne permettant pas le don de la vie. François 1er voudrait faire évoluer le dogme vers un peu plus de tolérance.

Ce synode planche sur un document intitulé Instrumentum laboris, publié en juin dernier, dégoulinant de bonnes intentions et d’amour du prochain mais ne pouvant sortir trop franchement des contraintes du dogme malgré quelques timides tentatives. En fait l’Eglise catholique a un problème commercial : son marché dans les pays occidentaux tend à s’effondrer. Les catholiques abandonnent la bible au profit de l’aïe-phone, se marient de moins en moins, divorcent de plus en plus, utilisent la contraception et vont même jusqu’à marier les homosexuels. Pas facile dans ces conditions de les faire cohabiter avec le dogme, sauf à faire évoluer celui-ci, mais comment changer un dogme qui descend du Ciel en ligne directe ? C’est l’exercice difficile auquel s’essaye courageusement François 1er.

Il se heurte à l’opposition de certains évêques, pour le moment majoritaires, issus des pays émergeants qui eux ne veulent pas du mariage homosexuel ni donner la communion aux divorcés. Le problème est que ces pays sont le marché en croissance du catholicisme alors on ne peut plus forcément leur faire prendre des vessies pour des lanternes. Certains évêques conservateurs de la vieille Europe ne sont pas non plus en reste pour s’opposer aux tentatives d’évolution de dogme considérées comme quasiment révolutionnaires.

La bulle Instrumentum laboris fait 36 pages et voici quelques extraits :

Le développement de la société de consommation a séparé sexualité et procréation. C’est aussi une des causes de la dénatalité croissante. Dans certains contextes, elle est liée à la pauvreté ou à l’impossibilité de s’occuper des enfants ; chez d’autres, à la difficulté de vouloir assumer des responsabilités et à la perception que les enfants pourraient limiter le libre épanouissement de soi.

Il est réaffirmé que chaque personne, indépendamment de sa tendance sexuelle, doit être respectée dans sa dignité et accueillie avec sensibilité et délicatesse, aussi bien dans l’Église que dans la société. Il serait souhaitable que les projets pastoraux diocésains réservent une attention spécifique à l’accompagnement des familles où vivent des personnes ayant une tendance homosexuelle et à ces mêmes personnes.

Il est totalement inacceptable que les pasteurs de l’Église subissent des pressions en ce domaine et que les organismes internationaux subordonnent leurs aides financières aux pays pauvres à l’introduction de lois qui instituent le « mariage » entre des personnes du même sexe.

Sur l’homosexualité on voit la prudence de la rédaction.

François 1er et son synode sur la famille c’est un peu comme Cambadélis au parti socialiste français : il y a des frondeurs, des courants, des conciliants, des râleurs, des emmerdeurs… et il faudra bien trouver une motion de synthèse qui soit votée par la majorité.  « Votée » c’est un peu vite dit pour le synode où la démocratie électorale n’est pas vraiment de mise, mais disons plutôt « adoptée ». D’ailleurs la presse a publié une lettre adressée au pape au début du synode, signée par treize cardinaux rebelles qui dénonçaient la méthode visant à leur forcer la main pour « faciliter l’obtention de résultats prédéterminés ».

François 1er est un peu le Macron du Vatican : il cherche à moderniser ses ouailles contre leur volonté quand Macron cherche à moderniser la gauche française et lui faire abandonner ses dogmes marxo-syndicalistes. La tâche est rude mais les deux garçons sont courageux et sans doute désintéressés. Que Dieu leur prête réussite !

Des sous…

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Le département du Val de Marne se paye des affiches pour réclamer ce que l’Etat « lui doit ». Comme toujours le syndrome français du découplage entre recettes et dépenses joue, dans les grandes largeurs puisqu’on a ici une collectivité locale qui réclame ses sous à l’Etat. Le contribuable départemental veut extorquer des sous dans la poche du contribuable national, souvent le même d’ailleurs qui se vide la gauche pour remplir la droite. Comme (trop) souvent le contribuable français râle et veut voir baisser les impôts mais augmenter les dépenses publiques.

Tout le monde est d’accord pour baisser les dépenses mais surtout celles du voisin. Baisser les dépenses signifie que les dépenses vont… baisser ce qui ne semble pas très clair pour tout le monde, en tout cas pas pour le Val de Marne. La vérité c’est que l’Etat baisse ses dépenses notamment en diminuant ses subventions aux collectivités locales qui devraient en conséquence faire baisser leurs dépenses. Elles n’y arrivent pas pour toute une série de raisons bonnes ou mauvaises, alors elles augmentent les impôts locaux et leurs dettes. On se contente de pousser la misère sous le tapis.

Zappa plays Zappa – 2015/10/20 – Paris le Trianon

Zappa

Dweezil Zappa, fils de l’immense Franck Zappa, entretient la mémoire de son père en jouant sa musique partout à travers le monde avec une affectueuse fidélité et la virtuosité paternelle. La famille s’écharpe un peu par réseaux sociaux interposés sur des histoires sordides de droits et d’utilisation du nom « Zappa », mais qu’importe, Dweezil est sur la route avec un groupe un peu déjanté à… la Zappa qui nous fait replonger avec délice dans l’ambiance moderno-jazzy-inventive créée par son père

Contrairement à celui-ci, il ne chante pas et n’apparaît pas comme un show man d’exception, il se contente de jouer de la guitare avec attention et brio, laissant l’animation du concert à ses cinq complices, tous jeunes et multi-instrumentistes, dont Sheila Gonzales aux instruments à vent, claviers et chant et Ben Thomas qui joue de la guitare et affiche la voix et la folie de Franck. Le groupe rejoue l’album « One Size Fits all » qui fête ses quarante ans. Même sans connaître sur le bout des doigts la discographie de Zappa père, on retrouve sans l’ombre d’un doute l’aimable folie musicale que le Maître impulsait dans ses compositions et dans ses concerts.

Le résultat est un mélange inclassable de délire musical : des dissonances, des constructions, des improvisations, le tout sous un déluge de notes, d’instruments qui s’interpellent et se répondent, de parties chantées-parlées, de cris, de trios chantés à la perfection par le claviériste, le bassiste et Sheila, et des guitares bien sûr, des guitares éruptives qui nous emportent.

C’est riche et c’est brillant, créatif et improbable, jubilatoire et unique, cette musique n’a pas pris une ride. Lorsque Dweezil attaque les solos, on se laisse porter avec jubilation par les mélodies acrobatiques qu’il interprète à la perfection.

Ils sont tous les enfants du grand Franck Zappa, ensemble ils font vivre et perdurer cette musique venue d’une autre galaxie. Bravo et merci à eux.

Démesure

England's Wilkinson is tackled by Wales's Popham and Jones during Six Nations rugby union match at Twickenham in London

La presse de ce dimanche affiche « Humiliation » à sa une et les chaînes « d’information » se lamentent avec une armée de « consultants » sanglotant sur cette « défaite historique ». S’agit-il d’une commémoration de Waterloo, de juin 1940, des accords d’Evian de 1962 ? Non, il s’agit de rendre compte de la défaite d’une bande de brutes avinées dans une compétition de pousseurs de ballon ovale face à une horde de brutes avisées venant des mers du sud.

Accessoirement, cette équipe française de rugby consomme des subventions versées par les contribuables, sans parler du projet de grand stade de rugby de Ris-Orangis qui bien heureusement n’a pas encore été validé faute de financement. Comme si la France et sa capitale manquaient de stades sous-utilisés où organiser les jeux du cirque ! Par mesure de justice sociale et en ces temps de vaches maigres budgétaires, il conviendrait idéalement de laisser ces fédérations de pousseurs de ballons s’autofinancer et consacrer les subventions publiques à des affectations plus en rapport avec les vrais besoins de la Républiques et de ses citoyens.

Dans la même soirée des crétins cramponnés se sont affrontés en Corse au cours d’un match PSG-Bastia à la suite duquel des encagoulés ont mis à sac des agences bancaires locales.

C’était juste un samedi ordinaire de pousseurs de baballes.

Le bal des cadors

Platini et Blatter, respectivement chef de la fédération internationale de fouteballe (FIFA) et chef de la fédération européenne de fouteballe (UEFA) sont mis à pieds par la commission d’éthique de la FIFA. Oui vous avez bien lu, il y a une « Commission d’Éthique indépendante » à la FIFA et elle semble avoir fort à faire comme l’indique son communiqué du 8 octobre :

La chambre de jugement de la Commission d’Éthique, présidée par Hans‑Joachim Eckert, a provisoirement suspendu le Président de la FIFA, Joseph S. Blatter, le président de l’UEFA et vice-président de la FIFA Michel Platini, ainsi que le Secrétaire Général de la FIFA, Jérôme Valcke, (qui a déjà été relevé de ses fonctions par son employeur, la FIFA) pour une durée de 90 jours. La durée de ces suspensions pourra être étendue pour une période supplémentaire qui n’excèdera toutefois pas 45 jours. L’ancien vice-président de la FIFA Chung Mong-joon a été suspendu six ans et s’est vu infliger une amende de CHF 100 000. Durant ces périodes, les personnes susmentionnées sont suspendues de toutes activités liées au football sur un plan national comme international. Ces suspensions entrent immédiatement en vigueur.

Ces décisions sont motivées par les enquêtes actuellement menées par la chambre d’instruction de la Commission d’Éthique, le président de cette chambre étant Cornel Borbély. L’enquête portant sur Joseph S. Blatter est menée par Robert Torres, tandis que celle portant sur Michel Platini est menée par Vanessa Allard.

La procédure menée à l’encontre de l’officiel sud-coréen Chung Mong-joon a été ouverte en janvier 2015 à partir des conclusions du rapport sur l’enquête portant sur la procédure de candidature pour les éditions 2018 et 2022 de la Coupe du Monde de la FIFA™. Ce dernier a été reconnu coupable d’infractions de l’article 13 (Règles de conduite générales), l’article 16 (Confidentialité), l’article 18 (Obligation de déclaration, de coopération et de rapport), l’article 41 (Obligation de collaboration des parties) et l’article 42 (Obligation de collaboration) du Code d’éthique de la FIFA.

La Commission d’Éthique n’est pas en mesure de commenter les détails de ces décisions avant qu’elles ne deviennent fermes et définitives en raison des dispositions de l’article 36 (Confidentialité) du Code d’éthique de la FIFA.

Guéant, haut fonctionnaire de la République, comparaissait devant le tribunal correctionnel pour recel et détournement de fonds. Une peine de trente mois de prison avec sursis et 75 000 EUR ont été requis.

Les suspensions fouteballistiques sont provisoires. Les réquisitions contre le ministre Guéant seront ou pas confirmées par le tribunal. Les deux affaires se percutent étrangement.

L’Arabie saoudite en vedette à l’ONU

Un jeune homme saoudien a été condamné à mort par décapitation avec ensuite crucifixion de son corps sans tête jusqu’à ce que ses chairs commencent à se décomposer. Il lui est reproché d’avoir participé à une manifestation contre la famille royale, le tout dans un contexte de manifestants musulmans chiites dans un pays majoritairement sunnite.

Rappelons que ce qui différencie ces deux courants depuis l’an 632 est que :

  • Les chiites pensent que le successeur légitime du prophète Mahomet est Ali, son gendre et fils spirituel.
  • Les sunnites pensent que le successeur légitime du prophète Mahomet est Abou Bakr qui deviendra effectivement calife.

La communauté internationale, majoritairement occidentale, s’émeut de cette condamnation qui n’a pas encore été mise en œuvre à l’heure où nous parlons. L’émotion est d’autant plus grande qu’au même moment l’Arabie saoudite vient d’être nommée à la tête d’une commission consultative du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Ce machin n’a sans doute pas grande influence ni importance, il n’en demeure pas moins que les démocraties réagissent sur les plateaux télévisés mais personne ne sait bien comment s’opposer à ce mouvement. Ce pays a été nommé sur proposition du groupe Asie du Conseil au sein duquel les pratiques judiciaires saoudiennes choquent sans doute beaucoup moins qu’en Europe ou qu’aux Etats-Unis… Si vous ajoutez les enjeux commerciaux et financiers que représentent Ryad vous en arrivez à cette proposition.

L’ONU c’est aussi ce mélange interlope où se côtoient tous ces pays aux croyances et coutumes différentes. L’ethnocentrisme propre à nos démocraties occidentales nous fait considérer que les droits de l’homme tels qu’ils ressortent de la déclaration de 1948 portant le même nom sont universels et devraient être applicables partout. Ce n’est hélas pas le cas au sein des 193 pays membres de l’ONU. D’ailleurs cette fameuse déclaration a été suivie de toute une série de traités et protocoles internationaux liés aux droits de l’homme. Tous les pays n’ont pas signé ni ratifié ceux-ci, ou alors l’ont fait avec des réserves. Certains de ces documents sont d’ailleurs bizarrement qualifiés de « facultatifs » ce qui en dit long sur leur robustesse…

Malgré tout l’enceinte de l’ONU à New York est la seule où se retrouvent les 193 Etats membres, plus quelques satellites, pour y discourir, confronter beaucoup de mauvaise foi, cacher nombre d’intérêts inavouables, jauger leurs capacités de nuisance respectives, parfois détourner de l’argent, mais aussi de temps en temps, adopter des résolutions qui ont fait progresser l’Humanité. Alors il faut parfois compromettre pour maintenir ce dialogue et puis, au moins en ce qui concerne les droits de l’homme on sait que les peuples quand ils en ont l’occasion votent avec leurs pieds comme actuellement les réfugiés syriens qui prennent la route de l’Europe plutôt que celle de l’Arabie saoudite. Leurs dirigeants évolueront un jour… Quand on songe au nombre de dictatures galonnées qui existaient en Amérique latine, voire en Europe de l’est, dans les années 70’ on peut espérer une évolution identique sur les autres continents. L’ONU est là pour ça et en attendant l’organisation arrivera peut-être à faire éviter l’exécution barbare de ce citoyen saoudien.

Scandale chez Volkswagen

Le constructeur automobile allemand Volkswagen (VW) est pris les doigts dans le pot de confiture : il a admis par la voix de son pédégé avoir équipé ses modèles à moteur diesel d’un logiciel permettant de masquer lors des contrôles techniques le véritable niveau d’émission de particules polluantes. Cela concerne pour le moment le marché américain mais aussi probablement le reste du monde.

C’est un coup de tonnerre sur l’horizon bleu immaculé de la puissance industrielle allemande et une atteinte qui sera sans doute durable à la réputation de rigueur et d’intégrité germanique. Accessoirement Volkswagen pourrait ne pas s’en remettre compte tenu des coûts considérables que cette fraude va engendrer, amendes et rappel de véhicules, il y en a pour des dizaines de milliards d’euros.

Ce qui prête à sourire dans cette affaire est qu’une nouvelle fois se confirme le fait que derrière les slogans sur la libre concurrence et les poncifs sur leurs valeurs, les entreprises lorsqu’elles sont laissées à elles-mêmes ne songent qu’à s’entendre entre elles sur le dos des consommateurs et à contourner les règles que fixent les Etats pour protéger leurs citoyens. Les exemples sont multiples, des cartels aux escroqueries financières.

La réaction face à cette réalité blafarde n’est pas évidente, entre le libéralisme échevelé tablant sur le fait que les fraudeurs tomberont d’eux-mêmes (comme cela est en train de se passer avec VW), ou l’excès de règles et de contrôles qui poussent les entreprises à redoubler d’inventivité pour s’en arranger. A priori VW a tout de même été rattrapé par ces contrôles administratifs dont les résultats exagérément bons et de façon permanente ont fini par attirer l’attention. A moins qu’ils n’aient été dénoncés par les concurrents…

On mesure enfin la vacuité des discours actuels sur l’environnement quand on constate que la mesure de la pollution automobile est laissée dans les mains des constructeurs dont certains choisissent de les manipuler…

Charlie Hebdo continue

Les départs se succèdent à la rédaction de Charlie Hebdo parmi les survivants des attaques religieuses subies en janvier dernier qui ont fait une quinzaine de morts dont Cabu, Charb, Wolinsky, Tignous et bien d’autres. Ceux qui restent ont du mal à survivre, on peut le comprendre. Des tensions sont apparues sur la gestion de la période post-attentat.
Pelloux quittera le journal à la fin de l’année. Luz est parti en déclarant :

Il [Mahomet] ne m’intéresse plus. Je m’en suis lassé, tout comme [le personnage de] Sarkozy. Je ne vais pas passer ma vie à les dessiner.

Des journalistes restent et de nouveau arrivent et cette communauté développe le même humour que les anciens que l’o regrette quand même. Qu’on en juge avec Oui-Oui prend le bus publié le 16 septembre dernier.

Non à l’invasion des pousseurs de balle

Rugby_supporter_FRUne pensée émue pour toutes les épouses éplorées qui, ce soir, vont se taper à la télévision l’équipe de France des brutes avinées au rugby contre l’Irlande puis l’équipe de France des crétins cramponnés au fouteballe contre le Danemark ! Les plus chanceuses auront expédié leurs maris sur place à Dublin, les autres sont bonnes pour servir les pizzas et les bières.

Un Bournazel qui promet déjà !

Un lecteur attire notre attention sur un certain Pierre-Yves Bournazel qui se met en avant sur la grève des éboueurs parisiens. Le garçon a une petite quarantaine d’années, diplômé de Sciences Politiques Toulouse, conseiller de Paris et conseiller régional de l’Ile de France sous les couleurs de Les Républicains. Il fut candidat aux primaires conservatrices pour la candidature à la mairie de Paris où il termina troisième. Propret et bien mis avec ses costumes près-du-corps et ses cravates ficelles, il fréquente à l’occasion les plateaux télévisés.

Mais surtout M. Bournazel a un compte Tweeter qu’il utilise de façon obsessionnelle comme nombre de ses collègues élus pour qui un format en 140 signes est le vecteur idéal de leurs pensées à courte vue. Il affiche 14 700 abonnés à ce jour qui ont pu lire trois tweets décisifs dans la journée du 8 octobre :

Tweet_Bournazel_20151008

Reprenons Ces trois messages :

  1. Y-a-t-il un pilote dans l’avion ? (33 signes)
  2. Paris en sale état! Urgence d’agir Mme Hidalgo (46 signes)
  3. Quelle image pour Paris! (24 signes)

Il s’agit de slogans qui ne disent rien, expliquent encore moins et ne proposent aucune solution. Ils n’utilisent même pas les 140 signes autorisés mais affichent trois photos similaires de poubelles entassées qui sont censées faire souffler le vent de la révolte contre la maire Hidalgo « qui n’agit pas ». Ils ne disent rien des raisons la situation ni pourquoi la grève a lieu dans certains arrondissement et pas dans d’autres. Ils sont muets sur les négociations en cours entre la mairie de Paris et les syndicats des grévistes. Ils sont l’archétype de la communication politique d’aujourd’hui : infantilisante et contre-productive.

Rien que dans la journée du 8 octobre M. Bournazel a tweeté ou retweeté une vingtaine de messages du même ordre. Il n’a pas eu le temps ce même 8 octobre d’annoncer que la grève de quatre jours des éboueurs s’était terminée le soir même suite aux négociations menées entre les parties.

Ce Bournazel n’a pas quarante ans mais il promet déjà ! Comme tout ceci est affligeant.

Morano rivalise avec Sarkozy

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On se souvient de la citation de Sarkozy sur l’immigration en juin dernier devant un parterre de militants à L’Isle-Adam :

« Dans une maison, il y a une canalisation qui explose, elle se déverse dans la cuisine… Le réparateur arrive et dit, j’ai une solution: on va garder la moitié pour la cuisine, mettre un quart dans le salon, l’autre quart dans la chambre des parents et si ça ne suffit pas il reste la chambre des enfants. »

La Morano y est allé de son couplet sur les étrangers il y a quelques jours :

« Nous sommes un pays judéo-chrétien. Le général de Gaulle le disait, de race blanche, qui accueille des personnes étrangères… J’ai envie que la France reste la France et je n’ai pas envie que la France devienne musulmane. »

Le premier a décidé de faire déchoir la seconde de son investiture de tête de liste pour la région Est aux élections régionales de décembre 2015. Elle s’en remettra, l’opposition également.

Air France en chute libre

Un comité d’entreprise où était annoncé un énième plan de restructuration de la compagnie aérienne Air France est envahi par du personnel en colère qui houspillent deux dirigeants qu’il faut évacuer protégés par la police et des syndicalistes loyaux. Les deux cadres terminent leur échappée avec leurs vêtements en lambeaux. Ces actions sont illégales et la justice passera.

Bien entendu l’opposition fait les choux gras de cette affaire et en profite pour déclencher un conflit verbal franchouillard à défaut de pouvoir être intelligente et force de proposition pour une société que tous les pouvoirs ont laissé s’enfoncer.

La vérité est que cette compagnie est à bout de souffle depuis des décennies et que personne n’est arrivé à la réformer pour l’adapter à son environnement mondialisé concurrentiel. D’un statut public à un statut privé avec participation de l’Etat, seule ou associée à d’autres compagnies, dirigées par des patrons nommés par la gauche, par la droite ou élus par un conseil d’administration, naviguant sous un gouvernement conservateur ou socialiste, Air France a toujours un train de retard et une faillite d’avance.

Le contribuable français a dû mettre la main à la poche plus d’une fois pour voler au secours de cette compagnie au bord du dépôt de bilan. Ne fut-ce la générosité des contribuables français, Air France aurait dû fermer ou être vendue à la concurrence depuis longtemps. Le doute s’instaure de savoir si cette société commerciale est réformable ou pas dans son cadre actuel. Peut-être sa vente à une autre compagnie serait la seule solution pour mettre un coup de pied dans cette fourmilière d’intérêts croisés et malsains, de baronnies, de corporatismes, de mauvaise gestion, d’interventions étatiques inappropriées ou de concurrence mal affrontée. Malgré tout ses avions nous ont fait voyager, mais à quel coût pour les contribuables. Il apparaît que l’on arrive au bout du voyage.

Le maintien d’un « pavillon français » dans le transport aérien n’est plus vraiment indispensable. L’essentiel est qu’un service de transport aérien soit offert au départ et à destination de l’hexagone. Des compagnies étrangères feront aussi bien le job. Elles le font d’ailleurs déjà en partie. Air France c’est un peu comme la SNCM, la faire tourner rond est à peu près impossible alors il est des cas où il vaut mieux tirer le rideau et passer à autre chose.

L’insurrection du Café de Flore

Yves de Kerdriel, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire (très) conservateur Valeurs Actuelles, se plaint sur les plateaux télévisés de « l’insurrection du Café de Flore », faisant ainsi référence aux « bobos bien-pensants » qui vont trop souvent à son goût à l’encontre de la pensée (si l’on ose dire) ultra-libérale diffusée par son journal.

La pensée « bien » est-elle incompatible avec celle de Valeurs Actuelles ? Il semble que oui. Les bobos qui revendiquent leur « bien-pensence » rappellent à de Kerdriel qu’ils ont versés sur leurs impôts la somme de 961 026,00 EUR à titre de subventions à ce journal en 2014. Cette générosité même pour ses « ennemis de classe » fait partie intégrante du penser bien.

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Déconnexion et découplage

Quelques nouvelles affaires animent l’actualité ces derniers temps, à mi-chemin entre la corruption illégale et l’absence de moralité non punissable par la justice.

  • Guéant, ancien secrétaire général de la présidence de la République, ancien ministre, ancien préfet, etc. a perçu durant plusieurs années de « primes de cabinet » en liquide, même à une époque où celles-ci étaient en principe prohibées. Ces sommes n’ont pas été soumises à l’impôt. Au ministère de l’intérieur il les aurait prélevées sur les enveloppes destinées à rémunérer les indicateurs de police… Les enquêteurs ont retrouvé chez lui des factures d’électroménager assez importantes payées avec ce cash financé par les contribuables nationaux.
  • Platini, candidat à la présidence de la fédération internationale de fouteballe (FIFA) et actuel chef de la fédération européenne (UEFA) a perçu 1,8 million d’euros comme solde d’un « travail effectué » pour la FIFA qui a donc été facturé plusieurs millions d’euros. Ces sommes ont été soumises à l’impôt en Suisse.

Ces deux cas assez récents illustrent le copinage financier dans lequel se complait une certaine partie de l’élite française. Le problème n’est pas tant les sommes en jeu qui ont enrichi les impétrants pour un « travail » dont la réalité reste à déterminer, mais leur déconnexion complète avec l’air du temps. Après les nombreux scandales financiers qui ont émaillé nos Républiques successives, du canal de Panama à Stavisky en passant par les emprunts russes, les plus optimistes ont pu croire qu’en ce début de XXIème siècle un Guéant, au poste qu’il occupait, réaliserait que percevoir de l’argent public (c’est-à-dire venant de la poche des contribuables) en liquide non déclaré en plus de son salaire et de ses indemnités, qui doivent sans doute lui permettre un niveau de vie décent, est quelque chose qui ne se fait pas. Ou qu’un Platini qui encaisse des millions d’euros de la fédération d’à côté alors qu’il doit déjà percevoir des revenus élevés s’interroge sur la transparence de cet arrangement. La rapacité de cette élite laisse pantois.

Du découplage des citoyens entre recettes et dépenses, qui réclament plus de dépenses publiques et moins d’impôts, à la déconnexion d’une certaine élite avec les réalités, qui se sert dans la caisse, on a les ingrédients de notre société moderne où l’individualisme est porté à son paroxysme et l’intérêt particulier placé au-dessus de tout et surtout de l’intérêt général.