HOOK Peter, ‘Substance – New Order vu de l’intérieur’.

Sortie : 2017, Chez : Le Mot et le Reste.

Peter Hook, musicien bassiste britannique a participé au mouvement post-punk en jouant dans le groupe éphémère Joy Division, puis, après le suicide de son chanteur, à la poursuite du concept à travers le groupe New Order. Il raconte cette aventure dans ce récit de 750 pages où se mêlent à la fois les détails techniques sur ses amplis ou ses instruments, une discographie extrêmement détaillée de l’ensemble de leur catalogue, la liste exhaustive de leurs concerts, mais aussi et surtout le souffle de 40 années de musique et de création depuis le premier concert des Sex Pistols vu par Peter et Bernard « Barney » Summer, alors copains de lycée, au mitan des années 70′, et qui allaient mener ensemble l’histoire New Order jusqu’au départ de Peter Hook en 2007 à la sortie du film « Control » d’Anton Corbijn sur l’étoile filante Joy Division dont la bande originale est signée New Order.

Originaire de Manchester, le groupe connut un succès international et inspira nombre d’autres musiciens. S’extrayant assez vite de l’influence Joy Division, il s’orienta assez tôt vers une exploration électronique et dance qui a marqué les années 80 et 90′.

Evidemment, la vie d’un groupe de rock à succès à cette époque est un peu une histoire de fureur et de fracas, mais c’est ainsi que la création avance. Alors il est ici question de conflits d’égos entre Peter et Barney, les deux compositeurs, d’addictions et d’excès, de tournées destructrices, de milliers de kilomètres parcourus pour jouer sur toutes les scènes de la planète, de filles, de fans, de roadies, d’embrouilles, de producteurs et de managers, mais aussi de longues séances d’enregistrement dans les quelles s’affrontent encore nos deux compères sur les notes et les instruments (Barney était le seul auteur des mots), et les façons d’arriver au produit final…

On reste toujours étonnés qu’une telle accumulation de violence interne, de débauche généralisée, de modes de vie décalés, bref, qu’un tel chaos puisse finalement produire cette musique qui a marqué une génération. Peter Hook raconte sa vision de cette histoire jusqu’à la rupture définitive. New Order continue depuis avec quelques concert, mais sans Peter. Barney a lui aussi écrit ses mémoires, parfois contradictoires. Ils habitent tous les deux dans le même quartier de Londres et se rencontrent en voisins sexagénaires pour échanger quelques banalités sur le trottoir, fin d’une histoire de rock !

Constantinople et la politique moderne

En campagne électorale municipale le président turc passe la vitesse supérieure dans le beaufitude de son argumentation politique. Le voici maintenant qui s’attaque au statut de la basilique Sainte-Sophie à Istanbul, qui a été successivement une église, puis une mosquée, puis un musée depuis 1934, au fur et à mesure des guerres de conquête des croisés catholiques puis des guerriers musulmans qui ont marqué cette ville, de Byzance à Istanbul, en passant par Constantinople. Dans sa grande sagesse le président Atatürk avait transformé l’ancienne basilique en musée pour marquer l’impossible réconciliation entre les religions, alors que ses troupes voulaient la dynamiter en 1918 après la défaite des puissances de l’Entente lors de la première guerre mondiale et que des troupes occidentales occupaient Istanbul…

Evidement le président actuel dont l’une des stratégies est de réislamiser la Turquie s’empare du dossier et veut retransformer ce musée en mosquée. On se demande s’il n’a vraiment rien de mieux à faire que de perdre son temps à ces billevesées religieuses qui n’intéressent que les extrémistes des deux bords. Il pourrait par exemple consacrer un peu plus de temps au développement économique de son pays ? Ainsi vont politique et religion lorsque par malheur elles sont mélangées.

Leur nombrilisme les fait passer par la case tribunal

Certains des émeutiers qui ont pillé des magasins parisiens n’ont pas pu s’empêcher de publier des photos leurs butins sur les réseaux dits-sociaux. Il semble que la police regarde également ces réseaux, ils ont été arrêtés à leur domicile et traduits en justice. D’autres se vantaient bruyamment dans le train retour qui les ramenait chez eux le samedi soir après leurs pillages, ils ont été dénoncés par une passagère : la police les attendait sur le quai à leur arrivée. Les fruits de leurs rapines suffisaient à les identifier plutôt facilement.

Ce besoin irrépressible de tout publier de sa vie nuit parfois à la capacité de raisonnement des utilisateurs de ces Facebook et autres Twitter. Il faut se féliciter que, pour une fois, ces réseaux permettent d’appliquer la Loi.

L’armée est mobilisée

Critiqué de toutes parts, par les opposants de tous bord, les émeutiers et les non-émeutiers, les consultants de plateaux télévisés et Mme. Michu, risée des pays étrangers, le gouvernement français se sent obligé de faire quelque chose « de plus » pour essayer de mettre fin aux émeutes qui agitent le pays depuis plusieurs semaines, sur bases de revendications sociales plus ou moins révolutionnaires, et de simples besoins de détruire. Alors il a été décidé de déployer l’armée dès samedi prochain pour garder les bâtiments officiels et permettre ainsi aux forces de l’ordre classiques de se consacrer aux combats contre les émeutiers. Accessoirement quelques lampistes, dont le préfet de Paris, en charge de la sécurité nationale sont mutés ailleurs.

Les râleurs professionnels et les critiques de salon ne se gênent pas pour, le matin, agonir le laxisme de l’exécutif, et, le soir, attaquer l’engagement de l’armée sur des opérations de maintien de l’ordre. Les débats de café du commerce sont sans fin et pendant que l’on s’entredéchire bien confortablement installés devant un verre de blanc-sec, on oublie un peu qui sont les vrais coupables, ceux qui commettent cette violence, voire on les exonère sur le thème : « on peut les comprendre face à la violence sociale ».

Si se pose la question d’appuyer ou non sur la gâchette, la décision n’est pas facile à prendre ; grandeur et servitude du pouvoir absolu. On a vu un samedi un motard sortir son pistolet et la pointer sur des émeutiers qui commençaient à lyncher son groupe de trois policiers, il n’a pas tiré et cette arme a semblé faire reculer les factieux. Ce ne sera peut-être pas toujours le cas, une étincelle peut déclencher des tirs mortels, il n’est pas exclu que la frange extrémiste des émeutiers ne soit armée. L’implication de l’armée est une étape supplémentaire de répression, dangereuse, peut-être nécessaire. Elle peut donner de bons résultats, comme de moins bons… L’avenir à court terme le dira.

La morale de tout ceci est qu’il va falloir payer pour se sortir de cette insurrection, la répression n’y suffira pas, il faudra aussi des sous. C’est la méthode unique de résolution des conflits en France depuis des siècles. Il faut s’y préparer.

Il va bien falloir travailler plus longtemps

Une ministre annonce au passage à la radio qu’à son humble et personnel avis il faudra se reposer la question d’éventuellement repousser l’âge minimum légal de départ en retraite actuellement de 62 ans. Elle est aussitôt noyée sous un déluge de critiques et se trouve forcée de démentir ses propos devant l’assemblée nationale. Le fait qu’un ministre doive avaler son chapeau n’est pas un drame en soi et ce n’est certainement pas la dernière fois que cela se produit, mais le véritable drame est que des responsables politiques intelligents, formés à l’école de la République, rémunérés par les contribuables, continuent à s’accrocher ainsi à de vieilles lunes dont ils connaissent bien le caractère dépassé.

Il est hélas devenu incontournable qu’une nouvelle réforme du système de retraite devra être mis en place. Celle qui est annoncée par l’exécutif devrait aller au-delà du simple réglage des paramètres habituels que sont la durée de cotisation et le montant des prestations. Aujourd’hui, à défaut de pouvoir jouer ouvertement sur le paramètre de la durée, on baisse subrepticement les prestations versées, en faisant varier l’ajustement des pensions à un niveau moindre que celui de l’inflation constatée par exemple. D’autres moyens plus sournois sont mis en œuvre comme l’accord pris par les partenaires sociaux (syndicats de salariés et du patronat) sur le bonus/malus sur les retraites complémentaires qui aboutit à repousser au-delà de 62 ans l’âge où le retraité touchera ses droits complémentaires pleins.

La grande majorité des pays qui entourent la France ont procédé au constat hélas criant que le nombre de cotisants aux systèmes de retraite baisse quand le nombre des prestataires augmentent. Ils ont pris les mesures nécessaires pour rééquilibrer les dépenses avec les recettes, celles-ci passant souvent par une augmentation de la durée de cotisation, mais pas uniquement.

La réforme qui s’annonce est gigantesque et devrait aboutir à unifier l’ensemble des systèmes existant pour mettre en commun les déficits des uns et les excédents des autres, mais aussi de refondre intégralement le dispositif d’acquisition des droits de façon que chaque euro gagné en période d’activité génère le même droit en prestation de retraite future ! Le simple sujet des 62 ans auquel s’accrochent désespérément quelques syndicats et partenaires antédiluviens ne sera qu’un détail de la tentative de nécessaire réforme. Celle-ci sera LE sujet économique et social de l’an prochain.

La Turquie attise le feu

Tout en subtilité, le président turc commente dans ses meetings les attentats de Nouvelle-Zélande contre deux mosquées qui ont fait 50 morts et de nombreux blessés, commis par un suprémaciste blanc australien qui a priori ne nie pas les faits mais au contraire les a théorisé sur ses différents comptes dans les médias dits-sociaux. En campagne électorale le président turc harangue les foules en clamant :

Ce n’est pas un acte isolé, c’est quelque chose d’organisé… Ils sont en train de nous tester avec le message qu’ils nous envoient depuis la Nouvelle-Zélande, à 16 500 kilomètres d’ici.

Se référant à la bataille des Dardanelles pendant la première guerre mondiale, perdue par les alliés, y compris l’Australie, contre l’empire ottoman, il ajoute :

Il y a un siècle, vos aïeuls sont repartis à pied ou dans des cercueils. Si votre intention est la même que la leur, nous vous attendons.

Le terroriste australien qui a mené ces attaques a filmé ses exploits qu’il a diffusés en direct sur les réseaux dits-sociaux. Le président turc a rediffusé une partie de ces images lors de meetings électoraux. Il est indéniable que cet attentat en Nouvelle-Zélande était dirigé contre l’Islam comme ceux commis ces dernières années étaient dirigés contre les non-musulmans. Dans un cas comme dans les autres, ils sont surtout le triomphe de la bêtise humaine sur l’intelligence, la victoire de l’obscurantisme religieux contre la raison. Il n’est pas sûr que la récupération de ces attaques meurtrières dans le cadre d’un débat électoral puisse avoir d’autres effets que celui d’attiser les haines des uns contre les autres. Ce n’est pas le rôle qu’une démocratie assigne à ses dirigeants.

Le gouvernement australien s’est ému de ces propos présidentiels et en a demandé le retrait. Comme il est assez peu probable qu’il obtienne satisfaction, il recommande en attendant la prudence à ses concitoyens qui voudraient se rendre en Turquie. C’est bien le moins.

Lire aussi Attentat terroriste en Nouvelle-Zélande

Les propositions de Les Républicains

L’opposition se régale de l’impuissance actuelle de l’exécutif pour mettre fin aux émeutes en cours en France. Chacun y va de son tweet vengeur, de sa proposition de café du commerce, demande « des mesures fortes », ne craint aucune contradiction, s’affichant en « gilet jaune » le lundi et critiquant le laxisme face aux « gilets jaunes » le mardi. Bref, une opposition irresponsable qui privilégie ses propres intérêts électoraux au détriment de ceux de la République. Le parti Les Républicains n’est pas le dernier à jouer ce jeu et son chef à ne reculer devant aucune propagande :

Laurent Wauquiez pour l’ordre (mars 2019)…
Laurent Wauquiez pour le désordre (novembre 2018)…

Au moins ce parti conservateur affiche clairement ses propositions sur son site web, certaines ont été reprises par le parlement pour le vote d’une nouvelle loi anticasseur en cours d’examen par le conseil constitutionnel avant proclamation. Pour le reste, on verra lorsque le parti Les Républicains sera de nouveau aux responsabilités comment il pourra mettre en place les autres mesures proposées, dont certaines ne font pas dans la demi-mesure :

Nos propositions :

• Instaurer des peines-plancher pour tous ceux qui s’en prennent aux policiers, gendarmes, gardiens de prison et pompiers. Tous ceux qui agressent des dépositaires de l’autorité publique doivent être condamnés à des peines exemplaires et les purger.

• Interdire les manifestations dès qu’il y a des menaces à l’ordre public. Comment accepter que le Code pénal ne soit pas strictement appliqué ? Les manifestations non déclarées sont des attroupements illégaux qui doivent donner lieu à des interpellations et des poursuites systématiques. Depuis le début de la crise, 95% des individus interpellés ont été remis en liberté.

• Dissoudre les groupuscules violents, anarchistes et extrémistes ; interdire de manifester et interpeller en amont les casseurs identifiés comme le permet la loi anticasseurs. Cette proposition de loi des sénateurs des Républicains a été rejetée par les sénateurs En Marche en octobre dernier, finalement votée par les députés En Marche mais fait l’objet d’une saisine du Conseil constitutionnel par Emmanuel Macron. Il est plus que temps de rétablir l’ordre dans notre pays.

• Abaisser la majorité pénale à 16 ans pour répondre à la violence d’une délinquance de plus en plus précoce.

• Suspendre les allocations familiales des parents d’élèves absentéistes ou délinquants.

• Installer des systèmes de vidéoprotection et de contrôle d’accès dans tous les établissements scolaires.

• Permettre au juge de rendre obligatoire la castration chimique pour les prédateurs sexuels.

• Adopter une politique pénale beaucoup plus ferme : la place des criminels est en prison.

• Construire en urgence 15 000 nouvelles places de prison.

• Rétablir la double peine pour expulser les étrangers délinquants et criminels. Plus d’un prisonnier sur cinq est aujourd’hui de nationalité étrangère (15 000, soit 22% des détenus). Selon la dernière étude disponible de l’ONDRP (2013), 84% des vols à la tire, 30% des vols sans violence, 21% des vols avec violence et 18% des violences sexuelles sont commis par des étrangers.

Site web Les Républicains

« Cartier-Bresson en France » à la Fondation Henri Cartier-Bresson

FRANCE. Marseille. The AllÈe du Prado. 1932. I was walking behind this man when all of a sudden he turned around.

Une courte exposition qui retrace quelques-unes des pérégrinations du photographe Henri Cartier-Bresson à travers la France des années 30, et particulièrement celle post-Front populaire où une partie de la population commence à bénéficier des congés payés si âprement obtenus. Les photos de ce grand observateur de l’humain sont toujours touchantes de simplicité, paraissent instantanées, masquant sans doute un grand talent de la mise en scène. On se délecte des familles en pique-nique sur les bords de Seine à une époque où l’on pouvait se baigner dans le fleuve capital, gauloise au bec, béret, baguette et bouteille de gros rouge, toute une époque. Quel œil pour capter ces instants de vie !

Cartier-Bresson s’est engagé en faveur de ce mouvement populaire, ce qui, ajouté à sa fréquentation des surréalistes, sa formation à la peinture et la littérature, son approche du cinéma avec Jean Renoir, fit de lui un des plus fins observateurs de cette France de nos ancêtres.

Et comme il reste du temps le visiteur traverse ensuite l’exposition Guy Tillim, lauréat du prix HBC en 2017, exposant des photos grand-format prises dans des villes d’Afrique australe. Le procédé est intéressant, la photo est divisée généralement en trois parties qui offrent une continuité dans le paysage mais dont chacune des prises ne date pas du même instant, offrant ainsi une discontinuité dans les personnages. On est dans l’Afrique moderne des grandes villes, toutes en couleurs et que l’on devine écrasées sous le soleil. Le temps a passé depuis le Front populaire des bords de Seine… les photographies restent et deviennent une partie de l’Histoire.

Et comme il reste du temps le visiteur traverse ensuite l’exposition Guy Tillim, lauréat du prix HBC en 2017, exposant des photos grand-format prises dans des villes d’Afrique australe. Le procédé est intéressant, la photo est divisée généralement en trois parties qui offrent une continuité dans le paysage mais dont chacune des prises ne date pas du même instant, offrant ainsi une discontinuité dans les personnages. On est dans l’Afrique moderne des grandes villes, toutes en couleurs et que l’on devine écrasées sous le soleil. Le temps a passé depuis le Front populaire des bords de Seine… les photographies restent et deviennent une partie de l’Histoire.

Praça do Metical, Beira, Mozambique, 2017 © Guy Tillim, Courtesy of Stevenson, Cape Town and Johannesburg

Le Royaume-Uni n’arrive pas à se décider

Le parlement britannique a rejeté pour la seconde fois l’accord de divorce négocié entre le gouvernement et l’Union européenne. Comme la fois précédente, l’accord mécontente la majorité pour des raisons opposées : les partisans du divorce ne le trouvent pas assez radical, ceux qui veulent rester dans l’Union le trouvent trop mou, et tout ce petit monde campe sur ses positions, refusant de compromettre, oubliant leur mission et, probablement, participant à la montée de la détestation du monde politique par le citoyen. Comme d’autres nations occidentales, le Royaume roule en pente douce vers la décadence démocratique qui gangrène nombre de nations.

Le cas du Brexit est emblématique. On l’a vu dans le passé, les britanniques n’ont jamais été de francs partisans de l’union politique européenne mais uniquement intéressés par l’accès au marché unique que lui permettait son adhésion à l’Union en 1973. Ils se sont opposés depuis à beaucoup de politiques européennes et ont obtenu nombre d’exceptions et d’exemptions leur conférant un statut particulier : « le beurre et l’argent du beurre ». Avec le sentiment de leur bon droit et une efficacité certaine, ils ont cherché depuis leur adhésion à savonner la planche sur laquelle les pays membres cherchaient à renforcer les aspects politiques de l’Union. En juin 2016, un gouvernement conservateur organisa un référendum sur le maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union pour de basses raisons de politique interne. Contre toutes attentes, le résultat fut en faveur d’une sortie. La campagne électorale fut un consternant déchaînement de beaufitudes et de mensonges des deux côtés, le résultat inattendu.

Les partisans du Brexit croyaient si peu à leur victoire que rien n’avait été préparé pour la mise en œuvre d’une telle hypothèse et nombre des dirigeants qui la défendaient ont d’ailleurs disparu dans la nature et sont retournés à leurs affaires. En fait, ils sont généralement de vrais libéraux et pensent profondément qu’il faut laisser faire les choses, surtout ne pas convenir d’un accord avec l’Union, le sacrosaint « Monsieur le Marché » devant régler naturellement tous les problèmes et aplanir les difficultés.

En attendant il n’y a pas de majorité au Parlement, ni pour la solution libérale, ni pour l’option modérée d’une séparation encadrée par un accord. Encore plus contradictoire, le lendemain du second rejet du projet d’accord remodelé, ce Parlement a voté massivement contre l’option d’une sortie sans accord… retour à la case départ et aveu d’impuissance. Du coup, un nouveau vote de ce parlement indécis demande à la première ministre de négocier un report de la date limite de sortie fixée au 31 mars 2019.

L’un des points de blocage les plus sensibles concerne le cas de l’Irlande du nord. Celle-ci faisant partie du territoire de la couronne, une fois le Royaume sorti de l’Union, il conviendrait donc de rétablir une frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du nord, c’est la logique de la sortie du marché unique. Simplement, les britanniques n’en veulent pas car cela risquerait de relancer la guerre civile en Irlande du nord entre les catholiques partisans de la réunification des deux Irlande et les protestants voulant maintenir leur appartenance à la couronne britannique. Du coup, le Royaume-Uni quitte l’Union, principalement pour revenir tranquillement à l’abri de ses frontières mais… ne veut pas rétablir celle avec la République d’Irlande. C’est inextricable et nous en sommes là. Les britanniques qui ont pollué l’Union du temps de leur présence, continuent à la perturber sérieusement pour en sortir.

Cerise sur le gâteau, le gouvernement conservateur dirigé par Theresa May, elle-même initialement partisane du maintien dans l’Union, chargé de négocier la sortie, organisa des élections anticipées en avril 2017 pour renforcer sa majorité, dont le résultat aboutit à… l’affaiblir, rendant plus délicate encore l’adoption du produit de ses négociations avec Bruxelles, comme on l’a vu ces derniers mois. Bref, c’est le chaos à tous les étages mais peut-être cette déconstruction sera-t-elle positive.

Il reste encore quelques semaines pour aboutir à un divorce à l’amiable, si celui-ci ne pouvait pas être conclu à temps, et bien la sortie serait plus brutale mais pas forcément plus mauvaise. Il faudra refaire le point dans dix ans sur les positions respectives de l’Union sans le Royaume-Uni et du Royaume indépendant. Bien malin est celui qui croît pouvoir prédire aujourd’hui ce qu’il en sera demain. God save the Queen !

Les émeutes se renforcent

Riss – Charlie-Hebdo

Les émeutes continuent et les dégâts de ce samedi sont considérables. Le miracle continue et il n’y a ni morts ni blessés graves car les forces de l’ordre font preuve d’une sérénité admirable face à des forbans qui pillent, brûlent et cassent tout ce qu’ils peuvent. Les images sont frappantes et un peu désespérantes face à des immeubles en feu, des kiosques détruits (la presse est visée), des banques saccagées (le capitalisme aussi), le mobilier urbain à terre (pour se faire la main), les voitures de police reçoivent des pavés ou sont incendiées (les biens de l’Etat sont en ligne de mire). Les coûts de remise en état vont être à la hauteur du sinistre. Les contribuables en règleront une bonne part. Il serait utile que le pouvoir communique un peu plus sur ces charges supplémentaires qui vont être payées par les citoyens.

La presse rend compte des évènements en faisant tourner en boucle ces images chocs de Paris en feu et en insistant sur un unique sujet : « est-ce que l’Etat est défaillant ? », afin de créer une polémique vendeuse. L’opposition s’engouffre dans la brèche pour expliquer ce qu’il faut faire pour rétablir l’ordre. En réalité, la question à laquelle personne n’ose vraiment répondre concerne l’intensité de la répression qu’il faut appliquer : faut-il autoriser la police à tirer, d’abord avec des armes non létales, puis ensuite avec des armes létales ? Lors des émeutes de Los Angeles de 1992, le couvre-feu fut déclaré sur la ville, la garde nationale puis l’armée furent déployées en aide aux forces de l’ordre civiles, le résultat fut de 55 morts (dont les ¾ par balles), des centaines de blessés et des milliers d’arrestations. En France une polémique est en cours sur la simple utilisation par la police des lanceurs de balles de défense (LBD), armes non létales mais qui ont blessé gravement plusieurs émeutiers. La droite, en principe défenseur de l’ordre n’apporte pas un franc soutien au pouvoir dans cette polémique un peu stérile. On entend même Jacques Toubon, 78 ans, ancien ministre de la justice de droite, actuellement « Défenseur des droits », demander le retrait de ces armes. On imagine ce qui se passera lorsqu’il y aura des morts à Paris…

Le second sujet préféré des journalistes sur les émeutes concerne le taux de soutien de la population aux émeutiers. Des sondages sortent tous les matins et les plateaux mondains se régalent en commentaires stériles sur ce soutien généralement élevé même si pas toujours majoritaire. On voit d’ailleurs que la différenciation entre émeutiers actifs et passifs n’a plus vraiment de sens, généralement les premiers cassent pendant que les seconds filment avec leurs smartphones greffés à la main. On a vu cette après-midi nombre de ces émeutiers « passifs » se prendre en photo sur les ruines des magasins, l’air réjouit, tels la Liberté guidant le peuple sur les barricades du peintre Delacroix, ou commentant doctement que face à la « violence sociale » ces débordements étaient compréhensibles !

Le pouvoir est face à ce dilemme : faut-il appuyer sur le bouton de la répression ou pas, et, si oui, avec quel niveau ? Le moment de la décision approche. Dans un monde idéal il serait bon qu’elle fasse l’objet d’un consensus national. Cela n’en prend pas le chemin, hélas !

Attentat terroriste en Nouvelle-Zélande

Un « suprémaciste blanc » australien a attaqué cette semaine des mosquées dans la ville de Christchurch en Nouvelle-Zélande, il y a une cinquantaine de morts. Le terroriste est arrêté, il a filmé et diffusé en direct ses meurtres sur Facebook. Ce pays pacifique est choqué, la dernière fois qu’il eut à affronter le terrorisme c’était lors de l’action des services secrets français contre le bateau écologiste Rainbow Warrior qui manifestait contre les essais nucléaires français dans le Pacifique, il y eut un mort, c’était en 1985.

On suppose que le nom de la ville, Christchurch, n’a pas été choisi au hasard par ce suprémaciste dont l’idéologie est de marquer la supériorité de la civilisation blanche et chrétienne sur le reste de la planète, et particulièrement face à la civilisation islamique. Le terrorisme idéologique est maintenant clairement mondialisé et le bal morbide des crétins n’a plus de frontière, du Bataclan à Christchurch.

Mehdi Nemmouche et le Mossad

Riss – Charlie Hebdo

Le terroriste religieux français, Mehdi Nemmouche, qui avait assassiné quatre personnes au musée juif de Bruxelles en mai 2014 a été condamné à la prison à vie par la justice belge devant laquelle il comparaissait. Jusqu’au bout son avocat belge aura défendu la thèse d’une machination libano-iranienne visant à faire éliminer des agents des services secrets israéliens par son client. Celle-ci n’a pas été considérée comme convaincante par le jury.

L’accusé, désormais coupable, est resté mutique tout au long du procès qui a duré plusieurs mois et à la barre duquel ont comparus des journalistes français qui ont affirmé que M. Nemmouche fut l’un de leurs geôliers lorsqu’ils furent pris en otage en Syrie. Il a juste énoncé qu’il avait été « piégé » avant d’entendre sa condamnation.

Le chemin de croix de l’Eglise catholique

Cabu dans Charlie Hebdo

De plus en plus d’affaires de violences sexuelles sont dévoilées et désormais admises au sein de l’Eglise catholique. Les faits révèlent beaucoup d’actes de pédophilie, mais aussi des viols de nonnes par des hommes d’église. Tout ceci n’est pas vraiment nouveau mais ce qui apparaît aujourd’hui c’est que la hiérarchie catholique a été beaucoup mieux informée de ces dérives qu’on pouvait le croire et a, globalement, couvert ces perversions de son silence pour éviter le scandale, qui s’est tout de même développé au niveau des cinq continents.

Des dignitaires de cette institution religieuse ont été déchargées de leurs fonctions, certains ont été exclus de l’église, d’autres sont en train de passer devant la justice civile. Beaucoup restent encore protégés par leurs hiérarchies, continuent d’exercer leur métier de pasteur et gèrent comme ils le peuvent les contradictions de leurs vies avec le dogme.

Certaines enquêtes de chercheurs expliquent qu’il existe une proportion d’homosexuels hommes au sein de l’église catholique en proportion significativement plus importante que dans le reste de la société. Le fait que par nature l’église cherche à accroitre le troupeau de ses brebis l’amène à rassembler beaucoup d’enfants dans les cours de catéchisme, les camps scouts et autres diverses occasions, le désir fait le reste et la menace des foudres du Seigneur ne semblent guère embarrasser les coupables qui ont vécu leurs perversions se sachant plus ou moins à l’abri de dénonciation.

En ces temps récents où la transparence est élevée en mode fonctionnement de la société, cette pédophilie religieuse est désormais attaquée devant la justice des hommes, leur aspect criminel n’étant contesté que par très peu de monde. Plus intéressant, c’est aussi le semblant de début d’autocritique que l’Eglise a lancé envers son propre silence. Sans doute celui-ci va aller s’atténuant et, les pédophiles se sentant moins protégés par Dieu, voudront peut-être moins risquer la condamnation des hommes ? On peut le souhaiter.

Evidemment l’homosexualité est toujours officiellement condamnée par l’idéologie catholique, sans doute la pédophilie l’est encore plus, alors on mesure le grand écart avec sa conscience accepté par la hiérarchie catholique pour avoir couvert des faits de pédophilies homosexuelles. On est en fait face à une absence totale de démocratie au sein de l’Etat du Vatican dont le patron est investi par Dieu et dont les actes ne relèvent que du droit canon. Leur idéologie est celle du dogme, discuté par personne, encore moins voté par quiconque, les ordres viennent de Dieu, la raison est absente, ce qui permet bien quelques arrangements avec la Loi terrienne. La pédophilie est l’un des effets indirects de ce gouvernement d’un autre âge. Les choses évoluent un peu, c’est bien.

Mouvements capitaux chez Air-France-KLM

La compagnie aérienne Air France, spécialisée en grèves de ses pilotes et en renflouements par les contribuables français, s’est alliée il y a quelques années avec la compagnie néerlandaise KLM qui était à l’époque en bien mauvaise santé. Les deux sociétés ont créé le groupe Air-France-KLM au sein duquel l’Etat français détient 14,30%. Les autres actionnaires sont les marchés financiers pour environ 64% de capital flottant, et d’autres compagnies aériennes.

L’Etat néerlandais a récemment acquis 14% du capital, acheté discrètement sur les marchés. Il semble que les Pays-Bas, un peu agacés par le poids de la France dans la répartition du pouvoir au sein de la compagnie, aient voulu le rééquilibrer en leur faveur. Les dernières grèves et exigences des pilotes français ont par ailleurs dégradé la productivité de la partie française versus celle du partenaire néerlandais.

Lorsque le pot aux roses de cette opération capitalistique fut dévoilé, l’Etat français a mal réagi et, piqué au vif, a convoqué le ministre néerlandais des finances pour explication de texte. La situation est assez ironique car après tout c’est bien l’Etat français qui a privatisé son ex-compagnie nationale en vendant la majorité de son capital à des investisseurs anonymes sur les marchés, il est alors difficile de s’étonner que lesdits investisseurs refourguent leurs actions à un acheteur qu’il soit l’Etat néerlandais, ou qui que soit d’autres d’ailleurs. Ainsi va la dure vie de l’économie libérale mondialisée : on vend au plus offrant, c’est ce qu’on appelle la loi de l’offre et de la demande ! Ce genre d’opérations boursières ne se pratiquent pas en principe en douce. Lorsque les partenaires sont bien élevés ils s’en informent préalablement. Ce ne fut pas le cas cette fois-ci.

Elever le pouvoir de l’Etat néerlandais dans cette société de transport sera probablement une bonne chose pour contrebalancer celui de l’Etat français qui a fait preuve de sa mauvaise influence sur la gestion, notamment en décidant de la nomination de hauts fonctionnaires comme pédégés successifs qui n’étaient pas particulièrement connus pour leurs compétences en management. Idéalement il aurait été préférable que la France vende ses actions et laisse cette compagnie difficilement gérable se confronter à la réalité du secteur. A défaut, la montée au capital des néerlandais à hauteur des français met en place un contrepouvoir bienvenu qui devrait permettre de limiter la nuisance publique française dans la bonne marche de cette société.